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  • « Nous proposons une taxation minimale de toutes les fortunes »

    « Nous proposons une taxation minimale de toutes les fortunes »

    La Marseillaise : La taxe Zucman suscite de vifs débats autour du budget. Quelle est votre analyse sur cette mesure très populaire dans l’opinion ?

    Frédéric Boccara : Il y a un vrai problème de justice fiscale. Mais le problème du budget c’est d’abord que son financement est dans les mains des marchés financiers : ils prélèvent 66 milliards d’intérêts, soit l’équivalent de la dépense pour l’enseignement primaire et secondaire. C’est ensuite un problème de dépenses malsaines, qui minent l’économie, la société et son développement, donc la capacité « d’avaler la dette » par une croissance saine… Enfin, il y a les impôts. La taxe Zucman doit être regardée relativement à deux enjeux. La justice fiscale, une contribution juste des personnes et des entreprises, et une inégalité extraordinaire s’est creusée en faveur des ultra-riches que des grandes entreprises. Et l’enjeu d’efficacité. Si on prélève et que le pays s’appauvrit, ça ne va pas. Développer la France, c’est développer l’efficacité pour vivre mieux. Et la taxe Zucman ne s’inscrit pas forcément dans cette logique.

    Quels leviers envisagez-vous alors ?

    F. B. : Les économistes du PCF, avons d’autres propositions. Nous parlons d’une sorte de taxe Zucman améliorée, un impôt sur la fortune amélioré. Ce problème de l’efficacité, les uns prétendent le résoudre en disant, on va taxer les biens professionnels, les autres, on va les exclure. La question est : quelle est la contribution des biens professionnels au développement sain et efficace du pays ? C’est l’enjeu d’une partie de la richesse. Nous proposons donc une taxation minimale de toutes les fortunes, à partir d’un certain seuil, y compris biens professionnels, modulée à la hausse s’ils ne développent pas l’emploi, la valeur ajoutée, l’écologie. Il faut ainsi taxer « l’outil de non-travail ». De même pour les bénéfices. Côté ménages, il faut baisser fortement la TVA, si douloureuse pour les plus modestes, et rétablir plus de progressivité de l’impôt sur le revenu.

    Le patronat s’agite avec ce meeting du Medef le 13 octobre. Comment interprétez-vous cette réaction ?

    F. B. : Ça veut dire deux choses : le patronat est inquiet de la mobilisation sociale, et il veut serrer les boulons parce qu’il redoute aussi des défections dans son camp. Car nous voulons et pouvons emmener l’ensemble des forces de la création et du développement avec nous pour aller de la justice fiscale vers une nouvelle efficacité fiscale du prélèvement et de la dépense. Un certain nombre de couches moyennes et supérieures sont intéressées par cette vision. L’U2P, les vraies petites entreprises, a réagi très durement face au Medef, en disant : « Nous payons plus, nous voulons contribuer mais il ne faut pas nous écraser ». C’est précisément cet élément que nous reprenons. Il y a quelque chose de juste dans leur argument. Les grandes entreprises ont vu leur taux effectif d’impôt baisser de cinq points entre 2016 et 2022, quand celui des très petites a augmenté de 0,4 (étude Insee). Les grandes entreprises paient 14% de leur bénéfice, contre 21% pour les PME. Le patronat essaie d’enfermer la gauche dans le prélèvement. Nous devons prendre au sérieux l’argument de l’efficacité. Dénonçons le double égoïsme du grand capital sur les entreprises. Il fait tout, jusqu’à tricher, pour payer le moins possible d’impôts. Mais son pire égoïsme, ce sont les délocalisations. Que fait-il avec les richesses ? L’argent qu’on lui laisse (dont les aides), il l’utilise à démolir l’activité et l’économie. Entrons dans une autre relation avec les entreprises pour aller vers une efficacité qui recèle des ressorts nouveaux : l’enjeu écologique, l’enjeu des capacités et des dépenses humaines.

    La dette, souvent brandie comme un frein à l’investissement social ou écologique. C’est une contrainte réelle ou construite politiquement ?

    F. B. : Elle est à la fois réelle et utilisée politiquement, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut dire que c’est bidon. Elle est réelle car elle est dans les mains des marchés financiers, avec deux conséquences : cette dîme de 66 milliards et cette exigence que les dépenses soient faites pour le capital, les bas salaires, moins pour les services publics… c’est leur vision de la compétitivité. Mais une dette n’est pas forcément mauvaise. Je préfère parler d’avances, c’est moins moral. Or des avances pour se développer, c’est nécessaire. Nous proposons un fonds d’avances pour le développer des services publics et de l’économie, appuyé par le pôle public bancaire et financé à 0%. Et une bataille convergente sur la Banque centrale européenne. 

  • Une centième édition de la foire « made in Marseille »

    Une centième édition de la foire « made in Marseille »

    Du neuf, c’est sûr il y en aura, parce que d’abord, la Ville en est pour la première année propriétaire avec un nouveau prestataire organisateur, adieu la Safim pendant 40 ans aux manettes, et place à GL Events et la CCI Aix-Marseille-Provence. L’affiche résolument locale, expose un gabian qui tient dans son bec un message « Marseillais, le jour de foire est arrivé ! », sur fond de Bonne Mère. Ça sonne, c’est engageant. Cette année, le coup de projecteur est sur les talents marseillais d’hier et d’aujourd’hui. Sportifs, musiciens, acteurs, créateurs, artisans, entreprises, anonymes… Du label « Fabriqué à Marseille » à la rencontre des meilleures équipes sportives du territoire, les Marseillais sont le fil conducteur de cette année particulière.

    Les nouveautés

    Du 26 au 28 septembre, sur l’Esplanade du Palais des Congrès, un espace appelé Innova Marseille accueille une dizaine de start-up régionales pré-selectionnées qui présente leur produit ou service auprès des visiteurs, pour tenter de remporter un prix (prix de la presse ou du public). Les critères sont le savoir-faire, la créativité et le dynamisme des entreprises.

    Pour ce week-end toujours, le 1er étage du Palais des Congrès se transforme en Palais des Jeux, un espace immersif retraçant 100 ans d’histoire. Il accueille quatre grands espaces thématiques avec des jeux de plateaux, jeux de société, jeux de figurines, jeux de cartes, Jeu de cartes à jouer et à collectionner (TCG), retrogaming, jeux vidéo, e-sport, réalité virtuelle et jeux de rôle.

    Jusqu’au samedi 27 septembre, un espace Plantes addicts, en Marseillais, un espace pour les passionnés de plantes. Une vente exclusive au cœur de la foire, avec plus d’une centaine de variétés différentes, à des prix raisonnables de 1 à 12 euros pour les petites et moyennes plantes et de 5 à 150 euros pour les grandes.

    Tous les jours, Provence Studios prend ses quartiers à la foire avec une exposition cinéma dans le Hall 3. Cet espace est une traversée du cinéma marseillais et provençal, entre tradition et modernité, patrimoine et innovation. Soyez curieux, venez découvrir l’envers du décor et l’étendue des métiers du cinéma.

    Sur l’esplanade 1, la Ville met à l’honneur celles et ceux qui façonnent l’identité du territoire soit les artisans, créateurs et entreprises labellisés « Fabriqué à Marseille ». Une exposition inédite de plus de 100 objets emblématiques « Fabriqué à Marseille », des ateliers participatifs, et une quinzaine de stands de producteurs et artisans prêts à échanger.

    Tous les jours encore, au Hall 8, l’espace Boho Market. Sur 200m2, avec une scénographie années 70, il reprend les codes de l’époque, imagerie pop, tissus en velours, sols en lino, matières et couleurs donnent le ton. Flower power pour tous ! Artisanat vintage, tapis tissés, macramés, fauteuils en rotin, fleurs séchées, mode de l’époque et dressing de seconde main.

  • One Provence à rebours des discours déclinistes

    One Provence à rebours des discours déclinistes

    Deux ans après sa création, et à l’aune d’une fusion programmée en 2026 avec Provence Promotion dans une Société publique locale, l’agence de marketing territorial One Provence de la Métropole Aix-Marseille continue de tracer son sillon. Plusieurs indicateurs témoignent de « l’appétence des investisseurs internationaux pour ce territoire qui a fait un bond aux classements. On se retrouve côte à côte avec des métropoles comme Lyon, reconnues pour leur attractivité. Sans faire un lien direct, ce serait prétentieux, les choses avancent dans le bon sens », glisse Olivier Flasseur.

    À l’occasion de la conférence de presse annuelle, le directeur général de l’agence et son équipe ont dévoilé une série d’initiatives pour travailler l’attractivité résidentielle et économique du territoire sur le dernier trimestre. Une campagne nationale de communication baptisée « Marque employeur territoriale » sera lancée fin septembre pour valoriser six filières économiques d’excellence (aéronautique, santé, numérique, maritime, énergie et cinéma) et casser l’image d’une Provence carte postale. Un kit de com sera aussi mis à disposition des entreprises locales.

    Décalage

    Des actions qui s’appuient sur des indicateurs assez encourageants malgré ses carences en transports et en logement : 83% des habitants recommandent le territoire à ceux qui envisagent de s’y installer (70% dans d’autres grandes villes), et l’indice de bonheur local atteint 7,8 sur 10 (7,3 en moyenne au national). Ces chiffres de l’étude ImageTerr24, mis en avant par One Provence tranchent avec les discours politiciens qui à droite, à l’aube des municipales, crient au déclin de Marseille, sa ville centre.

    « À chaque fois qu’on parle de Marseille, c’est sur un aspect. Je vous encourage à aller voir les taux d’insécurité ou de criminalité, ville par ville, et à comparer le traitement médiatique. Le décalage est extrêmement important », répond Olivier Flasseur, ne souhaitant pas polémiquer. « Dans une entreprise, normalement le DG comme le collaborateur, doivent être en capacité de parler de leur entreprise de la même façon. On doit avoir des éléments de langage pour éviter d’en parler de manière intuitive, en fonction de nos aspirations ou pour créer de la polémique. »

    C’est tout le sens selon lui de la mise en avant du collectif « Acteurs des transitions » et de l’opération « Tous ambassadeurs » qui donnera la parole aux habitants via des vidéos vantant les mérites du territoire, diffusées sur les réseaux sociaux de l’agence (62 000 abonnés).

    Récompensée pour l’usage de l’IA dans son moteur de recherche, et le film Manifeste, One Provence entend bien profiter de la fusion pour s’imposer en acteur majeur du marketing territorial. « C’est une belle reconnaissance qui témoigne, j’ose espérer, du travail qui est fait et des leviers mis en œuvre pour révéler ce territoire à sa juste valeur », conclut Olivier Flasseur

  • Le Medef Sud combat LFI mais « discute » avec le RN

    Le Medef Sud combat LFI mais « discute » avec le RN

    En conférence de presse, ce mercredi à Marseille, le président du Medef Sud, Stéphane Benhamou, a décidé d’envoyer les pieds à l’encontre de différents partis de gauche, sur fond de débat autour du budget et des consultations du Premier ministre, Sébastien Lecornu. « La démagogie, le clientélisme, l’incurie et l’inculture des politiques, notamment LFistes, m’insupportent de plus en plus. Raconter à ce point des bêtises, ce n’est pas possible ! », entame-t-il, visiblement remonté. Il fait notamment référence au passage d’Éric Coquerel, député LFI de Seine-Saint-Denis et président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, sur BFMTV, le 11 septembre dernier, qui s’était pour le moins emmêlé les pinceaux à propos du fonctionnement de la taxe Zucman. « LFI, Mélenchon, Coquerel… Ils surfent sur les angoisses des gens qui ne voient pas de perspectives et qui considèrent que faire payer les riches peut apporter des réponses à leurs difficultés, ce qui est totalement faux », développe Stéphane Benhamou. Il s’attaque également à l’économiste Gabriel Zucman et ses soutiens. « Ce nouvel économiste… Un pikettyste punaise ! [sic, référence à l’économiste classé à gauche Thomas Piketty] Il n’a jamais vu une entreprise. Il ne sait pas faire la différence entre un résultat d’exploitation et le patrimoine virtuel. » En passant, le PS en prend aussi pour son grade puisque l’entrepreneur varois dénonce ses « gesticulations ». « On ne peut pas se revendiquer élu de la république et tenir des propos clientélistes comme ça », tacle-t-il, accusant les socialistes de « surfer à 6 mois des municipales ». En bref, Stéphane Benhamou suit les traces de Patrick Martin, président du Medef, dans sa montée au créneau contre une potentielle reprise de mesures proposées par la gauche par le nouveau Premier ministre.

    « Ils veulent la stabilité fiscale »

    Mais il va bien plus loin dans son raisonnement, dressant un cordon sanitaire à l’encontre de LFI : « Je reconnais le travail des élus locaux et régionaux, de toutes couleurs politiques confondues, à l’exception de LFI. » Par contre, il n’a visiblement aucun problème à tendre l’oreille en direction d’élus d’extrême droite. « Je discute très régulièrement avec des députés du RN, tous me disent qu’ils veulent la stabilité fiscale, qu’ils demandent à ce que les entreprises ne soient pas davantage taxées », explique-t-il sans sourciller. De quoi contraster avec la position de son prédécesseur, Jean-Louis Maurizi, qui pointait un « programme économique vide et [qui] n’a aucun sens » du côté du RN lors des dernières élections européennes. Après l’invitation de Jordan Bardella à l’université d’été de l’organisation patronale, espérons que le grand patronat ne reprenne pas des positions que l’on croyait révolues depuis 1944…

  • La Foire est prête à célébrer son centenaire

    La Foire est prête à célébrer son centenaire

    « Un centenaire à célébrer, un nouvel élan à donner », c’est l’ambition de la Foire internationale de Marseille, organisée au parc Chanot (8e) du 26 septembre au 6 octobre, avec une exceptionnelle avant-première hors les murs, le 20 septembre. De 10h à 18h, trois « combi vintages » seront installées sur le Vieux-Port (1er) et proposeront, le temps d’une journée, un voyage « temporel immersif et participatif » à travers trois époques marquantes de l’histoire marseillaise et de la Foire, dans un « esprit de fierté et de convivialité ». Des places pour la Foire seront également à gagner, pour découvrir les 200 exposants invités cette année.

    L’offre commerciale de la Foire sera organisée en cinq unités. Répartis sur le hall 1,2, 3 et 8 et sur l’esplanade 8 du parc Chanot, les commerçants de l’habitat, de l’ameublement d’intérieur et d’extérieur et de l’électroménager proposeront un large panel de produits pour repenser sa maison du sol au plafond. Le hall 8 sera aussi celui des « petits plaisirs pour prendre soin de soi », où les visiteurs pourront retrouver marques beauté et bien être et création d’artisans locaux. Mais le vrai repère du savoir-faire marseillais se situera dans l’esplanade 1.

    Du local à l’international

    À l’occasion de cette édition anniversaire, la Ville de Marseille mettra à l’honneur les artisans, créateurs et entreprises labellisés « Fabriqués à Marseille », avec une exposition inédite de plus de 100 objets labellisés, des ateliers participatifs et une quinzaine de stands de producteurs prêts à partager « leur passion et produits ». « Marseille est une ville où l’on fabrique. Et il était bon de renouer avec cette tradition industrielle et artisanale, et faire en sorte que ce qui se fabrique à Marseille soit vu, connu et identifié comme tel », rappelle Jean-Pierre Cochet, adjoint au maire en charge du dynamisme économique (PS).

    4 000 m2 seront également consacrés aux productions issues de l’étranger avec au total 50 pays représentés. Parmi eux : l’Arménie, le Vietnam ou encore l’Italie, qui jouiront chacun d’un pavillon spécifique pour faire découvrir artisanat et gastronomie.

    Célébrer Marseille

    « Notre programmation va célébrer la fierté d’être marseillais. C’est le leitmotiv, c’est ce qu’on va retrouver et on espère que c’est ce que le public va ressentir », s’enthousiasme Hélène Caïco, responsable communication de la Foire de Marseille. Le public sera donc invité à célébrer « un siècle de rencontres, de découvertes et de fiertés marseillaises », grâce à la mise en avant de sportifs, humoristes, musiciens, danseurs et créateurs locaux. La grande scène, qui accueillera les performances artistiques de la Foire, mettra à l’honneur le parler marseillais avec la venue du linguiste Médéric Gasquet-Cyrus, le dimanche 28 septembre. La pièce de théâtre Mon accent marseillais sera également jouée le mercredi 1er octobre.

    Toujours pour valoriser le savoir-faire marseillais, une exposition inédite imaginée en partenariat avec Provence Studios plongera les visiteurs dans les secrets de fabrication du 7e art, qui s’est souvent appliqué, « parfois de façon caricaturale », à raconter Marseille.

    Quatre soirées seront organisées sur les onze jours de Foire, dont trois baptisées « soirées gourmandes » et prévues les 27 septembre, 2 et 4 octobre. Le vendredi 3 octobre promet d’être le point d’orgue de cette édition anniversaire avec une soirée célébration « hors-norme » qui se clôturera avec un feu d’artifice.

    Tarif sur place : 8 euros. Site web : foiredemarseille.com

  • « On déplace le problème de la Rocade ailleurs »

    « On déplace le problème de la Rocade ailleurs »

    La Marseillaise : Qu’attendez-vous du comité de suivi de ce mercredi 17 septembre avec les représentants de la mairie mais aussi de la préfecture de Vaucluse ?

    Jean-Yves Astouin : On attend que le préfet tienne compte de nos doléances et qu’il fasse un audit plus précis, notamment avec les entreprises qui utilisent cet axe, ce que la mairie d’Avignon n’a pas fait. On demande qu’un tour de table complet soit organisé pour élaborer un véritable projet de contournement d’Avignon, car, pour moi, le projet de Liaison Est-Ouest n’est plus d’actualité. Et quelque chose d’autre que de devoir se rendre jusqu’à Orange et revenir pour aller en Courtines, où se trouve la plateforme rail-route permettant de charger des conteneurs par voie ferrée, alors qu’il n’y a que deux kilomètres à parcourir. Ce n’est pas par gaieté de cœur que l’on envoie nos chauffeurs sur la rocade. Mais depuis 2013 et l’arrêt de la LEO, rien n’a été fait pour améliorer la situation, ce qui a mené à celle d’aujourd’hui.

    Une première réunion s’est tenue le 8 décembre dernier. Les représentants de votre syndicat ainsi que d’autres organisations l’ont quitté. Pourquoi ?

    J.-Y.A. : En arrivant à cette réunion que l’on pensait être une réunion d’information, on a été accueillis par un personnel technique. Ce qui veut dire que le projet avait été validé sans que l’on soit au courant. Donc, lorsque l’on a compris que l’on ne tenait pas compte de nos informations et que la décision était prise, on a décidé de partir. Et certaines entreprises menacent aujourd’hui de s’installer ailleurs si cette décision se confirme.

    La municipalité explique avoir pris cette décision pour améliorer la qualité de vie des habitants de la Rocade. Comprenez-vous ces arguments ?

    J.-Y.A. : On estime que les véhicules de plus de 38 tonnes représentent plus ou moins 5% du trafic sur l’axe. Je fais souvent la comparaison avec un paquet de cigarettes : si l’on fume 18 cigarettes par jour au lieu de 20, on a quand même de grandes chances d’avoir un cancer. Et je pense également que l’on déplace le problème ailleurs. Car si des entreprises décident de ne plus utiliser la plateforme rail-route de Courtines à cause de cela, plus de camions passeront par la route. Ce mode de transport permet d’économiser 90 000 tonnes de CO2 par an. Des zones comme celle de Valence seront plus fréquentées et donc plus impactées par la pollution.

    Qu’attendez-vous désormais ?

    J.-Y.A. : Il faut trouver une solution à long terme, car pour nous, cela ne peut pas rester en l’état. Pourquoi ne pas envisager une déviation par le privé, comme autour de Marseille ? Je préfère payer 5 euros et arriver en 5 minutes à destination que mettre 45 minutes à cause des bouchons. Ou encore déplacer la gare dans un endroit moins enclavé qu’actuellement.

  • Musée de la Navale : quand la mémoire ouvrière dérange

    Musée de la Navale : quand la mémoire ouvrière dérange

    « Depuis 36 ans, après avoir défendu les chantiers, puis ces travailleurs, puis sa mémoire, nous avons eu une seule promesse de musée en 2005, qui n’a jamais été tenue », rappelle pour commencer Lucien Conac, le président de l’Association pour le maintien des intérêts des anciens de la Navale à La Seyne (Amians). Un long combat au cours duquel ses bénévoles n’ont cessé d’être force de proposition. Comme en 2021, où l’Amians présente un projet de 300 mètres carrés dans le vaste espace libre de plus de 10 000 m² derrière le casino Joa. En dehors des moyens de la Ville, lui répond-on alors.

    « Sentant l’oubli venir nous avons voulu faire réagir et proposer en 2024 quelque chose d’incontestablement possible puisque déjà décidé par la municipalité en 2005 », reprend le responsable associatif. En l’espèce, la création d’un espace muséal ouvert à tous dans le local que l’association occupe actuellement au 2e étage de la porte principale des Chantiers, un des seuls vestiges témoins de cette histoire ouvrière encore debout.

    Rien de pharaonique. Puisqu’il s’agit d’abattre quelques cloisons pour dégager une salle d’exposition permanente de 70 m².

    L’ancienne maire LR Nathalie Bicais « laisse croire qu’elle accepte »… Mais rien n’est fait. Et celui qui tient les rênes de la ville depuis qu’elle a été empêchée, Jo Minniti (DVD), semble poursuivre cette longue période de procrastination.

    « Il nous a reçus le 27 juin et c’est ce jour-là qu’il nous a confirmé que les travaux étaient reportés aux grandes vacances 2026 », explique le président de l’Amians. D’où son incompréhension d’avoir récemment lu dans la presse celui-ci prétendre que c’était l’association qui était responsable de ce retard, l’accusant entre autres de bloquer l’ouverture du chantier.

    Pour un vrai un lieu de mémoire des chantiers

    L’association dément et nous montre le petit local dans lequel dès la fin des classes de la Navale les bénévoles ont transporté tout ce qu’ils souhaitaient conserver, afin de laisser place au chantier.

    Vraisemblablement c’est le stand tenu au forum des associations pour présenter le projet et continuer à faire signer la pétition, recevant le soutien de la population mais aussi d’élus et de candidats qui a provoqué la réaction du premier magistrat.

    Concernant la deuxième attaque portant sur la volonté soi-disant de l’Amians de ne pas partager l’espace, le président est encore plus clair. « Ce que nous voulons c’est un authentique lieu de mémoire pour raconter l’histoire de la construction navale seynoise, pas une maison des associations. »

    Et de préciser : « Nous sommes pour travailler avec tout le monde, toutes les associations, toutes les personnes qui ont autorité pour le faire sur la vie des chantiers. Mais pas n’importe comment. Il faut qu’il y ait un directeur qui soit désigné pour ses compétences et son engagement. »

    Le problème est peut-être beaucoup plus politique. Puisqu’il y a également une volonté de la Ville de modifier les classes de la Navale dans lesquelles les membres de l’Amians sont également engagés, révèle Lucien Conac. Et de poursuivre : « Lorsque nous avons pris contact avec l’inspectrice de l’Éducation nationale de l’époque, il était bien question, dans le programme d’histoire, d’apporter notre appui aux enseignants pour traiter l’histoire de la révolution industrielle à partir des réalités locales. » Or ce qui serait dans les tablettes c’est de s’orienter davantage sur la modification du paysage, s’insurge-t-il.

    Un sujet nettement moins subversif, c’est clair. Puisque cela permet d’évacuer l’histoire de la concentration de capitaux par les propriétaires des moyens de production. Mais aussi de toutes les luttes sociales menées par les travailleurs qui se sont battus pour une vie meilleure.

    « Et nous, si on parle des Trente glorieuses, c’est pareil. C’est parce que nous avons eu la chance de vivre une période où il y avait de grands syndicats puissants, bien organisés dans de grandes entreprises que nous avons réussi à avoir des progrès extraordinaires », conclut le président de l’Amians.

    C’est ça la mémoire ouvrière. Ça ouvre aussi des perspectives.

  • À Marseille, la CGT veut une manifestation massive

    À Marseille, la CGT veut une manifestation massive

    « Faire remonter la colère pour bloquer ces choix budgétaires et en imposer d’autres ». Jessica Jadé, secrétaire de l’Union Départementale CGT des Bouches-du-Rhône, ne laisse aucun doute sur les objectifs de l’organisation pour la mobilisation de ce 10 septembre, la veille, lors d’une conférence de presse à la Bourse du travail de Marseille. « Depuis plusieurs années, les gouvernements utilisent les budgets pour imposer des politiques de casse sociale. Cette année, celui prévu par notre ex-Premier ministre a sûrement été la goutte de trop. Là, la population s’est bien rendu compte de l’injustice sociale qui était prévue », constate la syndicaliste.

    Entourée de représentants et secrétaires généraux de syndicats locaux, l’organisation vient délivrer son plan d’attaque pour ce mercredi. « À la CGT, on a nos modes d’actions, on a la possibilité de bloquer l’économie par la grève. Ce 10 septembre, nous nous dotons de moyens pour converger avec tous les travailleurs mobilisés contre ce budget », développe Jessica Jadé. Elle cite les 211 milliards d’aides annuelles distribués aux entreprises sans contrepartie, à l’heure où le gouvernement Bayrou entendait prendre deux jours fériés aux travailleurs : « C’est ce qu’on refuse collectivement et qu’on a tous intérêt à combattre ». Concrètement, la CGT n’appelle pas aux différents blocages prévus par les collectifs citoyens (voir rendez-vous ci-dessous), mais plaide pour une convergence grâce à la manifestation qui partira des Réformés à 10h, en direction de la préfecture. « Rien ne s’oppose dans l’action collective et l’action syndicale. Les modalités de chacun décuplent le rapport de force, les travailleurs qui rejoindraient les points de blocage ont besoin d’être couverts par un préavis dans leurs entreprises, et c’est ce que la CGT fait », analyse Jessica Jadé, insistant sur l’importance de la grève dans les entreprises.

    La CGT des territoriaux a effectivement posé un préavis du 10 au 30 septembre, permettant la tenue de grèves dans de nombreuses collectivités du territoire.

    « À la CGT Éduc’action, on appelle à faire des assemblées générales dans tous les établissements pour convaincre d’aller à la grève et de participer au mouvement », abonde Magali Hidalgo. Les organisations étudiantes prévoient aussi des blocages dans les établissements scolaires. Robin Matta, pour la CGT des cheminots de Miramas, note que les travailleurs du rail seront aussi dans la bataille. D’où des perturbations au programme au niveau des trains. Mais aussi du côté de la RTM, à Marseille, avec un appel à la grève de la CGT de la régie. Tout un programme.

    « Rien ne s’oppose dans les modes d’actions. Les modalités de chacun décuplent le rapport de force »

  • Un deuxième round pour les énergéticiens

    Un deuxième round pour les énergéticiens

    « Le constat est que le mouvement s’ancre. » Renaud Henry, secrétaire général de la CGT Énergie Marseille, est plutôt positif alors que des dizaines de milliers d’énergéticiens entamaient, ce jeudi, leur troisième jour de grève.

    Autour de lui au sein de la Bourse du travail de Marseille, on retrouve Sébastien Koch, secrétaire de l’Union départementale CGT 13, Nicolas Davan, secrétaire général de la CGT Énergie Provence et Jean-Michel Roccasalva, leur homologue de la centrale de Gardanne. Et tous font part d’un mouvement social « bien suivi » dans les industries électriques et gazières. « Le mouvement a pris, il se poursuit. Il y a des particularités sur chaque site avec différentes formes de piquets mais il y a bien un impact », explique Sébastien Koch. Avant de prendre des exemples concrets : « Il y a eu des baisses de puissance de production sur des sites nucléaires, le réseau était tendu. Cette nuit, on a reçu des messages dans les salles de commande des sites partout en France autour de la sécurité du réseau et des risques de black-out. »

    Localement, Nicolas Davan énumère les points chauds de la région : « Il y avait des grévistes sur tous les sites d’Enedis, avec deux opérations filtrage. Les deux terminaux méthaniers de Fos étaient en grève, pareil pour Cycofos et Combigolfe [deux centrales à gaz dans les Bouches-du-Rhône, Ndlr]. » Pour rappel, la fédération des mines-énergie CGT, à l’origine de l’appel à la grève, revendique une hausse des salaires au niveau de la branche et une baisse drastique des factures pour les usagers. Autant de points évoqués en réunion avec la préfecture des Bouches-du-Rhône, plus tôt dans la journée puisque les syndicalistes avaient rendez-vous avec celle-ci. « On nous a écoutés mais il faut que ça soit suivi. Il y a urgence à ce que nos revendications remontent à notre ministère de tutelle, puisqu’il ne sera peut-être plus là dans quelques jours… », laisse en suspens Sébastien Koch.

    Le 9, 10 et 11 dans le viseur

    Jean-Michel Roccasalva, fort de son expérience de luttes sociales à la centrale, rappelle que la CGT est prête à aller au bout : « L’idée est de mettre en difficulté le patronat pour aller chercher des revendications légitimes. Il va falloir que les entreprises et le ministère entendent notre colère. Les baisses de charges sont les prémisses. On peut aller beaucoup plus loin. » D’où un ajustement de la stratégie de l’organisation syndicale en vue de la poursuite du mouvement. « Lundi, on va faire le bilan sur tout ce qui a été fait puis on va reconstruire une nouvelle séquence forte : les 9, 10 et 11. Certains sites et grévistes vont tenir jusque-là », développe Nicolas Davan.

    Ils espèrent concrètement insuffler « un nouvel élan » autour de la date du 10 pour laquelle de nombreux appels au « blocage du pays » sont lancés. Confédéralement, la CGT appelle également à la grève ce jour. « Le ras-le-bol que les gens exprimeront le 10 septembre et notre lutte ne sont pas antinomiques. Les énergéticiens seront dans l’action le 9, le 10 et le 11. Les luttes sociales ne se soustraient pas », conclut Sébastien Koch.

  • L’avenir de la centrale de Martigues aussi en question

    L’avenir de la centrale de Martigues aussi en question

    C’est un mouvement de grève reconductible national qui donne le coup d’envoi de la rentrée sociale. À la centrale de Martigues-Ponteau, comme dans les sites d’Enedis ou des entreprises gazières, la fédération CGT des mines et énergies (FNME) a appelé à cesser le travail ce mardi, et dès la veille au soir en ce qui concerne les équipes de trois-huit. Devant l’entrée de la Centrale combinée gaz (CCG) d’EDF, les syndicalistes CGT de la centrale se mobilisent pour deux raisons majeures.

    « On demande une revalorisation à hauteur de 9% de la grille salariale et des indemnités d’astreinte », revendique Sébastien Koch, secrétaire général du syndicat CGT de la centrale de Martigues. Et pour cause, « plus personne n’est embauché aux 3 premiers échelons de notre grille car ils se situent en dessous du Smic. Le but pour nous est de remonter l’ensemble de cette grille, et pas seulement les trois premiers échelons, ce qui n’a pas été fait depuis des décennies », argumente le syndicaliste.

    Plus encore, « on réclame les 13e et 14e échelons d’ancienneté. Car si on rallonge la durée de travail, l’ancienneté ne suit pas cette évolution », abonde Sébastien Koch, qui rappelle que « dans les industries énergétiques et gazières, on a normalement 33% d’augmentation de salaire entre l’entrée et la sortie de l’entreprise, pour les carrières complètes ». Ce qui n’est plus le cas, selon le représentant syndical.

    Outre le salaire, les énergéticiens de la CGT proposent également de baisser les factures des usagers, principalement du grand public, par le retour de la TVA de 20 à 5,5%. Une variable d’ajustement pour les deux enjeux, donc.

    Une fonction stratégique

    La double particularité de la Centrale combinée gaz (CCG) de Martigues est à la fois d’être la seule dans la région appartenant à EDF, sur les trois dont dispose le groupe en France, mais également d’être historiquement liée au territoire industriel qui l’entoure. Les deux turbines au gaz naturel alimentent des générateurs pour une puissance cumulée de 930 mégawatts (MW) par heure, raccordée au niveau national et équivalente à l’un des quatre réacteurs nucléaires du Tricastin. Ces deux unités mises en service en 2012 remplacent les anciennes chaudières au fioul arrêtées en 2008. Cette centrale remplit « une fonction stratégique » pour EDF, répondant « à des besoins spécifiques de la région Paca lors de contextes de forte consommation ». De plus, le combiné gaz « produit rapidement de l’électricité en complément de l’énergie renouvelable », intermittente.

    Mais à l’heure des projets industriels décarbonés de Fos-Berre, dont la consommation électrique est évaluée à 3410 MW en 2035 selon une analyse de l’État, le secrétaire du syndicat CGT de la centrale de Martigues s’interroge. « On n’a jamais parlé de nos centrales dans le projet Fos-Berre » affirme-t-il. « Il y a besoin de la ligne très haute tension à 400 000 Volts pour alimenter la zone, mais il ne faut pas oublier les modes de productions locaux », fait-il observer. À ce titre, EDF assure que « ce site conserve sa raison d’être », mais ne « s’inscrit pas forcément dans une stratégie bien définie » au-delà de 2035. D’où l’inquiétude de Sébastien Koch pour « l’après 2035, où nous n’avons pas de réponses ».

    Au local, la lutte porte bien au-delà des enjeux nationaux. Mardi soir, la CGT fait état de plus de 200 piquets de grève et de l’absence de réponse des entreprises au mouvement social.