Tag: Energie

  • À l’appel de la CGT, des électriciens gaziers débrayent

    À l’appel de la CGT, des électriciens gaziers débrayent

    Les électriciens gaziers parmi les premiers à dégainer. Certes ils n’étaient que quelques dizaines mardi 2 septembre sur le site de Trencavel à Montpellier au moment de lancer la grève reconductible. Mais selon la CGT, le mouvement pourrait monter en puissance jusqu’aux prochaines journées de mobilisation.

    D’abord le 10 septembre à l’appel du collectif citoyen « Bloquons tout », avec des actions dans les entreprises. Et surtout le jeudi 18 septembre, rendez-vous pris par l’intersyndicale contre la vie chère, la casse des services publics et l’austérité d’un gouvernement sur la sellette. « Bayrou ou pas Bayrou, cela ne changera rien au quotidien des Français. Il faut changer d’axe politique. On veut des appels dans le privé et gagner la grève », martèle Serge Ragazzacci.

    En cette rentrée qui pourrait être explosive, le secrétaire de la CGT 34 s’est rendu sur le premier piquet de grève pour jauger l’état d’esprit. « 100% de mécontents ne font pas 100% de grévistes. Il y a parfois de la résignation, on va voir. » Si les électriciens gaziers sont parmi les premiers à faire grève, c’est aussi parce qu’ils ont des revendications propres. La première concerne les ménages frappés par la hausse du prix des abonnements de gaz et d’électricité à cause du passage de 5,5% à 20% de la TVA. « 12 millions de foyers se retrouvent en précarité énergétique. 68% des foyers disent avoir réduit leur chauffage », illustre Sabrina Guillaud, secrétaire générale de la CGT Mines Énergie 34.

    Depuis la privatisation rampante d’EDF-GDF dans les années 2000, les « usagers » désormais appelés « clients » sont les grands perdants. « Les prix ont explosé sous le coup de la spéculation des nouveaux acteurs, alors qu’on devrait payer l’énergie moins cher qu’il y a 20 ans », déplore Serge Ragazzacci, qui réclame un « grand plan national contre la précarité énergétique ».

    Hausse des salaires

    Mais plutôt que de redonner des moyens à ce service public, l’État continue à le détricoter, regrette Sabrina Guillaud. « Entre 2021 et 2024, nos salaires ont baissé de 4% avec l’inflation pendant que les dividendes du CAC40 ont bondi de 40% », calcule la secrétaire générale. Plutôt que des primes, son syndicat réclame 9% d’augmentation des salaires et le maintien d’une grille salariale commune, rare vestige du statut. « Engie, Enedis, GRDF, EDF, RTE… ils veulent multiplier les grilles pour nous diviser encore plus », redoute Sabrina Guillaud.

    Face au délitement de l’ex-entreprise publique désormais société anonyme, elle souhaite le retour des formations et des missions. « On a de plus en plus d’intérimaires. Les conseillers ne récupèrent que les appels complexes. L’exécution ne représente plus que 15% de nos tâches. On se retrouve souvent donneurs d’ordre de prestataires. Peu à peu on perd notre savoir-faire », constate la cégétiste qui observe une montée des burn-out.

    Tandis que la CGT cherche à mobiliser ses troupes lors de premières assemblées générales, Serge Ragazzacci espère que ces prémices se muent en véritable mouvement de contestation. « Le mécontentement général est réel, la mobilisation reste inconnue. » Les premiers éléments de réponse ne devraient plus tarder.

  • « La vraie arnaque, c’est la facture des usagers »

    « La vraie arnaque, c’est la facture des usagers »

    La Marseillaise : Pourquoi menez-vous cette grève reconductible ?

    Nicolas Davan : On se mobilise pour des revendications multiples. La première porte sur les factures des usagers pour laquelle on demande une TVA à 5,5%, comme les produits de première nécessité, contre 20% aujourd’hui. Elle était déjà à 20% sur les kilowatts d’énergie et elle est passée à 20% aussi pour les abonnements, cet été. On considère que l’énergie c’est un bien de première nécessité, donc cette TVA est anormale. La seconde porte sur notre grille des salaires. Nos employeurs ne respectent pas la loi car le minima de notre grille est à 9% en dessous du Smic. On demande donc que le bas de notre grille soit au Smic, avec tout ce que ça implique sur la suite de la carrière.

    Être payé en dessous du Smic est illégal, comment est-ce possible pour votre grille ?

    N.D : Une grille est échelonnée sur l’intégralité de la carrière. Quand un travailleur rentre dans les IEG, il a son salaire de base, le Smic, puis une évolution au fur et à mesure des années. Aujourd’hui, les salariés sont embauchés au Smic mais les premiers niveaux de notre grille n’amènent plus d’évolution salariale. Au lieu de prendre 3% d’augmentation, les trois premières années, le salarié n’aura rien. Pareil pour les trois années suivantes… À la fin, le salarié perd 9%… Dans un pays qui est le 3e où il y a le plus de millionnaires, 6e puissance mondiale… En toute logique, un travailleur devrait vivre bien et améliorer son niveau de vie progressivement. C’est vrai pour les agents des IEG mais aussi pour beaucoup d’autres professions. Il faut avoir en tête que les travailleurs de notre secteur ont été pionniers. Nous avons inventé le Smic avant le Smic, qu’on appelait le salaire national de base. Avant l’invention de notre système de retraite, nous avions un régime au sein des IEG. Tout cela avait servi de modèle. Maintenant, on sert de modèle mais dans le sens inverse.

    C’est d’autant plus incompréhensible dans un secteur qui fait globalement des bénéfices ?

    N.D. : Prenons l’exemple d’Enedis, là où travaillent les agents qui dépannent les réseaux de nuit comme de jour. Les dividendes versés aux actionnaires l’an dernier représentent 30 000 euros par agent. C’est fabuleux ! Les agents auront plus travaillé pour les actionnaires que pour eux-mêmes. Encore mieux : Prenons Elengy. Si l’on fait le ratio entre les salariés au statut des IEG et les dividendes dans l’entreprise, on arrive à 3 millions d’euros par agent. D’où notre raisonnement : Que ce soit pour baisser les factures, pour augmenter nos salaires, on sait où se trouve l’argent.

    Vous posez donc la question de la redistribution des richesses…

    N.D : Tout à fait. Et la vraie arnaque, c’est la facture des clients. Si les actionnaires se gavent autant, c’est aussi et surtout parce que les factures sont ultra-chères. Et sur le sujet, il suffit d’une loi pour les baisser. 100 euros de facture pour le gaz, c’est 10 euros pour les salaires et 40 pour les actionnaires !

    Et vous allez suivre le mouvement du 10 septembre ?

    N.D : Sur le fond, nous partageons les revendications exprimées. Nous dénonçons les mêmes mécanismes. Ce sont les mêmes personnes qui arnaquent les factures de nos clients et nos salaires, ce sont les mêmes qui veulent récupérer les deux jours fériés, qui veulent taper dans les cotisations… Donc la convergence avec le 10 nous va à merveille.

  • Plus que dans les tuyaux, le réseau de chaleur est engagé

    Plus que dans les tuyaux, le réseau de chaleur est engagé

    C’est une grande révolution énergétique, invisible sauf sur la facture, que s’apprêtent à connaître de nombreux foyers avignonnais. À partir de 2028, les premiers des 17 000 logements prévus seront alimentés par un réseau de chaleur public. Une innovation « écologique, économique et sociale », selon la maire (PS) Cécile Helle, qui a pris un peu plus d’épaisseur ce vendredi. En mairie, la Ville a signé la délégation de service public (DSP) avec Dalkia, filiale du groupe EDF. Un choix acté fin avril en conseil municipal, le principe d’un réseau de chaleur ayant été enclenché il y a 3 ans lors de la séance de septembre 2022.

    Concrètement, les habitants n’ont aucune démarche particulière à engager pour être relié au futur réseau. Seul un vote en conseil syndical pour les copropriétés privées sera nécessaire. Le principe est que l’actuel mode de chauffage collectif sorte des énergies fossiles, ici au gaz, et soit remplacé par une énergie locale et décarbonée à hauteur de 90%. « Cela permet d’avoir une énergie à un coût presque constant. On voit bien avec le gaz ou le fioul qui fluctuent comment la stabilité des prix est essentiel », note Cécile Helle. « Par rapport au gaz, les habitants voient en moyenne leur facture diminuer de 20% », assure Sylvie Jéhanno, PDG de Dalkia. « C’est un outil de lutte contre la précarité énergétique », soutient-elle.

    121 millions d’euros d’investissements

    D’autant que les 36km de réseau vont surtout alimenter les grands ensembles de logements sociaux des quartiers prioritaires de la ville, dont les bailleurs ont cédé les réseaux à Dalkia. Le réseau desservira à 55% des logements mais aussi l’hôpital d’Avignon, des écoles ou des entreprises. Un total de 163 stations de livraison est attendu. Un lourd investissement de 121 millions d’euros, assumé donc par Dalkia, qui assurera la gestion du réseau pour au moins 29 ans, date de durée de la DSP. La société, espère une subvention de l’Ademe [agence de la transition énergétique] comprise entre 30 et 40% du montant du projet.

    Après ceux d’Aix et de Nice, Avignon « sera le 3e plus grand réseau en Méditerranée », met en avant Sylvie Jéhanno. Le réseau sera fourni à majorité par la biomasse, Dalkia s’appuyant sur sa filiale Bois énergie France, approvisionné dans un rayon de 100km. « On ne coupe pas des arbres exprès, on utilise les bois morts, les résidus d’exploitations forestières », démine la PDG de Dalkia.

    Autre source, les eaux usées de la station d’épuration en Courtine et enfin la géothermie de surface. Bénéficiant de la présence du Rhône et de la Durance, cela va permettre de creuser une trentaine de puits de 200m de profondeur pour récupérer la chaleur du sous-sol. En revanche, le réseau de rafraîchissement va rester un peu plus marginal (7,6km) et desservira l’hôpital et les futurs programmes neufs (Confluences, Bel Air.) . « On a fait en sorte de classer le réseau de chaleur comme obligatoire dans chaque nouvelle construction », précise Cécile Helle.

    Ce qui aujourd’hui peut sembler une évidence était loin d’être le cas initialement. « En comité de pilotage du programme de rénovation urbaine à l’été 2022, il a fallu batailler avec les bailleurs sociaux qui étaient dans une démarche de réhabilitation avec des chauffages individuels alimentés en énergie fossile », recontextualise la maire. D’où aussi le fait que le réseau de rafraîchissement n’ait pu se développer à la même allure. Tout comme la conscience politique et écologique des élus RN au conseil municipal qui ont voté contre « un projet inutile ».