Tag: effondrement

  • [C’est l’été] Les métiers de la Sécurité civile : Angel, infirmier volant depuis 26 ans

    [C’est l’été] Les métiers de la Sécurité civile : Angel, infirmier volant depuis 26 ans

    Discret et entier, Angel Lara, 63 ans, infirmier volontaire à la retraite de sapeurs-pompiers professionnel depuis 2023, a débarqué à la base de Marignane voilà 26 ans. Après 17 ans de carrière militaire, cet ancien commando marine a bifurqué dans le médical. Après avoir exercé un temps en libéral, il a trouvé chez les pompiers son équilibre… Ou presque. « Je suis tombé dedans, passionné. Je me suis beaucoup investi, au point que ça a joué sur ma vie de famille », convient-il sans rentrer dans les détails. À la retraite, il s’est porté volontaire. Une libération, car plus besoin de poser de jours de congé pour celui qui avant avait jusqu’à « quatre plannings différents ». Ce qui lui plaît : « être confronté à l’urgence, tout faire pour que la situation ne s’aggrave pas et amener [la victime] à l’hôpital. On est un maillon de la chaîne ».

    La petite difficulté supplémentaire : travailler dans un hélicoptère. Le maître à bord reste le pilote mais l’équipage de 5 personnes doit être parfaitement coordonné pour être efficace. Chacun a sa place, chacun sa mission, pour une action millimétrée. « L’environnement est beaucoup plus confiné, il y a beaucoup moins de place que dans une ambulance. Cela nécessite une anticipation, de préparer avec le médecin »,, explique Angel, « dans la machine, on peut difficilement communiquer avec la victime pour peu qu’elle soit en état de communiquer. Et quand on communique par casque, il ne faut pas qu’on perturbe la partie pilotage. On va gérer la surveillance du patient en visualisant les appareils car on n’entend pas les alarmes, on a des codes de communication ».

    Le bruit, le fait d’être treuillé, récupéré, sortir d’un hélicoptère en vol, « ce n’est pas naturel »,, indique-t-il, même si avec l’expérience, « cela devient instinctif ». Mais pas question pour autant de ne pas être concentré quand chaque geste compte insiste Angel.

    « Nous, on a cette capacité de prendre en charge des victimes dans des endroits inaccessibles, et il y a pas mal de points à connaître pour sa propre sécurité et exercer son métier », raconte-t-il.

    Il se souvient avoir démarré au temps de
    l’ « Alouette 3 », un modèle sorti dans les années soixante. « On ne pouvait quasiment faire aucun geste en vol », témoigne l’infirmier. Avec le tout nouveau Dragon actuel, de son petit nom H145, d’Airbus, l’équipage a pu prendre (un peu) ses aises.

    Repartir à pied

    avec le sac sur le dos

    La systématisation du treuillage de l’infirmier « s’est faite petit à petit », de quoi permettre de « travailler à deux sur place », précise Angel, « la décision est prise en fonction de la gravité du patient. et la durée d’autonomie et des conditions météo ». Quitte à ce que parfois, il faille laisser repartir la machine et se rapatrier tout seul… « Cela nous est arrivé d’être déposés et pas récupérés, quand par exemple il y a trop de vent sur la Sainte-Victoire… Il faut alors avoir un peu de condition physique, et marcher avec du matériel sur le dos », sourit-il.

    Si chaque opération est débriefée, Angel compartimente. « Au même titre que le Smur, on fait face à des choses dramatiques de temps en temps comme très valorisantes. Il y a beaucoup de collègues qui arrêtent au bout de 7 ou 8 ans, du moins dans les 10 premières années car ils ont été trop exposés à des drames. Cela peut avoir un impact psychologique », reconnaît-il. Lui se consacre « à 100 % à chaque intervention » mais dit parvenir à se « détacher quand c’est fini ». Tant et si bien « que j’arrive à ne même plus me souvenir des interventions que j’ai faites en fin de journée. J’ai développé ça de manière inconsciente », assure-t-il. Même si certains accidents restent évidemment marqués au fer rouge. « En arrivant sur les gardes d’hélicoptères début 2000, j’ai la malchance de faire trois noyades d’enfants jeunes dans la même saison. Quand les statistiques sont d’un cas par équipe et par an », déplore-t-il. Voyant les médecins « aussi stressés que lui », il décide alors de se former sur le pédiatrique. « Et de devenir formateur pour maintenir mes compétences, égoïstement », ironise-t-il. Une manière aussi de rebondir et de se projeter. « Maintenant », il prend « un vrai plaisir à transmettre ». « J’ai fait tout ce qui existe dans les méthodes anglo-saxonnes avancées. Avant on agissait sans vraiment réfléchir, aujourd’hui on doit être source de propositions. En tant qu’infirmier, on est devenu très polyvalent. »

    Il a même en projet une formation universitaire, reconnue par la faculté de médecine, de « médicalisation en milieu exceptionnel ». Le but : « proposer une sensibilisation à tout cadre différent de la pratique habituelle, que ce soit l’hélicoptère, les risques inondations, effondrement bâtimentaire… », histoire d’établir des protocoles d’intervention les plus efficaces possibles.

    Dans tout ça, il n’oublie pas non plus le positif et heureusement, « il y en a plein ». « Comme d’arriver à emmener une personne suffisamment tôt au bloc opératoire. Une petite victoire ! » s’enthousiasme Angel. Surtout, « chaque journée est différente tant en termes de personnes avec qui on travaille que de type d’interventions. C’est très varié. On ne sait jamais à quoi s’attendre » quand on lui demande ce qui le fait tenir. L’avenir, c’est aussi de savoir se retirer au bon moment avoue-t-il quand on lui pose la question de la relève. « À un moment, il va falloir arrêter, mettre du sang neuf », reconnaît-il volontiers même s’il estime arriver à « encore faire le boulot ». Une certitude : « il faut injecter des nouveaux, petit à petit. De moi-même si je ne me sens plus la capacité de faire, je demanderai à sortir du tour… »

  • Noailles : les habitants se sentent esseulés suite à l’effondrement

    Noailles : les habitants se sentent esseulés suite à l’effondrement

    « On a cru qu’on allait mourir. Et en fait, non. Puis, il y a eu de l’incompréhension, de la sidération et de la colère. Ils nous ont niqués nos vies pour un bon moment », rappelle, les yeux embués mais le cœur vaillant, Jihane El Meddeb. Délogée de son appartement du 3, rue Vacon, suite à l’effondrement, jeudi 18 juin à 21h, d’un immeuble en chantier de la SPLA-IN situé sur la place Halle-Delacroix, elle ne cesse d’enrager contre cette société publique locale d’aménagement d’intérêt national. « J’ai demandé hier [vendredi] un point d’information au responsable des relations citoyennes de la SPLA-IN mais zéro retour. Tout est tombé mais comment peut-on savoir ce qu’il s’est vraiment passé ? », s’interroge-t-elle en ce samedi 27 juin, tandis que les deux passages vers la Halle-Delacroix, condamnés, ne font qu’entendre les engins des ouvriers qui s’y activent.

    « Je me sens méprisée. On est en France quand même. On attend toujours des informations sur la chaîne de responsabilités dans le chantier. J’ai très envie de retourner chez moi, mais j’ai aussi très peur. On ne sera jamais rassurés », ajoute Jihane El Meddeb, pendant que certains riverains participent à un point d’information tenu par le Collectif du 5 novembre et l’Assemblée des personnes délogées. « Il y a une fiche pour les habitants du quartier qui veulent porter plainte contre X, déjà pour avoir accès aux documents et savoir ce qu’il se passe pour l’enquête », indique au micro la militante Anissa Harbaoui.

    « Mutualiser nos infos »

    Le parquet de Marseille a ouvert une enquête pour mise en danger de la vie d’autrui. « Oui, il y a eu des erreurs, quelque chose d’anormal qui s’est passé. C’est un incident majeur dont je ne connais pas les causes réelles », expliquait il y a quatre jours à La Marseillaise Franck Caro, directeur général de la SPLA-IN. « Ce n’est pas possible de ne pas nous informer. La réunion de ce matin est un moyen de mutualiser nos informations », explique Jihane El Meddeb. Délogée elle aussi, Margaux rappelle que, « malgré qu’on ne puisse pas accéder à nos logements, nous devons quand même payer nos loyers. Nos propriétaires ou les agences immobilières s’en foutent et disent que ce n’est pas à eux de gérer cela. »

    Traumatismes

    Juste avant, Mona, enfant d’une petite dizaine d’années, témoigne de sa « peur » lors de la nuit de l’effondrement. « Depuis une semaine, nous sommes relogés dans un appart’hôtel et nous sommes toujours dans le stress », confie-t-elle. Autant de traumatismes ravivant le drame de l’effondrement des numéros 63 et 65 de la rue d’Aubagne qui avaient coûté la vie à huit Marseillais, le 5 novembre 2018, à quelques mètres de la Halle-Delacroix. « On a l’impression que l’histoire se répète », regrette Laurent, du Collectif du 5 novembre. « Le soir des effondrements, on a assisté à la même incohérence et au chaos des autorités qu’à l’époque. Dans un premier réflexe, très grave, les pompiers disaient aux gens d’aller chez des amis. Il existe pourtant à Marseille une charte du relogement pour laquelle on s’est battus. Les délogés doivent être pris en charge jusqu’à la fin du sinistre », dit cet habitant de Noailles et militant qui exhorte l’auditoire à se « monter en interassociations. On a vraiment besoin d’un accompagnement juridique pour répondre aux gens dans la panade. »

  • La halle Delacroix rappelle l’état d’urgence du centre-ville

    La halle Delacroix rappelle l’état d’urgence du centre-ville

    « L’effondrement des planchers [du 3 Halle Delacroix, Ndlr.] est un incident grave. Le sujet prioritaire pour nous était de savoir si la façade tenait », explique Franck Caro qui sort la tête de l’eau après plusieurs journées de stress et d’angoisse. « On a décidé de renforcer le 16 rue d’Aubagne. On a remis des étais, des étrésillons aux fenêtres. Samedi soir, on a été sûr qu’il était stable. Ce qui nous a permis dimanche de faire tomber les éléments les plus fragiles afin qu’ils ne touchent pas les toitures périphériques. »

    La façade instrumentée de détecteurs du 3 Halle Delacroix est jugée correcte. « Nous n’avons pas détecté de mouvements significatifs. Nous allons poser plusieurs étais tirants de 10 mètres. » Des engins d’élévation passeront par-dessus la façade pour accompagner la descente de manière délicate de bouts de toiture. « J’ai demandé aux ingénieurs de se réassurer sur les calculs. La nuit dernière, un butonnage métallique a été mis en œuvre de haut en bas avec de gros triangles qui renforce la façade. Ensuite, nous dégagerons les bas de mur pour les observer, vérifier en particulier le 3 rue Vacon qui a vibré, mais on n’est pas très inquiet. » Viendra ensuite « l’évacuation en toute sécurité des gravats avant l’étape des experts pour comprendre la cinétique de ce qui s’est passé ».

    « Je vous le dis avec mes tripes »

    Sur ce mur de refends qui a lâché, Franck Caro ne dira rien. « L’urgence est de préserver l’environnement le plus vite possible. Des explications, on en aura. Je comprends évidemment les citoyens de ce quartier qui ont vécu les effondrements de la rue d’Aubagne et qui vivent à nouveau les tremblements de sol, la poussière. » L’homme qui dirige depuis 2021 la SPLAIN est affecté par l’événement. « J’ai des collaborateurs, des compagnons qui travaillent en zone de risque extrême. On se retrouve à être regardé comme des soignants qui maltraitent le malade alors que c’est tout sauf notre philosophie. Oui, il y a eu des erreurs, quelque chose d’anormal qui s’est passé. C’est un incident majeur dont je ne connais pas les causes réelles. Mais ce n’est pas le moment d’en parler, d’accuser qui que ce soit, sinon je démobilise tout le monde. L’urgence, je vous le dis avec mes tripes, c’est d’aller de l’avant car Marseille en a énormément besoin. Évidemment, le temps viendra d’un retour sur ce qui s’est passé », ajoute Franck Caro. « On assumera nos responsabilités mais mon Dieu, cette ville a besoin d’avancer et il ne faut pas que les soignants se retrouvent à être maltraités dans l’opinion publique. »

  • [Entretien] Florian Gulli : « Le capitalisme produit une résistance individuelle »

    [Entretien] Florian Gulli : « Le capitalisme produit une résistance individuelle »

    La Marseillaise : Qu’aborde concrètement le livre « La matrice des classes sociales » de Vivek Chibber, dont vous avez écrit la préface ?

    Florian Gulli : Déjà, il faut souligner que, malgré ce que pourrait suggérer le titre, il ne s’agit pas de dire qu’il faut revenir à la façon dont la gauche parlait de classes sociales dans les années 1950. L’ambition est d’intégrer toutes les critiques qui ont été adressées à l’analyse de classe pour proposer une version plus robuste du matérialisme.

    Le cœur du livre part d’une question classique du marxisme. Karl Marx défendait que le capitalisme allait forcément s’effondrer sous le poids de ses propres contradictions. L’idée est qu’il fait mécaniquement souffrir de plus en plus de monde et qu’il crée, du même coup, ses propres fossoyeurs. Mille fois, on a annoncé que le capitalisme allait s’effondrer. Ça ne s’est jamais produit. Pour le justifier, des explications ont commencé à émerger à partir de la Seconde Guerre mondiale avec l’idée que le non-avènement de la révolution résulterait de l’émergence de médias manipulateurs. L’aspect matérialiste a été progressivement abandonné, pour laisser place à une gauche plus élitiste, qui perd progressivement le lien avec les classes populaires. Ici, l’auteur tente de donner une explication de classe au non-effondrement du capitalisme.

    Quelle explication propose-t-il ?

    F.G. : Lui, en suivant le schéma classique du marxisme, dit qu’en effet le capitalisme nous paupérise, nous prolétarise et nous fait souffrir. Une situation qui produit effectivement une résistance, mais individuelle, pas collective. La thèse est que l’erreur de Marx et des marxistes a été de croire que le capitalisme produirait forcément une résistance collective. Les gens souffrent du capitalisme et essaient de s’en sortir, mais en tentant de grimper à l’intérieur de leur entreprise, pour obtenir une meilleure position. Donc, s’ils n’ont pas fait la révolution, ce n’est pas parce qu’ils ont été abrutis par les mass media mais parce qu’ils se sont résignés. Cette perspective est compatible avec une certaine bienveillance à l’égard des classes populaires. C’est un phénomène de résignation générale.

    Comment expliquer l’émergence de cette résistance individuelle quand on sait qu’une résistance collective a pu exister ?

    F.G. : Il y a eu des transformations des conditions historiques et sociales. Au début du XXe siècle, la grande industrie rassemblait 30 000 ouvriers au même endroit, ce qui facilitait de fait le militantisme. On touche 30 000 personnes avec un tract en une heure, quasiment. Alors que dorénavant, les unités sont beaucoup plus petites, tout est très déconcentré. Donc, forcément, c’est plus difficile. Vivek Chibber parle aussi de l’évolution des villes et de la disparition des quartiers ouvriers, où il pouvait se créer des sentiments de solidarité et de proximité. Tout ça a disparu. L’idée n’est pas de dire que tout est foutu, mais qu’il faut trouver un moyen de briser la résignation.

    Et les partis et les syndicats sont dans ce cadre un outil indispensable pour l’auteur…

    F.G. : La perte de crédibilité de la gauche auprès des classes populaires vient d’abord de l’abandon de la conception matérialiste, mais aussi de la disparition des partis dans le quotidien des gens, avec des cellules de quartiers, ce genre de choses. Lui suggère d’y revenir. En fait, tant qu’on n’a pas créé une culture de partis, ce n’est pas très rationnel de faire grève. Autant ne pas y aller et laisser les autres s’engager. S’ils gagnent un truc, tant mieux. S’ils perdent, je n’ai rien perdu. Le seul truc qui a permis de mettre un terme à la logique du « passager clandestin », ce sont les partis, qui lient les uns avec les autres par des liens moraux.

  • Effondrement d’une voûte de cave à Aix : les travaux de consolidation lancés

    Effondrement d’une voûte de cave à Aix : les travaux de consolidation lancés

    Le numéro 3 de la rue des Cordeliers, à Aix, est toujours vidé de ses habitants ce jeudi matin. Mardi, en fin d’après‑midi, la voûte de la cave de cet immeuble s’est effondrée, « en raison d’une fuite de canalisation », selon la Ville, contraignant les occupants à être évacués par les sapeurs‑pompiers par mesure de sécurité. L’immeuble est composé de trois étages et de deux commerces en rez‑de‑chaussée.

    Par principe de précaution, l’immeuble mitoyen, situé au numéro 11 de la rue de la Verrerie, a lui aussi été évacué, tout comme les numéros 16 et 18 de cette même rue. Dans le même temps, la maire Sophie Joissains s’est rendue sur place et a signé dans la foulée des arrêtés de mise en sécurité concernant les quatre immeubles.

    Selon les pompiers du SDIS 13, une vingtaine de soldats du feu sont intervenus pour les évacuations et la sécurisation des bâtiments, et 18 appartements étaient concernés par un éventuel relogement. L’Unité de sauvetage, d’appui et de recherche (USAR) était également mobilisée. Dans la soirée, et « à la suite des investigations », indique la municipalité, les habitants des numéros 16 et 18 ont pu regagner leur logement. En revanche, ce jeudi matin, ceux du 3, rue des Cordeliers, et du 11, rue de la Verrerie, n’avaient toujours pas pu revenir chez eux.

    Selon nos informations, ils ont toutefois été relogés chez des proches, sans que le CCAS n’ait, pour l’instant, eu à intervenir. « Pour les logements dont les occupants sont actuellement absents ou non identifiés, le numéro du CCAS a été affiché sur les portes afin qu’ils puissent, à leur retour, contacter les services compétents pour être accompagnés et orientés dans leurs démarches », précisait la Ville. Tôt ce mercredi matin, les pompiers indiquaient que « suite à l’évaluation, l’eau présente en sous‑sol n’a pas d’impact sur la façade des bâtiments » et que « des travaux doivent être réalisés avant que les occupants puissent regagner leur logement », soit dans une dizaine de jours environ.

    Des travaux en cours

    Si la rue des Cordeliers était fermée à la circulation automobile mercredi soir, celle‑ci est de nouveau ouverte ce jeudi matin, aussi bien aux piétons qu’aux voitures. Seul « le tronçon de la rue de la Verrerie, entre la rue des Marseillais et la rue des Cordeliers, soit environ cent mètres, reste accessible aux piétons mais pas aux véhicules », indique la Ville, qui rappelle que l’incident « n’est pas structurel à l’échelle du quartier, mais lié à une inondation dans une cave. Cela relève du domaine privé ».

    Au moment où nous écrivons ces lignes, le syndic de copropriété, l’Agence de l’Étoile, n’avait pas répondu à nos sollicitations. Des travaux de consolidation ont néanmoins débuté dès ce jeudi matin dans la cave du numéro 3, désormais barricadée. « Nous allons remettre une poutre de fondation et reconstruire un mur porteur, explique Emmanuel Alongi, de LA Constructions. Avec la fuite d’eau, le mur s’est entièrement effondré : l’immeuble est aujourd’hui sans mur porteur côté façade. Nous allons le reconstruire au maximum. Il faudra une bonne semaine de travail. »

  • Les parents d’élèves mobilisés à l’école Révolution à Marseille

    Les parents d’élèves mobilisés à l’école Révolution à Marseille

    Depuis le 5 janvier, l’école élémentaire Révolution Jet d’Eau (3e) est privée de chauffage et subit des coupures d’électricité. Face à cette situation, les parents d’élèves ont organisé un blocage devant l’école, ce mardi à 8h30, pour alerter les pouvoirs publics de l’urgence des réparations. « Actuellement, la température au niveau des classes est de 10 degrés. Les enfants vont avec l’école avec deux manteaux, des pulls, des écharpes et des bonnets. Ce ne sont pas de bonnes conditions pour éduquer nos enfants », regrette une déléguée des parents d’élèves. « On nous dit que le chauffage est réparé, mais deux jours après, ça resaute : le problème, c’est qu’il n’y a pas de suivi », ajoute une enseignante à temps partiel.

    Les chaudières « réparées jeudi »

    « Le chauffage, c’est la goutte de trop. En mars, il y avait déjà eu l’effondrement du mur entre le Comptoir de la Victorine et l’école. Les éboulements n’ont pas encore été dégagés, les issues de secours sont encombrées. S’il arrive quelque chose à nos enfants, les pompiers ne pourront pas intervenir », se désole une maman.

    Le député (LFI) Sébastien Delogu, candidat à la mairie de Marseille, était présent lors de cette mobilisation. « Malgré de nombreuses sollicitations auprès de la mairie, les parents d’élèves sont restés sans réponse », affirme Alladine Salim, militant LFI dans les 2e et 3e arrondissements.

    Contactée par La Marseillaise, la municipalité assure que « les chaudières seront définitivement réparées jeudi grâce à une nouvelle intervention des techniciens ». Concernant le mur, « les travaux du fond de parcelle ont été effectués », mais « la cour reste fermée aux élèves dans l’attente de l’installation d’un garde-corps définitif ».

  • À Mimet, des remparts à reconstruire après l’éboulement

    À Mimet, des remparts à reconstruire après l’éboulement

    Pas une catastrophe, mais « un crève-cœur quand même. On a l’impression que ces vieilles pierres sont intouchables », lâche cet habitant de Mimet, alors que son chemin passe les barricades récemment élevées à l’entrée de la rue Mistral. Derrière ces palissades de fer, elle-même encerclées de barrières métalliques, sont cachées un tas de pierres qui vendredi dernier, ont dégringolé du rempart médiéval de Mimet. À 15h53 le 19 décembre, un premier éboulement d’une partie Sud des remparts médiévaux est déclaré dans le centre ancien du « plus haut village des Bouches-du-Rhône ». Les premières mesures de sécurité sont immédiatement prises. À 16h05, rapporte la municipalité, les services municipaux sont dépêchés sur place et déblaient l’espace dans la foulée, avant de procéder à une « remise en état de la rue » et une sécurisation des abords. C’était sans compter un second effondrement, à peine une heure après. À 17h14, un nouvel éboulement « beaucoup plus important » se fait entendre dans le centre-ville, au même endroit. Une entreprise « spécialisée » a été mandatée en urgence pour procéder aux sécurisations. Depuis, le pourtour de la rue Mistral est sécurisé, un arrêté de mise en sécurité imposé. La rue, pour le moment, est interdite aux piétons et aux voitures.

    « Ça tombe très mal »

    Georges Cristiani, maire sans étiquette de la commune confirme : il n’y a eu aucun blessé, l’incident n’est pas majeur. Les bâtiments proches ne sont pas impactés non plus. Concernant les trois logements d’habitation face aux remparts, les habitants ont été « priés de partir ». « Aucun indice, aucun signe ne laissait penser que le mur pouvait s’effondrer, si ce n’est que les remparts sont vieillissants, tout simplement. On ne connaît pas encore les causes de l’incident », rapporte d’ailleurs l’édile. Pour le maire, l’heure est désormais à la restauration. Mais les prochaines étapes, tant administratives que manuelles, restent compliquées à franchir en ces périodes de fêtes. « Il aurait pu attendre 800 ans et quelques jours de plus pour s’effondrer, plutôt que 5 jours avant Noël ! plaisante le premier magistrat. C’est du boulot et ça tombe très mal. » Les premières sécurisations bouclées, la priorité est pour Georges Cristiani, d’entamer des réparations en accord avec le patrimoine local. « Ce sont des remparts de pierres taillées. Il faut maintenir cet aspect patrimonial et jusqu’à présent les experts venus (…) sont dans une démarche de bétonisation, ce produit salvateur, mais qui peut défigurer les remparts : c’est hors de question, soutient le maire. J’ai appelé des compagnons et des experts de consolidation. Il faudra plusieurs semaines pour reconstituer le rempart et sécuriser la zone. » Les conseils départemental et régional ont été sollicités, rapporte l’édile. LEtat aussi, sans retour. « C’est la solitude des maires, qui sont face à leurs responsabilités dans ces cas-là », se désole Georges Cristiani.

  • [Entretien] Mathilde Aurier : « Le moteur dramaturgique de la pièce est l’effondrement »

    [Entretien] Mathilde Aurier : « Le moteur dramaturgique de la pièce est l’effondrement »

    La Marseillaise : Qu’est-ce qui a vous a conduit à écrire un spectacle autour des effondrements de la rue d’Aubagne ?

    Mathilde Aurier : En tant que Marseillaise et autrice, cela faisait quelque temps que je voulais raconter ce drame dans toute son ampleur sociale, intime et politique. Je ne savais pas exactement par quels angles et points de vue l’aborder. J’ai rencontré ensuite celle qui m’a inspiré le personnage de Nina, une locataire et survivante des effondrements. Elle m’a livré sa bataille émotionnelle psychologique, administrative et juridique. J’ai décidé de faire de son parcours, avant, pendant et après les effondrements, le conducteur de toute la pièce. Toujours, dans cette volonté de conjuguer un récit intime avec une mémoire collective, je suis ensuite allée à la rencontre du Collectif du
    5-Novembre, d’associations, de riverains de la rue d’Aubage, de psychologues chargés du suivi des délogés… Il était important pour moi de retracer le drame des effondrements mais aussi tous les microdrames qui ont suivi. Pour retracer l’ampleur de cette catastrophe, j’ai décidé de faire une pièce avec un récit choral, même si le parcours de Nina se trouve en son centre.

    Vous écrivez dans votre note d’intention qu’une « dramaturgie en millefeuilles » s’est imposée…

    M.A. : Il y a beaucoup de personnages dans la pièce. Toutes les trajectoires des personnages principaux sont creusées. Avec plusieurs couches de dramaturgie. Mon moteur dramaturgique et scénique a été l’effondrement. Il se retrouve même dans l’écriture et la construction de la pièce, très fragmentée, chaotique. L’effondrement est un moteur qui se retrouve dans les personnages, physiquement et psychologiquement. Et aussi dans l’écriture, la scénographie, le son…

    Votre création s’articule autour de l’effondrement, mais aussi de la force des délogés ?

    M.A. : Cette force découle de l’effondrement. C’est-à-dire par quelle force commune on s’empare de cet effondrement pour reconstruire, même si je n’aime pas ce mot car il n’est pas vrai. Car ce qui s’est passé est encore à vif.

    En plus des trajectoires individuelles fracassées par cet effondrement, le 5 novembre 2018 est avant tout le résultat de l’incurie des responsables politiques de l’époque et des marchands de sommeil. Leurs fantômes habitent-ils la scène concrètement ou par des évocations ?

    M.A. : Les deux. Les figures politiques sont amenées via des métaphores animales. Quant au versant administratif, je l’ai traité d’un point de vue assez ubuesque et satirique, ce qui permet aussi de donner une respiration dans la trame principale. Dans mon écriture, j’aime bien vaciller entre plusieurs registres, dans la langue, les situations… le versant administratif a donc été abordé par des figures tournées en dérision car c’est comme ça qu’elles ont en fait traité la gestion de ce drame. Quand j’ai fait mon enquête, il faut rappeler que personne de la mairie des 1er et 7e arrondissements de l’époque n’a voulu me recevoir.

    Et qu’en est-il de la scénographie et de la bande sonore, autour de la musique techno ?

    M.A. : Le nerf de la scénographie est la dent creuse. La rue d’Aubagne est tarpin colorée et au milieu, il y a ce trou. On est parti de ça dans la texture, la couleur. Et vu que le cœur est la trajectoire de cette survivante, ce qu’il lui reste est un lit. Tout gravite autour de son lit qui est son dernier endroit de refuge. Pour la bande sonore, je voulais creuser la scène underground techno marseillaise. Avec cette pièce et son sujet, j’avais envie de sortir des lieux communs, assez faciles à traiter à Marseille comme si on écoutait que du Jul. La création sonore s’est donc orientée vers cet univers très présent à Marseille de scène électronique.