Tag: éducation nationale

  • Bras de fer autour de la CDIsation d’un surveillant

    Bras de fer autour de la CDIsation d’un surveillant

    Au terme d’une mobilisation de longue haleine, les assistants d’éducation (AED), souvent appelés surveillants, ont obtenu, en septembre 2022, la publication par le ministère de l’Éducation nationale d’un décret autorisant leur CDIsation. Ces personnels précaires « qui travaillent 41 heures par semaine pour 1 400 euros par mois avec des contrats d’un an faits au bon vouloir des chefs d’établissement pour les maintenir sous pression, étaient les seuls personnels non-titulaires de la fonction publique qui ne se voyaient pas proposer de CDI après 6 ans de service dans les établissements scolaires », explique Karine Abauzit, enseignante en lycée professionnelle dans l’Aude et militante Sud Éducation.

    Depuis, nombre d’entre eux tentent de faire valoir ce droit fraîchement obtenu dans leurs académies respectives. « La plupart essuient des refus. On se bat poste par poste pour obtenir des CDI », confie Karine Abauzit. « Esteban avait reçu un avis favorable de son chef d’établissement, il y avait des besoins dans son lycée de Lézignan », poursuit-elle. Le Rectorat a néanmoins refusé sa CDIsation, ce qui a débouché, entre 2023 et 2025, sur deux années de procédures juridiques qui se sont soldées par une décision victorieuse pour l’AED, le tribunal administratif ayant ordonné sa CDIsation. « La première décision de ce type à ma connaissance », souligne l’avocate montpelliéraine Sophie Mazas, qui assure la défense d’Esteban Jimenez.

    « Le rectorat a modifié les conditions de son contrat »

    L’histoire aurait pu s’arrêter là. Sauf qu’à la réception du contrat début janvier, « le Rectorat lui impose de travailler à plus de 100 km de chez lui, sans proposition préalable pour les transports, sur un poste comportant deux nuits par semaine, sachant qu’il a ses deux enfants en garde alternée », énumère l’avocate. Le tout « avec 8 jours pour signer ». Mission impossible pour Esteban, dans l’impossibilité de réorganiser sa vie en si peu de temps. « Le Rectorat, ce faisant, a modifié les conditions de son contrat en opérant une mutation de sa résidence administrative, qui correspond normalement à son établissement d’origine, à Lézignan  », souligne Me Mazas.

    Un argument qu’a fait valoir la délégation reçue ce jour-là au Rectorat dans l’espoir de trouver une solution. « Le Rectorat ayant été enjoint de proposer un CDI avant le 5 février, ses représentants disent qu’ils ont fait ce qu’ils ont pu, à savoir proposer le seul poste qu’ils avaient. Nous leur avons signifié que la règle étant de respecter la résidence administrative, ils auraient dû lui proposer un poste à Lézignan », rapporte Karine Abauzit. Les deux parties se sont quittées sur l’engagement, pris par le Rectorat, que « des efforts seraient faits pour trouver un poste plus près. M. Jimenez devrait être contacté d’ici le 20 février. De notre côté nous avons maintenu que si le poste n’était pas sur le lieu de la résidence administrative, nous saisirions une nouvelle fois le tribunal. »

  • Sanary : un collégien poignarde sa professeure d’arts plastiques, son pronostic vital engagé

    Sanary : un collégien poignarde sa professeure d’arts plastiques, son pronostic vital engagé

    L’effroi a une nouvelle fois frappé le milieu scolaire. Qui plus est dans un collège réputé sans histoire, dans une commune peu habituée aux faits divers, d’autant plus d’une telle gravité. Peu après 14h, un élève de 14 ans, en 3e du collège la Guicharde de Sanary a porté trois à quatre coups de couteau à sa professeure d’arts plastiques, au niveau du torse, avant de prendre la fuite. Il a rapidement été appréhendé par un assistant d’éducation, sans manifester d’opposition. Il a ensuite été placé en garde à vue pour tentative d’assassinat. Une enquête a été ouverte et confiée aux commissariats de police de Toulon et de Sanary.

    La professeure, âgée de 60 ans, a rapidement été secourue et transférée vers l’hôpital Sainte-Anne de Toulon. Elle y a été opérée en urgence puis placée dans un coma artificiel. mardi soir, son pronostic vital était toujours engagé.

    « Des tensions avec cette professeure »

    Qu’est-ce qui a bien pu, dès lors, pousser cet élève à commettre un tel geste ? « Pour le moment, il n’y a aucune connotation religieuse ni politique qui apparaissent », a annoncé le procureur de la République de Toulon Raphaël Balland. « On sait seulement qu’il y avait eu des tensions avec cette professeure, et qu’il lui en voulait d’avoir fait des rapports à son encontre. » Une version corroborée par des témoignages d’élèves. « Le matin, il disait qu’il voulait tuer la prof de maths. On croyait que ce n’étaient que des paroles. Mais comme elle n’était pas là, il s’en est pris à la prof d’arts plastiques car elle lui mettait beaucoup d’observations », déclarait l’un d’entre eux. Autre élément important : l’élève « avait visiblement des problématiques familiales, mais il n’était pas connu pour le moindre fait de violences », a ajouté le procureur, ce qui aurait pu, également, favoriser son passage à l’acte.

    Tatiana Kolodziej, professeure d’EPS et référente premiers secours au collège la Guicharde, est la première à avoir secouru sa collègue : « Les élèves sont venus me chercher. On a eu peur, mais elle est partie consciente », a-t-elle expliqué. Au sein du corps enseignant, c’est « la stupéfaction, le choc. Les collègues sont en larmes. On ne s’attendait pas du tout à ça dans un collège privilégié, tranquille », déplorait-elle.

    « Il faut mettre plus de moyens humains notamment pour le contrôle des sacs. C’est un collège d’une petite ville, on n’est pas à l’abri de ce type d’acte dans n’importe quel établissement », s’est ému Dominique Queyroulet, représentant du Snes-FSU dans le Var. Du côté des parents d’élèves « on ne comprend pas. Ma femme et ma fille ont eu cette professeure lorsqu’elles étaient au collège, elle est super gentille (sic). On est une grande famille, les Sanaryens. Il va falloir se soutenir face à ce traumatisme », déplore Roland.

    Les élèves ont quant à eux été rapidement sortis de classe, puis regroupés dans la cour de récréation, avant d’être progressivement évacués à partir de 15h30. Ce mercredi, les cours n’auront pas lieu, mais une cellule psychologique a été mise en place, ainsi qu’un « accueil organisé par le collège pour les professeurs, mais aussi pour les enfants qui en ressentent le besoin », a précisé le préfet du Var Simon Babre. Le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, s’est quant à lui rendu sur place dans la soirée.

  • Aix-Marseille : des suppressions de postes de profs par dizaines dans toute l’académie

    Aix-Marseille : des suppressions de postes de profs par dizaines dans toute l’académie

    Les syndicats des enseignants et des personnels de l’Éducation nationale dans l’académie d’Aix-Marseille ne décolèrent pas.

    Du côté de l’académie, et donc du ministère de l’Éducation nationale, le calcul est simple : le nombre d’élèves scolarisés est en baisse : près de 4 600 élèves en moins dans les écoles primaires : 36 postes en moins dans quatre départements de l’académie (Alpes-de-Haute-Provence, Hautes-Alpes, Bouches-du-Rhône et Vaucluse). Même tendance et même résultat pour le second degré, en collège et lycée : 883 élèves en moins globalement, 40 emplois supprimés. Du côté de l’administration, cette « forte baisse des effectifs » va de pair avec « l’augmentation des moyens d’enseignement » depuis 2020. Les dispositions pour cette rentrée permettraient, toujours selon les documents officiels de l’Académie que La Marseillaise a pu consulter, une « convergence des taux d’encadrement par types d’établissements par rapport aux ratios nationaux ».

    Effectivement, « l’académie a un niveau d’encadrement bien inférieur à la moyenne nationale », confirme Charlotte Bourgougnon, enseignante et cosecrétaire départementale du SNUipp-FSU des Bouches-du-Rhône. « Cette baisse des effectifs aurait pu nous permettre d’améliorer les conditions d’enseignement, mais au contraire, ces suppressions vont encore plus les affaiblir. Elles vont notamment toucher les remplacements, les enseignements spécialisés, et les établissements des quartiers prioritaires », détaille-t-elle. « Cela va être encore plus difficile voire impossible de dédoubler les classes » dans ces établissements, poursuit Françoise Julia, représentante CGT. Alors que le nombre de ces établissements devrait être à la hausse, théoriquement. « C’est un budget de guerre contre l’Éducation nationale ! », résume Tanguy Langlet, délégué des enseignants FO du Vaucluse, qui a claqué la porte de cette réunion. « Ces suppressions résultent d’un véritable choix politique. L’Éducation n’est clairement pas une priorité pour ce gouvernement ! », dénonce-t-il. Les syndicats ne comptent pas en rester là.

  • La violence déborde au collège Malraux à Marseille

    La violence déborde au collège Malraux à Marseille

    Mardi, l’AED intervient pour séparer une bagarre. Bousculée, elle tombe à terre et se fait piétiner par « le moulon ». En langage d’ado, un attroupement d’élèves, « un jeu sur les réseaux », précise un collégien, encore choqué. En début d’année un surveillant avait déjà subi une agression similaire. Il n’a pas été remplacé et ils ne sont à ce jour plus que huit dans cet établissement de 935 élèves qui n’est pas en zone prioritaire.

    Des faits de violence extrêmement alarmants que les parents et les personnels du collège ont dénoncés jeudi lors d’une grève et d’un rassemblement devant l’établissement du 13e. Dans le rassemblement organisé devant les grilles de Malraux, une élève de 5e confie : « Moi, ça va, j’ai la chance, et la malchance, de connaître un de ceux qui sèment le trouble, mais ceux qui sont plus isolés ont peur, alors il y a l’effet de groupe. » Déjà 16 élèves sont convoqués en conseil de discipline. Un père réagit également : « Ils ont entre dix et quinze ans et provoquent des bagarres de rue à l’école. Et ça n’a rien à voir avec le milieu social. »

    L’enveloppe est vide

    Les parents sont déroutés. Car ce n’est pas le seul établissement en proie à de telles dérives. « Le jour où c’est arrivé, il y a eu des déclenchements d’alarme dans plusieurs collèges, c’est comme si tout ça était organisé. Et ils font des vidéos, fascinés par les réseaux sociaux », s’épouvante une maman. Comme dans une mauvaise série, « c’est le manque d’adultes qui a permis une prise de pouvoir par des ados ! », accuse une autre.

    « On a des classes gonflées à 32 élèves, la pause méridienne, avec 800 demi-pensionnaires, est ingérable », dénonce Séverine Vernet, professeure, élue au conseil d’administration et représentante des personnels pour le Snes-FSU. Elle souligne aussi le manque d’accompagnement en termes de santé mentale. Une seule infirmière reçoit jusqu’à 50 passages par jour. « On a une super équipe éducative, c’est un bon collège, confirme Christelle Sanchez, de l’association MPE 13, mais ça fait presque 5 ans que l’établissement dépasse sa capacité maximum. » Une construction nouvelle est bien prévue dans le secteur, mais elle arrive en remplacement du collège Mallarmé.

    Face à cette montée en puissance, des parents d’élèves et enseignants réclament des effectifs depuis plusieurs années. Ainsi que la construction d’un nouvel établissement dans ce secteur où la pression immobilière est intense. En témoignent les résidences neuves et les grues qui s’activent alentour. « On ne peut pas pousser les murs. C’est la troisième fois cette année que la violence éclate au sein du collège et on n’a pas de réponses pour des effectifs suffisants, sinon que l’enveloppe est vide », déplore la représentante syndicale reçue avec les instances représentatives mercredi en audience au rectorat.

    En 2024, une agression au couteau d’une élève sur un enseignant avait déjà secoué le collège. Contactée, l’inspection académique n’a pas donné suite.

  • Aucun enfant ne doit être mis au ban de l’école

    Aucun enfant ne doit être mis au ban de l’école

    Le droit à la scolarité et donc de l’accès à l’école de la République est inscrit dans la loi : Le service public « veille à la scolarisation inclusive de tous les enfants, sans aucune distinction » stipule le Code de l’éducation. Sauf que chaque année, nombre d’enfants en situation de handicap restent sur le bord du chemin, à la porte de l’école. Plus de 48 000 chaque année, en moyenne. La faute à l’absence de moyens humains pour les accueillir et les accompagner. La faute à la précarité d’un métier pourtant essentiel, les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH). Plus de 140 000 travailleurs exercent ce vrai métier sans reconnaissance. D’où la proposition du groupe socialiste au Sénat d’accorder le statut de fonctionnaires à ces accompagnants.

    Un métier payé au rabais

    La mesure permettrait de pérenniser la deuxième profession de l’Éducation nationale, de répondre aux besoins des familles et de sortir de la précarité les accompagnants en augmentant les salaires. La fiche de paie d’un accompagnant plafonne à 850 euros en moyenne. En dessous du seuil de pauvreté.

    C’est une question de choix politique en faveur du développement du service public de l’éducation. Aujourd’hui, quelque 355 000 enfants ont droit à un accompagnant dans leur scolarité. Les avancées médicales ont permis de diagnostiquer de plus en plus de troubles de l’apprentissage et donc ont accru les besoins en accompagnement. C’est un progrès qui doit se traduire dans les faits. L’avenir de dizaines de milliers d’enfants, d’adolescents et jeunes adultes en dépend.

  • À Sète, le lycée Joliot-Curie se bat pour arracher des moyens

    À Sète, le lycée Joliot-Curie se bat pour arracher des moyens

    Ils n’en peuvent plus de gérer la pénurie. Les personnels du lycée Joliot-Curie, à Sète, ont décidé de tirer la sonnette d’alarme et d’afficher un front intersyndical uni face à une situation qui se dégrade dangereusement.

    Après s’être rassemblés le 2 décembre devant l’entrée principale du lycée, ils ont sollicité, par le biais d’une intersyndicale au complet*, une audience au rectorat. Le 4 décembre, les représentants des parents d’élèves, des personnels et des élèves ont par ailleurs voté contre le budget du lycée lors du conseil d’administration.

    Au cœur de cette mobilisation : le manque de moyens. En termes de personnels, d’abord.  « Il manque au moins trois postes d’AESH [accompagnants d’élèves en situation de handicap, Ndlr] pour être en mesure d’accompagner tous les élèves qui ont une notification », assure Marine Trégan, professeure de philosophie au lycée Joliot-Curie et représentante de SUD Éducation. Les AED, assistants d’éducation, seraient également en sous-effectifs. « Certes leur nombre correspond à une moyenne académique, mais cela ne tient pas compte des spécificités de notre établissement. Le lycée est très grand, avec beaucoup de bâtiments, si bien que pour assurer une surveillance optimale et permettre une sécurité des élèves dans l’ensemble de l’établissement, on a besoin de plus d’AED. En outre, il se situe dans une zone particulièrement difficile socialement, sans que cela ne se traduise par un nombre accru d’AED », relève Marine Trégan. « Or il y a régulièrement des violences entre élèves dans notre lycée, et cette année on a une explosion », s’inquiète-t-elle.

    Le dispositif de lutte contre le harcèlement menacé

    Autre point noir soulevé par l’intersyndicale : la baisse globale du nombre d’heures allouées à l’établissement, « notamment des heures qui permettent aux collègues d’assurer des missions supplémentaires, alors même que ces missions ne cessent d’augmenter. Et on les trouve importantes », insiste Marine Trégan. Elle prend l’exemple du dispositif Phare de lutte contre le harcèlement scolaire. « À l’échelle d’un lycée de 2 000 élèves, c’est un travail colossal. Chaque semaine, une équipe réalise des entretiens avec des élèves témoins ou acteurs du harcèlement pour désamorcer des situations. Grâce à ce dispositif, l’année dernière plus de 80% des situations gérées ont été réglées. Sauf que les collègues ont déjà un arriéré de 80 heures qui n’ont jamais été payées et cette année, on nous a annoncé que les caisses étaient vides. Or une centaine d’heures Phare ont déjà été effectuées depuis septembre. Du coup le dispositif risque de s’arrêter », prévient la syndicaliste, inquiète de l’ampleur que pourrait prendre le harcèlement au sein de l’établissement. Pour les mêmes raisons de dotation horaire insuffisante, les enseignements obligatoires d’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité (Evars) pourraient également être remis en cause.

    Par ailleurs, contrainte de gérer la pénurie, la direction envisage de supprimer les primes pour les coordonnateurs de disciplines, ce qui « remettrait notamment en cause l’organisation des épreuves d’entraînement aux différents examens (Bac blancs, entraînements oraux, etc.) », explique la représentante de SUD Éducation. « Nous refusons de devoir sacrifier une de ces missions, et de les exercer de façon précaire ou bénévole ! » La balle est désormais dans le camp du rectorat.

    * SUD Éducation, CGT, FSU, CNT, Snetaa FO, Snalc

  • [Grand entretien] Marie Nikichine : « Les idées du RN sont à l’opposé de nos valeurs »

    [Grand entretien] Marie Nikichine : « Les idées du RN sont à l’opposé de nos valeurs »

    PARCOURS

    La Marseillaise : Qu’est-ce qui explique votre engagement ?

    Marie Nikichine : Je suis bibliothécaire à Paul Valéry et mère de 4 enfants. J’ai mis du temps à comprendre le rôle que pouvaient avoir les parents d’élèves. C’est d’ailleurs sur un malentendu que je me suis retrouvée élue dans un conseil d’école. Quand mon premier enfant est entré au collège Fontcarrade à Montpellier, j’ai découvert la FCPE et un cadre plus réglementaire pour agir. J’ai compris que la FCPE offrait des clés de compréhension sur un fonctionnement pas facile à lire pour les parents. En 2023, où j’étais administratrice à la FCPE, je m’étais engagée dans un collectif de soutien à une famille arménienne en difficulté à l’école Paul-Langevin. Je préside la FCPE depuis juin 2025.

    VALEURS VS EXTRÊME DROITE

    La FCPE a décidé de se protéger des tentatives d’infiltration de l’extrême droite…

    M.N. : C’est déjà arrivé notamment à Aniane. Il y a une confusion entre la FCPE, association d’utilité publique, et le fait d’être représentant de parents d’élèves. Tout le monde peut adhérer chez nous mais la FCPE a des valeurs. On ne signe pas avec son sang mais quand on veut s’investir il faut s’accorder sur l’école émancipatrice, respectueuse des enfants, où les parents ont leur place dans un principe de coéducation, avec une bienveillance vis-à-vis des intérêts supérieurs des élèves. Quand vous lisez le programme du RN, on est complètement à l’opposé. Il est normal qu’il y ait un trouble si un représentant s’affiche comme RN. Du coup, on travaille sur un cadre déontologique. C’est un jeu d’équilibriste. Est-ce qu’être intolérant à l’intolérance c’est être intolérant ? Disons qu’on n’est pas censé utiliser l’image de la FCPE dans un cadre politique. On est vigilant quel que soit le parti pour des candidatures aux municipales.

    Le programme Evars (Éducation à la vie affective et sexuelle)
    est-il satisfaisant ?

    M.N. : On s’est réjoui du fait que l’enseignement est devenu un vrai programme (d’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité) pour être sûr que les heures soient faites. Il y a eu beaucoup de confusion avec des entreprises de désinformation portées par le Syndicat de la famille (proche de l’extrême droite). Ils s’attaquent quasiment au programme de SVT, il ne faudrait pas parler de la reproduction. À Castelnau ou Saint-Jean-de-Védas, des affiches ont été placardées pour dénigrer le dispositif que l’on soutient à la FCPE.

    HARCÈLEMENT SCOLAIRE ET FORMATION

    La Marseillaise : L’Éducation nationale met-elle les moyens pour lutter contre le harcèlement/cyberharcèlement scolaire ?

    M.N : Le protocole « Phare », qui offre un canal d’échanges, a fait la différence. Les établissements s’en emparent, il y a des réussites, on a progressé au moins pour entamer les choses. C’est pris au sérieux, on a des interlocuteurs au rectorat. On est aussi sollicités sur des cas plus complexes. Le cyberharcèlement est devenu un fait de société avec les groupes de discussions. Il y a un travail conjoint sur le danger des écrans. Personne ne fait l’autruche. En revanche, on est plus désarmés sur des relations problématiques entre enseignants et élèves avec un rapport de force défavorable à l’élève dont la parole n’est pas toujours évidente à faire entendre. Des parents ont peur de représailles, d’aggraver la situation.

    La formation accélérée des enseignants pour contrer la crise des vocations est-elle satisfaisante (Bac+3) ?

    M.N : On en est à un point où l’on est contents d’avoir des contractuels même si c’est parfois inégal en termes de qualité pédagogique. Mais ce n’est pas l’idéal. Je ne sais pas pourquoi on ne revient pas à un système de titulaires remplaçants. Je pense qu’il y a plusieurs causes à la crise des vocations, notamment le manque de moyens et d’attractivité du métier (rémunérations). Heureusement, il reste des enseignants hyper investis qui ont ça dans le sang. Je suis en admiration devant leur capacité à supporter les enfants et à porter des classes. Les jours où on voit le verre à moitié plein, on peut rester optimiste.

    ÉDUCATION NATIONALE

    Le gouvernement annonce la suppression de 4 400 postes d’enseignants…

    M.N. : On a un problème avec les annonces du gouvernement depuis quelques années. Il a aussi été dit qu’on aurait une moyenne d’un prof pour 21 élèves, ce qui – théoriquement – améliorerait le ratio avec la baisse démographique. C’est toujours la bataille des chiffres. On nous mélange souvent les chiffres de l’éducation prioritaire, ce qui fait baisser les moyennes alors qu’on a des maternelles à 27 gamins, des lycées plus de 30. On n’y croit surtout pas dans l’Hérault où la baisse démographique est moindre qu’au niveau national. On attend de voir la situation réelle des établissements. C’est pareil pour tout, on se rend vite compte que l’assistante sociale n’est là qu’un jour par semaine et ne peut répondre aux besoins.

    Il y a aussi le manque d’AESH et d’Atsem…

    M.N : On vient de porter des mobilisations dans plusieurs établissements sur le manque d’accompagnants d’enfants en situation de handicap (AESH). Cette année, le problème a explosé, ça ne tient plus. Parfois les enseignants se mettent en grève, ce n’est pas pour le plaisir. Le rectorat fait ce qu’il faut pour les AESH individualisés. En revanche, les AESH mutualisés c’est beaucoup plus flou. Parfois l’enfant se retrouve avec 1h d’accompagnement par semaine. En classe, c’est de la souffrance pour tout le monde : les enfants qui souffrent de handicaps, les autres et les enseignants.

    Au sujet des Agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (Atsem), pour lesquels on avait des manques l’an passé à Montpellier, la mairie semble avoir amélioré les choses même si cela pourrait être mieux. On reste vigilant.

    FAMILLES EXPULSÉES ET À LA RUE

    M.N : Ça montre qu’il faut continuer à être très vigilant et épauler les parents. On est alertés par des familles qui ne savent pas quoi faire. Un collectif « Un toit, un avenir » s’est monté auquel participe la FCPE. Face au positionnement assez tranché de la préfecture, il va falloir faire face dans le respect des familles. On est sur des droits fondamentaux. Il faut relayer ces actions, épauler les parents. On est dans le rapport de force. En Conseil départemental de l’Éducation nationale, on a déjà mentionné ce genre de situations.

  • Un tiers des jeunes en souffrance psychique

    Un tiers des jeunes en souffrance psychique

    Ce lundi, Sarah El Haïry, Haute-commissaire à l’Enfance, organise une conférence sur la santé mentale des jeunes dans le cadre d’un nouveau cycle de rencontres mensuelles intitulé « Enfance en débat », consacré aux grands enjeux de l’enfance. Intitulée « Santé mentale des jeunes : un défi collectif vers une société engagée », cette journée va mettre en relief une réalité inquiétante : selon une étude de grande ampleur menée par L’inserm, un tiers des jeunes de 18 à 24 ans déclarent être en souffrance, de l’anxiété aux troubles psychiatriques.

    L’enjeu est aussi au cœur du travail d’une commission parlementaire sur la prise en charge de la santé mentale et du handicap. Le 22 septembre, son rapporteur, le député socialiste de Gironde, Sébastien Saint-Pasteur, estimait que « le compte n’y est pas », un an après que le sujet eut été érigé en « grande cause nationale » par l’ancien Premier ministre Michel Barnier.

    Le handicap et la santé mentale sont « deux sujets qui se rejoignent par rapport aux délais et aux difficultés de prise en charge mais aussi dans le manque de professionnels », a déclaré le député socialiste. La Commission poursuit cette semaine ses auditions et devrait rendre publiques ses préconisations à la fin de l’année.

    Partenariat avec Disney

    Ce manque de moyens publics pour répondre aux besoins des plus jeunes est illustrée par la décision du gouvernement de lancer un partenariat avec le géant américain du divertissement Disney. Cette campagne de sensibilisation à la santé mentale à destination des enfants dévoilée le 9 octobre, s’appuie sur les personnages du film Vice-Versa. Un livret d’information à destination des enfants du CP à la 6e, « Parlons santé mentale », met en page les personnages et des visuels inspirés du film d’animation à succès de Pixar, filiale de Disney. Il sera mis à disposition des enseignants partout en France dans les prochains jours, après les vacances scolaires de la Toussaint. Des affiches, un livret à destination des parents, et un spot d’information complètent le dispositif. « Plus de 40% des 18-24 ans présentent des signes de dépression », a souligné Michaël Nathan, directeur du Service d’information du gouvernement (SIG), lors d’une conférence de presse jeudi 9 octobre. Il a précisé que Disney n’avait pas été rémunéré dans le cadre du partenariat, décrit comme un outil d’information sur la santé mentale parmi d’autres. Il a rappelé que le ministère de l’Éducation nationale utilisait aussi la mini-série Adolescence, diffusée sur Netflix, sur les dangers des réseaux sociaux et des mouvements virilistes chez les adolescents. « On a là des outils qui correspondent exactement à ce qui est impactant » chez les plus jeunes, « toutes les études, tous les experts nous disent que sur ces questions (…), si on l’aborde directement en termes de (…) de message sanitaire, on n’atteint pas nos objectifs », a expliqué Thibaut de Saint Pol, délégué interministériel à la jeunesse, lors de la conférence.

    Une institutrice de la Drôme confie que « sur Eduscol », outil de ressources pédagogiques pour les enseignants, « on a du matériel mais ces supports ne sont pas adaptés aux enfants actuels. Il nous manque des ressources clés en main, des supports parlants, colorés… », ajoute-t-elle, affirmant que « tout le monde utilise Vice Versa (…), la gestion des émotions, c’est un vrai sujet dans nos classes ».

    Elle interroge toutefois : « j’utilise La couleur des émotions d’Anna Llenas, un classique de la littérature jeunesse » en classe, « pourquoi ne promeut-on pas ce genre de livres ? ». Aurélie Gagnier, co-secrétaire générale du FSU-Snuipp, affirme que « le ministère ne devrait pas avoir à conclure des partenariats avec des (intermédiaires) privés pour combler ses manques, particulièrement avec des multinationales ». L’enquête Talis, menée par l’OCDE auprès des enseignants et chefs d’établissements, « dit bien que les compétences socio-émotionnelles en France sont moins travaillées que dans les autres pays » car « nous manquons de formations », constate-t-elle.

    À SAVOIR

    Étude Mentalo

    C’est la première grande étude nationale sur le bien-être mental des 11-24 ans menée par l’Inserm. Elle les questionne plusieurs fois dans l’année, afin de suivre l’évolution de leur bien-être et d’identifier les facteurs qui y sont associés. Lancée en mai 2024, elle s’achèvera en 2026.

    Les filles plus touchées

    Le bureau Europe de l’OMS a publié en octobre 2023 les données issues de l’enquête Health Behaviour in School-aged Children (HBSC). En France, la santé mentale s’y dégrade particulièrement à 15 ans et parmi les jeunes filles qui déclarent plus souvent que les garçons un mal-être.

    Huit ados sur dix se disent en bonne santé

    8 sur 10 des élèves de collège et de lycée se perçoivent en bonne santé. Un tiers des élèves interrogés se sont déclarés en excellente santé selon une étude menée par l’Inserm. Mais seuls la moitié d’entre eux ont un bon niveau de bien-être mental.

    Risque de dépression

    14% des collégiens et 15% des lycéens présentent un risque important de dépression. Le fait de manquer d’énergie, de se sentir découragé et d’avoir du mal à réfléchir sont les trois principaux symptômes dépressifs déclarés par les adolescents.

  • [Le Grand entretien] Carole Drucker-Godard : « On ne peut pas parler d’une crise de la vocation »

    [Le Grand entretien] Carole Drucker-Godard : « On ne peut pas parler d’une crise de la vocation »

    AESH

    Comment résorber la pénurie d’AESH ?

    Carole Drucker-Godard : Il en manque parce qu’il y a des notifications de la MDPH qui croissent plus vite que notre augmentation d’emplois AESH. À la rentrée, on a recruté 95 AESH dans l’Académie. Nous en avions déjà 7 000. C’est beaucoup. Donc, lorsqu’un élève a une notification individuelle de 24h par exemple, on va peut-être faire que 18h voire 12h et le reste du temps on va mutualiser l’accompagnement. Donc oui, il y a des cas d’élèves en situation de handicap qui ne sont pas encore accompagnés. Mais on fait quand même, je trouve, notre possible aussi pour améliorer le travail des AESH, pour les intégrer beaucoup plus comme membre à part entière de l’Éducation nationale.

    Choc des savoirs

    Le choc des savoirs a été beaucoup critiqué, notamment les groupes de niveaux…

    C.D.-G. : Le choc des savoirs est surtout caractérisé par les groupes de besoins en 6e et 5e mis en place il y a un an. Ça a été effectivement très critiqué parce que de toute façon, dès qu’on opère un changement, ça ne contente jamais tout le monde et c’est normal. Ça a été décrié parce qu’il était compliqué pour les chefs d’établissement d’organiser des enseignements « en barrettes » afin d’avoir des groupes à effectifs réduits. Globalement, c’est quand même plutôt positif. Ce qui plaît beaucoup, c’est qu’on a offert la possibilité à des enseignants d’avoir des effectifs réduits. On le sait, l’hétérogénéité dans les classes est nécessaire. Mais, quand elle est trop importante, on ne fait plus avancer personne, ni ceux qui ont des facilités, ni ceux qui sont en fragilité.

    Plusieurs dispositifs ont été abandonnés par Élisabeth Borne, n’est-ce pas un aveu d’échec ?

    C.D.-G. : La ministre a proposé aux chefs d’établissements d’ajuster ces groupes. Certains n’ont rien bougé parce que ça fonctionne très bien. Pour d’autres, c’était trop compliqué en termes d’organisation. On leur a donné la possibilité d’ajuster différemment en gardant les mêmes moyens. C’est quand même une bonne chose. Et pour les 4e, 3e, de toute façon, sur un plan ressources humaines, c’était difficile d’organiser exactement la même chose. Donc a été proposé aux chefs d’établissements d’organiser un « plan réussite ». En 6e et 5e, on a les groupes de besoins et en 4e, 3e, il y a moins de moyens mais en fonction des collèges et des résultats, on a parfois permis aux chefs d’établissements d’avoir un groupe supplémentaire.

    Professeurs

    Il manquait 2 500 profs pour cette rentrée en France, qu’en est-il dans l’Hérault et le Gard ?

    C.D.-G. : Je n’ai pas eu une rentrée difficile sur le plan des effectifs enseignants. La réunion avait été très bien préparée, bien avant mon arrivée. Donc, on avait dans le premier degré un enseignant devant chaque classe, une rentrée sereine avec une brigade de remplaçants assez conséquente quand même. Il en manquait un peu dans le second degré mais ça reste quand même assez faible c’est-à-dire que ce sont des formations de niche dans les lycées professionnels ou alors des disciplines en tension comme les langues, les mathématiques, les sciences. On a encore des ajustements qui se font : quand les enseignants ont des services partagés sur plusieurs établissements, parfois, il peut manquer 9 heures de mathématiques par-ci, 3 heures de physique par-là. Ce n’est pas idéal. Mais globalement, l’Académie est vraiment très attractive.

    Néanmoins, beaucoup parlent de crise de la vocation…

    C.D.-G. : De ce que je vois sur le terrain, je crois qu’on ne peut pas parler d’une crise de vocation. Je vous confirme que le métier est difficile, ils le disent tous. Mais l’année dernière, tous ceux que j’ai vus m’ont tous dit : « Par contre j’adore. » Ce qui change, c’est qu’aujourd’hui, on a des jeunes qui n’ont plus du tout envie de rester toute leur carrière dans l’Éducation nationale. Ils ont envie de changer de métier, il ne faut pas les retenir mais les accompagner. Donc la vocation est toujours là. Cependant, on attire un peu moins parce que oui, le métier est certainement plus difficile qu’avant. La réforme de la formation initiale peut pallier aussi ce manque d’attractivité en passant les concours à la fin de la licence, et non en 5e année.

    Sécurité

    Les violences dans les établissements, un phénomène en augmentation ou plus médiatisé ?

    C.D.-G. : Je pense qu’il y a vraiment les deux. On a aujourd’hui une culture du signalement avec des chefs d’établissements qui, dès qu’il y a un incident au sein de l’établissement, font ce que l’on appelle un « fait établissement », selon trois niveaux d’alerte. Aujourd’hui, on est informé de tous ces faits de violence dans les établissements donc forcément on en parle plus. Mais je pense quand même qu’il y en a plus. C’est la société, malheureusement. Les écrans doivent en expliquer une partie, tout comme la crise sanitaire. Il y a effectivement beaucoup de faits de violence. On a obtenu des moyens supplémentaires à la rentrée, 42 postes (32 AED et 10 CPE) qu’on a placés dans les établissements les plus sensibles, qui en avaient le plus besoin. On a donc ces contrôles visuels à l’entrée des collèges.

    Un bilan a été fait de ces opérations ?

    C.D.-G. : Ce sont parfois des ciseaux, des aérosols. Il y a quand même quelques couteaux qui ont été retrouvés. Dans ce cas-là, c’est conseil de discipline et signalement au procureur. Il y a aussi les fouilles de sacs devant les établissements en lien avec la préfecture, la justice. Les forces de police et les forces de sécurité viennent eux-mêmes fouiller les sacs, ils sont habilités. Il n’y a aucun personnel de l’Éducation nationale. Et en complément de cela, au sein même de l’établissement, nos personnels font ces contrôles visuels, ce ne sont pas des fouilles, mais viennent en complément avec vraiment une visée très pédagogique. L’élève ouvre lui-même ses affaires.

    LES SIX PREMIERS MOIS ?

    C.D.-G. : J’ai été vraiment accueillie très chaleureusement. Et puis je me suis assez rapidement insérée dans le territoire. J’ai fait mon bureau sur le terrain, j’ai eu à cœur d’aller 48 heures dans tous les départements dès ma prise de fonction pour essayer de bien comprendre chaque spécificité de chaque département, qui sont tous différents, ce qui fait aussi la richesse de cette académie. Une très grande diversité à la fois géographique, sociale. Je vois mon arrivée depuis six mois comme une grande chance, en fait.

  • Inclusion scolaire : « Un nombre inédit d’écoles nous ont alertés »

    Inclusion scolaire : « Un nombre inédit d’écoles nous ont alertés »

    « Jamais nous n’avons recensé autant de manquements », dénoncent, dans un communiqué commun, la FSU-SNUipp 34, le Snes-FSU 34, le Snep-FSU 34, le SNnuep-FSU 34 et SUD Education 34, qui ont déposé, le 6 octobre, une alerte sociale « pour dénoncer les conditions de travail dégradées des personnels de l’Éducation nationale, notamment en matière d’inclusion scolaire ».

    20 ans après le vote de la loi de 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, la réalité semble bien loin du compte. « La loi a certes permis une prise en compte de ces élèves, mais cette ambition ne s’est pas accompagnée des moyens nécessaires », déplorent les syndicats mobilisés. « Depuis le premier jour de la rentrée, un nombre inédit d’écoles nous ont alertés sur le manque cruel de moyens financiers et humains à leur disposition. »

    Certains Pial (Pôles inclusifs d’accompagnement localisé, chargés de gérer les besoins d’accompagnement des élèves en situation de handicap) auraient notamment décidé, depuis la rentrée, « d’accompagner uniquement les élèves à fort besoin, donc relevant d’un accompagnement individuel, au détriment de ceux censés bénéficier d’un accompagnement mutualisé qui ont pourtant eux aussi besoin de cet accompagnement pour progresser », assure Clémence Cimier, co-secrétaire départementale de la FSU-SNUipp 34 et accompagnante d’élèves en situation de handicap (AESH).

    « Si les Pial priorisent les accompagnements individuels, c’est parce que la loi oblige à les accompagner. Alors que pour les élèves qui ont un accompagnement mutualisé, c’est beaucoup plus flou, donc plus difficile pour les familles de se retourner contre ça », confie l’AESH montpelliéraine. L’accompagnement mutualisé « consiste surtout en du scolaire  : reformuler des consignes, réexpliquer ce que l’enseignant vient de dire, etc. En accompagnement individuel, on va avoir des élèves beaucoup plus lourdement handicapés, qui ne sont pas forcément au niveau de la classe dans laquelle ils sont scolarisés  », détaille Clémence Cimier.

    « À l’école Léo Malet, où je travaille, sur 38 élèves notifiés pour un accompagnement individuel ou mutualisé, 15 n’ont aucun accompagnement. Et on ne parle que d’une école, imaginez à l’échelle du département… », illustre la représentante de la FSU-Snuipp, qui assure que des écoles sont concernées dans tout l’Hérault. « Privés de cet accompagnement, les enseignants doivent donc gérer à la fois les élèves en situation de handicap, les élèves non-lecteurs mais qui n’ont pas forcément d’accompagnement parce que les dossiers ne sont pas montés, les élèves allophones qui viennent d’arriver en France, les élèves dits “classiques”… ça devient trop. Tout ça entraîne de la souffrance, tant pour les enseignants que pour les AESH  », assure Clémence Cimier. « On n’a pas l’impression de ne pas pouvoir faire correctement notre travail ». Sans compter la fatigue  : « Accompagner uniquement les élèves qui ont des accompagnements individuels, donc des handicaps plus sévères, c’est une plus grande fatigabilité. Car on en accompagne plusieurs toute la journée, dans différentes classes, et ces enfants-là on ne peut pas les lâcher du regard, il faut être tout le temps là. Ils peuvent faire des crises, se jeter par terre, se frapper… », témoigne la représentante de la FSU Snuipp 34.

    « Le ministère porte la responsabilité de l’altération de la santé de ses personnels, qui tiennent seuls l’École à bout de bras, comme des conditions de scolarisation de tous les élèves, notamment ceux et celles porteurs et porteuses d’un handicap », estiment les syndicats mobilisés. Au lendemain de cette alerte sociale, ils « attendent des retours concrets, tant au niveau national qu’au niveau départemental ». « À l’aune des réponses reçues », ils « prendront leurs responsabilités quant aux suites à donner à cette alerte.  » Une rencontre était prévue jeudi 9 octobre avec la Dasen de l’Hérault.