Tag: Économie

  • [Justice] Six mois ferme pour le pédophile à la poupée

    [Justice] Six mois ferme pour le pédophile à la poupée

    Il chuchote au micro, droit, figé dans le déni le plus parfait. « Je n’avais aucune intention sexuelle. Je suis non violent, en particulier envers les enfants. Je cherchais juste un mannequin pour l’articuler de manière à l’asseoir sur une table, car j’avais dans l’idée de simuler des cours scolaires pour faire une autoévaluation de ma manière d’être et de m’exprimer, car ça fait longtemps que je rêve d’enseigner. C’était une démarche à but thérapeutique car j’ai totalement perdu confiance en moi », brode David, 56 ans, électromécanicien qui vit à Bouc-Bel-Air, condamné en 2005 pour l’agression sexuelle de sa fille de 4 ans.

    « Vous avez commandé une poupée enfantine avec un vagin destiné à être pénétré », lui rappelle la présidente Charlotte Joubert, qui décrit l’objet de 20 kg pour 1,32 m aux traits enfantins. Un modèle baptisé « Teen Sex Doll » vendu 539 dollars sur une plateforme chinoise. « Ça a sauté aux yeux du livreur d’UPS qui a donné l’alerte en voyant, au travers du colis endommagé, une poupée d’apparence de 6 ans ! », lance Me Joanny Moulin, avocat de l’association Parole d’enfant, partie civile qui lui fait confirmer que devant les gendarmes, il a reconnu s’être masturbé avec cette poupée.

    Quand la présidente rappelle au prévenu la découverte un an avant les faits, sur son ordinateur, de « sept images de gosses qui font des fellations », il nie encore. « Avez-vous un double maléfique qui télécharge malgré vous ? » – « J’ai jamais voulu les télécharger, ce sont des fichiers corrompus, indésirables. » Devant les gendarmes, il a bien admis regarder des « vidéos sur l’inceste ». à la barre, ce père aux cheveux blancs justifie : « J’ai été agressé sexuellement dans ma famille quand j’étais enfant et adolescent. C’est quelque chose dont je n’arrive pas à me débarrasser. Mon père ne s’est jamais aperçu de rien, mais je suis persuadé que ma mère le savait. »

    Une expertise psychiatrique antérieure aux faits décrit « une personnalité de type pervers dans le déni absolu ». « Non, je ne suis pas pervers », réfute encore le prévenu. Même déni sur la plainte récente d’une autre de ses filles, qui s’est souvenue qu’il l’avait fait venir deux fois dans son lit alors qu’il était tout nu.

    « Nous voulons que par votre décision, vous protégiez les enfants de l’extrême dangerosité que représente l’achat de ce type d’objet et que vous donniez un signal ferme à l’ensemble des pédocriminels », demande Me Moulin, partie civile qui obtiendra l’euro symbolique demandé. « à l’heure de l’invasion chinoise de notre économie, ces poupées pédocriminelles font le buzz. Elles ne sont pas un substitut pour ne pas passer à l’acte, sinon l’état en vendrait ! Tout au contraire, une personne sur deux qui ont procédé à cet achat passe à l’acte. »

    « Le danger est là et prévisible de passer à l’acte », confirme le procureur adjoint, Olivier Poulet, devant ce prévenu « dans le déni absolu de sa déviance avec des histoires à dormir debout ». « Ce n’est rien d’autre qu’une poupée sexuée destinée à un pervers sexuel déjà condamné en 2005 pour agression sexuelle par ascendant ». Il requiert 12 mois avec sursis probatoire pendant 2 ans avec obligation de soins psychiatriques et une interdiction d’exercer toute activité en lien avec l’enfance.

    « C’est un procès honteux, la relaxe s’impose ! » tonne Me Nicolas Perrin, pour qui « on a voulu faire du médiatique, on a pris le premier malheureux venu avec la polémique Shein. On met des bûches dans le feu pour alimenter l’étiquette de pédophile qu’on veut lui coller. Rien ne relève d’un caractère pénal. Il a acheté légalement et pas sur le darknet une poupée qui n’a rien d’enfantine ». Son client écope de 18 mois de prison, dont 6 ferme sous bracelet avec 2 ans de soins psychiatriques, et 5 ans d’interdiction d’activité en lien avec les mineurs.

    « Une poupée sexuée destinée à un pervers sexuel déjà condamné »

  • patrimoine vivant

    patrimoine vivant

    Depuis 2005, une centaine d’entreprises de la région se sont vues décerner le label EPV sur une durée de 5 ans. Cette nouvelle cession en reconduit 18 sur les 21 diplômées, « dont 14 dans l’artisanat », souligne le président de la chambre des métiers, Yann Mazette. Le label permet notamment à ces derniers de bénéficier d’une majoration du Crédit d’impôt CIMA ou de 15% de la somme des salaires et charges sociales afférents aux salariés directement affectés à la création d’ouvrages réalisés en un seul exemplaire ou en petite série.

    Le santonnier Marcel Carbonel, parmi les précurseurs, les trois savonneries marseillaises, la verrerie de Biot, l’Atelier de la Boiserie, l’horloger Gibernon, l’Atelier de ferronnerie pour les pièces mécaniques de moteurs et de sellerie Mehari Club de Cassis, l’épicerie inspirée Marius, la voilerie phocéenne, le chantier Naval Borg ou l’atelier vauclusien de taille de pierre Bidal ont en commun d’être des entreprises porteuses d’un savoir-faire traditionnel, rare ou d’exception et de l’exporter au-delà de leur ancrage local. La ferronnerie d’art Gaudin à Marseille et les niçois LAC chocolatier et la joaillerie Callistoréa sont les derniers nés de cette remarquable équipe de labellisés.

    De la fierté mais aussi des inquiétudes se sont exprimées lors de cette remise des labels en préfecture devant les responsables des chambres économiques, de commerces et d’industrie et de la Métropole. Car un label ne fait pas tout.
    « Une dynamique est enclenchée au national, mais on a besoin d’adhérents à l’association pour faire la promotion de ce label et il nous faut travailler collectivement au niveau de la région », a plaidé Guillaume Fievet, directeur de la Savonnerie du Midi et à la tête de l’association des EPV. « Sans cela, on ne peut rien faire, a insisté la responsable de la Verrerie de Biot, cette année on a raté le salon Vivre Côté Sud. »

    Faire école

    Si Michel Athenour, qui a repris l’historique Chantier naval Borg dans l’Anse du Pharo à Marseille, a assuré de son adhésion prochaine, il a également envoyé un signal lié à la place des entreprises dans l’évolution du territoire. Le chantier a multiplié par trois ses effectifs et semble élargir son horizon. Il souhaitait « être accompagné » dans son développement sur ce site « convoité par de nombreux projets ».

    Enfin, ces métiers d’excellence doivent encore pour perdurer, attirer les jeunes. Ainsi de Mehari Club qui rencontre un problème de recrutement et souhaite « un lien plus fort avec les écoles ». Ce qu’Aurélie Bedes, directrice académique adjointe de l’Éducation nationale n’a pu que noter. « Vous représentez pour nos jeunes une richesse et une diversité des métiers », a-t-elle souligné en évoquant « un précieux partenariat qui doit se développer pour un parcours d’orientation qui soit choisi et non subi pour ces jeunes qui sont les travailleurs de demain ».

  • À Avignon, le patrimoine face au défi du réchauffement

    À Avignon, le patrimoine face au défi du réchauffement

    Il y a presque 700 ans, les architectes du Palais des Papes et des bâtiments historiques n’avaient certainement pas anticipé le réchauffement climatique. Et c’est désormais aux utilisateurs actuels, à savoir notamment la municipalité, de s’adapter. Un sujet complexe abordé ces jeudi 4 et vendredi 5 décembre à l’occasion des 30 ans de l’inscription du centre historique d’Avignon au patrimoine mondial de l’Unesco lors d’ateliers et de colloques organisés par l’Université d’Avignon sur les adaptations face au changement climatique des jardins et paysages du patrimoine mondial.

    Des échanges entre public et spécialistes qui ont commencé ce jeudi 4 décembre au matin avec les visites des jardins et des grandes salles et allées du Rocher des Doms et du Palais des Papes. « Le sujet était une évidence. On est obligés de se poser ces questions-là aujourd’hui. Tout en montrant que le patrimoine historique n’est pas un petit îlot isolé du territoire, et donc de l’insérer dans le paysage », précise Dominique Cassaz, coorganisatrice des deux journées et adjointe du directeur des Monuments historiques et coordinatrice patrimoine mondial de l’Unesco à la Ville d’Avignon.

    Enjeux économiques

    Car au sein de l’emblématique bâtiment historique avignonnais, les effets du réchauffement climatique « ne sont pas simples à gérer », comme le confie Corinne Langlois, conservatrice du Palais des Papes. Le monument le plus visité de la Région Sud, avec 700 000 passages par an, et ses murs anciens doivent faire face à de grandes variations de températures, mais aussi d’hygrométrie en leur sein. Et les réglementations autour des bâtiments historiques empêchent toute installation qui permettrait de réguler ces paramètres rapidement. « Le plus gros problème, c’est l’été. On aère au maximum et on n’expose pas d’œuvres sensibles dans ces conditions. Mais en ouvrant tout, on se retrouve avec des pigeons dans le bâtiment, ce qui est un autre problème », glisse-t-elle. L’extérieur aussi est exposé, avec des enduits devenus inadaptés aux grosses chaleurs et qui ne tiennent pas dans la durée. Avant de rappeler qu’il « n’y a pas le choix d’arrêter de faire des bêtises avec le climat », et de réfléchir à des changements, comme par exemple modifier les horaires de visite en saison estivale, mais aussi à travers des travaux.

    Une démarche fondamentale car, comme le rappelle l’adjoint au maire d’Avignon en charge du patrimoine, Sébastien Giorgis, « c’est une économie à la fois touristique mais aussi pour toutes les entreprises spécialisées du territoire qui s’activent autour de l’entretien et la rénovation », tout un environnement « qui vit autour de ce lieu ». Pour le bâti donc, mais aussi du côté du jardin, qui doit lui aussi évoluer face au changement climatique. « Certaines essences ne sont plus adaptées, il y a la question de l’eau et des îlots de fraîcheur pour l’été. Tout cela évolue très, très vite », conclut l’élu.

  • L’Occitanie en bonne position sur le numérique

    L’Occitanie en bonne position sur le numérique

    On n’ira pas jusqu’à dire que l’Occitanie est la Silicon Valley française mais une chose est sûre. En dépit d’un léger essoufflement de l’emploi observé depuis 2022 en raison de « la hausse des taux d’intérêt, de la baisse de certains investissements et de l’incertitude », l’économie numérique se porte à merveille dans notre région, révèle une étude de l’Insee (avec la Dreets).

    Forte de 131 000 emplois numériques (dont 116 000 salariés), l’Occitanie est, hors Île-de-France, la seconde région la mieux dotée derrière Auvergne-Rhône-Alpes, le secteur pesant 7,3% des emplois marchands (5,9% en moyenne en France). En 2022, 8,1 milliards d’euros de richesse étaient ainsi générés.

    Les activités sont centrées pour les trois-quarts sur les technologies de l’information et de la communication (programmation, conseil, télécommunications, édition de logiciels…), 13% autour de la publicité et du design ; 8% sur les contenus et supports (cinéma, TV, musique, livres, journaux…), 5% pour les autres technologies (équipements scientifiques, aide à la navigation…).

    À elles seules, Toulouse et Montpellier pèsent les trois-quarts des emplois numériques. Avec des sociétés de conseil en systèmes et logiciels informatiques (Capgemini, Sopra Steria, Thales…), Toulouse abrite 74 000 emplois, soit 56% du secteur. Montpellier en compte 28 000 (21%) avec les géants Dell, Orange, Horiba, Computacenter, Septeo, Capgemini ou encore Ubisoft. Hors métropoles, l’activité est plutôt tournée vers la pub et la com’, un secteur en difficulté.

    Les métiers du numérique, souvent occupés par des hauts diplômés, sont plus rémunérateurs à Toulouse et Montpellier. Le salaire annuel net moyen s’élève à 29 000 nets par an, soit 41% de plus que pour l’ensemble de la sphère marchande régionale. Les cadres sont surreprésentés (72% contre 17% dans toute l’économie régionale) avec une forte présence de CDI. Les femmes sont peu nombreuses (24%) et gagnent 13% de moins que les hommes, un écart salarial conséquent mais moindre que dans le reste de l’économie. À noter que l’Occitanie emploie aussi 4 000 contrats d’alternance.

    La croissance du secteur numérique s’est accélérée depuis 2020 et la crise Covid en raison de plusieurs éléments : « Le développement massif du télétravail et des outils de visioconférence ainsi que le recours accru au commerce en ligne », détaille l’Insee. Depuis 2022, l’arrivée des premiers logiciels d’intelligence artificielle (IA) maintient la technologie premier plan. En Occitanie, le marché de l’IA pèse déjà 300 entreprises, qui emploient 5 000 personnes fin 2024 pour un chiffre d’affaires qui s’élevait déjà à 540 millions d’euros en 2023. Leur valeur ajoutée « repose majoritairement sur des briques d’IA qu’elles développent en interne », précise l’Insee. Plus d’un milliard d’euros ont été levés sur divers marchés dont la santé, l’aérospatial, l’industrie, l’environnement, la sécurité, défense, logistique, la ville intelligente ou l’agriculture de précision.

  • A La Ciotat, l’hôtel 3 étoiles Moxy en plein marasme

    A La Ciotat, l’hôtel 3 étoiles Moxy en plein marasme

    On va laisser les procédures aller à leur terme », lâche, dans le hall de l’hôtel Moxy, Nicolas Gay, le directeur général. Motus et bouche cousue, telle est la consigne qu’il a reçue de la SAS Walk La Ciotat, qui gère cet établissement, sous franchise du groupe Marriott, depuis son ouverture le 29 juin 2022. L’hôtel, situé au 756 avenue Emile-Bodin, à proximité immédiate du rond-point de la Locomotive, fait partie du complexe de loisirs Le Spot. Sur son site, le Moxy vante ses « 101 chambres dont 62 avec balcon, six salles de réunion, un bar animé, une offre restauration, une piscine avec terrasse en rooftop et de nombreux événements tout au long de l’année ».

    Doutes sur la rentabilité

    Après que, le 31 juillet dernier, la société Walk La Ciotat a déclaré auprès du tribunal de commerce de Marseille la cessation de paiement, ce dernier a ouvert, le 11 septembre, une procédure de redressement judiciaire, avec période d’observation jusqu’au 11 mars 2026.

    Interrogée lors des audiences au tribunal sur les causes qui ont conduit à ces difficultés, la représentante de Walk La Ciotat a répondu « qu’à sa création, son dirigeant avait tout misé sur Le Spot, un projet urbain entièrement piéton, ambitieux, prévoyant plusieurs espaces dont des salles de cinéma, de sport, mais à ce jour, le succès n’est pas au rendez-vous ». Elle a fait valoir auprès du tribunal qu’elle travaillait « avec une équipe très soudée ». « L’établissement a de belles perspectives mais le problème est le montant du loyer », a-t-elle déclaré. Walk La Ciotat loue en effet les murs de l’hôtel Moxy au gérant du Spot. Walk La Ciotat a voulu négocier le loyer, « mais le bailleur s’est rétracté ». Ce bailleur est d’ailleurs « son seul créancier », a-t-elle souligné. Le passif de la société s’élève à un peu plus de 2,26 millions d’euros, et le chiffre d’affaires pour 2024 à 2,60 millions d’euros. Le salaire des 20 salariés est payé. Le taux d’occupation des chambres est de 55%. La société avait jusqu’au 28 novembre pour trouver un repreneur. Mais pour l’heure rien ne filtre. Le 12 novembre dernier, la porte-parole de Walk La Ciotat a indiqué « qu’aujourd’hui, son combat est de sauvegarder l’hôtel et les emplois ». Son bailleur, a-t-elle dit, « ne s’oppose pas à la vente des murs pour 13 millions d’euros ».

    Contacté, l’adjoint au maire délégué à l’économie et au commerce, Eric Belrivo, a sobrement réagi : « On est attentif. On aimerait bien que ça continue. » Conseillère municipale dans l’opposition, la centriste Mireille Benedetti se souvient « avoir alerté la municipalité de l’époque et le maire (LR) Patrick Boré » de ses doutes quant à « la rentabilité d’un hôtel à cet endroit, en sortie d’autoroute et près d’une zone commerciale ». En plus d’être « un grand catafalque qui bouche la vue sur le magnifique paysage maritime ciotaden », enrage-t-elle. Le Moxy « fait partie d’un complexe de loisirs promis par le maire Patrick Boré et annoncé à l’époque comme “un pôle dynamique et innovant”. Or à ce jour les restos qui avaient ouvert ont petit à petit fermé leurs portes et l’hôtel est en difficulté. On a été trompés sur la marchandise ».

  • [Entretien] Gabriel Zucman : « Ce que je propose, c’est une taxe sans échappatoire »

    [Entretien] Gabriel Zucman : « Ce que je propose, c’est une taxe sans échappatoire »

    La Marseillaise : Quel message délivrez-vous pour cette conférence aixoise ?

    Gabriel Zucman : Je donne une série de conférences à travers la France pour parler de mon livre Les milliardaires ne paient pas d’impôt sur le revenu et nous allons y mettre fin avec deux objectifs. Le premier, c’est de permettre une appropriation citoyenne des savoirs. C’est-à-dire de permettre à tout le monde de s’approprier les connaissances qui ont été établies, ces dernières années, sur le montant réel d’impôts payés par les plus grandes fortunes du pays. C’est une question sur laquelle il y a beaucoup d’opacité, il n’y a pas de statistiques publiques sur ces sujets. Mais, cette opacité, elle a commencé à être dissipée très récemment. Ce sont de nouveaux travaux de recherche qui ont été menés depuis 3-4 ans, dont je rends compte dans le livre. Le deuxième objectif, c’est de permettre à tout le monde de s’armer intellectuellement pour les débats sur l’impôt plancher que je défends, qui ne font que commencer. Certes, il y a eu un vote négatif à l’Assemblée nationale en octobre, mais la proposition va revenir très vite dans le débat : on a des problèmes très lourds de finances publiques, donc on a besoin de recettes fiscales. Donc dès 2026, on va en reparler. Et si ce n’est pas adopté en 2026, ce sera un enjeu majeur de l’élection présidentielle de 2027. Donc, je veux permettre à tous les citoyens de se faire leur propre avis et de connaître les arguments, les contre-arguments et de s’armer pour ce débat.

    Avez-vous le sentiment qu’entre les discours autour de la dette qui justifient l’austérité et votre proposition de taxe, les lignes bougent sur la fiscalité des plus riches ?

    G.Z. : Oui, je pense que le débat en matière fiscale, le débat sur la question de l’imposition des très grandes fortunes, est beaucoup mieux posé aujourd’hui qu’il y a encore six mois ou un an. Il y a beaucoup plus de gens qui comprennent l’anomalie que j’explique dans mon livre : les milliardaires ne paient quasiment pas d’impôts sur le revenu et qu’en conséquence, tout prélèvement obligatoire compris, ils paient deux fois moins que le Français moyen. Ça commence à être beaucoup mieux compris, connu. Ce n’était pas le cas encore il y a un an. Et puis surtout, qu’il y a une solution efficace et juste à ce problème qui consiste à créer un taux minimum, un plancher incompressible d’imposition pour les ménages ultra-riches, qui ont plus de 100 millions d’euros de patrimoine. C’est une idée assez nouvelle. Ce n’est pas du tout le retour de l’ISF (Impôt de solidarité sur la fortune), c’est l’inverse, ça n’a rien à voir. Ça touche beaucoup moins de gens. Il n’y a pas d’échappatoire, il n’y a pas de niche fiscale, etc. Cette proposition-là, elle commence à être connue aussi. Donc, il y a eu des gros progrès, dont je me félicite.

    Quel regard portez-vous sur la version « allégée » de votre taxe que porte actuellement le Parti socialiste ?

    G.Z. : La version light proposée par le PS était très problématique parce qu’elle venait répéter l’erreur principale qui avait miné l’ISF. L’ISF exonérait les mal nommés « biens professionnels ». C’est-à-dire que si vous possédiez plus de 25% du capital d’une entreprise, toutes ses actions étaient exonérées d’ISF. C’est ça qui faisait que les milliardaires ne payaient pas l’ISF. À la veille de son abolition en 2016, le taux effectif d’ISF pour les milliardaires, c’était 0,005%. Il y avait quand même une déroute, un échec dramatique en matière économique, budgétaire, qui s’agira de ne pas reproduire. Moi, dans mon travail de chercheur, j’essaie de tirer les leçons de cet échec pour produire autre chose précisément. Ce que je propose, c’est de créer un dispositif sans échappatoire. Dans la version light du PS, il y avait une exonération pour les gens qui possédaient plus de 50% de leur entreprise. Donc, si vous êtes très très gros, vous étiez exonérés de l’impôt plancher. Alors que le principe que je défends, fondamental, c’est celui de dire que si vous êtes immensément riche, vous devriez payer un minimum incompressible, sans exonération quelconque. Et on peut débattre [de la notion d’immense richesse Ndlr] : est-ce que c’est 100 millions, 200 millions, 50 millions, à la rigueur…

    Vous dites, dans « L’Humanité », que votre taxe est un « minimum syndical ». Est-ce qu’on ne doit pas aller plus loin ?

    G.Z. : C‘est le minimum syndical au sens où 2%, c’est le taux qui permettrait de s’assurer que tout prélèvement obligatoire compris, les milliardaires ne payent pas moins que le Français moyen. Donc, avec un taux de moins de 2%, ça veut dire que les milliardaires continueraient à payer moins d’impôts que le Français moyen. Et ça, c’est une violation de notre principe fondamental d’égalité devant l’impôt, principe constitutionnel en France. C’est comme ça que le taux de 2% a été calculé. Si on veut mettre nos lois fiscales en conformité avec notre principe d’égalité devant l’impôt, pris dans son exception minimaliste, alors on a besoin de ce taux plancher de 2%. Évidemment, il y a de très bonnes raisons de vouloir aller au-delà de 2%, avec des taux plus élevés. Parce que beaucoup de gens aimeraient que les milliardaires payent plus d’impôts en proportion de leurs revenus que le Français moyen. Dans ce cas-là, il faudrait des taux de 3%, 4%, 5%, enfin des taux plus élevés que 2%. Mais 2%, c’est une proposition pensée pour être consensuelle. C’est-à-dire que personne n’accepte, personne ne devrait accepter, que les milliardaires puissent payer moins que le Français moyen. On peut corriger cette anomalie avec 2%.

    Vous faites le lien entre cette extrême richesse et le rapport sénatorial sur les aides publiques aux entreprises qui les estime à 211 milliards d’euros ?

    G.Z. : Il y a plusieurs liens, mais d’une façon générale, en France, on a une fiscalité qui est mitée d’échappatoires, de niches fiscales, d’avantages divers et variés. Ça prend la forme, par exemple pour les milliardaires, qu’on les laisse toucher leurs revenus via des sociétés holding qui font écran à l’impôt et qui leur permettent donc d’échapper à l’impôt sur le revenu. Mais ça prend d’autres formes aussi, et ce maquis d’aides publiques aux entreprises, de crédit d’impôt de recherche, d’exonération, etc. C’est une autre illustration de ce mal fondamental qui ronge le système fiscal français, et du coup aussi le consentement à l’impôt, qui est la multiplication des régimes préférentiels dans lesquels s’engouffrent inévitablement les personnes qui sont les plus fortunées ou les grandes entreprises, bien conseillées par des armées d’avocats fiscalistes. Tout cela alimente l’injustice fiscale, en plus d’avoir un coût budgétaire très élevé.

    à Sciences Po, 25, rue Gaston-de-Saporta
    à Aix-en-Provence. Inscriptions closes,
    le rendez-vous affiche complet

  • Le long chemin des mini-guêpes pour sauver les cerisiers

    Le long chemin des mini-guêpes pour sauver les cerisiers

    Ce vendredi après-midi, une quarantaine de personnes s’est réunie dans la salle polyvalente de Flassan, au pied du Ventoux. Mais, on a eu l’impression d’avoir deux salles, deux ambiances. À l’invitation du sénateur (PS) Lucien Stanzione, les protagonistes parlent des moyens de se prémunir contre la mouche drosophile, qui a ravagé des cerisiers, en 2024 et surtout en 2023. « Il n’y a pas de solution miracle et unique », rappelle Lucien Stanzione, en présence d’élus, de cerisiculteurs, mais aussi et surtout de Nicolas Borowiec, ingénieur de recherche à l’Inrae (Institut de recherche pour l’agriculture) de Sophia-Antipolis (Alpes-Maritimes).

    En mai 2024, le scientifique a procédé à un lâcher de 500 femelles Ganaspis sur des cerisiers, à Malaucène. Ces micro- guêpes auraient la vertu de cannibaliser la mouche drosophile. Les chercheurs parlent de lutte biologique par acclimatation, où des insectes sont utilisés pour mettre hors état de nuire d’autres insectes. Mais, là où la double ambiance de la réunion réside, c’est dans la temporalité. Difficile de faire coexister un chercheur et son temps (très) long et des cerisiculteurs, qui ne peuvent attendre des années pour que l’acclimatation porte ses fruits.

    « Le projet se porte bien »

    « Sur ma commune, il y a eu une expérimentation avec un lâcher de Ganaspi fait de manière secrète. J’ai l’impression que le résultat n’est pas concluant », s’aventure Dominique Plancher, maire (SE) de Venasque, territoire emblématique des cerises de Vaucluse. Alors que le pesticide le plus efficace sur les vergers a été interdit il y a quelques années pour son impact environnemental, « on est dans l’impasse, sans solutions rapides, bien que la Ganaspi peut être une bonne cartouche », estime Florian Bernard, producteurs de cerises à Beaumont-du-Ventoux.

    Ne prétendant pas avoir la panacée, Nicolas Borowiec plaide pour « des combinaisons de méthodes à des degrés de maturation différents, avec des filets, des insectes stériles ».

    En Vaucluse, une dizaine de lâchers a eu lieu. Le site de Malaucène est « favorable » et a donné lieu à un second lâcher de 100 femelles. « Le projet se porte bien, ce n’est pas parce qu’on ne détecte pas la guêpe qu’elle n’y est pas », souligne Nicolas Borowiec qui, confiant, sait que des recaptures ont été faites en Italie, qui a utilisé la même méthode.

    S’il comprend l’impatience des agriculteurs, le chercheur travaille sur le sujet depuis 2012… « Les politiques attendent l’urgence pour débloquer des fonds [300 000 euros pour ce projet] or, on aurait pu faire cette acclimatation en amont avant l’arrivée du ravageur », regrette-t-il.

  • Un accord stratégique signé pour l’extension de Fos 2XL Nord

    Un accord stratégique signé pour l’extension de Fos 2XL Nord

    Une extension de 120 mètres linéaires de quai et 3,3 hectares de terre-pleins permettant l’accostage simultané de deux navires porte-conteneurs parmi les plus longs du monde, soit 400 mètres…

    Hervé Martel, président du directoire du port de Marseille Fos, et David Elbez, directeur des investissements des terminaux France et Afrique du groupe MSC/TIL, ont signé ce mardi 25 novembre, à Fos-sur-Mer, un accord sur le lancement de l’extension du terminal Fos 2XL Nord, exploité par Seayard, indique dans un communiqué le Grand port maritime de Marseille (GPMM).

    Cet aménagement fait partie du projet Fos 3XL, qui « intègre la création d’un quai public de 330 mètres et 16 hectares de terre-pleins, dédié au traitement des barges fluviales conteneurs et à l’accueil de navires car-carrier sur le même linéaire exploité par Seayard et sous convention MSC », précise le GPMM.

    À l’horizon 2031, ces aménagements permettront d’augmenter la capacité d’accueil, de réduire l’impact environnemental en favorisant le report fluvial et de soutenir la croissance des trafics de conteneurs, détaille la direction du GPMM, qui se félicite d’un « partenariat inédit » s’appuyant « sur un montage financier novateur associant fonds publics et privés ».

  • Les élèves du lycée Thiers ouvrent le livre des Comptes

    Les élèves du lycée Thiers ouvrent le livre des Comptes

    C’est un rituel solennel auquel se sont adonnés les élèves du lycée Thiers dans la salle d’audience de la Chambre régionale des comptes (CRC) Paca : « Jurez-vous de bien remplir vos fonctions et de ne rien révéler de ce qui sera porté à votre connaissance ? », demande le président – « Je le jure », répondent les élèves répartis par groupe.

    Après avoir prêté serment, Hawa, lycéenne, s’estime chanceuse de participer à ce dispositif : « On a de la chance, parce que ça nous permet de découvrir un environnement qu’on aurait jamais découvert dans une seconde classique. » Rémy, lui, apprécie l’aspect civique : « On est des futurs citoyens, c’est hyper important de savoir ce qu’on fait de l’argent qu’on donne ! »

    Les voilà donc partis, pour un an, à travailler sur des dossiers complexes et à décortiquer le vocable parfois barbare des documents officiels, le tout dans le plus grand secret. De traiter les mêmes dossiers que ceux qui passent dans les mains des magistrats. Le professeur principal de la classe, Louis Ruggieri, confesse d’ailleurs : « Les parents me le confirment : les élèves ne disent rien ! »

  • Les salariés d’Alinea entre lassitude et espoir

    Les salariés d’Alinea entre lassitude et espoir

    Aujourd’hui on ne sait pas du tout vers quel scénario on se dirige, c’est l’inconnu. C’est ce qui stresse un peu les salariés, même si Alinea a été placée en redressement judiciaire et non en liquidation », réagit, vendredi, Sébastien Laisne, délégué syndical. La veille, le tribunal de commerce de Marseille a en effet placé l’enseigne Alinea, qui regroupe 35 magasins et 1 172 salariés, en redressement judiciaire. La période d’observation a été fixée à six mois, jusqu’au 20 mai 2026. Les dettes d’Alinea, propriété de la « galaxie Mulliez », s’élèvent à 10,9 millions d’euros, mais elle dispose encore de trésorerie.

    « Il y a un potentiel »

    Sébastien Laisne reprend : « C’est notre deuxième redressement judiciaire en cinq ans [en 2020, 17 magasins sur 26 avaient été fermés et près de 1 000 salariés licenciés sur 1 800, Ndlr]. Tout au long de ces années, les salariés ont fait des efforts, alors il y a un peu de lassitude. Mais il y a le sentiment dans la société qu’il y a un potentiel, notamment la spécificité de nos produits qui s’inspirent de la Provence. » Parmi les causes qui ont conduit à ce nouveau redressement, il pointe : « L’enseigne fondait de grands espoirs sur l’absorption des magasins Zodio pour avoir la “taille critique” c’est-à-dire être à l’équilibre financier et générer des bénéfices. » Suite à cette reprise, le chiffre d’affaires estimé était « basé à 4 000 euros par mètres carré, mais il est tombé aujourd’hui à environ 1 300 euros ». Le président du tribunal a souligné que « le changement d’orientation marketing, plusieurs fois, a pu brouiller le message auprès de la clientèle. » Il a aussi relevé que « les prix de certains produits étaient un peu élevés, notamment après la conjoncture Covid et la consommation en berne ». D’ici le 12 janvier, l’enseigne devra présenter au tribunal « des pistes sérieuses de restructuration ».