Tag: droit au logement

  • [La jeunesse européenne se révolte] En Espagne, « le reflet de la crise du logement »

    [La jeunesse européenne se révolte] En Espagne, « le reflet de la crise du logement »

    Maricarmen est décédée le 7 octobre, mais la contestation ne faiblit pas. Minoritaire, dans l’incapacité de prendre des mesures urgentes, le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez a convoqué des élections anticipées le 29 novembre. Les syndicats espagnols appellent à la grève générale le 11 novembre prochain.

    Jesús Perez, membre de l’Union des jeunesses communistes d’Espagne (UJCE), stagiaire

    « Le mouvement a commencé à la suite de l’expulsion de Maricarmen, cette vieille dame qui a d’ailleurs fini par mourir. La jeunesse ouvrière a décidé, avec les syndicats des locataires, d’occuper Madrid. Le mouvement s’est étendu en Espagne, en particulier dans les grandes villes comme Séville ou Barcelone. C’était le reflet de la crise du logement que nous connaissons en Espagne. Le marché est parasité par les intérêts privés, la touristification, la gentrification de nos villes et de nos quartiers, ainsi que par la hausse du coût de la vie. Ces trois facteurs nous empêchent de mener une vie normale. Nous en avons assez d’être les victimes du système. Après le rejet au Parlement des textes sur le logement, les syndicats ont obtenu la grève générale. La gauche doit remporter les élections législatives à venir. Pour la classe ouvrière, ce serait un désastre si un gouvernement conservateur, soutenu par l’extrême droite, venait à voir le jour. »

  • Frente Amplio, la volonté d’unir largement à gauche

    Frente Amplio, la volonté d’unir largement à gauche

    à quelques semaines de l’échéance électorale du 29 novembre, les partis à gauche du PSOE ont constitué samedi à Madrid le Frente Amplio (Front Large) composé d’une quinzaine de partis emmenés par Izquierda Unida, Mas Madrid, Comuns, Movimiento Sumar. C’est au cours d’un meeting au parc Lineal del Manzanares de Madrid que les principaux dirigeants de ces formations ont officialisé Frente Amplio qui se veut comme la principale alternative au PSOE et réclame l’unité pour faire « face au fascisme ».

    Cette volonté unitaire, est malheureusement contrariée par l’attitude persistante de Podemos à jouer sa propre carte aux côtés de ERC, gauche républicaine catalane dont le leader est Gabriel Ruffian. à quelques kilomètres du meeting de Frente Amplio, Irene Montero et Ione Belarra dirigeantes de Podemos présidaient, au même moment, un conseil citoyen du parti au cours duquel elles ont reproché à Frente Amplio d’avoir passé un accord avec le PSOE pour des candidatures communes au Sénat.

    à noter que Podemos et les formations soutenant Frente Amplio iront ensemble aux élections dans la communauté valencienne et aux Canaries, où des accords ont pu être conclus. Mais, pour Podemos et ERC l’objectif est de gagner des sièges à Madrid et Barcelone, et ces deux partis estiment qu’en participant à Frente Amplio ils seraient sous-représentés, un calcul qui sacrifie une large union au plan national, au profit d’éventuels sièges gagnés au parlement. Lors de leur meeting, les dirigeants de Frente Amplio ont soigneusement évité toute polémique avec Podemos, en leur laissant la porte ouverte. Cette situation rend plus difficile la campagne qui est déjà lancée avec une droite et une extrême droite qui caracolent en tête des sondages.

    Un millier au meeting

    Les dirigeants de Frente Amplio, devant plus d’un millier de participants au meeting de Madrid ont préféré délivrer des messages de mobilisation. Pablo Bustinduy (Sumar) actuel ministre des droits sociaux a lancé « nous avons 43 jours devant nous pour mobiliser la classe des travailleurs. Ils nous voudraient les bras croisés et c’est le contraire qui va se produire. Ne nous laissons pas distraire, en avant pour défendre les travailleurs jusqu’à la victoire ». Toni Valero, le porte-parole de Izquierda Unida au sein de Frente Amplio soulignait pour sa part que « la politique c’est aussi de la générosité, la politique est pleine de gens simples qui font bien les choses. Ici se trouvent les gens organisés, ici c’est le Frente Amplio ». Le représentant de mas Madrid, Tesh Sidi, dans son intervention constatait l’absence de dertaines organisations mais dit-il « nous sommes 15 organisations politiques qui veulent arrêter le fascisme, et pour qu’aucun vote progressiste n’aille à la poubelle ».

    Ada Colau, l’ex-maire de Barcelone et membre de Comuns qui a été désignée comme candidate à la présidence du gouvernement pour les prochaines élections sous la bannière de Frente Amplio, a été reçue chaleureusement par les quelque 1 500 participants au meeting. La charismatique candidate, connue pour ses combats en faveur du droit au logement a notamment déclaré « la majorité sociale vit avec, en tête, constamment le souci du logement (…) nous sommes les locataires et petits propriétaires des quartiers et des villages ceux qui savons qu’avec de tels prix on ne peut continuer à vivre ainsi… » un discours qui fait écho dans la société espagnole quand on sait que c’est la crise du logement et l’expulsion de Maricarmen, décédée depuis, qui a provoqué la convocation d’élections législatives anticipées par le chef du gouvernement Pedro Sanchez.

  • Maricarmen symbole de la lutte pour le droit au logement est décédée

    Maricarmen symbole de la lutte pour le droit au logement est décédée

    Maricarmen Abascal, dont l’expulsion a déclenché d’importantes manifestations pour le droit au logement en Espagne, est décédée ce mercredi à l’hôpital Gregorio Marañón à l’âge de 87 ans. Le 23 septembre, elle avait été expulsée de son logement du quartier du Retiro, par un fonds « vautour », où elle avait vécu pendant sept décennies.

    Au cours des derniers mois, son état physique s’était détérioré. « Cela m’a affectée dans tous les aspects de ma vie. Aujourd’hui, je ne suis plus moi-même », avait-elle déclaré deux jours avant de quitter son domicile.

    Après quatre tentatives d’expulsion, Maricarmen a dû quitter son appartement, expulsée le 23 septembre par la force publique allongée sur une civière. Cette image a fait le tour du pays, et a mis le feu aux poudres : occupation de places comme la Puerta Del Sol à Madrid et manifestations contre son expulsion dans des dizaines d’autres villes espagnoles.

    Cette situation, a conduit le gouvernement à prendre en urgence deux décrets pour le droit au logement qui ont été rejetés au Parlement par une majorité de droite et d’extrême droite obtenue grâce au vote des députés indépendantistes catalans de Junts. Il s’en est suivi une décision de Pedro Sanchez, le chef du gouvernement, de dissoudre les Cortès et de convoquer des élections générales anticipées. Dans la foulée, le syndicat des locataires à l’origine des mobilisations a lancé le mot d’ordre de grève générale, les principales centrales UGT et CCOO après consultation de leurs instances ont décidé de lancer l’appel pour le 11 novembre.

    Maricarmen était déjà devenue un symbole de la lutte pour le droit au logement, après son décès, elle devient une figure nationale représentant aujourd’hui les combats pour le logement mais aussi pour une vie digne avec des salaires décents. La grève générale portera à la fois le thème du logement et celui des salaires. « Maricarmen tu n’es pas morte en vain, nous continuons notre combat pour une vie digne et le droit au logement comme tu le voulais » disent notamment les occupants de la Puerta Del Sol où se multiplient les dépôts de fleurs, bougies et messages devant un autel improvisé.

    Mais dans le contexte de la campagne électorale la droite dénonce de manière indigne une manipulation politique de la part du gouvernement, qui utiliserait le décès de Maricarmen dans le cadre des élections. Jeudi, le maire de Madrid et la présidente de la communauté de la capitale, Isabel Ayuso, ont refusé la proposition d’une minute de silence réclamée par les groupes de gauche dans ces instances en hommage à Maricarmen. Les groupes d’opposition de Mas Madrid et du PSOE ont malgré tout observé cette minute de silence à l’extérieur des bâtiments.

    Jeudi soir à 20h, une marche avec le slogan « Hasta siempre, Maricarmen » était organisée à l’appel du syndicat des locataires de Madrid depuis la Puerta Del sol jusqu’au domicile de Maricarmen. Dans la soirée, dans de nombreuses villes d’Espagne des veillées avec fleurs et bougies étaient prévues.

  • Les Espagnols vont retourner aux urnes le 29 novembre

    Les Espagnols vont retourner aux urnes le 29 novembre

    « J’ai décidé de dissoudre les Cortès et de convoquer les élections le 29 novembre », a annoncé le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez, lundi matin, au cours d’une allocution en direct à la télévision.

    La décision était attendue depuis vendredi après le rejet par la droite, l’extrême droite et Junts (droite nationaliste catalane) des décrets sur les logements présentés par le gouvernement.

    En à peine quinze jours, la situation a basculé. Depuis l’expulsion de Maricarmen, âgée de 87 ans, de son appartement par des fonds « vautours » tout s’est précipité. D’énormes mobilisations dans tout le pays ont envahi les places et les rues des principales villes, à l’émotion et la colère, a succédé la détermination de lutter pour des conditions de logement digne, pour le logement pour tous, et contre les fonds spéculatifs. Ce week-end rassemblements et manifestations se sont poursuivis dans plus de cinquante villes.

    Le rejet vendredi, de ces deux décrets a fragilisé le gouvernement, qui n’a pu que constater l’impossibilité désormais de terminer la législature dans de bonnes conditions.

    Compte tenu de cette situation nouvelle, Pedro Sanchez s’est donné un week-end de réflexion, au cours duquel il a beaucoup consulté pour aboutir hier matin à l’annonce d’élections anticipées.

    Lors de son intervention télévisée, Pedro Sanchez a notamment déclaré : « Il y a plus de trois ans, les urnes décidaient de parier à nouveau pour une coalition progressiste. Il nous a fallu gérer des urgences inédites dans un contexte international très difficile. Nous avons dû nous battre contre des élites très puissantes, qui elles, ne se présentent pas aux élections, contre la pire opposition qui bloque les politiques qui sont bonnes pour le pays et les boycottent dans les régions autonomes où ils sont dans l’exécutif. » et de poursuivre : « Pour mener en profondeur les réformes en suspens dont nous avons besoin, nous devons nous mobiliser et obtenir que le Parlement nous accorde une majorité bien plus large, progressiste, grâce à laquelle nous pourrons faire plier les élites, conquérir de nouveaux progrès sociaux et continuer à transformer l’Espagne. »

    Du côté de la droite, le Parti populaire, par la voix de Alberto Feijoo, assure que « l’heure est arrivée de reconstruire l’Espagne et choisir entre la corruption et la décence » et pour l’extrême droite le leader de Vox Santiago Abascal remet sur la table le critère de « priorité nationale ». Cet admirateur de Trump salue « une bonne nouvelle, enfin les Espagnols vont parler, mais prévient-il, Sanchez est capable de manipuler le processus électoral ».

    La gauche compte désormais sur la dynamique issue du mouvement social qui amènerait une frange abstentionniste de gauche à aller voter. Tout dépendra maintenant aussi de la capacité à s’engager rapidement dans l’union pour les formations à gauche du PSOE. Il y a cette volonté forte du côté de Sumar (PCE, Izquierda Unida, Mas Madrid, Communs) qui prochainement prendra le nom de Frente Amplio. Pour sa part, Podemos propose aux formations de Sumar, une primaire les 14 et 15 octobre pour désigner un leader de la gauche radicale. Une option que ne semble pas retenir la coalition, qui a déjà avancé le nom de Monica Garcia la ministre de la Santé, membre de « Mas Madrid » comme sa probable représentante. S’engager rapidement dans la campagne est un impératif, tant elle va être courte, intense et particulièrement virulente de la part de la droite et l’extrême droite.

  • Marie Batoux : « L’extrême droite nie la grande majorité des violences faites aux femmes »

    Marie Batoux : « L’extrême droite nie la grande majorité des violences faites aux femmes »

    Chaque week-end dans La Marseillaise, chaque samedi à 12h10 sur Maritima radio, ceux qui font l’actualité sont interrogés sur leurs choix, leurs décisions, leurs stratégies. « Rue de la République » accueille chaque semaine une personnalité marquante de la vie
    du territoire.

    Le droit à l’IVG

    Didier Gesualdi : À l’occasion de la journée internationale pour le droit à l’IVG, vous avez organisé à Marseille un événement sur ce thème. Rencontre-t-on encore des difficultés à avoir accès à ce droit ?

    On avait la chance d’avoir une gynécologue avec nous, jeudi, lors de cet événement et elle pointait une régression notamment à propos de la clause de conscience des personnels de santé. Aujourd’hui, une femme sur deux ayant eu recours à l’IVG indique qu’un professionnel a refusé de l’accompagner pour l’intervention contre 27% en 2024. C’est une dégradation extrêmement rapide au plan national. On est face à des pressions sociales, près de 64% de ces femmes disent en avoir subi pour ne pas effectuer leur avortement. Une femme sur cinq déclare avoir le sentiment de ne pas avoir eu le choix de sa méthode d’IVG. On a une loi qui encadre fortement les délais. On ne peut pas avoir au-delà de 16 semaines et aujourd’hui, il faudrait recevoir dans les 5 jours une femme qui a constaté qu’elle était enceinte et veut interrompre sa grossesse, or le délai moyen de rendez-vous est de 7 jours. C’est aussi une régression. À Marseille, on n’est pas exempt de cette démarche.

    Léo Purguette : C’est très paradoxal puisque ce droit a été inscrit dans la constitution. Est-on face à une insuffisance de moyens dans les services médicaux
    ou à une régression idéologique ?

    Le phénomène doit être pris dans un cadre global marqué par le recul du nombre de gynécologues qui exercent en ville ou à l’hôpital. C’est un sujet d’accès aux soins, notamment dans des quartiers qui sont de vrais déserts médicaux sur lesquels la Ville de Marseille tente d’agir en s’appuyant sur des acteurs associatifs. Il y a aussi ce que vous évoquez dans votre question, c’est-à-dire une montée du masculinisme, des forces réactionnaires dans ce pays qui fait que ces personnels de santé qui exercent leur clause de conscience sont de plus en plus forts. Il faut savoir que ce ne sont pas que des gynécologues, mais ça peut être aussi un anesthésiste, un infirmier… Cela concerne l’ensemble de la chaîne médicale et augmente le nombre de freins que l’on peut constater pour l’accès à l’IVG.

    Les leviers d’action de la ville

    Didier Gesualdi : Quels sont les leviers d’action dont vous disposez au niveau municipal ?

    Cette soirée que nous avons organisée jeudi, autour du droit à l’IVG, résulte d’une réflexion de l’assemblée du futur qui a eu lieu l’année dernière sur le sujet de la santé des femmes. Elle part d’un constat : aujourd’hui, nous devons sensibiliser, faire de la prévention, informer les jeunes filles, les femmes, sur leurs droits et leur permettre d’y accéder. C’est une première étape. Nous devons continuer de travailler avec notre partenaire associatif, le Planning familial, qui est notre référence en la matière, pour permettre de continuer à travailler sur l’accès aux droits. Notre dialogue avec l’AP-HM nous permet aussi d’avancer.

    Léo Purguette : Les droits des femmes dépassent évidemment le seul droit à l’IVG. Que peut une Ville en la matière ?

    Il y a en effet toute une réflexion à mener parce que cela peut relever de l’accompagnement social, de la police, de la justice, du droit au logement, de l’accès à l’emploi… Il y a une transversalité qui doit permettre aux partenaires institutionnels d’échanger et de trouver des solutions. Par exemple, la Ville avec la Métropole peut trouver des solutions sur le logement. Nous avons une expertise, la Ville a un service droits des femmes qui accompagne les victimes de violences et nous travaillons avec tous les acteurs incontournables de terrain. Nous avons un observatoire qui doit nous permettre de comprendre comment cela se passe sur notre territoire et de définir les politiques publiques à mener.

    Safer

    Didier Gesualdi : La Ville a déployé le dispositif Safer sur les plages pour protéger les femmes du harcèlement. Envisagez-vous de l’étendre ?

    C’est un dispositif né dans les festivals musicaux qui vient d’un acteur central à Marseille, Marsatac, qui a développé son propre outil et nous a permis d’en bénéficier sur les plages. C’est une application qui permet de signaler une situation de violence et qui doit être accompagnée de personnes physiques pour faire de la prévention contre les comportements inadaptés qui vont du regard lourd à l’agression. Nous l’avons mis en place sur les plages et déployé aussi cette année, sur l’été marseillais, de manière expérimentale. Cette année, ce sont 235 interventions qui ont été faites par nos équipes de médiation, soit 25% de plus que l’année précédente. Ce qui révèle la forte pertinence du dispositif. Il ne faut pas dédramatiser, mais dire que 186 situations ont été résolues par la médiation, ce qui veut dire qu’on n’a pas toujours besoin de la force publique. 26 interventions des forces de l’ordre ont été nécessaires.

    L’extrême droite

    Léo Purguette : Pour la première fois, une femme est donnée gagnante de la présidentielle. Elle est d’extrême droite, y voyez-vous un paradoxe ?

    C’est une femme héritière d’un système. Elle est le symbole d’un héritage politique ancien. On se rappelle bien, à Marseille, de l’OAS, de la guerre d’Algérie et de ces militants qui n’hésitaient pas à torturer et à commettre des attentats. On voit aujourd’hui l’extrême droite développer une sorte de sémantique autour du féminisme avec la mairie des 11-12 qui fait venir une association proche du mouvement Nemesis pour créditer un récit autour du migrant agresseur sexuel. Ce que fait l’extrême droite, c’est nier la très grande majorité des cas de violences qui sont intraconjugaux pour alimenter ses thèses racistes autour d’un bouc émissaire qui serait l’étranger. Par ailleurs, des thèses masculinistes perdurent au sein du RN selon lesquelles les femmes prennent le travail des hommes et devraient retourner au foyer, mais aussi des dangers sur l’IVG et la contraception.

    L’éducation des jeunes

    Léo Purguette : La meilleure manière de prévenir les violences sexistes et sexuelles n’est-elle pas l’éducation des jeunes garçons ?

    C’est tout un écosystème à changer, tout une prise de conscience collective. Pour l’éducation, la Ville mène déjà des parcours égalité fille-garçon dans les écoles. Il faut renforcer le dispositif. Le programme d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle voulu par l’État est l’objet de beaucoup de fantasmes. Nous devons travailler à permettre aux familles de bien comprendre de quoi il s’agit : c’est l’apprentissage de la notion de consentement, de dignité humaine etc. Nous avons des travaux à mener avec des acteurs de l’éducation populaire également hors du temps scolaire.Beaucoup restent à faire par ailleurs sur la question de l’IVG ou de l’excision. On est sur des sujets qui concernent la santé sexuelle pour faire en sorte que l rapport à ces questions soit changé.

    Les moyens

    Léo Purguette : Faites-vous du partage d’expérience avec d’autres villes ? Durant les municipales, La Marseillaise avait relevé que des délégations comme la vôtre n’existent pas partout.

    Oui, c’est un travail que je mène effectivement. Je pense notamment à la cité des femmes qui est un lieu qui devrait permettre à toutes les associations, mais aussi aux acteurs de l’accès aux droits et aux services publics liés aux signalements, aux dépôts de plainte, d’accompagner les femmes. Nous échangeons avec les Villes qui ont mené à bien ce type d’expérience pour savoir comment elles s’y sont prises. Ce sont souvent des lieux associatifs ou municipaux. L’idée à Marseille est peut-être de faire quelque chose d’un peu hybride pour porter une politique publique qui fasse connaître le continuum de violences auquel les femmes sont confrontées et qui fasse reculer les violences sexistes et sexuelles.

    Didier Gesualdi : Les associations s’inquiètent des moyens disponibles pour mener à bien leurs actions.

    L’inquiétude est surtout de savoir quels seront les budgets des autres institutions qui sont en train de se réduire comme peau de chagrin après les annonces budgétaires qui sont faites de restrictions des dotations de l’État sur les collectivités. C’est extrêmement inquiétant pour 2027, c’est tout un tissu associatif qui va être mis en danger alors que son activité est d’intérêt général et qu’il se substitue finalement au service public.

    Léo Purguette : La Haute-commissaire à la protection de l’Enfance était sur ce plateau, la semaine passée. Contestez-vous les montants avancés par l’État pour financer la loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants ?

    Ces montants ne sont pas crédibles parce qu’il valorise ce que l’État fait déjà, c’est ce que dénoncent les associations. Nous demandions 3 milliards contre les violences sexistes et sexuelles qui englobent l’ensemble des moyens nécessaires comme cela a été fait en Espagne, ce qui a produit des changements radicaux. On sent bien que les annonces du gouvernement sont pré-présidentielle, ce qui est inquiétant pour la suite. Cependant, le vote de cette loi intégrale nous permettra d’avancer et d’avoir une assise législative pour continuer le travail.

    Les Joggeuses

    Didier Gesualdi : On parlait des plages, mais ce ne sont pas le seul lieu où des jeunes femmes, des femmes, peuvent subir du harcèlement. Comment mieux lutter globalement contre ce phénomène ?

    Il y a de plus en plus de joggeuses qui sont l’objet d’agression. Nous devons nous emparer de ce sujet fortement. C’est une question de garantie d’utiliser l’espace public au quotidien. Le 25 novembre, nous aurons la dernière « la Voie est libre » de l’année et, à cette occasion, nous allons organiser la course des joggeuses. 1, 2, 3 km contre les violences sexistes et sexuelles. Cela doit permettre de rendre visible et de faire connaître ce phénomène pour sensibiliser l’ensemble des personnes sur la question.

    La question des lecteurs

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de
    Lisa : Je suis jeune maman, la question de la garde d’enfant me paraît plus qu’importante pour l’égalité. Que fait la mairie là-dessus ?

    Je pense en effet qu’il y a une politique à mener rapidement en direction des familles monoparentales pour permettre à toutes ces femmes qui élèvent seules des enfants d’avoir accès à la garde d’enfants plus facilement. C’est un coût financier fort pour elles. C’est toute un politique que nous engageons pour leur permettre aussi d’accéder aux services publics plus facilement, au logement, à un ensemble de propositions culturelles, et même d’un droit au répit leur permettant de souffler un peu. C’est une politique qu’on doit mener avec la CAF. La Ville finance aussi fortement les centres aérés et, depuis le début du mandat précédent, nous augmentons le nombre de places, le soutien aux associations culturelles, sportives et l’accompagnement périscolaire. C’est un ensemble de maillons qui doivent être améliorés et un dialogue permanent avec la CAF notamment puisqu’elle co-finance ce type d’actions.

  • Les Restos du Cœur du Var organisent leur loto

    Les Restos du Cœur du Var organisent leur loto

    Comme chaque année, les Restos du Cœur du Var figurent parmi les grands acteurs sociaux du département. Avec 2,5 millions de repas distribués (40 tonnes de marchandises par semaine) et 231 maraudes sociales, grâce à 985 bénévoles réguliers engagés sur un an, et deux salariés, répartis dans 21 centres dans le département et 4 circuits itinérants, l’association a fourni une aide précieuse à 15 600 bénéficiaires entre mai 2025 et mai 2026.

    Un soutien dont l’aspect alimentaire n’est qu’une petite partie : « Notre but est de capter les personnes pour qu’elles reviennent chaque semaine et mettre en place l’aide à la personne, notre cœur d’activité », explique Jean-Marc Valverdé, président des Restos du Cœur du Var. « Ça concerne l’estime de soi, l’aide juridique, le droit au logement, à la santé, la culture, les loisirs… »

    L’apport des bénévoles permet aux Restos de bénéficier « de l’équivalent de 150 salariés en temps plein, soit 3,3 millions d’euros par an sur le Var », précise Jean-Marc Valverdé. Non négligeable pour faire fonctionner la structure, qui peut aussi compter sur l’apport d’un salarié en mécénat de compétences, c’est-à-dire un employé payé et détaché de manière solidaire par une entreprise – qui bénéficie pour cela d’un abattement fiscal à hauteur de 60% de son salaire – pour faire bénéficier de ses compétences et travailler à temps plein au sein d’une association d’utilité publique.

    Un loto et des entreprises engagées

    Mais il faut, aussi et surtout, pouvoir récolter des fonds. C’est pourquoi l’association organise son super loto annuel dimanche au Casino de Hyères. Un événement essentiel, pour lequel 600 personnes sont attendues, et qui proposera également une tombola. Il précède la collecte départementale de produits alimentaires et d’hygiène, qui se tiendra du 9 au 11 octobre dans plus de 100 supermarchés varois.

    Enfin, toute l’année durant, les Restos du Cœur peuvent compter sur les dons de particuliers et d’entreprises, alimentaires comme financiers. C’est en ce sens que les Caisses locales varoises du Crédit Mutuel Méditerranéen ont noué un partenariat depuis plus de 15 ans, avec l’association, à laquelle elles octroient un don annuel de 4 000 euros.

  • [Chroniques méditerranéennes] Nous sommes tous Maricarmen !

    [Chroniques méditerranéennes] Nous sommes tous Maricarmen !

    « Somos todos Maricarmen » ont scandé des milliers de personnes lors de manifestations à travers le pays après l’expulsion de Maricarmen âgée de 87 ans de son appartement, mercredi à Madrid dans le quartier du Retiro. Un appartement, dans lequel elle vivait depuis 70 ans. Évacuée sur son fauteuil roulant compte tenu de son handicap et dirigée sur un hôpital, en attendant son relogement chez un cousin, cette expulsion a suscité dans tout le pays une vague d’indignation, Maricarmen devenant malgré elle le symbole de la lutte pour le droit au logement et contre les expulsions. C’est après une longue bataille juridique que le fonds spéculatif qui avait acquis cet appartement d’un précédent propriétaire a eu gain de cause. En augmentant le loyer de 275% soit 2 650 euros par mois le fond « vautour » mettait Maricarmen en difficulté pour s’acquitter de ses loyers. Depuis le siège de l’ONU à New York où Pedro Sanchez se trouvait mercredi, le chef du gouvernement a réagi en dénonçant « une tragédie nationale que nous ne pouvons accepter », du côté de Sumar les partenaires du gouvernement dénoncent eux « la passivité de la ministre du logement ». Sumar qui se saisit de cette affaire pour porter au conseil des ministres de mardi, la demande d’expropriation du logement de son propriétaire le fonds spéculatif Urbagesa. La porte-parole de Sumar, Veronica Martinez, a déclaré jeudi « nous voulons mettre fin à cette injustice et envoyer un message clair aux spéculateurs et aux fonds vautours : le logement est un droit, pas un commerce ». Cette demande d’expropriation d’Urbagesa « doit marquer un tournant face à la spéculation immobilière. C’est pourquoi nous proposons également des modifications législatives afin qu’une telle situation ne puisse plus jamais se produire », a ajouté la porte-parole de Sumar. L’expulsion de Maricarmen remet sur le devant de la scène la politique du logement du gouvernement, une politique largement insuffisante, et par certains aspects incompréhensible, de la part d’un exécutif de gauche. Pour preuve le vote des députés du PSOE le 15 septembre lors d’une séance des Cortès, ceux-ci ont rejeté avec la droite l’examen de la loi proposée par le groupe Sumar qui interdit de vendre des appartements à des grands fonds d’investissement dont l’objectif est le commerce du logement. Avec les votes du PP, de Vox, de Junts (indépendantistes catalans) et l’abstention du PSOE le Congrès des députés a repoussé toute possibilité de prendre en considération l’examen de cette proposition de loi.

    Ce vote des députés socialistes montre clairement les différences au sein de la coalition gouvernementale en matière de politique du logement. Ce texte qui fut déjà présenté en novembre 2025, avait été repoussé grâce aussi à une abstention des députés du PSOE. Difficile de comprendre l’attitude des députés socialistes, qui ne traduisent pas dans leurs actes les politiques promises auprès des électeurs de gauche souvent victimes des spéculateurs. Les manifestations qui se multiplient dans le pays, comme encore ce samedi, dénonçant la main mise des fonds spéculateurs sur le logement et contre les expulsions vont probablement rappeler aux ministres la politique sur laquelle ils se sont engagés. Les ministres communistes au gouvernement et la coalition Sumar au Congrès des députés entendent bien dans les jours qui viennent faire bouger les lignes. Les bonnes déclarations de Pedro Sanchez dénonçant « une tragédie nationale » et l’incapacité de la droite locale à régler les problèmes de logement à Madrid, ne suffiront pas tant que ne seront pas pris des actes concrets et législatifs contre les fonds spéculatifs et pour le droit au logement.

    Journaliste, président de l’Association pour le souvenir de l’exil républicain espagnol (Aseref)

  • [Tribune] Expulsions des familles roms, tsiganes et des gens du voyage : mettre fin à une politique de relégation

    [Tribune] Expulsions des familles roms, tsiganes et des gens du voyage : mettre fin à une politique de relégation

    À Marseille comme partout en France, les expulsions en série qui frappent les familles roms, tsiganes, les gens du voyage, les personnes exilées et les sans-abri participent d’une véritable politique de relégation, où la répression se révèle depuis trop longtemps comme seule modalité d’action, piétinant les droits fondamentaux.

    Le racisme systémique, qui motive ces politiques, est un outil de domination et de division dans l’ordre capitaliste. En désignant les populations les plus précaires comme responsables des difficultés sociales, elles détournent le débat des seules causes de la crise du logement : la spéculation foncière, la financiarisation de l’immobilier, la pénurie de logements accessibles et le désengagement de l’État. Elles opposent les classes populaires entre elles au lieu de s’attaquer aux inégalités qui les frappent.

    À Marseille, plusieurs lieux de vie roms sont aujourd’hui menacés d’expulsion. Le cas le plus emblématique est celui du 156 route de la Valentine, terrain appartenant à M.Frey, dirigeant de Retail Prodev, classé parmi les 500 plus grandes fortunes de France, où vivent près de350 personnes, dont de nombreux enfants. Des millions d’euros d’argent public pourraient être consacrés à une opération policière d’expulsion, qui ne ferait que déplacer la misère, une fois de plus, sans apporter aucune solution durable. L’État se révèle comme gestionnaire de la valeur immobilière et foncière et non comme garant du droit fondamental au logement.

    Depuis plusieurs années, les expulsions de lieux de vie roms se succèdent, programmées, à intervalles réguliers. Saint-Just (2020, expulsion du squat d’un bâtiment de l’évêché),Maison Blanche (2021, évacuation brutale et enfants déscolarisés), La Parette (2022,destruction du lieu de vie sans relogement), Le Mail (expulsion d’un bâtiment sécurisé parles habitant·es), La Madrague / La Cabucelle ((2023-2024, opérations policières répétées)ou encore Saint-Marcel (2024-2025) et Air Bel démolition de 400 logements(2026). À chaque fois, les conséquences sont les mêmes : enfants déscolarisés, emplois perdus, ruptures des suivis sociaux, destruction des parcours d’insertion et aggravation de la précarité. L’État expulse l’été, quand les familles ne peuvent pas se défendre. En Haute-Savoie, cinq familles avec de jeunes enfants ont reçu fin juillet un arrêté préfectoral d’expulsion.

    L’été, les tribunaux fonctionnent au ralenti, les avocats sont moins disponibles, les associations disposent de moins de moyens et les mobilisations sont plus difficiles. Expulser lorsque les familles sont les plus vulnérables limite les possibilités de recours et de défense. L’Etat doit faire des propositions de relogement avant toute expulsion .À Marseille, les familles n’ont pu résister pour l’instant que grâce à la solidarité des associations, des collectifs, des syndicats, des habitantes et habitant·es mobilisés à leurs côtés. Les injonctions du préfet dans l’hébergement d’urgence marquent une nouvelle étape dans la répression des plus vulnérables. En ordonnant au SIAO 13 de sortir des familles de l’hôtel sans solution de relogement, l’État viole le droit à la continuité de la prise en charge et teste sa capacité à imposer des remises à la rue en pleine pénurie de places. Le refus unanime des associations rappelle que ces pratiques ne relèvent pas d’erreurs administratives mais d’une stratégie de gestion répressive de la pauvreté, qui fragilise les familles, alimente les réseaux d’exploitation et participe à la même logique de division et de contrôle que les expulsions de lieux de vie.

    Face à cette politique du chaos et de relégation, les familles roms montrent qu’une autre politique est possible. Dans le 15ᵉ arrondissement de Marseille, des familles roms ont créé la première association rom de la ville et développé un projet d’agriculture urbaine pour entretenir et valoriser leur lieu de vie. Elles démontrent leur capacité à s’organiser collectivement, à produire et à contribuer à la vie du quartier. Au lieu d’accompagner cette dynamique, une procédure d’expulsion a été engagée. Cette contradiction montre combien l’autonomie des classes populaires, en particulier lorsqu’elle émane de populations racisées, vient bousculer les logiques d’exclusion. Les gens du voyage subissent la même stigmatisation.

    Dans le 6ᵉ secteur de Marseille, le maire Rassemblement national a fait de la dénonciation des occupations dites « illégales »un axe central de son action politique et a récemment pris pour cible des familles venues participer à un rassemblement traditionnel. La Métropole Aix-Marseille-Provence n’avait pourtant toujours pas réalisé les aires d’accueil et l’aire de grand passage prévues par la loi, malgré les condamnations prononcées par la justice administrative. On ne peut pas refuser de respecter ses obligations légales puis faire porter aux familles la responsabilité de cette carence.

    Nous appelons les organisations antiracistes, les collectifs de défense du droit au logement, les syndicats, les associations, les habitant·es des quartiers populaires, ainsi que toutes les personnes attachées aux droits humains, à unir leurs forces pour défendre le droit au logement, la dignité et toutes les familles victimes de ces politiques de relégation.

    Aux stratégies de division, opposons une mobilisation unitaire des classes populaires. Un toit est un droit. La dignité n’est pas négociable. Le racisme systémique est un outil de domination et de division dans l’ordre capitaliste. Nous le combattons.

    Signataires. l’inter orga : association ZOR (association de roms.) DAL France, ANC13, POI, VAI, Forces Vives, La France Insoumise 13, Faisons Front Commun, NPA a , Attac Marseille, soutien 59 Saint Just, Collectif 113, un Centre Ville Pour Tous, Comité antifasciste du 4è, Syndicat des associations de proximité, La Penne Insoumise, Insoumis de la Vallée de l’Huveaune, Insoumis.es de Saint Marcel, Arte Chavalo, Riposte Anti Fasciste, Collectif du 5 Novembre, Collectif contre les Violences d’état, Extinction Rébellion, Anti Cra Marseille, Collectif Al Manba, Afroqueer Revolution-R, ASCM, Sai13, UCL Marseille, Syndicat du Logement.

  • Le droit au logement reste encore à la rue

    Le droit au logement reste encore à la rue

    Dans les décisions rendues par le tribunal administratif de Marseille ce jeudi 25 juin, l’addition monte rapidement. 300 euros d’indemnités pour une personne dont le relogement en urgence était réclamé depuis le 22 mai 2025. 1 150 euros pour une autre reconnue prioritaire depuis le 5 octobre 2023. 2 300 euros pour une femme avec son conjoint et ses quatre enfants « devant être logée d’urgence » depuis le 26 janvier 2023. Tous vivaient « dans des conditions de logement précaires », reprennent les jugements. Et ils sont loin d’être les seuls.

    Selon le bilan régional publié à la mi-juin, l’État a ainsi été condamné en 2025 à verser 446 000 euros aux ménages de Provence-Alpes-Côte d’Azur considérés prioritaires pour accéder à un logement social dans le cadre du droit au logement opposable (Dalo), et laissés sans solution. Les injonctions à l’État pour reloger ces personnes ont aussi atteint un nouveau record, avec 1 225 recours déposés sur l’année, dont une majorité dans les Bouches-du-Rhône.

    Explosion des demandes

    Mis en place en 2007, le Dalo garantit un accès à un logement décent et indépendant pour toutes les personnes qui ne peuvent y accéder par leur propre moyen. Ainsi les personnes sans logement, hébergées chez un proche ou dans une structure, menacées d’expulsion, vivant dans une habitation insalubre ou suroccupée ou confrontées à un traitement « anormalement long » de leur demande de logement social (30 mois dans les Bouches-du-Rhône) peuvent déposer un recours auprès des commissions de médiation pour que leur demande soit considérée « prioritaire et urgente ».

    Mais sur fond de crise du logement, les demandes explosent. En cinq ans, le nombre de recours Dalo a augmenté de 26%, pour atteindre 20 610 ménages dans la région en 2025, dont une majorité dans les Bouches-du-Rhône. Avec des hausses très marquées dans le Var (+38% en cinq ans) et surtout les Alpes-de-Haute-Provence où ils ont été multipliés par neuf sur la période.

    Parmi les requérants – aux deux tiers des personnes seules ou des familles monoparentales – ils sont 40% à avoir un emploi, près de la moitié à avoir des ressources supérieures au Smic. Moins d’un tiers d’entre eux, soit 6 186 ménages en 2025 dans la région, ont vu la commission de médiation classer leur dossier comme « prioritaire et urgent » pour obtenir un logement social. La faute, la plupart du temps, à des dossiers considérés irrecevables car incomplets.

    Les collectivités freinent

    Mais même les familles reconnues prioritaires doivent encore attendre en moyenne 395 jours, une durée qui augmente d’année en année, quand la loi impose un délai de trois mois. « Les Bouches-du-Rhône, et Marseille en particulier, sont particulièrement touchés par la forte diminution de la production de nouveaux logements sociaux, la suppression des logements insalubres et les relogements nécessaires », explique le président de la commission de médiation des Bouches-du-Rhône, Patrick Albrecht en introduction du bilan départemental. Résultat : ils sont plus de 10 000 dans la région à attendre un relogement malgré une décision favorable. Dont 47 qui attendent au moins depuis 2017.

    « Cette situation appelle des mesures énergiques, afin de conserver au Dalo l’effectivité recherchée », écrit donc la préfète déléguée à l’égalité des chances, Isabelle Epaillard, qui appelle à une relance des logements dits « très sociaux » (PLAI). Surtout, elle réclame « une application stricte par tous les réservataires et les bailleurs des priorités d’attribution » en considérant leur effort « insuffisant ». En d’autres termes : les collectivités du territoire rechignent à attribuer des logements sociaux aux ménages prioritaires malgré leurs obligations. Dans les Bouches-du-Rhône, le préfet a repris la main sur l’attribution de 693 logements sociaux pour que les bailleurs sociaux rentrent dans les clous. Un coup de semonce d’autant plus important que la loi Jeanbrun, présentée le 7 juillet, prévoit de confier aux maires et intercommunalités l’attribution des logements sociaux aujourd’hui à la main de l’État.

    La préfecture de son côté met en avant son travail pour relancer la production, avec une programmation record dans les Bouches-du-Rhône de 4 772 logements sociaux en 2025. En plus des contrats de mixité sociale dans les communes carencées, des aides de recyclage foncier ont été mises en place depuis 2025 pour faciliter la requalification de logements dégradés, avec 9,8 millions d’euros versés. Reste à savoir si cela suffira à éteindre l’incendie de la crise du logement, quand le gouvernement a asséché les ressources des bailleurs sociaux.

    LA CRISE EN CHIFFRES

    +7%

    L’augmentation du nombre de recours au droit au logement opposable dans la région en 2025, une hausse encore plus marquée dans les Alpes-Maritimes, le Var et surtout les Alpes-de-Haute-Provence (+36,9%). Au total, 20 610 demandes ont été déposées en Provence-Alpes-Côte d’Azur, dont 10 647 pour les seules Bouches-du-Rhône. 30 % ont reçu un avis favorable par les commissions de médiation, soit 6 035 reconnaissances du caractère « prioritaire et urgent ».

    395 jours

    Le délai moyen du relogement après la reconnaissance du caractère « prioritaire et urgent » de la demande en 2025 dans la région (444 jours dans les Bouches-du-Rhône), contre 379 jours en 2024 pour un délai légal de seulement trois mois. S’il est deux fois moins important que pour l’accès classique à un logement social, 10 509 personnes reconnues prioritaires sont en attente d’un relogement dans la région (8 138 dans les Bouches-du-Rhône), dont la moitié au moins depuis 2023.

    446 000 euros

    Les indemnités versées en 2025 par l’État aux ménages qui n’ont pas été relogés dans les délais légaux, un montant quia été multiplié par quatre depuis 2022. Quelque 294 recours indemnitaires ont ainsi été déposés dans la région en 2025, contre seulement 74 recours en 2024. S’y ajoutent 1 225 recours en injonction pour non-relogement par l’État. Un nombre en forte hausse : on en comptait 1 019en 2024, et 770 en 2023. Ils représentent désormais 16% des dossiers validés.

  • [Rue de la République] Audrey Garino : « Le fil rouge, c’est le droit au logement »

    [Rue de la République] Audrey Garino : « Le fil rouge, c’est le droit au logement »

    La Marseillaise : Comment travailler la question du coût du logement ?

    Audrey Garino : Ce problème est la conséquence de problématiques qu’on doit travailler avec de la production évidemment de logements sociaux mais aussi sur son coût propre et donc l’encadrement des loyers. La ville le demande depuis longtemps et on sera proactif pour que le gouvernement l’accorde à Marseille. C’est un des premiers combats politiques que nous porterons. Cela s’inscrit aussi dans la question de la transparence et des critères d’attribution de logements sociaux, et la régulation des meublés de tourisme.

    Et en matière d’habitat indigne ?

    A.G. : Dans la continuité de ce qui a été engagé sur la réhabilitation du parc ancien, sur la lutte contre l’habitat indigne et les marchands de sommeil, on souhaite faire avancer certaines mesures comme l’extension du permis de louer. Il y a aussi pour les copropriétés dégradées le suivi des Orcod-IN. Comme l’encadrement des loyers elles ont été demandées par la ville, pas par dogmatisme mais parce qu’on a besoin de ces outils pour permettre aux Marseillais de mieux se loger. Puis on parle souvent du parc privé mais il y a aussi le parc social qui est dégradé. C’est une préoccupation et une réflexion globale pour accompagner ces locataires et rétablir le rôle de gendarme de la Ville sur tous les lieux de vie.

    Votre délégation comporte aussi la question de l’hébergement ?

    A.G. : Elle intègre les sujets d’hébergement d’urgence. Cela pose la question de l’adaptation du logement et ouvre la réflexion sur un véritable parcours dans le logement aux différentes étapes de la vie. Tout ça fait partie d’un plan d’action vaste avec une vraie réflexion sur un parcours de la rue jusqu’au logement. On a, à Marseille une réalité de sans-abrisme extrêmement forte, il faut adapter la réponse politique. Il ne faut pas simplement créer des places d’hébergement d’urgence, et on le fera parce que ça fait partie de nos engagements, mais aussi voir évoluer certains dispositifs comme Logement d’abord. Tout ça fait partie d’un plan d’action d’ensemble. Le fil rouge, c’est le droit au logement. Le logement est un droit dans la loi mais malheureusement pas un droit dans les faits. L’ensemble de nos réflexions doivent concourir à ce qu’il le devienne.