Tag: Diplomatie

  • [Entretien] « Il faut revenir nécessairement à la diplomatie »

    [Entretien] « Il faut revenir nécessairement à la diplomatie »

    La Marseillaise : Quel est l’objet de cette rencontre entre
    le président français et
    le chancelier allemand
    ?

    Pierre Daspre : Les discussions porteront sur différents dossiers, parmi lesquels la défense nationale ou encore la productivité, le marché du travail, l’emploi des jeunes et des seniors. Dans le contexte explosif de la situation internationale, avec les dizaines de conflits de par le monde (Palestine, Ukraine, Sahara occidental, Soudan…), les deux grands pays européens peuvent prendre des décisions d’une grande importance. à la tête des deux nations, les forces de guerre l’emportent largement en ce moment sur les forces de paix. Il faut revenir nécessairement à la diplomatie et arrêter les développements des alliances militaires agressives.

    Quel message doit porter la France lors de cette réunion ?

    P.Da. : La France, qui siège au conseil de sécurité de l’ONU, doit s’engager sur le chemin de la paix partout dans le monde et cesser d’alimenter le commerce des armes. Elle est devenue le 3e exportateur mondial. Elle doit agir pour la non-prolifération des armes nucléaires. La France doit sortir de l’Otan et tisser des relations bilatérales avec les Brics [puissances émergentes comme le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine, Ndlr]. Elle doit montrer l’exemple à nos partenaires allemands en recentrant sa stratégie sur la défense du territoire national de façon souveraine. Plus que jamais la France et l’Allemagne doivent agir pour que le droit international soit respecté.

    Cette question de la défense européenne surgit en plein débat budgétaire…

    P.Da. : Les deux peuples n’ont aucun intérêt à l’augmentation exponentielle des budgets militaires. L’économie allemande est déjà en récession depuis plusieurs mois, les services publics sont mis à mal dans nos deux pays. Il faut tourner le dos aux choix politiques d’une économie ultralibérale, à la restriction des dépenses publiques. Les deux pays ne peuvent pas continuer à pressurer leur population en détruisant les protections sociales, en comprimant les salaires tout en multipliant les cadeaux aux plus fortunés ou encore en fermant les services publics pour « économiser » tout en dépensant sans limites pour développer leurs armées.

  • Conflit en Ukraine : Trump pousse pour un compromis, Macron doute de Poutine

    Conflit en Ukraine : Trump pousse pour un compromis, Macron doute de Poutine

    La Marseillaise : Le président ukrainien est attendu, ce lundi à Washington, après la réunion de la coalition « des volontaires », organisée dimanche. La rencontre Trump-Poutine a accéléré les choses ?

    Jean de Gliniasty : Très peu d’informations ont filtré sur la teneur des propos échangés entre Donald Trump et Vladimir Poutine. L’invitation à Washington envoyée par Trump à Volodymyr Zelensky, pour lui faire part des résultats de ces entretiens, est notable. Il veut lui mettre le marché en main. Les propositions du président américain sont toujours les mêmes : on s’arrête sur les lignes de front, l’Ukraine n’entre pas dans l’Otan, la Russie garde – sans reconnaissance internationale – les territoires qu’elle occupe déjà, on lève les sanctions et on commence une nouvelle période. Cela s’est un peu affiné depuis, avec l’idée d’échange de territoires. Selon un grand quotidien [New York Times ndlr], les Russes auraient manifesté leur disponibilité pour, en échange de la récupération de l’ensemble du Donetsk, geler les lignes de front à Zaporijjia et Kherson. Ce qui signifie sacrifier leurs ambitions et renoncer à des territoires qui sont formellement annexés à la Russie par la Constitution russe. On voit déjà se profiler une possibilité de compromis. Avant de partir pour Washington, Zelensky a dit qu’il allait là-bas pour négocier les détails. Cela veut dire qu’il y a un semblant d’accord, ou en tout cas qu’il est prêt à des concessions territoriales. Il n’est pas exclu que, comme l’a dit Trump lui-même, les choses aillent plus vite qu’on ne le croit, avec cette idée de réunir un sommet tripartite vendredi. Mais, peut-être n’est-ce pour Trump qu’une façon de prendre ses désirs pour des réalités.

    Pourquoi Trump est-il revenu sur l’exigence d’un cessez-le-feu et parle désormais d’accord de paix ?

    J.d.G. : Trump n’a jamais été très favorable au cessez-le-feu, qui est une demande des Ukrainiens, appuyés par les Européens. Ils ont obtenu de lui, à la veille de la réunion de l’Alaska, qu’il mette le cessez-le-feu au premier rang de ses priorités. La volonté de Trump, c’est plutôt de faire la paix, un cessez-le-feu, c’est une solution transitoire qu’il considère comme insuffisante pour son palmarès. Les Russes eux-mêmes n’ont aucun intérêt au cessez-le-feu, puisqu’ils ont l’avantage sur le terrain. C’est plutôt une demande ukrainienne pour geler une situation qui commence à leur échapper un petit peu, moins qu’on le dit, mais quand même. Les Russes ont toujours dit qu’un cessez-le-feu ne pouvait être concevable que si les Européens surtout, mais aussi les Américains, s’abstenaient pendant cette période de continuer à réarmer l’Ukraine. Ils ne veulent pas que ce cessez-le-feu serve de répit pour les forces ukrainiennes.

    Trump semble vouloir aller vite. Quel est son objectif ?

    J.d.G. : Trump a utilisé la carotte et le bâton. Le bâton, c’était la perspective de sanctions auxquelles il a dit lui-même ne pas croire beaucoup. Pour Trump, ce sont des mesures qui gênent le développement des relations économiques et qui, parfois, font le jeu des concurrents des États-Unis. Si l’on prend, par exemple, les sanctions secondaires imposées à l’Inde et à la Chine s’ils continuent à importer du pétrole russe, c’est une idée dont beaucoup d’experts pensent qu’elle se retournera contre les intérêts des États-Unis. Et pour cause, la Chine envisage des mesures de rétorsion et n’envisage pas de renoncer à l’achat de pétrole russe. La priorité de Trump, c’est de rétablir la relation économique dans tous les domaines avec la Russie, avec l’exploitation de l’Arctique, le développement de la coopération en matière énergétique, notamment l’uranium, le pétrole, ensuite les métaux rares ainsi que la coopération spatiale. Il estime que c’est l’intérêt des États-Unis, qu’ils ne doivent pas se priver d’immenses marchés que représente la Russie.

    Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a été vu en Alaska avec un pull floqué « URSS ». Faut-il y voir un message ?

    J.d.G. : C’est un symbole assez fort. Dans les grands sommets russo-américains qui avaient lieu du temps de l’URSS, c’était une période bénie, si je puis dire, pour la Russie soviétique, qui était l’interlocuteur principal des États-Unis.

    Le président ukrainien est attendu, ce lundi, à Washington. À ses côtés, une flopée de dirigeants feront le déplacement : la présidente de la Commission européenne, le Président français, le chancelier allemand, la Première ministre italienne, le Premier ministre britannique, le président finlandais et le chef de l’Otan. Cette décision a été annoncée la veille, avant une visioconférence de la « coalition des volontaires », visant à examiner ce que pourraient être les contours d’un éventuel accord de paix entre l’Ukraine et la Russie, après le sommet Trump-Poutine, en Alaska, qui n’a débouché sur aucune annonce concrète.