Tag: Diplomatie

  • Un pape messager de paix en Algérie

    Un pape messager de paix en Algérie

    Il n’a « pas peur » de l’administration Trump et affronte les affres de la colonisation en appelant au « pardon » devant le Monument des martyrs, aux victimes de la sanglante guerre d’indépendance contre la France…

    Au deuxième jour de sa visite historique en Algérie, Léon XIV a quitté ce mardi 14 avril Alger pour Annaba, sur les traces de Saint-Augustin, théoricien de l’histoire du christianisme, après une première séquence axée sur le dialogue interreligieux mais ternie par des critiques américaines contre les positions anti-guerre du pape.

    Le pontife américain est devenu lundi le tout premier pape à fouler le sol algérien, étape initiale d’une tournée dans quatre pays d’Afrique, en partie occultée par une diatribe de Donald Trump à son encontre.

    Dans la nuit de lundi à mardi, le vice-président américain JD Vance, récemment converti au catholicisme, a appelé le Vatican à « s’en tenir aux questions morales » et à « laisser le président des États-Unis se charger de définir la politique publique américaine ».

    La veille, dans l’avion qui l’amenait en Algérie, le pape avait estimé que l’Église avait « le devoir moral de s’exprimer très clairement contre la guerre ». Soulignant ne pas avoir « peur » de l’administration Trump, il avait toutefois indiqué ne pas vouloir « entrer dans un débat » avec elle.

    Sur fond de guerre au Moyen-Orient, Donald Trump avait déclaré dimanche ne pas être « un grand fan » du pape, l’accusant de soutenir le programme d’armement nucléaire iranien et de s’être opposé à l’opération militaire américaine au Venezuela en janvier.

    Les évêques italiens et américains ont apporté leur soutien au chef de l’Église catholique, tout comme la Première ministre italienne Giorgia Meloni, réputée proche de Donald Trump, qui a jugé « inacceptables » ses déclarations.

    À Annaba, l’antique Hippone, le chef de l’Église catholique vivra une étape à la dimension personnelle et spirituelle, dans les pas de saint Augustin (354-430). Le grand penseur chrétien qui y fut évêque a légué son nom à l’ordre religieux dont est issu le pape américain, fondé au XIIIe siècle et aujourd’hui composé d’environ 3 000 membres à travers le monde prônant la charité et la vie communautaire.

    Léon XIV visitera le site archéologique romain et une maison d’accueil pour personnes âgées démunies, majoritairement musulmanes, prises en charge par des religieuses catholiques.

    L’islam sunnite est religion d’État en Algérie, où les catholiques représentent moins de 0,01 % des 47 millions d’habitants.

    L’après-midi, devant environ 1 500 fidèles, il célébrera une messe à la basilique Saint-Augustin, perchée sur une colline, en présence de religieux africains de différentes nationalités.

    Lundi, accueilli avec les honneurs sous un ciel d’Alger inhabituellement pluvieux, Léon XIV a rendu hommage, devant le Monument des martyrs, aux victimes de la sanglante guerre d’indépendance contre la France (1954-1962). La « paix qui permet d’envisager l’avenir avec un esprit réconcilié n’est possible que par le pardon », a-t-il déclaré, appelant à ne « pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération ».

    « Une société vivante, dynamique et libre »

    Devant les plus hautes autorités dont le président Abdelmadjid Tebboune, Léon XIV a aussi invité les responsables du pays à « ne pas dominer » le peuple et à promouvoir « une société civile vivante, dynamique et libre ».

    Depuis l’élan du mouvement prodémocratie Hirak en 2019, qui réclamait des réformes profondes et plus de transparence, les autorités algériennes ont repris le contrôle de l’espace public, dénoncent des ONG de défense des droits humains.

    L’après-midi, le pape a visité la Grande Mosquée, au plus haut minaret du monde (267 mètres), avant de se rendre à la basilique Notre-Dame d’Afrique, qui surplombe la baie d’Alger.

    Là, il s’est recueilli dans la chapelle des 19 « martyrs d’Algérie », des prêtres et religieuses assassinés pendant la décennie noire de guerre civile (1992-2002) entre groupes islamistes et forces gouvernementales, qui a fait 200 000 morts selon un bilan officiel. Le pape a rappelé que ces religieux étrangers, dont les sept moines de Tibhirine (à 100 km au sud d’Alger), avaient choisi de rester en Algérie malgré des attentats meurtriers.

    Mais les tensions demeurent. À une quarantaine de kilomètres du lieu de ce déplacement officiel, à Blida, un double attentat-suicide a eu lieu lundi. Deux kamikazes se seraient fait sauter. Les médias locaux et les autorités algériennes n’ont pas communiqué à ce stade sur ces faits.

    Mercredi, le pape de 70 ans quittera Alger pour le Cameroun, suite d’un premier voyage africain qui le conduira également en Angola et en Guinée équatoriale jusqu’au 23 avril, un périple de 18 000 km à l’agenda très dense.

    « La Méditerranée doit être le pôle de stabilité du monde » Samia Ghali, Troisième adjointe au maire de Marseille (DVG)

    « En ce lieu, rappelons-nous que Dieu souhaite la paix pour toutes les nations », a déclaré Léon XIV dès son arrivée en Algérie lundi, au lendemain de sa traditionnelle bénédiction de Pâques, où il avait appelé « ceux qui ont le pouvoir de déclencher les guerres » à « choisir la paix ». « Je crois qu’on partage tous cette vision pour demain, a souligné Samia Ghali, troisième adjointe au maire de Marseille. Je n’en attendais pas moins du pape dans son discours. Au contraire, il a fait un discours qui, je crois, apaise. Et c’est là son rôle : apaiser les esprits, apaiser les consciences et aller vers de l’avenir positif plutôt que dans ce qu’on est en train de vivre actuellement, partout. » Si Léon XIV s’était déjà rendu en Algérie avant d’être nommé souverain pontife, c’est la première fois qu’un pape opère une visite officielle dans le pays. « La visite a été couronnée de succès. Je suis personnellement, comme beaucoup d’Algériens je crois, très contente, s’est enthousiasmée l’élue municipale. Même s’il y a une très grande majorité de musulmans en Algérie, les chrétiens ont toujours eu une place importante. Ça témoigne de l’ouverture qu’il y a sur place. »

    Plus globalement, sur l’appel à la paix en Méditerranée, en proie à une désastreuse et meurtrière actualité, Samia Ghali défend qu’elle doit être « le pôle de stabilité du monde ». « Se concentrer sur la Méditerranée est important si on veut réussir une paix. Et je crois que c’est important que Marseille soit le symbole de cette Méditerranée apaisée », a-t-elle ajouté.

    M.M.

    « La religion ne réglera pas les problèmes entre États » Pierre Pradel, Membre de l’Association nationale des pieds noirs progressistes et leurs amis

    Dès son arrivée en Algérie, le pape a appelé, lundi, au « pardon » devant le Mémorial du martyr d’Alger, où sont honorés les morts de la guerre d’indépendance contre la France (1954-1962). « Me trouver devant ce monument est un hommage à cette histoire de l’Algérie et à l’âme d’un peuple qui s’est battu pour l’indépendance, la dignité et la souveraineté de cette nation », a-t-il souligné. Il s’agit là pour Pierre Pradel, membre de l’Association nationale des pieds noirs progressistes et leurs amis, d’un message « positif » dans le contexte des « mauvaises relations qu’il peut y avoir entre la France et l’Algérie ». « La colonisation a été quelque chose de terrible. C’est bien que l’on tienne compte de cette période où les Algériens ont subi des difficultés majeures », s’est-il ému. S’il souligne l’importance de la « possibilité pour les religieux de discuter ensemble », Pierre Pradel revendique son athéisme, qu’il cultive « grâce à Dieu », ironise-t-il. « La religion peut être, pour les croyants, un moyen de se retrouver. Mais ce n’est pas par la religion que les problèmes entre États se résoudront selon moi, mais par la politique. Ce sont des questions diplomatiques et géopolitiques, défend-il. Il faut avant tout que la France reconnaisse les atrocités qu’il a pu y avoir en Algérie pendant la guerre et avant. Et qu’elle assume la non-reconnaissance des Algériens dans leur activité, y compris contre le nazisme. » La guerre d’indépendance de l’Algérie a fait selon Alger 1,5 million de morts algériens et 500 000 morts dont 400 000 Algériens selon les historiens français.

    M.M.

    « Le pape replace l’église au milieu du village » Samia Chabani, Sociologue et coordinatrice de l’association Ancrages, cultures et mémoires d’exil à Marseille

    Sociologue et coordinatrice d’Ancrages, association qui œuvre depuis 2000 à la valorisation de l’exil comme objet de patrimoine vivant, Samia Chabani a beaucoup travaillé sur l’histoire de la colonisation. Au sujet de la visite de Léon XIV en Algérie, partie notamment sur les traces de l’histoire chrétienne du pays, la sociologue salue le discours d’un « médiateur de paix », rappelant l’« ancrage ancien du christianisme, qui n’est pas qu’occidental et européen ». « Le christianisme a ses sources dans l’actuelle Turquie, dans l’actuelle Algérie, en Afrique du Nord et dans l’amazighité aussi, qui est la culture source et première de l’Afrique du Nord, retrace-t-elle. Le pape s’appuie sur l’appartenance à l’ordre des Augustins, notamment pour rappeler la philosophie de Saint Augustin, naît dans l’actuelle Algérie. Une manière de montrer que le patrimoine commun entre l’occident et l’Algérie n’est pas que politique, il est aussi spirituel. » Une position qui dénote avec celle tenue par Donald Trump, porteur d’un « christianisme messianique » d’après Samia Chabani. « Léon XIV enlève à Trump sa puissance qu’il puise dans son christianisme qu’on pourrait qualifier de sectaire, détaille-t-elle. Trump veut que tout le monde reste à sa place : les juifs en Israël, les chrétiens dans une espèce d’occident qu’il fantasme. Ce n’est pas du tout porteur de paix. Finalement, le pape replace l’église au milieu du visage en disant : «moi, je suis chef de l’Église catholique romaine, et je dis que le message chrétien, c’est d’abord un message de paix». »

    M.M.

  • Leïla Shahid, grande voix de la diplomatie palestinienne, est décédée à 76 ans

    Leïla Shahid, grande voix de la diplomatie palestinienne, est décédée à 76 ans

    Née en 1949 à Beyrouth, elle fut l’une des premières femmes à représenter l’OLP à l’étranger. Retrouvée morte à son domicile de Lecques, dans le Gard, elle laisse l’image d’une figure engagée et respectée du dialogue euro‑palestinien.

    Relire notre entretien du 15 septembre 2020 : « L’accord de normalisation avec Israël : une imposture »

  • Resserrer les liens avec l’Afrique du Sud

    Resserrer les liens avec l’Afrique du Sud

    Pour promouvoir la diplomatie française et ses missions, le quai d’Orsay a déployé plusieurs de ses ambassadeurs dans différentes capitales régionales. David Martinon, ambassadeur de France en Afrique du Sud, Malawi et Lesotho a choisi Marseille. « D’abord parce qu’il y a du business à faire pour les entreprises marseillaises en Afrique du Sud, notamment la CMA-CGM, parce que la route sud est une des routes importantes. Il y a du potentiel », fait valoir le diplomate, avant de poursuivre « l’autre raison, c’est qu’il y a un historique entre la ville de Marseille et la ville du Cap. Un accord de jumelage a été signé en 2001 entre les deux maires de l’époque, donc Jean-Claude Gaudin et Peter Marais. Je voulais faire le point avec la mairie pour voir s’il y avait un intérêt à continuer à travailler ou à reprendre cet accord ou pas », pousse-t-il.

    Un rendez-vous avec la municipalité était prévu dans la journée de mardi, suivi par la Région avant de conclure par une rencontre avec les étudiants de l’université Aix-Marseille pour leur présenter le métier.

    L’Afrique du Sud reste la première puissance économique du continent africain. Dès lors, l’aspect business apparaît comme prépondérant dans ses missions. Ainsi, il liste les projets menées par des entreprises françaises dans le pays, parmi lesquels figurent le Club Med dans le KwaZulu-Natal, l’acquisition par Canal + de MultiChoice le géant sud-africain de la télévision payante ainsi que l’installation par Stellantis d’une usine de production de véhicules à Port Elizabeth. « Les grandes boîtes françaises sont toutes en Afrique du Sud », indique David Martinon qui y voit des possibilités de développement pour les entreprises de la tech.

    Des activistes français

    anti-apartheid honorés

    En novembre dernier, Emmanuel Macron a fait le voyage jusqu’en Afrique du Sud, à l’occasion du sommet du G20. Il s’est rendu à Pretoria et visité le Freedom Park (parc de la liberté), un mémorial dédié à ceux qui ont sacrifié leurs vies en luttant pour la liberté et contre l’apartheid. Le président de la République a ainsi dévoilé les noms de 20 Français honoré sur les murs de ce lieu d’histoire : Aimé Césaire, Frantz Fanon, Paul Vergès et Marcel Trigon mais aussi Jacqueline Grünfeld et Danielle Mitterand, pour ne citer qu’eux.

    Un travail de recherche mené par les services de l’ambassade. « C’est très important, ça montre à nos partenaires sud-africains que, même s’il est vrai que la France a vendu des armes de guerre à l’Afrique du Sud dans les années 1960 dans un contexte de guerre froide (…) des gens étaient engagés contre le régime d’apartheid », insiste l’ambassadeur qui fut le dernier représentant de la France en Afghanistan avant la prise de pouvoir des talibans.

    Alors que la France prend la présidence du G7, elle entend « porter l’héritage de la présidence sud-africaine » affirme David Martinon, « parce qu’on a le même attachement au multilatéralisme, à l’état de droit, à la démocratie ».

  • [Entretien] Christophe Ventura : « Nous revenons à la règle de la force »

    [Entretien] Christophe Ventura : « Nous revenons à la règle de la force »

    La Marseillaise : Est-ce que l’intervention des États-Unis marque une rupture pour un Donald Trump qui se disait isolationniste ?

    Christophe Ventura : Il y a une rupture, qui s’inscrit dans une tradition. C’est la première fois que les États-Unis interviennent militairement dans un pays sud-américain, même s’ils sont intervenus moult fois en Amérique centrale et dans les îles caribéennes, et la première fois depuis la fin de la guerre froide qu’ils y emploient la force militaire en enlevant le chef d’un État en poste. Mais cette politique s’inscrit dans une longue tradition américaine, celle de la doctrine Monroe, à laquelle il a adjoint son propre corollaire Trump. Il le décrit dans son document de stratégie nationale publié le 5 décembre dernier, une stratégie de retour impérial assumé des États-Unis comme puissance dominante dans toute la région, du Groenland à la Terre de Feu.

    On a l’impression d’une graduation continue, entre les sanctions et pressions sur les différents scrutins sud-américains…

    C.V. : On parle beaucoup de Trump, mais il faut aussi parler de Marco Rubio, le secrétaire d’État américain, ou de Maurio Calver-Carone [ex-envoyé spécial en Amérique latine, Ndlr.] qui ont un agenda pour l’Amérique latine. Marco Rubio est beaucoup à la manœuvre, l’objectif, c’est de faire d’une pierre deux coups et derrière cela d’en finir avec Cuba.

    Les menaces contre Cuba, la Colombie, le Groenland peuvent-elles augurer d’autres interventions ?

    C.V. : On ne peut pas le savoir. En termes d’intervention, le Groenland est en haut de la liste, Donald Trump en a aussi promis une deuxième au Venezuela s’il n’y a pas de terrain d’entente avec la présidente par intérim Delcy Rodriguez. Pour la Colombie, nous sommes au stade des menaces, je ne vois pas les États-Unis y intervenir et à Cuba, la stratégie c’est une asphyxie définitive de l’économie cubaine en pensant que le gouvernement va s’effondrer.

    Les institutions vénézuéliennes, qu’elles soient politiques ou militaires, apparaissent-elles toujours comme légitimes ?

    C.V. : Je me garderai bien de toute certitude. Le coup est rude, officiellement le Venezuela demande la libération et le retour de M. Maduro. Ils essaient de montrer une continuité de l’État bolivarien dans le respect de la Constitution avec Delcy Rodriguez présidente par intérim pour trois mois. Le défi, c’est de garder cette unité, parce que Donald Trump fait un test de résistance à ce pouvoir civilo-militaire. Il y a ceux qui sont favorables à un deal pour conserver les pouvoirs régaliens et préparer une transition, négocier la meilleure sortie pour ne pas être éliminés physiquement ou finir leur vie en prison. La plupart des dirigeants ont sur leur tête des contrats, entre 15 et 30 millions de dollars, pour « narcotrafic ». Ils pourraient intégrer une partie de l’opposition dans un gouvernement dit national, et ouvrir aux Américains par la grande porte le retour de la pompe à pétrole. Delcy Rodriguez se dit prête à en discuter, à condition que ce ne soit pas une colonie, qu’ils soient respectés. Trump lui dit pour l’instant : tu n’as pas ton mot à dire. Mais au sein du pouvoir chaviste cela peut soit créer l’unité, soit créer une divergence entre un courant qui serait collaborationniste et un autre, peut-être avec les militaires, qui considérerait qu’il faut militariser le pouvoir pour résister. Vient s’ajouter à cela ce que peut faire l’opposition. Elle est elle-même divisée. Maria Corina Machado a été disqualifiée par Donald Trump pour prétendre diriger le pays. Est-ce que cette opposition va accepter de reprendre pied dans les institutions progressivement ou va profiter de cette situation pour prendre la rue et faire tomber le pouvoir une bonne fois pour toute ? Dans ce cas, on ne peut pas exclure que cela devienne un chaos généralisé.

    Le pétrole est-il la principale raison de l’intervention, ou les enjeux sont-ils plus géopolitiques ?

    C.V. : C’est indissociable. Trump veut récupérer la manne pétrolière qui est aujourd’hui exportée à 80% pour la Chine, et balayer d’Amérique latine les États « récalcitrants », en finir avec ce qu’il appelle les « communistes », tout ce qui est grosso modo de gauche et progressiste. C’est une stratégie de restauration impériale dans la région qui commence au Venezuela. Pour Donald Trump, les ressources latino-américaines doivent servir les chaînes de valeur qui servent les intérêts de l’économie américaine.

    Est-ce que cela risque d’entraîner des répliques dans les relations internationales ?

    C.V. : Le responsable de la principale puissance mondiale fait justice par soi-même et pour soi-même. C’est la vengeance érigée en principe de gouvernement et de diplomatie. Quand la première puissance mondiale a fait ça, que voulez-vous dire après à M. Poutine, à la Chine si demain elle voulait reprendre Taïwan ? Chacun désormais peut faire sa loi dans sa zone d’influence, c’est la vision de Donald Trump des relations internationales. Nous revenons à ce qui était la règle de la force, le retour de la politique de la canonnière, le monde d’avant la Première Guerre mondiale : ce sont les grandes puissances qui dirigent et s’arrangent entre elles quand il y a un problème.

    À quel point l’opposition est représentative de la population ?

    C.V. : L’opposition existe, elle est puissante. Il y a grosso modo trois tiers, avec un pôle chaviste qui reste, et qui peut être critique de Maduro, un tiers qui représente les oppositions, et un autre tiers de la population surtout qui n’est plus politisé, qui est fatigué, épuisé d’une crise multiforme qui agonise ce pays depuis dix ans, qui cherche à survivre au quotidien. Maria Corina Machado est beaucoup plus monétisée à l’international qu’elle ne l’est au Venezuela, cela Trump le sait. Elle n’a cessé de proposer pour en finir avec le chavisme des boycotts électoraux, des manifestations de rue, la violence politique ou la demande d’une intervention américaine. Mais elle n’incarne qu’un bout de l’opposition. Une bonne partie de l’opposition de droite veut aussi en finir avec le chavisme par une solution vénézuélienne sans ingérence des américains. Maria Corina Machado n’a pas les moyens de gouverner, parce qu’au Venezuela, on ne gouverne pas sans l’armée qui ne veut surtout pas d’elle puisqu’elle a fait sa carrière politique sur un coup d’État en 2002 visant à lui enlever le pouvoir.

    A lire : « Désocciden-talisation : Repenser l’ordre du monde », par Christophe Ventura et
    Didier Billion,
    Agone, 14
     euros.

  • Forum économique Soft à Marseille : l’ambassadeur d’Ukraine veut la paix

    Forum économique Soft à Marseille : l’ambassadeur d’Ukraine veut la paix

    Invité spécial du Soft 2025, l’ambassadeur d’Ukraine en France Vadym Omelchenko a délivré un message ambivalent. Questionné sur les négociations autour du plan de paix pour son pays élaboré par les États-Unis, il a d’abord fait part de son avis favorable : « On croit dans ce plan de paix. On n’a pas beaucoup d’options et il y a un besoin fondamental de paix pour mon peuple. »

    Avant de faire part de plusieurs nuances : « On est prêt à avoir cette paix mais pas à n’importe quel prix. Notre délégation, pendant les négociations, a souligné nos lignes rouges sur notre souveraineté. » Et de développer : « Pourquoi l’armée ukrainienne quitterait les territoires ukrainiens de l’Est ? Pourquoi l’Ukraine renoncerait à l’adhésion à l’Otan ? Imaginez-vous que quelqu’un dise à la France qu’elle n’a pas le droit de rejoindre un organisme international. » Plus clairement, il assure que la diplomatie ukrainienne « ne peut pas accepter » que son pays ait « une souveraineté limitée » à l’issue des négociations. Et affirme aussi que « la société ukrainienne » ne l’acceptera pas non plus. Plus éloigné de son message en faveur de la paix, il appelle aussi au « réveil » des Européens face à « la menace russe » : « Je crois que les pays baltes et nordiques sont déjà menacés […] par une guerre hybride. »

  • Le superviseur du nucléaire en visite sur le site expérimental Iter

    Le superviseur du nucléaire en visite sur le site expérimental Iter

    Le « monstre d’acier » a l’habitude, au milieu de son immense écosystème de conduits et d’échafaudages, d’accueillir hommes politiques et diplomates. Iter, ou « chemin » en latin, est aussi l’acronyme d’International Thermonuclear Experimental Reactor, l’un des projets scientifiques les plus ambitieux au monde.

    Ici, à Saint-Paul-lez-Durance, des milliers de travailleurs tentent de reproduire, sur le modèle de l’énergie des étoiles, la fusion nucléaire. Au centre d’un chantier aseptisé, silencieux, se construit étape par étape un colossal tokamak, projet auquel une trentaine de pays se sont alliés autour d’une source d’énergie commune, propre et inépuisable : Iter est tout autant un projet scientifique que diplomatique, initié sous l’égide de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), dépositaire de l’accord international signé en 2006 et garante de la neutralité et de la continuité du dialogue entre les parties.

    « Concrétisation intéressante »

    L’AIEA, dans un contexte plus large, a aussi pour rôle de « renforcer le principe de non prolifération » et « d’éviter que plus d’états accèdent à l’armement nucléaire dans un monde si fragmenté, où l’on parle de manière assez ouverte de l’utilisation éventuelle de l’arme nucléaire », expliquait son directeur général et diplomate argentin, Rafael Mariano Grossi, en visite sur le site, ce jeudi, à quelques jours de l’installation d’un troisième secteur de chambre à vide – sur les neuf que compte l’imposant tokamak – et du Conseil Iter. Hasard de calendrier.

    Pour rappel, après des contretemps et retards, les équipes d’Iter avaient hissé, au mois d’avril, la première de ces pièces qui, une fois soudées et assemblées, forment l’espace toroïdal du tokamak, où se produiront les réactions de fusions. « C’est un moment important pour la fusion sur le plan international. Il y a beaucoup d’espoir, ça commence à se concrétiser. Tout le travail fait ici pendant des années commence, je crois, à porter ses fruits. Iter rentre dans une étape de concrétisation intéressante, constatait en fin de visite Rafael Mariano Grossi. Nous allons rentrer dans une période internationale où la question de la sécurité est devenue un problème réel. [Le projet] a acquis un caractère stratégique : qu’est-ce qu’on fait, quelles sont les alternatives, les outils que nous avons pour nous doter de l’énergie nécessaire ? Dans ce contexte, il est clair que la fusion aura un rôle indispensable dans un avenir, qui n’est pas demain, mais qu’on ne peut plus ignorer. »

    Toujours selon Rafael Mariano Grossi, l’engagement des pays qui composent l’alliance du projet doit « se fonder sur la confiance. Ces pays-là ont les meilleurs arguments pour dire : notre investissement est justifié, il faut continuer ». Un « défi », dans une situation internationale « complexe ».

    Certes, le programme a connu quelques retards. « On ne connaît pas toutes les surprises que nous réserve cette expérimentation scientifique », glissait Sabina Griffith, responsable des communications, sur site depuis près de vingt ans. « Il y a deux ans que l’on a reformulé le calendrier à la suite de quelques problèmes, dont on a parlé [plusieurs fois dans la presse, ndlr.]. Mais ces deux dernières années, on a accéléré, rapporte Pietro Barabaschi, directeur général d’Iter. On a implémenté 102% du calendrier, et gagné sur des chemins critiques. On a gagné sept semaines. On marche vite, j’en suis très content : on a trouvé notre formule. Le projet n’était pas au début exemplaire, il avait ses raisons, internationales notamment. La politique, les compromis, sont importants, mais il faut aussi faire les compromis justes. »

    Le programme Meitner lancé

    Le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et Iter accueilleront, dès 2026, la première session européenne du programme Lise Meitner, impulsé par l’AIEA. Un programme destiné à élever les femmes dans les postes importants du nucléaire. 15 participantes bénéficieront de deux semaines de formation sur les sites de Iter et au CEA. « Un signal important pour les jeunes femmes : celui d’oser se projeter dans des carrières dans le domaine du nucléaire », soulignait Anne-Isabelle Etienvre, administratrice générale du CEA.

  • [Entretien] He Youlin : « La Chine et les États-Unis doivent être partenaires et amis »

    [Entretien] He Youlin : « La Chine et les États-Unis doivent être partenaires et amis »

    La Marseillaise : Dans un monde secoué par les conflits, que retenez-vous de la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping ?

    He Youlin : La rencontre du Président Xi Jinping avec le Président américain Donald Trump à Busan en Corée du Sud, a attiré l’attention du monde entier, leur dernière rencontre remonte à 6 ans. Ce premier tête-à-tête des deux chefs d’État depuis l’entrée en fonction du nouveau gouvernement américain marque le retour sur la voie du dialogue des dossiers économiques et commerciaux sino-américains. La Chine et les États-Unis doivent être partenaires et amis. C’est un enseignement de l’histoire et une nécessité réelle. Les deux chefs d’État sont convenus de poursuivre des interactions régulières. Le Président Trump a exprimé son souhait de visiter la Chine dans les premiers mois de l’année prochaine et invité le Président Xi Jinping à effectuer une visite aux États-Unis.

    Avant cette rencontre, le PCC a défini les contours du prochain plan quinquennal. Quels en sont les objectifs ?

    H.Y. : Le quatrième plénum du 20e comité central du Parti communiste chinois s’est tenu avec succès à Beijing. Le plénum a défini l’orientation historique du développement de la Chine pour les cinq ans à venir. Pendant la période du 14e plan quinquennal, la Chine a enregistré de nouveaux progrès pionniers, des réformes profondes et des réalisations historiques dans son développement économique et social. Au cours de ces cinq années, la puissance économique, la puissance technologique et la puissance globale de la Chine ont atteint de nouveaux paliers, avec une augmentation attendue du PIB d’environ 4 200 milliards d’euros par rapport à celui de cinq ans auparavant, le volume PIB de l’année 2025 est estimé à 17 000 milliards d’euros. Pour la période du 15e Plan quinquennal, l’économie chinoise, avec ses bases solides, ses nombreux atouts, sa grande résilience et son énorme potentiel, verra ses conditions de soutien et sa tendance fondamentale à long terme rester inchangées. La Chine transformera ses atouts en une efficacité réelle pour un développement de haute qualité.

    Quelles implications pour le reste du monde ?

    H.Y. : Le plénum a envoyé un signal positif selon lequel la Chine est prête à continuer à partager les opportunités et à promouvoir le développement avec tous les pays. Nous avons clairement indiqué qu’il fallait élargir régulièrement l’ouverture institutionnelle, sauvegarder le système commercial multilatéral et étendre la circulation internationale ; élargir activement l’ouverture autonome, promouvoir l’innovation et le développement du commerce, étendre l’espace de coopération en matière d’investissements dans les deux sens, et construire ensemble une initiative « la ceinture et la route » de qualité [les nouvelles routes de la soie, Ndlr]. Ces dispositions démontrent pleinement la ferme détermination et la confiance de la Chine à élargir son ouverture de haut niveau. Le développement de la Chine injectera inévitablement plus de certitude et d’énergie positive dans le monde.

    Elle fournira plus de sagesse et de solutions chinoises au monde, partagera les opportunités et se développera ensemble avec tous les pays du monde, y compris la France, promouvra une multipolarisation mondiale égalitaire et ordonnée et une mondialisation économique inclusive et bénéfique pour tous, et contribuera à la construction d’une communauté de destin pour l’humanité.

    Comment, dans ce contexte, envisagez-vous votre mission dans le Sud de la France ?

    H.Y. : Cette année marque le 40e anniversaire de l’établissement du Consulat général de Chine à Marseille. Notre Consulat s’est toujours engagé à développer les relations de coopération amicale entre le Sud de la France et la Chine. Nous continuerons à forger l’amitié, à promouvoir activement les coopérations gagnant-gagnant dans divers domaines tels que le commerce et l’investissement bilatéraux, les sciences et technologies, l’éducation, la culture, le tourisme, la connectivité et le développement durable, et à accorder une attention particulière au rôle de la finance dans le renforcement de la coopération bilatérale, afin d’accompagner le Sud de la France à mieux profiter des nouvelles opportunités offertes par le nouveau développement de la Chine et à apporter de nouvelles contributions à l’édification d’un partenariat global stratégique sino-français plus solide et plus dynamique.

  • Les nouveaux dirigeants syriens reçus par Poutine

    Les nouveaux dirigeants syriens reçus par Poutine

    Les sourires cachent-ils de sourdes tensions ? Devant les caméras, Vladimir Poutine a accueilli chaleureusement Ahmad al-Chareh au Kremlin tandis qu’en coulisses un responsable syrien a affirmé à l’AFP que Damas allait demander à Moscou de livrer Bachar al-Assad, réfugié avec sa famille en Russie depuis sa fuite de Syrie en décembre 2024.

    « Au cours de toutes ces décennies, nous avons toujours été guidés par une seule chose : les intérêts du peuple syrien. Nous avons vraiment des liens très profonds avec le peuple syrien », a déclaré Vladimir Poutine, aux côtés du dirigeant syrien, lors de cet accueil filmé par la télévision d’État russe. Il a affirmé que plus de 4 000 jeunes Syriens étudiaient actuellement en Russie, disant espérer qu’ils renforceront à l’avenir « l’État syrien ». « Nous sommes très heureux de vous voir. Bienvenue en Russie », a conclu Vladimir Poutine.

    Pour sa part, Ahmad al-Chareh, accompagné d’une délégation de hauts responsables syriens, a dit vouloir « redéfinir » les relations Damas-Moscou, tout en saluant également « des liens historiques anciens » entre la Syrie et la Russie et les « intérêts communs » entre les deux pays. « Nous respectons tous les accords précédents et cette grande histoire et nous essayons de restaurer et de redéfinir d’une nouvelle manière la nature de ces relations afin que la Syrie puisse jouir de son indépendance, de sa souveraineté, ainsi que de son unité et de son intégrité territoriales (…) de sa sécurité et de sa stabilité », a-t-il ajouté. Moscou avait participé à la guerre que Bachar a menée contre son peuple. Mais pour le nouveau dirigeant syrien, son pays ne peut tourner le dos à la Russie. Il a ainsi précisé qu’une partie des besoins alimentaires de la Syrie dépendaient de « la production russe » et que « de nombreuses centrales » électriques syriennes ont besoin de « l’expertise russe ».

    Après la rencontre, qui a duré deux heures trente selon des médias russes, le vice-ministre russe Alexandre Novak a affirmé que les délégations avaient discuté de la livraison d’aide humanitaire à Damas, ainsi que de projets dans les domaines de l’énergie, des transports, du tourisme, de la santé et de la culture. Selon M. Novak, la Russie est prête à participer à la reconstruction de la Syrie, ravagée par près de 14 ans d’une guerre déclenchée en 2011 par la répression de manifestations prodémocratie. Moscou est aussi prêt à travailler dans le secteur pétrolier syrien : « Il y a des gisements qui nécessitent d’être développés, d’autres en sommeil, et de nouveaux gisements. Nous sommes prêts également à participer », a-t-il déclaré, cité par l’agence Ria Novosti.

    Quel avenir pour les bases militaires russes ?

    Plus tôt mercredi, un responsable gouvernemental syrien ayant requis l’anonymat a affirmé à l’AFP que Damas demanderait à Moscou lors de cette visite de livrer Bachar al-Assad et « tous ceux » ayant commis des « crimes de guerre » et se trouvant en Russie. En fin d’après-midi, aucun dirigeant russe ou syrien n’avait évoqué publiquement cette question. Lundi, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait réaffirmé que Moscou avait offert à Bachar al-Assad et sa famille l’asile pour « des raisons purement humanitaires ».

    Outre le sort de l’ex-dirigeant syrien, se pose celui des bases militaires russes de Tartous et de Hmeimim, situées sur la côte méditerranéenne, et qui constituent les seuls avant-postes militaires officiels de la Russie en dehors de l’ex-URSS.

  • [Entretien] « Il faut revenir nécessairement à la diplomatie »

    [Entretien] « Il faut revenir nécessairement à la diplomatie »

    La Marseillaise : Quel est l’objet de cette rencontre entre
    le président français et
    le chancelier allemand
    ?

    Pierre Daspre : Les discussions porteront sur différents dossiers, parmi lesquels la défense nationale ou encore la productivité, le marché du travail, l’emploi des jeunes et des seniors. Dans le contexte explosif de la situation internationale, avec les dizaines de conflits de par le monde (Palestine, Ukraine, Sahara occidental, Soudan…), les deux grands pays européens peuvent prendre des décisions d’une grande importance. à la tête des deux nations, les forces de guerre l’emportent largement en ce moment sur les forces de paix. Il faut revenir nécessairement à la diplomatie et arrêter les développements des alliances militaires agressives.

    Quel message doit porter la France lors de cette réunion ?

    P.Da. : La France, qui siège au conseil de sécurité de l’ONU, doit s’engager sur le chemin de la paix partout dans le monde et cesser d’alimenter le commerce des armes. Elle est devenue le 3e exportateur mondial. Elle doit agir pour la non-prolifération des armes nucléaires. La France doit sortir de l’Otan et tisser des relations bilatérales avec les Brics [puissances émergentes comme le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine, Ndlr]. Elle doit montrer l’exemple à nos partenaires allemands en recentrant sa stratégie sur la défense du territoire national de façon souveraine. Plus que jamais la France et l’Allemagne doivent agir pour que le droit international soit respecté.

    Cette question de la défense européenne surgit en plein débat budgétaire…

    P.Da. : Les deux peuples n’ont aucun intérêt à l’augmentation exponentielle des budgets militaires. L’économie allemande est déjà en récession depuis plusieurs mois, les services publics sont mis à mal dans nos deux pays. Il faut tourner le dos aux choix politiques d’une économie ultralibérale, à la restriction des dépenses publiques. Les deux pays ne peuvent pas continuer à pressurer leur population en détruisant les protections sociales, en comprimant les salaires tout en multipliant les cadeaux aux plus fortunés ou encore en fermant les services publics pour « économiser » tout en dépensant sans limites pour développer leurs armées.

  • Conflit en Ukraine : Trump pousse pour un compromis, Macron doute de Poutine

    Conflit en Ukraine : Trump pousse pour un compromis, Macron doute de Poutine

    La Marseillaise : Le président ukrainien est attendu, ce lundi à Washington, après la réunion de la coalition « des volontaires », organisée dimanche. La rencontre Trump-Poutine a accéléré les choses ?

    Jean de Gliniasty : Très peu d’informations ont filtré sur la teneur des propos échangés entre Donald Trump et Vladimir Poutine. L’invitation à Washington envoyée par Trump à Volodymyr Zelensky, pour lui faire part des résultats de ces entretiens, est notable. Il veut lui mettre le marché en main. Les propositions du président américain sont toujours les mêmes : on s’arrête sur les lignes de front, l’Ukraine n’entre pas dans l’Otan, la Russie garde – sans reconnaissance internationale – les territoires qu’elle occupe déjà, on lève les sanctions et on commence une nouvelle période. Cela s’est un peu affiné depuis, avec l’idée d’échange de territoires. Selon un grand quotidien [New York Times ndlr], les Russes auraient manifesté leur disponibilité pour, en échange de la récupération de l’ensemble du Donetsk, geler les lignes de front à Zaporijjia et Kherson. Ce qui signifie sacrifier leurs ambitions et renoncer à des territoires qui sont formellement annexés à la Russie par la Constitution russe. On voit déjà se profiler une possibilité de compromis. Avant de partir pour Washington, Zelensky a dit qu’il allait là-bas pour négocier les détails. Cela veut dire qu’il y a un semblant d’accord, ou en tout cas qu’il est prêt à des concessions territoriales. Il n’est pas exclu que, comme l’a dit Trump lui-même, les choses aillent plus vite qu’on ne le croit, avec cette idée de réunir un sommet tripartite vendredi. Mais, peut-être n’est-ce pour Trump qu’une façon de prendre ses désirs pour des réalités.

    Pourquoi Trump est-il revenu sur l’exigence d’un cessez-le-feu et parle désormais d’accord de paix ?

    J.d.G. : Trump n’a jamais été très favorable au cessez-le-feu, qui est une demande des Ukrainiens, appuyés par les Européens. Ils ont obtenu de lui, à la veille de la réunion de l’Alaska, qu’il mette le cessez-le-feu au premier rang de ses priorités. La volonté de Trump, c’est plutôt de faire la paix, un cessez-le-feu, c’est une solution transitoire qu’il considère comme insuffisante pour son palmarès. Les Russes eux-mêmes n’ont aucun intérêt au cessez-le-feu, puisqu’ils ont l’avantage sur le terrain. C’est plutôt une demande ukrainienne pour geler une situation qui commence à leur échapper un petit peu, moins qu’on le dit, mais quand même. Les Russes ont toujours dit qu’un cessez-le-feu ne pouvait être concevable que si les Européens surtout, mais aussi les Américains, s’abstenaient pendant cette période de continuer à réarmer l’Ukraine. Ils ne veulent pas que ce cessez-le-feu serve de répit pour les forces ukrainiennes.

    Trump semble vouloir aller vite. Quel est son objectif ?

    J.d.G. : Trump a utilisé la carotte et le bâton. Le bâton, c’était la perspective de sanctions auxquelles il a dit lui-même ne pas croire beaucoup. Pour Trump, ce sont des mesures qui gênent le développement des relations économiques et qui, parfois, font le jeu des concurrents des États-Unis. Si l’on prend, par exemple, les sanctions secondaires imposées à l’Inde et à la Chine s’ils continuent à importer du pétrole russe, c’est une idée dont beaucoup d’experts pensent qu’elle se retournera contre les intérêts des États-Unis. Et pour cause, la Chine envisage des mesures de rétorsion et n’envisage pas de renoncer à l’achat de pétrole russe. La priorité de Trump, c’est de rétablir la relation économique dans tous les domaines avec la Russie, avec l’exploitation de l’Arctique, le développement de la coopération en matière énergétique, notamment l’uranium, le pétrole, ensuite les métaux rares ainsi que la coopération spatiale. Il estime que c’est l’intérêt des États-Unis, qu’ils ne doivent pas se priver d’immenses marchés que représente la Russie.

    Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a été vu en Alaska avec un pull floqué « URSS ». Faut-il y voir un message ?

    J.d.G. : C’est un symbole assez fort. Dans les grands sommets russo-américains qui avaient lieu du temps de l’URSS, c’était une période bénie, si je puis dire, pour la Russie soviétique, qui était l’interlocuteur principal des États-Unis.

    Le président ukrainien est attendu, ce lundi, à Washington. À ses côtés, une flopée de dirigeants feront le déplacement : la présidente de la Commission européenne, le Président français, le chancelier allemand, la Première ministre italienne, le Premier ministre britannique, le président finlandais et le chef de l’Otan. Cette décision a été annoncée la veille, avant une visioconférence de la « coalition des volontaires », visant à examiner ce que pourraient être les contours d’un éventuel accord de paix entre l’Ukraine et la Russie, après le sommet Trump-Poutine, en Alaska, qui n’a débouché sur aucune annonce concrète.