Tag: Destruction

  • Une des sept arches enfin restituée sur SeaOne

    Une des sept arches enfin restituée sur SeaOne

    Huit ans après la destruction scandaleuse des sept arches encastrées dans un mur de l’ancienne usine Giraudon que le promoteur Sud Rea s’était engagé à démonter soigneusement « pierre par pierre » pour les restituer en façade de l’immeuble de standing SesAone dessiné par Ricciotti, une arche vient enfin d’être remontée cette semaine.

    Suivant les injonctions de l’Architecte des bâtiments de France dans le 5e modificatif du permis de construire, l’arche a été remontée à partir de blocs de pierre retaillée que le promoteur stockait depuis des années sur le parking de sa société près d’Aubagne. Les recherches historiques menées sur le site du second lazaret de Marseille ont déconstruit la légende qu’il s’agissait des arcades des écuries de l’Impératrice Eugénie. Selon l’archéologue anthropologue Nathalie Cazals, ce sont les vestiges du projet lancé en 1858 du premier complexe balnéaire dessiné par Henry-Jacques Espérandieu et avorté en 1870 avec la chute de l’Empire, comme l’a dévoilé un dessin de l’architecte retrouvé aux archives.

    Cette restitution a minima d’une arche était un des points traités par le protocole transactionnel signé le 3 juin 2024 entre la Ville et le promoteur Hubert Attali au terme d’une médiation après le constat d’infractions à l’urbanisme et de différends sur l’interface avec la plage. L’arche se fond dans l’ensemble, les pierres ont été retaillées après avoir été abîmées lors de la démolition brutale du 7 novembre 2018. La pierre a depuis séché et ne devrait pas produire ce calcin qui colore la surface.

    Cachées par des barrières métalliques séparant la plage de l’immeuble, d’autres arcades ont été mises en sécurité. Il s’agit de celles sur laquelle reposait la grande dalle de béton de 1 370m2 qui a été déconstruite et qui correspondait à l’ancien établissement « Le Réal Club » rasé en 2015. Cette arcature de 1860 doit être également préservée ou au moins restituée suivant l’état de certaines arcades dans le cadre du « projet de valorisation globale de l’anse des Catalans » lancé sous Jean-Claude Gaudin et repris par Benoît Payan. « On conserve les arches parce qu’elles dessinent la plage et qu’elles sont la mémoire historique des lieux. C’est une attente forte des architectes des bâtiments de France et nous y tenons » déclarait en février 2021 Hervé Menchon, l’adjoint au littoral.

  • Des logements sociaux dans l’ancien chai Cazel à Septèmes

    Des logements sociaux dans l’ancien chai Cazel à Septèmes

    Le bailleur social Logis Méditerranée programme la création d’un immeuble de 20 logements sociaux et d’un équipement d’intérêt collectif à Septèmes-les-Vallons dans l’ancien chai Cazel jeune à l’abandon. Un projet de reconversion de ce vieux commerce de vin très attendu dans le contexte où la commune rattrape sa carence en logements sociaux avec un taux qui se situe déjà à 18% contre 25% attendus par la loi SRU.

    Cet ancien bâtiment a été racheté par l’Établissement public foncier Paca à la demande de la commune. Il est au cœur du centre ancien, le long de l’avenue du 8-Mai 1945. Ce n’est pas le premier projet porté par la commune qui a inauguré lundi dernier la fin de la réhabilitation de 20 logements sociaux répartis sur 6 sites du centre ancien. 9 autres logements sociaux seront encore livrés en décembre dans l’ancienne bastide Val Fleuri, chemin de la Bédoule.

    Pour l’ancien chai Cazel, il s’agit d’insérer dans ce bâtiment proto-industriel 12 logements sociaux, d’en créer 8 autres sur un nouveau bâtiment au sud, d’y adjoindre en rez-de-chaussée un local d’activité de 203 m² dont la destination et de créer 28 places de stationnements en sous-sol tout en conservant le jardin. « On réhabilite, on travaille sur les friches inutilisées » explique Sophie Celton (PCF), première adjointe. « On est aussi au démarrage de la reconversion de l’ancienne friche Duclos avec 350 logements attendus dont 40% de logements sociaux. Ce nouveau quartier va permettre d’éviter une dent creuse entre le centre-ville ancien et le quartier des Caillols. Et sur l’ancien chai, on garde l’histoire de ce bâtiment », se réjouit-elle. Dans quelle proportion conserver cette histoire ? Alertée par des habitants, Sites & Monuments a demandé au maire de retirer ce permis, certes purgé de tout recours, mais qui a enjambé allègrement trois avis défavorables consécutifs de l’Architecte des bâtiments de France (ABF) des 2 avril, 30 juin et 31 juillet 2025 qui ne sont même pas mentionnés aux visas de l’arrêté accordant le permis. Or l’ABF est en avis conforme pour cet édifice en covisiblité avec un monument historique, la cheminée-colonne qui domine la commune. Aussi, l’association a saisi la ministre de la Culture d’une demande d’instance de classement le temps de « trouver une solution alternative ».

    « La destruction de la toiture et de la façade nord de cet édifice à fort caractère patrimonial, alliant bâtiment proto-industriel et maison de maître, revenant à une démolition quasi totale, altérerait les abords proches de la cheminée-colonne dont elle est contemporaine », écrit en effet l’ABF dont le dernier avis concluait qu’« un projet de reconversion plus respectueux du caractère patrimonial et historique du lieu formant abords du monument historique serait susceptible de recevoir un avis favorable ».

    « On est au point d’équilibre entre la protection, les enjeux d’avenir et la forme urbaine », assure Patrick Magro (PCF), conseiller municipal délégué à l’histoire et à la mémoire locale. Il est à l’origine de la protection au PLUi de la façade et de la grille du chai. À ses yeux, le projet est dans « le respect absolu de la façade principale qui sera à l’identique de ce qu’elle était historiquement et aussi de la grille. Avec ce projet, on laisse une vraie trace de la mémoire. » Tant pis si la toiture et la façade arrière doivent être détruites. D’ajouter : « L’intégrisme ne vaut rien sur ces questions. On a sauvé cet édifice qui aurait pu devenir une ruine ou être livré au squat en le faisant protéger et acquérir par l’EPF pour du logement social. Et en plus on a pris la décision politique de ne pas artificialiser le jardin dans le respect total de l’objectif du zéro artificialisation nette. »

  • L’hommage à Georges Aillaud

    L’hommage à Georges Aillaud

    « Papa aurait été très ému de voir tant de monde dans ce qui a été ici sa deuxième maison », a dit sa fille Isabelle Aillaud, qui a rappelé sa carrière de ce botaniste, spécialiste de la morphogenèse végétale à la faculté des sciences de Saint-Charles. Profondément humaniste, érudit d’une rare gentillesse, Georges Aillaud a mené des combats pour la préservation de la nature et du patrimoine historique, dénoncé en 2003 la destruction de la Memoria de la rue Malaval, un site majeur avec 228 sarcophages du IVe siècle. Il avait mobilisé contre l’écocide de 300 pins d’Alep par Kedge à Luminy, en 2017, et dénoncé le saccage par Vinci de la Carrière antique de la Corderie.

    Le président du Comité, Yves Davin, a rappelé qu’il a permis le classement du marégraphe de la Corniche, de la salle de banquet grec mise au jour rue des Martégales et du phare de Planier. L’historien Georges Reynaud a souligné l’éminent ouvrage collectif publié sous sa direction en 2011 Marseille un terroir et ses bastides.

  • La Valette en Action fustige des carences de sécurité

    La Valette en Action fustige des carences de sécurité

    Le parvis et les bâtiments de l’espace culturel Albert-Camus fleurent bon les années 1970. Problème : 61 ans après sa construction, en 1964, la vétusté du lieu, symbolisée d’emblée par la piscine désaffectée qui se trouve devant, n’apparaît pas moins éloquente lorsqu’on pénètre dans l’enceinte. L’humidité a gagné murs et plafonds et l’accueil du public n’est pas au niveau des attentes, notamment pour les personnes à mobilité réduite, qui ne bénéficient que d’un simple monte-charge menant à un parking… fermé depuis 2021 pour des risques de départ de feu.

    Signalements au procureur et au préfet

    En 2020, la commission communale de sécurité avait préconisé la fermeture de plusieurs ERP sur ces lieux : la médiathèque, le cinéma-théâtre, les archives, le parking et les salles Costagutta et Henri-Guérin, comme en témoignent les procès-verbaux, rédigés par des membres du Sdis. En 2024, une nouvelle commission a confirmé ces constats. Mais ces PV, « dont on a eu connaissance qu’il y a dix jours », indiquent Olivier Lutersztejn et Lucien Lesur, conseillers municipaux La Valette en Action, n’ont qu’une valeur consultative. Les lieux restent donc ouverts, exceptés le parking et les archives. La mairie précise avoir réduit « la jauge du cinéma à 50% », renforcé le personnel de sécurité et réalisé des travaux (mur coupe-feu et isolation des installations électriques du parking, changement des portes de secours, révision des installations électriques et du désenfumage).

    Du côté de La Valette en Action, on milite pour la destruction de l’édifice – que la mairie prévoit de rénover pour un montant de 12 M d’euros – et le transfert des activités vers d’autres lieux. « Au vu de la situation, nous quittons le jury du comité de réhabilitation. Tout est à revoir. Il y a de l’amiante et du plomb partout, et avec les fuites d’eau et les installations électriques vétustes, le risque d’incendie est majeur, et les alarmes n’étant pas reliées entre elles, s’il y a le feu au parking, elles ne sonnent pas au cinéma. De plus, le seul accès au cinéma-théâtre n’est pas conforme à la loi handicap de 2005 », détaillent d’une seule voix les deux conseillers municipaux. « Des experts ont étudié les PV et nous ont dit qu’on pourrait déposer une plainte pour mise en danger de la vie d’autrui », précisent-ils, ce qu’ils ne feront pas, préférant d’abord réaliser un signalement au procureur de la République de Toulon et au préfet du Var.

  • [Exclusif] Les contrats d’Eurolinks avec Israël jugés à Marseille

    [Exclusif] Les contrats d’Eurolinks avec Israël jugés à Marseille

    Le fabricant marseillais de maillons pour munition, Eurolinks, est assigné depuis la semaine dernière en justice à Marseille par l’association des Juristes pour le respect du droit international (Jurdi). Cette équipe de juristes chevronnés soulève la nullité du contrat de livraison passé avec deux entreprises israéliennes d’armement, IMI Systems, filiale du groupe de défense israélienne Elbit systems, prestataire du ministère de la Défense de l’État hébreu, en raison des violations du droit international et du risque génocidaire dans sa réponse aux attaques terroristes du Hamas du 7 octobre 2023.

    « Au regard de l’ampleur et le schéma des attaques menées par les forces israéliennes en violation du droit international pénal et du droit international humanitaire, il existe un risque extrêmement élevé que des composants, et au surplus des armes, livrés à des sociétés liées par une relation commerciale avec l’État d’Israël, soient utilisés en violation du droit international », dénonce l’assignation consultée par La Marseillaise qui cible la société Eurolinks installée dans la ZAC de Château-Gombert (13e).

    Jurdi plaidera directement au fond à l’audience fixée au 23 mars 2026 devant le tribunal judiciaire de Marseille. Ces juristes considèrent que les contrats passés par Eurolinks avec ces sociétés israéliennes sont « contraires à l’ordre public français » et demanderont au juge de constater la faute civile de la société et de prononcer l’annulation des contrats, sous astreinte de 50 000 euros par infraction constatée. « On ne peut fournir des armes à un État alors qu’il est en train de commettre des crimes internationaux. C’est évidemment contraire à l’ordre public français. Nous rappelons qu’il y a eu plus de 68 000 morts et 172 000 blessés dans la bande de Gaza » explique à La Marseillaise le magistrat Ghislain Poissonnier, vice-président chargé du contentieux stratégique à Jurdi.

    « L’ordre public français n’accepte pas des contrats qui portent atteinte à la dignité et à la vie humaine, à la santé publique, à la sécurité des êtres humains. On veut transposer cette idée reconnue en général par la jurisprudence aux fournitures d’armes d’un pays qui commet des crimes internationaux », ajoute le juriste interrogé lundi. « Nous irons si besoin en appel et éventuellement devant la Cour de cassation et la Cour européenne des Droits de l’homme, car on ne peut pas à la fois signer des traités internationaux disant qu’on va lutter contre le génocide et livrer des armes à un État qui est soupçonné de commettre des crimes internationaux. »

    La Ligue des Droits de l’homme a été la première à porter plainte en juin mais au pénal avec constitution de partie civile devant le tribunal de Paris contre ses sociétés qu’elle accuse de complicité de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, de crime de génocide dans ce qui serait une « politique intentionnelle de destruction de la société palestinienne » selon les mots de deux ONG israéliennes et alors que la Cour internationale de justice estime depuis janvier 2024 qu’il existe un « risque plausible de génocide ».

    Ces assignations font suite aux enquêtes des médias Disclose et Marsactu qui ont révélé l’expédition le 23 octobre 2023 par la société Eurolinks d’au moins 800 kg de maillons pour armes automatiques à destination d’Israël, puis l’escale d’un cargo israélien le 5 juin dernier à Fos-sur-Mer. Les dockers de Fos avaient alors bloqué les opérations destinées à embarquer en secret 14 tonnes des composants essentiels aux fusils-mitrailleurs de l’armée israélienne et fabriqués dans l’usine de Château Gombert.

    Contactée pour réagir, Eurolinks n’a pas donné suite.

  • Les conseils citoyens veulent peser sur la rénovation urbaine

    Les conseils citoyens veulent peser sur la rénovation urbaine

    Pour les dix ans de leur création à Marseille, les conseils citoyens, réunis depuis 2020 en une fédération pour répondre au retrait progressif de l’État et de la Métropole, ont profité de la tenue des Rendez-vous annuels du logement pour faire entendre leur voix. Réunissant à parité habitants et acteurs locaux (associations, commerçants…) des Quartiers politique de la ville, ce dispositif a été créé par la loi Lamy (2014) pour porter la parole citoyenne au cœur de l’élaboration des politiques publiques, à travers un dialogue avec les institutions et un suivi des projets du contrat de ville.

    « Pas un simple slogan »

    « Le conseil citoyen n’est pas une association classique, c’est une instance de démocratie participative créée par la loi qui est censée être incontournable », rappelle ainsi Guy Luchesi, membre du conseil du 14e. Mais, malgré cette reconnaissance légale, la réalité est tout autre. « Vous n’êtes pas une association, vous n’êtes pas reconnus, nous a dit récemment un bailleur », déplore Anissa Bouanani, des Escourtines (11e). « On ne nous donne aucuns moyens. Depuis dix ans, personne n’a joué le jeu, alors que la loi précise que ce doit être inscrit dans le contrat de ville », reprend Pierre Luchesi. Ni locaux, ni financements malgré deux décrets réaffirmant en 2024 leur rôle central. « Je ne parle pas de subventions, mais de l’argent de la politique de la Ville pour nous permettre d’assumer notre autonomie. »

    À l’origine, à Marseille, dix conseils citoyens couvraient les 35 quartiers prioritaires. Ils sont aujourd’hui 16, fruits d’un redécoupage géographique autour des « lieux de vie », initié par les citoyens concernés, habitants, associations de locataires, parents d’élèves, CIQ, tables de quartiers…

    Ce « plan de relance » intervient alors que les chantiers de rénovation urbaine lancés sur la ville laissent déjà poindre des dysfonctionnements dans la prise en charge des habitants. Comme d’autres, Rachida Haddouche (la Cabucelle), regrette, par exemple, « l’absence de maisons de projet », censées faire participer les habitants à l’amélioration de leur cadre de vie. « La participation citoyenne ne doit pas être un simple slogan, mais une réalité concrète à chaque étape du projet », abonde Fatiha Ziani, de Frais Vallon (13e).

    à Marseille, près de 2 700 logements sociaux sont en cours de démolition, plus de 6 000 logements sont en réhabilitation et 1 000 logements du parc privé font l’objet d’interventions lourdes, selon les chiffres de la Ville. « Il n’y a pas assez de programmes neufs qui sortent. Les campagnes de destruction sur les dix quartiers en renouvellement urbain vont démarrer, on va se retrouver dans une impasse », reprend Pierre Luchesi. « On va sortir de la période de négociation. Les habitants, aujourd’hui, sont protégés par une charte, mais après, le droit commun s’appliquera : ce sera trois propositions et au revoir… »