Tag: démolition

  • [Rétrospective logement 2025 1/2] Un combat avec des hauts et des couacs

    [Rétrospective logement 2025 1/2] Un combat avec des hauts et des couacs

    La SPLA-IN remet debout ses premiers immeubles

    La société publique locale d’aménagement d’intérêt national Aix-Marseille-Provence a réceptionné en ce dernier trimestre 2025 les travaux de gros œuvre des 34, 36, 38 et 40, rue Jean-Roque (6e) à Noailles. Désormais, le second œuvre (sols, cloisons, plomberie, électricité) est lancé pour y aménager 16 logements sociaux confiés au bailleur Vilogia. Le gros œuvre se termine au 50-52, rue de la Joliette. D’autres chantiers des deux premiers appels à manifestations d’intérêt ont démarré au 30, rue du Musée, 4, 6 et 7, rue Nationale, 23, rue des Petites Maries, 28, montée des Accoules, 1 et 2, rue Puits Baussenque, 1, rue Porte Baussenque. La livraison des premiers immeubles entièrement réhabilités interviendra à l’automne 2026. Les travaux de démolition de la pointe de l’îlot Hoche Kléber (80 au 88, rue Hoche et 107/109, rue Kléber prolongée) vont débuter. La démolition est achevée des immeubles irrécupérables des 166, 168, 170, rue Félix-Pyat et des 33, 35, 37, rue Hoche.

    Après avoir élaboré
    un modèle
    d’intervention réplicable qui satisfait les exigences architecturales, patrimoniales, environnementales, la SPLA-IN détenue à 59% par l’État, 35% par la Métropole et 6% par la Ville de Marseille, est désormais totalement lancée dans l’opérationnel pour recycler 182 immeubles dont 116 immeubles sur les quatre îlots prioritaires démonstrateurs, couvrant plus de 17 hectares de terrain. Son budget prévisionnel reste à 256 millions d’euros. « C’est une cordée, une chaîne d’acteurs, un modèle unique et innovant. On créé une nouvelle grammaire de la réhabilitation du centre de Marseille », résumait Franck Caro, le directeur général de la SPLA-IN en guidant la ministre du Logement, Valérie Létard, sur ses chantiers.

    Ce mois-ci, alors que le lieu-ressource est en cours d’aménagement sur le site des effondrements du 5 novembre 2018 et que le 61, rue d’Aubagne a été conforté, que le 69 a été démoli, le marché unique de travaux est lancé pour la réhabilitation des huit immeubles au 61, 71, 73, 75, 77, 79, 81 et 83, rue d’Aubagne. La signature des marchés est prévue pour mars 2026 avec un calendrier de 17 mois de travaux et une réception attendue en juillet 2027. Lauréat du second appel à manifestations d’intérêt, le bailleur social Erilia prendra en charge, en co-maîtrise d’ouvrage, la réhabilitation des immeubles du n°71 au n°83 pour produire 24 logements sociaux majoritairement en PLAI.

    Rue d’Aubagne : un jugement incompris

    Le procès qui s’est tenu du 7 novembre au 18 décembre 2024 a été à la mesure de l’onde de choc politique et humaine que continue de susciter ce drame historique de l’habitat indigne. 12 personnes et 4 sociétés ont fait face durant 6 semaines à leurs juges dans ce procès hors-norme pour rendre justice aux huit victimes de la rue d’Aubagne. Mais le délibéré rendu le 6 juillet 2025 a été une douche froide pour les familles. Les 102 parties civiles n’ont pas compris certaines relaxes ni la tiédeur des peines infligées alors que la faillite de toute la chaîne des responsabilités a été pleinement démontrée lors des débats. L’incurie systémique des propriétaires, du syndic, des agents municipaux, de l’expert judiciaire, du bailleur public, avait pourtant sauté aux yeux. Le procès en appel est d’ores et déjà très attendu. Il se tiendra du 2 novembre au 19 décembre 2026 dans la salle bien nommée des procès hors-norme de la caserne du Muy.

    D.C.

    12 mai : les Zennou, marchands de sommeil XXL, sont condamnés

    Ce jour-là, Raphaël Zennou, 86 ans, écope de 4 ans de prison dont un an sous bracelet. Il louait plus de 60 taudis à Noailles et Belsunce aux plus vulnérables. Les comptes du couple et deux immeubles sont confisqués soit plus de 1 million d’euros. Ils ont fait appel.

    D.C.

    Airbnb, la fête est finie, Marseille est passée à l’offensive

    Après avoir fourbi ses armes, la Ville est passée cette année à l’offensive judiciaire pour tenter d’endiguer la jungle des meublés touristiques qui aggrave la crise du logement.

    Dans une ville où l’habitat dégradé frappe plus de 100 000 habitants pris au piège de 40 000 taudis, où près de 13 000 annonces de meublés touristiques fleurissent sur les plateformes en ligne dont plus de la moitié sont en violation du règlement édicté par la Ville, l’assignation exemplaire de trois multipropriétaires en infraction devant le tribunal judiciaire le 24 novembre est un tournant. Le cynisme triomphant du chirurgien de Périgueux narguant la mairie avec son « c’est Marseille bébé » était devenu intolérable, insupportable aux Marseillais qui peinent à se loger. Un des spéculateurs a même osé exploiter un meublé saisonnier dans un immeuble frappé d’un arrêté de péril.

    La Ville a réclamé une amende civile de 2,4 millions d’euros à l’encontre de trois gros propriétaires et de la conciergerie de l’un d’eux, pour n’avoir pas déclaré le changement d’usage de leurs 24 logements touristiques. Le tribunal judiciaire rendra son délibéré le 2 février 2026.

    L’arsenal réglementaire s’était considérable étoffé. La fête est finie. La municipalité a renforcé en février 2025 sa réglementation qui ne permet plus à ses investisseurs en nom propre ou via des sociétés de louer en courte durée leur soi-disant résidence secondaire, sauf à créer un logement classique en compensation dans le même secteur. Et au 1er janvier 2026, il sera interdit de louer plus de 90 jours par an contre 120 jours. 300 mises en demeure ont été adressées. L’offensive judiciaire n’est qu’à son début.

    D.C.

  • Des logements sociaux dans l’ancien chai Cazel à Septèmes

    Des logements sociaux dans l’ancien chai Cazel à Septèmes

    Le bailleur social Logis Méditerranée programme la création d’un immeuble de 20 logements sociaux et d’un équipement d’intérêt collectif à Septèmes-les-Vallons dans l’ancien chai Cazel jeune à l’abandon. Un projet de reconversion de ce vieux commerce de vin très attendu dans le contexte où la commune rattrape sa carence en logements sociaux avec un taux qui se situe déjà à 18% contre 25% attendus par la loi SRU.

    Cet ancien bâtiment a été racheté par l’Établissement public foncier Paca à la demande de la commune. Il est au cœur du centre ancien, le long de l’avenue du 8-Mai 1945. Ce n’est pas le premier projet porté par la commune qui a inauguré lundi dernier la fin de la réhabilitation de 20 logements sociaux répartis sur 6 sites du centre ancien. 9 autres logements sociaux seront encore livrés en décembre dans l’ancienne bastide Val Fleuri, chemin de la Bédoule.

    Pour l’ancien chai Cazel, il s’agit d’insérer dans ce bâtiment proto-industriel 12 logements sociaux, d’en créer 8 autres sur un nouveau bâtiment au sud, d’y adjoindre en rez-de-chaussée un local d’activité de 203 m² dont la destination et de créer 28 places de stationnements en sous-sol tout en conservant le jardin. « On réhabilite, on travaille sur les friches inutilisées » explique Sophie Celton (PCF), première adjointe. « On est aussi au démarrage de la reconversion de l’ancienne friche Duclos avec 350 logements attendus dont 40% de logements sociaux. Ce nouveau quartier va permettre d’éviter une dent creuse entre le centre-ville ancien et le quartier des Caillols. Et sur l’ancien chai, on garde l’histoire de ce bâtiment », se réjouit-elle. Dans quelle proportion conserver cette histoire ? Alertée par des habitants, Sites & Monuments a demandé au maire de retirer ce permis, certes purgé de tout recours, mais qui a enjambé allègrement trois avis défavorables consécutifs de l’Architecte des bâtiments de France (ABF) des 2 avril, 30 juin et 31 juillet 2025 qui ne sont même pas mentionnés aux visas de l’arrêté accordant le permis. Or l’ABF est en avis conforme pour cet édifice en covisiblité avec un monument historique, la cheminée-colonne qui domine la commune. Aussi, l’association a saisi la ministre de la Culture d’une demande d’instance de classement le temps de « trouver une solution alternative ».

    « La destruction de la toiture et de la façade nord de cet édifice à fort caractère patrimonial, alliant bâtiment proto-industriel et maison de maître, revenant à une démolition quasi totale, altérerait les abords proches de la cheminée-colonne dont elle est contemporaine », écrit en effet l’ABF dont le dernier avis concluait qu’« un projet de reconversion plus respectueux du caractère patrimonial et historique du lieu formant abords du monument historique serait susceptible de recevoir un avis favorable ».

    « On est au point d’équilibre entre la protection, les enjeux d’avenir et la forme urbaine », assure Patrick Magro (PCF), conseiller municipal délégué à l’histoire et à la mémoire locale. Il est à l’origine de la protection au PLUi de la façade et de la grille du chai. À ses yeux, le projet est dans « le respect absolu de la façade principale qui sera à l’identique de ce qu’elle était historiquement et aussi de la grille. Avec ce projet, on laisse une vraie trace de la mémoire. » Tant pis si la toiture et la façade arrière doivent être détruites. D’ajouter : « L’intégrisme ne vaut rien sur ces questions. On a sauvé cet édifice qui aurait pu devenir une ruine ou être livré au squat en le faisant protéger et acquérir par l’EPF pour du logement social. Et en plus on a pris la décision politique de ne pas artificialiser le jardin dans le respect total de l’objectif du zéro artificialisation nette. »

  • Les infractions à l’urbanisme et la limite des poursuites à Marseille

    Les infractions à l’urbanisme et la limite des poursuites à Marseille

    Quoi de mieux pour échapper aux poursuites que de mettre à néant la procédure. Ce fut le cas lundi devant la chambre de l’urbanisme. D’entrée, un avocat fait mouche en lançant que l’inspecteur de l’urbanisme de la Ville de Marseille a pénétré au domicile de son client et pris des photos depuis sa terrasse. « L’inspecteur de l’urbanisme n’a effectivement pas relevé votre consentement écrit pour pénétrer dans votre propriété. Il ne fait même pas état de l’accord oral donné. Le procès-verbal de constat des infractions du 14 septembre 2020 est donc nul. C’est la seule pièce du dossier. Vous êtes relaxé de toutes les infractions », doit admettre la présidente face au prévenu qui fond de bonheur.

    Venue personnellement défendre à la barre ses dossiers, la directrice de l’urbanisme de la Ville de Marseille s’incline et s’entend rappeler du tribunal que depuis la loi Elan de novembre 2018, l’article L480-17 du code de l’urbanisme stipule que « les domiciles et les locaux comportant des parties à usage d’habitation ne peuvent être visités qu’entre 6h et 21h, avec l’assentiment de l’occupant ou, à défaut, en présence d’un officier de police judiciaire (…). Cet assentiment doit faire l’objet d’une déclaration écrite de la main de l’intéressé. » Une petite note de service ?

    Un cabanon à l’Estaque

    Dossier suivant. « Je m’étais déplacé au service de l’urbanisme. On m’avait dit oralement que pour moins de 5 m², je n’avais pas besoin de déclaration préalable », explique avec une apparente bonne foi le propriétaire d’un cabanon à l’Estaque (16e). Mais l’extension de 4,95 m² réalisée début 2015 sur son cabanon de 13 m² en rez-de-jardin viole le PLUi. 4 ans plus tard, un inspecteur de l’urbanisme vient dresser un PV d’infraction. Le propriétaire tente en vain de régulariser. Le parquet débordé propose un classement sous condition mais le prévenu refuse l’amende-cadeau de 5 000 euros, arguant qu’il a saisi le tribunal administratif. Ce dernier tranche 4 ans plus tard en donnant raison à la Ville : c’est une construction nouvelle détachable du cabanon faute de porte. « Si chacun se dit que pour moins de 5 m², on peut ne pas respecter le PLUi alors plus aucune norme n’est respectée. La règle est là pour tout le monde et pour préserver notre environnement », sermonne la présidente. La directrice de l’urbanisme réclame la démolition de l’extension, « cet avantage que n’auraient pu obtenir ceux qui respectent la règle ». La plus-value de ce bien résulte aussi de l’infraction : le cabanon acheté 195 000 euros en 2011 est à vendre aujourd’hui 365 000 euros. Le tribunal a écarté la démolition, considérant la bonne foi du prévenu qui ressort de sa prise de contact initiale avec le service de l’urbanisme. C’est donc une amende de 10 000 euros calculée sur le prix au mètre carré dans le quartier.

  • La voie ouverte à « un paysage renaissant » au Petit séminaire

    La voie ouverte à « un paysage renaissant » au Petit séminaire

    C’est par le paysage que l’on va refaire du liant », est convaincu Fabien Grosjean, directeur de l’aménagement à la Métropole Aix-Marseille-Provence. Et c’est par son approche qui « part du paysage pour faire quartier » que ce projet, où une offre de 140 logements est aussi à l’œuvre, a été retenu.

    Pour autant, du liant il en existait se souvient Guy Lucchesi, président du CIQ Beaumont-Plateau (12e) qui a toujours vécu dans ce quartier. « Gitans, Arabes, Arméniens, Italiens, on était tous du Petit séminaire, on partageait l’espace, les fêtes, les décès… et puis pendant 40 ans, on a abandonné les gens, tout laissé en plan jusqu’à la dégradation complète, le squat, pour décréter la démolition de tous les bâtiments et faire partir ses derniers locataires. » Mais ce militant des quartiers populaires, attaché à son histoire, est aujourd’hui plus optimiste : sur le terrain laissé vide et devenu une décharge à ciel ouvert, les habitants ont eu leur mot à dire sur sa destination future. Les projets présentés par les trois agences d’architectes, urbanistes et paysagistes et ont été conçus sur la base d’une consultation des habitants. Mieux, dans le jury ces derniers auront voix compte double aux côtés des représentants de la Métropole et du bailleur social. Et les habitants ont souhaité que la coulée verte qui doit prendre place le long de la rue de la Maurelle, reprenne leur histoire et serve de passerelle entre ces quartiers à la croisée des 12e et 13e arrondissements, où subsiste une mixité entre habitat résidentiel ancien et grands ensembles, mais où s’exerce également une énorme pression foncière.

    Au milieu coule une rivière

    C’est tout l’intérêt de cette grande consultation Quartiers de demain, de laisser la part belle du choix d’avenir, non plus à des groupes immobiliers, mais à ceux qui les habitent tout en utilisant les ressources des sites au profit de la ville. « Nous avons travaillé comme des enquêteurs sur l’histoire et l’identité du lieu », explique Marion Talagrand. Ancienne dépendance de la zone agricole du Grand Saint-Joseph, le quartier recèle une ancienne source où l’on venait puiser l’eau, et cueillir les figues et les amandes. Oubliée et coulée sous le bitume de la route, elle devra réémerger pour devenir l’axe de la coulée verte. « L’histoire du quartier est souvent celle d’un effacement mais aussi source de possibilités », précise la fondatrice d’AMT qui a travaillé avec des écologues pour constituer un herbier. L’eau y sera mobilisée avec un système simple de digues capables de régénérer les sols et les milieux, pour redonner au site son ancienne « fonction nourricière ».

    AMT s’est encore alimenté des recherches et de la « concertation intime » conduite par André Jillovet dans le cadre d’un travail mené par le Cerfise entre 1976 et 1986. « Nous nous sommes attachés à des traces matérielles et immatérielles pour la réappropriation paysagère de ce lieu, continue Marion Talagrand, pour reformer des usages délaissés en gardant la possibilité d’aller sur d’autres formes d’activités, tout en se gardant de trop d’intensité d’activités. »

    Face à « l’approche grand paysage » de l’agence Folléa-Gautier et au « vaste parc fermé » de l’agence Ilex, le projet « paysage renaissant » d’AMT par son approche sensible et résiliente a emporté l’approbation du jury. Le projet paysager dont les travaux débuteront en 2027 doit continuer son chemin en marchant et toujours en concertation avec les habitants, préalable essentiel de l’opération nationale Quartiers de demain.

  • Un lauréat pour la coulée verte du Petit séminaire

    Un lauréat pour la coulée verte du Petit séminaire

    Pour l’heure, la seule nouveauté visible sur le site est le centre d’incendie et secours de Saint-Julien, qui s’est érigé rue de la Crédence, opérationnel depuis le 31 mars 2025. En face, le terrain vacant depuis la destruction des quatre bâtiments du Petit Séminaire, entre 2021 et 2023, doit accueillir une coulée verte en 2027.

    « Vous êtes venu il y a deux ans. On vit toujours avec les mêmes difficultés. » Le 26 juin 2023, un Marseillais avait ainsi interpellé Emmanuel Macron devant près de 350 associatifs et habitants réunis dans le stade de la cité de la Busserine. C’est dire combien les attentes en termes d’amélioration du cadre de vie sont grandes dans les quartiers populaires. Le président de la République était venu annoncer la grande consultation « Quartiers de demain », où parmi dix projets, l’avenir du Petit Séminaire doit se redessiner.

    Trente équipes (trois par site) composées d’architectes, urbanistes et paysagistes, soumettent, ce lundi, leur projet destinés à répondre aux enjeux complexes et singuliers de chacun des dix territoires pilotes à Caen, Colmar, Coulommiers, Corbeil-Essonnes, Le Mans, Lodève, Manosque, Marseille, Pessac et Sedan.

    Construite en 1959 par Georges Candilis pour résorber les bidonvilles, la cité a été la première expérience de réhabilitation urbaine de 1976 à 1986, mais son abandon et sa dégradation avancée ont conduit à la démolition des 240 logements sociaux entre 2021 et 2023. Sur ses 3,7 ha de terrain laissés vides, le long de la rue de la Maurelle, les travaux de réagencement ont déjà été estimés à 3,75 millions d’euros. Plusieurs ateliers, qui associent habitants, CIQ et associations à la réflexion, ont déjà fixé les grandes lignes du projet urbain.

    De la cité au laboratoire

    En s’appuyant sur les qualités paysagères du site, le premier axe impose la gestion des eaux pluviales et de ruissellement, tout en développant des usages à l’attention des habitants. Cette trame verte doit « favoriser l’émergence d’activités intergénérationnelles ». Est aussi prévue « une rénovation énergétique des logements subsistants et la création d’une offre résidentielle qualitative, sociale ou en accession ».

    Enfin, le projet prévoit de retravailler l’offre en équipements scolaires et socio-éducatifs, en transports en commun et en mobilités douces. L’agence Folléa-Gautier a imaginé un « vallon fertile capable d’évoluer avec celles et ceux qui l’habitent, le traversent ». Le Petit-Séminaire se fait « havre climatique », « aire de solidarité » et « port d’attache » avec l’Atelier Marion Talagrand. « Cœur de nature active et attractive au service du redéploiement urbain. Puisant dans les logiques pastorales », pour Ilex.

    Les trente projets sont dévoilés, ce lundi, à la Cité de l’architecture et du patrimoine, ainsi que les dix lauréats, par les maires des sites concernés. Ouverte au public du 3 décembre au 3 mars 2026, l’exposition des maquettes et photos de « Quartiers de demain » sera par la suite présentée sur site.

  • Sortir la rénovation du dogme des démolitions

    Sortir la rénovation du dogme des démolitions

    Devant de nombreux étudiants, architectes, enseignants et associatifs, des militants du mouvement HouseEurope! ont présenté, vendredi soir à l’IMVT, le court-métrage The Great Together, du collectif Docar. Le doc explore des exemples de transformation de grands ensembles à Rome, Vienne, Toulouse et Belgrade. HouseEurope! milite pour une architecture écologique, sociale et demande à la Commission européenne de « rendre l’industrie de la construction plus soutenable ». Moins démolir, mais rénover en améliorant l’existant.

    « L’association Un Centre-Ville Pour Tous est partenaire du projet FaireVille et du collectif Stop Démolitions ! Nous travaillons sur le manque de démocratie dans la fabrique de la ville », rappelle Hélène Froment. « Les programmes Anru (Agence nationale pour la rénovation urbaine) à Marseille prévoient près de 5 000 démolitions de logements sociaux, alors que la livraison de logements abordables ne dépasse pas 1 000 logements par an. Concernant le quartier Félix-Pyat, État et Métropole ont acté leur intention de démolir la tour B, sans prévoir aucun financement pour le relogement des 168 familles (80% en logement social et 10% propriétaires occupants). » À cela s’ajoute l’annonce du projet de démolition des deux tours de la copropriété Bel Horizon, « sans perspective de relogement abordable de proximité et sans reconstitution de l’offre locative. Les 450 ménages de ces deux ensembles pourraient être forcés à habiter loin du centre-ville ».

    « Tout ce que j’aime, les bureaux d’études lyonnais le démolissent », ironise l’urbaniste Nicolas Mémain, qui fait le deuil des « petites choses humbles » démolies. Ainsi de la chaudronnerie Arnaud rasée au 8 rue Melchior-Guinot, à Marseille (3e). « Ce bâtiment d’angle faubourien d’après-guerre était d’une beauté très simple. Son caractère, sa singularité, sa personnalité rayonnaient. On aurait pu construire autour, passer en porte-à-faux au-dessus. L’arbitrage financier a fait qu’il a été démoli. »

    Déconcentrer la pauvreté

    En ligne de mire, les bulldozers non négociables de l’Anru. « L’Anru porte le même inconscient collectif que le Second Empire, celui de ne pas revouloir la révolution avec de grandes lignes vides comme des systèmes de visée au canon. L’Anru, c’est le projet haussmannien sécuritaire, avec des sols en béton lavé, des lampadaires les plus chers qui ressemblent à des épées de Dark Vador. C’est une espèce de fiction de police parfaite qui crée des ambiances urbaines minables de traumatisme collectif. »

    « Le modèle ne change pas. Les politiques publiques sont faites pour déconcentrer la pauvreté et stimuler la production de neuf », analyse la chercheuse Lina Raad, qui constate que les 165 000 démolitions de logements sociaux du premier programme de l’Anru n’ont pas toutes été compensées. « On a un déficit net de 25 000 logements sociaux et les logements reconstruits sont plus petits et plus chers. » Une note d’optimisme avec Stéphane Labatut de l’agence 8 et demi, dont les projets démontrent qu’« on peut sauvegarder des résidences avec l’adhésion des habitants ».

  • Quel avenir pour l’écoplateforme de la centrale de Gardanne ?

    Quel avenir pour l’écoplateforme de la centrale de Gardanne ?

    Se dirige-t-on vers une transformation d’ampleur du site de la centrale thermique de Gardanne ? Après un mois de consultations des riverains et autres acteurs du territoire de Gardanne et Meyreuil, l’enquête publique sur le développement d’une « écoplateforme industrielle » s’est conclue, ce jeudi 23 octobre.

    L’objectif affiché est de réindustrialiser le site via l’exploitation des parcelles inutilisées, ou presque, de l’immense terrain ancienne centrale à charbon. « Il s’agit de dépolluer, déconstruire et viabiliser une dizaine de parcelles représentant environ 30 hectares sur l’ensemble des 73 hectares du site. Ces parcelles sont destinées à accueillir des industriels qui loueront leurs emplacements via des baux de longue durée », expose la note technique de l’enquête publique. « C’est une enquête publique sur le réaménagement du foncier, la réhabilitation du terrain. On allotit le site en faisant des parcelles dans une logique de zéro artificialisation des sols », précise Camille Jaffrelo, porte-parole de GazelEnergie. Dans le détail, la consultation du projet portait sur trois phases distinctes de travaux, avec un découpage en 18 parcelles à terme.

    La première phase se concentre sur « les travaux de viabilisation des parcelles » et la préparation des terrains avec raccordements des réseaux d’eau, télécoms… La deuxième porte sur « la démolition de la TAR (Tour Aero-Réfrigérée), un bâtiment de 65m de hauteur et 100m de diamètre, pour un coût estimé à environ 3 millions d’euros », toujours selon les documents de l’enquête publique. Même principe pour la troisième phase, avec le démantèlement de la Tranche 5, l’ancienne unité de production au charbon et de sa cheminée, estimée à plus de 30 millions d’euros. En bref, une « remise en valeur du site en vue de sa réindustrialisation et la création d’emplois », selon Camille Jaffrelo, qui table sur plus de 500 emplois directs créés à terme.

    Riverains et écolos mécontents ?

    Reste que les intentions affichées par l’industriel ne sont pas entendues de cette oreille par différents collectifs de riverains et associations de défense de l’environnement. À l’image de l’Association de lutte contre les nuisances et la pollution (ALNP, membre de FNE13) qui compte plus de 80 adhérents, dont les CIQ Ouest et Est de la cité, mais aussi le comité d’intérêt de quartier de Langarié, de Fuveau Ouest… « On craint qu’on installe une industrie et qu’une fois qu’elle est là, qu’on nous montre ce qu’elle génère, contents ou pas contents. Vous ne nous dites pas quelles industries vous mettrez, vous ne nous parlez pas des effets cumulés ? Moi, je dis non », martèle Olivier Beuret, président de l’ALNP, à l’adresse de GazelEnergie. Même ressenti du côté de Jean-Luc Le Mouel, co-président du CIQ Gardanne Est : « Si on remet 18 grosses usines par-dessus, on se tire, on s’en va ! » Et une pétition lancée en ligne contre le projet a récolté près de 1 240 signatures.

    Des inquiétudes pas légitimes aux yeux GazelEnergie : « Les critiques sur le manque de communication ne sont pas entendables… Rien n’a été fait en catimini, l’enquête publique s’est tenue normalement, avec du débat. » Et surtout, sur le fond, l’entreprise explique que le découpage en 18 parcelles n’implique pas l’arrivée de 18 projets industriels. Et encore moins l’installation de « 18 industries lourdes », selon Camille Jaffrelo. Qui insiste : « Chacun des projets qui pourrait venir s’implanter aura son propre dossier d’instruction avec les études d’impacts, de danger et effets cumulés. Mais d’abord nous devons commencer par le début : réhabiliter le terrain. » Elle évoque plus globalement des « arguments fallacieux » : « Certains expliquent que le projet de pyrogazéification porté par les salariés et l’ATCG [Association des travailleurs de la centrale de Gardanne, Ndlr.] serait un incinérateur, qu’il y aurait une scierie géante, ce sont des fake-news et ce n’est pas le sujet de l’enquête publique. »

    La CGT favorable,

    mais nuancé

    En parlant du projet des salariés, Jean-Michel Roccasalva, secrétaire général de la CGT du site, est très clair sur la position du syndicat : « On est favorable au développement industriel du site et à la création d’emplois qui ont pour vocation la production d’énergie, tant qu’ils intègrent la prise en compte de l’environnement, de la réponse aux besoins et créateurs d’emplois statutaires. » Un avis nuancé donc, d’autant que le projet porté par les salariés, Bio-Méthane Provence, aboutira « que l’écoplateforme se fasse ou non ». « Nous ne rentrons pas dans le cadre de l’enquête publique actuelle, rien ne ralentira la faisabilité de notre projet », insiste le syndicaliste.

    GazelEnergie dit plancher sur l’installation potentielle de site en lien avec « des batteries électriques, datacenter et, en parallèle, la pose d’ombrières solaires sur les parkings actuels ». Si « rien n’est acté pour l’heure », l’entreprise vise des projets industriels « légers ».

  • [Entretien] « Lever les yeux sur des objets ordinaires qui recèlent des histoires édifiantes »

    [Entretien] « Lever les yeux sur des objets ordinaires qui recèlent des histoires édifiantes »

    La Marseillaise : Quelles vertus ont ces JNA centrées, cette année, sur le quotidien ?

    Nicolas Memain : C’est l’occasion de lever les yeux sur des choses qu’on ne voit plus, qui ne sont ni monumentales, ni déjà enregistrées, labellisées, recommandées. C’est une hygiène morale, éthique, de rafraîchir le regard pour le poser sur des objets ordinaires, à portée de main et qui recèlent des histoires édifiantes, des sites remarquables dignes d’être des objets culturels. Une bordure de trottoir par exemple, cette chose si banale qu’elle a disparu de notre mentalité, en raconte beaucoup à Nîmes sur l’habitat ouvrier des anciens faubourgs au XIXe.

    Le regard se déplace aussi parce que la société change ?

    N.M. : L’architecture est polysémantique. Il y a un retour à la culture perdue de la simplicité, celle du monde préindustriel qui était très économe en énergie et en matériaux. Ce sont de vraies bonnes questions. Mes étudiants me font ressentir qu’ils sont dans le refus de la construction neuve en béton armé, de la démolition. On recherche la sobriété dans la construction, son entretien, mais aussi la sobriété intellectuelle, le refus des grands gestes, du spectaculaire. On va préférer s’émouvoir sur une réalisation de Fernand Pouillon et pas sur une médiathèque de Zaha Hadid. Car Pouillon applique, dans les années 50, des recettes antiques de blocs de maçonnerie, d’empilement de pierres et c’est une leçon qu’il nous donne.

    Ces journées rapprochent le grand public des architectes ?

    N.M. : Oui, car il y a un renouveau de cette culture du quotidien, de la proximité. La France n’a jamais vraiment eu une culture grand public de l’architecture. On a une culture des palais, une culture de la bourgeoisie qui imite l’aristocratie, une culture élitiste des hautes écoles, mais les gens se passionnent aussi pour les documentaires sur les maisons de campagne à retaper et c’est de la culture architecturale grand public. Déplacer le regard sur des objets culturels dignes d’être commentés, c’est ce qu’on fait au festival off des quartiers sud à Marseille, qui a commencé jeudi, à la Villa Luce. On va marcher 11 kilomètres jusqu’à Valmante pour contempler les cités, les grands ensembles, car il n’y a pas que la bastide de La Magalone et la Cité Radieuse de Le Corbusier.

    Il y a aussi les vagues de béton de la Rouvière ?

    N.M. : On va se retenir d’en dire du mal, car la nouvelle aventure intellectuelle, c’est qu’il faut tout aimer. Mais l’ensemble de la Rouvière a, en réalité, pas mal de qualités. C’est à la fois une utopie réalisée avec sa part de banalité affligeante, mais ça reste unique au monde, ces grandes planches verticales qui dansent sur la colline. Le soir, quand les barres s’éclairent, c’est un incendie, une partition de musique extrêmement belle, une émotion vraie.

    Quelle réalisation récente vous a subjugué ?

    N.M. : J’ai en tête une opération au sud du centre pénitentiaire de Luynes, en pierre massive porteuse [Les carrés Lenfant de l’agence Jean-Michel Battesti & Associés, 2019, Ndlr.]. Ce retour de la pierre comme matériau structurel est passionnant. On sait que la pierre va respirer, garder la fraîcheur l’été et la chaleur l’hiver. Et là, c’est vraiment très très beau. Une vraie émotion de voir de l’architecture.

  • « Lever les yeux sur des objets ordinaires qui recèlent des histoires édifiantes »

    « Lever les yeux sur des objets ordinaires qui recèlent des histoires édifiantes »

    La Marseillaise : Quelles vertus ont ces JNA centrées, cette année, sur le quotidien ?

    Nicolas Memain : C’est l’occasion de lever les yeux sur des choses qu’on ne voit plus, qui ne sont ni monumentales, ni déjà enregistrées, labellisées, recommandées. C’est une hygiène morale, éthique, de rafraîchir le regard pour le poser sur des objets ordinaires, à portée de main et qui recèlent des histoires édifiantes, des sites remarquables dignes d’être des objets culturels. Une bordure de trottoir par exemple, cette chose si banale qu’elle a disparu de notre mentalité, en raconte beaucoup à Nîmes sur l’habitat ouvrier des anciens faubourgs au XIXe.

    Le regard se déplace aussi parce que la société change ?

    N.M. : L’architecture est polysémantique. Il y a un retour à la culture perdue de la simplicité, celle du monde préindustriel qui était très économe en énergie et en matériaux. Ce sont de vraies bonnes questions. Mes étudiants me font ressentir qu’ils sont dans le refus de la construction neuve en béton armé, de la démolition. On recherche la sobriété dans la construction, son entretien, mais aussi la sobriété intellectuelle, le refus des grands gestes, du spectaculaire. On va préférer s’émouvoir sur une réalisation de Fernand Pouillon et pas sur une médiathèque de Zaha Hadid. Car Pouillon applique, dans les années 50, des recettes antiques de blocs de maçonnerie, d’empilement de pierres et c’est une leçon qu’il nous donne.

    Ces journées rapprochent le grand public des architectes ?

    N.M. : Oui, car il y a un renouveau de cette culture du quotidien, de la proximité. La France n’a jamais vraiment eu une culture grand public de l’architecture. On a une culture des palais, une culture de la bourgeoisie qui imite l’aristocratie, une culture élitiste des hautes écoles, mais les gens se passionnent aussi pour les documentaires sur les maisons de campagne à retaper et c’est de la culture architecturale grand public. Déplacer le regard sur des objets culturels dignes d’être commentés, c’est ce qu’on fait au festival off des quartiers sud à Marseille, qui a commencé jeudi, à la Villa Luce. On va marcher 11 kilomètres jusqu’à Valmante pour contempler les cités, les grands ensembles, car il n’y a pas que la bastide de La Magalone et la Cité Radieuse de Le Corbusier.

    Il y a aussi les vagues de béton de la Rouvière ?

    N.M. : On va se retenir d’en dire du mal, car la nouvelle aventure intellectuelle, c’est qu’il faut tout aimer. Mais l’ensemble de la Rouvière a, en réalité, pas mal de qualités. C’est à la fois une utopie réalisée avec sa part de banalité affligeante, mais ça reste unique au monde, ces grandes planches verticales qui dansent sur la colline. Le soir, quand les barres s’éclairent, c’est un incendie, une partition de musique extrêmement belle, une émotion vraie.

    Quelle réalisation récente vous a subjugué ?

    N.M. : J’ai en tête une opération au sud du centre pénitentiaire de Luynes, en pierre massive porteuse [Les carrés Lenfant de l’agence Jean-Michel Battesti & Associés, 2019, Ndlr.]. Ce retour de la pierre comme matériau structurel est passionnant. On sait que la pierre va respirer, garder la fraîcheur l’été et la chaleur l’hiver. Et là, c’est vraiment très très beau. Une vraie émotion de voir de l’architecture.