Tag: délinquance

  • [Entretien] Amine Kessaci : « Les jeunes ont aussi besoin de vivre et de respirer »

    [Entretien] Amine Kessaci : « Les jeunes ont aussi besoin de vivre et de respirer »

    Figure de la lutte contre le narcotrafic, le jeune élu écologiste a commencé à mettre en pratique un projet pour la jeunesse dont il martèle que la Ville a fait une priorité.

    La Marseillaise : Quand les éducateurs vous transmettent leur rapport, que devient-il ?

    Amine Kessaci : Je le fais suivre à la fois au CLSPDR et au service prévention de la délinquance, qui ont les associations qu’on a déjà mandatées et avec qui on a démarché pour accompagner des jeunes, trouver des solutions emploi, etc. Et justement, ce que je suis en train de créer depuis mon arrivée, c’est une coordination entre les services, pour que, dès qu’on a des remontées comme celle-ci, on ait quelqu’un qui puisse justement faire le suivi, relancer, proposer des entretiens, des rendez-vous. Car j’ai constaté à mon arrivée, qu’il n’y avait pas de coordination entre les remontées terrain et le suivi de ces demandes. Jeunesse, prévention de la délinquance et CLSPDR, les trois services qui sont sous ma délégation travailleront ensemble.

    De quels moyens et budget disposez-vous pour ce faire ?

    A.K. : En tant que président du CLSPDR, le procureur de la République est le premier vice-président et peut nous donner les moyens niveau justice. On a la préfète de police qui est également vice-présidente et les structures sociales qui font les accompagnements. La Mission locale peut prendre le relais. Quand il s’agit de questions d’addictologie, on a des associations spécialisées. Marseille Habitat en tant que bailleur social peut aussi faire le lien, débloquer les situations. Ces dispositifs existaient déjà, je ne crée rien de nouveau, ce que j’apporte c’est la coordination. Niveau financier, nous sommes sous le coup des restrictions, la situation de la métropole nous met dans une situation inconfortable mais le maire l’a assuré, la jeunesse reste une priorité.

    Avez-vous des objectifs précis ?

    A.K. : Avec le maire, on s’est fixé deux lignes sur les politiques jeunesse. Premièrement, protéger les jeunes Marseillais face à l’entrée dans les narcotrafics, au mal-logement, au manque d’information, de formation, d’emploi, de dispositifs d’insertion. Le deuxième objectif, c’est de faire rêver la jeunesse, de permettre aux jeunes Marseillaises et Marseillais de pouvoir faire la fête, s’amuser. On se rend compte, qu’on est juste sur de l’action sociale, d’urgence, ce qui est important et nécessaire, mais les jeunes ont aussi besoin de respirer, de vivre. C’est quelque chose qu’on a oublié, notamment depuis le Covid. C’est pour ça aussi qu’on a lancé le dispositif « Vacances pour tous » qu’on a piloté avec Farida Benaouda [DVG, conseillère municipale déléguée en charge des vacances pour tous et des cités éducatives, Ndlr.] et Hassan Guenfici [DVG, adjoint au maire, en charge des centres sociaux et de l’éducation populaire]. La semaine dernière je me suis rendu à La Paternelle (14e), pour un départ en car des familles. Ces dernières sont meurtries, même si elles n’ont peut-être pas perdu des proches dans leur chair, elles ont en tout cas vu la guerre de la drogue de très près en 2023. Aujourd’hui elles peuvent partir, profiter d’une journée à l’extérieur grâce au dispositif « s’évader », mené avec ma collègue Anne-Sophie Sidani [PS, conseillère municipale déléguée à la politique de la ville].

    Peut-on déjà tirer un premier bilan de votre action, cinq mois après avoir été élu ?

    A.D. : Nous sommes en train de mettre en place toutes ces actions de coordination et de lancer une nouvelle dynamique au sein du CLSPDR. Sur le décrochage scolaire par exemple, on attendait que le jeune ait plusieurs centaines d’heures de décrochage scolaire pour le convoquer et pour mettre en place des dispositifs. Maintenant on agit dès le départ. Dès qu’on voit qu’il y a des jeunes qui commencent à avoir beaucoup d’heures d’absence répétées sans justification, l’Éducation nationale et le procureur de la République nous saisissent pour justement éviter aux familles les placements, les actions judiciaires. Et on réunit ces jeunes avec leurs parents, les deux parents. On met en place aussi un accompagnement social. Avec des associations qu’on mandate, qu’on finance et à qui on demande de faire le suivi avec un bilan un mois après pour voir si le jeune est retourné à l’école.

    C’est un travail de dentelle ?

    A.K. : Oui et franchement c’est nécessaire. Les jeunes ont besoin aussi de voir un jeune comme eux en face. Piloter au niveau « macro », c’est très bien et cela fait partie évidemment de mon rôle, mais la proximité ça a toujours été ma marque et je compte bien continuer.

  • Prendre le large

    Prendre le large

    Contrairement à la répression dont les coups d’éclat font souvent la une des journaux, la prévention ne fait pas bruit. Un travail de longue haleine, silencieux, qui exige de la « patience », comme le disent les éducateurs, pour entamer le dialogue, écouter, puis inciter et orienter. Las, cette année encore, le gouvernement a décidé de rogner une nouvelle fois sur le budget alloué au fonds interministériel de prévention de la délinquance qui est passé de 62 millions d’euros en 2025 à… 42,4 millions d’euros pour l’exercice actuel. Soit « une baisse historique de 30% », au point que l’association des maires de France est une nouvelle fois montée au créneau. Si elle se félicite des orientations et du renforcement de la coordination, comme le détaille ici Amine Kessaci pour Marseille, elle « alerte sur le risque de voir cette stratégie demeurer inefficace, faute de moyens à la hauteur des enjeux ».

    Le besoin d’une approche globale

    Et d’en appeler, notamment, à un plan de financement pluriannuel pour inscrire ladite stratégie « sur une trajectoire cohérente ». Indispensable pour œuvre à moyen et long termes dans les différents quartiers prioritaires des communes et au-delà. Sortir les minots des cités, leur permettre d’avoir un autre horizon que l’argent facile – et ô combien dangereux – du narcotrafic, de travailler et de vivre honnêtement dans un logement décent, nécessite une approche globale incluant aussi l’habitat et l’accès aux formations, pour que les uns et les autres puissent prendre le large plutôt que de rester à quai, au pied d’immeubles délabrés.

  • Le tribunal suspend le couvre-feu estival pour les moins de 16 ans à Meyrargues

    Le tribunal suspend le couvre-feu estival pour les moins de 16 ans à Meyrargues

    Parmi les rares passants croisés à Meyrargues, ce mardi matin estival, ils ne sont qu’une poignée, dans cette commune de 4 000 habitants, à savoir que l’arrêté municipal signé par le maire, Fabrice Poussardin (DVC), instaurant un couvre-feu pour les mineurs de moins de 16 ans, pour le quatrième été consécutif, vient d’être suspendu par ordonnance du 24 juillet 2026, par le tribunal administratif de Marseille.

    Renouvelé en juin, l’arrêté municipal interdisant aux mineurs non accompagnés de sortir entre 22h et 6h du matin, du 18 juin au 1er septembre, était en place depuis quatre ans. Saisie par le groupe d’opposition Meyrargues Citoyenne et Solidaire, la Ligue des Droits de l’Homme a, à son tour, saisi la justice, qui a donné raison à l’association.

    « On en voit fleurir un peu partout et régulièrement, ils sont annulés ou suspendus, contextualise Philippe Sénégas, pour la Ligue des Droits de l’Homme. C’est étrange de la part d’un village où, manifestement, les troubles à l’ordre public sont, semble-t-il, mineurs. C’est évident qu’il y a bien d’autres mesures qui peuvent être imaginées. »

    « Liberté d’aller et venir »

    Au sujet des nuisances et du désordre public mis en avant par la municipalité, le tribunal estime que « la commune de Meyrargues n’apporte aucun élément à l’appui de ces allégations » et « ne démontre pas davantage le risque de voir ces événements se réitérer, justifiant qu’une telle mesure de prévention soit adoptée ». Le point le plus inquiétant, dans cet arrêté, pour la LDH, reste l’atteinte à la « liberté d’aller et de venir. On ne va pas confiner les enfants au domicile de leurs parents et transformer les parents en gardiens », conclut Philippe Sénégas.

    Le groupe d’opposition Meyrargues Citoyenne et Solidaire (DVG) se réjouit de la décision. « On nous disait le reconduire pour la quatrième année parce que (l’arrêté) avait fait ses preuves. On lui a demandé de nous dire quel était l’état de la baisse de la délinquance nocturne (…), on n’a jamais eu d’élément concret, palpable, autre qu’une appréciation générale », note Christian Salque, à la tête du groupe. Il préconise l’instauration d’une « politique jeunesse ».

    Sollicité, le maire n’a pas pu nous répondre dans les délais impartis. Dans La Provence, il a indiqué ne pas faire appel.

    Eva Bonnet-Gonnet

  • À Carry-le-Rouet, des renforts de gendarmerie pour sécuriser la saison d’été

    À Carry-le-Rouet, des renforts de gendarmerie pour sécuriser la saison d’été

    Le bleu est partout, à Carry-le-Rouet. L’eau turquoise de la Méditerranée, le ciel dénué de nuages et les uniformes des forces de l’ordre. Ce mercredi, à l’occasion de la visite du préfet de région, Jacques Witkowski, le dispositif estival de sécurité a été entièrement déployé dans la petite commune de 6 000 habitants. Deux groupes de gendarmes sont positionnés de part et d’autre du rond point qui mène au parking de la plage du Rouet pour contrôler les automobilistes, tandis que deux hommes patrouillent en civil sur le banc de sable. Du côté du centre-ville, d’autres militaires, associés aux agents la police municipale, sillonnent les rues.

    L’été, 7 réservistes et 12 militaires détachés viennent appuyer l’action des 26 gendarmes de la brigade, dont le périmètre s’étend aux secteurs du Rove, d’Ensuès-la-Redonne et de Sausset-les-Pins. Carry-le-Rouet a beau « ne pas être une cité balnéaire », la population « peut doubler sur une journée », affirme le maire (DVD), René-Francis Carpentier.

    Le commandant Jean-Yves Curci reconnaît : « C’est un territoire très préservé. (…) On a une délinquance maîtrisée, avec 1 300 faits de crimes et délits à l’année. » Les deux mois d’été n’en restent pas moins « un moment particulier », puisqu’ils représentent 27% des interventions. « En termes de volume, c’est 60% de plus que le reste de l’année. On a une saisonnalité très marquée avec des phénomènes assez particuliers, parce que l’essentiel du tourisme est local et journalier, avec, par exemple, des vols à la roulotte à proximité des zones de baignade, de la consommation de stupéfiant ou des atteintes à la tranquillité publique. On n’est pas forcément sur de la grande criminalité, mais le volume de faits est plus important que le reste de l’année et nécessite des renforts. »

    Au sein de la population, ces forces de l’ordre supplémentaires sont bien accueillies. « Beaucoup de gens viennent de l’extérieur, on veut que la Côte Bleue reste préservée », confie Anthony, patron d’un salon de coiffure dans le centre-ville. Justine, elle, aurait aimé qu’une attention particulière soit portée aux incivilités aux abords des plages plutôt qu’à la sécurité. « C’est une ville très tranquille, mais les gens sont très stressés. Pour moi, la vraie problématique, c’est plutot les atteintes à l’environnement, les jets de mégots etc… »

    Neuf nouveaux postes

    Le dispositif sécuritaire concerne tout le département. Le général Pierre Baillargeat détaille : « Il s’articule en interne avec des gendarmes qui sont redéployés sur les zones d’affluence touristique. On est également appuyés par 20 gendarmes mobiles et 34 réservistes qui viennent de toute la France. » Au total, 86 militaires supplémentaires sont déployés dans les Bouches-du-Rhône.

    « Ces renforts nous permettent d’ouvrir neuf nouvelles emprises, réparties sur Carry-le-Rouet, Cassis, Ceyreste, Cadolive, la Sainte-Victoire, Eygalières, Saint-Rémy-de-Provence, Les Baux-de-Provence et Les Saintes-Marie-de-la-Mer, poursuit-il. On est logés par les communes ou des établissements scolaires, comme le lycée militaire d’Aix. Ça nous permet d’avoir les bons personnels aux bons endroits, de pouvoir nous adapter aux mouvements de population. »

  • Quand la police embarque les ados… en mer

    Quand la police embarque les ados… en mer

    « Oh là là tes cheveux, ils choppaient la 4G mon frère ! » Sur le semi-rigide de la police nationale, en ce mercredi 22 juillet, ça chambre gentiment. À bord, une vingtaine d’ados âgés de 11 à 16 ans venus d’un centre aéré de Dromel (9e), mais aussi ceux que Mohammed Benmeddour, éducateur spécialisé pour l’association Apis, est allé chercher au pied des tours de Bel Horizon à Saint-Lazare (3e). Tous participent à une des sorties en mer du centre de loisirs jeunes de la police nationale 13 (CLJ), organisées du lundi au vendredi durant l’été depuis la plage du Prophète (7e) et la base nautique de Corbières à l’Estaque (16e).

    À la barre, Sébastien et Djalal, à la fois agents de la brigade nautique départementale et animateurs du CLJ, qui partagent leur temps entre encadrement des petits, 10 000 par an environ, et contrôles en mer. L’idée : rapprocher police et population et faire de la prévention de la délinquance, expliquent-ils. « Quand on vient ici, ils voient que les policiers sont des êtres humains comme les autres », précise Mohammed Benmeddour, qui avec son dispositif de médiation nomade, un camion qui sillonne les quartiers, essaye de faire en sorte qu’un maximum de gamins participent tout au long de la saison.

    Gilets de sauvetage sur le dos, à l’appareillage, c’est l’occasion de se remémorer les consignes, de réviser aussi le comportement en mer. « À quelle vitesse je peux aller ? Est-ce qu’on est assez loin de la côte pour accélérer ? », demande Djalal.

    Retour en enfance

    Ce que les ados préfèrent, c’est justement quand Sébastien lâche les chevaux. Un retour en enfance. « Ouaaaah, on va décoller ! C’est comme au manège ! », s’enthousiasment-ils.Direction la calanque de Méjean, petit bijou à l’eau translucide et fraîche. On se raconte des histoires sur les sirènes qui peupleraient les fonds. « Moi j’ai lu Ulysse, les sirènes, c’est pas bon », commente un petit, pas rassuré, avant de partir à la découverte d’une grotte.

    Du haut de leurs six ans d’expérience pour l’un et plus de vingt ans pour l’autre, Djalal et Sébastien ont pu mesurer l’efficacité du dispositif. Si le moment est à la détente, il permet de faire passer des messages et de créer du lien. « La communication, pour la police, c’est nouveau. Pourtant, il faut expliquer ce qu’est notre mission », développe ce dernier, qui a connu les brigades de proximité, tandis que les minots enchaînent les saltos depuis le bateau. Il lui arrive de croiser des ados qu’il a emmenés en mer. Il se souvient de ce moment où l’un d’entre eux a sauvé son équipage d’une embuscade lors des manifestations de Gilets jaunes.

    Les policiers travaillent aussi sur « le libre arbitre », le début de l’âge adulte. « Il faut leur donner une autonomie, une réflexion face aux situations dans lesquelles ils vont être, notamment l’entrée ou pas dans un réseau de stup’. On ne sera pas là pour les aider, ils seront seuls. Alors si, déjà, on leur a expliqué, peut-être que ça va faire tilt », poursuit Sébastien.

    Ce jour-là, pour certains, c’est aussi l’occasion d’en sortir définitivement. Comme Kaïs, pour lequel Mohammed Benmeddour avait remué ciel et terre, allant jusqu’à la grève de la faim, pour qu’il ne replonge pas dans le trafic à sa sortie de prison. Djalal s’enquiert de sa situation : « ça va, tu n’as pas de dettes ? J’espère que tu vas tenir parce que tu le sais, après, c’est soit la prison, soit la mort. » Le jeune l’assure, il en a fini avec « ça » et les menaces, il s’en fiche. Il sait très bien de quoi parle policier. « J’ai déjà été criblé, tu sais », lui répond-il en montrant des cicatrices sur ses jambes. Heureux d’avoir décroché le temps d’une après-midi, il appréhende un peu le retour à sa réalité, celle où « on dort mal la nuit ». Mais le temps de voir « plein de poissons » et un cormoran, il faut rentrer, non sans quelques grands virages pour le fun.

  • Vaste opération anti-fraude dans les transports

    Vaste opération anti-fraude dans les transports

    Au rond-point du David, à l’arrêt Plage du Prado, les agents de la RTM prennent position dès qu’un bus des lignes 83 ou 19 s’arrête. Les policiers restent en renfort derrière eux. « Et les gars y’en a 3… Un derrière chaque porte ! », lance un agent. Les contrôles s’enchaînent. L’opération, initiée ce mardi par la préfecture de police, concerne tous les transports en commun. Au total, 235 agents sont mobilisés sur 22 points de contrôle dans les Bouches-du-Rhône.

    « Il y a un double objectif, précise Lola Menahem, sous-préfète. Protéger les usagers et les personnels en luttant contre la fraude, les incivilités et la délinquance. Puis envoyer un message clair : “Les transports ne sont pas une zone de non-droit”. »

    La fraude en baisse de 6% dans la cité phocéenne

    Sur le quai, Valérie sort du bus sans titre de transport. « D’habitude j’ai un ticket que je recharge mais je l’ai pas », tente-t-elle devant le contrôleur. Malgré ses explications, elle est verbalisée à hauteur de 100 euros. L’ampleur du dispositif déployé surprend les voyageurs. « On s’attend pas à autant de contrôleurs. Surtout dans les bus, c’est hyper rare », souligne Smaïl, lycéen de 15 ans venu accompagner un de ses amis, verbalisé pour fraude.

    Cette opération complémentaire aux contrôles quotidiens « porte ses fruits, les chiffres le montrent », selon la sous-préfète. Le taux de fraude est passé de 30% à 24% en quatre ans à Marseille. L’occasion pour la RTM de rappeler l’existence d’un nouveau dispositif censé réduire la fraude : un abonnement mensuel à 10 euros par mois en juillet et août pour les moins de 26 ans.

  • Tranquillité publique : régler les problèmes ensemble au commissariat

    Tranquillité publique : régler les problèmes ensemble au commissariat

    Dans la petite salle du commissariat du 12e arrondissement, c’est un peu l’effervescence ce mercredi matin. C’est là que tous les 15 jours se tient le « GPO » pour Groupe de Partenariat Opérationnel. Représentants des CIQ, des collectivités, de l’Éducation nationale, de la RTM et bien sûr police nationale et municipale se retrouvent pour évoquer les problèmes du quotidien rue par rue. Depuis la mise en place en 2018 de ces structures dans les Bouches-du-Rhône, pas moins de 7 600 réunions de ce type se sont tenues. « C’est un des départements qui fonctionnent le mieux », se félicite la préfète de police déléguée, Corinne Simon. Après une visite de terrain à la Viste (15e), elle est venue prendre la température dans les quartiers Est de la ville. Là encore, l’objectif reste le même : aller chercher l’information à la source, détecter les « signaux faibles » précise la préfète pour agir en conséquence sur la tranquillité et la sécurité publique.

    Cambriolages en baisse de 31%, nuisances sonores, stationnement plus qu’approximatif, jets de cailloux sur une école, dépôts de poubelles, barbecues nocturnes… On ne peut pas dire que le secteur soit franchement impacté par la délinquance reconnaît le responsable du commissariat qui mène les débats de main de maître. Mais cette approche microscopique trouve justement tout son intérêt dans la capacité à faire en sorte que tout le monde vive ensemble.

    « S’ils le pouvaient les gens iraient avec leur voiture dans la salle de sport ou sur le terrain de boules mais c’est vrai qu’en même temps se garer dans cette ville est devenu insoluble », commente un président de CIQ. Plus de ronde de la police municipale, PV dressés avec « discernement » sont autant de solutions évoquées.

    Éteindre le feu qui couve aussi. Quand un autre représentant des habitants signale l’installation d’un nouveau point de deal, le patron du commissariat prend de minutieuses notes. « Poursuivez ce travail de fourmi », incite la préfète, soulignant les bienfaits de toutes ces « interactions. »

  • Tranquillité publique : la préfète de police fait dans la dentelle

    Tranquillité publique : la préfète de police fait dans la dentelle

    « Si vous saviez ce radar, j’ai bataillé ! Mais on l’a eu, j’en avais marre de faire des massages [cardiaques] à des enfants. » Intarissable, Anissa Cheurfa, présidente du comité d’intérêt de quartier (CIQ) de la Viste, emmène cet après-midi-là la préfète de police déléguée, Corinne Simon, son directeur adjoint, Pierre Gilardeau et le commandant Jean-Christophe Roux, chef du bureau de la prévention de la délinquance, pour une visite express de la Viste (15e). Objectif : « devancer les difficultés avant qu’elles arrivent », en matière de sécurité publique résume la préfète, qui souhaite prendre le temps d’écouter les habitants, au plus près de leurs préoccupations. « C’est vous qui savez ce qui se passe, quelles sont les problématiques », martèle-t-elle, rappelant que le répressif va avec le préventif.

    Avoir des magasins utiles

    Du parc Brégante au collège Jean Moulin, le long de l’avenue de la Viste, le noyau villageois représente 6 800 habitants nous explique Anissa. « Deux mondes », avec celui des cités, qui coexistent tant bien que mal. Délinquance, stationnement anarchique qui empêche le ramassage des poubelles, potelets arrachés, tags… Les troubles à la tranquillité publique sont nombreux. « On subit de grosses bagarres depuis ce week-end avec 20 à 25 personnes qui se frappent, au niveau du 68 et 75, jusqu’à 2h du matin, trois policiers de la Bac sont venus pour désamorcer mais c’est récurrent l’été », raconte Jean-Marc, un riverain. En cause visiblement, la boisson qui échauffe les esprits. « Il faudrait peut-être plus contrôler les terrasses », propose-t-il tandis que le directeur adjoint note scrupuleusement.

    D’une manière générale, les habitants regrettent le temps où l’avenue était commerçante. La Poste a fermé, les magasins ont tiré petit à petit le rideau, sous l’effet de l’insécurité assurent-ils. Ils imaginent bien le retour d’une « boucherie, une papeterie, je vais chercher le journal à l’Estaque », se désole Anissa. Snack et chichas, « c’est bon on en a assez, on veut des magasins utiles », complète Jean-Marc. La chargée de mission au centre social Del Rio, point sensible du quartier, est venue aussi témoigner d’une certaine amélioration. « Chaque fois qu’on appelle on est entendu », se félicite-t-elle précisant qu’un tournoi de foot avec enfants et policiers doit avoir lieu le samedi.

    Un radar efficace

    Sur l’étroit trottoir de l’avenue de la Viste, entre trous dans le bitume et bacs à poubelles, Anissa tient également à montrer le fameux radar dont elle a demandé l’installation pour limiter la vitesse à 30 kilomètres heure sur cet axe très passant. Et c’est efficace avec une diminution du nombre d’accidents note le commandant Roux. De 5 dont un mortel en 2025 sur les six premiers mois de l’année avant le radar, « nous sommes passés à 2 blessés légers dont un piéton », indique-t-il.

    Poursuivant son cheminement, la petite troupe passe devant la piste pédagogique routière, abandonnée depuis des années, dont on devine les panneaux dans les herbes folles. « Dites-lui à Samia Ghali et aussi au maire de secteur Jean-Marc Coppola, qu’il faut faire quelque chose », nous intime Anissa. Au bout de l’impasse, tout à côté des 30 parcelles du jardin partagé, le belvédère offre une vue imprenable sur la rade marseillaise, surplombant les grandes lettres « Marseille » devenues emblématiques. Un tableau gâché par les multiples canettes de bière en verre au sol, et une bouteille de protoxyde d’azote. « C’est là que les gens viennent le soir consommer de l’alcool, de la drogue et deviennent agressifs », dénonce Jean-Marc. « Bon les jeunes, il faut aussi savoir leur parler », tempère Anissa.

    Même si, côté point de deal, les opérations policières se multiplient avance le commandant Roux, 31 depuis le début de l’année, autant que toute l’année dernière réunie, les prises passant de 46 kg d’herbe de cannabis en 2024 à 2 kg en 2025. « Parce que vous nous avez alertés, on a mis les moyens », rappelle-t-il. Pierre Gilardeau a de son côté noirci deux pages de carnet. CIQ, collectifs sont une source précieuse pour agir de manière coordonnée avec les autres acteurs concernés comme les collectivités estime la préfète. « On a cette capacité à mettre tout le monde autour de la table », insiste Corinne Simon qui veut faire du « cousu main ». Quand parfois changer le sens d’une rue ou mettre un banc résout le problème…

  • Une ex-villa de dealer devient un refuge pour les femmes

    Une ex-villa de dealer devient un refuge pour les femmes

    Confisquée à un trafiquant de cocaïne en 2021, une villa dans les hauteurs du 15e arrondissement est devenue un lieu refuge pour des femmes victimes d’infraction pénale. Ce jeudi, le parquet de Marseille faisait le bilan des trois premières années de l’affectation sociale de ce bien confisqué.

    L’histoire commence en 2023, lorsque l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (AGRASC), propose à Marie Guillaume, directrice de l’association d’Aide aux victimes d’actes de délinquance (AVAD) de profiter d’une villa pour leur association, pour la somme symbolique de 1 euro par an. L’association s’associe donc avec la Caravelle, association qui gère de nombreux lieux d’hébergement, afin de mettre en place le projet Rebond.

    L’ambition est de faire de cette villa un lieu refuge pour des femmes victimes d’infractions pénales. Avec cinq chambres, deux salles de bains et une grande cuisine, cette maison accueille depuis septembre 2023 des femmes et leurs enfants où elles vivent en colocation le temps de se reconstruire. Accueillies en moyenne quatre mois, elles bénéficient d’un accompagnement pour leurs démarches juridiques et d’un soutien psychologique et social.

    Un accompagnement global qui a aidé Mme K. à retrouver ses enfants. Arrivée en 2023 au Rebond après que son ex-mari a enlevé ses deux enfants en Pologne, elle y a trouvé « une famille et du réconfort ». Après une année difficile, avec des allers-retours entre ce lieu refuge et des hébergements sécurisés après des menaces de son ancien compagnon, la jeune femme a pu retrouver ses deux enfants et un logement.

    Dispositif expérimental

    Un accompagnement multiple qui a été rendu possible par l’absence de loyer. « 95% de notre financement va dans notre personnel, et donc dans notre accompagnement », explique Christophe Magnan, directeur général de l’association de la Caravelle.

    Inspiré par les dispositifs italiens anti-mafia, ce type de cession a été rendue possible par une loi-cadre de 2021. Gérés par l’AGRASC, les baux signés entre l’agence et les associations peuvent être gracieux ou onéreux, mais à des tarifs intéressants, pour une durée moyenne de trois ans renouvelables.

    Un dispositif national qui reste encore expérimental avec seulement 10 biens confisqués affectés socialement sur toute la France, et un seul en région Paca. Bien qu’à Toulon, un autre bien doit bientôt être affecté. Une voie que le procureur de Marseille, Nicolas Bessone souhaiterait élargir pour « rétablir la confiance entre la justice et la population ».

  • Une peine de 16 ans de prison requise contre Félix Bingui

    Une peine de 16 ans de prison requise contre Félix Bingui

    Dans le box des prévenus en détention, il ne bouge pas d’un cil. À l’inverse des proches qui, dans le public, commentent d’un « ohhhhhh » les réquisitions à l’encontre du chef présumé du clan Yoda, Félix Bingui dit « le chat », ce lundi 1er juin. En cette fin d’après-midi caniculaire, l’heure n’est plus à la torpeur dans la salle d’audience de la 7e chambre correctionnelle de Marseille. Le procureur vient de requérir, à l’encontre de l’Alésien de 35 ans, 16 ans de prison avec maintien en détention et sûreté des deux tiers de la peine, et une grosse amende de 500 000 euros au regard du chiffre d’affaires estimé par les enquêteurs, de 3 000 à 6 000 euros par jour, soit de 3 à 4 millions par an sur les deux ans d’enquête.

    Le ministère public réclame aussi « la confiscation du bien immobilier identifié à Dubaï », d’une valeur de plus de 422 000 euros. Un appartement mis en location par le prévenu, assène-t-il, à raison d’un loyer de 150 000 dirhams annuels. Un peu plus de 35 000 euros au regard du cours actuel de la monnaie dubaïote. Le magistrat demande enfin une interdiction de paraître dans les Bouches-du-Rhône de 5 ans.

    En état de récidive, en détention provisoire depuis « un an, 4 mois et 12 jours », avec 13 mentions à son casier judiciaire, Félix Bingui « apparaît comme le dirigeant du réseau, a persévéré dans la délinquance malgré les sanctions prononcées, a du réseau à l’étranger, a usé de manœuvres pour déjouer sa libération conditionnelle et a effectué un trafic de véhicules depuis sa cellule », argumente le procureur.

    Pour son « bras droit », Mohamed H. dit « Pirate », identifié par les enquêteurs comme le numéro 2 du réseau, ce sera 12 ans requis, avec mandat de dépôt et peine de sûreté des deux tiers, 100 000 euros d’amende, une interdiction de paraître dans le département de 5 ans et la confiscation des produits de luxe saisis dans la procédure, estimés à plus de 20 000 euros.

    « Des éléments

    sans équivoque »

    Lui aussi en « état de récidive », sous contrôle judiciaire, il « dispose de réseaux pour prendre la fuite », estime le procureur, qui doute du « sérieux » de son projet de sortie avec un contrat « proposé par une société en cessation d’activité ».

    Vient ensuite Zine Eddine B. dit « Zino », le « grand gérant » des points de vente de Yoda, selon les policiers. Un prévenu sous mandat d’arrêt, rappelle le procureur, pour qui il réclame dix ans de prison avec une peine de sûreté des deux tiers et 100 000 euros d’amende, assorti d’une interdiction définitive du territoire français. Pour les 17 autres prévenus, les réquisitions vont de 15 mois d’emprisonnement avec sursis probatoire à 6 ans.

    « Si on les écoute, personne n’a rien fait, personne n’a vu un trafic de stupéfiants et ceux qui ont vu quelque chose minimise les faits », considérait au début de son propos le ministère public. Mais « la réalité, ce sont des quantités astronomiques de drogue qui touche la population marseillaise, qui génèrent des sommes astronomiques avec des profits blanchis (…) pour en profiter une fois la liberté retrouvée », posait-il. La « réalité, ce sont ces réseaux qui sont armés et se livrent à une lutte acharnée et mortelle. La réalité, c’est qu’Omar Benchiha et Nadir Amara ont été assassinés et tués dans ce qui s’apparente à un narchomicide », insistait-il, faisant référence au meurtre des deux membres des Yoda présumés le 3 mai 2023 à Salou en Espagne, conduisant à l’exil de certains membres du clan. Et de rappeler que 14 personnes ont été tuées en 2022 à Marseille, 52 en 2023. Les investigateurs « ont enquêté durant des mois pour remonter la chaîne hiérarchique », de quoi « révéler ceux à qui on rendait des comptes, “Fé”, “Pirate” et “Zino” », poursuit le procureur. Avec des éléments « sans équivoque » selon lui, issus des sonorisations des voitures et des chambres d’hôtel du Chat, où « on récupère des papiers, entendre de l’argent », où on évoque « 100 mètres de shit ».

    Les multiples déplacements de Bingui depuis le Maroc en passant par l’Espagne, son train de vie avec les vacances à Dubaï ou à Serre Chevalier alors qu’il est en incapacité de justifier ses ressources étant, pour le magistrat, comme autant de preuves de sa culpabilité. Sa défense et celle de ses 19 coprévenus ont désormais deux jours pour démontrer le contraire…