Tag: décision

  • FNE 13 appelle la mairie de Marseille à dialoguer avec ceux qui l’ont élue

    FNE 13 appelle la mairie de Marseille à dialoguer avec ceux qui l’ont élue

    Le groupement baptisé « Les amoureux du parc de Bonneveine » dénonce dans un communiqué « l’argumentaire sécuritaire » de la Ville pour justifier l’abattage sans concertation de 58 arbres en tout depuis septembre dernier dont 37 nouveaux arbres cette semaine. Ce désastre résulte « des erreurs dans la conduite du chantier, les fragilisations dues à des décaissements et des creusements de tranchées au pied des arbres endommageant leur équilibre racinaire ».

    « L’ambition affichée par la Ville de Marseille de renforcer durablement la qualité paysagère et environnementale du parc est bien mal engagée. ». « Il est grand temps que la mairie de Marseille fasse preuve de transparence et accepte un dialogue constructif avec les citoyens qui l’ont élue. » Ils demandent à la ville de « tirer les leçons de cette gestion calamiteuse du patrimoine arboré du parc de Bonneveine dans un contexte de réchauffement climatique et préserver le patrimoine arboré existant tout en anticipant les adaptations à venir ».

    Concertation et respect des promesses

    Selon eux, des solutions de sauvegarde auraient permis de sauver une proportion non négligeable des 37 arbres cinquantenaires abattus cette semaine. La promesse municipale de planter 210 arbres de 3 à 4 mètres de haut, soit 140 de plus que les 70 annoncés à l’origine, ne résiste pas au taux d’échec de 20% environ. Il faudra au moins 20 ans avant pour remplacer un arbre mature de 20 mètres, « sans compter l’impact sur l’habitat de la faune qui compte près d’une dizaine d’espèces protégées ».

    Les mesures alternatives n’ont pas été réellement étudiées alors que selon l’ONF Végétis, filiale de l’ONF, prestataire exclusif de la Ville, montrait déjà qu’au moins 11 arbres pouvaient encore être épargnés par des tailles de réduction. Un arbre proche de l’avenue de Hambourg a même été abattu alors que le rapport préconisait sa « surveillance par test de traction dans 2 ans ».

    « La Ville de Marseille ne respecte pas ses promesses », cingle le communiqué, elle qui s’était engagée « verbalement de ne rien faire avant une concertation finale ». « Le prétexte donné de la météo ne peut justifier le caractère précipité de cette décision. » Ces arbres fragilisés en septembre dernier avaient résisté aux précipitations et forts vents de l’hiver et du printemps dont une tempête à plus de 118 km/h le 26 mars 2026. Cette résistance contredit dans la vie réelle les conclusions des tests de l’ONF Végétis sur lesquels s’appuie la mairie pour justifier les abattages.

  • Colère citoyenne pour sauver 37 arbres du Parc Bonneveine à Marseille

    Colère citoyenne pour sauver 37 arbres du Parc Bonneveine à Marseille

    Plusieurs dizaines de riverains, de membres d’associations dont Extinction Rebellion et des militants LFI, dont Victoire Diethelm et Imran Trocmé, conseiller d’arrondissement dans le 4/5, se sont opposés, lundi matin, à l’abattage de 37 nouveaux arbres du parc public de Bonneveine. La coalition citoyenne Comm’un Possible Marseille s’interroge sur ce marché public de réhabilitation à 2,5 millions d’euros, sans attributaire connu.

    La Ville avait annoncé vendredi l’opération en brandissant une expertise de mars dernier d’ONF Vegetis. « Au total, 37 arbres présentent un niveau de risque élevé de chute, susceptible de porter atteinte à la sécurité des usagers et des riverains », écrit la Ville qui s’engage à planter « 210 nouveaux arbres tiges, d’une hauteur de 3 à 4 mètres ».

    L’annonce a été vécue comme une trahison par le collectif de riverains après déjà 14 arbres abattus. « Lors de la réunion du 10 août en mairie centrale, le directeur général adjoint et l’adjointe en charge des espaces verts, Mme Prigent, s’étaient engagés à nous transmettre la totalité des tests de l’ONF, la liste et l’emplacement des arbres à abattre et de nous laisser 15 jours avant de faire un point avec eux et de prendre la décision finale », dénonce Alain Sennetz, président du collectif.

    « On a attendu

    la fin de la nidification »

    Soutien de leur lutte, Richard Hardouin, le président de la FNE 13, dénonce « incompétence, défaut de transparence et parjure » de la ville. Lundi, face à la mobilisation citoyenne, c’est une policière municipale puis un haut fonctionnaire de la ville qui se sont collés à la tâche, aucun élu de la municipalité n’étant venu défendre la décision. « Il n’y a pas d’arrêté municipal pour l’abattage, tout simplement parce qu’il y a danger imminent », relaye la policière. « On a des expertises qui démontrent la dangerosité de ces arbres. On a attendu la fin de la nidification pour ne pas porter atteinte à des espèces protégées », complète Marc Foveau, patron de la Direction de la Ville du Quotidien.

    « On ne peut pas admettre d’être pris pour des idiots parce qu’ils cherchent à s’en tirer en disant que la fragilité structurelle vient des conditions de plantation initiales du parc en 1976 ! C’est une manœuvre », proteste Jérôme Nardi du collectif. Le rapport de l’ONF consulté par La Marseillaise énonce dit que le retrait d’enrobé et de pavage en septembre 2025 « a induit une désolidarisation du sol, aggravant une structure déjà peu cohésive. Impact immédiat : modification brutale des conditions racinaires entraînant une instabilité mécanique ». À 17h15, le prestataire lançait ses tronçonneuses. Tout a été décapité malgré des heurts entre des opposants et la police venue en nombre.

  • Près de 300 personnes toujours menacées d’expulsion à La Valentine

    Près de 300 personnes toujours menacées d’expulsion à La Valentine

    Alors qu’approche la date de l’audience en référé suspension engagé par leur avocat, Adam Borie, prévue le 24 août, les dizaines de familles installées depuis près de deux ans sur le site de la friche Procida à La Valentine (11e) restent plus que jamais vigilantes. Sous le coup d’un arrêté d’expulsion pris à la veille de Noël, le 24 décembre 2025, elles sont dans l’angoisse. Leur crainte notamment : que les enfants, en grande partie scolarisés dans les établissements alentour, ne puissent pas faire leur rentrée de septembre.

    Rencontrée fin juillet, à l’occasion d’une mobilisation de soutien d’associatifs, militants politiques et riverains, cette petite fille âgée de 8 ans nous avait confié « être la meilleure de sa classe » et vouloir « retrouver tous [ses] copains » quand les adultes eux, l’assurent : « On travaille, on est fatigués d’être expulsés chaque année. »

    Pour mémoire, Maître Borie a indiqué le 5 août au préfet des Bouches-du-Rhône par courriel avoir fait appel de l’ordonnance d’expulsion. La Cour d’Appel d’Aix-en-Provence ayant fixé une audience au 23 février 2027. Pour l’avocat, il s’agit là d’« une expulsion rapide, pour laquelle il n’y a pas eu de contradictoire », et donc « déloyale ».

    Des projets avortés

    Il rappelait notamment que dans cette affaire, une sortie négociée, avec un protocole serait pourtant envisageable. Un accord entre la préfecture, les familles et le propriétaire d’une grande partie du terrain, Retail Prodev, une filiale du groupe Frey, spécialisée dans le développement de centres commerciaux. Pour rappel, elle prévoyait dans un premier temps sur cet espace un projet baptisé « My Valentine », 29 000m² avec 70 enseignes, avorté, puis une plateforme logistique auquel la Ville de Marseille, sous pression des riverains, effarés par l’afflux de poids lourds, ne délivrera pas de permis de construire. Une partie du terrain appartient aussi à la Métropole avait opposé l’avocat. La collectivité ayant acheté le long de l’Huveaune, pour réaliser une voie verte.

    Surtout, cette décision d’expulsion, comme celle qui frappe d’autres sites dans la ville rappellent associatifs et collectifs dans leur tribune, s’inscrit également dans un contexte de crise de l’hébergement d’urgence. Instruction ayant été donnée par l’État de réduire le nombre de place en hôtel…

  • Le spectre de l’expulsion plane sur les Roms de La Valentine

    Le spectre de l’expulsion plane sur les Roms de La Valentine

    Pour le moment « rien n’a bougé » mais message aurait été passé aux travailleurs sociaux que l’expulsion était définitivement prévue pour le mois d’août, assure Laurent Sapin, riverain du camp de fortune où se sont installés depuis un peu moins de deux ans au moins 250 personnes, route de la Valentine (11e). Avec des militants LFI, le conseiller d’arrondissements PCF, Michel Provost, des associatifs, il s’était mobilisé fin juillet pour alerter sur leur situation précaire.

    L’urgence est telle que l’avocat des familles, Maître Borie a déposé un référé suspension, une date a été fixée au 24 août nous indique-t-il ce jeudi 6 août. La veille, il avait indiqué au préfet des Bouches-du-Rhône dans un courriel avoir fait appel de l’ordonnance d’expulsion du 24 décembre 2025, la Cour d’Appel d’Aix en Provence ayant également fixé une audience au 23 février 2027. Pour l’avocat, il s’agit là d’« une expulsion rapide, pour laquelle il n’y a pas eu de contradictoire », et donc « déloyale ».

    Il ajoute aussi d’autres éléments « nouveaux » à son argumentaire. Objectant pour commencer que le propriétaire du terrain, Retail Prodev, une filiale du groupe Frey, ne l’est pas entièrement. La Métropole en ayant acheté une partie, 57 000 mètres carrés, le long de l’Huveaune, pour réaliser une voie verte, indique la délibération votée en octobre 2024. Soit avant la décision préfectorale.

    Une crise humanitaire

    Maître Borie pointe également l’absence de délais et de trêve lors de l’ordonnance d’expulsion. Il rappelle la « grave crise de l’hébergement d’urgence à Marseille » revenant sur la lettre commune envoyée au préfet par les associations du SIAO, plateforme qui gère notamment le 115. Ces dernières refusant de répondre aux injonctions du représentant de l’État qui appelle à réduire drastiquement le nombre de places hôtelières et donc à remettre des personnes à la rue.

    « Une éviction des habitants créerait une crise humanitaire sans précédent et des troubles à l’ordre public plus grave qu’une violation momentanée du droit de propriété », estime maître Borie qui estime que « les occupants, Prodev et la préfecture ont tout intérêt à conclure un protocole d’accord tripartite ou une convention d’occupation précaire pour prévoir une sortie du site à une date certaine ». Un protocole qui permettrait entre autres « d’éviter les surcoûts, de réaliser un diagnostic social des occupants, de les responsabiliser » et aussi de « valoriser l’image de Prodev comme acteur responsable ».

    En attendant, les soutiens aux familles ont promis d’être vigilants.

  • [C’est l’été] Michel, mécano et copilote de choc

    [C’est l’été] Michel, mécano et copilote de choc

    Si on le cherche, il est souvent dans le grand hangar, tôt le matin et tard le soir, à prendre soin d’un outil de travail qu’il connaît sur le bout des doigts. Michel Romani, mécanicien opérateur de bord, « l’acronyme c’est MOB », détaille-t-il, a pour mission de préparer et vérifier que mécaniquement, l’hélicoptère de la Sécurité civile est apte au vol. À savoir un Dragon H145 D3 de chez Airbus Helicopters tout neuf, un beau bébé à 14 millions d’euros, dotés de moteurs plus puissants que son prédécesseur et capable aussi de transporter 800 litres d’eau, s’il est équipé en conséquence, pour se transformer en bombardier en cas d’incendie.

    « Je vérifie tous les éléments et je prépare l’appareil à sa journée de travail », précise-t-il en sortant la bête à l’extérieur du hangar au moyen d’une remorque télécommandée. Une maintenance qui « peut durer une demi-heure, trois quarts d’heure, une heure ». « On essaie le moins possible de pénaliser les missions. On essaie de faire ça très tôt le matin ou le soir », ajoute-t-il.

    À bord, Michel Romani aide aussi le pilote à la conduite de l’engin, « on est les seuls à travailler dans le monde comme ça ». L’idée : apprécier au mieux la situation technique. Sur « certaines zones qui ne sont pas forcément proches de notre base, ça permet d’échanger en disant “Tiens t’as vu ce qu’on a eu comme voyant, qu’est-ce que t’en penses ? On peut rentrer, on peut pas rentrer, c’est dangereux…”. Et après, derrière, il y a une décision commune qui s’établit pour le projet d’action. » Il faut aussi tenir compte des 2h45 d’autonomie maximum même si « un petit réservoir supplémentaire donne 45 minutes supplémentaires », ajoute le mécano copilote. Si le travail relève avant tout d’une « osmose interne de l’équipe », la préparation reste cruciale. « Il y a beaucoup de discussions avant d’aller travailler sur une zone, qu’on appelle une zone de chantier. On va repérer l’environnement dans un premier temps. C’est-à-dire s’affranchir des lignes électriques, des arbres, l’aérologie, dans quel sens arrive le vent… Tous ces paramètres à prendre en compte pendant le vol », détaille-t-il avant de dérouler une « check-list ». « On va se dire des choses qui sont répétitives. On énonce des acronymes qui nous servent de pense-bête », ajoute Michel Romani. Une indispensable routine sans tomber non plus dedans, des instructeurs venant recadrer tous les 6 mois.

    Une technologie qui aide

    à la décision

    La technologie aide aussi à la prise de décision : « On navigue avec des systèmes qui sont très rassurants même si ce n’est pas pour autant que l’on n’est pas exposé aux nuages, au brouillard… »

    Militaire dans l’aviation légère de l’Armée de terre pendant 18 ans puis rentré chez EADS (qui deviendra Airbus), fin 2001, Michel Romani bénéficie aussi de son expérience. Agent technique durant 4 ans dans un bureau d’ingénierie, il a touché à la conception des appareils. « J’ai découvert une autre facette du métier, j’ai vu l’autre côté, le développement, la fabrication. Donc j’ai commencé par le Tigre et j’ai fini sur le NH90, avec un petit peu de Super Puma Marc 2 Plus mais très peu. J’ai participé à mon petit niveau » raconte-t-il, intéressé par « la technicité, le développement d’un aéronef ». Mais l’appel du vol est le plus fort. Il embarque pour un CDI contractuel dans la Sécurité civile en 2005. « On n’est pas fonctionnaire, et si l’État demain décide de se séparer des 40 hélicoptères et bien on fait partie du lot », explique-t-il.

    « Dans la Sécu, on n’attend pas la réalisation dans 4 ans, le résultat, on l’a tout de suite et on a la satisfaction d’avoir été utile. C’est un mélange de plaisir, parce qu’on est payés pour faire quelque chose qu’on aime mais à côté de ça, on ne se balade pas non plus, notre métier c’est d’être au service des personnes », pose-t-il. Et d’insister : « Sans passion, on ne peut pas faire ça. Ce n’est pas possible. Parce qu’il y a trop de contraintes. On travaille les week-ends, les jours fériés, à Noël, au jour de l’An… C’est 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Voilà, on est là pour ça. » La passion, un point commun aux 80 personnes qui travaillent à la base, et qui donne aussi « de l’énergie » quand « tout le monde est super motivé » se réjouit Michel qui ajoute l’envie de « former les jeunes », souvent des quarantenaires pour l’aéronautique, qui viennent en grande partie de l’armée et entament une deuxième carrière.

    Le mental compte aussi quand les interventions s’enchaînent. « C’est vrai, on est détachés, et il le faut car on affronte souvent des trucs un peu graves », convient-il évoquant ce moment « avant Noël, vers Lançon-Provence, où il y avait eu un accident avec deux voitures. Un véhicule a été coupé en deux, la jeune conductrice est morte car elle était au téléphone. Elle a glissé et l’autre conducteur l’a vue arriver sur lui. On en parle suffisamment, il y a des campagnes, mais la réalité est là pour rappeler les conséquences », témoigne-t-il. Il se souvient également d’une mission au début de sa carrière, en Guadeloupe lors des mouvements sociaux de 2009. « On avait récupéré un môme de 11 ou 12 ans qui était en train de se noyer. Il faisait le bouchon, il s’était épuisé à nager pour revenir. On l’a sorti de l’eau et on l’a emmené à l’hôpital. C’est la partie gratifiante du métier, on se dit qu’on a servi à quelque chose », sourit-il. Il est aussi intervenu lors « des inondations, la tempête Alex… On se retrouve à sortir les gens à moitié nus par les Velux sur les toits… »

    Mais pas question de se relâcher : « Ici finalement, on ne se repose pas, c’est une remise en question permanente », apprécie Michel Romani avant de repartir vérifier son treuil.

  • Les salariés de Fibre excellence interpellent l’État

    Les salariés de Fibre excellence interpellent l’État

    Pour les salariés de l’usine Fibre Excellence de Tarascon, ce lundi marque une entrée en résistance. Le tribunal de commerce de Toulouse a requis, lundi matin, la liquidation judiciaire de l’usine de pâte à papier occupée (lire ci-contre), depuis jeudi. Près de 270 emplois directs et plus d’une centaine d’intérimaires et de sous-traitants sont directement concernés par cette liquidation. Pour l’ensemble de la filière bois-papier, l’activité représente entre 8 000 et 10 000 emplois induits, du bûcheronnage au bobinage.

    Autant d’enjeux que les salariés du site de Tarascon sont allés porter à la sous-préfecture d’Arles, lundi matin, alors même que le sort de leur usine se décidait à 300 km de là. Après moins d’une heure de rendez-vous, c’est le point mort. « Nous n’avons pas eu de réponse. L’État attend une décision du tribunal, mais comme vous le savez, le tribunal attend une décision de l’État », ironise Florian Berthon, délégué FO de l’usine. L’accueil lui-même est dénoncé par René Sale, de l’Union départementale FO. « Ni la sous-préfète, ni sa secrétaire n’étaient là. Quand il y a le feu à Tarascon, on peut déplacer son agenda », tance-t-il à l’égard des représentants de l’État, auxquels il demande de « nationaliser de manière provisoire » Fibre Excellence, comme « issue immédiate à ce scandale d’État ».

    Jonathan Bastid, du syndicat Filpac-CGT de Tarascon, est revenu sur la possibilité de « prendre un arrêté pour rehausser le prix du mégawattheure d’électricité » produit par l’usine pour ses propres besoins et dont elle réinjecte l’excédent dans le réseau. Une mesure « comme pour la centrale de Gardanne » complète-t-il. « Si c’était fait, cela permettrait à notre usine de repartir. Il suffit de ça ! », martèle le syndicaliste. « Plus de 300 personnes vont se retrouver au Pôle emploi d’Arles sinon. Il faut que l’État prenne ses responsabilités. On était une entreprise indispensable pour sauver la France durant le Covid, mais aujourd’hui, on est abandonnés. »

    Sauver l’usine

    pour sauver des vies

    Sauver Fibre Excellence, c’est littéralement sauver des vies, à écouter les salariés rassemblés. « Des vies se sont construites autour de l’usine, quand on croise nos collègues, on a toujours un petit mot. Moi, j’ai mon surnom. On est des collègues, des amis », illustre Thierry Boldrinei, opérateur sur le parc à bois. « Mon père travaillait dans cette usine. Pour d’autres, c’est même la 4e génération qui y travaille. On connaît tous quelqu’un qui a connu nos pères et nos grands-pères », poursuit-il, les yeux humides.

    Une culture ouvrière marquée par l’attachement à l’outil de travail. « On est habitués à notre usine et à nos salaires, on a galéré pour y rentrer », rappelle Khaled El Hajjouji, « 25 ans de boîte » et opérateur process sur la ligne de fibres. « Des usines qui payent comme ça, il n’y en a plus dans le coin », considère-t-il. Son illustration du drame social qui pèse sur les salariés est singulière : « Quand j’emmène mon fils de 3 ans à la crèche, je suis obligé de passer à côté de l’usine. À chaque fois, il me dit : “ça fume !”. Mais depuis six mois, il me demande pourquoi ça ne fume plus ». Pire, « mes autres enfants me demandent si on va vendre la maison, peuchère. Je leur dis qu’on va redémarrer, je reste fort ».

    « Dès qu’on a su qu’on était en redressement, c’était l’angoisse. On avait toujours des solutions, mais là, c’est le coup de semonce », renchérit son collègue, Thierry Boldrinei. « On est que des salariés. Mais si on part en liquidation, on bloquera tout. On embarquera pas nos outils de production comme ça ! », assure Khaled El Hajjouji.

    L’impact d’une liquidation sur la filière et le territoire peut se mesurer à ce qui a déjà pu être observé par le passé. « C’est mon 2e licenciement en deux ans, après Smurfit Kappa au Pontet », peste Hubert Costa, manifestement en colère. L’ancien salarié de l’entreprise spécialisée dans l’emballage en carton et papier, aujourd’hui affecté au mélange de la pâte à papier, ne s’imagine pas « repartir à zéro avec trois enfants », après « des années d’intérim pour un CDI qui dure deux ans chez Smurfit, et deux ans à Fibre Excellence pour obtenir un nouveau CDI que j’ai signé qu’en janvier ». Une « double peine » qui se profile pour le travailleur. « Le chômage et plus de mutuelle. Comment je vais faire pour mes enfants si je perds l’emploi et le droit à la santé ? », s’inquiète-t-il.

    Cette colère promet d’être le moteur de la lutte sociale à venir. « Pour l’instant, les choses se sont passées calmement », observait René Sale (FO) à la sortie du rendez-vous en sous-préfecture. « Mais la violence de la décision politique du gouvernement de ne pas sauver la filière et les emplois met en danger les populations de Tarascon, Beaucaire et Arles », considère-t-il. La Filpac-CGT du site inscrit son occupation « dans la durée » depuis la « mise en sécurité » des installations, jeudi dernier.

  • Marseille 1943, la justice s’achemine vers la reconnaissance des crimes

    Marseille 1943, la justice s’achemine vers la reconnaissance des crimes

    Bientôt huit ans après le dépôt de plainte du 17 janvier 2019 sur la rafle du Vieux-Port, la justice se dirige vers la reconnaissance des crimes perpétrés à Marseille en 1943. C’est l’aboutissement du long combat « pour la mémoire des disparus et la conscience des vivants » mené par le Collectif Saint-Jean 24 janvier 1943, son président Antoine Mignemi, 88 ans, rescapé des rafles, et l’avocat Pascal Luongo.

    Ce drame de la Seconde Guerre mondiale a longtemps été occulté. L’opération Sultan a été ordonnée par Hitler et exécutée avec le concours du régime de Vichy et de la police française, du 22 janvier au 17 février 1943. Cette collaboration s’incarne dans un cliché mettant en présence Bernhard Griese, le chef des SS, et René Bousquet, le secrétaire général de la police de Vichy.

    « Je suis extrêmement heureux, confirme Me Luongo, dont le grand-père et les siens furent raflés. C’est une formidable nouvelle que nous avons annoncée aux victimes, aux membres du collectif, car en plus du crime contre l’humanité des rafles du Vieux-Port, les crimes de guerre de la destruction des Vieux-Quartiers sont reconnus aussi. »

    Selon le Collectif Saint-Jean 24 janvier 1943, des magistrats du Parquet national anti-terroriste (PNAT) viendront, fin septembre, présenter aux plaignants cette décision historique à l’occasion d’une réunion publique exceptionnelle au Palais Monthyon. Des magistrats expliqueront aux parties civiles les conclusions du long travail d’enquête mené par le pôle crimes contre l’humanité, crimes et délits de guerre. Depuis mai 2019, les investigations ont été confiées aux enquêteurs spécialisés de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine (OCLCH), rattaché à la Gendarmerie nationale. Cette réunion doit être suivie d’une commémoration organisée par la Ville de Marseille.

    Interrogé, le Parquet national anti-terroriste en charge de l’enquête, au tribunal de Paris, s’est refusé à confirmer l’information. « Nous sommes en fin d’investigation. Nous travaillons sur une décision qui n’est pas encore prise. Cette décision ne sera matérialisée qu’à partir du moment où les victimes seront informées. »

    « 12 000 Marseillais ont été chassés des quartiers Saint-Jean et de l’Opéra et transférés à Fréjus. 1 500 d’entre eux furent déportés vers les camps de la mort, et parmi eux plus de 804 déportés parce que juifs », avait déclaré le ministre de l’Intérieur, à l’occasion du premier hommage national rendu le 29 janvier 2023 pour les 80 ans des rafles des 22, 23 et 24 janvier 1943. Gérald Darmanin était venu, au nom du président de la République, « réparer cette injustice et signifier sa portée nationale ». L’État reconnaissait que cet épisode sombre de la Seconde Guerre mondiale était « bien trop peu relaté dans les livres d’histoire », un épisode dont il avait reconnu qu’il était « à la croisée de la grande histoire et des destins individuels, à la croisée de la honte de la collaboration et de la fierté de la Résistance ».

    Une mémoire occultée

    En mai 2019, le Pnat avait jugé « recevable » la plainte de 24 pages déposée au nom de huit Marseillais survivants et descendants (deux sont décédés en cours d’instruction) de la rafle du 24 janvier 1943 pour crime contre l’humanité. La plainte visait « toute personne ayant commis le crime contre l’humanité à Marseille, Fréjus et Oranienbourg (Allemagne), à l’encontre de la population civile du Quartier Nord du Vieux-Port, à Marseille, entre le 24 janvier 1943 [et] le 19 février 1943 et courant années 1944 et 1945, et en tout cas pour un temps non prescrit, en raison d’une atteinte volontaire à la vie, du transfert forcé de population, de la privation grave de liberté physique et des actes inhumains causant intentionnellement de grandes souffrances et des atteintes graves physiques et psychiques ».

    La plainte détaillait combien la population civile, ces familles pauvres issues pour la plupart de l’immigration italienne et en particulier napolitaine, « a été ciblée pour son lieu d’habitation et ses origines, a vécu des arrestations arbitraires, des persécutions, des transferts forcés, des déportations et des atteintes volontaires à la vie, autant d’actes inhumains dans un plan concerté pour le compte d’un État, l’Allemagne nazie, mais aussi de l’État français de Vichy ».

  • Des chevreuils dans le viseur de l’état

    Des chevreuils dans le viseur de l’état

    Un arrêté visant à permettre la « destruction administrative » des chevreuils. C’est ce qu’a publié la préfecture des Bouches-du-Rhône, le 7 juillet, afin de « réguler [la] présence » des bêtes et de « prévenir les atteintes aux cultures ». Concrètement, Didier Vigo, lieutenant de louveterie des Bouches-du-Rhône, est autorisé, « à toute heure du jour et de la nuit », à abattre un chevreuil, dans les parcelles agricoles de Clément Klein, où des nuisances ont été constatées, mais aussi « sur tous les secteurs d’où proviennent les chevreuils, ainsi que sur tous les secteurs sur lesquels ils se réfugient ». Didier Vigo pourra être accompagné de chasseurs qu’il aura désignés et qui resteront sous sa supervision.

    L’article 5 de l’arrêté précise par ailleurs que « tout acte d’outrage ou de violence à l’encontre du lieutenant de louveterie ou des participants à l’opération de destruction administrative, notamment s’il constitue une entrave à son exécution, fera systématiquement l’objet de poursuites pénales ». Cette mention s’explique sans doute par l’opposition de certaines associations de protection animale, fermement opposées à ce type de pratiques.

    Régulation naturelle

    « C’est vraiment désolant de vouloir régler tous les problèmes à coups de fusil », s’indigne Muriel Arnal, présidente de One Voice, association qui milite pour une « éthique animale et planétaire ». « Il y a une volonté, de la part de certains syndicats agricoles et des fédérations de chasse, de faire de la nature ce qu’ils veulent », ajoute-t-elle. L’activiste pointe du doigt « l’incohérence des politiques publiques », qui choisissent de « supprimer certains prédateurs naturels, pourtant indispensables à la régulation de l’environnement ». La militante se réfère en fait au cas du loup. Depuis septembre 2024, une dérogation permet en effet d’effectuer des tirs sur cette espèce pourtant protégée depuis 1993, dans certaines conditions. Ces tirs doivent s’effectuer de « manière proportionnée aux atteintes subies par un élevage ». « Quand les loups sont dans une zone, il n’y a pas de problème de chevreuils, car ce sont leurs prédateurs naturels. Il y a un équilibre », insiste-t-elle.

    Poursuite juridique ?

    En 2022 déjà, une autorisation similaire, sur la commune du Puy-Sainte-Réparade (Bouches-du-Rhône), avait été attaquée par l’association en référé, révoltée par ce qu’elle qualifiait de « massacres autorisés par les préfets ». « Des recours pour sauver les animaux, nous en faisons peut-être 100 par an, détaille Muriel Arnal. On attaque dès qu’on peut. Donc, si c’est possible, nous attaquerons cette décision ».

    L’arrêté s’applique jusqu’au 12 septembre 2026.

  • La mairie de La Garde sommée de dévoiler ses frais de représentation et des documents d’ordre public

    La mairie de La Garde sommée de dévoiler ses frais de représentation et des documents d’ordre public

    Dans son combat pour la transparence et la probité de la vie publique, le groupe d’opposition Uni.e.s pour La Garde glane une nouvelle victoire. Après la condamnation de Jean-Louis Masson, en novembre, à une amende de 15 000 euros pour prise illégale d’intérêt après avoir participé, entre 2020 et 2022, à dix délibérations concernant deux sociétés qu’il présidait, alors qu’il était maire de La Garde, c’est cette fois le tribunal administratif qui a épinglé la majorité municipale jeudi dernier.

    Uni.e.s pour La Garde avait en effet déposé une plainte concernant le refus du désormais premier adjoint, et de la maire réélue en mars Hélène Arnaud-Bill, de communiquer les détails de 20 000 euros de frais de représentation engagés depuis 2020. Cette plainte concernait aussi des documents (grands livres comptables, rapports des commissaires aux comptes, rapports de gestion et procès-verbaux des assemblées de 2020 à 2023) relatifs à deux sociétés publiques, la Société gardéenne d’économie mixte (Sagem) et la Société d’aménagement et de gestion publique (Sagep). Les deux élus devront ainsi faire œuvre de transparence et dévoiler l’intégralité des documents demandés. En ce qui concerne la Sagem et la Sagep, ils se voient sommés de transmettre les documents demandés dans un délai d’un mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. La commune devra également verser 1 500 euros aux requérants au titre des frais de justice.

    « La transparence est

    une obligation démocratique »

    « Depuis des années, nous demandons simplement que les élus puissent exercer pleinement leur mission de contrôle et accéder aux documents permettant de vérifier l’utilisation de l’argent public. Cette décision rappelle une évidence : la transparence n’est pas une faveur accordée par une majorité, c’est une obligation démocratique », s’est réjouie Julia Peironet Bremond. « Nous poursuivrons notre action afin que chaque euro d’argent public puisse être contrôlé. Nous continuerons à défendre cette exigence avec détermination, car la transparence de la vie publique n’est pas un privilège accordé à l’opposition, mais une exigence que nous devons à tous les citoyens. »

    Contactés, les élus de la majorité n’ont pas répondu à nos sollicitations.

  • Un inspecteur du permis testé positif au cannabis à Marseille

    Un inspecteur du permis testé positif au cannabis à Marseille

    La décision du ministre de l’Intérieur de révoquer et de radier des cadres un inspecteur du permis de conduire et de la sécurité routière (IPCSR) repris à nouveau à conduire sous l’emprise de substances ou plantes classées comme stupéfiants n’est pas une sanction disproportionnée, a jugé le tribunal administratif de Marseille dans une affaire qui tient quelque peu du gag et du vaudeville judiciaire.

    Dans sa décision du 9 juin, le juge administratif rappelle que l’inspecteur a déjà été reconnu coupable de ces faits à deux reprises par le tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence qui lui avait infligé une première suspension de six mois de son permis de conduire en 2022 puis une seconde suspension de neuf mois en 2024 assortie d’une amende de 800 euros et, s’il vous plaît on ne rit pas, d’un stage de sensibilisation à la sécurité routière.

    Un stage de sensibilisation à la sécurité routière…

    Le requérant soutenait ne consommer du cannabis qu’à des fins thérapeutiques suite à un syndrome anxiodépressif, pour lutter contre ses insomnies et uniquement le soir, avant de dormir. Le juge retient qu’il a été contrôlé positif à deux reprises en seulement deux années d’intervalles et que lors du dernier contrôle où il a été testé positif il faisait passer l’examen du permis de conduire… « Eu égard aux fonctions particulières exercées par le requérant, inspecteur du permis de conduire, à sa récidive, aux risques encourus pour lui et pour les élèves à bord du véhicule ainsi qu’à son devoir d’exemplarité, la sanction de révocation ne peut être regardée comme disproportionnée », a tranché le tribunal.

    Près de 1 300 inspecteurs du permis font passer chaque année 1,8 million d’examens. L’exclusion de cet agent de l’État vise aussi à préserver la crédibilité de ce corps administratif.