Tag: cyberharcèlement

  • Les ambassadeurs scolaires de Martigues contre le cyberharcèlement récompensés

    Les ambassadeurs scolaires de Martigues contre le cyberharcèlement récompensés

    « Le monde est connecté aujourd’hui, mais faut pas abuser et utiliser les réseaux sociaux de la bonne manière », affirme Méline Cortès. La lycéenne et ses camarades la terminale 4 du lycée Lurçat ont remporté le concours citoyenneté du Pays de Martigues ex æquo avec la terminale 3, lors de l’annonce des résultats vendredi après-midi à l’hôtel de Ville.

    Le thème de cette année était le respect dans un monde connecté. Chaque classe participante a dû y aller de son imagination. « On a fait une intervention à l’école primaire pour présenter les dangers des réseaux sociaux avec des jeux de memory et de pendu », restitue Mona Bertand, de Tle 3, constatant qu’« aujourd’hui tout le monde a un téléphone en primaire ». Leurs homologues de terminale technologique au lycée Lurçat ont fini 3e, mais peu importe, pour leur professeure de mathématiques Béatrice Babel. « Ça nous sort de l’habituel, le sujet les a tout de suite fédérés autour d’une vidéo. À aucun moment je n’ai dû faire de la discipline, ils ont vraiment donné le meilleur d’eux-mêmes, ce sont maintenant de vrais ambassadeurs contre le cyberharcèlement », insiste l’enseignante.

    Onze établissements

    Ce ne sont pas moins de 13 projets qui ont été présentés par onze établissements, collèges et lycées de Martigues, Port-de-Bouc, Châteauneuf-les-Martigues et Saint-Mitre-les-Remparts, de la sixième à la terminale. Les finalistes de chaque catégorie sont récompensés par une somme dédiée à une sortie pédagogique, de 600 et 400 euros pour les premiers et seconds.

  • [Grand entretien] Marie Nikichine : « Les idées du RN sont à l’opposé de nos valeurs »

    [Grand entretien] Marie Nikichine : « Les idées du RN sont à l’opposé de nos valeurs »

    PARCOURS

    La Marseillaise : Qu’est-ce qui explique votre engagement ?

    Marie Nikichine : Je suis bibliothécaire à Paul Valéry et mère de 4 enfants. J’ai mis du temps à comprendre le rôle que pouvaient avoir les parents d’élèves. C’est d’ailleurs sur un malentendu que je me suis retrouvée élue dans un conseil d’école. Quand mon premier enfant est entré au collège Fontcarrade à Montpellier, j’ai découvert la FCPE et un cadre plus réglementaire pour agir. J’ai compris que la FCPE offrait des clés de compréhension sur un fonctionnement pas facile à lire pour les parents. En 2023, où j’étais administratrice à la FCPE, je m’étais engagée dans un collectif de soutien à une famille arménienne en difficulté à l’école Paul-Langevin. Je préside la FCPE depuis juin 2025.

    VALEURS VS EXTRÊME DROITE

    La FCPE a décidé de se protéger des tentatives d’infiltration de l’extrême droite…

    M.N. : C’est déjà arrivé notamment à Aniane. Il y a une confusion entre la FCPE, association d’utilité publique, et le fait d’être représentant de parents d’élèves. Tout le monde peut adhérer chez nous mais la FCPE a des valeurs. On ne signe pas avec son sang mais quand on veut s’investir il faut s’accorder sur l’école émancipatrice, respectueuse des enfants, où les parents ont leur place dans un principe de coéducation, avec une bienveillance vis-à-vis des intérêts supérieurs des élèves. Quand vous lisez le programme du RN, on est complètement à l’opposé. Il est normal qu’il y ait un trouble si un représentant s’affiche comme RN. Du coup, on travaille sur un cadre déontologique. C’est un jeu d’équilibriste. Est-ce qu’être intolérant à l’intolérance c’est être intolérant ? Disons qu’on n’est pas censé utiliser l’image de la FCPE dans un cadre politique. On est vigilant quel que soit le parti pour des candidatures aux municipales.

    Le programme Evars (Éducation à la vie affective et sexuelle)
    est-il satisfaisant ?

    M.N. : On s’est réjoui du fait que l’enseignement est devenu un vrai programme (d’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité) pour être sûr que les heures soient faites. Il y a eu beaucoup de confusion avec des entreprises de désinformation portées par le Syndicat de la famille (proche de l’extrême droite). Ils s’attaquent quasiment au programme de SVT, il ne faudrait pas parler de la reproduction. À Castelnau ou Saint-Jean-de-Védas, des affiches ont été placardées pour dénigrer le dispositif que l’on soutient à la FCPE.

    HARCÈLEMENT SCOLAIRE ET FORMATION

    La Marseillaise : L’Éducation nationale met-elle les moyens pour lutter contre le harcèlement/cyberharcèlement scolaire ?

    M.N : Le protocole « Phare », qui offre un canal d’échanges, a fait la différence. Les établissements s’en emparent, il y a des réussites, on a progressé au moins pour entamer les choses. C’est pris au sérieux, on a des interlocuteurs au rectorat. On est aussi sollicités sur des cas plus complexes. Le cyberharcèlement est devenu un fait de société avec les groupes de discussions. Il y a un travail conjoint sur le danger des écrans. Personne ne fait l’autruche. En revanche, on est plus désarmés sur des relations problématiques entre enseignants et élèves avec un rapport de force défavorable à l’élève dont la parole n’est pas toujours évidente à faire entendre. Des parents ont peur de représailles, d’aggraver la situation.

    La formation accélérée des enseignants pour contrer la crise des vocations est-elle satisfaisante (Bac+3) ?

    M.N : On en est à un point où l’on est contents d’avoir des contractuels même si c’est parfois inégal en termes de qualité pédagogique. Mais ce n’est pas l’idéal. Je ne sais pas pourquoi on ne revient pas à un système de titulaires remplaçants. Je pense qu’il y a plusieurs causes à la crise des vocations, notamment le manque de moyens et d’attractivité du métier (rémunérations). Heureusement, il reste des enseignants hyper investis qui ont ça dans le sang. Je suis en admiration devant leur capacité à supporter les enfants et à porter des classes. Les jours où on voit le verre à moitié plein, on peut rester optimiste.

    ÉDUCATION NATIONALE

    Le gouvernement annonce la suppression de 4 400 postes d’enseignants…

    M.N. : On a un problème avec les annonces du gouvernement depuis quelques années. Il a aussi été dit qu’on aurait une moyenne d’un prof pour 21 élèves, ce qui – théoriquement – améliorerait le ratio avec la baisse démographique. C’est toujours la bataille des chiffres. On nous mélange souvent les chiffres de l’éducation prioritaire, ce qui fait baisser les moyennes alors qu’on a des maternelles à 27 gamins, des lycées plus de 30. On n’y croit surtout pas dans l’Hérault où la baisse démographique est moindre qu’au niveau national. On attend de voir la situation réelle des établissements. C’est pareil pour tout, on se rend vite compte que l’assistante sociale n’est là qu’un jour par semaine et ne peut répondre aux besoins.

    Il y a aussi le manque d’AESH et d’Atsem…

    M.N : On vient de porter des mobilisations dans plusieurs établissements sur le manque d’accompagnants d’enfants en situation de handicap (AESH). Cette année, le problème a explosé, ça ne tient plus. Parfois les enseignants se mettent en grève, ce n’est pas pour le plaisir. Le rectorat fait ce qu’il faut pour les AESH individualisés. En revanche, les AESH mutualisés c’est beaucoup plus flou. Parfois l’enfant se retrouve avec 1h d’accompagnement par semaine. En classe, c’est de la souffrance pour tout le monde : les enfants qui souffrent de handicaps, les autres et les enseignants.

    Au sujet des Agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (Atsem), pour lesquels on avait des manques l’an passé à Montpellier, la mairie semble avoir amélioré les choses même si cela pourrait être mieux. On reste vigilant.

    FAMILLES EXPULSÉES ET À LA RUE

    M.N : Ça montre qu’il faut continuer à être très vigilant et épauler les parents. On est alertés par des familles qui ne savent pas quoi faire. Un collectif « Un toit, un avenir » s’est monté auquel participe la FCPE. Face au positionnement assez tranché de la préfecture, il va falloir faire face dans le respect des familles. On est sur des droits fondamentaux. Il faut relayer ces actions, épauler les parents. On est dans le rapport de force. En Conseil départemental de l’Éducation nationale, on a déjà mentionné ce genre de situations.

  • « Les agriculteurs ne m’insultent pas, ils me demandent de l’aide »

    « Les agriculteurs ne m’insultent pas, ils me demandent de l’aide »

    La Marseillaise : Vous êtes agroclimatologue. Pouvez-vous rappeler votre parcours et ce qui vous a conduit à ce métier ?

    Serge Zaka : Je suis docteur en agroclimatologie. Mon travail, c’est d’étudier l’impact du climat à long terme sur l’agriculture, mais aussi celui de la météo à court terme : la canicule de la semaine, le gel tardif, la grêle. Ce qui me passionne, c’est de rendre ces phénomènes compréhensibles pour tous. Sur les réseaux sociaux, je vulgarise avec des chiffres, des graphiques, sans exagération. C’est cette visibilité qui m’a fait connaître… mais qui m’expose aussi aux attaques.

    Depuis plusieurs années,
    vous êtes pris pour cible sur les réseaux sociaux. Comment vivez-vous ce harcèlement ?

    S.Z. : Il y a eu plusieurs étapes. Au début, ce n’était que des moqueries. Puis les canicules, l’élection de Donald Trump et, plus récemment, le rachat de Twitter, ont libéré une violence énorme. On parle de centaines, parfois de milliers de messages par jour. 99% relèvent d’insultes ou de dérision, mais 1% sont hors-la-loi : menaces de mort, de viol, racisme, incitations au suicide. Parfois, ce sont même des mails ou des messages que je reçois directement. Je travaille avec la gendarmerie et le ministère de l’Intérieur pour signaler ces contenus. Car au-delà du moral, il y a un risque physique : un jour, certains pourraient passer à l’acte.

    Pourquoi ces discours climatosceptiques trouvent-ils encore un écho ?

    S.Z. : En réalité, ils sont minoritaires dans la société. Beaucoup de comptes sont automatisés, des « bots » qui visent à décrédibiliser la parole scientifique. Derrière, on trouve des entreprises, parfois même des États. Ceux qui relayent ces contenus se voient comme des sauveurs de la vérité, mais n’apportent aucun argument scientifique. Ils sont très bruyants, très organisés, surtout à l’extrême droite, mais peu nombreux. Dans la vraie vie, la majorité des citoyens et des agriculteurs constatent bien les effets du changement climatique.

    Face à cette violence, avez-vous songé à vous taire ?

    S.Z. : Non. Leur objectif est de nous faire taire, je fais donc l’inverse. Je réponds rarement, mais toujours factuellement, avec des données locales, des graphiques, en ciblant des leaders d’opinion, comme les élus ou les personnalités médiatiques. Les insultes ne résistent pas aux faits. Cette méthode attire beaucoup de jeunes qui apprécient de voir un scientifique confronter un discours mensonger. Et chaque fois que je démonte une intox, je gagne en visibilité. C’est un moyen de retourner la situation à notre avantage. Cela dit, il faut distinguer : l’humour et la dérision sont utiles, mais les menaces graves, elles, ne doivent pas être banalisées.

    Vous êtes en contact direct avec le monde agricole. Que vous disent les agriculteurs ?

    S.Z. : Contrairement à ce que prétendent mes détracteurs, les agriculteurs ne me voient pas comme un ennemi. Bien au contraire. Une preuve de plus qu’ils n’agissent pas réellement dans l’intérêt de ceux qu’ils prétendent défendre. J’ai conseillé ou formé plus de 15 000 d’entre eux l’an dernier. Beaucoup m’écrivent, parfois désespérés, pour comprendre comment s’adapter. Certains envisagent même de quitter leur région pour continuer à produire ailleurs. Mon rôle, c’est de leur montrer qu’il existe des solutions : changer de variétés, modifier les dates de semis, investir dans des protections. Mais cela demande des moyens et une stratégie nationale. Nous avons besoin d’un véritable plan Marshall pour l’agriculture face au climat.

    Quel est, selon vous, le mot d’ordre pour l’avenir ?

    S.Z. : Anticiper. C’est le mot d’ordre. On peut s’adapter si on comprend les risques et si on investit dès maintenant. C’est tout le sens de mes travaux et des outils que je développe, comme agroclimatologie.fr, qui propose gratuitement des données précises aux agriculteurs. Plus on aura de données fiables, plus on coupera court à la désinformation. Je consacre ma vie à ça, par passion, pas pour l’argent. Et je crois qu’à terme, les faits l’emporteront sur les discours. Mais il faut que l’État, l’Europe et la société tout entière soutiennent réellement les agriculteurs dans cette transition.

    Propos recueillis par Axel Jolidon