Tag: cuisine

  • Une émission dédiée aux talents culinaires des cités

    Une émission dédiée aux talents culinaires des cités

    Une Cité, Un Chef : tel est le nom de la nouvelle émission diffusée sur BFM Marseille Provence à partir de ce mercredi 6 mai, à 19h30. Le concept est simple, réunir huit locataires de logements HLM du bailleur social 13 Habitat dans un concours de cuisine. Les résidents concocteront une recette de A à Z, typique de leurs racines. Le tout filmé chez eux, dans leur propre cuisine. La gastronomie devient alors un vecteur de cohésion et de valorisation des talents.

    Pour le directeur général du groupe 13 Habitat, Damien Vanoverschelde, « l’association de notre image à ce concept offre à la France un autre portrait de nos quartiers ». Malgré le coût de ce programme, à savoir « 40 000 euros » pour le bailleur, le directeur estime qu’il représente « un investissement nécessaire afin de redonner l’utilité sociale que nous portons ». Il ajoute : « Bien sûr, c’est un coup de communication, mais je préfère ça que de payer des encarts publicitaires. »

    En juillet 2025, l’État a sanctionné 13 Habitat pour des « dysfonctionnements persistants » relevés dans le quartier Notre-Dame des Marins, à Martigues. C’est aussi dans ce cadre que Damien Vanoverschelde rappelle la vocation affichée pour ce programme : « Ça paraît en décalage avec les lourds investissements nécessaires, mais en fin de compte, c’est complémentaire car il s’agit de mettre en évidence la dignité des locataires. »

    Seuls quatre des huit candidats peuvent accéder à la finale, à l’issue des votes du public. Ces finalistes feront face à un jury composé du chef du Grand Bar des Goudes Benjamin Mathieu et de la cheffe du restaurant Habiba, Meryem Chaouay. Le grand gagnant remportera une journée d’immersion dans un de ces restaurants. Tous les participants recevront des lots surprises offerts par La Maison Empereur, partenaire de l’émission.

    Carmen Vollenweider

  • Pour remettre de la démocratie au cœur du système alimentaire

    Pour remettre de la démocratie au cœur du système alimentaire

    « On arrive à la fin du début du processus », ironise Sati Allain, devant une dizaine d’habitants des 1er et 3e arrondissements de Marseille. Assis en cercle dans la cour du centre social de la Fraternité (3e), des gâteaux faits maison passent de main en main pendant que la bénévole de la collective marseillaise de l’alimentation et des communes (Comac) rappelle la thématique de ce samedi : la démocratie alimentaire. C’est la dernière session de formation avant que les participants de cette expérimentation de Sécurité sociale de l’alimentation ne passent à la phase de création de leur propre système.

    En France, une centaine d’expériences similaires ont vu le jour depuis 2020 pour permettre un accès plus égalitaire à l’alimentation et reprendre un pouvoir décisionnel sur ce système. « On veut passer de simples consommateurs à acteurs », souffle une participante de l’expérimentation. Le principe général se base sur celui de la Sécurité sociale : chacun cotise suivant ses revenus, pour avoir une partie de ses dépenses alimentaires prises en charge. Ses applications concrètes sont elles toutes différentes, puisque chaque groupe local décide de sa forme démocratiquement. D’une caisse à l’autre, la façon d’être remboursé, de cotiser ou les produits conventionnés divergent.

    Plus de démocratie

    Un ensemble de décisions que vont bientôt prendre les participants de l’expérience pour les 1er et 3e arrondissements de Marseille. Mais avant cela, la vingtaine de participants se réunit toutes les deux semaines depuis novembre, pour être formés sur des sujets divers comme l’histoire de la Sécurité sociale, le système agroalimentaire ou encore la démocratie. Le but : que chaque participant ait la même base de connaissances pour décider collectivement du fonctionnement de leur Sécurité sociale de l’alimentation. « Cette phase de formation permet plus de démocratie, explique Amandine Borel, chercheuse sur l’alimentation durable au sein de Paroles Vives. Sans cela, les gens qui s’y connaissent plus prennent assez vite le lead. »

    Car dans le groupe, les profils sont divers. Paul*, retraité et habitant de la Belle de Mai, est assez engagé sur les questions de l’alimentation : « Je ne fais plus mes courses dans la grande distribution depuis 4 ans », explique ce syndicaliste, qui affirme « fricoter avec des paysans et des gens du commerce équitable ». Si certains, comme Paul* sont déjà militants sur ces questions, d’autres sont un peu plus éloignés de cet engagement.

    Pour Mohammed, qui travaille sur les marchés, ces formations lui permettent de mieux comprendre le système agroalimentaire. Arrivé dans le comité d’habitants grâce à l’association Cuisine 101, l’Algérien voit dans ce projet de Sécurité sociale de l’alimentation un lieu de sociabilité : « C’est un groupe soudé et solidaire. » Les réflexions sur la forme de la caisse alimentaire devraient débuter en mai.

    Le prénom a été modifié

  • Des « supers voyageurs » tranquillisés et autonomes

    Des « supers voyageurs » tranquillisés et autonomes

    « Je me suis pris une amende alors que j’étais en règle, ça m’a pas trop fait rigoler. Et je leur ai dit parce que beaucoup de jeunes qui travaillent ici ont eu des problèmes. C’est parti de moi l’initiative. » Comme Dylan et Kevin, trisomiques, Théophile, lui atteint du syndrome de l’X-fragile, prend le train depuis Marseille pour venir travailler à la « Gare des étoiles », initialement la halte SNCF de Niolon. Un tiers-lieu investi depuis 4 ans par l’association « T’Cap 21 » qui propose de la restauration aux voyageurs avec son « Train Inc Café », permettant aussi aux jeunes de travailler en cuisine, au service ou à la plonge, sans oublier une multitude d’activités et d’actions pour l’inclusion. Et ces employés en témoignent, pour eux, se faire contrôler à bord du TER peut être une véritable épreuve, engendrant stress et incompréhension.

    La mauvaise expérience de Théophile a interpellé Julianne, conductrice de train sur la ligne Marseille-Miramas et membre de T’Cap 21 qui faisait déjà le lien avec le « Train Inc Café » en organisant des opérations « citronnades » où les jeunes apportaient sur le quai de quoi désaltérer les personnels de la SNCF. Elle en discute avec sa collègue Orkia, contrôleuse. « Je me suis dit il faut qu’on fasse quelque chose, qu’on puisse intervenir et qu’on les rassure ces jeunes. Moi je suis contrôleuse, je ne suis pas méchante », explique cette dernière.

    Sensibiliser les agents

    de la SNCF

    La hiérarchie a suivi. L’idée vient de démystifier le contrôle en y faisant participer les jeunes sur une journée puis de les munir d’un cordon avec un badge spécifique de « super voyageurs » pour leurs déplacements. « Avec cette identification forte, cela leur permet d’être visibles et d’éviter le stress de chercher l’abonnement dans le sac », explique Andrine Bernard, directrice des lignes TER Ouest Provence, pour qui « ce projet a pointé du doigt le fait que nos salariés, dans le cadre de leur formation, doivent être sensibilisés à tous nos voyageurs et toutes les situations qu’ils peuvent rencontrer », reconnaissant que « jusqu’à présent, c’est vrai qu’on était focalisés sur la partie sûreté, gestes et postures, potentiellement avec des voyageurs sans titre de transport ou avec un tarif non adapté ».

    Pour Nora, trésorière de T’Cap 21 et maman de Kevin, 32 ans, un des quinze « supers voyageurs », l’autonomie de son fils est primordiale. « Depuis ces 15 ans, il prend le taxi seul. Mon mari est décédé, je travaillais, on n’avait pas le choix. Là il va au café deux jours par semaine puis, le reste du temps, dans un foyer parce qu’il n’aime pas rester seul. La solitude est un poids. Il se débrouille, il fait un trajet d’une heure et demie tous les matins, tous les soirs », raconte-t-elle. Kevin nous montre fièrement son abonnement avec lequel il va aussi voir sa copine dans Marseille. « Dans le train, je suis avec le casque, dans ma bulle et avec le badge, et puis aussi Julianne, je suis rassuré », confie-t-il.

    La SNCF imagine développer le projet sur d’autres lignes, avec le soutien de la Région dont le représentant, Jean-Pierre Serrus (Ren.) est venu « en observateur ». « On accompagne cette initiative. La Région prend là des idées opérationnelles sur ce qu’on peut faire de plus pour que notre service public s’adresse à tout le monde… En particulier. On va réfléchir comment on va essaimer », annonce l’élu.

    Pour Julianne et Orkia, il faut aller plus loin : « Ces jeunes sont ceux qu’on connaît, qu’on aime, on est fiers d’eux mais on pense aussi à toutes les autres personnes en situation de handicap visible ou non, et pas que. Il y a aussi des personnes qui manquent de repères et pour qui prendre le train est une épreuve. Pourquoi pas étendre cette sensibilisation à ces gens-là aussi… »

  • La cuisine thérapeutique pour lutter contre les troubles alimentaires à l’hôpital

    La cuisine thérapeutique pour lutter contre les troubles alimentaires à l’hôpital

    Plaques de cuisson, four, micro-ondes et ustensiles flambant neufs. Nous ne sommes pas dans un restaurant, mais dans la cuisine thérapeutique de l’hôpital de jour adolescents l’Odyssée, composante de l’hôpital George-Sand, qui accueille en son sein l’unité Revam (Réseau varois autour de l’anorexie mentale), destinée aux jeunes de 11 à 25 ans souffrant de troubles anorexiques.

    Cet outil, qui permet de réduire l’angoisse liée à l’alimentation, restaurer l’autonomie et le plaisir sensoriel, renforcer les liens familiaux et favoriser les échanges avec les soignants « a fait ses preuves dans d’autres centres », affirme le Docteur Laurent Pes, du pôle pédopsychiatrie. Il vise à « savoir comment ça se passe dans la tête des jeunes au niveau des repas, et réunir les parents afin de trouver des ressources pour l’alimentation de l’adolescent ».

    Un premier atelier

    la semaine prochaine

    Sont en premier lieu concernés les jeunes « ayant déjà un peu évolué, et étant en capacité de cuisiner », qu’ils soient pris en charge en externe, en hôpital de jour ou en hospitalisation complète. « On voit d’abord avec la famille comment ça se passe niveau repas. Ensuite, l’objectif est de cuisiner quelque chose et de le manger à la fin », détaille le docteur Pes.

    Le premier atelier, encadré par une infirmière et une diététicienne, aura lieu la semaine prochaine. « On rencontre d’abord les jeunes pour réaliser le menu en amont et éviter les surprises et angoisses. Ensuite, on prépare le repas, on le mange, avant un petit temps de parole et un questionnaire individuel », précise Danila Reiss, infirmière, qui ajoute que « d’autres cadres sont prévus plus tard, avec des repas partagés avec une psychologue et les familles. »

  • Une station routière romaine avec thermes mise au jour à Gémenos

    Une station routière romaine avec thermes mise au jour à Gémenos

    Une équipe de l’Inrap a mis au jour ces dernières semaines sur le site « Coupier Près » à l’entrée de Gémenos, les vestiges d’une station routière antique occupée entre le Ier et le IIIe siècle de notre ère. Son complexe thermal en bon état de conservation est une réelle surprise.

    En accord avec le Service régional de l’archéologie et le Groupe Perottino qui porte le projet de lotissement de 12 maisons individuelles, chemin de la République sur une parcelle de 4 000 m² où la fouille préventive est menée depuis le 19 janvier, l’Inrap ouvrira le site au grand public toute la journée de samedi 28 mars pour présenter ces premières découvertes *.

    De précédentes fouilles aux alentours avaient déjà permis de cerner les limites d’une petite bourgade occupée à cette période par des populations locales romanisées. Une équipe de 10 archéologues investiguent le site jusqu’au 25 mai. Outre quelques petites pièces de monnaie massaliote en cuivre, des bris d’objets sont remontés, ceux d’un verre à boire, d’une assiette et de bols à sauce ou à condiments. Il faudra deux années ensuite à l’équipe scientifique pour approfondir les recherches et produire un rapport.

    « Le site a révélé les restes d’un bassin enduit de marbre, des murs, des fonds de canalisations et des fosses datées de l’époque antique et médiévale du XIIe siècle », montre Elsa Sagetat, responsable scientifique de la fouille et spécialiste de l’Antiquité. « On sait qu’on est à proximité de champs, de plantations de vignes et de vergers et de trois ou quatre voies antiques. Ce site est probablement à la limite sud de l’agglomération antique avec une petite ruelle et un ensemble de constructions qui pourrait être interprété comme une petite station routière à l’entrée de l’agglomération. On a trouvé des petits fours et des éléments métalliques, des clous de sandales qui laissent penser qu’il y a eu à une activité métallurgique sur la voie et de la cavalerie. »

    La station n’est pas notée dans les grands itinéraires impériaux connus dans l’Antiquité et relevés dans la table de Peutinger qui est une copie du XIIe siècle sous forme de parchemins d’une carte routière romaine couvrant tout l’Empire romain et les conquêtes d’Alexandre le Grand jusqu’en Inde. Cette petite station de Gémenos devait partir vers le rivage marseillais en étant reliée à la voie Aurelia qui passe beaucoup plus au nord et qui reliait l’Espagne et l’Italie, estime l’archéologue.

    La salle de chauffe

    Les fondations des thermes du site impressionnent par leur état de conservation. « Ces deux pièces aménagées sur des hypocaustes (pilettes) avec du béton hydraulique étaient chauffées par le sol par une salle de chauffe avec une pièce pour l’arrivée des combustibles. C’est un petit parcours thermal dans une station routière pour voyageurs comme on en a sur les bords d’autoroute. On verra dans nos recherches s’il y avait des baignoires. L’arrivée d’eau n’a pas encore été trouvée », explique Eva Sagetat pour qui « ces thermes sont trop petits pour être publics et trop grands pour être privés ».

    Les nombreux foyers observés sur plusieurs points associés à des fragments de fer, de bronze et de plombs orientent les archéologues vers l’hypothèse de restes d’un atelier de métallurgie. « Nous allons récupérer tous les micro-restes pour comprendre à quoi servaient les pièces. Était-ce pour l’enclume, le coulage, la mise en fusion du métal ? Qu’y fabriquait-on ? Un tel atelier à l’entrée de l’agglomération, n’était pas négligeable pour refaire les hipposandales des chevaux qui tirent les charrettes. Le fer à cheval n’existait pas, c’était une sandale en fer. »

    Plus à l’ouest de la parcelle de 4 000 m² deux grands espaces rudimentaires avec des traces de chape de charbon ont été dégagées dédiés à des activités artisanales. Une pièce de petite dimension aménagée d’un béton de tuileau supporte un four construit avec des fragments de dolium, ces grandes amphores et des briques de terre cuite, laissant penser à l’espace d’une cuisine.

    Toutes ces découvertes passionnantes sont donc à découvrir samedi avec leurs inventeurs à l’occasion d’une journée dédiée au grand public.

  • Grand Avignon : une 4e édition pour Bien Bon

    Grand Avignon : une 4e édition pour Bien Bon

    « Bien Bon, c’est la semaine où le terroir se met
    à table, où les produits locaux se dégustent et où les savoir-faire artisanaux sont mis en lumière, le tout dans une ambiance conviviale et accessible à tous
     », rappelle le Grand Avignon. Cette année, en complément de la programmation qui sera dévoilée en juin, le festival ouvre
    la porte à des événements labellisés « Bien Bon ». Un appel à projets est lancé autour de ces initiatives, qui « devront être innovantes, capables
    de rassembler un large public tout
    en valorisant les savoir-faire locaux
    et le patrimoine culinaire de notre agglomération
     ». Les candidatures doivent être déposées avant le 17 avril. Détail sur grandavignonbienbon.fr

  • 25 ans après, un nouveau restaurant étoilé à Toulon

    25 ans après, un nouveau restaurant étoilé à Toulon

    Sans faire de bruit mais à une vitesse déconcertante. Installé depuis décembre 2025 rue Molière, tout près de l’Opéra de Toulon, le restaurant Shanael et son chef, Anthony Denon, n’auront mis que quatre mois à obtenir leur première étoile au Guide Michelin. Une récompense attribuée en ce mois de mars par la prestigieuse institution, qui marque une étape importante pour le chef de 37 ans, d’autant plus qu’il s’agit de son premier restaurant, ouvert avec sa compagne Laëtitia.

    Pour autant, cette distinction n’a rien de surprenant au vu du parcours d’Anthony Denon, qui a déjà dirigé plusieurs établissements de prestige et décroché plusieurs étoiles. Formé à l’école hôtelière Médéric, à Paris, sa ville natale, il s’oriente dès ses 17 ans vers l’univers de la haute gastronomie et des palaces. Il travaille alors, au gré de son parcours, aux côtés de chefs renommés tels que Jean-François Piège, Christophe Saintagne et Alain Ducasse, qui lui offre sa première place de chef au restaurant Rech, à Paris. Dès 2018, il dirige le restaurant Papillon du chef Christophe Saintagne, avant de diriger les cuisines de l’Auberge du Jeu de Paume à Chantilly, dans l’Oise.

    L’anti-gaspi en mantra

    C’est là-bas qu’il développe un goût pour le végétal et un engagement contre le gaspillage en cuisine. Une identité qu’il confirme au restaurant Le Baudelaire de l’hôtel Le Burgundy, à Paris, qu’il rejoint dans la foulée, et qu’il met en lumière dans son premier ouvrage consacré à ce thème : Il en reste !, publié en 2022.

    Au Shanael, il affirme sa cuisine spontanée et vertueuse tout en sublimant le terroir sudiste et ses producteurs. Dans l’assiette, végétal et protéines se complètent grâce au talent et à l’expérience de ce chef d’origine guadeloupéenne, et par des influences venues d’ailleurs.

    Déjà auréolé d’une étoile au Jeu de Paume en 2020, puis au Baudelaire en 2022, Anthony Denon obtient cette fois une récompense consacrant son projet et sa propre équipe, qui met en valeur le territoire varois. Shanael dévient ainsi le premier restaurant toulonnais étoilé depuis 25 ans et la fermeture de La Chamade, du chef Francis Bonneau, en 2001. « Être à nouveau distingué par le Guide Michelin est une grande fierté. Pour mon équipe et moi, cette première étoile salue autant notre engagement envers la gastronomie française et le terroir toulonnais que notre investissement quotidien. Elle est le résultat d’un travail collectif entrepris avec ma femme Laëtitia, mon équipe et mes producteurs, rendu possible grâce au soutien de la ville de Toulon », se réjouit l’intéressé, non sans reconnaissance.

  • [Travailleur de demain] Théo Moni, une « pépite » aux fourneaux

    [Travailleur de demain] Théo Moni, une « pépite » aux fourneaux

    En ce moment je prépare la finale du championnat de France des desserts. C’est dans une semaine », annonce Théo, visage souriant et détendu. En démarrant un CAP boulangerie-pâtisserie, le jeune apprenti ne savait pas encore qu’il sauterait pieds joints dans les grands plats de l’art culinaire avec autant de plaisir. Toqué du piano de cuisine, Théo l’est « depuis tout petit ». En témoignent des photos de lui à trois ans, tablier autour du ventre et mains dans la farine, pétrissant la pâte dans la cuisine familiale. Il en a gardé une prédilection pour les plats à l’italienne. Sa madeleine de Proust est à la fois sarde et toscane. Il y a puisé dans son enfance l’inspiration pour son premier concours, « le sujet était le trompe-l’œil, j’ai fait un bomboli, mais au risotto ». Si sa passion reste la pâtisserie, c’est en faisant un stage à la Maison M et R, dans le 9e arrondissement, qu’il prend goût au poisson, « à la cuisine en général », et décide de bifurquer en hôtelerie et restauration.

    Dès 2024, élève au CFA Greta Marseille Méditerranée, Théo est distingué du « Coup de cœur du jury » au concours « Les pépites des chefs » qu’il défend à Paris. Depuis, il a « comme attrapé un virus ». À chaque concours, il fait monter la sauce. « J’aime les défis, ça oblige à se surpasser, ça donne un supplément de sens à ce que l’on fait. Décrocher une médaille, c’est une fierté sur le coup mais c’est surtout un formidable moteur pour aller de l’avant, comme un bilan de compétences ». Des défis, Théo en met jusque dans l’assiette, « en travaillant des produits que je n’aime pas vraiment, comme le navet. Je l’ai accommodé en tarte tatin au piment d’espelette et c’était pas mauvais ».

    Viser la crême, avec lucidité

    Chez ce chef en herbe, dépasser ses limites est d’autant plus remarquable, qu’il est poussé par sa volonté de surmonter un handicap. « Je suis multi-dys, tout ce qui relève de la coordination, la tenue des couteaux c’est compliqué. Je suis plus lent que les autres à réaliser certaines choses, avoue-t-il simplement, ça demande un plus de travail et d’adaptation. Et savoir s’adapter, c’est la première des qualités. » Maîtrise et technique sont pour lui les maîtres-mots quand on vise l’excellence. Et pour les atteindre, il ne rechigne pas à remettre l’ouvrage sur le métier. Théo n’est pas de ceux que la difficulté impressionne. Mieux, il force la main au destin et à ses professeurs, décidé à viser haut. « J’ai toujours fait ce que je voulais sans me poser de freins. Mais préparer un élève à un concours, c’est beaucoup d’investissement pour un enseignant et ça a aussi un coût financier. Alors je m’inscrivais et je leur demandais ensuite », explique-t-il, en citant une longue liste de remerciements à tous ceux qui l’ont guidé sur ce parcours, au lycée, mais aussi parmi les professionnels chez qui il a évolué en alternance. Il ne compte pas les heures passées à s’entrainer, « au lycée, dans les cusines de ST Microéléctronics, de la Tour La Marseillaise », pour réussir une préparation culinaire en quelques minutes chrono. Comme les grands chefs qu’ils admirent, « ceux qui ont inventé des recettes, ceux qui ont inventé des méthodes pour faire évoluer le métier », son objectif : « Faire un beau parcours, être dans le leader ship…sans viser le MOF, l’élite des élites, il faut être réaliste. »

  • Le goût des autres

    Le goût des autres

    C’est un métier de passion et de rigueur, d’engagement et d’apprentissage constant : la cuisine. Aujourd’hui, c’est aussi un secteur en tension. Depuis l’épidémie de Covid, les métiers de la restauration ont perdu du personnel et n’ont pas stoppé l’hémorragie. Mais ce n’est pas le seul facteur. Les conditions de travail et la rémunération font partie des critères qui peuvent rebuter. Les améliorer est une des clés pour sortir la profession de l’ornière. Et puis, il y a le volet insertion et réinsertion professionnelle, véritable atout de ces métiers de la gastronomie. Car la cuisine ouvre les portes de l’emploi notamment aux personnes qui en sont privées depuis longtemps, éloignées du système et de la jungle du marché du travail. Dans la région Paca, des restaurants d’insertion forment et accompagnent.

    Pays du bien manger

    Pour les travailleurs étrangers notamment c’est aussi un moyen de partager un savoir universel, cuisiner, et de prendre leurs marques dans leur pays d’accueil. Pour les jeunes, c’est une école de l’exigence et de la satisfaction. Le geste en cuisine est à la fois individuel et collectif.

    Le grand chef Thierry Marx en a fait un cheval de bataille depuis une dizaine d’années. L’offre est en train de se développer avec la remise au goût du jour des restaurants familiaux, à la cuisine simplement bonne. La street food s’est aussi développée. Dans le pays du bien manger, le premier loisir est la sortie au restaurant. Pour satisfaire les convives, il faut donc des travailleurs bien formés, accompagnés puis embauchés. C’est le travail des maîtres en apprentissage qui ont le goût des autres.

  • « Le travail d’équipe permet de retrouver du lien social »

    « Le travail d’équipe permet de retrouver du lien social »

    En plus de son poste de coprésidente du collectif Épices, Floriane Rieu est directrice de la Table de Cana, l’un sept restaurants membres de l’association, dans la cité phocéenne. En 35 ans, l’établissement a accompagné 1 500 profils en réinsertion.

    La Marseillaise : À qui s’adressent vos programmes de réinsertion ?

    Floriane Rieu : Notre objectif est de proposer un accompagnement professionnel et social à des personnes qui soit n’ont pas travaillé depuis plus de deux ans, soit sont aux minima sociaux et ne parviennent pas à retourner sur le marché de l’emploi. Nous proposons de les former à un métier en lien avec la cuisine. Cela peut être commis de cuisine, pâtissier, chauffeur-livreur, serveur, magasinier, plongeur… L’accompagnement social permet, lui, de travailler sur les problématiques périphériques, parfois responsables de l’éloignement de l’emploi : endettement, problèmes de logement, accident de la vie… L’idée est qu’en deux ans maximum, les personnes puissent retourner sur le marché de l’emploi.

    Quelles sont les particularités d’une réinsertion par la cuisine ?

    F.R. : La cuisine se prête bien à la réinsertion, déjà parce que c’est beau et bon, donc c’est valorisant pour les personnes qui viennent. Ensuite, c’est un travail qui se fait en équipe, ce qui permet de retrouver du lien social, pour des personnes qui ont souvent subi beaucoup de solitude. La cuisine permet d’échanger, de vivre des moments de convivialité. C’est aussi un métier évolutif, c’est-à-dire qu’on peut commencer par exécuter des tâches très simples, avant d’évoluer vers des choses plus complexes. On peut commencer par éplucher les légumes, puis progressivement avancer vers de nouvelles compétences. Et, enfin, c’est un marché en tension. Un secteur qui recrute donc, notamment depuis la crise Covid.

    Les employeurs avec lesquels vous travaillez ont-ils des réticences à embaucher des profils en réinsertion ?

    F.R. : Oui, il y a beaucoup de préjugés sur l’insertion. C’est un peu tout le travail qu’on veut mener, notamment avec le collectif. Nous voulons briser ces images fausses et accompagner les entreprises qui recrutent en les incitant à appliquer de bonnes méthodes d’intégration. C’est important que le secteur de la restauration se remette aussi en question, pour accueillir les personnes dans de bonnes conditions. Notre idée est aussi de défendre une cuisine inclusive et participative, ce qui veut dire ouvrir la cuisine à des profils avec des parcours de vie différents.

    Combien de personnes a accompagnées le collectif depuis sa création en 2022 ?

    F.R. : Par an, le collectif accompagne environ 100 personnes. Dans le cas de la Table de Cana, 65% des personnes trouvent ensuite un emploi stable.

    Propos recueillis par Margot Milhaud