Tag: conflits

  • Catherine Vautrin veut renforcer la souveraineté de l’armement français

    Catherine Vautrin veut renforcer la souveraineté de l’armement français

    Après le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou la semaine dernière, c’est la ministre des Armées et des Anciens Combattants Catherine Vautrin qui était à Toulon ce jeudi, sur le site de la Direction générale de l’armement (DGA). Une visite qui s’inscrit elle aussi dans le cadre de l’augmentation du budget de la Défense (+ 6,7 milliards d’euros en 2026, soit 57,1 milliards) et de la loi de programmation militaire 2024-2030, qu’Emmanuel Macron souhaite faire passer de 413 à 449 milliards d’euros.

    Dans cette optique, la DGA a un rôle central à jouer sur l’aspect capacitaire, en tant qu’outil de la souveraineté française. Sa raison d’être : maîtriser techniquement notre avenir pour créer la force de dissuasion et les outils de défense. Un aspect primordial « dans un monde qui se réarme » et « où les conflits régionaux se multiplient », soutient Catherine Vautrin. « Depuis 2017, le budget de l’armée a suivi une trajectoire inédite et a presque doublé. C’est une nécessité, en aucun cas un luxe. » Son objectif est de permettre la conception de moyens en un minimum de temps grâce aux nouvelles technologies, captées, notamment, dans le domaine civil. Et outre la souveraineté, l’autre but est d’être capable de soutenir les missions de l’Otan.

    La visite du jour était centrée sur le projet DANAE, qui, comme cet acronyme l’indique, vise à doter la Marine nationale d’un Drone de surface autonome naval avec une capacité d’armement embarqué. Un projet d’accélération de l’innovation (PAI), qui devra intégrer des capacités létales et non létales, avec deux types de mission : la protection des ports, et l’escorte de navires, en pouvant être commandé depuis la terre, ou embarqué dans une frégate. Il est imaginé pour « avancer à la vitesse des changements d’aujourd’hui. Nous n’avons plus le luxe d’un fonctionnement de temps de paix. Les temps politiques, industriels et opérationnels se contractent. La période de transition ouverte en 2001 s’achève », reconnaît la ministre des Armées.

    Ce projet consiste en la réalisation de sept drones navals, à plusieurs centaines de milliers d’euros, portés en collaboration par une dizaine d’entreprises (Naval Group, Thales, Exail…), dont certains sont déjà utilisés dans le civil, notamment dans la protection de plateformes pétrolières. Trois seront sélectionnés puis affinés selon les besoins de la Marine, et un seul intégrera l’arsenal maritime français d’ici 2027. À ce titre, des essais ont lieu depuis deux semaines.

    L’innovation, priorité stratégique

    Dans un monde qui se replie sur lui-même, l’innovation est une priorité : « Le champ de bataille connaît son plus grand bouleversement depuis la Première guerre mondiale. On ne pourra tenir que si on innove plus vite que l’adversaire. C’est une révolution permanente, technique, mais avant tout une révolution des mentalités », martèle Catherine Vautrin, qui invite à passer « de la stricte planification à un modèle un peu plus basé sur l’adaptation, devenue indispensable pour toutes les raisons évoquées ».

    Mais la ministre soutient également d’autres aspects liés au développement de l’industrie militaire française : « La France demeure le deuxième exportateur d’armes au monde. Notre Base industrielle et technologique de défense (BITD) n’est soutenable que parce qu’elle exporte. C’est une condition de survie industrielle, et un outil de puissance, car là ou nos équipements sont déployés, notre influence stratégique s’enracine. »

    Second aspect, et pas des moindres : la question de l’Europe de la défense, qui peine historiquement à s’affirmer sur la scène internationale. « Nous devons être plus européens dans notre stratégie industrielle, sans aucune naïveté, avec des équipements capables d’agir de concert. Nous ne pouvons parler d’Europe de la défense sans produire ni acheter européen », insiste Catherine Vautrin, non sans pragmatisme : « Mais les clients d’hier sont les compétiteurs d’aujourd’hui. Nous devons donc être offensifs et stratèges. » Et in fine, « pouvoir mieux peser sur l’Otan ». Car face à la folie trumpiste, c’est avant tout de cela qu’il s’agit.

    « Nous n’avons plus le luxe
    d’un fonctionnement de temps de paix »

  • Des vœux revendicatifs pour les portuaires CGT

    Des vœux revendicatifs pour les portuaires CGT

    Des portuaires de Marseille mais aussi de Fos-sur-Mer ont assisté nombreux ce jeudi 22 janvier aux vœux de la CGT. L’occasion pour leur secrétaire général, Pascal Galéoté, de contextualiser ce traditionnel exercice. D’abord, la situation internationale qui concerne au premier chef un port ouvert sur le monde.

    Santé, paix, solidarité, « ces mots peuvent paraître simples mais ils prennent aujourd’hui une résonance toute particulière dans un monde traversé par l’instabilité, les conflits et les dérives autoritaires » pose-t-il. Et de revenir sur un « Donald Trump qui se pose en arbitre du monde et en tuteur autoproclamé des nations ». Il rappelle à quel point le « discours politique s’est décomplexé, glissant sans retenue d’une droite conservatrice vers une extrême droite agressive, autoritaire et prédatrice ». Déplorant la multiplication des interventions militaires, en dehors « du droit international, du rôle de l’ONU et de la souveraineté des peuples », le syndicaliste souligne le cas du Venezuela, revient sur les velléités de Trump de capter les ressources fossiles du Groenland.

    La domination par la force. Une logique « que nous retrouvons en France » décline Pascal Galéoté déplorant « la concentration des pouvoirs, l’arrogance et l’autoritarisme » qui entraîne le pays vers « l’impasse démocratique ». Jusqu’à user du 49-3 faute de pouvoir voter un budget, après avoir « refusé de nommer un Premier ministre issu du Nouveau front populaire pourtant arrivé en tête aux dernières législatives ».

    Remise en cause du 1er mai

    Et de dénoncer le creusement des inégalités, les aides aux entreprises qui atteignent des sommets « sans aucune contrepartie sociale, salariale, environnementale ou industrielle ». Il enchaîne sur la remise en cause des « repères sociaux, des droits collectifs et de nos symboles ». Il entend par là le détricotage du 1er mai avec une proposition de loi LR, soutenue par les macronistes et le RN, pour autoriser ce jour-là le travail de certains secteurs, restaurants, fleuristes ou culture, en débat ce jeudi à l’Assemblée nationale. Pas question pour lui de « s’attaquer aux droits sociaux et à l’histoire ouvrière ».

    En matière de dérive, il revient aussi sur cette Une du journal La Provence le 14 janvier, sur les « grands procès de 2026 », le mettant au même niveau notamment que le chef du clan Yoda. Si depuis, le directeur de la rédaction, Olivier Biscaye, s’est fendu d’une adresse aux lecteurs, réfutant « l’idée d’avoir voulu porter atteinte à l’honneur » du responsable CGT, une rencontre a eu lieu ce jeudi matin indique Pascal Galéoté, entre « notre fédération, l’Union départementale » et « la numéro 2 de CMA et le directeur du pôle média ». « Profondément attaché à la liberté de la presse », il estime qu’elle « implique des responsabilités ».

    Fort de 42 500 emplois portuaires pour 54 métiers, soit « des dizaines de milliers de familles », il s’inquiète aussi de l’avenir, alors que la campagne des municipales bat son plein. « L’espace portuaire n’est pas un espace de loisirs », assène-t-il. Sans industrie, le port deviendrait « une coquille logistique fragile, soumise à la volatilité des trafics et à une concurrence internationale féroce », prévient-il, « la transition écologique ne peut se résumer à une opposition simpliste entre la fin du monde et la fin du mois ». Malgré un chiffre d’affaires en hausse de 245 millions d’euros, le bilan d’activité reste contrasté analyse-t-il, « le port doit beaucoup à ses activités passagers, à la réparation navale et à la fourniture de ses services essentiels comme l’eau et l’électricité ».

    « Une conjoncture instable », qui ne doit pas faire oublier que ce résultat est celui d’une « capacité collective à produire de la richesse » martèle Pascal Galéoté, fier de revendications qui ont permis la création de 37 emplois supplémentaires en 2025, « dont 4 négociés hier soir pour l’activité voyageurs », de « 87 nouvelles adhésions en 2025 pour atteindre les 867 syndiqués ».

    « L’espace portuaire n’est pas un espace de loisirs »

  • Emmanuel Macron devrait actualiser la loi de programmation militaire

    Emmanuel Macron devrait actualiser la loi de programmation militaire

    Emmanuel Macron revient à la base aérienne 125 d’Istres, jeudi, pour présenter ses vœux aux armées. Presque neuf ans après sa première élection, le président de la République se livrera à un exercice cérémoniel classique : revue des troupes, salutations aux portes-drapeaux, puis discours en fin de matinée.

    Mais, en même temps, le protocole laissera place à une séquence moins banale. L’après-midi, Emmanuel Macron prendra place à bord d’un Airbus multi rôle transport tanker (MRTT), piloté par Thomas Pesquet, colonel de réserve de l’armée de l’air, pour une manœuvre de ravitaillement en vol d’un avion Rafale. Une démonstration du module d’évacuation sanitaire Morphée, dédié aux blessés graves, est également prévue.

    Le choix de la base d’Istres pour cette cérémonie repose sur son contexte exceptionnel. 5 000 personnes y travaillent, dont pour moitié de militaires. La piste est la plus longue d’Europe avec 5 km de long. La présence de 15 Airbus MRTT en fait un « hub stratégique de projection de puissance », dans le monde, selon l’Élysée.

    Un discours attendu sur plusieurs sujets

    Le discours présidentiel est attendu. Notamment au regard de l’actualisation de la prochaine loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030n prévue au 1er trimestre. « C’est un moment qui sera très probablement axé sur ce sujet », avance l’Élysée. 64 milliards d’euros étaient prévus pour le budget pour la Défense en 2030 et Emmanuel Macron a annoncé, l’été dernier, vouloir avancer cet objectif à 2027. C’est le double du budget alloué en 2017 lors de sa première visite.

    Un discours également attendu au regard de la situation géopolitique internationale et du rôle de la France dans les conflits en cours. « Le président fera évidemment un discours en lien avec l’actualité internationale et géostratégique », précise l’Élysée. Particulièrement en ce qui concerne les « garanties de sécurité en Ukraine s’il y a un traité de paix entre belligérants », mentionne l’Élysée.

    Enfin, les trois premières promotions du service national, fortes de 3 000 jeunes, débuteront en septembre prochain. Un service uniquement « sur le territoire national, déconnecté » des enjeux internationaux, assure l’Élysée.

  • Dans un contexte « inquiétant », la Ville comme stabilité

    Dans un contexte « inquiétant », la Ville comme stabilité

    Campagne électorale oblige, Gaby Charroux (PCF) a opté pour la « retenue » lors de ses vœux à la population. Pas d’évocation de programme ni d’attaque à l’encontre de ses adversaires, présents dans la salle, donc. C’est au sein d’une Halle de Martigues comble que le maire, qui brigue un 4e mandat, a fait part de ses craintes quant à l’état du monde, en cette nouvelle année qui s’est ouverte sur l’attaque de Donald Trump à l’encontre du Venezuela, en violation du droit international.

    « Oui je suis inquiet quand une grande puissance s’improvise gendarme du monde en ne respectant pas, au passage, ses propres lois, assume-t-il. Inquiet des menaces proférées, par cette même grande puissance, à l’endroit, notamment, d’un pays européen. Inquiet de la docilité de nos dirigeants. »

    Alors que les conflits se multiplient, Gaby Charroux l’assure : « Parler de paix n’est pas un caprice. (…) C’est refuser la tentation de la division pour privilégier la voie de l’unité, de la concorde et de l’amitié entre les peuples. »

    Des repères et du lien

    Au milieu de cette instabilité, tant de l’ordre international que de « nos institutions nationales », et de l’incertitude qu’elle engendre pour la population, le maire-candidat rappelle : « Les collectivités territoriales, et plus spécifiquement les communes, ont été des espaces de stabilité », fustigeant le gouvernement Bayrou d’avoir amputé leur budget faisant perdre, « pour près de 2 000 communes, plus de 250 millions d’euros » avec le dispositif Dilico, dont 2 millions à la Ville de Martigues en 2025.

    « Les communes offrent des repères, créent du lien (…) répondent présentes à chaque étape de la vie de nos administrés » affirme celui qui veut repartir afin de poursuivre les actions menées lors des derniers mandats.

    « Je suis content d’entendre les soutiens apportés à cette politique municipale, même si elle n’est pas parfaite, consent Gaby Charroux. On a besoin de batailler encore pour un certain nombre de dossiers difficiles dont nous avons perdu la compétence, je pense à la collecte des ordures ménagères qui agite chacun d’entre nous. Mais on a besoin de ces pôles solides que sont les collectivités territoriales, qui ne bougent pas dans la tempête malgré des budgets amputés. Ce sont grâce à elles que les habitants ont accès à des services publics de qualité et de proximité, qui sont d’intérêt général. »

  • Face au sursaut fasciste et impérialiste, le PCF veut incarner l’espoir à Port-de-Bouc

    Face au sursaut fasciste et impérialiste, le PCF veut incarner l’espoir à Port-de-Bouc

    Alors qu’« aux quatre coins du globe, l’impérialisme guerrier et les atteintes populistes de l’extrême droite resurgissent », la section port-de-boucaine du PCF place ses vœux sous le signe « de l’espoir, de la solidarité, de l’amitié entre les peuples et de la fraternité », affirme l’un des membres de l’exécutif, Mathias Escalante.

    Sur le plan international, les conflits se multiplient, en Ukraine, en Palestine ou au Nigeria. La récente violation du droit international de Donald Trump est une tentative de « piller les richesses notamment pétrolières du [Venezuela] (…) et poursuivre la droitisation de l’Amérique Latine ». « Ces conflits, alimentés par la complaisance des marchands d’armes et des États-Unis (…) font monter chaque jour d’un cran les tensions géopolitiques qui menacent l’équilibre de nos sociétés », affirme le représentant de la section.

    Au niveau national, le RN « poursuit son entreprise de dédiabolisation », et les gouvernements successifs « tentent d’imposer une cure d’austérité sans précédent », cassant « les services publics ».

    Dans ce « chaos », la section renouvelle sa confiance à Laurent Belsola, maire sortant et candidat à sa succession. « On se rend bien compte de l’importance des élus locaux pour protéger les habitants. Avoir des élus de proximité, comme Laurent et son équipe, ayant fait leurs preuves et ayant la capacité de porter des projets malgré les baisses de dotation de l’État et de la Métropole, c’est quand même quelque chose de très rassurant. » Ce soutien, la section l’appuie sur un bilan « solide » et un « travail rigoureux » ayant mené, point d’orgue du mandat, à l’obtention du contournement autoroutier.

  • [Témoignages] Ces jeunes provençaux qui se refusent à la guerre

    [Témoignages] Ces jeunes provençaux qui se refusent à la guerre

    David Nadier, étudiant en dernière année de cuisine

    « Bien sûr, on en parle entre copains, comme on en parlait au début de la guerre en Ukraine. On n’est pas franchement inquiet, mais une chose est sûre, c’est qu’on n’a pas envie d’aller se battre. C’est vrai qu’il y a une montée des tensions, une radicalisation. Je pense que cela fait longtemps que l’on n’a pas connu la guerre et les gens oublient. En Espagne, on voit des jeunes adorer Franco, c’est incroyable. Les gens oublient les conséquences, oublient que la guerre, c’est de la violence, des morts qui deviennent déshumanisés quand les chiffres explosent, comme on l’a vu en Palestine. La guerre, c’est des familles séparées, des cicatrices qui ne se referment jamais vraiment. Ma grand-mère, qui a vécu la Seconde Guerre, y pense encore. » A.S.

    Théo César, réalisateur du film Ne perdons pas le Nord

    « Ça m’angoisse tout ça. Je constate qu’il est très simple pour l’UE, la France et d’autres de débloquer des sommes très importantes pour les armées, dont le budget augmente et c’est le seul en France. Je préférerais que ces milliards d’euros aillent dans l’environnement ou l’éducation. Le vivant est aussi victimes des guerres. Le sol, l’air, sont pollués, des métaux lourds infiltrent les sols et les nappes phréatiques et perdurent sur des dizaines ou centaines d’années. Ça modifie drastiquement les paysages, les arbres et l’écosystème détruits à grande échelle. Ce qui entraîne migrations d’espèces et sur le long terme, l’impossibilité pour le vivant et pour nous de nous réapproprier l’espace. » An.M.

    Julie Nersessian, étudiante en droit à Aix

    « La guerre fait peur, évidemment, mais le discours du chef d’état-major me met surtout en colère. S’exprimer de cette manière alors qu’un chef d’état -major est censé représenter le président de la République, quand même ! C’est choquant. Ce sont des paroles sérieuses. Je comprends qu’on se prépare au scénario de la Russie qui attaque un pays de l’Otan, au vu de la situation géopolitique. C’est aussi le niveau de préparation, l’intensité de la mobilisation qui me font peur. Les premiers impactés en cas de conflit seront les gens autour des bases militaires comme Istres. C’est aux premiers concernés de s’exprimer et c’est eux qu’on doit écouter en priorité, et pas Renaud Muselier, qui se félicite de remilitariser la zone. » An.M.

    Pablo Biancarelli, secrétaire de la Jeunesse communiste de Vaucluse

    « Je suis, à titre personnel, très inquiet de l’évolution du conflit, car le gouvernement Macron est très dur à lire. Pas un jeune ne doit mourir sur le front ukrainien. Je ne pense pas, ou en tout cas je n’ose pas imaginer, que des gens de notre âge partiront à la guerre. J’interprète le discours de l’État-major comme une réaction de panique, car le front ukrainien craque face à la pression russe. Je pense que le gouvernement passe par l’armée pour mieux faire passer la pilule. Le pouvoir macronien est très impopulaire et agite donc le chiffon rouge de la menace extérieure pour souder le pays et instaurer un climat de peur dans la population pour paralyser les mouvements sociaux. » M.S

    Romane Massip, secrétaire fédérale du Mouvement des jeunes communistes 13

    « Notre position générale, c’est que nous sommes contre la professionnalisation du secteur militaire. Mais nous dénonçons ce qui se passe actuellement. Lors du meeting de Fabien Roussel, dimanche, notre secrétaire national Assan Lakehoul a pris la parole pour dire que non, les jeunes ne sont pas prêts à mourir en Ukraine, qu’on ne prépare pas la paix en faisant la guerre. Pour nous, il y a une volonté d’imposer à la France cette préparation de la guerre, d’envoyer les Français se battre contre la Russie… Ce n’est pas comme ça que nous arriverons à la paix ! Emmanuel Macron parle d’un service volontaire, mais c’est un premier pas dans une volonté de remilitarisation, de sur-militarisation de la France. » Y.S.

    Laurent Badie-Barthès, syndicat de l’Union étudiante Sciences-Po

    « Si les budgets sont alloués pour faire la guerre, les jeunes seraient doublement impactés. D’une part, c’est de l’argent qui n’irait pas dans nos poches. D’une autre, s’il y a des guerres, on serait les premiers appelés. On est centraux dans les dernières déclarations. S’il y a un conflit, on en paiera toutes les conséquences. à 70 ans, on verra encore les blessures causées par ces guerres. En tant que jeune, c’est anxiogène. Sur le fond, je ne suis pas surpris par ces déclarations : vu les priorités du pouvoir, c’est cohérent. C’est plutôt sur la forme. Voir un chef d’état-major des Armées le dire et pas un chef du gouvernement. Est-ce que l’armée, censée être le bras qui répond aux aspirations démocratiques, n’est pas en train de s’émanciper, dicter le pas au politique ? » E.B.-G.

  • Le déni et la naïveté

    Le déni et la naïveté

    Les propos du chef d’État-major des Armées, appelant, devant les maires de France réunis en congrès, à « accepter de perdre nos enfants », ont provoqué dans notre pays un état de sidération, singulièrement dans la jeunesse.

    Difficile pourtant de croire qu’il s’est exprimé sans mandat. Ses paroles, faites pour choquer, sont destinées à préparer les esprits aux annonces du président de la République autour du service militaire volontaire et à instaurer un climat de peur du lendemain pour légitimer un gouvernement qui ne tient qu’à un fil.

    Les va-t-en guerre accusent celles et ceux qui refusent l’engrenage guerrier de déni et de naïveté. Improbable inversion des rôles.

    Irresponsables

    Le déni réside chez ceux qui croient pouvoir résoudre la guerre qui oppose la Russie à l’Ukraine en versant le sang de jeunes français sur le champ de bataille. Quant à la naïveté, elle se situe parmi ceux qui imaginent prendre part à un conflit en Europe sans conséquence en chaîne. Pas seulement pour nos jeunes, mais pour notre monde tout entier.

    La Russie comme la France sont des puissances nucléaires. Alors que les derniers témoins de l’horreur des bombardements atomiques à Hiroshima et Nagasaki sont présents dans notre région à l’invitation du Mouvement de la paix, l’irresponsabilité est bien du côté de ceux qui ont oublié les leçons du passé.

    L’indispensable Défense nationale n’a rien à voir avec le bellicisme. Elle doit au contraire créer les conditions de la protection de notre peuple.

    Au lieu d’aviver les tensions, la France doit peser de tout son poids diplomatique pour trouver un chemin de paix dans le respect du droit international.

    C’est ce qu’elle doit à ses enfants comme au monde.

  • Une mosaïque pour la paix face à la Méditerranée

    Une mosaïque pour la paix face à la Méditerranée

    « Ce banc, c’est une invitation à la rencontre, à s’asseoir côte à côte, comme un premier pas vers la paix », sourit Laura Sahin, co-responsable de la section sud de l’association Les Guerrières pour la paix. Sur la corniche Kennedy, à côté de la plage du prophète, une cinquantaine de personnes se sont réunies, ce jeudi, pour inaugurer la mosaïque de l’association. Un banc de la paix qui a d’autant plus de sens qu’il fait face à la Méditerranée, « une mer témoin des conflits qui frappent ses rives, en Israël, en Palestine, en Ukraine, en Syrie, au Liban », insiste la responsable.

    Débuté en octobre, le projet a été porté par l’association Les Guerrières de la paix, fondée en 2022 par Hanna Assouline, qui rassemblent des femmes juives et musulmanes pour promouvoir un discours de paix et la place des femmes dans ces processus. C’est en partenariat avec l’artiste Paola Cervoni, qui réalise les mosaïques de la corniche, et les élèves de l’école de la Seconde chance que ce banc a été réalisé.

    Pendant 2 mois, tous les mardi, élèves et bénévoles de l’association se sont retrouvés pour discuter de la paix et créer ce dessin de pierre, qui représentent une femme qui souffle les colombes de la paix. « ça fait chaud au cœur de voir le résultat », sourit Fadela Omari, guerrière de la paix.

    C’est donc un message d’apaisement et de solidarité que les guerrières de la paix et Ali Abu Awwad ont voulu porté, ce jeudi, jour du 10e anniversaire des attentats de Paris. « Dans un moment de grande fracture, où le racisme, l’antisémitisme et l’islamophobie montent, on a voulu recréer un espace commun et de dialogue », insiste Hanna Assouline, fondatrice de l’association. Un message de paix partagé par le fondateur de l’association palestinienne Taghyeer : « il faut que l’on soit pro-solution, pour que les Israéliens et les Palestiniens puissent vivre libres, dignes et en sécurité. »

    L’inauguration de ce banc a été suivi par la projection du film Résister pour la paix, au musée d’art contemporain de Marseille. Un film co-réalisé par Hanna Assouline, avec Sonia Terrab, sur des hommes et des femmes qui résistent pour la paix en Israël et dans les territoire palestiniens.

    Le pacifisme comme solution

    Militant pacifiste palestinien, Ali Abu Awwad lutte pour une solution à deux états.

    Une des façons d’agir de manière la plus juste pour nous [les Palestiniens], c’est en faisant de la non-violence notre identité, car nous n’avons pas d’état et le monde entier nous critique si l’on résiste militairement. » C’est la conviction d’Ali Abu Awwad, fondateur de l’association palestinienne pacifiste Taghyeer. Né près de Hébron, en Cisjordanie, il y habite toujours « entouré de grillages et de checkpoints où personne ne peut se déplacer librement ou travailler ».

    C’est pour lutter contre cette réalité qu’il crée Taghyeer (changement en arabe), pour promouvoir une solution non-violente à la guerre Israélo-palestinienne. « Je ne veux pas résister à l’occupation, je veux y mettre fin. Pour cela, il faut une action stratégique qui donnera à mon peuple sa liberté. » Il défend donc une solution à deux états, avec une reconnaissance mutuelle et la libre circulation des populations « pour que les deux peuples puissent vivre libres et en sécurité sur cette terre ».

  • COP30 : un sommet sous le signe de l’urgence

    COP30 : un sommet sous le signe de l’urgence

    Alors que deux semaines de négociations s’ouvrent ce lundi 10 novembre à l’occasion de la COP30, à Belém, au Brésil, le « sommet des leaders » organisé en amont, où ont défilé des dizaines de ministres et quelques chefs d’État et de gouvernement, laisse déjà entrevoir des points d’achoppement. Le tout sur fond de climatoscepticisme assumé par certaines puissances parmi les plus gros pollueurs, comme les États-Unis de Trump qui a ouvertement boycotté le rendez-vous. Mais les chiffres sont têtus…

    Les décideurs ont été forcés de réconcilier leurs discours avec le fait que les onze dernières années sont les onze plus chaudes jamais mesurées, selon un rapport de l’ONU publié le 29 octobre. Et pour l’année 2025, de janvier à août, la moyenne était déjà de 1,42 degré au-dessus de la température pré-industrielle, ce qui devrait en faire la 2e ou 3e année la plus chaude de notre histoire, derrière 2024. Une chaleur dont on meurt.

    Selon The Lancet Coutdown 2025, publié également le 29 octobre par la revue médicale britannique éponyme, depuis les années 1990, le nombre de décès liés à la température a grimpé de 63%, atteignant en moyenne 546 000 morts par an entre 2012 et 2021, cite le Réseau action climat France. Soit une hausse de 23% si l’on tient compte de la croissance démographique mondiale. Les événements météorologiques extrêmes, canicules, inondations, tempêtes, et surtout le manque d’adaptation à ces derniers, ont causé au moins 16 000 morts et déplacé plus de 800 000 personnes en 2024.

    L’année 2025 marque aussi les dix ans de l’Accord de Paris, signé par 195 pays, qui posait des objectifs clairs et visiblement partagés, comme le maintien du réchauffement sous la barre des 1,5 degré. Tout le monde s’étant engagé à mettre en œuvre des plans climat plus ambitieux, au plus tard cette année, pour y parvenir.

    Une France pas

    très exemplaire

    Si les dirigeants ont aujourd’hui admis que le monde n’y parviendrait pas, sans pour autant se résigner à 2 degrés, l’autre limite négociée alors, selon les scénarios les plus pessimistes, le réchauffement serait contenu entre 2,6 et 2,8 degrés, contre 4 annoncés avant l’adoption de l’Accord, note néanmoins le réseau action climat France. L’accord « ne suffit pas encore mais il fonctionne », estime l’association Oxfam qui liste également des avancées juridiques comme la reconnaissance du principe de justice climatique ou une certaine prise de conscience ou pour le moins une réorientation du monde de la finance. Avec « des marchés désormais contraints d’intégrer les risques climatiques », qui « réorientent progressivement les investissements vers les énergies renouvelables et les solutions bas carbone ».

    Mais pour le reste, rien n’a vraiment été respecté, relevant d’autant les enjeux de cette COP30. Notamment en termes de financement. Les pays du Nord avaient accepté de mettre au pot 1 300 milliards supplémentaires lors de la COP29 à Bakou, pour convaincre les pays du Sud de mettre aussi la main à la poche. De quoi dégager 300 milliards de dollars par an, en théorie. La France, dont le président Emmanuel Macron s’est plu à positionner en véritable leader climatique, appelant encore ce 6 novembre à « l’action face au fatalisme », a vu stagner ses émissions depuis 2024. « Ses budgets verts sont en baisse et son gouvernement a reculé sur 43 mesures climatiques », pointe Oxfam. Alors que l’examen parlementaire du projet de loi de finances (PLF) 2026 a démarré, le budget du ministère de l’Écologie, de 24 milliards d’euros, s’affiche comme un parent pauvre quand les magistrats de la Cour des comptes ont estimé dans un rapport rendu public en septembre qu’« atteindre la neutralité carbone en 2050 suppose de doubler les investissements actuels d’ici 2030 », soit 110 milliards d’euros supplémentaires.

    Bien qu’emmenée par un Lula volontariste, le président brésilien se pose comme un pont entre Nord et Sud, cette COP30 s’inscrit aussi dans un contexte de fortes tensions entre guerre en Ukraine, éradication du peuple palestinien ou conflits sur les tarifs douaniers. Une atmosphère de crise que les nations vont devoir dépasser…

    Les objectifs de la COP régionale

    Un an après son lancement, les principaux acteurs s’étaient donné rendez-vous à l’hôtel de Région, fin octobre, pour un premier point d’avancement afin de bâtir « un plan régional de transformation énergétique et écologique ambitieux » et « atteignable ». Outre le diagnostic, les protagonistes ont fixé plusieurs enjeux visant à s’adapter au changement climatique : la baisse de la consommation énergétique pour atteindre la neutralité carbone en 2050, une baisse de 10% de la consommation d’eau, le développement d’une économie circulaire ou encore la protection forte d’espaces naturels.

    REPÈRES

    540000

    morts par an entre 2012
    et 2021, victimes d’effets du réchauffement climatique ont été recensés par la revue médicale « The Lancet ».

    2,3%

    d’augmentation des émissions de gaz à effet de serre… Le monde continue à brûler avec toujours plus de pétrole, de gaz et de charbon en 2024, selon l’ONU.

  • 80 bougies dans la tempête

    80 bougies dans la tempête

    Les Nations Unies. Le terme, cher au président américain Franklin Delano Roosevelt (30 janvier 1882-12 avril 1945) a donné son nom à l’unique organisation mondiale réunissant l’ensemble des pays de la planète. C’est le lieu de la discussion, de la confrontation, de traités et de chartes donnant à la communauté humaine un socle commun d’actions et de valeurs. Cette visée idéaliste n’est pas une utopie. L’ONU et tous les organismes qui s’y rattachent, sont une lueur d’espoir pour les peuples. Ceux qui fustigent son existence, ses prises de position, sont les autocrates, les partisans de la guerre, de la force.

    Droit international

    C’est grâce à l’ONU que le droit international surnage dans un océan de conflits et parmi les prédateurs. Un droit international qui est piétiné non parce qu’il est faible mais parce qu’il n’est pas respecté faute de courage politique.

    Faire primer le droit international c’est ne pas reculer et sanctionner ceux qui se rendent coupables de guerres et d’agressions territoriales à l’instar de la Russie de Poutine et du gouvernement de Netanyahu en Israël.

    La menace pèse sur l’ONU comme elle pèse sur les démocraties, les peuples. Le danger le plus terrible est celui de la guerre. Née sur l’idée du « plus jamais ça », après les millions de morts du second conflit mondial, l’ONU doit faire face à la frénésie militariste. 3 000 milliards de dollars de dépenses d’armement seront atteints d’ici la fin de l’année. Cette folie est justifiée au nom de la défense des uns contre les autres. Une manne pour les complexes militaro-industriels. Dans ce contexte, l’ONU est, en dépit, de ses défauts, plus que jamais indispensable.