La Marseillaise : comment êtes-vous parvenu à resituer le lieu où Jean Moulin avait atterri en janvier 1942 ?
Benoit Senne : Dans mes recherches sur les parachutages en Provence, de matériel pour la résistance et d’agents depuis l’Angleterre et l’Algérie, je trouvais incroyable qu’on n’ait pas trouvé où Jean Moulin et ses deux compagnons Raymond Fassin et Hervé Monjaret avaient atterri le 2 janvier 1942. On parlait « des marais entre Mouriès et Fontvieille ». L’historien Jean-Marie Guillon avait trouvé un rapport des gendarmes d’Eyguières daté du 28 janvier 1942 qui signalait la découverte la veille à 16h d’un parachute complet et d’un casque cachés dans les roseaux d’un marais du quartier des Filioles à Aureille. Le PV évoque une première découverte : « Ces objets paraissent avoir séjourné assez longtemps dans l’eau. Ayant été trouvés à quelques centaines de mètres seulement du parachute découvert le 5 janvier par des chasseurs de Châteaurenard (…), tout fait présumer qu’ils ont été abandonnés en même temps ». Avec l’ancien maire Marcel Guillaumier, on s’est dit que c’était tout à fait incroyable et qu’il fallait vraiment que l’on reconstitue cette histoire qui replace Aureille dans l’épopée de Jean Moulin.
Vous avancez comment dans
ces recherches ?
B.S. : En 2022, je vais aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône et je consulte tous les rapports de gendarmerie de 1942. Et le 2 septembre 2022, je tombe sur le rapport du 6 janvier 1942 du commissaire de l’aéroport de Marignane qui parle spécifiquement de la découverte le 5 janvier vers 10h « d’un parachute en soie verte soigneusement enroulé qui paraît avoir été abandonné depuis quelques jours ». Ce qui est décisif, c’est la présence dans une poche du parachute d’une feuille sur laquelle est écrit « MAINMAST ». C’est ce bout de papier qui relie directement ce parachute à la mission Rex car les documents préparatoires des Anglais sur le parachutage identifient « MAINMAST » comme le nom de code d’Hervé Monjaret, l’officier radio de Jean Moulin. On a donc suffisamment d’éléments qui prouvent que la mission clandestine en France de Jean Moulin a commencé à Aureille au quartier « Les Filioles ».
Hervé Monjaret, seul survivant de la mission Rex, avait relaté
son saut ?
B.S. : Oui, mais il n’évoquait pas précisément l’endroit. Il avait dit qu’il était retourné en bicyclette début février 1942 récupérer la radio qu’il avait enterrée. Il a dû la réparer pour l’utiliser dans le grenier du presbytère de l’abbé Miral à Caderousse et envoyer à Londres seulement le 7 mars les premiers messages de Jean Moulin. J’ai ensuite poursuivi les recherches sur ce qu’étaient devenus les parachutes récupérés dont celui de la valise radio. C’est passionnant.
À la fin, l’énorme satisfaction, c’est d’avoir inauguré en mai 2024 une stèle devant le cimetière d’Aureille et le 1er janvier 2025 la borne du kilomètre 0 dans le quartier des Filioles. Maintenant la trace de Jean Moulin sur la commune d’Aureille est marquée à jamais.
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