Tag: chaleur

  • [Entretien] Marie-Noëlle Reboulet : « Nous sommes des techniciens de l’énergie avec des solutions sociales »

    [Entretien] Marie-Noëlle Reboulet : « Nous sommes des techniciens de l’énergie avec des solutions sociales »

    La Marseillaise : De l’association créée par un architecte, un professeur, un géographe à l’assistance technique portée aux ministères, c’est tout un chemin parcouru. Quel regard portez-vous sur cette évolution ?

    Marie-Noëlle Reboulet : Je vous dirais que ça n’a pas tellement changé. Ces scientifiques marseillais des années 70 venaient des travaux sur le solaire, sur le bioclimatisme et voulaient mettre leur savoir, que ce soit dans l’architecture ou l’utilisation pour la chaleur, l’électricité, au service des gens. Et c’est toujours le cas aujourd’hui. Après on a fait, ces dernières années, de l’assistance technique notamment sur la cuisson au Niger. L’énergie, c’est un levier pour améliorer les conditions de vie et de travail des gens, que ce soit à Marseille, face à la précarité énergétique, en région avec les agriculteurs et jusqu’en Mongolie ou au Niger.

    Vous travaillez donc au local et à l’international ?

    M.-N.R. : Nous avons une équipe Méditerranée qui s’occupe à la fois de ce qu’on fait en Paca et au Maroc, une sur l’Afrique de l’Ouest et une sur l’Asie. Nous sommes environ 120. Des techniciens de l’énergie avec des solutions techniques, mais aussi d’ingénierie sociale, d’organisation de formation et financière pour accompagner. Parmi nos projets, on a l’installation de serres passives bioclimatiques en Asie centrale que l’on a appliquée ici avec des agriculteurs bio intéressés pour leurs plants. Ou encore un programme avec des propriétaires occupants très modestes à Marseille pour améliorer le confort d’été.

    Votre action s’inscrit dans un contexte de changement climatique aux conséquences importantes…

    M.-N.R. : Les gens qui ont créé le Geres il y a 50 ans le savaient déjà et disaient que les émissions de carbone par les énergies fossiles provoquaient un effet de serre qui allait augmenter la température. Je ne me réjouis pas particulièrement du fait qu’on avait raison. C’est terrible. Mais c’est avec le retour des gens qu’on a envie de continuer. L’autre jour, un de nos chargés de mission qui travaille sur la précarité à Marseille m’a rapporté qu’une dame estimait qu’on lui avait sauvé la vie avec nos ventilateurs…

    Comment voyez-vous l’avenir ?

    M.-N.R. : Nous devons composer avec des budgets réduits, il faut encore plus se battre pour des financements privés. Des changements s’imposent compte tenu de cette évolution financière et institutionnelle. On est en train de renforcer la valorisation de notre expertise technique, mais avec plus de partenariats et coopérations. On veut aussi mettre l’accent sur l’accompagnement entrepreneurial et financier. Et aussi renforcer nos relations avec les pouvoirs publics locaux pour intégrer nos projets dans les politiques nationales.

    Un anniversaire fêté à la Friche de la Belle-de-Mai

    C’est entouré de ses partenaires et de ses proches que le Geres a célébré son cinquantenaire, ce jeudi 1er octobre, aux Grandes tables. L’occasion de revenir sur son histoire et de poser les bases de futurs projets à l’international.

  • Dans le Var, une légère baisse de la fréquentation touristique sur les huit premiers mois de 2026

    Dans le Var, une légère baisse de la fréquentation touristique sur les huit premiers mois de 2026

    La saison estivale touchant à sa fin, l’heure est au bilan des huit premiers mois de l’année pour le secteur du tourisme dans le Var. Avec un premier constat général : une légère baisse du nombre de nuitées touristiques, de l’ordre de 3% par rapport à 2025 (60 millions contre 61,9). « Ce n’est qu’un écart marginal », tempère le président (LR) du conseil départemental Jean-Louis Masson. « Ce sont de bons résultats, qui sont le fruit de nos efforts pour compenser les freins. »

    Le premier est, évidemment, celui de la conjoncture économique nationale défavorable, qui a poussé les Français à modifier leurs choix initiaux. Si trois Français sur quatre sont partis en vacances cet été, seuls 43% d’entre eux ont réalisé le séjour envisagé au printemps, avec, pour nombre d’entre eux, des baisses de budget. 60% ne sont partis qu’une semaine ou moins, pour des destinations plus proches (16% sont restés dans leur région). 37% ont par ailleurs réservé plus tard que d’habitude par inquiétude financière et 36% ont revu leurs plans sur l’hébergement. « Mais ce que nous perdons, nous le gagnons sur le luxe, qui progresse de 6%, le Var restant une destination de prestige », souligne Guillaume Décard, Guillaume Décard, président de Var Tourisme.

    Comme partout ailleurs, dans le Var, cela s’est surtout ressenti en août, après un mois de juillet positif (taux d’occupation en hausse pour le logement meublé, +7% pour l’hôtellerie, chiffres stables dans le plein air et les hébergements collectifs) et des mois de mai et juin quasiment au même niveau que l’année passée. On a été beaucoup plus sous pression en août, mais le retard a été un peu rattrapé grâce aux départs de dernière minute sur la deuxième quinzaine », détaille Guillaume Décard.

    Le tourisme 4 saisons face aux effets de la chaleur

    Autre constat relatif au pouvoir d’achat : une consommation en berne. « Il y a un réel souci qui se ressent dans la restauration, les activités… », observe Guillaume Décard. La hausse du prix du carburant a notamment eu une incidence importante. Pour contrer ces effets, plusieurs pistes sont creusées : le développement des modes de transports doux (pistes cyclables, transports en commun…), du ferroviaire (avec la ligne nouvelle)… et de l’avion, avec une ligne Paris – Hyères, bientôt opérée par une compagnie low coast (Transavia).

    Le tourisme étranger, en progression sur mai-juin (+8%), et stable en moyenne, est également un facteur de croissance car doté d’un pouvoir d’achat plus important. Les trois nationalités les plus représentées sont, dans l’ordre, les Allemands, les Italiens et les Belges. En ce sens, Var Tourisme veut poursuivre son ouverture aux pays européens, avec comme nouvelle cible la Scandinavie, ce qui pourrait, là aussi, être favorisé par l’ouverture d’une liaison aérienne avec Copenhague.

    Enfin, les effets de la chaleur se sont fait ressentir, poussant 57% des Français à modifier leurs habitudes sur place. Le Var des terres a ainsi été particulièrement touché, avec des activités annulées, notamment à cause des (risques) incendies. L’agritourisme, en plein développement, mais pour lequel « il n’y a pas encore de chiffres précis », précise Guillaume Décard, est une des solutions stratégique : « Nous menons un projet transfrontalier avec la Toscane à ce sujet. Il faut le lier aux activités de pleine nature. Ce tourisme durable doit se dessiner à l’année sur ces offres-là ».

    Un élément essentiel du « tourisme 4 saisons », objectif principal de la politique touristique. « Mais on est contre l’étalement », affirme toutefois le patron de Var Tourisme. « On gagne des parts de marché hors saison estivale, mais on doit limiter la baisse sur l’été. » Les quatre derniers mois de 2026 seront un indicateur des progrès en la matière, alors que 77% des responsables d’établissements varois se disent confiants à l’abord de cette période.

  • [Entretien croisé] « Les data centers, c’est une bataille de société »

    [Entretien croisé] « Les data centers, c’est une bataille de société »

    La Marseillaise : En quoi la multiplication des data centers pose-t-elle question pour l’environnement ?

    Christian Pellicani : Ces data centers consomment beaucoup d’eau et nécessitent énormément d’énergie.

    Jean-Marie Baty : Les data centers rejettent de l’air chaud donc ça pose tout de suite la question des îlots de chaleur. En effet, les enquêtes démontrent que l’implantation d’un data center provoque une augmentation d’un 1 à 2 degrés sur un rayon de 10 kilomètres à cause de la chaleur fatale qu’ils produisent, c’est pas rien ! Avec les polluants éternels dans les liquides de refroidissement, on craint une aggravation de la situation climatique et environnementale des populations.

    Quel pourrait être l’impact de projets de data center dans les Bouches-du-Rhône ?

    C.P. : Ces projets impliquent un remodèlement du territoire. Pour les alimenter, il est obligatoire de créer une ligne haute tension car il n’y a pas assez d’énergie localement. On risque donc d’avoir une artificialisation massive de nos territoires.

    Par ailleurs, ils présentent un risque incendiaire important avec la chaleur qu’ils dégagent. Cette chaleur dans une zone qui a déjà connu des incendies, c’est prendre le risque d’en avoir un nouvel épisode.

    Quelles sont les alternatives envisageables pour résoudre
    le problème
     ?

    C.P. : On est pas passéistes, on est pour la modernisation mais cette concurrence effrénée autour des données est préjudiciable pour l’environnement. Il y a des besoins qui existent mais ces projets servent à collecter massivement des données pour les vendre.

    J.-M.B. : Est-ce qu’il n’y a pas des choix à faire dans l’utilisation du numérique, des choix liés à la santé, au climat… L’essentiel de ce qu’il se passe pour l’instant, c’est plus de l’ordre du consumérisme que du besoin, au détriment de la qualité de vie des gens. L’implantation des data centers supposerait normalement d’avoir une évaluation des besoins réels des populations, une véritable planification et donc un autre aménagement du territoire.

  • Vaucluse : les vignerons réclament une année blanche pour reprendre leur souffle

    Vaucluse : les vignerons réclament une année blanche pour reprendre leur souffle

    La « bonne surprise » des vendanges ne masque pas pour autant les difficultés chroniques du secteur viticole. Ce jeudi à Orange, Céline Barnier, présidente de la fédération des vignerons indépendants de Vaucluse, a délivré un message contrasté. « Le volume et la qualité [des vendanges] sont au rendez-vous, la plupart des vignerons sont satisfaits avec un rendement estimé à +10 à 20% en un an », annonce la viticultrice installée à Sarrians.

    Malgré la chaleur et quelques épisodes de grêle, les vignes se sont bien portées, épargnées aussi par les maladies. Reste désormais « à commercialiser ce joli volume », pour les 400 domaines viticoles de la fédération [11 000 hectares et 47 appellations] qui produisent encore à 75% de vin rouge, même si la part du blanc est passée en 10 ans de 3 à 12%. Problème, « les caisses sont vides », déplore Céline Barnier. « On réclame une année blanche bancaire, où on ne rembourse aucun encours de dette et de capital, c’est le seul moyen pour retrouver de la trésorerie et un peu de souffle », espère la présidente. Une demande au niveau national est en train d’être adressée au ministère de l’Agriculture.

    « 90% des exploitations ont des difficultés, cet encours bancaire du milieu viticole, c’est 7 milliards d’euros dont 10% en Vaucluse, chiffre Pierre Saysset, directeur de la fédération des vignerons indépendants 84. Ça ne coûterait que 145 millions d’euros à l’État mais derrière, cela nous permettrait de continuer à faire notre métier et faire travailler les autres secteurs de l’embouteillage, des plants de vignes… » Taxes Trump à l’export, gel, conséquences des différents conflits en Ukraine ou en Iran, ce cumul pèse lourd pour les viticulteurs, déjà frappés par la baisse de consommation de vin. « Il est systématiquement diabolisé, or c’est un élément qui fait partie de notre culture, avec modération, ce n’est pas un danger suprême », estime la présidente de la fédération.

    Dans ce contexte, l’arrachage de vignes se développe. De 300 hectares l’an dernier, les intentions en Vaucluse pour 2026 sont à 1 240 hectares. Olives, pistaches, amandes, grenade, aloe vera sont autant de cultures porteuses aujourd’hui. « On ne réclame pas de l’argent pour être sous perfusion mais pour s’adapter et ensuite vivre de notre travail », conclut Céline Barnier.

  • Alternative progressiste pointe l’inertie du RN sur les dossiers clés

    Alternative progressiste pointe l’inertie du RN sur les dossiers clés

    Après le conseil municipal de mardi, nous retrouvons aujourd’hui les conseillers municipaux d’opposition de gauche dans le centre-ville de l’ex-cité des Chantiers pour une analyse de la gestion par l’extrême droite de la commune ces six premiers mois.

    Concernant le volet des écoles, dont le maire Dorian Munoz affirme avoir fait sa priorité avec la sécurité, l’enseignant Cédric Turco (PCF) explique que, mis à part quelques travaux engagés, la rentrée s’est effectuée dans des conditions totalement insatisfaisantes. « Dans la deuxième ville du Var, on a des écoles dans un état lamentable. On est loin d’être à la hauteur des besoins », affirme-t-il. Et donc l’absence d’avenant budgétaire pour répondre à l’urgence dénote une absence de volonté politique malgré l’affichage, pointe l’élu.

    Et de poursuivre : « Les préfabriqués de l’école Victor Hugo sont amiantés et sont de vraies passoires thermiques : c’est irrespectueux pour les enseignants, pour le personnel municipal et pour les élèves de travailler dans ces locaux ».

    L’occasion aussi de rappeler que le groupe Alternative progressiste ne lâchera rien à propos de la construction du nouveau groupe scolaire Verne-Mabily qui aurait dû accueillir les élèves depuis 2021. Un projet que la droite précédemment aux manettes a jeté aux orties sans autre forme de procès. En attendant la solution trouvée n’a apporté aucune amélioration, explique-t-il. Au contraire même, puisque « le fait que la maternelle Mabily partage les locaux avec la maternelle Cotton engendre de gros problèmes au niveau de l’organisation ». Sans compter que « l’école Verne est amiantée du sol au plafond ».

    L’autre point noir dénoncé réside dans le manque de transports scolaires. Et l’embauche d’un chauffeur de bus contractuel risque de ne pas suffire. Pour la gauche, « une sortie scolaire annulée, c’est une activité pédagogique qui disparaît, et un enfant qui ne peut pas partir en sortie parce que la collectivité n’a pas les moyens de l’y emmener, c’est aussi une inégalité d’accès aux activités scolaires ».

    Écoles délabrées

    Cédric Turco rappelle également que l’apprentissage de la natation obligatoire pour les élèves de la maternelle au CM2 n’est toujours pas assuré faute de piscine.

    « C’est une obligation légale pour les communes de plus de 30 000 habitants », insiste Stéphane Sacco (GRS).

    Concernant, leur présence aux côtés des personnels de l’hôpital de La Seyne mobilisés pour que continue de vivre le service psychiatrique, les élus de gauche rappellent qu’ils ont été les seuls à les soutenir et à participer à tous les rassemblements devant l’établissement.

    « Nous avons contacté nos élus parlementaires et il y a eu une question écrite posée au gouvernement », précise Brigitte Cheinet (PCF). Et de poursuivre : « On a pu obtenir la mise en place temporaire pendant l’été d’un certain dispositif et il avait été annoncé la venue d’un professeur, le professeur Diaz, avec des internes pour faire vivre ce service. Donc nous, on ne lâche pas ce dossier, on le suit de très près ».

    Autres sujets sur lequel Alternative progressiste souhaite intervenir, celui de la traversée du port de La Seyne et le projet de réhabilitation de la corniche de Tamaris qui s’enlise.

    « Sur le centre-ville, Monsieur Munoz est dans les pantoufles de Minniti [l’ancien maire de droite, ndlr] et poursuit des opérations qui étaient déjà préparées », déclare Stéphane Sacco.

    Et de préciser : « Pour nous, la priorité dans la rénovation du centre-ville, ce n’est pas simplement de refaire des places ou de déplacer du mobilier urbain mais de réhabiliter le logement existant, permettre à de nouvelles familles, à des jeunes actifs de pouvoir s’y installer. C’est comme cela que nous créerons de la mixité sociale tout en préparant les mobilités de demain ».

    Concernant la corniche, l’élu interroge : « On nous avait notamment annoncé des travaux qui devaient commencer et même une réalisation à l’horizon 2026, or ils n’ont toujours démarré. Où en est réellement ce projet ? ».

    Concernant ensuite le tunnel sous le port que la droite avait présenté comme une solution pour désengorger la traversée du centre-ville, Alternative progressiste ne se dit pas surprise par les premières conclusions de faisabilité. « Pendant la campagne, nous avions déjà expliqué que ce projet posait des problèmes techniques importants, notamment au niveau des accès et des sorties du tunnel, avec des conséquences sur les secteurs concernés », détaille Stéphane Sacco.

    La gauche insiste sur le fait que la solution à adopter ne devra pas faire l’impasse sur l’arrivée du BHNS comme c’est le cas aujourd’hui.

  • Les explications derrière l’échouage de poissons morts à Saint-Chamas

    Les explications derrière l’échouage de poissons morts à Saint-Chamas

    C’est un phénomène qui peut choquer, mais qui reste très « localisé », assure Raphaël Grisel, le directeur du syndicat mixte en charge de la réhabilitation de l’étang de Berre (Gipreb). Depuis vendredi, des quantités importantes de poissons morts se sont échouées sur les rivages de l’anse de Saint-Chamas suite à leur contact avec des eaux dépourvues d’oxygène et acidifiées par les conditions de chaleurs estivales.

    « Il y a deux catégories d’individus : des petits cabassons d’environ 3 cm, qui ne sont pas comptables puisqu’il y en a beaucoup, et des individus plus gros qui font jusqu’à 50 cm, détaille Raphaël Grisel. Ce sont essentiellement des loups, des muges et des daurades. De ce côté-là, ça pourrait concerner entre 100 et 200 poissons. »

    Mercredi et jeudi dernier, l’épisode de mistral a joué son rôle en brassant les eaux de l’étang, dont l’état s’était dégradé tout au long de l’été. La chaleur a favorisé le développement de phytoplancton, qui, une fois sédimenté, a alimenté tout un écosystème bactérien consommateur d’oxygène. La semaine passée, le vent a donc contribué à améliorer la situation écologique de l’étang en évacuant les eaux chargées de matières organiques vers la mer et en remuant, donc en réoxygénant, la lagune.

    Turbinages repoussés

    Mais à Saint-Chamas, il semblerait que des poissons se soient retrouvés « piégés » par une masse d’eau acide, ramenée à la surface dans la zone nord. « La qualité des eaux de baignade n’est pas affectée, même s’il est fortement recommandé de ne pas se baigner » dans ces zones, note le Gipreb.

    « Bien qu’impressionnant, ce type d’événement reste salutaire pour l’étang qui a ainsi évacué vers la mer une grande quantité de cette matière accumulée l’été », souligne le syndicat, qui a réalisé des mesures, ce lundi matin, pour évaluer l’oxygénation de l’eau. « On est dans une situation peu oxygénée, mais on n’est pas dans un cycle d’anoxie », se réjouit le directeur. Le taux de 2mg/L – là où l’idéal serait plutôt de 6mg/L – est bas, mais « permet la vie ».

    L’étang de Berre est resté « sur le fil » tout l’été. Réuni toutes les deux semaines, le comité opérationnel a permis de maintenir un échange entre le gestionnaire de la Durance, le Gipreb, EDF et la sous-préfecture d’Istres pour piloter au mieux la lagune. « On a pu alerter dès mi-août, en disant que la situation était très critique », note Raphaël Grisel. De ce fait, alors que les turbinages étaient partiellement autorisés du 29 août au 12 septembre, et sont totalement autorisés depuis, EDF a donc repoussé la reprise des rejets d’eau douce. Mis en place après la grave crise d’anoxie de 2018, ce comité opérationnel porte donc ses fruits.

  • [Entretien] Serge Ragazzacci : « L’Espagne est très en avance sur nous »

    [Entretien] Serge Ragazzacci : « L’Espagne est très en avance sur nous »

    La Marseillaise : Qu’est-ce que vous retenez de votre visite en Espagne ?

    Serge Ragazzacci : On a visité un chantier et un entrepôt, nous avons discuté avec la ministre du Travail espagnole, nos homologues d’autres syndicats espagnols… Et le constat est clair : Ils sont en avance, voire très en avance, sur la réglementation et la prise en compte de la santé des travailleurs dans le cadre d’événements climatiques anormaux. Leur gouvernement est ouvertement engagé sur le sujet, il sait prendre ses responsabilités pour obtenir de vrais résultats. Plus globalement, les commissions ouvrières espagnoles travaillent depuis près de 15 ans sur ce type d’événements. Par exemple, il y a un système d’alerte pour les phénomènes météorologiques avec des plans d’actions dans les entreprises. Ces plans sont négociés dans les entreprises et dans les conventions collectives. L’inspection du travail joue un rôle de prévention… Cet été, quand la CGT a demandé des mesures sur les fortes chaleurs, le patronat, certains politiques et une certaine presse, l’ont pris à la rigolade. Mais dès lors qu’il y a eu des morts, ça a commencé à être pris au sérieux. En France, on dénombre 7 000 morts sur cette période, alors qu’on en recense 5 000 en Espagne et qu’ils ont des zones où il fait beaucoup plus chaud que nous.

    Concrètement, quelles différences entre l’Espagne et la France sur cette prise en compte ?

    S.R. : Par exemple, sur la prévention, ils distinguent travail extérieur et intérieur, travail physique ou léger, selon les conventions collectives et les saisons. À l’entrepôt que nous avons visité, ils avaient un niveau de prévention qui allait jusqu’aux salariés qui avaient des problèmes de santé et susceptibles de souffrir de la chaleur. Autre exemple parlant : À partir de 27 degrés dans les bureaux, ils ne travaillent plus. Si un endroit dans l’entreprise dépasse ces degrés, ils ont des appareils pour refroidir la zone et les salariés travaillent dans un autre endroit, mieux tempéré. Pour le travail en extérieur, il y a plus de pauses, un système de récupération, mise en place de points d’eau… Cela va même jusqu’à la prise en compte du degré d’humidité. En clair, ils ont un cadre national fort et un travail de prévention et d’organisation qui est fait dans les conventions collectives et les entreprises. Dernier exemple très concret : partout où nous sommes allés, les mesures se discutaient en comité d’hygiène et sécurité… Qui a été supprimé en France !

  • L’ONU anticipe une planète en surchauffe

    L’ONU anticipe une planète en surchauffe

    L’an dernier, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, avait déjà admis – tout comme d’autres scientifiques – que le dépassement de la barre des 1,5 °C était inévitable, mais c’est la première fois qu’une agence des Nations unies explore les moyens de limiter les dégâts une fois cet objectif climatique dépassé.

    Les scientifiques s’accordent à dire qu’un réchauffement supérieur à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle présente de graves risques, et près de 200 pays se sont engagés en 2015 à Paris à tenter de maintenir la hausse de la température mondiale à ce seuil le plus ambitieux. Mais la planète devrait dépasser cet objectif d’ici quelques années, et l’attention se porte désormais sur la meilleure façon de minimiser l’intensité et la durée de toute période dite de « dépassement » au-delà de 1,5 °C. Dans un rapport attendu et publié mercredi, le Programme des Nations unies pour l’environnement (Unep) affirme sans équivoque que l’objectif ne sera pas atteint et que « le défi n’est plus d’éviter le dépassement, mais de le gérer ».

    « Retour à la réalité »

    « C’est un retour à la réalité. Nous devons vivre avec ce monde plus chaud (…) mais il reste encore beaucoup à faire pour limiter le réchauffement », a dit Richard Betts, coauteur du rapport, professeur à l’université britannique d’Exeter, au cours d’une conférence de presse mardi. Ce rapport « porte sur les réponses à apporter plutôt que de se contenter de constater que le phénomène est en cours », a-t-il expliqué. Il est important pour les décideurs politiques de « prendre conscience que les règles du jeu sont en train de changer » et que les approches existantes pour lutter contre le changement climatique ne sont plus adaptées, a dit de son côté Debra Roberts, co-auteure du rapport. « Nous devons désormais repenser notre gouvernance climatique pour faire face à une trajectoire de dépassement. Aucun de nos plans n’est préparé à cela », a déclaré la climatologue sud-africaine.

    Les conclusions du rapport ont alarmé les associations militantes qui se sont mobilisées autour de l’objectif de 1,5 °C depuis qu’il a été consacré comme référence la plus ambitieuse en matière de climat dans l’Accord de Paris.

    Bill Hare, climatologue et patron de l’institut de recherche Climate Analytics, a critiqué ce rapport, estimant qu’il risquait de devenir « un appel à l’apathie » plutôt qu’à l’action. Le monde s’est déjà réchauffé d’environ 1,4 °C depuis la période 1850-1900, principalement en raison de la combustion des énergies fossiles. Les trois dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées et les émissions de gaz à effet de serre piégeant la chaleur, tels que le dioxyde de carbone et le méthane, continuent d’augmenter. Les scientifiques affirment qu’un dépassement de 1,5 °C risque d’entraîner des phénomènes météorologiques plus extrêmes et de rapprocher la planète de points de basculement tels que l’effondrement des calottes glaciaires et la disparition des récifs coralliens tropicaux

    Pour limiter le réchauffement, le piégeage du dioxyde de carbone – processus consistant à extraire le carbone de l’air et à le stocker – serait essentiel, parallèlement à des réductions profondes et rapides des émissions, indique le rapport. La capture du carbone ne joue aujourd’hui qu’un rôle infime dans la lutte contre le changement climatique, et la recommandation de son utilisation formulée dans le rapport de l’Unep a suscité une vive opposition de la part de certains groupes militants. « La seule façon de minimiser les dégâts est de réduire les émissions dès maintenant (…) et non de retarder l’action avec des solutions technologiques spéculatives », a critiqué Lili Fuhr, du Centre pour le droit international de l’environnement (Ciel).

  • Les caprices du ciel sèment le chaos dans le Gard et l’Hérault

    Les caprices du ciel sèment le chaos dans le Gard et l’Hérault

    Onze départements d’Occitanie avaient été placés en vigilance orange aux orages par Météo-France. L’accumulation d’air chaud liée aux canicules successives de cet été a servi de carburant aux orages qui ont balayé la région ce 24 août, avec un épisode particulièrement violent dans l’Aude (lire aussi P.22), où une tornade dévastatrice s’est abattue vers 17h30 sur le village de Pomas, faisant 39 blessés et de nombreux dégâts matériels (300 habitations impactées).

    Ces pluies torrentielles, accompagnées de grêle et de fortes rafales de vent, ont ensuite frappé l’Hérault, où les intempéries ont débuté vers 17h30 pour traverser le département d’ouest en est. Vers 20h30, les orages avaient filé vers le Gard voisin. Un phénomène relativement rapide, mais très intense. Les stations météorologiques ont en effet enregistré des vents d’une violence rare, avec des pointes à 121 km/h mesurées à Pézenas-Tourbes et 112 km/h à Murviel-lès-Béziers. Couplées à des précipitations pouvant atteindre 50mm dans le Biterrois et 20 à 30 mm à Montpellier en quelques minutes, ces rafales ont causé d’importants dégâts.

    Dans l’Hérault, où plus de 500 sapeurs-pompiers ont été mobilisés pour 150 interventions d’urgence, « 35 communes ont subi des dégâts matériels lors de cet épisode, majoritairement liés aux fortes rafales et aux chutes d’arbres », indique la préfecture dans un communiqué qui dresse le bilan de l’épisode.

    Un seul blessé léger

    dans l’Hérault

    « Des dégâts ont notamment été constatés sur des toitures, des routes et les réseaux électriques, ainsi que dans plusieurs parcelles viticoles avec des rangs de vignes couchés et des arbres fruitiers brisés ». Une quarantaine de maisons ont été endommagées sur l’ensemble du département. Paulhan, à mi-chemin entre Béziers et Montpellier, a été particulièrement touchée par les intempéries. De même que Saint-Georges d’Orques, dans l’agglo montpelliéraine, qui offrait elle aussi, au lendemain de ce violent épisode orageux, un paysage de désolation avec une centaine d’arbres déracinés, dont certains se sont abattus sur des voitures en stationnement. Les lignes électriques (au plus fort de l’épisode, 22 000 clients ont été privés d’électricité dans l’Hérault) et le réseau routier ont particulièrement souffert. À Montpellier, les pluies torrentielles ont inondé certaines rues, rendant le passage des bus et des trams difficile. Fort heureusement, le bilan humain reste très limité : « Une seule personne a été légèrement blessée lors des intempéries à la suite d’une chute de branche, tandis qu’à Capestang, une famille dont le véhicule avait été touché par la chute d’un arbre a été secourue et est indemne », relate la préfecture. L’événement n’est pas classé en état de catastrophe naturelle, informe-t-elle : « les particuliers ayant subi des dommages sont invités à se rapprocher de leur assurance dans les plus brefs délais ». Un classement toutefois réclamé publiquement par le sénateur PS de l’Hérault Hussein Bourgi et la députée PS héraultaise Fanny Dombre-Coste.

    Dans le Gard, que les orages ont atteint vers 20h30 avec un peu moins d’intensité, une centaine de pompiers ont réalisé une vingtaine d’interventions, dont trois pour des débuts d’incendie liés à la foudre dans des maisons à Alès, Sauve et Bernis. Sur le plan humain, « un motard a été légèrement blessé après avoir percuté une branche sur la route à Nîmes », relate Ici Gard-Lozère. Le 25 août au matin, 300 foyers étaient toujours privés d’électricité dans le département, selon la radio locale. À noter que la journée du 24 août a été « la plus foudroyée de l’année », avec 26 000 impacts de foudre recensés, selon l’observatoire des tornades et orages Keraunos. Un phénomène immortalisé par l’agroclimatologue et chasseur d’orages héraultais Serge Zaka, qui a saisi et publié sur son réseau social X des images spectaculaires. Amélie Goursaud

  • La réutilisation des eaux usées traitées arrive à Sète

    La réutilisation des eaux usées traitées arrive à Sète

    Face à la raréfaction de la ressource en eau, Sète passe à la vitesse supérieure. Depuis le début du mois de juillet, les eaux usées traitées par la station d’épuration des Eaux Blanches sont réutilisées pour des usages communaux qui jusque-là nécessitaient de l’eau potable.

    Un arrêté préfectoral fixe les conditions de la réutilisation des eaux usées traitées (Réut) et permet à Sète Agglopôle d’économiser pas moins de 20 000m3 chaque année. « L’autorisation concerne l’hydrocurage des réseaux d’assainissement, l’arrosage du ballast (lors d’une construction d’une route, on arrose afin de compacter un petit peu les cailloux et la terre) et bien sûr les laveuses de la Ville de Sète et potentiellement celles de Frontignan et La Peyrade », énumère Vincent Sabatier, vice-président de Sète agglopôle Méditerranée, délégué au cycle de l’eau.

    La collectivité dirigée par le socialiste Loïc Linarès met également en avant la technologique du dispositif, permettant d’avoir une eau de haute qualité. « C’est une eau de qualité A+, une des rares eaux en France à avoir ce label [la première dans l’Hérault, Ndlr.] puisque la technicité de la station d’épuration nous permet de sortir une qualité très supérieure à l’eau de baignade », poursuit le vice-président. En effet, l’eau usée subit dans un premier temps un procédé d’ultrafiltration membranaire avant d’être désinfectée par rayons UV. Du chlore est également ajouté pour assurer un effet durable et ainsi permettre de la stocker dans une cuve de 20 000 litres. Une réutilisation des eaux usées qui empêche également de rejeter cette eau dans la mer.

    La perspective d’usages industriels de la Réut

    Cette nouvelle économie d’eau vient s’ajouter à celle de 110 000m3 issus de la récupération d’eau de lavage des filtres de la station de potabilisation sétoise. « Potentiellement, cette eau économisée pourra servir pour les “usages nouveaux” de la ressource. Nous sommes de plus en plus confrontés à des conditions météo extrêmes, nous obligeant à arroser plus. Cette eau pourrait subvenir à ces besoins, en particulier l’irrigation », souligne Vincent Sabatier. Seul hic, sa salinité. « Le réseau est au niveau zéro des cartes [zéro hydrographique, Ndlr.], donc nous avons un petit peu d’intrusion d’eau salée. Mais il est toujours moins compliqué d’enlever 3g de sel que 30 comme dans l’eau de mer. »

    Ce nouveau dispositif n’est qu’une première étape dans la réutilisation des eaux usées traitées. En effet, l’Agglo prévoit de développer ses usages, notamment industriels. « Le second projet est de venir alimenter l’usine Saipol, premier consommateur d’eau municipal de la ville de Sète. Là, on vise une économie de 350 000m3 », soutient Vincent Sabatier. Notamment pour refroidir les installations et produire de la vapeur pour cette usine dédiée à la transformation de colza d’import.

    Une démarche qui montre le fort potentiel de cette technologie encore peu développée en France, contrairement à l’Espagne voisine, où l’eau réutilisée peut être consommée par la population. Mais à la vue du dérèglement climatique, il est sûr que la question de la Réut va se poser dans le débat public français.