Tag: CGT

  • Benzène, amiante… Le combat continue

    Benzène, amiante… Le combat continue

    « On a vu beaucoup de copains mourir de maladie, et on en voit encore aujourd’hui. » Devant l’entrée du conseil de prud’hommes de Martigues, Julien Granato, secrétaire général adjoint du syndicat CGT de la plateforme TotalEnergies de La Mède, illustre par ces mots le combat mené par les travailleurs de ce site pétrochimique pour faire reconnaître l’angoisse suscitée par la perte de ses collègues de travail. Mercredi matin, 180 salariés et sous-traitants ont déposé leur requête individuelle avec le cabinet d’avocats TTLA et associés, représentant syndicats et travailleurs anciens comme actuels.

    Car sur cette plateforme industrielle ayant abrité une raffinerie de pétrole pendant 80 ans, l’exposition à des substances toxiques comme l’amiante et le benzène est quotidienne, selon le syndicaliste. « Quand je rentre chez moi je sens encore le pétrole », détaille Julien Granato, qui souhaite « obtenir la même reconnaissance que les mineurs et les travailleurs de l’amiante », par cette procédure collective aux Prud’hommes pour faire reconnaître un préjudice d’anxiété (lire ci-dessous). À défaut de pouvoir solutionner en interne : « la situation est dénoncée à chaque fois en CSE et il n’y a pas un jour sans incident », tance le responsable.

    « Pour tous les travailleurs »

    Les interrogations ne sont pas qu’internes. « L’actualité récente fait encore parler de nous avec de fortes odeurs sur le site », reprend Julien Granato, pour qui cette procédure « est importante pour tous les travailleurs, car elle bénéficiera aussi aux intérimaires et sous traitants qui sont les premiers exposés et qui ne le font souvent pas reconnaître ». L’Union locale CGT ainsi que la Fédération nationale des industries chimiques (Fnic-CGT) sont associées à la procédure comme équivalent de parties civiles.

    La procédure prud’homale découle de la plainte déposée au pénal par le syndicat début février 2025 en raison de l’exposition avancée par le syndicat au benzène, réputé cancérigène, mutagène et reprotoxique (CMR) et ce en dépit du démantèlement des anciennes installations de raffinage en 2019. « L’inspection du travail a relevé de nombreux manquements de Total dans la protection individuelle et collective des travailleurs » ainsi que « dans la mise en œuvre des règles de prévention en matière d’exposition aux CMR », argue le syndicat dans son communiqué de lundi. La maladie, elle, sévit souvent plus tard. « L’exposition à l’amiante génère une maladie souvent 20 ou 30 ans après, et il est parfois déjà trop tard » indique Me Jean-Eudes Mesland-Althoffer, du cabinet TTLA. Alors qu’« avec 15,2 milliards d’euros de bénéfice net en 2024, Total a largement les moyens de protéger les salariés. [On] protégera l’environnement en même temps », affirmait Fabien Cros, secrétaire du syndicat CGT de la Mède à ce propos en février 2025.

    Contactée, la direction de TotalEnergies n’a pas répondu à nos sollicitations dans nos délais. Les requêtes passeront en Bureau de conciliation et d’orientation prud’homal dans entre six mois et un an, selon les avocats.

    Le préjudice : « l’angoisse de développer une maladie grave »

    Me Jean-Eudes Mesland-Althoffer, avocat du cabinet TTLA associés, explique le principe juridique du préjudice d’anxiété. « Lorsqu’on a été exposé à des substances nocives, associées à un risque élevé de développer une pathologie, on a le droit de solliciter une indemnisation par peur de la développer. » Il s’agit d’une « jurisprudence, issue d’un arrêt de la Cour de cassation de 2010 », reconnaissant le préjudice des travailleurs de l’amiante au départ, puis étendue substances nocives autres que l’amiante par un arrêt du 11 septembre 2019. Selon l’avocat, la notion est restrictive : « Si l’on connaît la substance, il faut démontrer une exposition importante en intensité et en durée. » De même pour « caractériser l’anxiété des requérants », les travailleurs.

    Et aussi

    L’amiante dans le bâti scolaire visé

    Le collectif « Stop amiante éducation », qui réunit une dizaine d’organisations, syndicats, associations de parents d’élèves et de victimes de l’amiante, a déposé une plainte contre X pour mise en danger d’autrui en novembre dernier. Et pointe notamment le « scandale sanitaire » de la présence « de l’amiante dans le bâti scolaire », écoles comme collèges et lycées dans le département.

    Alerte dans l’éducation

    Ce jeudi 12 février, les organisations syndicales FO de l’enseignement du Vaucluse font une conférence de presse, également sur la présence d’amiante dans les établissements scolaires. Et expliquent que, comme dans les Bouches-du-Rhône, « des milliers d’élèves de Vaucluse continuent d’être exposés quotidiennement ! ».

    25 ans de combat ouvrier

    Le Comité amiante « prévenir et réparer » (Caper 04) et sa cheville ouvrière, René Villard (PCF), devenu maire de la ville Château-Arnoux-Saint-Auban, s’est mobilisé pour l’indemnisation des travailleurs face à l’exposition à l’amiante. Et a notamment obtenu celle de 650 salariés d’Arkema.

    L’État jugé coupable

    Comme pour les chantiers navals de La Ciotat, l’État a été jugé coupable de ne pas avoir contrôlé ceux de la Seyne-sur-Mer dans le Var. Dans un arrêt d’avril 2019, la Cour de Cassation a permis l’indemnisation du préjudice d’anxiété pour les travailleurs, sous certaines conditions. Et notamment suite à une procédure d’un ancien contremaître de la Normed (Société des chantiers du Nord de la Méditerranée) qui y a travaillé de 1964 à 1987.

  • La CGT se mobilise dans les Hautes-Alpes pour soutenir les saisonniers

    La CGT se mobilise dans les Hautes-Alpes pour soutenir les saisonniers

    Un an après la venue de Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, au front de neige de Vars, le syndicat poursuit son soutien aux saisonniers, ce vendredi à 10h. « Tous les ans, on tient un stand sur un parking. On tourne en équipe et on va dans les boutiques qui entourent Vars. Parfois, on envoie des camarades sur les pistes quand on est assez nombreux, ils vont à la rencontre des restaurants d’altitude et des perchmans », confie Julien Bouillé co-secrétaire de la CGT des Hautes-Alpes.

    Les résultats du rapport de l’Institut de recherche économique et sociale (Ires), paru en 2024, indiquent que les saisonniers sont en situation de fragilité. D’abord du côté du logement. « Comment prétendre à la propriété d’un logement avec un statut de saisonnier aujourd’hui ? Comment accéder à la location avec des alternances d’emploi et de chômage ? », interroge l’Institut. Cette fragilité s’observe aussi du côté de la santé. L’Ires constate : « Avec une couverture santé discontinue et des changements de territoires réguliers ne permettent pas un suivi médical régulier. » L’Institut évoque aussi « certaines personnes au RSA durant l’intersaison depuis plusieurs années, y compris en travaillant en saison ».

    Un guide pour accompagner

    Julien Bouillé explique : « Souvent, ce sont des jeunes travailleurs qui arrivent dans le monde du travail. Ils font le choix du travail en saisonnalité pour peut-être se sentir plus libres, mais sont souvent assez peu renseignés. » Selon le syndicat, 65% des travailleurs saisonniers affirment ne pas connaître leurs droits. Face à ce constat, la CGT propose « un guide des saisonniers » pour informer ces travailleurs de leurs droits et leur « proposer un accompagnement concret ». Le rapport de l’Ires rappelle que les saisonniers sont très souvent exposés à la pénibilité du travail, ne sont que rarement suivis par la médecine du travail, mais semblent avoir intériorisé cette situation et n’en font pas un sujet de revendication.

    Julien Bouillé dénonce : « Souvent, les garants des notions de ressources humaines pour les petites entreprises, ce sont les comptables. Un comptable à une formation comptable, pas RH, et ça pose un problème. » Les saisonniers travaillent sur la base de contrats à durée limitée et bénéficient d’une protection sociale régie par la règle du contrat de travail stable à temps plein, alors que leur travail est par essence discontinu. Comme le rappelle le syndicaliste, « un saisonnier aujourd’hui est soumis à la même législation qu’un travailleur non saisonnier, mais il n’a pas la prime de précarité, et une saison dans les Hautes-Alpes dure quatre mois, alors qu’il faut six mois de travail que pour pouvoir bénéficier des droits au chômage ».

    Pour Julien Bouillé, c’est la même problématique qui touche tous les travailleurs : « Il faut une prise de conscience des situations à risque auxquelles ils sont exposés dans les entreprises où ils peuvent être malmenés. » La CGT continue de demander la création d’un statut de saisonnier qui permettrait de reconnaître la particularité de l’activité et de réfléchir à de nouveaux droits pour ces salariés. Il insiste sur le collectif : « Il faut qu’on leur fasse comprendre que l’adhésion à la CGT leur permet aussi de connaître leurs droits. Ça donne accès à des formations et à un collectif. C’est ça le plus important, parce qu’un saisonnier est parfois seul. »

  • Le transporteur CAT à l’arrêt pour de meilleurs salaires à Miramas

    Le transporteur CAT à l’arrêt pour de meilleurs salaires à Miramas

    Plus aucun poids lourd ne passe à l’entrée du dépôt CAT de Miramas. Depuis lundi, l’entreprise de transport d’automobiles vit un mouvement social national dans le contexte des négociations annuelles obligatoires. Le long de la route parallèle à la D10, les camions se succèdent en ligne, eux qui relient normalement les usines Stellantis, Ford ou Mercedes aux concessions, entreprises de location et exportateurs.

    En cause, un dialogue social compliqué. Lundi, Cédric Lopez, délégué national CGT originaire de Miramas, expliquait que « les négociations n’ont rien donné » parlant de « propositions indécentes de la direction », soit 0,8% d’augmentation générale des salaires. Les revendications de l’intersyndicale CGT et FO, en face, sont de 4 % d’augmentation, la réouverture de négociations sur l’intéressement et la mise en place d’une prime évènements climatiques de 2,50 euros par jour. Mardi, le mouvement de grève reconduit chez Cat à Miramas a mobilisé une trentaine de salariés sur la soixantaine que compte le site, selon l’intersyndicale. Mais le ton monte. « La direction est bloquée sur ses positions et a refusé de discuter du cahier revendicatif des salariés », dénonce Jérémy Zucchelli, secrétaire de l’union locale CGT de Miramas.

    « Peur des actionnaires »

    Le refus de négocier sur la base des propositions syndicales n’est pas étonnant selon le responsable CGT. « Ils ont peur de dire aux salariés qu’ils refusent 4% d’augmentation car ça voudrait dire autant en moins pour les actionnaires », tance Jérémy Zucchelli. Le responsable pointe « 63 millions d’euros de bénéfices sur deux ans » en 2024 et 2025. Dans ce contexte, « ce n’est pas la direction qui décide quand les salariés doivent arrêter de faire grève. Une négociation Implique que chacun examine les propositions de l’autre », juge-t-il.

    Sur le piquet de grève, Virginie Tilmont, réceptionnaire depuis 23 ans, fait part de ses raisons d’être en grève. « Je travaille avec des chauffeurs étrangers. Heureusement que je parle espagnol, anglais et roumain », explique-t-elle. Avec ses collègues, elle souhaite « une reconnaissance quand on met ses compétences à profit au travail ». Son rôle est pivot : « Je suis toujours dehors, au début de la chaîne », déterminant les réserves sur un chargement et la suite du processus logistique. « Je ne demande pas grand-chose, mais on me répond que je suis pas traductrice », regrette la réceptionnaire.

    Mardi soir, le mouvement devrait être reconduit, à moins d’un accord entre les autres organisations syndicales et la direction. Contactée, l’entreprise Cat n’a pas répondu à nos sollicitations dans nos délais.

  • [Entretien] Marie Dufresne : « Seul un jeune sur 10 a un emploi dans le Gard »

    [Entretien] Marie Dufresne : « Seul un jeune sur 10 a un emploi dans le Gard »

    La Marseillaise : Comment jugez-vous la situation de l’emploi dans le Gard ces derniers mois ?

    Marie Dusfresne : C’est difficile, notamment à cause des fermetures de Solvay et maintenant de la Verrerie du Languedoc. On assiste à une désindustrialisation qui entraîne une perte de beaucoup d’emplois. La verrerie, c’est 164 emplois, c’est énorme. Ce sont 164 familles impactées. C’est une catastrophe pour le département, qui est déjà très sinistré au niveau de l’emploi. Les plans sociaux se multiplient donc l’état de l’emploi dans le Gard est catastrophique. On a un taux de chômage qui est important puisqu’il dépasse les 10% [contre 7,7% au niveau national, Ndlr.]. On assiste aussi à des licenciements déguisés sous forme de ruptures conventionnelles qui se multiplient et font baisser les chiffres des licenciements.

    Que pensez-vous des dernières propositions du Medef, qui veut créer un CDI pour les jeunes rappelant le CPE du gouvernement De Villepin de 2006 ?

    M.D. : C’est un contrat avec un sous-Smic qui est aussi plus facile à rompre. Le patronat veut également un nouvel assouplissement des conditions pour les recours au CDD. Je suis dans la même ligne que notre secrétaire générale de la CGT Sophie Binet, qui a annoncé sur les plateaux de télévision que c’est une déclaration de guerre. Le Medef est revanchard de sa défaite subie il y a 20 ans avec le CPE. S’ils osent remettre le couvert, ils retrouveront les syndicats sur leur route pour s’y opposer fermement. Le gouvernement Lecornu prévoit encore 400 millions d’économies sur l’assurance chômage. Il y a deux thèmes qui sont sur la table des négociations : les droits après la rupture conventionnelle et le recours aux contrats courts. Clairement, le patronat joue le pourrissement pour faire échouer les négociations.

    Quel est l’état de l’emploi des jeunes dans le Gard ?

    M.D. : Les moins de 24 ans ne sont que 10% à avoir un emploi. Un jeune sur dix, c’est dingue… Si on ajoute ce nouveau CDI, ça sera encore pire. Ce nouveau contrat ne ferait que précariser encore plus la jeunesse et ajouter une violence sociale supplémentaire. Clairement, on n’est pas du tout dans une bonne dynamique.

    En quoi un fort taux de chômage influe-t-il sur les conditions de travail des salariés ?

    M.D. : Les conditions de travail sont plus difficiles pour les salariés car ils ont peur de perdre leur emploi, donc ils ne disent rien. C’est aussi plus difficile de négocier des augmentations de salaires. On le constate aussi sur la répression syndicale, de plus en plus forte. On dit aux salariés : « Si tu t’engages dans cette voie syndicale, tu risques d’être ciblé. » On est en plein recensement sur cette répression et on constate qu’il y a un nombre considérable de militants qui sont attaqués en justice. Mais la conséquence, c’est qu’on constate aussi que depuis deux ans, la CGT enregistre une augmentation des adhésions.

  • Fibre Excellence : les salariés passent à la vitesse supérieure

    Fibre Excellence : les salariés passent à la vitesse supérieure

    « On envoie le message qu’il faut être solidaire, qu’il faut se battre pour le maintien des emplois. On veut montrer qu’on est soutenus et que c’est une question de survie. » Laurent Quinto, représentant de la CGT de Fibre Excellence Tarascon, attend du soutien, ce mardi, pour la mobilisation, devant le site, lancée à l’appel de l’intersyndicale (CGT, FO, CFDT).

    Pour rappel, l’usine de pâte à papier est en sursis suite à des alertes de sa direction et une situation financière intenable (lire notre article du 26/01), avec une menace de placement en redressement judiciaire d’ici la mi-mars. « La direction nous a rappelé qu’elle prendrait des décisions lapidaires s’il n’y avait pas de mesures de soutien prises entre le 15 février et fin mars », relate Laurent Quinto. D’où le timing de la mobilisation : à la veille d’une réunion à Paris avec le Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri), auprès duquel les réunions s’enchaînent depuis décembre. « On veut des réponses rapidement, on attend beaucoup de cette réunion à Bercy », résume le syndicaliste. Dans le viseur ? Obtenir une révision du prix de vente de l’électricité produite sur le site. « C’est la seule mesure qui pourrait sauver le site immédiatement », insiste la CGT.

    C’est dans cet objectif que l’intersyndicale rencontre des élus du territoire depuis des semaines. Juan Martinez (PS), maire de Bellegarde, Lucien Limousin (DVD), maire de Tarascon, ou encore Patrick de Carolis (Horizons), maire d’Arles, sont attendus par les salariés sur le site pour le rassemblement de mardi. Et la semaine dernière, l’intersyndicale a rencontré la présidente de Région d’Occitanie, Carole Delga (PS). Le site étant frontalier avec le département de Gard et son usine sœur se situant à Saint-Gaudens en Haute-Garonne (31). « Elle nous a confirmé que des négociations, entre les ministères, la direction et EDF sont en cours sur la revente d’électricité. Les portes sont ouvertes », développe Laurent Quinto. Avant de noter positivement : « Elle se mobilise pour que les choses avancent ! »

    « On est solidaire de la Centrale de Gardanne »

    Et si certains tentent d’opposer la Centrale de Gardanne et Fibre Excellence sur la question des tarifs de vente d’électricité, la première revendant à des prix bien plus élevés que la deuxième, la CGT du site tarasconnais est claire : « On est solidaire de la Centrale de Gardanne, on ne veut pas léser le site. Le problème ne vient pas de Gardanne, mais bien de l’État. C’est lui qui fixe les tarifs de vente d’électricité et c’est avec lui qu’on négocie. » Même discours au plus haut niveau de la CGT, puisque Sophie Binet a rédigé un courrier à l’adresse du ministre de l’Industrie, le 23 janvier, qui réclamait un « plan d’urgence » pour les usines de pâte à papier, et une « nationalisation si nécessaire ».

  • Une réforme de la police au cœur du scrutin

    Une réforme de la police au cœur du scrutin

    Une procédure accélérée pour une adoption avant les municipales, afin de permettre aux futurs maires de disposer d’une toute nouvelle « boîte à outils ». Voilà comment le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a vendu le projet de loi sur la réforme de la police municipale dont l’examen a démarré le 3 février au Sénat, le vote devant avoir lieu ce mardi 10 février. En fait d’outil, c’est la boîte de Pandore qui a été ouverte, renforçant une « municipalisation de la sécurité », au détriment de l’État de droit, analyse dans une note circonstanciée la CGT Intérieur Police.

    Concrètement, le texte soumis au Parlement s’appuie sur une mission d’information de la commission des lois, pilotée en 2024 par le ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur d’alors, François-Noël Buffet (LR), en parallèle d’un « Beauvau de la police municipale ». Dont les syndicats ont dénoncé au passage l’absence de mesures sociales… Mais, au nom du fameux « continuum de sécurité », policiers municipaux et gardes champêtres se verraient attribuer des compétences judiciaires élargies. Outre la possibilité de relever une identité, ils seraient à même de dresser des amendes forfaitaires délictuelles (AFD) – dont le taux de recouvrement atteint péniblement les 31% – pour au moins neuf délits « de l’insécurité du quotidien ». Les membres de la majorité de droite, pris dans un enthousiasme tout sécuritaire, en ont rajouté. Sous certaines conditions, les agents pourraient procéder à des fouilles, utiliser des drones « à titre expérimental », auraient accès à de nouveaux fichiers. Tout ça restant au bon vouloir des maires, se prévaut le gouvernement.

    Pas de doctrine nationale

    « C’est tout simplement une atteinte à la démocratie », résume Anthony Caillé, secrétaire général de la CGT-Intérieur Police. Avec ce « ballon d’essai » de transfert d’une compétence régalienne au local, il estime le risque constitutionnel « sérieux » et alerte sur l’absence de doctrine nationale sur la municipale. « Comment on les arme ? Comment doivent-ils rendre des comptes ? À qui ? Quelles sont leurs missions ? » interroge-t-il. Pour lui, la mise en place d’une mission de contrôle des polices municipales, commune aux inspections générales du ministère de l’Intérieur prévue dans le texte, reste insuffisante. Au nom de la libre administration territoriale, le droit des citoyens est mis à mal, dans un contexte de « montée des discriminations », estime la CGT. Sur les AFD, le syndicaliste rappelle que le droit est déjà bafoué, le policier se faisant juge : « C’est une inscription au casier, direct, alors qu’un délit, c’est une enquête à charge et à décharge, un droit à la défense… »

    La CGT craint une « pénalisation territorialisée », avec un maire qui peut utiliser sa police sur des zones « à forte mobilisation électorale ». À l’inverse, le pouvoir de la police municipale sur l’édile s’en trouverait renforcé. « On l’a vu à Bordeaux, où le maire écologiste ne voulait pas les armer », illustre-t-il. Résultat : une police municipale équipée de semi-automatique, cet été, « après trois semaines de grève ».

    Sans attendre la fin de la navette parlementaire, la CGT a fait parvenir sa note « à tous les députés et sénateurs, sauf le RN ».

    Repères

    Des prérogatives élargies

    Vente à la sauvette, vol, usage de stupéfiants, occupation illicite de halls d’immeuble, vente d’alcool aux mineurs… Au moins neuf nouveaux délits pourraient être sanctionnés par la police municipale d’une amende forfaitaire délictuelle. Les sénateurs ont déjà proposé d’ajouter la conduite sans permis, sans assurance ou encore le port d’armes blanches.

    45%

    de hausse. Le nombre de policiers municipaux est passé de 19 405 en 2012 à 28161 en 2023. En 2026, 11000 agents devaient être recrutés, selon le Centre national de la fonction publique territoriale.

    Drones et caméras embarquées

    La police municipale pourrait être autorisée à utiliser des drones à titre expérimental durant 5 ans sur cinq segments précis, des grands rassemblements à la protection des bâtiments communaux.

    Sur 5 ans aussi, des caméras embarquées équiperaient les véhicules.

  • La CGT de l’hôpital en remet une couche sur le rapport

    La CGT de l’hôpital en remet une couche sur le rapport

    Ce mardi 3 février, une bonne partie de la direction de l’hôpital s’était réunie pour, face à la presse, dresser un plan qui remettrait sur de bons rails le fonctionnement du bloc opératoire. Elle évoquait notamment un possible biais de neutralité d’un rapport produit par un cabinet agréé, qui décrit des conditions de travail difficiles au bloc opératoire. « Face à la tentative de discréditer une expertise indépendante, voulue par le personnel, un petit rappel s’impose », réagit la CGT ce vendredi 6 février dans un communiqué.

    Elle assure qu’évoquer l’appartenance de l’expert qui a réalisé l’enquête à la CGT dans un autre département a été fait « dans l’optique de créer une division entre les organisations syndicales du Centre Hospitalier d’Avignon ».

    Vote unanime

    En préambule, le syndicat rappelle que le cabinet d’expertise est agréé Qualianor, que « l’expert est sociologue bac +5, avec 15 ans d’expérience » ou encore que l’expertise « repose sur 49 entretiens, des observations de terrain et des données institutionnelles ».

    Une formation spécialisée santé, sécurité et conditions de travail (F3SCT) du centre hospitalier s’est également tenue ce jeudi 5 février. Y a été présenté au personnel « un processus de coconstruction qui doit déboucher sur un plan d’action attendu depuis trop longtemps », précise la CGT. Ce plan avait été détaillé par l’équipe de direction de l’établissement de santé en ce début de semaine. Y figurent de nombreuses actions, dont une nouvelle organisation, « qui est un socle pour sortir de la crise », confiait notamment le docteur Vincent Pestre, président de la commission médicale d’établissement (CME).

  • La CGT place « le droit à la communication » au cœur du débat

    La CGT place « le droit à la communication » au cœur du débat

    Un candidat sans projet pour le droit à la communication est un candidat déjà dépassé. » Le message est passé. Le syndicat CGT des Activités postales et de télécommunications (CGT Fapt) et l’Union syndicale des retraités (USR) des Hautes-Alpes lancent une campagne pour interpeller les candidats aux municipales sur l’absence de mesures destinées à réduire la fracture numérique. La fermeture progressive d’infrastructures du service public menace l’inclusion de chaque citoyen. Avec seulement 29 bureaux de Poste pour les 162 communes dans le département (), le droit à la communication représente un enjeu territorial. La cosecrétaire de la CGT 05, Alexandra Pourroy, juge que les programmes électoraux portent « peu » sur cette thématique : « C’est l’étincelle qui a fait démarrer cette campagne. »

    Un kit pour les citoyens

    La CGT Fapt et l’USR 05 s’engagent à interpeller les candidats lors des réunions de campagne des grandes communes. Ces syndicats, qui « ne peuvent pas être présents sur toutes les communes », proposent un kit d’interpellation aux citoyens. Lettre type, argumentaire, chiffres-clés… Ce kit présente « le nécessaire pour pouvoir se faire l’émissaire de cette campagne ».

    La représentante syndicale renchérit : « Le but est de permettre à Monsieur-tout-le-monde de pouvoir intervenir dans cette campagne. »

    Le droit à la communication est menacé lorsque le numérique devient l’unique moyen d’accès aux services. Cela concerne particulièrement les habitants des zones blanches – 20% du territoire départemental – ainsi que les personnes âgées. À titre d’exemple, 33% des usagers déclarent avoir déjà abandonné une démarche administrative en ligne par manque d’accompagnement.

    « Le droit à la communication est un service public. Par définition, c’est plus un impensé de la droite et quelque chose qui doit infuser dans les listes de gauche », note Alexandra Pourroy. Ces revendications s’adressent à tous les candidats du cercle républicain, à l’exception du RN, qui propose « une politique générale complètement opposée à ce que [le syndicat] porte ». La CGT Fapt et l’USR 05 attendent un sursaut de la part des candidats pour réduire cette fracture numérique.

  • La CGT Marins obtient des garanties et suspend la grève

    La CGT Marins obtient des garanties et suspend la grève

    On a voté à l’unanimité la reprise du travail suite aux réponses obtenues », annonce Frédéric Alpozzo, secrétaire général de la CGT Marins de Marseille, ce vendredi soir à la sortie de l’assemblée générale des travailleurs. L’organisation « suspend le mouvement social » entamé lundi 2 février, notamment suite à plusieurs réunions en préfecture et avec les directions des deux compagnies des marins, La Méridionale et Corsica Linea. « On a un calendrier très précis pour un cycle de réunions de travail sur le programme commun des deux compagnies par rapport à la concurrence déloyale », développe Frédéric Alpozzo, évoquant un « document complet ».

    Le tout, en parallèle « d’une médiation », annoncée la veille par le ministère des Transports. « Il y a toutes les parties prenantes dans les différents cycles de réunions, on a des avancées », commente le syndicaliste. Avant de prévenir : « Ce n’est qu’une suspension, si les discussions se passent mal, on retourne au combat ! ». Pour rappel, ils dénoncent un « dumping social » de certaines compagnies maritimes usant de pavillons internationaux « sur les lignes territoriales françaises à passagers ». « Les marins de ces bateaux n’ont pas de contrats français et sont payés entre 650 et 1 200 dollars par mois », rappelait la CGT Marins, qui défend le pavillon français et son socle de droits sociaux.

    Il faut dire que leur mouvement avait provoqué des remous. Ce vendredi, à l’usine d’Airbus Helicopters de Marignane, Philippe Tabarot, le ministre des Transports, jouait la carte du dialogue social. « Je souhaite que l’apaisement revienne. Je comprends l’émoi d’un certain nombre de salariés par rapport à cette concurrence qu’ils jugent déloyale », assure-t-il. Si les marins réclament des garanties pour l’emploi au pavillon français depuis des mois, le ministre semble aller dans leur sens en affirmant qu’il « lutte contre le dumping social » notamment sur les liaisons transmanche.

    Des « conséquences économiques ravageuses »

    « Nous sanctionnerons sévèrement ceux qui ne respectent pas les règles. Mais tout n’est pas entre les mains de l’État », justifie Philippe Tabarot, citant les « difficultés liées au port de Sète, de compétence régionale ». De quoi renvoyer à la fameuse « médiation » lancée par son ministère. Laquelle doit « produire des conclusions rapides, dans un délai de six à huit semaines ». Il faut dire que même la Corsica Linea a dénoncé, dans un communiqué de presse diffusé vendredi matin, « les conséquences économiques ravageuses de l’expansion du dumping social ». Et a pointé directement des « compagnies maritimes opérant sous pavillons internationaux moins-disant, en dehors de tout respect du socle social minimal imposé par la loi française ». Philippe Tabarot s’est félicité de « la levée du mouvement de grève (…) les deux médiateurs désignés sont à l’œuvre pour parvenir à un apaisement durable avec tous les acteurs », précisait-il vendredi soir.

  • Reçus, insatisfaits, les marins restent en grève

    Reçus, insatisfaits, les marins restent en grève

    Ni l’État, ni les directions des deux compagnies maritimes n’auront apporté de solutions permettant de pérenniser l’emploi maritime sous pavillon français, a considéré la CGT des Marins de Marseille à la sortie de la préfecture. Une réunion de conciliation s’y est tenue jeudi 5 février au matin à la demande de la CGT en présence des organisations syndicales Sammm, STC La Méridionale et des directions de La Méridionale et de Corsica Linea et un représentant du cabinet du ministère des Transports.

    Dans l’attente « d’engagements écrits pour défendre l’emploi maritime français, a expliqué Frédéric Alpozzo, secrétaire général du syndicat CGT des marins de Marseille, on n’est pas satisfait des propositions faites par l’État et les compagnies ». Pour sortir de la crise, la CGT souhaite un plan commun sur la desserte en Algérie entre la Corsica Linea et La Méridionale depuis Sète et Marseille et une exonération de la taxe carbone pour les déplacements insulaires.

    En Corse jeudi, deux navires de la Corsica Ferries ont été déroutés vers Propriano et L’Île Rousse après avoir été empêchés d’accoster à Ajaccio et Bastia par des marins grévistes de la Corsica Linea qui dénoncent « le dumping social » de la compagnie a indiqué à l’AFP Antoine Sisco, porte-parole des marins du Syndicat autonome des marins de la marine marchande (Sammm) de la Corsica Linea. Les organisations syndicales revendiquent « l’arrêt des autorisations d’escale de Corsica Ferries sous pavillon international italien entre Sète et les ports de Corse », « l’interdiction du pavillon italien international sur les lignes territoriales françaises à passagers » et « l’engagement écrit de l’État garantissant le financement des DSP jusqu’en 2030 ».