Tag: censure

  • « L’extrême droite ne censure pas la culture, elle la supprime »

    « L’extrême droite ne censure pas la culture, elle la supprime »

    Fondateur du Triptyk Théâtre, et désormais adjoint aux Arts, à la Culture, et à l’Éducation populaire à Nîmes, Denis Lanoy ne sépare jamais création et politique. Dans un Gard où l’extrême droite prospère électoralement, il pose un diagnostic sans détour : « Nous avons sans doute perdu du terrain. La gauche a un peu abandonné le terrain culturel depuis la fin des années 1990. » Pour lui, ce renoncement pèse lourd. À l’heure où le RN impose ses obsessions identitaires, la gauche doit « se ressaisir » et refaire de la culture « une question centrale de son projet politique ».

    Car la culture n’est pas, à ses yeux, un supplément d’âme. « J’aime bien l’idée de la culture comme un droit », explique-t-il. Un droit qui n’a de sens que s’il vise « l’émancipation ». Et pour garantir ce droit, il faut un outil : le service public. « Sans service public, il ne peut pas y avoir de droit. Sinon, la relation entre les êtres repose sur le droit du plus fort à imposer au plus faible. » C’est précisément pour cela, estime Denis Lanoy, que l’extrême droite s’acharne contre la culture. Parce qu’elle demeure « l’endroit de mise en critique permanente », celui où se défendent le droit, l’égalité, la pensée et la liberté.

    « Plus violent

    que la censure »

    Dans la région, les exemples se multiplient : festivals annulés, expositions empêchées, subventions menacées, récits patrimoniaux verrouillés. Mais Denis Lanoy refuse presque le mot de « censure ». Trop faible, selon lui. « Censurer, ça voudrait dire qu’ils laissent faire mais qu’ils contrôlent un peu le contenu. Là, ils suppriment complètement. C’est plus violent que la censure. » L’extrême droite, poursuit-il, avance vite et fort. Elle se drape dans la légitimité des urnes pour justifier des politiques d’étouffement. « Ils disent : on a été élus pour prendre des décisions, on prend la décision de supprimer la culture. » Derrière l’apparence démocratique, Denis Lanoy voit une logique profondément antidémocratique : tarir les lieux où se fabrique la contradiction.

    Mais le RN ne se contente pas de supprimer. Il investit aussi le terrain des récits. Identité, patrimoine, roman national, histoire locale : tout devient matière à conquête idéologique. « Ils pratiquent le retournement », analyse l’élu nîmois, étonné d’entendre des élus d’extrême droite citer Gramsci ou Walter Benjamin. « Ils ont très bien lu les auteurs marxistes et ils essayent d’en tirer profit, mais pas du tout pour l’émancipation. Pour imposer un autre récit. »

    Tenir la digue

    À Nîmes, la nouvelle majorité promet des annonces en matière culturelle. Denis Lanoy reste prudent sur le détail, mais revendique une méthode : « favoriser le débat démocratique » et permettre « au plus de monde possible d’avoir accès à la culture ». Une ambition qui prolonge son combat de longue date contre la réduction de Nîmes à une simple carte postale romaine ou touristique. La ville, rappelle-t-il, est faite de « circulations, de métissages, de mémoires populaires, ouvrières, méditerranéennes. »

    Reste la question des moyens. Alors que l’État serre les collectivités à la gorge, Denis Lanoy prévient la gauche : céder sur les budgets culturels serait une faute historique. « Si nous ne tenons pas le cap de dire : coûte que coûte, on maintiendra les budgets culturels, le jour où on cède, la digue va péter et le RN s’engouffrera partout. » Dans ce combat, pas de neutralité possible : abandonner les théâtres, les bibliothèques, les festivals, les artistes et les lieux d’éducation populaire, c’est laisser le terrain libre aux récits réactionnaires, aux falsifications historiques et aux politiques de fermeture. À l’extrême droite qui rêve d’une culture triée, domestiquée ou supprimée, Denis Lanoy oppose une autre ligne : une culture vivante, populaire, conflictuelle, capable d’armer les consciences. Une culture qui ne demande pas la permission d’exister et qui défend « la richesse d’humanité de chacun ».

  • [Entretien] Marion Mazauric : « Ne laissons pas passer le moindre acte de censure »

    [Entretien] Marion Mazauric : « Ne laissons pas passer le moindre acte de censure »

    La Marseillaise : À peine élu, le maire de Vauvert a fait annuler une exposition sous prétexte que les opinions politiques de l’artiste ne lui plaisaient pas. Vous étiez à l’initiative d’une pétition intitulée
    « Stop à la censure culturelle par le RN à Vauvert » : pourquoi vous être emparée du sujet ?

    Marion Mazauric : Nous avons lancé cette pétition pour signaler publiquement et massivement ce cas de censure, et parce que nous voulions en faire une question nationale. Ce qui me vient tout de suite à l’esprit avec cet événement, c’est un livre de Franck Pavloff, Matin Brun, où il met en scène une nation dans laquelle la dérive autoritaire commence par un premier petit interdit absurde. Dans ce récit, celles et ceux qui protestent sont écartés, puis de fil en aiguille, quand la liberté de tous finit par être menacée, il n’y a plus personne pour la défendre. C’est la même idée avec cette pétition : ne surtout pas laisser passer le premier acte de censure. On est déjà à plus de 3 500 signatures. Cet appel ne s’adresse pas seulement aux Vauverdois, mais à tout le monde. Il y a une vraie tentative de banalisation de l’extrême droite aujourd’hui, mais on ne peut pas interdire une exposition sur la base des opinions supposées d’un artiste. La diversité et la liberté des opinions sont absolument essentielles. Dans le monde de l’édition, nous y sommes viscéralement attachés : une table littéraire est un espace de tolérance.

    Le monde de l’édition a justement été très bouleversé ces dernières années avec, entre autres, le rachat du groupe Hachette par Vincent Bolloré en 2023. Quel rôle les maisons indépendantes ont-elles à jouer face à ces évolutions ?

    M.M. : Les maisons d’édition indépendantes sont de moins en moins nombreuses mais elles sont de plus en plus importantes, parce que ce sont elles qui assurent la recherche de tendances nouvelles. D’ailleurs, pendant des années, la pensée critique et politique n’a été publiée que par des indépendants, qui prennent généralement plus de risques éditoriaux que les grands groupes. Ces risques sont absolument nécessaires pour éviter l’uniformisation du marché, et c’est d’ailleurs valable pour tous les domaines de la culture. Ce qui se passe avec Vincent Bolloré dans le milieu de l’édition, c’est avant tout la conséquence du manque de régulation de la concentration industrielle sur ce marché, mais c’est aussi la conséquence de l’arrivée d’industriels qui investissent désormais dans la production des idées, pour prendre le contrôle de la fabrique des opinions et de l’idéologie du pays.

    Quels sont les risques que fait courir à la culture cette progression de l’extrême droite ?

    M.M. : Les écarts d’accès à la culture sont déjà énormes sur notre territoire, notamment entre certaines grandes villes et des zones comme Vauvert par exemple. Le risque fondamental que pose alors l’extrême droite, c’est celui de voir s’institutionnaliser de plus en plus une culture à deux vitesses. Avec d’une part, une culture accessible à l’élite et de l’autre, une culture de consommation, pour le « bon peuple », prié de penser le moins possible. Le Rassemblement national réussit à faire opérer des changements de sens, comme par exemple le fait que le racisme devienne une « opinion » alors que c’est un délit. Pour faire cela, il y a quelque part une volonté d’acculturer les populations, pour mieux en profiter. Pourquoi ? Parce que la culture est un lieu de rassemblement, de partage collectif, qui se crée avec les différences. C’est aussi une forme d’éducation populaire à l’émotion et aux sentiments, à ce qui nous rassemble. Quand vous lisez un livre par exemple, vous entrez dans la vie de quelqu’un d’autre et la complexité du monde apparaît. Bref, la culture se pratique collectivement et elle donne des mots et des outils pour penser, s’exprimer et être avec les autres. Or, l’extrême droite fait de la culture une instrumentalisation politique. Quand une mairie choisit quelle exposition ou quel concert doit être donné, cela devrait interroger les électeurs : qui choisit pour eux et pourquoi ? Quel est le projet culturel derrière ces choix ? Vauvert est un laboratoire de ce qui risque d’être fait demain partout où le RN prendra le pouvoir.

    Des pistes pour résister à cette instrumentalisation politique de la culture, dans le monde de la littérature et de l’édition notamment ?

    M.M. : Réfléchissons, lisons, régalons-nous. En tant que consommateur de livres par exemple, on ne peut pas privilégier exclusivement les éditions indépendantes, mais on peut avoir de la curiosité et aller visiter des librairies indépendantes. Nous sommes même obligés d’avoir de la curiosité, pour ne pas nous contenter du prêt-à-penser. Et j’aimerais ajouter plus largement qu’en parallèle, il ne faut pas mépriser l’électorat du RN, mais plutôt essayer de comprendre comment on en est arrivé là : les injustices sociales et culturelles ont des conséquences et nous sommes dans un système inégalitaire depuis trop longtemps.

  • Résister face à la guerre culturelle du RN

    Résister face à la guerre culturelle du RN

    « Nous lancerons un festival apolitique du film et du livre, développerons la feria et ferons revivre nos traditions comme la fête du cochon de dame Carcas. Nous n’avons pas de temps à perdre. » Mardi 5 mai, le nouveau maire RN de Carcassonne (Aude), Christophe Barthès, a présenté « ses projets en matière de culture et d’événementiel » et sa vision très particulière, à l’extrême droite toute.

    Les choix du maire de Carcassonne cochent en effet toutes les cases de la vision ethnocentriste et identitaire, pour ne pas dire fantasmée, de la culture par l’extrême droite. En creux mais le message est limpide, son projet de « festival apolitique du film » est une réponse directe au Festival du film politique organisé chaque année par l’association CinéBastide. Ses membres ont annoncé le 15 avril qu’ils ne demanderaient pas de subventions à la mairie (10 000 euros par an, environ 5 % du budget) et se passeraient du prêt des locaux. Un geste de résistance au cœur de la cité fortifiée (lire page 6). D’ailleurs, les priorités de Christophe Barthès sont ailleurs : « Plus de sécurité, plus de propreté, plus de proximité. »

    Au-delà des coupes budgétaires pour les associations qui ne sont pas à son goût, l’extrême droite impose sa vision de la culture. C’est le cas depuis 2014 à Béziers, dirigé par Robert Ménard, explique Richard Vassakos, historien et auteur de l’ouvrage La Croisade de Robert Ménard : Une bataille culturelle d’extrême droite (éditions Libertalia, 2021). « Sur le fond, [Robert Ménard] a une vision réactionnaire, une sorte de national-catholicisme qui s’inscrit dans la longue tradition de l’extrême droite depuis Charles Maurras. Ménard a des usages de l’Histoire qui sont problématiques et idéologiques » (lire page 7).

    Une orientation que l’on constate aussi à Beaucaire dans le Gard, dirigée aussi par l’extrême droite depuis 2014. Par exemple, « à Beaucaire, on met en place ces fêtes américaines pour effacer le 1er mai des calendriers », confirme Jean Vanhaute, président de l’institut d’histoire sociale de la CGT du Gard. (lire Page 7). Drapeaux US en place de la fête internationale des travailleurs !

    Le maire de Montpellier Michaël Delafosse (PS), fustige ces attaques de l’extrême droite. Pour lui, le « premier acte de l’extrême droite gagnant une mairie » c’est « massacrer la culture » a-t-il déclaré au moment de l’annulation du Festival Jazz à Vauvert par la nouvelle mairie RN. A contrario, il rappelle que « dans un contexte financier pourtant très contraint, – baisse des dotations de l’État, explosion des coûts de l’énergie, hausse des taux d’intérêt  nous avons décidé de sanctuariser les moyens dédiés à la culture. C’est un choix politique clair. Un acte de résistance face à la montée des forces réactionnaires à l’œuvre partout dans le monde » (lire aussi page 8) Outre le festival de jazz la municipalité RN de Nicolas Meizonnet aurait deux autres associations dans le collimateur : les avocats du Diable et Atout philo. Benjamin Rouvière, fondateur de cette dernière, a été convoqué par le maire mais n’a pas souhaité se rendre au rendez-vous (lire page 6). Des subventions sont drastiquement baissées.

    Mais le RN ne se contente pas de supprimer. Il investit aussi le terrain des récits. Identité, patrimoine, roman national, histoire locale : tout devient matière à conquête idéologique. « Ils pratiquent le retournement », analyse l’adjoint à la culture de Nîmes, Denis Lanoy, étonné d’entendre des élus d’extrême droite citer Gramsci ou Walter Benjamin. « Ils ont très bien lu les auteurs marxistes et ils essayent d’en tirer profit, mais pas du tout pour l’émancipation. Pour imposer un autre récit » (lire page 9). Le milliardaire Vincent Bolloré l’a bien compris. Pour l’éditrice gardoise Marion Mazauric, cette prédation dans le milieu de l’édition, « est avant tout la conséquence du manque de régulation de la concentration industrielle sur ce marché, mais c’est aussi la conséquence de l’arrivée d’industriels qui investissent désormais dans la production des idées, pour prendre le contrôle de la fabrique des opinions et de l’idéologie du pays ». (lire ci-contre).

    Le politologue Emmanuel Négrier insiste non pas tant sur les budgets que sur le contenu de la politique culturelle de l’extrême droite. « L’offre continue d’exister, elle n’est plus tout à fait la même, et effectivement les nostalgies coloniales, discours contre-révolutionnaires et récits révisionnistes y ont une place de choix, tandis que les projets d’action culturelle dans les quartiers populaires y sont châtiés » (lire page 9).

  • Censuré par le RN, Jazz à Vauvert accueilli à Vergèze

    Censuré par le RN, Jazz à Vauvert accueilli à Vergèze

    Récidive. Après avoir annulé une exposition de photographies, le maire d’extrême droite de Vauvert, élu le 22 mars, Nicolas Meizonnet, s’en prend à un événement culturel majeur, le festival Jazz à Vauvert porté depuis 12 ans par l’association Jazz à Junas. « Face à cette décision brutale prise par la nouvelle majorité d’extrême droite, une solidarité immédiate s’est mise en place de la part des élus locaux, des bénévoles, des artistes et des techniciens. L’association Jazz à Junas, avec le soutien spécifique de la ville de Vergèze, du Département du Gard et de la Région Occitanie, a décidé de créer, pour cette année, Jazz à Vergèze ». « Le jazz trouve terre d’accueil à Vergèze », a souligné la maire de la commune, Pascale Fortunat-Deschamps (DVG) qui souhaite « bienvenue à Jazz à Junas les 26 et 27 juin ». Vice-président du Département du Gard, délégué à la culture, Patrick Malavieille (PCF) a œuvré pour que ce festival ne disparaisse pas. Il rappelle que l’événement a aussi permis « d’approcher plus de 8 000 scolaires qui ont découvert le monde du jazz grâce aux concerts pédagogiques, en lien avec l’éducation artistique ». Si le maintien du festival est « une bonne nouvelle malgré tout », Patrick Malavieille estime que « l’heure est grave de voir ces manifestations culturelles complètement anéanties par une forme de sectarisme et de populisme ». L’heure de la résistance est plus que jamais d’actualité.

  • À peine élu, le nouveau maire RN de Vauvert annule une expo…

    À peine élu, le nouveau maire RN de Vauvert annule une expo…

    À peine élu à la tête de Vauvert, ravie à la gauche (57,5% des voix) qui gouvernait la commune depuis 12 ans, le nouveau maire Rassemblement national a pris sa première mesure culturelle à la hache. Le 4 avril, Nicolas Meizonnet a annoncé l’annulation de l’exposition photographique « Chroniques vauverdoises », qui devait débuter le 21 mai pour un an.

    Dans une publication Facebook, Nicolas Meizonnet n’y va pas par quatre chemins : « J’ai pris la décision d’annuler l’exposition du photographe militant LFI Sylvain Brino prévue au mois de mai prochain à Vauvert. Ce mélenchoniste convaincu, qui partage des publications aux relents antisémites et des propos haineux tombant sous le coup de la loi, qualifiant le RN de Résolument Nazi, ira exposer ailleurs. » Le maire d’extrême droite vante ensuite « une économie de 2 136 euros » pour les 11 800 contribuables Vauverdois « dans un contexte financier particulièrement tendu ». Soit une économie dérisoire de 18 centimes par habitant… « Une exposition moins coûteuse pour la ville et plus fédératrice vous sera proposée », conclut-il.

    L’exposition supprimée n’avait pourtant rien de partisan. Elle rassemblait des clichés pris durant une quinzaine d’années autour de la vie locale : abrivados, concert de flamenco, repas de quartier, fête votive… « Avant de qualifier cette exposition de non fédératrice, M. Meizonnet, vous auriez pu avoir la curiosité d’en vérifier le contenu », a répliqué sur sa page Facebook Sylvain Brino, 83 ans, qui déplore une décision arbitraire. Sur le réseau social, il publie la photo d’une scène de marché, assortie de ce commentaire : « Voici un aperçu des clichés d’un redoutable activiste auxquels vous avez échappé grâce à la vigilance de M. Meizonnet », ironise l’artiste.

    Concernant la publication relayée par Sylvain Brino sur Facebook avec la mention « Résolument Nazi » pour qualifier le RN, pointée par Nicolas Meizonnet, le photographe indique, dans Midi Libre, que le maire « n’a montré que le bandeau, pas le contenu. Ce qui m’intéressait, c’était une analyse sur la dette du RN ».

    Levée de boucliers

    Dans un communiqué, la section Camargue Vidourle du PCF dénonce « une première décision autoritaire et arbitraire en matière culturelle. (…) Que le maire puisse juger une œuvre artistique à partir des opinions supposées d’un artiste est inacceptable ». Par ailleurs, « évoquer des économies financières ridicules témoigne du mépris que le nouveau maire a de la culture », estime le PCF.

    « C’est une censure intolérable à la création artistique mais dans la réalité, une atteinte grave à la liberté d’expression et d’opinion contraire à nos principes républicains et laïcs », dénonce de son côté la France insoumise du Gard. « À travers cette annulation, ce sont toutes les activités culturelles, associatives et syndicales à Vauvert qui sont menacées de censure », estime LFI. « L’accusation d’antisémitisme est inacceptable et relève de la justice », ajoute-t-elle par ailleurs.

    Pour dénoncer publiquement cette décision, la directrice des éditions Au Diable Vauvert, Marion Mazauric, personnalité culturelle locale de renom, a lancé sur change.org* une pétition de soutien à « cet ancien professeur aux Beaux-Arts, plasticien passionné d’histoire de l’art et d’architecture » qui voit son exposition interdite au motif « qu’il est un homme de gauche et serait membre de la France insoumise ». « Faire acte de censure sur des motifs politiques n’est pas acceptable », assène le texte, rappelant que « la liberté de penser et de créer ne se négocie pas » et qu’« un maire se doit de représenter tous les citoyens de sa cité ». Avant de conclure : « Nous ne laisserons nulle part, ni à Vauvert ni ailleurs, notre pays basculer dans le totalitarisme, qui commence toujours par tenter de contrôler la culture, par censurer et par interdire. »

  • Ebrahim Mokhtari : « J’ai beaucoup appris des femmes »

    Ebrahim Mokhtari : « J’ai beaucoup appris des femmes »

    Ebrahim Mokhtari est né en 1947 en Iran et y vit toujours, bien qu’il ait fait une partie de ses études de cinéma à la Sorbonne « avant la révolution », précise-t-il. C’est-à-dire avant 1979, et la transformation de l’Iran en république islamique.

    Principalement réalisateur de films documentaires, Ebrahim Mokhtari s’est intéressé aux difficultés de vie de la population, aux problèmes de logement, aux expulsions locatives, aux difficultés des pêcheurs… mais il a surtout aimé filmer les femmes. Il s’en explique : « Les femmes savent résoudre les nombreuses difficultés qui se présentent à elles. J’ai appris d’elles pour affronter les problèmes que je rencontre en tant qu’homme de culture. » Il compare d’ailleurs le manque de liberté des femmes « dans la société traditionnelle » avec celui des cinéastes.

    Non qu’il parle de censure – « à condition de ne pas franchir de ligne rouge, ni d’attaquer frontalement le régime » – mais la difficulté en Iran, précise-t-il, est de trouver le moyen de diffuser les films. « La télévision est un peu fermée quand il s’agit de films documentaires, surtout sociaux. » Comme beaucoup de ses confrères cinéastes, il contourne la difficulté grâce aux plateformes, qui sont un des moyens pour leurs films d’exister à l’international.

    Ceux d’Ebrahim Mokhtari l’ont fait avec succès, puisque Zinat, son premier long-métrage de fiction réalisé en 1994, fut sélectionné à la Semaine de la critique à Cannes et présenté dans de nombreux festivals dont le Fica de Vesoul en 1996, où il a remporté le prix du public.

    Zinat, le courage fait femme

    Il faut dire que Zinat est une jeune femme qui se bat pour garder son métier d’infirmière après son mariage. C’est aussi la première femme de l’île du golfe persique où elle habite à avoir osé enlever le voile traditionnel de cette région. Plusieurs années plus tard, cette fois pour un documentaire, le cinéaste a suivi Zinat qui se présente, à l’occasion de l’élection d’un Président plus modéré, aux élections communales. La rencontre savoureuse entre la jeune femme tenace et son opposant à l’élection est une caricature des arguments du patriarcat.

    Réaliser un film est évidemment difficile, mais Ebrahim Mokhtari a pu trouver un producteur qui habite en France pour ses trois films sur les femmes. « Maintenant j’essaie de faire avec des budgets très bas », sourit-il. « Le cinéma commercial marche bien en Iran et le cinéma indépendant trouve son budget », analyse-t-il assurant que le cinéma iranien se trouve dans une situation double : « Beaucoup de problèmes et beaucoup de succès. ». « Je crois que la société iranienne est une société vivante. On dit chez nous que 1 000 films documentaires sortent chaque année. » En réalisera-t-il un sur le mouvement « Femme, vie, Liberté » ? « Je n’ai pas de scénario, confie-t-il mais il est possible que je fasse quelque chose. »

    * Le 14 novembre à 16h30 projection de « Zinat » ; à 20h30 projection de « Zinat, une journée particulière » au cinéma Kinépolis (Polygone de Béziers). Entre les deux séances débat avec les deux invités, Ebrahim Mokhtari et Laurent Cambon, critique de cinéma.

  • Budget : l’examen se poursuit, jusqu’à la censure ?

    Budget : l’examen se poursuit, jusqu’à la censure ?

    Le compte à rebours est lancé. Les députés poursuivent ce lundi matin l’examen du projet de loi de Finances pour 2026 par les articles 4, 11 et 12. Il s’agit respectivement des textes sur la prorogation en 2026 avec division par deux des taux de la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises, sur l’anticipation de la suppression progressive de la CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises) et sur le renforcement des dispositifs fiscaux de soutien à la géographie prioritaire de la politique de la ville. À eux seuls, ces trois articles cumulent plus de 500 amendements.

    Cet ordre de priorité a été choisi par le gouvernement et annoncé par la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin ce samedi soir, prétextant « la présence aux bancs du ministre Roland Lescure [ministre de l’Économie, Ndlr] qui aura, dans le reste de la semaine, des obligations qui le retiendront loin de Paris ». Ce qui repousse, de fait l’examen de la taxe Zucman, à plus tard dans la semaine.

    « À quel moment vous fixez votre deadline pour voir si vous arrivez à vous mettre d’accord avec le Parti socialiste sur la taxe Zucman, pour qu’on puisse savoir à peu près à quel moment elle sera examinée dans l’hémicycle ? », assène le député LFI Manuel Bompard dans l’hémicycle samedi soir à l’adresse de la ministre, à l’issue de débats houleux. Le coordinateur national des insoumis accuse les socialistes de mener des tractations secrètes avec le gouvernement. Le Premier secrétaire du PS s’en est défendu le lendemain sur le plateau de LCI « les contacts existent avec Sébastien Lecornu et sont normaux (…) Pour l’instant, nous n’avons jamais réussi à conclure sur quoi que ce soit mais la discussion existe », déclare Olivier Faure. Et le leader des socialistes de menacer le Premier ministre : « S’il n’y a pas de marge de manœuvre pour corriger le projet de loi de Finances et la loi de financement de la Sécurité sociale, ce sera terminé. » L’ultimatum est fixé à la fin de la semaine, « si le budget tombe, il n’y aura pas d’autre choix que de censurer et ensuite d’aller à la dissolution », assure celui qui est également député de Seine-et-Marne.

    Le vote solennel sur la partie « recettes » du budget est prévu le 4 novembre.

    Larcher menace

    la réforme des retraites

    Les membres de la commission des Affaires sociales débuteront en parallèle l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) auquel une lettre rectificative a été ajoutée pour suspendre la réforme des retraites. Depuis l’annonce du Premier ministre lors de sa déclaration de politique générale, de suspendre l’unique loi significative des macronistes, rejetée par les Français, le socle commun manifeste son agacement, la droite en tête.

    Cette fois, les menaces prennent une nouvelle tournure. « Le Sénat rétablira la réforme des retraites », fait savoir dans un entretien au Parisien le président de la chambre haute du Parlement Gérard Larcher. « Nous la votons depuis cinq ans. Je rappelle que son abandon, c’est 30 milliards de déficit en 2035 », justifie-t-il alors que la droite est majoritaire sur les bancs du palais du Luxembourg.

  • Censure rejetée, Lecornu sauvé, place au budget

    Censure rejetée, Lecornu sauvé, place au budget

    « Maintenant, au travail », répète Sébastien Lecornu en quittant l’Assemblée nationale direction l’hôtel de Matignon. Le Premier ministre peut souffler, il a échappé ce jeudi, et par deux fois, à la censure. Le texte porté par LFI et soutenu par et soutenu par le PCF, EELV et Génération.s, a été rejeté par 271 voix sur les 289 nécessaires pour atteindre la majorité. Seules 18 voix ont manqué pour faire chuter le gouvernement. Le texte déposé par le RN n’a recueilli que 144 voix.

    « Notre non-censure d’aujourd’hui n’est en aucun cas un pacte. (…) Nous ne renonçons à rien et si vous-même ou d’autres ici en doutaient, nous rappelons le précédent de François Bayrou qui s’était un peu vite bercé d’illusions à notre sujet », a justifié durant le débat le député socialiste Laurent Baumel, au nom de son groupe. Après avoir obtenu la suspension de la réforme des retraites, le PS avait annoncé qu’il ne soutiendrait pas la censure. Si sept élus ont néanmoins désobéi aux consignes, ces voix n’ont pas réussi à faire basculer le vote.

    À gauche, peu croient au pari du PS. « Ce que vous appelez suspension n’est en réalité qu’un ralentissement cosmétique », affirme la députée écologiste Léa Balage El Mariky. Pour Aurélie Trouvé, ce « n’est qu’un leurre, une tromperie, un subterfuge », conspue la députée insoumise. D’autant que le camp présidentiel, du moins ce qu’il en reste, n’a pas l’intention de lâcher sa seule réforme d’ampleur. « Nous nous exprimerons sans trembler, sans hésiter, sur la suspension de la réforme des retraites que nous jugeons déconnectée de toute réalité démographique et financière », prévient à la tribune Paul Christophe, député Horizons. « Ne pensez pas que nous pourrons accepter tout et n’importe quoi s’agissant de la réforme des retraites », renchérit Jean-Didier Berger, député LR.

    « La direction du Parti socialiste porte une responsabilité historique », lance à la sortie de l’hémicycle Mathilde Panot, cheffe du groupe LFI. Elle appelle les militants, électeurs et « la jeunesse » socialiste à « rompre les rangs avec la direction du Parti socialiste et à venir aider le pôle de résistance ». Le mouvement de Jean-Luc Mélenchon a annoncé le dépôt, dans la foulée, d’une troisième motion de destitution visant Emmanuel Macron.

    Désormais, place au débat budgétaire, qui débute lundi et s’annonce pour le moins tendu. Les premières annonces du gouvernement font craindre le pire. Car il prévoit 30 milliards d’euros « d’effort » à travers le gel des prestations sociales, le doublement des franchises médicales, les suppressions de milliers de postes dans l’Éducation nationale… En bref, « un budget à l’image de ces huit dernières années : dur pour le monde du travail et les services publics, doux pour le capital et les plus riches, juteux pour l’industrie de la guerre et l’armement. Il faut tout faire pour le combattre, par tous les moyens, au Parlement comme dans la rue !  », fait valoir Fabien Roussel, secrétaire national du PCF.

    Journée d’action des retraités prévue le 6 novembre

    Face à un budget austéritaire et antisocial, la fronde s’organise. « Le budget présenté par M. Lecornu est catastrophique. Il est même sur certains points encore plus violent que le budget de François Bayrou. (…) Il faut absolument le modifier en profondeur », estime Sophie Binet ce jeudi matin, sur France 2. « Il va falloir se mobiliser. (…) La mobilisation va commencer dès le 6 novembre prochain, avec les retraités, qui organisent une journée d’action », annonce la secrétaire générale de la CGT. « Ça va être les premières victimes de cette explosion des frais de santé, parce que c’est eux qui ont besoin de se soigner le plus. En plus, ils ont une désindexation de leurs pensions pour 2026. Et en plus, cette désindexation, elle est gravée dans le marbre », détaille-t-elle, avant d’ajouter : « Et la dernière chose, c’est que les retraités aussi auraient une forte augmentation de leurs impôts, avec une remise en cause des abattements. »

    « Si on fait le cumul de ces trois mesures, on voit que les retraités sont dans le viseur. Tout ça parce qu’on refuse d’aller taxer les plus riches et d’affronter les multinationales et les rentiers », martèle la dirigeante syndicale.

    Dans un communiqué, l’USR CGT réclame, entre autres la revalorisation de toutes les pensions de retraite de 10%.

  • Lecornu sur le fil du rasoir budgétaire

    Lecornu sur le fil du rasoir budgétaire

    Le calcul est simple : pour renverser le gouvernement de Sébastien Lecornu ce matin, la motion de censure déposée par les députés insoumis, communistes et écologistes doit recueillir 289 voix, soit la majorité absolue de l’Assemblée nationale. Si les députés RN et UDR la votent, le résultat sera de 265 voix. La motion sera rejetée et le sursis de Lecornu prolongé. Le groupe socialiste et ses 69 membres, qui a obtenu la suspension de la réforme des retraites contre une non-censure, devrait en effet manquer à l’appel. Sauf que des dissidences sont toujours possibles. Mais seuls trois députés socialistes sur 69, selon le patron du PS Olivier Faure, devraient voter la censure, malgré la consigne du parti, et répondre ainsi l’appel « à désobéir » lancé par le coordinateur de LFI Manuel Bompard. Y aura-t-il des dissidents chez les LR ? Même si le gouvernement compte six ex-membres LR (ils ont été exclus), Bruno Retailleau a dit que son parti se battra « pied à pied pour combattre » la suspension de la réforme des retraites.

    « Suspendre ce n’est pas renoncer »

    Aussi, sans surprise, l’accueil du Premier ministre mercredi au Sénat pour sa déclaration de politique générale a été glacial. Il a notamment proposé de confier la gestion du système de retraites aux syndicats et organisations patronales. Face à un hémicycle dominé par une alliance entre la droite et les centristes, où les macronistes sont très peu nombreux, Sébastien Lecornu a été très peu soutenu, applaudi seulement par une vingtaine de parlementaires. Sa proposition mardi de suspendre la réforme des retraites jusqu’à l’élection présidentielle a notamment fait grincer les sénateurs LR. Le Premier ministre a fait valoir que « suspendre, ce n’est pas renoncer » à la réforme et mis en avant la « stabilité » générée par cette initiative après des journées de crise politique arguant de la non-censure des socialistes. Le sénateur communiste Ian Brossat a fait part de sa crainte de voir la droite sénatoriale s’entendre avec les députés LR et macronistes pour enterrer la suspension. « La suspension de la réforme des retraites sera remise en cause en Commission mixte paritaire, où la droite est majoritaire » a déclaré sur X le porte-parole du PCF.

    Les petits calculs

    de l’extrême droite

    La présidente du groupe RN à l’Assemblée Marine Le Pen, qui a vu son recours contre sa peine d’inéligibilité rejeté hier par le Conseil d’État, estime que si le gouvernement ne tombe pas jeudi, il « ne tiendra pas sur la durée », prévoyant une dissolution « dans trois semaines ou dans trois mois ». L’extrême droite mise sur des législatives anticipées et des alliances avec la droite pour accéder au pouvoir, appliquer son programme xénophobe de « préférence nationale » et s’accorder surtout, en priorité, une amnistie judiciaire.

    Le Parlement va dans les prochains jours entrer en terrain inconnu avec la promesse du Premier ministre de lui laisser le dernier mot. « Le gouvernement proposera, nous débattrons, vous voterez », a-t-il répété aux parlementaires. Le Premier ministre s’est engagé à ne pas recourir à l’article 49.3 de la Constitution qui a permis l’adoption de tous les budgets sans vote depuis 2022.

    « Maintenant que la balle est dans le camp de l’Assemblée ce serait quand même assez abracadabrantesque qu’on ne puisse pas aller au vote de notre fait », a averti la présidente de la chambre basse Yaël Braun-Pivet. Les majorités risquent en outre d’être variables en fonction des sujets et de… l’assiduité des parlementaires. « Les semaines qui viennent vont être très dures, j’ai dit à mes députés qu’il faudra être là tout le temps », anticipe le patron du groupe PS Boris Vallaud. Déjà la suspension de la réforme des retraites n’est à ce stade qu’une annonce. Sébastien Lecornu s’est borné à assurer que le gouvernement la soumettrait « dès le mois de novembre » aux députés par un amendement au projet de budget de la Sécurité sociale (PLFSS). Face à l’opposition ou a minima l’abstention d’une large partie du socle commun – camp présidentiel et LR -, le RN et LFI n’ont pour l’instant pas confirmé qu’ils voteraient cette suspension alors qu’ils accusent les socialistes de « trahison » et qu’ils y voient un renoncement par rapport à l’abrogation qu’ils défendent. Pour Manuel Bompard, passer par un amendement veut dire que le PS devra voter le PLFSS « le plus brutal de ces 30 dernières années ». Le président LFI de la commission des Finances de l’Assemblée Éric Coquerel a lui demandé au gouvernement qu’il « s’engage sur une loi spécifique » si le PLFSS n’aboutissait pas. Mais pour les socialistes, « peu importe le véhicule », « sans suspension il n’y a pas de gouvernement », a prévenu Boris Vallaud.

    Au-delà de leur « victoire » revendiquée sur les retraites, les socialistes entendent mener bataille, vote par vote, contre le gel du barème de l’impôt sur le revenu, des prestations sociales ou encore le doublement des franchises médicales. Ces mesures font partie de l’effort budgétaire prévu par le gouvernement d’une trentaine de milliards d’euros, dont 14 milliards de nouveaux prélèvements obligatoires.

  • Lecornu convainc le PS et gagne du temps

    Lecornu convainc le PS et gagne du temps

    Un discours d’une trentaine de minutes et une phrase très attendue : « Je proposerai au Parlement, dès cet automne, que nous suspendions la réforme de 2023 sur les retraites jusqu’à l’élection présidentielle », annonce Sébastien Lecornu ce mardi lors de son discours de politique générale, suivi de quelques applaudissements sur les bancs socialistes. « Aucun relèvement de l’âge n’interviendra à partir de maintenant jusqu’à janvier 2028, comme l’avait précisément demandé la CFDT. En complément, la durée d’assurance sera elle aussi suspendue et restera à 170 trimestres jusqu’à janvier 2028 », précise le Premier ministre. Il a, quelques minutes auparavant confirmé l’abandon de l’utilisation de l’article 49.3 de la Constitution. « C’est la garantie pour l’Assemblée nationale que le débat, notamment budgétaire mais pas seulement, dans tous les domaines, vivra, ira jusqu’au bout, jusqu’au vote », assure-t-il face à la représentation nationale.

    Le chef du gouvernement a ainsi accédé aux requêtes du Parti socialiste, qui avait fait de la suspension de la réforme honnie, la condition sine qua non pour éviter la censure. C’est en tout cas ce qu’a implicitement confirmé Boris Vallaud, président des troupes socialistes. « La suspension de la réforme des retraites, la voici enfin », insiste-t-il, saluant une « victoire », un « premier pas » avant l’« abrogation ». Conspuant un budget « insupportable et gravement insuffisant », le député des Landes concède : « Nous faisons un pari, un pari risqué dont seul l’avenir nous dira ce qu’il est. » Le parti à la rose ne censurera donc pas – dans l’immédiat – le gouvernement Lecornu II.

    LFI, le PCF, EELV et le RN promettent la censure

    Mais ces concessions – temporaires – n’ébranlent pas la volonté du reste de la gauche de voir l’exécutif tomber. « La réforme des retraites est une faute originelle. Elle devient aujourd’hui l’assurance-vie des macronistes », ironise Cyrielle Châtelain, patronne des députés écologistes. « Le groupe Écologiste et Social ira à la censure, car nous refusons l’accaparement du pouvoir par Emmanuel Macron », renchérit la députée. Stéphane Peu, coprésident du groupe communiste et ultramarin voit dans la suspension annoncée « potentiellement une victoire ». Mais fait peu mystère sur l’issue de son vote jeudi : « Dernier grognard du président Macron, vous tomberez vous aussi pour le défendre », lance-t-il à l’adresse du locataire de Matignon.

    Plus tôt dans la journée, le président de la République a menacé les oppositions : les motions de censure sont « des motions de dissolution et doivent être vues comme telles », argue Emmanuel Macron en Conseil des ministres, en appelant à la « stabilité institutionnelle » et au sens du « compromis », selon la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon. Encore une fois, le chef de l’État renvoie la responsabilité de cette crise politique sur ses opposants. « La logique des insoumis a toujours été la même : nous ne participerons pas à votre sauvetage », prévient Mathilde Panot, cheffe des députés LFI. « Une réforme imposée contre tout un peuple, contre l’ensemble des organisations syndicales et contre l’Assemblée nationale, elle ne se conclave pas, ne se discute pas, ne se suspend pas, elle s’abroge », tranche-t-elle.

    RÉACTIONS

    Fabien Roussel, secrétaire national du PCF

    « La suspension de la réforme des retraites à 62 ans, 9 mois, 170 trimestres est une première victoire pour les 500 000 salariés qui en profiteront dès cette année C’est le fruit de toutes les mobilisations Poursuivons le combat jusqu’à l’abrogation et pour un financement juste ! »

    Olivier Faure, 1er secrétaire du PS

    « Je reste dans l’opposition mais je veux que le débat ait lieu et je souhaite que l’on puisse avancer. Nous ne censurerons pas le Premier ministre (..) Je suis heureux pour les 3,5 millions de personnes qui pourront partir à la retraite plus tôt. Quand on fait de la politique, c’est pour changer la vie des gens et provoquer une dissolution, ce n’est pas changer la vie des gens (..) Le projet de budget n’est pas le nôtre, le combat ne fait que commencer. »

    Marine Tondelier, secrétaire nationale d’EELV

    « Même si je me réjouis que notre opiniâtreté permette une avancée sur les retraites, Les Écologistes ne peuvent pas laisser passer ce gouvernement qui s’apprête à soutenir le budget que nous connaissons. Comme nous l’avions annoncé, nous censurerons ce gouvernement. »

    Manuel Bompard, coordinateur national de LFI, député des BDR

    « Le budget Lecornu prévoit l’explosion de ce que l’on doit payer lorsque l’on fait une demande de titre de séjour ou de titre de nationalité. Retailleau est sorti, mais pas ses idées racistes. Comment un député de gauche pourrait-il accepter une telle faute morale ? »

    Benjamin Lucas, député Génération.s

    « Je n’ai pas été élu pour aménager le macronisme mais pour rompre avec cette dangereuse politique. Au nom de l’intérêt général, de la défense des classes moyennes et populaires, du respect des principes démocratiques et républicains, je voterai la censure. »

    François Ruffin, député Debout!

    « Enfin, après deux années de tensions, de crispations, un Premier ministre bouge sur les retraites… Mais sur le budget ? C’est toujours du Macron, Robin des bois à l’envers, qui prend aux modestes, aux malades, aux handicapés, pour donner aux plus riches. Les milliardaires paieront toujours moins d’impôts que leurs secrétaires. Ce sera donc la censure. »

    Bruno Retailleau, président LR

    « La gauche n’est pas au gouvernement mais elle le dirige. La suspension de la réforme des retraites et le silence du premier ministre sur l’immigration prouvent que ce gouvernement est l’otage des socialistes. (…) Pour éviter la censure, le gouvernement fait payer aux Français un prix considérable. »

    Agnès Pannier-Runacher, députée Renaissance et ex-ministre

    « Je salue la main tendue sur la réforme des retraites. Ce débat doit désormais s’ouvrir en responsabilité, en ayant pour seules boussoles l’amélioration de notre système de retraites pour les travailleurs et son équilibre financier, gage de sa crédibilité pour les plus jeunes. »