Tag: Capitalisme

  • [Entretien] Yannick Bosc : « Nous vivons sur une idée appauvrie de la République »

    [Entretien] Yannick Bosc : « Nous vivons sur une idée appauvrie de la République »

    Ce mardi à 18h30, l’association Provence Mémoire du monde ouvrier (Promemo) et l’Université populaire du pays d’Aix organisent une conférence-débat à l’institut d’études politiques (25 rue Gaston-de-Saporta) sur « Le peuple souverain et la démocratie, politique de Robespierre » avec Yannick Bosc, maître de conférences en histoire moderne à l’Université de Rouen, auteur, notamment, de La liberté contre le capitalisme, Le républicanisme du XVIIIe siècle et les révolutions à venir et Robespierre. La fabrication d’un mythe.

    Dans votre ouvrage, « Le peuple souverain et la démocratie, politique de Robespierre », vous revisitez l’idée (et la pratique) de « république » entre 1789 et 1794. De quelle république sommes-nous les héritiers ?

    Yannick Bosc : Nous vivons, aujourd’hui, sur une idée très appauvrie de la République, souvent réduite à être définie négativement par rapport à la monarchie. En France, elle est essentiellement construite à partir de nos représentations de la Troisième République, celle de Jules Ferry. En revanche, ses devancières, la Première (pendant la Révolution française) et la Deuxième république (1848), sont la plupart du temps ignorées et renvoyées au magasin des curiosités historiques dans lesquelles il serait vain de chercher une quelconque aide concrète pour penser le monde d’aujourd’hui.

    Vous analysez l’action de Robespierre, qui œuvra sans relâche au triomphe d’une République démocratique et sociale. Les Thermidoriens qui écrasèrent le mouvement populaire au nom de la bourgeoisie possédante nommèrent (après coup) « Terreur » le gouvernement révolutionnaire (1793-1794)…

    Y.S. : La Première République, et plus précisément la Première République dans son moment démocratique, entre 1793 et 1794 (l’an II), a de surcroît l’inconvénient majeur d’être qualifiée de « Terreur », un qualificatif répulsif, conçu pour l’être, qui n’incite guère à investir ce moment républicain pour réfléchir sur notre actualité. Or, Robespierre incarne cette « Terreur ». Le mot « terreur », au sens de la crainte que doit ressentir l’ennemi face à la détermination de ceux qui le combattent, est d’un usage très courant pendant la Révolution française. Tous les camps l’utilisent, tous cherchent à terroriser l’autre dans ce temps de guerre. Mais ce sont ceux qui ont réprimé l’expérience politique démocratique de l’an II, dont Robespierre est une des figures emblématiques, qui ont forgé la notion de « Terreur », au sens d’un système politique. Jamais ceux qui sont alors désignés comme des « terroristes » ne se sont réclamés d’un « système de Terreur ». Les qualificatifs « Terreur » ou « terroriste » ont été des moyens très efficaces pour occulter la nature de cette expérience républicaine. La vision des vainqueurs a en grande partie effacé celle des vaincus.

    En quoi consistait donc ce républicanisme des vaincus, dont Robespierre a été l’un des porte-parole, et que l’on s’est efforcé d’initialiser ? Au-delà, en quoi ce républicanisme peut-il nous aider à interroger nos sociétés actuelles ?

    Y.S. : La société française s’affirme républicaine et la tradition républicaine repose sur un contrôle très strict des pouvoirs délégués et le refus de la domination (la soumission arbitraire à la volonté d’un autre). Pourtant, la souveraineté populaire et la décision politique sont aujourd’hui confisquées par ce que l’on nomme « la représentation nationale » et par les « experts », ce qui est une source importante de la défiance des citoyennes et citoyens vis-à-vis de leurs représentants. La crise politique que traverse la France, aujourd’hui, en est une des manifestations. La tradition républicaine repose également sur le contrôle des ressources, qui permettent de garantir l’existence de la communauté et de ses membres. En quoi le républicanisme porté par Robespierre peut-il nous aider à interroger les normes de nos sociétés fondées sur la propriété privée exclusive et le marché (le capitalisme) ? Un capitalisme dont on nous explique aujourd’hui qu’il est compatible avec les principes républicains et la Déclaration des droits, mais plus encore, dont on a pris l’habitude de considérer qu’il en serait l’expression même. Quel était, à l’époque, le sens de cette devise, fondée sur la Déclaration des droits et formulée pour la première fois par Robespierre : Liberté, Égalité, Fraternité ?

  • [Entretien] Yannick Bosc : « Nous vivons sur une idée appauvrie de la République »

    Ce mardi à 18h30, l’association Provence Mémoire du monde ouvrier (Promemo) et l’Université populaire du pays d’Aix organisent une conférence-débat à l’institut d’études politiques (25 rue Gaston-de-Saporta) sur « Le peuple souverain et la démocratie, politique de Robespierre » avec Yannick Bosc, maître de conférences en histoire moderne à l’Université de Rouen, auteur, notamment, de La liberté contre le capitalisme, Le républicanisme du XVIIIe siècle et les révolutions à venir et Robespierre. La fabrication d’un mythe.

    Dans votre ouvrage, « Le peuple souverain et la démocratie, politique de Robespierre », vous revisitez l’idée (et la pratique) de « république » entre 1789 et 1794. De quelle république sommes-nous les héritiers ?

    Yannick Bosc : Nous vivons, aujourd’hui, sur une idée très appauvrie de la République, souvent réduite à être définie négativement par rapport à la monarchie. En France, elle est essentiellement construite à partir de nos représentations de la Troisième République, celle de Jules Ferry. En revanche, ses devancières, la Première (pendant la Révolution française) et la Deuxième république (1848), sont la plupart du temps ignorées et renvoyées au magasin des curiosités historiques dans lesquelles il serait vain de chercher une quelconque aide concrète pour penser le monde d’aujourd’hui.

    Vous analysez l’action de Robespierre, qui œuvra sans relâche au triomphe d’une République démocratique et sociale. Les Thermidoriens qui écrasèrent le mouvement populaire au nom de la bourgeoisie possédante nommèrent (après coup) « Terreur » le gouvernement révolutionnaire (1793-1794)…

    Y.S. : La Première République, et plus précisément la Première République dans son moment démocratique, entre 1793 et 1794 (l’an II), a de surcroît l’inconvénient majeur d’être qualifiée de « Terreur », un qualificatif répulsif, conçu pour l’être, qui n’incite guère à investir ce moment républicain pour réfléchir sur notre actualité. Or, Robespierre incarne cette « Terreur ». Le mot « terreur », au sens de la crainte que doit ressentir l’ennemi face à la détermination de ceux qui le combattent, est d’un usage très courant pendant la Révolution française. Tous les camps l’utilisent, tous cherchent à terroriser l’autre dans ce temps de guerre. Mais ce sont ceux qui ont réprimé l’expérience politique démocratique de l’an II, dont Robespierre est une des figures emblématiques, qui ont forgé la notion de « Terreur », au sens d’un système politique. Jamais ceux qui sont alors désignés comme des « terroristes » ne se sont réclamés d’un « système de Terreur ». Les qualificatifs « Terreur » ou « terroriste » ont été des moyens très efficaces pour occulter la nature de cette expérience républicaine. La vision des vainqueurs a en grande partie effacé celle des vaincus.

    En quoi consistait donc ce républicanisme des vaincus, dont Robespierre a été l’un des porte-parole, et que l’on s’est efforcé d’initialiser ? Au-delà, en quoi ce républicanisme peut-il nous aider à interroger nos sociétés actuelles ?

    Y.S. : La société française s’affirme républicaine et la tradition républicaine repose sur un contrôle très strict des pouvoirs délégués et le refus de la domination (la soumission arbitraire à la volonté d’un autre). Pourtant, la souveraineté populaire et la décision politique sont aujourd’hui confisquées par ce que l’on nomme « la représentation nationale » et par les « experts », ce qui est une source importante de la défiance des citoyennes et citoyens vis-à-vis de leurs représentants. La crise politique que traverse la France, aujourd’hui, en est une des manifestations. La tradition républicaine repose également sur le contrôle des ressources, qui permettent de garantir l’existence de la communauté et de ses membres. En quoi le républicanisme porté par Robespierre peut-il nous aider à interroger les normes de nos sociétés fondées sur la propriété privée exclusive et le marché (le capitalisme) ? Un capitalisme dont on nous explique aujourd’hui qu’il est compatible avec les principes républicains et la Déclaration des droits, mais plus encore, dont on a pris l’habitude de considérer qu’il en serait l’expression même. Quel était, à l’époque, le sens de cette devise, fondée sur la Déclaration des droits et formulée pour la première fois par Robespierre : Liberté, Égalité, Fraternité ?

  • Un exemple de convergence des luttes contre l’impérialisme

    Un exemple de convergence des luttes contre l’impérialisme

    La colère populaire monte. Après le mouvement « Bloquons tout » du 10 septembre, la manifestation du 18 et avant la grève 2 octobre, organisées par les syndicats, les actions citoyennes continuent de se multiplier. Ce 28 septembre, deux cortèges se sont rejoints sur la Canebière. Le premier, venu de la Porte d’Aix, défile tous les dimanches depuis près de deux ans à l’appel du collectif Urgence Palestine Marseille (UPM). Les mots d’ordre : la fin du génocide à Gaza, et donc de la complaisance de l’État français envers Israël. L’association réclame également la fin du jumelage de Marseille avec Haïfa, qui date 1958, alors que le maire Benoit Payan a annoncé un jumelage avec la ville palestinienne de Bethléem il y a quelques jours.

    Le second cortège est une première : la marche des résistances, inscrite dans l’initiative internationale « Draw The Line » portée par des peuples autochtones du Brésil et du Pacifique et appelée de leurs vœux par une centaine d’organisations locales. Les revendications sont claires : « Un changement radical de notre système avec l’instauration d’une justice climatique qui doit faire payer les plus riches », résume Laurent de Greenpeace, qui détaille « taxer les profits sur les énergies fossiles pour des recettes dirigées vers le service public, vers le logement, vers le bâti scolaire, la mise en œuvre d’une politique tournée vers le bien commun ». Hendrik Davi, député (L’Après) de la 5e circonscription des Bouches-du-Rhône souhaite un « budget à la fois social et écologique pour répondre aux injustices » et salue cette « pression, notamment sur la taxe Zucman ».

    Au moment de la rencontre des deux processions, un rugissement s’élève. « L’union fait la force. On n’a qu’un seul but : lutter contre l’impérialisme, lutter contre le capitalisme, contre toutes les dominations et les oppressions ! », s’écrie Fadela El Miri, pilier d’UPM.

    Contre la « machine coloniale capitaliste »

    Morgane, membre du même collectif, explique cette convergence des luttes : « Tant que le système colonial capitaliste pourra maintenir ses bastions comme Israël, il conservera sa capacité à piller les ressources et à détruire les écosystèmes dans le monde. La Palestine est un front décisif de cette bataille. » La jeune femme pointe la « logique froide » d’Israël : « Exterminer les Palestiniens pour exploiter les combustibles fossiles sous leurs pieds puis nous vendre ce gaz pour la consommation énergétique européenne », évoquant les gisements gaziers de Léviathan et Tamar et les nouvelles licences d’exploitation accordées « quelques semaines après les premières attaques » de l’armée sur la bande de Gaza.

    Ce qui se passe à Gaza est pour elle une « répétition du spectacle de l’avenir, car cette machine coloniale capitaliste sacrifie systématiquement les peuples et les écosystèmes pour ses profits ». Voilà pourquoi articuler les luttes.

  • Un millier de tracts distribués à Martigues

    Un millier de tracts distribués à Martigues

    À Martigues, l’Union locale CGT s’organise et mobilise. Ce mardi, les militants étaient sur le pied de guerre dès 6h30 sur un rond-point du complexe pétrochimique de Lavéra pour appeler à la grève et à la manifestation. Au total, un millier de tracts ont été distribués aux travailleurs de la zone. Ce jeudi, un bus collectif partira à 9h du parking de la Halle en direction du Vieux-Port.

    Le syndicaliste Fabien Rangade affirme : « Le capitalisme organise la casse de nos vies : salaires bloqués, retraites attaquées, services publics démantelés, industries bradées, précarité généralisée… Pendant que nous, travailleuses et travailleurs, subissons l’austérité, les actionnaires s’enrichissent toujours plus. Face à la barbarie de ce système, seules l’unité et la lutte peuvent inverser le rapport de force. »