Tag: Bouches-du-Rhône

  • Eric Feldman sur le drôle de divan de l’histoire à Marseille

    Eric Feldman sur le drôle de divan de l’histoire à Marseille

    Son spectacle aurait pu s’intituler « Freud et Hitler sont sur un bateau ». D’un côté, l’inventeur de la psychanalyse, « un savoir qui m’a sauvé la vie », campe Eric Feldman. De l’autre, « un assassin majuscule » qui a « tué un peuple, une culture et une langue, le yiddish ». Mais l’auteur et interprète de ce solo, qui prend ses quartiers au Théâtre des Bernardines du mardi 3 au samedi 7 février, a finalement opté pour le titre On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie. L’idée de son « stand-up théâtral », qui oscille entre l’humour et la gravité : évoquer « les effets traumatiques de la Shoah sur les enfants cachés survivants » – à savoir ses parents, oncles et tantes – « sur leurs propres enfants et particulièrement sur moi », rappelle Eric Feldman. Ses aïeux juifs « portaient l’étoile jaune infamante et ont miraculeusement survécu. Aujourd’hui, ils sont morts ou très âgés. Bientôt, il n’y aura plus aucun témoin direct de cette sombre période », alerte-t-il à propos cette « autofiction » qui, comme l’indique le programme des Bernardines, tire le fil rouge suivant : « Et si Hitler avait fait une psychanalyse avec Freud, aurait-il perpétré un tel génocide ? ».

    « Humour et dépression »

    Eric Feldman, lui, en a bien suivi une : « J’évoque aussi, par le biais de mon expérience psychanalytique, le thème essentiel de l’altérité, la question de l’étranger en soi, celle de la relation à l’autre, son éthique. »

    Sur un « plateau presque nu », Eric Feldman « nous parle de lui, mène le récit intime de ses névroses, qui sont nombreuses », résume Olivier Veillon. Mais, selon le metteur en scène de ce spectacle, « il mène aussi, par l’incarnation de lui-même, le récit d’un personnage auquel on s’attache, tout en flirtant avec une forme de danger souterrain, de folie douce et abysses où l’on sent qu’on pourrait plonger, sans jamais pourtant s’y abîmer tout à fait ». Se jouant des frontières entre le stand up et l’autofiction, Eric Feldman parle aussi bien d’Hitler et de psychanalyse que « d’avortement et de suicide », mais aussi de son « chat Milosh et du grand écrivain Isaac Bashevis Singer [auteur polonais en langue yiddish, Ndlr] ». Comme il le rappelle, « dépression et humour font souvent bon ménage ». Quant à l’origine du titre, On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie, « il ne vient pas de nulle part. Les spectateurs le comprendront à un moment », entretient-il le mystère.

  • Bo Widerberg, anti-Bergman à Aix-en-Provence

    Bo Widerberg, anti-Bergman à Aix-en-Provence

    Qui dit cinéma suédois fait forcément surgir la figure tutélaire d’Ingmar Bergman, cinéaste ayant collectionné tout au long du XXe siècle des prix à Cannes, Berlin et Venise. Un totem dont Bo Widerberg (1930-1997), qui fait l’objet d’un cycle du 5 février au 1er mars à l’École supérieure d’art d’Aix, s’est pourtant démarqué dès ses débuts, lui qui estimait que le public ne peut pas « se reconnaître dans les personnages de Bergman. Ils ne sont que des figures dans un théâtre mental ».

    « Cinéaste, romancier, scénariste et critique de cinéma », Bo Widerberg fait davantage dans le charnel et le sensible. « Considéré comme le chef de file d’une nouvelle vague suédoise. Il a ouvert la voie à un cinéma libre et hédoniste, teinté des couleurs de l’impressionnisme », plante le programme de l’Institut de l’image d’Aix, à l’initiative de ce cycle.

    « Le quartier du corbeau »

    Le premier film réalisé par Bo Widerberg, qui lorgnait plutôt du côté de la Nouvelle vague française, coïncide ainsi avec Le péché suédois (1963). Un drame autour de l’histoire de « Britt, ouvrière en usine et Björn, bourgeois cultivé, qui disparaît », tandis qu’elle « tombe enceinte de Robban, guitariste canaille ». Il faut dire que ce cinéaste, dont l’œuvre a été éclipsée par celle de Bergman, a le goût pour des films « empreints d’humanisme et de préoccupations politiques et sociales », comme pourront également l’illustrer les projections du Quartier du corbeau, dans les pas d’« Anders, qui vit avec un père alcoolique et une mère bourreau de travail. Pour dénoncer l’injustice sociale, il veut devenir écrivain », résume-t-on du côté de l’Institut de l’image qui proposera au total huit de ses films.

    www.institut-image.org

  • [Entretien] Karima Boutayeb et Muriel Ré : « C’est la force des prud’hommes d’Arles que de travailler en collectif »

    [Entretien] Karima Boutayeb et Muriel Ré : « C’est la force des prud’hommes d’Arles que de travailler en collectif »

    Élue à l’unanimité du collège salarié, Karima Boutayeb reçoit le flambeau de vice-présidente du conseil de prud’hommes d’Arles de sa prédécesseure Muriel Ré. Elle sera présidente de la juridiction l’année prochaine, en alternance tour à tour avec le collège employeur.

    La Marseillaise : Comment appréhendez-vous vos fonctions ?

    Karima Boutayeb : Je suis honorée. Être la 2e femme à la présidence du conseil après Muriel a d’autant plus de sens au regard du parcours d’une femme engagée, ayant adhéré à la CGT en 2015 grâce à Claude Mas. J’aborde mon mandat avec engagement et humilité. Notre rôle est de rendre la justice. On a intérêt à être dans l’échange et l’écoute. Ce qui compte, c’est le justiciable, les divergences syndicales ne rentrent pas trop en compte. C’est ce que les conseillers prud’homaux CGT portent et nous avons une reconnaissance au sein du conseil. Je veux porter l’œuvre de Muriel, basée sur l’échange et le dialogue apaisé et permettre le travail commun. Pour avoir participé à des formations ailleurs, c’est la force d’Arles que de se mettre à table. On est nommé en tant que personne mais le travail est collectif, dans l’idée de l’échange, de la coopération et du respect entre toutes les composantes et toute l’équipe du conseil de prud’hommes. Je l’appréhende comme ça.

    Est-ce le début d’une nouvelle ère ?

    K.B. : Si on arrive à maintenir le bon fonctionnement du conseil, à prendre les dossiers en charge dans les délais et à rendre justice ce sera déjà beaucoup !

    Quelle évolution avez-vous pu constater dans la manière de rendre justice ?

    Muriel Ré : C’est un bouleversement. De moins en moins de justiciables vont aux prud’hommes alors qu’ils le pourraient, beaucoup préfèrent négocier directement avec l’employeur plutôt que de batailler. La procédure était auparavant axée sur l’oral mais glisse de plus en plus à l’écrit, ça peut expliquer les difficultés. Avant les justiciables venaient seuls, maintenant ce sont surtout des avocats qui les défendent. Ils pourraient être accompagnés d’un conseiller syndical mais on en manque. Mais ce n’est pas qu’il n’y a moins de problèmes !

    Est-ce plus difficile d’être une femme conseillère qu’un homme ?

    M.R. : Non ça n’est pas plus compliqué, après c’est mon caractère : je ne supporte pas les injustices. Cela dit, quand j’ai été présidente la première année en 2008, c’est allé jusqu’au pénal avec un homme en responsabilité. Il m’empêchait de prendre les dossiers, était tout le temps derrière moi… C’était la béquille des employeurs ! J’ai dû voir un médecin légiste pour qu’il apprécie mon ITT pénale. Mais je ne me suis pas laissée faire. Au final c’est lui qui est parti mais il a recommencé avec une autre conseillère. C’est pas pour rien toutes les dénonciations qu’on connaît aujourd’hui.

    K.B. : Ça s’est amélioré. Il y a eu du changement et une reconnaissance. On est attendu on reste vigilant mais on lâche pas.

    M.R. : Ce que je retiens c’est l’engagement pour la reconnaissance des droits des salariés et la justice. J’enrage de voir des gens qui ne se battent pas. Faut pas se laisser faire.

  • Le théâtre comme espace de dialogue à Septèmes

    Le théâtre comme espace de dialogue à Septèmes

    La soirée théâtrale « Dressez l’oreille, on parle de vous ! » s’inscrit dans un travail de fond engagé depuis plusieurs mois avec l’association Espoir 18, en lien étroit avec des acteurs de terrain de Septèmes-les-Vallons et de Marseille, et plus particulièrement avec les centres sociaux et des femmes du Plan d’Aou.

    Ce partenariat a permis de construire, dans la durée, des espaces de dialogue et de sensibilisation autour de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, et plus largement de la promotion du vivre-ensemble et de la lutte contre toutes les formes de discriminations. L’objectif partagé était clair : créer des temps collectifs favorisant la rencontre, l’écoute et la compréhension mutuelle, au plus près des réalités vécues par les habitants.

    Le projet s’est décliné sous des formes variées : temps d’échange, projections, rencontres, repas partagés, interventions de spécialistes, ainsi qu’un travail de mémoire, notamment à travers la visite du site mémoriel du Camp des Milles. Ces actions ont permis d’aborder les mécanismes à l’œuvre dans les processus de stigmatisation, en interrogeant les idées reçues et les représentations construites, qu’elles concernent « les autres » mais aussi celles que chacun porte, souvent de manière implicite, au fil de son parcours de vie.

    Dans cette continuité, la soirée théâtrale a constitué une étape structurante de la démarche. Le choix du théâtre n’est pas anodin : par le récit, l’émotion et la mise en scène, il offre un cadre propice pour aborder des sujets sensibles sans les réduire à des formules simplificatrices, et pour ouvrir un espace de réflexion collective accessible à toutes et tous.

    Les deux propositions artistiques présentées, J’ai fait mon temps et le seul en scène de Farid Abdelkrim, ont interpellé les spectateurs sur leurs représentations, leurs préjugés et leurs responsabilités, à l’échelle individuelle comme collective. Le premier spectacle, proposé bénévolement, a donné voix aux habitants d’un quartier populaire confrontés à la perspective de devoir quitter leur logement. À travers des regards croisés et la mise en valeur des cultures de chacun, l’humour a servi de levier pour aborder des réalités sociales sensibles. Farid Abdelkrim a ensuite prolongé la réflexion, sur un registre décalé, en évoquant les questionnements des enfants issus de l’immigration autour de la double culture, de l’intégration et du sentiment d’appartenance, avec des références culturelles partagées, de Verlaine à Hugo.

    Cette soirée, placée sous le signe de l’humour, du respect et de l’apaisement, rappelle l’utilité de ces espaces de dialogue dans un contexte marqué par des tensions identitaires et des crispations sociales. Elle illustre concrètement l’intérêt d’actions culturelles inscrites dans un travail de terrain, co-construites avec les acteurs associatifs et les habitants, pour faire vivre, au quotidien, les valeurs de fraternité, d’égalité et de dignité.

  • L’eau de mer devrait à nouveau couler dans le tunnel du Rove

    L’eau de mer devrait à nouveau couler dans le tunnel du Rove

    C’est historique ! Porté par le Groupement d’intérêt public pour la réhabilitation de l’étang de Berre (Gipreb) et la Région Sud, le projet de remise en circulation de l’eau de mer dans le tunnel du Rove se concrétise enfin et entre en phase opérationnelle d’obtention des autorisations réglementaires de travaux.

    Deux éboulements

    Inauguré en 1927 après 16 ans de construction, l’ouvrage avait connu un éboulement en 1963 « à 1 kilomètre de la sortie côté Marignane, sur environ 130 mètres de long », explique Raphaël Grisel, directeur du Gipreb. « C’est lui qui empêche le passage de l’eau. » C’est à travers cet amas de pierres « qu’il va falloir mettre un tuyau en béton de 2,5 mètres de diamètre » afin d’alimenter l’étang grâce aux échanges avec la mer.

    Plus loin au nord, un second éboulement aurait pu poser des difficultés. « On a une zone qui s’appelle tranchée de Gignac, ou tranchée de Marignane, qui présente des talus d’une quarantaine de mètres au-dessus du niveau de l’eau, reprend le scientifique du syndicat mixte. En 2019, il y a eu un glissement de terrain sur l’un d’eux à environ 200 mètres de la sortie du tunnel. On aurait pu se dire : “le sort s’acharne“. Sauf que cet éboulement, très rapidement consolidé, a donné place à une nouvelle plateforme qui est tout à fait pertinente pour accueillir une station de pompage et son alimentation électrique, qu’il aurait été difficile de mettre dans le tunnel. » Cette pompe permettra d’envoyer l’eau stockée dans un bassin tampon d’un kilomètre de long dans le canal du Rove.

    Estimés à 16 millions d’euros en 2022, les travaux devraient débuter en 2029 « dans un calendrier optimiste », confie Raphaël Grisel. « Aujourd’hui, deux tiers du financement font l’objet d’engagement de la Région et de la Métropole. Un troisième tiers est en cours de construction avec une participation de l’État et de l’Agence de l’eau dès lors que toutes les études réglementaires auront montré l’efficacité du projet. »

    Un renouveau de la qualité de l’eau

    Avec ce projet, les scientifiques attendent une nette amélioration des milieux aquatiques grâce au retour des différentes espèces végétales essentielles à l’équilibre de l’écosystème. Des experts ont jugé que ces plantes, permettant production d’oxygène et stockage de carbone, pourraient avoir totalement reconquis leurs milieux après une vingtaine d’années.

    « L’idée, c’est que cet apport marin très pauvre en nutriment, en azote et en phosphore notamment, va permettre un renouveau et une amélioration de la qualité de l’eau dans l’ensemble du complexe lagunaire, puisque tout est interconnecté », explique le directeur du Gipreb. En amont de la remise en circulation de l’eau de mer dans le tunnel du Rove, une première opération de rénovation des ouvrages de communication entre l’étang de Berre et l’étang de Bolmon d’une part, et l’étang de Bolmon et le canal du Rove d’autre part, débute le 23 février.

    Ce chantier du tunnel du Rove s’inscrit dans la feuille de route globale du Comité stratégique de l’étang de Berre, installé par le préfet en juillet 2022, qui agit également pour la réduction des apports d’eau douce de la centrale EDF.

  • Grève des marins, menacés de perdre pavillon et emplois

    Grève des marins, menacés de perdre pavillon et emplois

    « Nous bloquons toute entrée par la passe nord du port », a confirmé Frédéric Alpozzo, secrétaire général CGT des marins de Marseille lundi matin. Après une grève le 2 décembre, la CGT des compagnies Corsica Linea et La Méridionale avait déposé la semaine dernière un nouveau préavis de 48 heures débutant ce 2 février afin de « sécuriser les emplois ».

    Le syndicat dénonce l’arrivée de compagnies opérant sous pavillon étranger sur les lignes desservant le continent français avec le Maghreb et certaines destinations corses induisant une concurrence déloyale. « Les marins de ces bateaux n’ont pas de contrats français et sont payés entre 650 et 1 200 dollars par mois. Contre ça, on ne peut pas lutter », s’insurge le syndicaliste. Dans un courrier adressé au ministre des Transports, la CGT Marins exige de l’État français qu’il oblige les armateurs qui s’installent en France à respecter la législation française. « Il n’est pas normal que ces compagnies puissent utiliser un pavillon international, dénonce Frédéric Alpozzo, l’État doit supprimer les autorisations de GNV à Sète avec l’Algérie et nous attendons une coopération entre la France et le Maroc avec les ports de Sète et Marseille. » Autre revendication « urgente », précise le secrétaire général, « il faut un programme commun de flottes entre nos deux compagnies avec un programme supplémentaire de coopération à Sète avec l’Algérie, complémentaire au port de Marseille avec Algérie Ferries ».

    Un raz-de-marée low cost

    De sérieuses inquiétudes pèsent sur les compagnies françaises. Pour rappel, en juin dernier, le groupe CMA CGM n’excluait pas la revente de la compagnie La Méridionale, en difficulté. La CGT Marins, dans une lettre du 3 juillet demandait « solennellement » au PDG de CMA CGM, Rodolphe Saadé de conserver La Méridionale, craignant les lourdes conséquences sociales d’une telle vente. Le 24 janvier, confrontée « à une dégradation de sa situation économique, dans un contexte de concurrence internationale très intense », expliquait la direction de La Méridionale justifiant la cession du Kalliste à un chantier turc en vue de sa mise à la casse. « On nous annonce la perte de 50 000 passagers, des résultats qui ne permettront plus de payer les navires neufs, ni la mise aux normes écologiques de la flotte avec une activité réduite au service public entre Marseille et la Corse également menacée par Corsica Ferries sous pavillon italien. » Les marins refusent de désarmer et exigent une stratégie d’avenir.

  • Le Marché du Soleil fermé six mois par arrêté préfectoral

    Le Marché du Soleil fermé six mois par arrêté préfectoral

    L’étau se resserre autour du Marché du Soleil. Ce lundi, un arrêté préfectoral annonce sa fermeture administrative pour six mois, tandis que douanes, police et gendarmerie se sont coordonnées pour effectuer un vaste contrôle, qui durera jusqu’à la fin de la semaine. En ligne de mire : la vente de contrefaçons, qui serait omniprésente au sein des échoppes du bazar, devenue institution. « Sur 160 commerces, on en estime au moins deux tiers comme faisant du commerce de contrefaçons », explique le directeur régional des douanes, Michael Lachaux.

    Plus de 200 fonctionnaires ont été dépêchés afin de passer au crible chaque boutique. L’opération, coordonnée par la justice et la police, se fait dans le cadre d’une enquête, débutée en novembre et qui avait entraîné la saisie des murs de l’établissement et des contrôles. Le lieu était également régulièrement sous le joug de fermeture administrative par la mairie, pour des manquements à la sécurité, depuis un incendie en 2008.

    Des dispositions sécuritaires d’ampleur permises par la loi narcotrafic, promulguée en juin 2025. Aucun lien entre le lieu et le trafic de drogue n’est établi, mais la nouvelle réglementation permet « d’assécher les lieux d’économies parallèles et de blanchiment d’argent de recel et de contrefaçon », précise Jacques Witkowski, préfet des Bouches-du-Rhône.

    Pour le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone, le but de l’opération est clair : « Redresser les pratiques et imposer un nouveau rapport à la loi », alors que le marché est conseillé dans les guides touristiques. « Il faut que l’on déconstruise cette image de Marseille », précise-t-il.

    Pour l’un des voisins du marché, c’est la fin. « Cela fait deux ans qu’ils parlent de le fermer, je ne pense pas que cela va rouvrir. » Du côté du préfet et du procureur, l’avenir du lieu est flou, même si le préfet affirme que « le but est de faire arrêter la vente de contrefaçons ». L’avocat du propriétaire des lieux, Me Stéphane Ceccaldi, dit son client prêt à « coopérer avec le parquet pour lutter contre la contrefaçon », mais craint que la fermeture du lieu n’entraîne un grand désordre. L’avocat affirme étudier un recours administratif contre cette décision.

  • Premières amendes pour les meublés touristiques illégaux

    Premières amendes pour les meublés touristiques illégaux

    On est loin de l’amende maximale (2,4 millions) réclamée par la Ville de Marseille mais le tribunal judiciaire a eu la main ferme contre les locations touristiques meublées illégales en prononçant pas moins de 255 000 euros d’amendes civiles pour deux propriétaires.

    Obligation de retour à la location longue durée

    « Ces jugements (…) confirment la pertinence et la solidité de l’action engagée », indique la municipalité satisfaite de l’obligation faite dans ces décisions « de revenir à de la location de longue durée dans les trois mois, sous astreinte financière. Cet élément déterminant constitue un signal fort en faveur de la protection du logement ».

    La condamnation la plus lourde vise la société La Niche, dirigée par Vincent Chevallier, un chirurgien de Périgueux. Entre 2023 et 2025, il avait transformé sans autorisation six appartements du 30, rue Thiers (1er), en quatorze meublés touristiques loués sur Airbnb ou Booking. Une affaire médiatisée en 2024 par une fanfaronnade décomplexée (« C’est Marseille bébé ») face aux caméras de Complément d’enquête. La Ville est parvenue à démontrer l’usage d’habitation initial des logements et l’absence d’autorisation de changement d’usage, malgré la gestion confiée à une conciergerie. Le tribunal a retenu un changement d’usage illicite au sens du code de la construction et de l’habitation et condamne La Niche à 25 000 euros par logement, soit 150 000 euros d’amende.

    Une décision assortie de l’obligation de remise à l’habitation classique, à laquelle s’ajoutent 21 000 euros pour défaut de déclaration préalable. En revanche, la société est relaxée pour l’absence de décompte des nuitées. La conciergerie TheGoodButler group est, elle, condamnée à 8 000 euros pour manquements à ses obligations légales. Au total, 179 000 euros sont versés à la Ville dans ce dossier.

    Dans le second dossier, le juge a condamné la société MessieursDames et son gestionnaire Lovely Keys pour avoir transformé sans autorisation l’immeuble du 31, rue Barthélémy (1er), en neuf meublés touristiques entre octobre 2024 et juin 2025. La société écope de 40 000 euros d’amende. Lovely Keys est sanctionnée de 36 500 euros pour ses manquements déclaratifs. Soit un total de 76 500 euros.

    À l’inverse, la justice a débouté la Ville dans le dossier Chevalier – Arbelet. Faute de preuve suffisante de l’antériorité de l’usage d’habitation du logement, la commune devra verser 2 000 euros de frais de justice aux propriétaires. Le tribunal a aussi accepté le dépaysement du dossier de Philippe Bonifay, juge au tribunal de commerce de Marseille. Ces 255 500 euros d’amendes illustrent une jurisprudence à la fois répressive et exigeante, à l’heure où la Ville tente d’endiguer la prolifération de ces locations meublées illégales. De nouveaux dossiers seront jugés le 6 mai.

  • [Entretien] Éric Berton : « C’est le rôle de l’université de redonner le goût du vote »

    [Entretien] Éric Berton : « C’est le rôle de l’université de redonner le goût du vote »

    « Droit au but mais aussi droit de vote. » « Dégun le fera à ta place. » « Pour savoir si t’es inscrit sur les listes, c’est tarpin simple. En vrai. » Lancée en novembre, la campagne d’AMU se veut percutante. Où elle endosse un rôle dont on peut se demander s’il relève d’une université. Explications.

    La Marseillaise : Pourquoi avoir lancé cette démarche qui est a priori une première en France ?

    Éric Berton : Aix-Marseille Université (AMU) considère que sa mission ne s’arrête pas aux portes des amphithéâtres. AMU est, et a toujours été, une université socialement engagée. Nous avons fait le choix de lancer une grande campagne de sensibilisation sur l’importance du vote tout en proposant des outils concrets pour accompagner les étudiants dans leurs démarches d’inscription sur les listes électorales.

    Nous estimons que c’est précisément le rôle de l’université de redonner le goût du vote à nos étudiants et de les replacer, ainsi que leurs problématiques, au sein du débat démocratique. L’université est un lieu de savoirs et d’émancipation, elle a également vocation à construire les citoyens de demain. En sensibilisant les étudiants aux fondamentaux de notre démocratie, elle est pleinement dans son rôle.

    La temporalité de cette campagne est très simple : l’échelon municipal est le plus concret, celui qui régit le quotidien. Il nous a semblé naturel de lancer cette campagne à l’aune de cette échéance électorale, parce que cette élection est déterminante pour la jeunesse et donc pour les étudiants d’Aix-Marseille Université. C’est une fierté pour notre université que de mener ce combat pour la démocratie.

    Comment s’articule la campagne ?

    E.B. : Elle a commencé à l’automne, à travers une grande campagne d’affichage, accompagnée d’un site internet explicatif des enjeux liés aux municipales et des démarches pour s’inscrire sur les listes. Nous avons par la suite lancé une grande enquête auprès des étudiants, conjointement avec la Fondation Jean Jaurès et l’Ifop, afin de mieux comprendre leurs engagements, leurs valeurs, et leurs attentes en matière de politiques publiques municipales. Les résultats de cette enquête seront rendus publics dans les prochains jours et feront l’objet d’un affichage sur nos campus et sur les abribus dans nos villes d’Aix et de Marseille.

    Sur la partie sondage Ifop/Fondation Jean Jaurès, ne craignez-vous pas d’être taxé de « parti pris » dans la mesure où cette fondation a été créée par un ancien Premier ministre socialiste ?

    E.B. : Pour garantir l’indépendance de l’enquête, nous avons confié sa réalisation à l’Ifop, institut de référence en études d’opinion, en partenariat avec la Fondation Jean Jaurès, think tank reconnu pour son expertise sur les enjeux de jeunesse. Deux entités reconnues pour le sérieux de leur travail, la rigueur de leurs méthodes et la qualité de leurs enquêtes.

    Sur les débats organisés à partir du 11 février avec les candidats aux municipales, cela va-t-il se faire avec toutes les têtes de liste ? Y compris le RN ? Si oui pourquoi ?

    E.B. : Les invitations à l’attention des candidats ont été envoyées et nous attendons de connaître leur réponse pour communiquer sur le dispositif et le format définitif de ce temps d’échange.

    Avez-vous déjà tiré des enseignements de cette campagne ?

    E.B. : Cette campagne est extrêmement utile, à la fois pour informer les jeunes sur leurs droits et leurs devoirs civiques, évidemment, mais aussi pour mieux comprendre leurs attentes et leurs aspirations.

    Nous avons voulu cette enquête pour que les candidats ne puissent plus ignorer l’état réel de notre jeunesse et qu’ils puissent formuler des propositions en phase avec les besoins exprimés. Nous avions des intuitions sur l’engagement de notre jeunesse. Les premiers résultats dépassent certaines de nos attentes, d’autres risqueront de bousculer un peu certaines idées reçues et des représentations parfois caricaturales. Et c’est tant mieux ! Objectiver, chercher, oser, se dépasser, telle est ma vision de l’université, au service de nos jeunesses.

    Repères

    Des jeunes plus engagés au niveau associatif

    Environ 42% des étudiants d’AMU (Aix-Marseille universités) seraient engagés dans des associations universitaires. Un chiffre à mettre en regard des 72% d’abstention relevés chez les jeunes de 18 à 34 ans, lors des précédentes élections municipales en 2020 selon une estimation de l’institut de sondage Ipsos-Sopra Steria. Un chiffre à replacer aussi dans un contexte d’épidémie de Covid.

    Faire de la jeunesse une priorité au niveau local

    C’est ce que demande dans une longue note publiée en novembre, le conseil d’orientation des politiques de jeunesse, une commission administrative consultative placée auprès du Premier ministre. Parmi les propositions, améliorer le rapport avec la police, garantir l’accès à la culture ou aux sports…

    35%

    des 18-24 ans se disaient intéressés par les municipales en 2020 selon une étude de l’Observatoire du Comportement Électoral des Jeunes, menée par l’Anacej (association nationale citoyenneté enfance jeunesse).

    16

    ans et pouvoir voter… Un droit qui s’inscrit dans la Convention internationale des droits de l’enfant, pour participer à la vie démocratique de leur pays rappelle l’Unicef, pour qui « les jeunes ont une voix ! » Et d’exhorter les pouvoirs publics à abaisser l’âge du vote à 16 ans pour les municipales.

  • Silvestre Da Silva officialise sa candidature insoumise à Port-Saint-Louis-du-Rhône

    Silvestre Da Silva officialise sa candidature insoumise à Port-Saint-Louis-du-Rhône

    William Sylvestre Da Silva officialise sa candidature aux couleurs de la France insoumise. Le parti avait annoncé constituer une liste il y a une semaine, lors d’une réunion publique organisée le 26 janvier. C’est finalement son chef de file, Port-Saint-Louisien de 32 ans, qui en prend la tête. Engagé dans le milieu associatif et politique local, il a été trésorier de l’antenne de la Ligue des droits de l’Homme avant de rejoindre le parti en tant que militant en 2016.

    Si sa liste a été rejointe par les Écologistes, l’union avec le PCF, qui avait présenté Aurélie Grach sous l’étiquette de la gauche unie, dès le mois de septembre, n’est plus à l’ordre du jour. LFI annonce que les négociations « n’ont pas permis de garantir une représentation politique pleine et effective », condition qu’elle considère comme « indispensable pour défendre loyalement les accords programmatiques et les orientations de rupture » qu’elle porte.

    « L’union ne peut être ni décorative ni déséquilibrée », explique l’organisation par voie de communiqué. « Notre ligne garde sa clarté : nos adversaires restent la droite, l’extrême droite et la macronie, dont les politiques ont durablement fragilisé les classes populaires, les services publics et la démocratie locale. »

    La liste insoumise et écologiste sera présentée dans les semaines à venir. Les rendez-vous qui jalonneront la campagne seront prochainement annoncés.