Autrefois conservateur de ce musée, Philippe Auquier avait rassemblé plusieurs moulages, pour la plupart réalisés en 1901 par François Carli.
Tout commence par l’arrivée dans le port de Toulon, en 1675, de deux gros blocs d’une riche matière. Le premier suscitera l’apparition de Milon de Crotone ; le second marbre, choisi pour Alexandre et Diogène, fut achevé à Marseille quatorze années plus tard. Colbert et Louvois sont les commanditaires. Pierre Puget aurait passionnément aimé que ses sculptures soient en bonne place au palais de Versailles. Tout en restant singulier et autonome, il lui fallait ne pas déplaire au souverain. Alexandre est un invincible guerrier, un modèle de conduite pour Louis XIV, qui pourrait prendre ombrage si Diogène, dans l’interprétation qu’en donnerait Puget, faisait preuve d’une trop vive insolence.
Dans ce contexte, la farouche réplique « Ôte-toi de mon soleil » n’est pas seulement la réaction d’un philosophe qui méprise les pouvoirs et l’ordre établi. Tout en réclamant les honneurs et la reconnaissance des puissants, un artiste de l’Ancien Régime persévère, demeure fidèle à ses origines et à son tempérament. Ni dissident ni courtisan, capable, écrivait Baudelaire, de « colères de boxeur », à la fois soumis et plein d’orgueil, Pierre Puget fraye sa voie parmi les embûches et les contraintes de son époque.
Dans cet étrange péplum, avec casques, cuirasses, boucliers, oriflammes et sons de trompe, l’artiste fait montre d’humour et d’ironie. Les trognes et la brutalité, les gestes des soudards qui dérangent la sérénité du philosophe stoïcien l’ont révolté et scandalisé. Pour sauvegarder les finalités de ce bas-relief, mieux vaut quitter bruit et lourdeur, contempler l’énergie de Diogène, son visage inspiré par le Laocoon, finement relancé par le « mélancolique empereur des forçats ».
Diogène lève les yeux, fixe pensivement l’horizon, ne regarde pas l’empereur. Sa détresse est à la fois noble et suppliante ; la main qu’il tend demande secours. De son côté, Alexandre est à moitié surpris et ne veut pas se venger du refus de Diogène. Un statu quo se maintient. Chiens, chevaux et soldatesque rejoignent Corinthe.
![[Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au musée Longchamp, Diogène veut qu’on s’écarte de son soleil](https://euapp01.newsmemory.com/lamarseillaise/news/wp-content/uploads/sites/2/2026/05/966121059068165565dc1ad44e4547a9.png)




