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  • Une chambre vide pour juger des conducteurs

    Une chambre vide pour juger des conducteurs

    « Mais c’est incroyable, ils sont où ? ! » Sur 30 dossiers inscrits au rôle de la « chambre de police » du tribunal judiciaire dédié aux infractions routières, seuls deux prévenus sont présents. « Ils ont su que c’était moi », ironise le nouveau magistrat. En réalité, de moins en moins de justiciables réceptionnent les convocations qui repartent ainsi à l’étude de l’huissier et y restent.

    Conduite à scooter sans gants. « Ce n’est pas moi ce jour-là » assure Adem venu contester une ordonnance pénale. « Le PV fait foi », objecte la procureure qui lui rappelle son « gros passif ». Il écope de 68 euros d’amende. « Pourquoi ces béquilles ? », demande le juge. « Je me suis blessé à scooter » clopine le jeune vers la sortie.

    Mathis, 24 ans, reconnaît finalement que c’était bien lui au volant sans ceinture, boulevard de Lesseps. « J’étais persuadé du contraire. C’est la première fois », susurre le réceptionniste de nuit qui en sera quitte pour 150 euros d’amende. « Si vous payez dans le mois vous avez 15% de réduction mais si vous ne pouvez pas payer, téléphonez à la Trésorerie, ils vous échelonneront », prend soin de l’informer le juge.

    « Au contraire c’est un super conducteur ! »

    « Mon client était persuadé que c’était limité à 130 », plaide Me François Sastre pour un chef d’entreprise en voyage à l’étranger, flashé sur l’A52 à Auriol à 165km/h pour 110 autorisés dans la plus grosse des Mercedes. La procureure évoque le « mauvais profil » de ce conducteur avec 9 excès de vitesse anciens et demande 300 euros d’amende et 6 mois de suspension du permis. « Un mauvais profil ? Au contraire c’est un super profil, un super conducteur ! Pas quelqu’un qui roule bourré », veut convaincre l’avocat. « On fait tous des petits excès de vitesse, moi-même qui ai un devoir d’exemplarité, je n’y arrive pas. Lui, en 33 ans, il n’a eu que 9 amendes depuis 1992 ! » Son client écope de 250 euros contre 300 requis et 4 mois et demi de suspension.

    Alissa, 35 ans, conteste l’excès de vitesse qui l’a flashé dans Peypin à 88km/h. « Le mari virulent n’a rien trouvé de mieux à faire que de s’interposer avec les gendarmes pour contester que sa femme a signé le PV ! » lance la procureure qui annonce qu’il sera cité pour cela à l’audience. La conductrice écope de 300 euros et de 6 mois suspension du permis avec sursis.

    Un terminal mobile de la police municipale a flashé Camille, 45 ans, avenue de Bonneveine, téléphone au volant. « Je ne souhaite ni signer, ni payer, j’irai devant le tribunal ! » a plastronné le conducteur absent dont le casier comporte une mention pour conduite en état alcoolique. « Je demande 300 euros vu sa réponse ! », cingle la procureure.

    « T’es pas ma mère, t’as pas de leçon à me donner »

    Thalissa, 21 ans, roulait à 140km/h au lieu de 70 sur la rocade L2 et s’est insérée sur la bretelle de sortie sans clignotant, ni respect de la distance de sécurité. La jeune conductrice s’était déjà distinguée 5 mois avant par un dépassement par la droite. « En plus elle roulait dans un véhicule profondément endommagé à la suite d’un accident et elle a eu un comportement désobligeant à la limite de l’outrage en plus. La demoiselle a lancé au policier “t’es pas ma mère t’as pas de leçon de morale à me donner” », rumine le ministère public. Elle écope de 500 euros d’amendes.

    La police municipale de La Ciotat a surpris Thierry, 57 ans, téléphonant au volant. « Il conteste, dit être injustement pénalisé, explique qu’il tenait sa cigarette électronique », résume le juge devant une salle vide. « Il a signé le PV. Il est de particulière mauvaise foi », insiste la procureure qui obtient sa condamnation à 135 euros.

    L’histoire de Capucine, 28 ans, a obligé à une instruction précise de la procédure. Il est reproché de nouveau – elle a été condamnée en 2023 pour cela – à cette conductrice deux nouvelles infractions d’usage du téléphone au volant. « Elle conteste, soutient qu’elle ne pouvait pas être à deux endroits au même moment. » Alors on reprend les procès-verbaux. La première infraction est relevée par un CRS à 18h41 quai de Rive Neuve alors qu’elle écrivait un SMS avec ses deux mains dans un embouteillage. La seconde infraction relevée par un autre CRS à 18h43 à hauteur du 148, rue Sainte le téléphone à l’oreille. « Elle n’a pas eu de chance, mais ce sont bien deux infractions distinctes. Il n’y a pas de doublon. Cela justifie 2 amendes à 135 euros. »

    Fausse plaque

    Salim, 42 ans, conteste un PV pour « stationnement très gênant sur trottoir » au 8, rue Octave Teissier (3e). « Il dit qu’il n’était pas stationné sur un trottoir, qu’il suffit de regarder sur GoogleView et qu’il déchargeait les courses de sa voisine âgée. Mais si, c’est un trottoir, la photo montre bien. Il dit vouloir souhaiter s’expliquer devant le tribunal mais il n’est même pas là ! » tique le magistrat. « On veut bien tout entendre mais ce monsieur n’habite pas là mais avenue de la Croix rouge ! » Il écope de 200 euros.

    Mohamed conteste 7 stationnements gênants. Curiosité de l’affaire, la police municipale a mis en fourrière son véhicule découvrant que la plaque arrière est rattachée à un véhicule de société censé avoir été détruit dans une casse automobile… Il écope de 50 euros par PV et 300 euros pour « plaque non conforme ».

    « Il dit qu’il n’était pas stationné sur un trottoir, qu’il suffit de regarder sur GoogleView »

  • Il restaure et recrée des véhicules d’avant-guerre

    Il restaure et recrée des véhicules d’avant-guerre

    Comme tout garagiste en service, Nicolas Bourianne vous accueille en serrant le poignet, histoire d’éviter de noircir les mains de cambouis. Mais son atelier, « Revival Engineering », à la sortie nord de Malaucène, est plutôt discret. Ici, on n’amène pas sa voiture, pour une révision classique, que l’on récupère quelques heures plus tard. D’ailleurs, Nicolas Bourianne préfère le terme d’atelier de restauration. « Garagiste, je l’associe aux voitures modernes, ici on ne fait que des modèles d’avant guerre », expose le patron, ingénieur mécanicien.

    Un secteur de niche, réservé à des passionnés – très – fortunés, qui traduit cependant un savoir-faire local. Si en Vaucluse, deux autres ateliers sont aussi dans les modèles anciens, Nicolas Bourianne est le seul à proposer l’entretien mais aussi et surtout la restauration et reconstruction de véhicules de prestige. « On fait de l’avant-guerre car ce sont les autos qui nous plaisent. Les voitures plus modernes, les youngtimer [précollection], tout le monde le fait », fait valoir ce passionné de 43 ans, dont le fils de 14 ans commence déjà à bricoler des motos. Un début d’atavisme familial alors que Nicolas Bourianne n’a jamais baigné dans le milieu : « J’ai eu la chance de découvrir ma passion, personne dans ma famille n’a de voitures de collections ».

    Une Delage championne du monde 1927 sur l’établi

    Originaire de Séguret, il a d’abord eu son atelier à Sarrians avant de déménager, il y a 3 ans, à Malaucène. Difficile de déambuler dans son atelier sans risquer de croiser François, allongé sous une Bugatti en cours de restauration, de manquer de se taper le pied sur une imposante roue ou de passer à côté d’un moteur recrée installé sur une bande de démarrage. « La Buggati bleue de 1928, là? C’est de la restauration, il y avait le châssis, l’essieu, le pont, la boîte, le moteur », illustre Nicolas Bourianne. Parfois, il faut partir d’une feuille blanche pour une construction, avec le bureau d’études au sein de l’atelier. « On dessine et reconstruit les pièces, on possède un département moteur, chaudronnerie… tout ce qu’il faut pour être au maximum autonome », résume l’ingénieur mécanicien.

    Sa clientèle est très large et internationale. États-Unis, Nouvelle-Zélande et même la présidence du Portugal. « On a restauré une Panhard et Levassor. L’an dernier pour les 100 ans de l’automobile club du Portugal, j’ai été le chauffeur du président dans les rues de Lisbonne », confie Nicolas Bourianne. Mais le projet phare, qui l’occupe depuis plusieurs années, c’est une Delage 15 S8 de Grand Prix, dont il est impératif d’avoir achevé la reconstruction en 2027, afin de marquer le centenaire de la victoire de cette voiture au championnat du monde des manufacturiers, compétition prémices de la F1. « C’est un projet complètement démentiel parce que la voiture a été détruite, des collectionneurs ont récupéré quelques morceaux. On a eu la chance de s’appuyer sur une base photos de la Delage numéro 1 pour recréer de toutes pièces la Delage de 1927 », s’enthousiasme l’ingénieur.

    « On se demande à l’époque comment ils arrivaient à fabriquer certaines pièces sans la technologie d’aujourd’hui, qu’on a du mal à refaire », constate-t-il. Manière d’aborder le savoir faire mécanique particulier, aucun diplôme n’existant en la matière. «Ce n’est pas parce qu’on a été mécanicien de course au Mans qu’on s’y connaît : il faut un bagage théorique important, avoir vu des lignes de fabrication, connaître l’usinage, la thermodynamique, la mécanique des fluides…», expose l’ingénieur « Mais le critère le plus important, c’est la passion. Tous les matins, j’ai l’impression d’être en congés », conclut-il.

    « Le critère le plus important, c’est la passion »