Tag: associatif

  • Dans les Hautes-Alpes, une cellule de veille pour aider le secteur associatif

    Dans les Hautes-Alpes, une cellule de veille pour aider le secteur associatif

    C’est une avancée que l’Union départementale de l’économie sociale et solidaire (Udess), attendait depuis longtemps. Alors qu’à l’échelle nationale, le monde associatif subit fermetures, licenciements, ou passage contraints au temps partiel, les données restent difficiles à comptabiliser de manière précise, tant de nombreuses associations disparaissent ou doivent licencier sans bruit, dans un secteur « habitué » à faire avec presque rien. C’était tout l’enjeu de la rencontre du 8 juin, entre les représentants de l’Udess et la sous-préfète Hélène Dargon. Dans un communiqué paru la semaine dernière, l’Udess affirme que la préfecture a acté la mise en place d’une cellule de veille départementale sur l’emploi ESS, comme proposé durant l’entrevue.

    « Les structures de l’économie sociale et solidaire (associations, coopératives, mutuelles) dans notre pays et plus particulièrement dans les Hautes-Alpes, (…) rencontrent d’importantes difficultés en raison de la diminution ou du décalage dans le paiement des financements que les pouvoirs publics lui accordent », pose le communiqué. Face à cela, le secteur associatif des Hautes-Alpes a déjà mis en place des dispositifs solidaires innovants, comme un fonds de mutualisation alimenté par les structures ESS. « Mais ce n’est pas suffisant pour aider les entreprises en difficulté structurelle », alerte l’Udess. Si « de nombreux dispositifs nationaux et régionaux de soutien existent en fonction du degré de difficulté », l’Udess rappelle que « la plupart des entreprises de l’ESS ne les connaissent pas ». La cellule de veille aura donc pour but, « après repérage des situations de structures en difficultés », de leur proposer « des solutions visant à les aider à traverser la situation de tension qu’elles traversent ».

    Enrayer l’abandon

    du monde associatif

    La dernière note d’étude du CRESS de la région Paca le rappelle : « L’ESS des Hautes-Alpes ne s’effondre pas. Mais ses bases tremblent. » Si l’ESS dans les Hautes-Alpes a vu le nombre d’emploi augmenter en 2025 (+0,8%), le nombre d’établissements employeurs recule
    (-2,8%), tandis que l’augmentation des salaires (+0,1%) a été inférieure à l’inflation. Dans ce contexte, la cellule de veille départementale sera mise en place « dans les semaines à venir », affirme l’Udess. La mission de son organisation et de son fonctionnement a été confiée à Dalila Raïs, inspectrice à la Direction départementale de l’emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations (DDETSPP). La prochaine se tiendra le 7 octobre, et d’ici la mise en place formelle de la structure, les entreprises et associations de l’ESS sont invitées à faire connaître leurs difficultés à l’adresse suivante : udess05@udess05.org.

  • [C’est l’été] Lyudmyla Tsivka, quatre ans de guerre sans « après »

    [C’est l’été] Lyudmyla Tsivka, quatre ans de guerre sans « après »

    Pour Lyudmyla Tsivka, le temps s’est arrêté le 24 février 2022. Plus de quatre ans après le début de l’invasion russe, la présidente de SOS Montpellier-Ukraine distingue toujours deux périodes : « Il y a un avant et un pendant. Il n’y a toujours pas d’après ». Avant, elle était une mère de famille d’origine ukrainienne installée en France, assistante maternelle et étrangère au monde associatif. Puis son pays a été attaqué et elle n’a pas pu « rester à côté ».

    Les premiers jours demeurent noyés dans un brouillard. « J’étais perdue. Je ne comprenais pas ce qui arrivait à mon pays. La vie s’est arrêtée. » Depuis, l’engagement a rempli presque tout l’espace. La guerre a endurci Lyudmyla, mais elle l’a aussi privée d’une part d’elle-même. « Je ne me permets plus de vivre. J’existe, je subsiste », confie-t-elle. Les anniversaires, les fêtes ou les éclats de rire de ses proches lui rappellent qu’au même instant, en Ukraine, d’autres familles pleurent leurs morts. Elle participe, sourit parfois, puis préfère s’isoler. À la maison, ses enfants la voient rester devant son téléphone et fondre en larmes au fil des nouvelles. « C’est compliqué de leur expliquer que ce n’est pas à cause d’eux, que cela ne les concerne pas complètement, alors qu’ils ont aussi des origines ukrainiennes. » Une angoisse qu’elle refuse pourtant de transmettre aux autres.

    Transformer la douleur

    en action

    Dès les premiers jours de l’invasion, la Ville de Montpellier, l’avocate Sophie Mazas et des habitants se mobilisent. Dans l’urgence naît SOS Montpellier-Ukraine. « C’était vital. Il y avait une solidarité immense. Les gens arrivaient avec des dons, proposaient des logements. Dans toute cette douleur, cela faisait chaud au cœur. Je ne pensais pas que c’était possible. »

    L’association accueille d’abord les Ukrainiens qui fuient la guerre, à une période où aucun dispositif institutionnel n’est encore réellement organisé. Deux mois plus tard, lorsque l’État et les collectivités mettent en place des circuits plus administratifs, les bénévoles se tournent vers l’aide humanitaire, sans abandonner l’accompagnement des réfugiés installés à Montpellier. Grâce aux donateurs et aux bénévoles, 38 camions de matériel ont été envoyés en Ukraine. Aujourd’hui, l’association ne dispose plus de lieu de stockage et ne peut plus organiser des convois de la même ampleur. Elle poursuit néanmoins ses collectes pour financer des générateurs, du matériel de première nécessité ou soutenir les soldats ukrainiens accueillis en France pour leur rééducation.

    Parmi eux, Lyudmyla n’oublie pas un jeune homme de 1,89 mètre, amputé des deux jambes après l’explosion d’une mine. Des doigts sectionnés, un fauteuil roulant et une vie entière à reconstruire. « Il ne regrettait rien. Il ne se considérait même pas comme handicapé. Moi, je suis entière et je suis complètement à la ramasse », souffle-t-elle. Son optimisme, comme celui d’autres blessés âgés d’à peine 23 à 40 ans, lui interdit de baisser les bras. « Quand je les regarde, je me dis que je n’ai pas le droit de dire que je ne peux plus. Leur joie de vivre me dépasse. »

    Cette force n’efface pas l’essoufflement de la solidarité. Depuis un an et demi, les dons diminuent et l’Ukraine disparaît des conversations, malgré des attaques presque quotidiennes. Lyudmyla souffre aussi des discours qui présentent les réfugiés comme des privilégiés. Elle rappelle les familles séparées et les jeunes revenus combattre une fois majeurs : « Il ne faut pas envier cette vie-là ». Elle préfère retenir les gestes d’entraide, comme celui des pompiers ukrainiens venus soutenir leurs collègues français en Gironde. Lyudmyla dit continuer pour les enfants d’ici et de là-bas. Tant qu’il n’y aura pas d’« après », elle poursuivra son engagement.

  • [Entretien] « La culture à Toulon on va la faire tous ensemble »

    [Entretien] « La culture à Toulon on va la faire tous ensemble »

    Dans sa mission d’amener la culture au plus près des habitants dans tous les quartiers de la ville, l’élue Stéphanie Slimani, dramaturge, metteuse en scène, marionnettiste, auteure et professeure de théâtre, peut s’appuyer sur son expérience et son goût pour la solidarité et le partage.

    La Marseillaise : Quelle est l’ambition de la municipalité à travers ce projet ?

    Stéphanie Slimani : La revitalisation des quartiers, par la culture notamment, et le soutien aux artistes du territoire. Ce projet-là va permettre quasiment de lier ces deux ambitions.

    L’idée c’est de faire venir des artistes dans les quartiers et de faire de la culture pas seulement pour les habitants, mais surtout avec eux. De leur permettre de redécouvrir parfois des histoires de gens qui vivent là et dont ils ne connaissaient pas le parcours de vie, l’architecture de leur quartier, de revisiter des espaces, la mémoire des lieux… Tout cela en faisant participer aussi le milieu associatif, les écoles, les médiathèques et les commerçants, afin que tout le monde se sente concerné. C’est une manière de faire de la culture avec les gens qu’on souhaite développer à travers ma délégation qui est nouvelle.

    L’objectif est de renforcer
    la cohésion sociale
     ?

    St.S. : Évidemment, de toute façon la culture fait société. C’est donc pour faire société, pour se rencontrer, pour partager. Certains n’aiment pas dire socioculturel, mais pour moi ces deux termes sont intriqués : la culture c’est social ! Donc bien sûr que l’ambition c’est de créer du lien, du plaisir et de la joie dans le quartier. De faire que les habitants soient fiers aussi de raconter ce qui s’y fait. De pouvoir dire : « Moi, j’ai fait du théâtre, j’ai pu participer à un spectacle de danse, on a fait de la peinture… » Ça permet aussi de faire changer le regard extérieur porté sur le quartier, en mettant juste en valeur ce qui existe déjà. Parce que je le répète, dans les quartiers il y a déjà de la culture, il y a déjà des gens formidables. Mais on peut aussi s’y sentir parfois délaissé, c’est légitime.

    C’est une manière aussi
    de rétablir un peu d’égalité des chances dans
    les quartiers populaires…

    St.S. : Absolument, tous ces mots ont énormément de sens pour moi. Parce que malgré tous les efforts développés pour rendre la culture accessible à tous, il reste encore une barrière qui fait que selon d’où on vient on s’interdit d’y aller, on se dit que ce n’est pas pour soi, qu’on ne va pas comprendre, que peut-être même c’est un peu trop bizarre parfois. C’est pour ça qu’il faut absolument créer des passerelles plutôt que des forteresses. Moi j’aime le mot populaire, je trouve ça noble, la culture populaire, le théâtre populaire, le spectacle populaire. Ça veut dire que cela nous concerne tous, que personne doit s’en sentir exclu. Je défends et revendique donc de faire une culture populaire. Ce n’est pas quelque chose de moins bien, ou de plus facile, simplement je crée des liens pour que chacun se rende compte qu’elle lui appartient aussi.

    J’ai beaucoup travaillé dans les quartiers et en milieu rural sur des projets participatifs, donc je sais que c’est vertueux, je sais que ça fonctionne. Mais il faut avoir en même temps beaucoup d’humilité, et ne pas partir avec l’idée qu’on va tout révolutionner, qu’on va tout changer, et ce n’est pas le but. Il faut venir rencontrer tranquillement ses habitants, les écouter, et puis après commencer à développer des projets participatifs avec eux. Il faut aller doucement. C’est pour ça que le projet du Pont du Las, s’étale sur deux années, qui se renouvelleront après. Il faut du temps.

    Quelle va être la chronologie ?

    St.S. : On lance un appel à projets au mois d’octobre ouvert à tous les artistes professionnels, et le jury se décidera au début d’année 2027. L’ouverture, elle, est prévue au printemps. Le collectif d’artistes viendra s’installer dans un local, avec un budget et un cahier des charges très précis de projets participatifs, d’ateliers et pratiques artistiques gratuits.

    Et avant cela, en fin d’année 2026, on va mettre en place cinq projets, avec notamment de la danse au Pont du Las, où une chorégraphe va travailler dans l’espace public avec une association de femmes, et à Pontcarral, c’est autour de la récolte de la mémoire et du son qu’une compagnie de théâtre va mettre la population à contribution.

    Des actions qui donnent
    de l’espoir, en tout cas…

    St.S. : Toulon est une ville qui a souffert à travers plusieurs époques, qui a su s’épanouir. Où il y a une forme de résilience. Les gens savent vivre ensemble. On a beau essayer de nous désunir, de nous diviser, ça ne marche pas. Et les Toulonnais l’ont montré aussi au mois de mars. Le centre-ville a été réhabilité, c’est magnifique. On a envie d’y aller. Et quand on reçoit des gens, on a envie de le leur faire visiter. Eh bien, on va faire la même chose dans les quartiers.

    On a entendu les habitants des quartiers, on sait qu’il y a du travail, on va le faire. Et la culture à Toulon on va la faire tous ensemble.

  • À Orange, un projet hôtelier de luxe fait bondir les riverains

    À Orange, un projet hôtelier de luxe fait bondir les riverains

    Un complexe hôtelier haut de gamme d’une centaine de chambres, avec résidences de tourisme dédiées au vélo et spa, la « Baie des Princes », espère voir le jour d’ici 2030, là où se trouvait l’ancienne carrière Saint-Eutrope, à Orange. Mais non sans opposition.

    Sur un emplacement de 17 hectares, en friche depuis les années 60, la société Immobilis, qui pilote l’ouvrage, avance pas à pas. Le terrain est entré dans le Plan local d’urbanisme (PLU) en 2023 après deux années de concertation. Les porteurs mettent en avant la dimension écologique avec, en parallèle, la réhabilitation de l’ancienne carrière. Et l’attrait touristique qu’il pourrait y avoir avec une vue sur le Ventoux, l’accueil de cyclotouristes ou encore les vignobles à proximité. Pour un coût total estimé entre 120 et 160 millions d’euros. Et 200 à 250 emplois créés pour le fonctionnement du site.

    Et ce jeudi 30 juillet s’est achevé l’avis de consultation du public « ayant pour objet une demande d’autorisation environnementale relative aux travaux d’aménagement urbain ». Une consultation qui portait notamment sur la loi sur l’eau et le « rejet d’eaux pluviales dans les eaux douces superficielles ou sur le sol ou dans le sous-sol ». Lors de la dernière réunion publique, le jeudi 23 juillet, le commissaire rapporteur a fait état de 563 avis favorables, 532  défavorables, 68 sans avis et 71 hors sujet. Le préfet devra ensuite valider après consultation suite à une demande d’autorisation environnementale, puis au maire d’accepter le projet suite au dépôt d’une demande de permis d’aménager auprès de la commune en 2025.

    Vive opposition

    Après la publication du compte rendu de cette consultation, la suite est dans les mains du préfet de Vaucluse, puis du maire d’Orange pour valider le lancement de potentiels travaux. Alors que la mairie de Jean-Dominique Artaud (RN) affirme qu’elle « se doit de respecter une position de neutralité concernant le projet immobilier de la Baie des Princes », associations et groupes d’opposition clament leur désaccord depuis plusieurs années. Christian Gastou, élu d’opposition (DVC) du Printemps pour Orange, pointe que ce projet « met en danger la biodiversité du site ». L’Association de défense de l’environnement orangeois (Adeo) abonde dans ce sens, en s’appuyant notamment sur l’avis laissé par le Conservatoire d’espaces naturels de Provence-Alpes-Côte d’Azur (CEN). « C’est un environnement sableux très particulier, très rare en Vaucluse et encore plus dans la région. Avec des espèces particulières, protégées. Et donc, au moindre dérangement, même minime, cela met en danger leur survie. Même si le projet prévoit d’en tenir compte, je ne vois pas comment il est possible d’éviter d’abîmer le milieu définitivement », explique Thierry Joumard, président de l’Adeo. Avec des espèces telles que le criquet des dunes, « le seul endroit où il a été observé en dehors du littoral », explique le responsable associatif, ou encore le scorpion languedocien.

    Une pétition contre le projet a également récolté plus de 2 000 signatures. Le risque d’inondation, d’incendie et d’effondrement est également pointé. « Il y a eu un feu sur la colline la semaine dernière. Mais le site se trouve aussi à flanc de falaise et le seul conduit qui doit évacuer l’eau, car c’est un bassin fermé, est en mauvais état », résume Christian Gastou.

  • L’Unicef de retour dans les Alpes-de-Haute-Provence

    L’Unicef de retour dans les Alpes-de-Haute-Provence

    « On ne pouvait pas laisser un département sans présence de l’Unicef, c’était indispensable de revenir dans le 04 », insiste Bruno Enjolras, président du comité territorial Alpes Provence et administrateur Unicef France. Faute de renouveau et de jeunesse, « il n’y avait plus d’activité bénévole dans le 04 » depuis plusieurs années. « On est liés à la capacité des personnes à se mobiliser », explique le président régional.

    L’association compte déjà une première bénévole et responsable de l’antenne de Digne, Julie Lakhlef, qui compte bien « défendre les droits de tous les enfants du monde entier » et « faire des partenariats avec des associations pour collecter des fonds ». L’Unicef a l’interdiction d’organiser des événements en son nom propre, et compte ainsi sur ses partenaires pour lui reverser des fonds.

    Dans le département, l’Unicef organisera notamment des sessions de sensibilisation dans les écoles ou encore les centres de loisirs pour informer les enfants concernant leurs droits, explique Julie Lakhlef. L’association peut par exemple initier les enfants au consentement.

    « J‘ai toujours été très investie dans la vie associative locale. J’ai par exemple donné des cours de français aux migrants », explique la bénévole, qui a suivi un cursus tourné vers l’international et a notamment déjà vécu en Chine. « On part de zéro, mais j’ai déjà mon réseau et ma connaissance du département », se réjouit la native de Digne. Quelques candidats se sont déjà manifestés pour être bénévoles aux côtés de Julie, selon Bruno Enjolras. L’association espère également créer des partenariats avec les Villes « pour qu’elles modifient leurs politiques publiques ». L’Unicef a déjà rencontré des élus de Digne, Manosque, Sisteron et Forcalquier.

  • L’État tente de faire rentrer les assos récalcitrantes dans le rang

    L’État tente de faire rentrer les assos récalcitrantes dans le rang

    Après dix ans de bons et loyaux services, le rideau s’est baissé pour l’Association recherche éducation action (Area), le 1er janvier dernier. Cette association, qui venait en aide aux personnes vivant dans les bidonvilles de Montpellier, notamment via un accompagnement social et éducatif et employait dix salariés, avait été placée en liquidation judiciaire en novembre 2025. Son tort ? « Il nous est clairement reproché d’avoir une position trop critique, c’est pour ça que nous sommes sanctionnés. Ça nous a été dit par les services de l’État à plusieurs reprises et ça nous a aussi été écrit », racontait Catherine Vassaux, ancienne administratrice d’Area, en novembre dernier, dans les colonnes de La Marseillaise.

    En effet, dans un courrier de septembre 2025, le Directeur départemental de l’emploi, du travail et des solidarités de l’Hérault reprochait à Area de se positionner « dans une posture critique des institutions à des fins d’amélioration continue de l’accompagnement des personnes en difficulté sociale sur les bidonvilles. Cette posture a amené à plusieurs reprises mes équipes à s’opposer à vos positions, depuis plusieurs années, tout en acceptant de continuer à financer la mission d’accompagnement au vu de vos résultats ».

    Un cas loin d’être isolé

    La préfecture a donc décidé de ne pas renouveler la convention la liant à l’association et les subventions ont été coupées. Tout comme les financements complémentaires de l’Europe, la Drac, la CAF et la Ville de Montpellier, mettant au passage les dix salariés sur le carreau. Pire, Area accompagnait 400 personnes, qui se sont retrouvées de facto seules, le temps qu’un nouvel opérateur pose ses bagages. Un cas loin d’être isolé, à en croire l’ancienne direction. « De plus en plus d’associations sont sanctionnées suite à des prises de position critiques. L’Observatoire des libertés associatives a rendu en juin [2025] un rapport qui révèle que 30% du secteur associatif a été sanctionné pour des positions qui ne convenaient pas à l’administration », faisait valoir Catherine Vassaux. En somme, une injonction à une prétendue neutralité.

    Ce risque de sanctions plonge les associations dans la crainte, pouvant mener à de l’autocensure. Or, selon une autre étude du même Observatoire, publiée cette fois-ci en février 2026, « cette autocensure produit une dépolitisation du monde associatif. Derrière ces injonctions à la neutralité, se joue en effet une bataille culturelle sur les frontières du politique. Faut-il concevoir les associations comme des auxiliaires du service public auxquelles il faudrait donc imposer le devoir de neutralité ou des actrices nécessaires et indépendantes du jeu démocratique ? La réponse à cette question à valeur de test pour la démocratie. » À l’aune de la présidentielle et d’un risque d’arrivée de l’extrême droite au pouvoir, ce débat est on ne peut plus primordial.

  • Malgré les coupes drastiques, la MJC de Monteux poursuit ses activités

    Malgré les coupes drastiques, la MJC de Monteux poursuit ses activités

    En début de semaine dernière, la Maison des jeunes et de la culture (MJC) de Monteux annonçait réunir en urgence un conseil d’administration suite à la coupe drastique de subventions par la nouvelle municipalité RN (notre édition du 10 juillet). La structure, qui propose entre autres des cours de langue, théâtre, danses ou dessins, a vu son aide passer de 45 000 à 5 000 euros.

    Réuni jeudi dernier, le conseil d’administration a décidé, pour l’heure, de ne rien changer et « de reconduire l’ensemble des activités proposées, dans les mêmes conditions tarifaires qu’aujourd’hui », annonce la MJC dans un communiqué. « Cette décision traduit la volonté de ne pas faire peser cette baisse de subvention sur les familles, notamment les plus modestes, et de préserver l’accès de tous aux activités de la MJC », poursuit l’association.

    Un choix rendu possible par une situation financière saine avec des fonds propres d’environ 130 000 euros. C’est paradoxalement cette manne conséquente qui est mise en avant par le maire Patrice de Camaret (RN) pour justifier la forte baisse, car, selon lui, la Ville doit soutenir les associations les plus fragiles financièrement. « La MJC tient à rappeler que ces réserves correspondent à environ six mois de trésorerie d’avance, un niveau conforme aux bonnes pratiques de gestion pour une association employeuse, et une condition explicitement exigée par ses partenaires financiers, dont la CAF, pour garantir la pérennité de ses financements », précise l’association fondée en 1964.

    Si ce premier coup peut être amorti, il y a de quoi être inquiet à l’avenir après « cette décision intervenue sans concertation préalable qui déséquilibre et fragilise notre modèle économique », relève la MJC tout en « affirmant sa pleine disponibilité pour engager un dialogue constructif ».

  • [Entretien] Erwann Favre : « Les assos ne sont pas shootées à la subvention »

    [Entretien] Erwann Favre : « Les assos ne sont pas shootées à la subvention »

    La Marseillaise : Qu’est-ce que
    le Mouvement associatif ?

    Erwann Favre : C’est la tête de pont des associations dans leur diversité. On va s’occuper de tout ce qui est commun à l’ensemble des assos, quel que soit leur secteur : modèle économique, bénévolat, engagement, dialogue civil, etc. Il y a deux cordes à notre arc. La première, c’est la représentation des associations auprès des pouvoirs publics pour tenter de faire en sorte qu’ils comprennent ou anticipent le mieux possible les conséquences de leurs décisions. La deuxième mission, c’est de conseiller, informer et accompagner les acteurs associatifs dans la région. Au niveau de l’Occitanie, à peu près une asso sur deux est représentée par le mouvement asso via nos membres.

    Quelle est la situation du secteur associatif ?

    E.F. : Depuis une vingtaine d’années, on a un glissement de la relation entre les assos et les acteurs publics. On était à peu près à 40% de subventions dans le modèle économique des assos et aujourd’hui, on est à moins de 20% du financement public. On est très loin de l’image d’Épinal d’associations shootées à la subvention et soutenues à bout de bras. Si on parle en volume au national, les aides publiques aux assos, c’est à peu près 40 milliards d’euros. Les aides publiques aux entreprises, c’est entre 210 et 250 milliards d’euros. Bref, on assiste à un désengagement de la puissance publique. On est donc allé chercher des financements ailleurs : auprès des bénéficiaires, des usagers et des entreprises privées via le mécénat ou les dons. Le mécénat est assez stable depuis 20 ans, on est entre 4 et 5% du modèle économique des assos au niveau national.

    Malgré ça, l’engagement bénévole et l’emploi associatif sont en augmentation. Avec deux exceptions : la crise Covid et ce qui se passe depuis un an et demi maintenant. On constate une très forte dégradation des financements associatifs avec des coupes budgétaires au niveau national mais également des collectivités qui ont répercuté ces baisses sur le monde associatif. Cette année, comme tous les budgets ne sont pas encore votés, notamment les BOP, les budgets opérationnels de programmation, donc on ne sait toujours pas ce que vont recevoir les assos de certains secteurs d’activité. Il y a un pilotage à vue. En région, en 2024, il y avait à peu près 176 000 salariés dans le secteur associatif. Les premiers chiffres font état d’une baisse qui devrait se situer entre 1 500 et 3 000 emplois perdus.

    Existe-t-il des risques de disparitions d’associations ?

    E.F. : On assiste à une augmentation importante du nombre de défaillances dans notre région qui a doublé une première fois entre 2023 et 2024 puis une nouvelle fois entre 2024 et 2025. Donc il est évident que des structures vont être liquidées. Ce n’est pas forcément un problème économique pur, c’est qu’il n’y a pas eu d’anticipation de la part de la puissance publique. L’association est au pied du mur et elle n’a pas les moyens de licencier les gens, donc c’est la liquidation.

    Existe-t-il une crise du bénévolat ?

    E.F. : Alors oui, mais elle est travestie. Il faut arrêter de dire que les Français ne s’engagent pas, sont individualistes et ne pensent qu’à eux. L’engagement progresse. Il y a un habitant sur deux qui est membre d’une asso en France. C’est énorme. Le bénévolat augmente dans notre pays, y compris chez les moins de 35 ans et les plus de 65. Ce sont les deux classes d’âge qui, proportionnellement, s’engagent le plus. On peut parler de crise du bénévolat de gouvernance. Ce sont des administrateurs, des membres des CA, des membres des bureaux, des présidents, trésoriers. En fait, piloter, gouverner, diriger une association aujourd’hui employeuse, c’est être chef d’entreprise, on a les mêmes obligations légales. Donc quand vous êtes chef d’entreprise bénévole et qu’il y a une succession de crises à affronter, ça veut dire que vous donnez énormément de votre temps et que la satisfaction que vous aviez de trouver dans la réalisation de votre engagement n’est plus là. Et c’est épuisant.

    L’arrivée de l’extrême droite à la tête de mairies s’est traduite par une baisse des subventions de certaines assos. L’ennemi du secteur associatif ?

    E.F. : Il est certain qu’on a des groupes politiques qui sont plus ou moins dans un esprit de coopération et de financement d’associations, quelles qu’elles soient. Pour le RN, une asso ne peut pas être politique. Pour nous, une asso qui n’est pas politique, elle n’a rien à faire sous statut associatif. Une asso a une vision du monde et elle va faire ce qu’elle peut pour mettre en place sa vision de la cité. Et donc, les élus du RN, globalement, il y a des sujets sur lesquels ils votent systématiquement contre les subventions à certaines assos : celles qui aident, qui fournissent un service ou qui accueillent des populations étrangères (accueil de jour, les Cada, les assos qui font du français langue étrangère). Tout ce qui est droits des femmes et des familles, contre les violences sexuelles, tout ça c’est pareil, c’est supprimé. Et je ne parle même pas de la Ligue des droits de l’Homme. Mais ça se voit aussi dans d’autres mairies qui ne sont pas RN. La LDH s’est fait virer de ses locaux à Toulouse par [le maire DVD] Moudenc. On sent que les politiques se recentrent sur ce qu’ils faisaient il y a une cinquantaine d’années, un retour en arrière où si tu n’es pas d’accord avec ma politique ou que tu me critiques, je ne te finance plus.

    Justement, ce contexte d’austérité n’est pas une justification pour s’en prendre aux associations critiques, notamment via le contrat d’engagement républicain ?

    E.F. : Ce qu’on défend le plus collectivement au Mouvement associatif, c’est notre vision démocratique de fonctionner dans notre pays et donc quelque part c’est le droit à la critique, on a le droit de ne pas être d’accord et de l’exprimer tant que c’est étayé. Or, le contrat d’engagement républicain est un formidable outil pour permettre à n’importe quel autocrate, quel qu’il soit, de dissoudre n’importe quelle association. Il est complètement passé à côté de sa cible originale qui était lutter contre le séparatisme puisque des lois existent déjà pour ça. Il permet de rendre responsable une asso et son président pour des propos tenus par ses adhérents, y compris quand ils ne sont pas mandatés par l’asso. Donc en fait, si demain il y a une autocrate, un Trump qui arrive au pouvoir, il a un outil clé en main pour bâillonner la plupart des assos dans notre pays, en tout cas toutes les assos qui ne seront pas d’accord avec la politique publique menée par l’acteur public qu’elles ont en face d’elles. Il y a une crainte de plus en plus forte de voir s’éteindre la voix des assos ou de restreindre la liberté d’association.

  • Recycler pour aider, l’ambition de l’association Ramh

    Recycler pour aider, l’ambition de l’association Ramh

    Depuis une demi-décennie, l’association Relais d’aides matérielles aux handicapés (Ramh) prend part au Mondial La Marseillaise pour mener à bien sa mission : récolter les déchets, les recycler et verser les bénéfices aux personnes en situation de handicap. « Il y a 22 ans, quand j’ai créé l’association, nous avons démarré par le recyclage de bouchons ou couvercles en plastique, retrace Jean-Philippe Jaen, président de la structure. Aujourd’hui, nous avons élargi à tous les types de bouchons : plastique, métal, liège, couvercles de pots de confiture… On recycle aussi les radiographies médicales, les cartouches d’encre, et même l’informatique, que l’on réadapte ». Le principe : revendre les objets récupérés et utiliser les gains pour aider « toute personne non valide, c’est-à-dire handicapée par sa santé dans son quotidien, qu’il s’agisse d’un handicap moteur, d’une maladie mentale ou autre », détaille le président. Et le format des aides proposées est très variable : certaines sont « spécifiques », comme celle fournie chaque année à l’Institut Paoli-Calmettes, centre de traitement du cancer à Marseille (9e), ou plus ponctuelles, proposées à des particuliers. « À titre d’exemple, nous avons récemment aidé un couple de jeunes parents en fauteuil roulant à financer un lit adapté pour qu’ils puissent s’occuper de leur nourrisson », détaille Jean-Philippe Jaen.

    L’occasion d’une grande récolte

    Au départ, seulement présente pour le Mondial des femmes, l’association a depuis deux à trois ans élargi son niveau d’implication pour devenir « presque sponso » de l’AJCM, structure à l’origine de l’organisation du Handi Mondial à Pétanque. « On finance une grande partie des tee-shirts », détaille le président.

    Les six jours d’événement sont aussi bien sûr l’occasion de récolter de quoi recycler. Lundi après-midi, Ramh en était à 120kg de bouchons.

  • Au cœur de la Pride, entre fête et revendications

    Au cœur de la Pride, entre fête et revendications

    Drapeaux LGBT, pancartes, paillettes… Des milliers de personnes se retrouvent sur la place Castellane, dans le 6e arrondissement, samedi après-midi, pour la Pride marseillaise. Organisée par un comité de pilotage inter-associatif réunissant une quarantaine de structures, elle a rassemblé plus de 40 000 personnes, selon les organisateurs.

    Sur la place, Mila, 17 ans, attend une amie, pancarte à la main. C’est la première fois qu’elle participe à une Marche des Fiertés. « Je suis lesbienne, c’est important pour moi de montrer qui je suis et de défendre mes droits », exprime la lycéenne. Un peu plus loin, Tatiana, une Finlandaise de 26 ans, est attentive au départ du cortège. « La Pride compte beaucoup pour moi, j’ai été victime de transphobie et d’homophobie. C’est ma famille. Tout le monde peut te rejeter, ta famille peut te rejeter, mais dans la communauté LGBTQIA+, personne va te rejeter. On s’aime », témoigne l’esthéticienne.

    « Un courant réactionnaire revient »

    Derrière Tatiana, Nicolas et Daniel, tous deux quinquagénaires, observent la foule. « C’est un moment important, surtout en ce moment. Un courant réactionnaire revient, c’est important de s’affirmer et de défendre nos droits », soutient Nicolas, informaticien.

    Quelques minutes plus tard, un fumigène éclate et des cris de joie retentissent. C’est le grand départ. Sur son long char, le collectif Cagole Nomade enchaîne les performances de drag-queens devant une foule enthousiaste. Entourée de ballons blancs et roses, une DJ donne le rythme.

    De son côté, l’association marseillaise de soul brésilienne, Bloco Da Lili, fait danser les participants. Entre les tambours et les musiciens, le célèbre danseur et chorégraphe brésilien Gustavo Siqueira se déhanche dans la rue de Rome, sous des yeux ébahis et un soleil brûlant.