Tag: artiste

  • Lee Ufan investit le Palais des Papes avec « Relatum »

    Lee Ufan investit le Palais des Papes avec « Relatum »

    Du 3 juillet au 15 novembre 2026, le Palais accueille « Relatum », installation « exceptionnelle » de l’artiste contemporain sud-coréen Lee Ufan. Invité « par la Ville », ce maître international proposera une immersion entre art, architecture et spiritualité au cœur du monument. Figure majeure de l’art minimal et conceptuel, Lee Ufan explorera la relation entre matière et espace. Dans la Grande Chapelle, plus de 60 tonnes d’ardoise déployées sur 650m² vont dialoguer avec le lieu, tandis que plusieurs créations inédites investissent cloîtres et chapelles. L’exposition révèlera « la force des interactions entre nature, objet et environnement ». Une expérience sensible et méditative, conçue comme « la respiration de l’infini », qui s’inscrit dans le 140e anniversaire des relations franco-coréennes.

  • Le phénomène Jul embarque les foules

    Le phénomène Jul embarque les foules

    Ces vendredi et samedi soirs, Jul, l’artiste le plus vendeur de France après Johnny Hallyday, enflammera le Vélodrome, après deux représentations données au Stade de France les 15 et 16 mai derniers. Les concerts proposés dans la célèbre enceinte phocéenne, en 2022 puis en 2025, avaient déjà remué la ville, des Goudes aux Aygalades.

    L’an dernier, l’intégralité des billets s’était vendue en seulement 35 minutes. Pour cette édition 2026, les stocks étaient quasiment épuisés dès la prévente, en novembre dernier. Environ 100 000 personnes seront présentes, au total, pour chanter sur les sons de l’icône de la cité phocéenne.

    Un engouement massif partagé par Enzo, 22 ans. Fan « depuis 2015 », propriétaire des « 25 albums en physique », il sera présent ce vendredi. Il s’agira de son quatrième concert de Jul. Depuis cette semaine, Marseille bat au rythme de cet événement. Des bars organisent des soirées « 100% Jul », les voitures diffusent les musiques de l’artiste à plein volume – encore plus que d’habitude -, et des passants, sur le Vieux-Port, arborent des vêtements siglés d’Or et de Platine, la marque du rappeur.

    À cette ferveur collective se mêle un autre son : celui du roulement des valises des fans venus de toute la France. Audrey, 30 ans, aide-soignante, et Tito, 19 ans, plombier, sont Nantais. Ils ont fait le déplacement en famille, loué un Airbnb, et déboursé « 170 euros chacun pour une place en pelouse ». Un budget conséquent, assumé sans hésitation : « C’est pour Jul ! »

    Elisa, 30 ans, est cheffe de projet image pour une marque de parfum parisienne. Elle vient à Marseille pour assister à un concert de Jul dès que l’occasion se présente. « Jul, c’est une icône de la ville », dit-elle simplement. Martin, 25 ans, professeur des écoles venu lui aussi de Paris, vivra son deuxième concert, ce vendredi. Après le Stade de France, l’an passé, il a choisi le Vélodrome pour une raison précise : « Les tribunes du stade sont toutes couvertes, donc niveau son, ça peut rendre quelque chose de plus impressionnant. » Luna, 25 ans, photographe et directrice artistique, est également Parisienne. Elle évoque une autre motivation : « Les fans ici sont plus impliqués, l’ambiance est meilleure et Jul est chez lui, donc il est plus à l’aise. »

    Un peu plus loin, sur le Vieux-Port, Valentin, 31 ans, vétérinaire belge, incarne une autre dimension du phénomène : celle qui traverse les frontières. « On écoute Jul partout. On vient pour l’expérience, pour le découvrir et comprendre le buzz et la mouvance autour de cet artiste. Quand je pense à Jul, je pense à Marseille. » Karine, 48 ans, est « venue du Luxembourg accompagner » ces filles adolescentes. Le concert représente aussi une « occasion de visiter la ville ».

    Marseillais

    devenu mondial

    Mélissa, étudiante en philosophie, elle, n’a pas pu se payer une place. « Il a commencé avec des albums gratuits à télécharger en MP3 et maintenant, il ne fait pas de tournées et les billets sont trop chers », juge-t-elle.

    Ce qui réunit tous ces visages si différents, c’est peut-être ce qu’exprime Alexis, Parisien de 25 ans, avec simplicité : « C’est un événement, c’est plus que de la musique. C’est aussi le personnage qui nous plaît. Il est entier, transparent et simple. Il représente tous les jeunes. On arrive tous à s’identifier à ce qu’il raconte. » Jul ne rassemble pas un public, mais des dizaines, tous horizons confondus.

    Enzo résume parfaitement ce phénomène marseillais né il y a plus de 12 ans : « Une fois que t’es tombé dans Jul, tu peux plus en sortir. Il a créé son propre style et c’est pour ça qu’on l’aime autant et qu’il vend autant. »

    L’Office de tourisme de Marseille, lui, a mesuré une hausse de 26% des nuitées lors des week-ends de concerts. Jul n’est donc pas qu’un phénomène musical : il est devenu un véritable levier touristique et économique pour sa ville.

    Police et RTM au taquet

    Préfecture de police et régie des transports s’adaptent à l’affluence pour le concert de Jul. La RTM propose un service renforcé sur les deux lignes de métro dès 16h et prévoit une fermeture temporaire de la station Périer dès 23h15, vers Gèze. Elle ne va pas desservir plusieurs arrêts des lignes de bus B1, 15/15S, 17, 22/22S, 23, 44, 45, 41 et 72. Côté police, la préfecture prévoit « un dispositif conséquent (…) dès 11h et jusque tard dans la nuit ». Avec notamment « plusieurs unités de forces mobiles » en plus des effectifs locaux, des équipes de la mission Sentinelle…

    A.B.

  • L’artiste qui défie la gravité honoré au Théâtre Liberté

    L’artiste qui défie la gravité honoré au Théâtre Liberté

    Avant de retracer la carrière de Damien Droin, Charles Berling a tenu à lire quelques phrases de la philosophe Simone Weil tirées de La pesanteur et la grâce, ce qui ne pouvait pas mieux tomber pour célébrer l’artiste voltigeur.

    « Tous les mouvements naturels de l’âme sont régis par des lois analogues à celles de la pesanteur matérielle. La grâce seule fait exception », commence-t-il. Et de poursuivre : « Ça correspond tellement à ce que fait Damien, même dans un monde parfois bousculé par tellement de chaos et tellement d’horreurs. »

    Puis, il évoque son parcours, commencé à 5 ans avec ses deux parents dans l’école de cirque de son père. Sa mère est conteuse, apprend-on également. « Il a tout de suite été éveillé à comment faire de l’art, comment trouver la curiosité nécessaire à regarder le monde », précise le directeur du Théâtre Liberté.

    Né à Hyères, poussé par une soif de liberté, de conquête et d’aventure, il part à l’âge de 16 ans à Paris. Champion de France de trampoline, discipline dans laquelle il se sent très vitre trop à l’étroit, il découvre la danse, « ce que c’est que d’animer son corps avec de l’art, d’animer son corps avec des sentiments ».

    Célébré à l’international avec sa compagnie Hors Surface, c’est à Toulon qu’il est revenu faire rayonner son art. Il explique : « Depuis toujours, j’avance les yeux grands ouverts vers l’avenir, avec une étrange sensation d’être animé par deux forces : l’envie de partir et le besoin de revenir. Je viens de Toulon, une ville qui m’a vu grandir et que j’ai quitté pour me nourrir de musique, de danse, de théâtre. Et j’ai décidé d’y revenir pour implanter mon identité artistique, ma compagnie, ici. »

    Josée Massi lui a rappelé en souriant l’adage : « Qui perd Toulon perd la raison ! »

  • Julien Clerc en ouverture de l’été Marseillais

    Julien Clerc en ouverture de l’été Marseillais

    Depuis six étés maintenant, la Ville de Marseille organise son festival estival qui rassemble des centaines de milliers d’habitants et de touristes, fans de rap, électro et house ou simples curieux. Des artistes francophones et internationaux défileront sur le Vieux-Port du 3 juillet au 1er août. Une 7e édition qui confirme les ambitions de ce rendez-vous incontournable avec de belles têtes d’affiche invitées sur scène.

    Des artistes reconnus

    Dès l’ouverture ce 3 juillet, le festival débutera par un concert de Julien Clerc, icône de la chanson française, auteur de véritables tubes tels que Fais-moi une place ou Ma préférence. La chanteuse Blandine complétera le show d’ouverture. Le festival n’est pas seulement un spectacle musical, il célèbre le mois des fiertés avec une soirée Pride organisée le 4 juillet. Les célèbres Drag Queens Mami Watta et la Marseillaise Ruby on the Nail assureront le show, accompagnées par le groupe de pop, Yelle.

    La musique électronique sera mise à l’honneur au fil du mois avec des artistes reconnus comme Sébastien Tellier (10/07), Myd et Cassius (11/07), ou encore Folamour (17/07). La danse sera aussi représentée avec de nombreux spectacles, avec notamment, le 25 juillet, la représentation du spectacle 360, de Mehdi Kerkouche, qui mêle chorégraphie et énergie de concert, portée par Lucie Antunes, et une scénographie d’Emmanuelle Favre. Ce même 25 juillet les amateurs de musique urbaine pourront assister au show de l’étoile montante Jungeli qui sera présent au Vieux-Port pour enflammer la scène. Artiste qui a notamment participé à la célèbre émission Danse avec les stars et auteur du hit de l’été 2024 Petit Génie.

    La 7e édition de l’Été Marseillais se déroulera du 3 juillet au 1er août. Programmation disponible sur le site de la Ville et les réseaux sociaux de l’Été Marseillais.

  • Claude Luca signe l’affiche du 65e Mondial à pétanque

    Claude Luca signe l’affiche du 65e Mondial à pétanque

    «Au Mondial, il n’y a pas de séparation sociale, tout le monde est à côté, les gens se parlent sans savoir qui ils sont. C’est un lieu de fraternité spontané et je trouve ça magique », insiste Claude Luca ce matin-là, pinceau en main dans son atelier. Qui d’autre que lui, fidèle des allées de Borély où il croque depuis des décennies les parties et surtout l’ambiance, pouvait réaliser l’affiche de l’édition 2026. Une manière surtout de renouer avec une tradition initiée en 1985 avec Henri Maillot.

    Le jeu de boules fait partie de l’enfance de Claude Luca, prétexte à retrouvailles dans la cour entre voisins pour tromper l’angoisse d’un pays en guerre. « La pétanque nous unissait, pour moi c’est resté un symbole », se souvient-il. Et c’est tout naturellement qu’à peine rentré de l’armée, Claude part peindre le Mondial. « Les gens me disaient : oh peintre, c’est bien ce que tu fais. J’étais pris par le jeu, l’ambiance, cette simplicité relationnelle. Comme une poésie de l’humain. » Cette expérience, l’octogénaire d’aujourd’hui, avoue s’en nourrir encore toute l’année.

    Claude Luca l’affirme tranquillement, « ce mondial La Marseillaise a donné ses lettres de noblesse à la pétanque ». Et comme piqûre de rappel, il n’en rate aucun chaque premier week-end de juillet. Les années ont passé, et ce talentueux illustrateur munit de son chevalet et aidé de son assistante Laure, a trouvé sa place au cœur de l’événement. Jusque dans le stade d’honneur où, il exerce dorénavant son art et livre un souvenir unique de ce concours « vraiment pas comme les autres ».
    « Moi je veux surtout défendre ça. Je ne suis pas fort en pétanque mais l’humanité qu’elle en dégage, c’est ma nourriture », insiste-t-il. Marseille ne manque pourtant pas d’objets fédérateurs. Pour exemple la mythique partie de carte de Pagnol.

    « Être ensemble »
  • Yoa : « Pour moi, l’art est toujours politique »

    Yoa : « Pour moi, l’art est toujours politique »

    La Marseillaise : Vous êtes en tournée depuis plus d’un an pour votre album « La Favorite ». Cela vous plaît-il toujours autant de monter sur scène ?

    Yoa : Bien sûr, monter sur scène c’est la continuité de l’écriture, de la composition, donc ça me plaît beaucoup. On finit en août la tournée, avec les festivals de cet été. Ces mois qui viennent de passer en tournée, c’était vraiment très intense. On a eu énormément de dates, on en a parlé hier avec mon équipe, je crois que j’ai fait une centaine de dates. Donc oui, c’est quand même conséquent, je me rendais même pas compte qu’on en avait fait autant. Mais même si le rythme est très soutenu, c’est tellement génial.

    Vous serez sur scène
    à Aix-en-Provence samedi prochain. Connaissez-vous la région
     ?

    Yoa : Je connais un peu ce coin-là, mais de toute façon, passer dans le sud, c’est trop cool. Je sais que j’adore ce public, quand je viens autour de Marseille je n’ai presque plus besoin de chanter. J’ai vraiment hâte de venir.

    « La favorite » est votre premier album, après plusieurs EP et singles. Comment s’est-il construit ?

    Yoa : L’album s’est construit assez traditionnellement, j’avais fait des EP avant et je savais que c’était dans la continuité de ce que je faisais de sortir cet album. Alors j’ai juste continué à écrire, assez naturellement, sur des choses qui m’étaient très intimes. La création de l’album s’est étendue sur environ deux ans, entre les premiers morceaux que j’ai sortis qui sont dans cet album et ce que l’album est devenu une fois terminé.

    Donc c’était un processus assez long. Entre les deux j’ai changé d’équipe, de personnes avec qui j’avais l’habitude de travailler donc je pense que j’ai beaucoup grandi pendant la création de cet album.

    Vous parlez de sujets intimes, tels que la rupture amicale, les relations amoureuses. Pensez-vous que la musique permette de s’exprimer sur des thématiques intimes pour partager son expérience ?

    Yoa : Oui complètement, je pense que c’est même le but de s’exprimer sur des sujets intimes mais qui sont finalement très universels. Donc j’ai écrit sur mon intimité, sur moi, sur mes expériences, sur ma vie. En tout cas, partager son expérience c’est ce que j’essaye de faire, et c’est ce que je fais.

    Comment est arrivée la musique dans votre vie et pensiez-vous qu’elle aurait une telle place ?

    Yoa : J’ai toujours aimé faire de la musique, depuis petite. Et puis pendant le Covid, au départ je cherchais juste à ne pas m’ennuyer. Alors pour passer le temps, j’écrivais un peu, et finalement ça a grandi, petit à petit. En cinq ans, six ans maintenant, ça a continué à grandir. J’espérais que ça allait marcher mais je ne me doutais pas du tout que ça irait jusque-là. C’est des choses qui paraissent tellement énormes que je ne me suis jamais permise de penser à ça. C’est trop bien que ça en arrive là mais je ne m’étais jamais dit qu’un jour je ferai plein de dates, que je remporterai une Victoire de la Musique. C’était des choses qui m’attiraient mais que je n’espérais pas.

    Cet été, vous avez annulé votre participation au festival des Francofolies de Spa, reconnaissant une programmation en désaccord avec vos « convictions sociales, politiques et humanistes ». Pensez-vous que l’art soit politique ? En tant qu’artiste, est-il important pour vous de vous positionner ?

    Yoa : Oui complètement. De toute manière, quand on parle de son intimité, on fait de la politique, à partir du moment où on n’est pas dans les clous de la société, c’est-à-dire qu’on n’est pas blancs, qu’on n’est pas un homme… Même si évidemment, je pense qu’il n’y a pas besoin de ça pour se positionner, mais forcément, ce sont aussi des choses qui jouent. Donc oui, pour moi l’art est toujours politique.

    Vous étiez nommée dans la catégorie « Révélation féminine » des Victoires de la Musique, en 2025. Quels sont les points positifs de cette nouvelle scène musicale en France ?

    Yoa : Pour moi, c’est une vraie joie de faire partie de cette génération, qui est belle, qui est digne, qui est très courageuse, et qui s’engage ensemble pour ne plus reproduire des schémas un peu patriarcaux du passé, dont on ne veut plus. Donc c’est vraiment agréable pour moi d’évoluer là-dedans. Je pense qu’on peut parler de tout, qu’il y a une liberté créative. J’ai l’impression qu’il y a de la place pour tout le monde. Ça fait du bien.

    Des places sont encore disponibles pour le concert d’Aix-en-Provence, avec un tarif normal à 25€ et un tarif réduit à 23€. Des places à 28€ sont aussi disponibles pour Montpellier. La billetterie est accessible via : https://tix.to/yoa_tour

  • Entre deux réveillons, le marché entretient la magie

    Entre deux réveillons, le marché entretient la magie

    Ambiance de lendemain de réveillon au marché de Noël de Marseille, ce jeudi. Le 25 décembre était férié mais pas pour tout le monde. Si quelques chalets ne sont pas ouverts, une très grande majorité se dévoile aux passants. En famille, en couple, entre amis, tous déambulent par grappe avec gourmandise et curiosité. Certains prennent des photos, se filment ou font la queue pour se ravitailler avec un bretzel ou une tartiflette.

    « Ce n’est pas la foule des grands jours mais il y a du travail », glisse un agent de la sécurité posté à l’entrée, juste après l’immense sapin trônant en bas de la Canebière. À l’autre bout de l’allée marchande, à hauteur du Monoprix où une artiste de rue dont Marseille a le secret, ambiance le secteur avec une chanson de Mariah Carey, Julie tient le chalet Lueur florale.

    De très loin comme

    du bout de la rue

    « C’est assez calme aujourd’hui mais le marché se passe bien, il y a du monde, une bonne ambiance, je sens que les gens sont plus dans l’ambiance de Noël que l’an passé », apprécie la créatrice marseillaise. Pour la deuxième année, elle vend ses bougies végétales fleuries qu’elle conçoit avec des fleurs séchées dans de petits pots en béton, qu’elle même fabrique.

    Un peu plus bas, un couple est penché sur des foulards en cachemire de la créatrice Une indienne en Provence. En face, des poupées russes attirent les regards et arrêtent les badauds. Juste à côté, Amandine vend des chocolats en trompe-l’œil. Ils sont « réalisés à partir d’une fève de cacao à 65%, moulés et poudrés pour un maximum de réalisme ». D’ici la fin du marché programmée le 4 janvier, ses coffrets « passion ou métiers » sont vendus « deux pour le prix d’un », glisse la vendeuse.

    Bernard, habitant de Montolivet (12e) y reconnaît un cadeau acheté par sa femme pour un ami, quelques jours plus tôt. « C’est très original », note le fringant septuagénaire qui en vieillissant se plaît à redécouvrir le goût des traditions : « Cette année j’ai acheté mes premiers santons sur le marché du Vieux-Port. Je trouve ces endroits très fédérateurs, l’ambiance est légère et ce centre-ville sans voiture est très apaisant, on ne sent pas de tensions. »

    Un peu plus loin, le chalet L’arbre à papa propose les créations végétales d’une artiste des Pennes-Mirabeau. Sophie est préposée à sa tenue en ce 25 décembre. C’est sa première à Marseille. Si elle aurait apprécié comme d’autres que le marché ait la forme d’une placette plutôt que d’une simple allée passante, elle apprécié son côté melting-pot. « Le marché de Marseille est très diversifié, on parle toutes les langues de l’italien au japonais, il y a beaucoup de touristes, c’est très sympa, on prend le temps d’échanger avec tout le monde », note-t-elle.

    « I’m just looking », lance justement une touriste avec ce qui ressemble à un accent Russe, sur le stand d’en face. C’est celui de Jean-François. Lui habite à Châteauneuf-les-Martigues où il fabrique des « bijoux en acier inoxydable au goût du jour », avec le signe Jul, Notre-Dame de la Garde, la ville de Marseille… Il participe au marché de Noël de Marseille depuis quatre ans. Si lui a moins bien vendu cette année, il apprécie aussi l’ambiance avec ces clients venues des quatre coins du monde.

    « Il y a à la fois des gens qui viennent de très loin et des gens du bout de la rue, c’est ce qui est vraiment intéressant », reprend Elsa, calée derrière le comptoir du stand 22. L’association Ravages, installée à l’année entre la Plaine et le cours Ju’, s’est pour la première fois délocalisée sur le marché de la Canebière. Trois artistes, photographe, illustrateur et créateur y vendent leur production.

    « Beaucoup de monde est passé, c’est très enrichissant, on a pu discuter de notre travail axé sur les questions environnementales, de fabrication locale, à la main, en matière recyclé », apprécie la jeune photographe. « Ça nous permet de nous ouvrir, c’était notre but en venant ici et le résultat est plutôt chouette. »

  • Charles Berling : « La scène nationale doit rester un service public »

    Charles Berling : « La scène nationale doit rester un service public »

    La Marseillaise : Après 15 années passées à Châteauvallon, vous avez décidé de prendre votre retraite. Qu’est-ce qui a motivé cette décision ?

    Charles Berling : Je pense que 15 ans c’est bien. Cela fait très plaisir d’avoir construit quelque chose, mais il est temps de passer la main. C’était en même temps une grande joie et une charge, avec plein de devoirs. Je n’étais pas directeur avant, je ne le serai pas après. Je veux continuer ma carrière artistique, ce qui était le deal au départ, même s’il a parfois fallu faire des choix. Je retourne à ma liberté, car quand on dirige une scène nationale, on a une responsabilité publique et sociale très forte. Quand on est artiste aussi, mais ce n’est pas la même chose. Je ne suis pas pour la direction à vie. Je crois qu’en démocratie, il faut que le pouvoir tourne.

    Quel bilan tirez-vous de votre gouvernance ?

    C.B. : On a commencé en 2010, on a créé le théâtre Liberté. On est devenu scène nationale en 2015, sous la direction de Christian Tamet. Je suis très heureux et fier, d’avoir noué une relation de confiance avec un large public. D’avoir participé à une sorte d’émancipation de la métropole toulonnaise, qui l’a vue sortir de son enclave entre Marseille et Nice depuis les années 2000. Et je suis très heureux d’avoir bâti, avec la soixantaine de personnes qui composent l’équipe, une hiérarchie plus horizontale qu’habituellement. Cette équipe est autonome, responsable, passionnée. Je suis également très heureux d’avoir été vers tous les publics, dans les quartiers, d’avoir rempli ce qu’est la signature d’un service public. On a aussi lancé le festival LGBT+ « In&Out », qui a ramené la gay pride à Toulon. J’ai connu Toulon il y a longtemps. C’était un désert culturel, on allait à Marseille, Avignon… Aujourd’hui, ce n’est plus le cas.

    Si vous ne deviez conserver qu’un souvenir, lequel serait-ce ?

    C.B. : Ce serait dommage de n’en garder qu’un, mais je dirais l’inauguration du théâtre Liberté, avec Fanny Ardant, le ministère de la Culture, Falco… Fanny m’avait dit : « La première chose que tous ces officiels vont faire, c’est regarder du théâtre et écouter Marguerite Duras. » Ça me restera, c’était une très belle inauguration, un très beau souvenir. Mais on en a tellement, un magnifique festival d’été, les 60 ans de Châteauvallon, avec le film réalisé par des enfants. Pour moi, la jeunesse d’aujourd’hui doit imaginer les 60 ans à venir de Châteauvallon-Liberté. Ça m’a bouleversé, et je crois que c’est ce qu’il faut que nous fassions plus dans la société : croire en les enfants.

    Comment voyez-vous en l’avenir pour Châteauvallon ?

    C.B. : Dans des lieux où on fait du spectacle vivant, on peut faire du business. Mais la première chose, c’est qu’il faut qu’une scène nationale reste un service public, vecteur de lien social. Elle ne doit pas rentrer dans la violence du mercantilisme et du business. Avoir fait de la culture un service public, c’est l’exception culturelle française. À l’heure des réseaux sociaux, il est fondamental que nos lieux fassent la différence, car ce n’est pas du virtuel. Je veux que Châteauvallon-Liberté continue de se développer dans cette relation magnifique entre ville et campagne, mais au sein d’un service public. Il ne faut pas vendre son âme, il ne faut pas vendre Châteauvallon. Et aussi la Cité des sciences et de la Nature. On a besoin de marier les arts, les sciences et le soin de la nature. Châteauvallon doit rester au cœur de cette ambition, et que des jeunes s’en emparent pour continuer de défendre ce supplément d’âme, non pas comme un business mais comme un bien commun.

    L’avenir de la culture est menacé, avec des financements en chute libre et un mouvement réactionnaire qui vise à le défaire. Êtes-vous inquiet ?

    C.B. : Oui, car quelque chose de très irrationnel se produit. Des gens votent pour des politiques qui les arnaquent totalement. C’est un rapport au totalitarisme qui est délirant pour moi. Je ne comprends pas comment les Américains pauvres peuvent faire confiance à Trump, alors qu’ils sont en train de se faire voler comme le dit Robert de Niro. C’est pareil en France avec le RN, qui prétend s’appuyer sur le populaire, le social, mais qui est soutenu par des Bolloré, des Stérin, qui manipulent avec de l’information abominable. C’est comme un torrent de boue qui nous arrive dans la gueule (sic) et on a nos petits canoës pour essayer de remonter le courant. Mais en même temps, quand on mène des événements participatifs, et qu’on voit cette population française très diversifiée qui a la volonté de raconter la nation ensemble, ça donne du baume au cœur. Certaines chaînes TV font de la désinformation à dessein, ou en tout cas appuient sur les mêmes boutons à des fins électorales. La population est beaucoup plus unifiée et forte qu’on le dit. Mais il y a à nouveau un affrontement direct entre des forces réactionnaires, fascistes, et des forces progressistes. Il faut se battre de façon positive en essayant de bâtir ensemble.

    Quels sont vos projets pour les années à venir ?

    C.B. : Je suis Varois, Toulonnais, je vais continuer à l’être. Je vais continuer de traîner par là dans les deux ans qui viennent, y compris au théâtre, puisqu’on a produit des spectacles qui tournent beaucoup. Après, je vais pouvoir tourner un peu plus au cinéma et à la télé mais je vais travailler et rester dans la région tant que je le pourrai. Ce n’est pas une rupture, même si je laisse la place à d’autres pour la direction, en espérant que ce sera quelqu’un qui continuera à respecter le passé de l’institution, pas un Bolloré (rires).

  • [Entretien] Céline Laudin : « Chaque amateur d’art voulait un Ziem dans sa collection »

    [Entretien] Céline Laudin : « Chaque amateur d’art voulait un Ziem dans sa collection »

    La Marseillaise : Qui était Ziem ?

    Céline Laudin : Félix Ziem est un peintre du XIXe siècle qui est né en Bourgogne, à Beaune, et qui est mort à Paris à l’âge de 90 ans. Il est plutôt autodidacte. Il fait des études d’architecture aux Beaux-Arts de Dijon où il est très doué. Il doit partir ensuite à Paris avec l’obtention d’une Bourse mais un problème au niveau de son comportement fait qu’il ne peut pas s’y rendre. Il décide de partir rejoindre un membre de sa famille qui travaille alors dans les abords de Marseille à la construction de l’aqueduc de Roquefavour. Il arrive sur ce chantier, et il commence à faire des croquis en plein air de la campagne environnante. Le duc d’Orléans arrive, voit ses croquis et lui achète. Et l’histoire commence ainsi.

    Pour quelles raisons est-il qualifié de peintre voyageur ?

    C.L. : Son rêve, c’est d’aller en Italie comme tous les artistes du XIXe siècle, sur cette idée de faire le grand tour, de voir les monuments à Rome, à Florence, à Venise. Félix Ziem est un peintre paysagiste. Ce qu’il aime, c’est la lumière et le rapport de l’eau et des paysages. C’est pour ça qu’il apprécie particulièrement Venise et qu’il choisit aussi plutôt Martigues que Marseille pour s’installer sur les bords du chenal de Caronte. Il ouvrira quatre ateliers : à Paris, à Venise, à Nice et à Martigues. C’est un artiste voyageur par excellence il fait énormément de voyages, en Italie, mais pas que. Il va beaucoup en Afrique du Nord. Il va aller aussi à Constantinople. Il va faire un grand voyage en Orient. Il va aller en Algérie. Mais il va aller jusqu’en Russie, en Angleterre, aux Pays-Bas. Il est tout le temps en mouvement.

    Était-il reconnu de son vivant ?

    C.L. : Dans son journal, on sent qu’il est assez insatisfait de ses peintures parce qu’il n’a jamais vraiment appris cet art. Malgré cette frustration, il va très vite exposer au Salon, qui est vraiment l’organe officiel où il faut que tous les peintres aillent à Paris, et il commence à vendre ses tableaux. Il est très malin. Il s’entoure de marchands, il fait monter les prix. Ses œuvres prennent de la valeur et c’est l’un des artistes les plus riches du XIXe siècle. Chaque amateur d’art voulait un Ziem dans sa collection. Il est reconnu dans le métier, Théophile Gautier l’encense. C’est quelqu’un d’assez mondain, il va aux soirées des frères Goncourt, il est très bien installé et reconnu de son vivant.

    Ce qui n’est plus vraiment le cas aujourd’hui.

    C.L. : Il produisait énormément, et c’est ça qui l’a peut-être un peu desservi. Il faisait dans ses peintures ce que les amateurs d’art aimaient et attendaient, donc, on a pu le taxer ensuite de faire un peu tout le temps la même chose : un horizon bas, trois quarts de la toile consacrée au ciel… À Venise, une gondole, à Constantinople, à Martigues, une tartane. Ce côté un peu répétitif a pu être critiqué. Il a aussi longtemps été taxé d’orientaliste parce qu’il représentait l’Orient. Mais pour moi, ce n’est pas un orientaliste car il est vraiment allé dans ces pays, il ne représente pas un Orient fantasmé qu’il aurait pu lire dans les livres, il peint ce qu’il a vu, les danseuses, les petits métiers, les musiciens… Il est plutôt inclassable en fait et l’histoire de l’art n’aime pas trop les gens inclassables, il faut appartenir à une école à un mouvement, on aime bien les cases en histoire de l’art.

    Comment, à travers les expositions proposées au musée, tentez-vous de lui rendre sa place ?

    C.L. : La chance que nous avons eue au musée Ziem, c’est d’avoir reçu en legs de sa petite-fille tout son fond d’atelier. Et donc, on a, dans la collection, des œuvres qu’il n’a jamais vendues mais qu’il conservait. C’est très intéressant, parce qu’il a par exemple conservé toute sa vie son autoportrait qu’il a peint dans les années 1860-1865, où il s’est représenté en bleu, en mettant de la craie sur son tableau, ce qui est quelque chose d’extrêmement moderne mais qu’il n’a jamais montré. De même, il a gardé avec lui ses pochades, une sorte carnet de croquis mais sur du bois, qu’il prenait avec lui quand il allait voyager, ses aquarelles… Ce sont des œuvres beaucoup plus spontanées et modernes que ce qu’il commercialisait. Au musée, on valorise ce fond d’atelier qui est vraiment d’une très grande richesse. C’est formidable parce qu’on rentre aussi dans l’intimité de l’artiste où on voit son processus créatif. C’est comme si on était presque avec lui sur les bords du Bosphore ou sur les canaux de Venise.

  • Des jeunes « augmentent » la fresque de Gaëtan Marron

    Des jeunes « augmentent » la fresque de Gaëtan Marron

    La fresque numérique réalisée par quatorze jeunes à partir de la peinture murale de Gaëtan Marron au Mauma s’appelle Isla Nasla-Tinora. Elle a été officiellement présentée en fin de semaine dernière et est désormais accessible via l’application gratuite Artivive.

    « Notre projet consistait à faire une illusion optique » raconte Kaila, 16 ans, en insertion professionnelle. « On a pris en photo la fresque et personnellement, j’ai choisi de travailler sur un personnage. J’ai redessiné une lune. Je voulais que ma Lune tourne autour du personnage et à la fin, soit mangée. » Elle fait passer une tablette devant la fresque qui se met instantanément en mouvement et en musique. Sur l’écran, des formes colorées se balancent. « Il fallait dessiner, dupliquer les images, choisir des sons. On entend des chouettes. Pour moi, ça représente la nuit, la paix, le silence… » détaille-t-elle avec un sourire.

    Trois ateliers ont permis la réalisation de ce travail durant lesquels les jeunes ont apprivoisé animation, création sonore et montage. Forte de cette expérience, Kaila dit actuellement passer son Bafa.

    C’est Gaëtan Marron, artiste plasticien marseillais qui a dessiné la fresque. « Les jeunes expérimentent du dessin au trait, le travail de la matière » se réjouit-il, avant d’ajouter qu’« ici, grâce à l’Addap13, deux jeunes ont été rémunérés pour la peinture de la fresque. » Un travail qui « crée une vraie ouverture d’esprit », glisse-t-il. Méta 2, pôle de création en art urbain qui s’attache à construire le lien entre les territoires et les artistes, a orchestré ce projet dans un travail conjoint avec Chroniques et les jeunes de l’Association départementale pour le développement des actions de prévention des Bouches-du-Rhône (Addap13). Chroniques a récemment été désigné par le ministère de la Culture pôle ressource de la création en environnement numérique pour la région Paca. Ils ont bénéficié de l’espace ouvert au public, MediaLab, au sein de la Friche Belle de Mai qui rend accessibles des espaces comme ce mur. La Fondation Orange a également soutenu le projet en apportant une aide financière, via l’appel à projet « Apprendre autrement ».

    Une réalisation collective qui vise prioritairement à remobiliser les jeunes. « Nous avons quarante-deux œuvres d’art urbain dans des quartiers enclavés de Marseille » commente Aurélie Masset, directrice de Méta 2. Avec l’Addap13, « nous réalisons des chantiers participatifs et des projets de remobilisation pour des jeunes éloignés de l’emploi ou en transition scolaire afin de les sensibiliser à une pratique artistique ». Ces dernières années, Meta 2 avait lancé l’école du MauMa, arrêtée depuis faute de financements. Ils ont tout de même pu former 32 jeunes à des métiers connexes comme nacelliste, des métiers dans le bâtiment, la communication ou le community management.