Tag: Archives

  • La mémoire vive de la rue d’Aubagne aux Archives

    La mémoire vive de la rue d’Aubagne aux Archives

    Sept ans après les effondrements, le drame de la rue d’Aubagne poursuit son chemin mémoriel. Une partie de cette histoire est officiellement entrée ce vendredi aux Archives municipales de Marseille. La convention a été signée lors d’une table ronde organisée dans le cadre des 5e Rencontres de l’éducation populaire.

    En septembre 2019, des chaînes ayant fermé les immeubles frappés d’arrêtés de péril avaient déjà fait leur entrée au Musée d’histoire et rejoint les collections muséales de la ville pour en devenir « un bien culturel inaliénable ». Cette fois ce sont des documents et récits toujours collectés par Noailles Debout ! avec la coopérative Hôtel du Nord auprès des habitants, qui seront conservés et mis à disposition de tous.

    « La profondeur du récit, du témoignage, en est d’autant plus émouvante et pertinente. Car c’est le propre des récits de vie, des témoignages oraux que de donner du sens à des documents, des informations ou des objets, produits par des services publics ou conservés par eux », apprécie Jean-Marc Coppola, adjoint à la culture. Dans ce projet de collecte, « l’équipe des Archives municipales s’est contentée de conseils et recommandations juridiques et pratiques », insiste l’élu communiste, rappelant que Noailles Debout ! et Hôtel du Nord « ont mené, en toute indépendance, le projet de collecte et fait le choix de cette donation ».

    « Projets co-construits »

    Présents pour l’occasion, quatre membres de Noailles Debout !, Laura, Jean, Laurent et Mélina, ont rappelé à la tribune le chemin parcouru par cette « association à but réparateur » qui s’est très vite retrouvée à marcher dans les pas de convention de Faro, à laquelle la municipalité a adhéré en juillet 2025, en œuvrant à la constitution d’une mémoire vive et collective du quartier et témoignant de l’engagement des habitants dans la préservation de leur patrimoine et le respect de leur histoire. Désormais un comité d’archives du quartier est à l’étude.

    « Des projets co-construits avec les habitants, dans un but de résilience pour dépasser le traumatisme en l’inscrivant dans une histoire collective reconnue », développe encore Jean-Marc Coppola. L’illustration d’« une conjonction heureuse entre projets administratifs, politiques et citoyens », note Olivier Muth, le directeur des Archives municipales.

    Un projet en lien direct surtout, avec la table ronde de la matinée baptisée : Écouter, reconnaître, transmettre : démarches mémorielles, patrimoniales et historiques portées avec et par les habitants. « L’idée des Rencontres de l’éducation populaire, c’est d’avoir un temps où on rend visibles des pratiques qui participent de la co-construction avec les habitants de la politique publique dans la ville dans une démarche d’éducation populaire », explique Marie Batoux, adjointe (PM) en charge de l’éducation populaire, pour présenter cette table ronde qui a mis en avant, durant près de deux heures, « la question des mémoires des habitants et leur place dans la ville ».

    Un travail notamment mené dans plusieurs centres sociaux et illustré par les témoignages de Fatima et Amina, ambassadrices citoyennes de Frais Vallon, sur l’histoire de leur quartier, ou dans un autre genre, par celui de Nicolas Dupont, animateur du groupe Mémoire de la coopération territoriale sur la Belle de Mai.

  • À Martigues, des événements pour découvrir la richesse du service des archives

    À Martigues, des événements pour découvrir la richesse du service des archives

    Deux kilomètres de documents. Voilà qui donne une idée de la richesse du fonds du service des archives communales martégales. « Notre document le plus ancien date du XIIIe siècle et ça va jusqu’à l’ère contemporaine, en passant par la Révolution française et le Moyen-Âge », détaille Maud Blasco, responsable du département. Cette diversité permet à la municipalité, labellisée « Ville d’art et d’histoire », d’organiser de nombreux ateliers sur des thèmes divers et variés.

    Ces vendredis 24 et 31 octobre, à 14h, le service organise un événement pour apprendre à écrire comme autrefois, dans la Galerie de l’histoire. « On commence par présenter le cadastre de 1626, document prestigieux qui a la particularité d’être décoré de belles lettrines, explique Maud Blasco. En parallèle, on fait un atelier de calligraphie avec plume d’oie, plume sergent-major, calame etc… » L’après-midi est gratuite sur inscription au 04.42.49.03.30.

    Le 4 novembre, à 17h, l’architecte du patrimoine Claude Pribetich-Aznar donnera une conférence, sur le Fort de Bouc, dans la Galerie de l’histoire. « Elle nous présentera son étude transversale de toutes les sources qui existent sur ce site dans tous les services d’archives de France, notamment au niveau de sa cartographie, puisqu’il est installé dans un lieu stratégique entre l’étang de Berre et la Méditerranée », précise la responsable.

    Le reste du programme est à retrouver sur le site de la Ville.

  • Rivesaltes : un Mémorial debout face à la haine

    Rivesaltes : un Mémorial debout face à la haine

    « Rivesaltais d’origine, j’ai toujours connu cet endroit, sur la nature duquel, comme tant d’autres, je me suis tardivement interrogé. Et je me suis dit un camp, un camp qui disparaît, c’est un camp qui n’a jamais existé… ma hantise c’était ça, c’était que l’oubli soit absolu sur le site de ce camp. Ce n’est plus le cas maintenant. » En 2011, l’écrivain Claude Delmas, disparu le 20 septembre 2016 se confiait face caméra aux équipes du Mémorial de Rivesaltes. Il fut l’un des artisans, avec l’enseignante Claude Vauchez, d’une pétition nationale du collectif « Pour la mémoire vivante du camp de Rivesaltes ». Cette initiative citoyenne a abouti à faire revivre, pour transmettre son histoire, le camp de Rivesaltes, lieu d’enfermement utilisé par l’État français, du gouvernement de Vichy jusqu’en 2007 ! (lire page 6).

    Des archives dans une déchetterie

    Il s’en est fallu de peu pour que l’histoire du camp reste inconnue. C’est la découverte, dans une déchetterie de Perpignan, d’archives du camp relatives aux internés juifs et à leur déportation qui va enclencher le processus. Serge Klarsfeld, Simone Veil, Robert Badinter (qui sera le parrain du projet de Mémorial), le prix Nobel de littérature Claude Simon, Edgar Morin signeront la pétition. Le site est inscrit aux Monuments historiques en 2000.

    Une nouvelle étape est franchie en 2006 quand l’architecte marseillais Rudy Ricciotti remporte le concours d’architecture. Les travaux débutent en 2012 et dureront trois ans, jusqu’à l’ouverture du Mémorial du camp de Rivesaltes (MCR) en octobre 2015. Dix ans plus tard, le Mémorial célèbre son dixième anniversaire en proposant des tables rondes (lire page 6).

    En 10 ans, l’extrême droite a prospéré et deux députés RN, Laurent Jacobelli et la députée des Pyrénées-Orientales, Michèle Martinez ont attaqué le Mémorial en l’accusant d’occulter les Harkis. C’est factuellement faux. Dans une tribune parue dans Libération, l’historien Nicolas Lebourg – que nous avons interrogé (lire page 5) leur a répondu : « M. Jacobelli dit que le MCR a été créé en hommage aux “harkis et pour tous ceux qui sont passés par le camp”. Il ne les nomme pas. Mme Martinez affirme qu’au MCR “le passé harki est parfois invisibilisé par d’autres mémoires”. Elle ne les nomme pas. Aidons-les. Ouvert en 1941, le camp a interné des milliers de républicains espagnols qui avaient fui les exécutions franquistes, des milliers de juifs étrangers, ensuite transférés vers Drancy puis Auschwitz. Était-ce des mots si difficiles à utiliser : “juifs” “républicains” ? Sont-ce des mémoires honteuses avec lesquelles voisiner ? » Cette attaque de l’extrême droite française fait écho à ce qui s’est passé en Allemagne en septembre 2024 quand le parti néonazi AfD a attaqué en justice la Fondation des mémoriaux de Buchenwald et de Mittelbau-Dora pour avoir dénoncé les propos révisionnistes de ses candidats. La justice a donné raison aux défenseurs de la mémoire mais les a obligés à supprimer de son site son appel à ne pas voter AfD. Néanmoins, pour le professeur Jens-Christian Wagner « la décision du tribunal administratif de Weimar est d’une importance fondamentale pour tous les lieux de mémoire en Allemagne, car elle confirme leur fonction sociale de préservation de la mémoire des victimes du national-socialisme, même dans les conflits politiques actuels ». Pour le directeur de la fondation, « il est révélateur que l’AfD tente de limiter notre efficacité et de nous intimider. Un mémorial de camp de concentration ne peut être apolitique ; il doit élever la voix lorsque l’histoire est déformée et que la mémoire des victimes du national-socialisme est bafouée. Nous ne sommes pas neutres face à la banalisation de l’Holocauste ».

    Sources : Mémorial de Rivesaltes, de Montpellier, journal Der Spiegel

  • Avignon : Memento planche sur sa mise en scène inaugurale

    Avignon : Memento planche sur sa mise en scène inaugurale

    Depuis plusieurs semaines, les équipes du Département s’affairent au transfert des archives départementales – 28 km de documents – depuis le palais des Papes vers la zone d’Agroparc à Avignon, où vient d’être bâti Memento. Ce pôle des patrimoines qui, outre les archives départementales, accueillera aussi le service archéologie ou les réserves des trois musées départementaux, se veut « l’illustration du passé qui se tourne vers l’avenir », soulignait Dominique Santoni, présidente LR du Conseil départemental, il y a un mois, lors de sa conférence de presse de rentrée tenue à Mémento.

    Le bâtiment de 11 600 m2 est opérationnel, mais pas encore ses activités publiques. Son ouverture est prévue pour la fin avril. Une fête inaugurale est attendue, en même temps qu’une première exposition. Ce à quoi s’affaire le Département, qui a lancé un marché pour la « conception et mise en œuvre de la scénographie de “Mon trésor” ». Les candidats ont jusqu’à la fin du mois pour faire parvenir leurs propositions. Une cinquantaine d’objets de tous les formats et époques (dessin, céramique, statue, monnaies…) seront présentés, « moins de dix feront en plus l’objet d’un dispositif numérique ».

    Ces objets « ont acquis un statut de “trésor” historique du fait de leur conservation à travers le temps, de leur unicité, de leur rôle de témoin du passé », note le cahier des charges. « L’exposition ne proposera pas une histoire exhaustive, mais des clins d’œil de ce dont ces originaux sont la trace. » Elle se tiendra dans une salle dédiée de 100 m2 non loin de l’accueil et durera une année.

  • Nîmes rouvre l’écran sur l’Algérie

    Nîmes rouvre l’écran sur l’Algérie

    Après sept ans de silence, le rideau se lève à nouveau sur le Panorama du cinéma algérien. Du 17 au 19 octobre, l’auditorium des Archives départementales du Gard accueillera la 12e édition de ce rendez-vous singulier, organisé par l’association France-El Djazaïr sous la présidence d’Oucine Benchouyeb, avec la direction artistique du réalisateur Jean Asselmeyer. Entrée libre, ambiance conviviale et échanges nourris : le festival entend renouer avec son esprit d’origine, celui d’un moment de partage et de fraternité entre les peuples.

    Né il y a près de vingt ans, le Panorama s’était imposé comme un rendez-vous attendu dans le paysage culturel nîmois avant de s’interrompre en 2018, fragilisé par la crise sanitaire et le manque de forces vives. La décision de relancer l’événement a été prise lors d’une assemblée générale mouvementée, qui a vu les bénévoles refuser la dissolution de leur association. « Plutôt que d’attendre des jours meilleurs, nous avons choisi de proposer un programme concentré mais exigeant », résume Jean Asselmeyer.

    Le choix des dates n’est pas anodin : la séance inaugurale du 17 octobre coïncidera avec la commémoration du massacre du 17 octobre 1961 à Paris. Une manière de rappeler que le cinéma n’est pas qu’un divertissement, mais aussi un outil de mémoire. Le président Oucine Benchouyeb le souligne : « Participer à ce panorama, c’est aussi une réponse à la campagne haineuse contre le peuple algérien. »

    « Un hommage vibrant »

    Sept films composent l’affiche. Résistantes de Fatima Sissani ouvrira le bal, donnant la parole à celles qui s’étaient tues pendant des décennies : des femmes ayant combattu pour l’indépendance. Suivra Marin des montagnes du réalisateur brésilo-algérien Karim Aïnouz, récit intime d’un retour aux racines. La mémoire des essais nucléaires français au Sahara sera convoquée à travers deux documentaires (Vent de sable et L’Algérie, De Gaulle et la bombe) de Larbi Benchiha, que le public pourra rencontrer. Le médecin militant Pierre Chaulet sera évoqué dans le film de Saïd Mehdaoui, tandis qu’Abdenour Zahzah dressera le portrait sensible du psychiatre et penseur Frantz Fanon. Enfin, Jean Asselmeyer et Sandrine Malika-Charlemagne clôtureront l’édition avec Deux vies pour l’Algérie et tous les damnés de la terre, consacré à William et Gilberte Sportisse, figures du Parti communiste algérien. Chaque projection sera suivie d’un débat en présence des réalisateurs ou de témoins, afin de prolonger la réflexion et de favoriser les échanges avec le public.

    Pour les organisateurs, ce retour est plus qu’un simple rendez-vous cinéphile : il s’agit de raviver un espace de dialogue, dans un contexte où les tensions et les incompréhensions entre la France et l’Algérie refont surface. Le cinéma devient ici un langage universel, capable de transmettre la complexité des histoires individuelles et collectives. À travers ces œuvres, c’est une Algérie plurielle qui se dévoile : celle des luttes passées, mais aussi des questionnements contemporains.

  • Les peintres italiens témoins d’une relation à la mer oubliée

    Les peintres italiens témoins d’une relation à la mer oubliée

    Quelles espèces peuplaient la Méditerranée entre le XVIe et le XVIIIe siècle ? Lesquelles étaient consommées ? Quelle relation les gens entretenaient avec le milieu aquatique ? « Nous avons peu de données pour le savoir », admet Louise Merquiol, post-doctorante à l’Institut méditerranéen d’océanologie (MIO) d’Aix-Marseille Université (AMU) qui s’est plongée dans les tableaux de maîtres italiens de cette période à la recherche des espèces représentées. « Les peintures peuvent être des sources de données écologiques et historiques », insiste la première autrice d’un article dans Npj biodiversity. « Les variations spatio-temporelles des représentations d’espèces dans les œuvres ont un sens », résume Thomas Changeux, hydrobiologiste de l’IRD au MIO qui a supervisé ces travaux.

    Louise Merquiol prolonge ici un travail publié en 2021 sur une zone plus large par Anne-Sophie Tribot, écologue au laboratoire TELEMMe (Aix-en-Provence), dans le cadre du projet BiodivAquArt d’« écologie historique ». Cette discipline utilise des ressources historiques –archives, histoires orales… – pour retracer des changements environnementaux. « Les œuvres d’art étaient encore peu considérées », assure Thomas Changeux, à l’origine du projet avec Daniel Faget du laboratoire TELEMMe. « Notre but est de retracer l’histoire des relations entre humains et environnement aquatique », précise-t-il.

    Au-delà de l’Italie

    Raison pour laquelle il se concentre sur cette période entre le XVIe et le XVIIIe siècle. « L’âge d’or de la peinture figurative en Europe », souligne-t-il. Les peintres sont alors nombreux et ont le souci de représenter le réel sans négliger l’esthétique et l’expression artistique.

    Les espèces présentes dans les peintures italiennes témoignent de changements dans les habitudes alimentaires, les techniques et la biodiversité. « Les natures mortes représentent principalement les espèces consommées », souligne Louise Merquiol. Or on constate que les espèces d’eau douce, très représentées au début, disparaissent au fil des ans au profit d’espèces marines. « Cela s’explique par une évolution des techniques de pêche, un climat de moins en moins favorable aux espèces d’eau douce et une perte de leur habitat due aux activités humaines », précise la chercheuse. La représentation d’espèces marines dans des œuvres peintes au cœur de l’Italie témoigne d’échanges entre la côte et l’intérieur du pays. « Probablement le fait d’une amélioration des techniques de conservation », ajoute Louise Merquiol, qui travaille maintenant à étendre le jeu de données à la Méditerranée occidentale.

    Plus il étudie les relations entre humains et environnement, plus Thomas Changeux y voit une capacité d’adaptation. « Dans un contexte de changement climatique qui annonce des temps difficiles, l’art nous touche et peut être vecteur de forces positives », conclut-il.

  • Sur les traces des lieux de luttes féministes

    Sur les traces des lieux de luttes féministes

    « Les femmes ont beaucoup agi à Marseille, mais il y a peu d’archives. J’avais donc envie de les faire parler de leur ville, leurs luttes et leur parcours. » C’est ainsi que Margaux Mazellier débute la visite guidée des lieux de luttes féministes marseillais ce dimanche.

    Journaliste et autrice de Marseille trop puissante, qui trace le portrait des Marseillaises qui ont lutté pour leur ville, Margaux Mazellier a créé cette visite avec Lucille Florenza, anthropologue du genre et du travail. « Cette balade, c’est un moyen de faire vivre les archives », affirme la chercheuse.

    C’est devant la librairie « Odeur du temps » que le rendez-vous est donné. Ici, en 1976, Antoinette Fouque du mouvement de libération des femmes (MLF) ouvre l’antenne marseillaise de la librairie des femmes. « Ce lieu devient un endroit hyper important pour toutes les femmes qui militent, explique la journaliste. Mais c’est aussi un espace où certaines militantes ressentent du mépris de la part des militantes parisiennes, qui prennent parfois les Marseillaises de haut », continue-t-elle.

    La visite se poursuit au 81 rue Sénac de Meilhan, où a ouvert en 1974 le centre d’orientation de documentation et d’information des femmes (Codif). « C’était une spécificité marseillaise qui a pu être créée grâce au soutien de la municipalité de gauche de Gaston Defferre », raconte l’une des guides. Ce lieu fut une espace de réunion pour de nombreux groupes féministes et, à travers sa revue Femmes infos Marseille, un endroit de diffusion des informations.

    L’arrêt suivant, devant ce que fut le premier bar lesbien marseillais Douce amère, permet d’évoquer Patricia Guillaume. Lesbienne, elle ne parvient pas à trouver sa place ni dans les groupes de parole féministes, ni dans les lieux homosexuels. Elle décide donc de créer son propre espace avec d’autres lesbiennes en 1982.

    Une visite de deux heures qui laisse entrevoir la richesse des luttes féministes marseillaises, leur diversité et leurs conflits internes.