Tag: arboriculture

  • De nouveaux débouchés pour les pommes alpines

    De nouveaux débouchés pour les pommes alpines

    Les arboriculteurs des Alpes de Haute-Durance, situées à cheval entre les Hautes-Alpes et les Alpes-de-Haute-Provence, peinent parfois à joindre les deux bouts. Plusieurs dizaines d’entre eux vendent depuis près d’un an une partie de leurs pommes à la marque C’est qui le Patron ?! (CQLP). La coopérative, co-construite avec les consommateurs, entend soutenir les producteurs en achetant leurs produits « à un prix juste ». Depuis l’automne 2025, des sacs d’1,5 kg de pommes Golden, fruit IGP (indication géographique protégée) sont disponibles dans plusieurs enseignes de la grande distribution. Dès mi-octobre 2026, les pommes alpines se déclineront en deux autres produits : des barquettes de six fruits, vendues chez Intermarché, Leclerc, Auchan et Chronodrive, et des petits sachets de pommes en quartier qui se retrouveront dans les menus enfant de Burger King, dans toute la France.

    Un soutien bienvenu chez les producteurs, qui parviennent autrement difficilement à vendre leurs pommes de calibre moyen. « Le climat change, et la Golden a du mal à s’adapter, explique Romain Bore, propriétaire d’un verger de 30 hectares. J’en ai seulement produit 600 tonnes cette année, comparé à 800 habituellement. Mais derrière, il y a des frais et des charges qui continuent d’augmenter. » « On demande à être payé justement », poursuit la productrice de pommes Mélanie André. D’après Julie Levesque, chargé du développement fruits et légumes chez CQLP, 1 kg de pomme est généralement acheté 40 centimes, tandis que CQLP propose 80 centimes. De quoi sécuriser une part des revenus.

    Agathe Di Lenardo

  • Le Département des Hautes-Alpes agit suite aux aléas climatiques de l’été

    Le Département des Hautes-Alpes agit suite aux aléas climatiques de l’été

    Après « un été gravé dans nos esprits », selon le président du Département des Hautes-Alpes Jean-Marie Bernard, le conseil départemental a fait sa rentrée ce mardi matin. L’élu a commencé la réunion en rappelant les événements « déstabilisant » de la saison estivale, comme l’incendie au pays des Écrins et les glissements de terrains à de multiples endroits.

    Suite aux crues torrentielles qui ont détruit la route d’accès au Pré de Madame Carle, neuf véhicules sont toujours bloqués. Le Département a décidé de prendre en charge 10 000 euros sur les 15 000 nécessaires à l’évacuation, qui se déroulera par hélicoptère le 24 septembre. « C’est un scandale que les compagnies d’assurances aient refusé de prendre en charge leurs clients », s’est exclamé le président du Parc des Écrins Arnaud Murgia. Début du mois, les élus avaient annoncé que la route ne sera pas reconstruite à l’identique. « Ce serait irresponsable techniquement et financièrement », a justifié Jean-Marie Bernard, tout en affirmant que tous les acteurs compétents travaillent à rétablir l’accès. « Depuis 2023, je vis un jour sans fin, je crains toujours la crue d’après », a dit la maire de Vallouise-Pelvoux Gaëlle Moreau. Pour elle, il est « vital » d’installer une solidarité financière amont-aval dans la gestion Gemapi (Gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations). « L’échelle intercommunale n’est pas la bonne pour une telle compétence, a complété le président du Département. Il est urgent d’agir, faute de quoi nous pourrons avoir de grandes difficultés pour assurer de manière pérenne l’approvisionnement en eau du sud de la France. » Il a précisé que le préfet de région a été sensibilisé à ce sujet la semaine dernière.

    Aide à l’arboriculture

    Autre délibération majeure : un investissement de 6 millions d’euros pour la filière arboriculture, « pilier de l’agriculture haut-alpine » et victime de la canicule, selon Christian Hubaud, conseiller départemental délégué à l’agriculture. Dans un contexte de fermeture prochaine d’une importante plateforme de précalibrage, la société Valpom Tri & Jus bénéficiera de cet apport financier pour mettre en service dès 2027 une unité de précalibrage « nouvelle génération », qui permettra notamment de trier les poires, « une première en France ». Une unité de pressage sera également créée pour transformer localement les fruits déclassés, qui sont aujourd’hui perdus ou envoyés hors du département. « Un million de bouteilles de jus pourront être produites, et cela créera de l’emploi », a assuré l’élu.

    Agathe Di Lenardo

  • [C’est l’été] Mélanie Costanzo, arboricultrice : « Les femmes peuvent y arriver »

    [C’est l’été] Mélanie Costanzo, arboricultrice : « Les femmes peuvent y arriver »

    Au Poët, dans les Hautes-Alpes, Mélanie Costanzo, 39 ans, cultive 15 hectares de pommiers. Ici, il fait toujours beau. Ses pommes labellisées IGP (Indication géographique protégée) et Label Rouge, profitent de « 300 jours d’ensoleillement à l’année », selon l’arboricultrice. Issue d’une famille de producteurs sur trois générations, présidente de sa coopérative, elle gère l’exploitation familiale depuis 6 ans. Une trajectoire bien différente de ce qu’elle avait imaginé au départ.

    « À la base, j’étais à fond dans l’Art, j’ai un BTS dans le design. Je suis partie à Marseille, j’ai fait les Beaux-Arts et une école d’architecte », raconte la pomicultrice. Puis, en 2012, elle perd son grand-père. Un décès qui chamboule l’organisation de l’exploitation familiale. Son père ne se sentant plus de continuer tout seul, Mélanie Costanzo ne voulait pas voir disparaître l’héritage familial. Quand elle était petite, elle se souvient d’avoir souvent accompagné sa grand-mère sur les marchés. « Mes grands-parents ont travaillé dur pour avoir ce qu’il avait. Il était hors de question que la ferme parte de la famille », revendique-t-elle. À ce moment, elle avait 25 ans. L’étudiante en art quitte la ville et ses études pour revenir dans son village et ses montagnes : « Et c’est clairement devenu une passion », raconte-t-elle le regard pétillant.

    Transmettre son amour pour la nature

    Aujourd’hui, Mélanie Costanzo est aussi mère de trois enfants. « Ça fait du boulot ! », sourit-elle. Dans une profession où on ne compte pas les heures, l’équilibre se construit différemment. Dans son entourage, tous connaissent ces contraintes, comme son mari qui est aussi agriculteur. « L’avantage, c’est qu’on se comprend », glisse-t-elle. Mais elle ne regrette rien. « Non jamais. Ma campagne me manquait. Il était hors de question de rester en ville. On est dans des paysages magnifiques », atteste-t-elle, l’air satisfait.

    Ce qu’elle aime, c’est d’abord transmettre, expliquer comment elle produit ses pommes, savoir qu’elles se retrouvent dans les assiettes des gens. À la récolte, elle accueille des classes de primaires pour les sensibiliser à la nature et son fonctionnement. « On explique de la floraison à la production. On est contents de les voir avec le sourire quand ils croquent dans la pomme. Le bonheur c’est juste ça pour moi. »

    Prouver sa place

    dans un monde d’hommes

    Dans ses vergers d’altitude, la golden est reine. Avec le Limousin, les Hautes-Alpes sont la région principale de cette variété. « Avec les nuits très fraîches, elle prend un peu de “blush”, des reflets un peu rosés très caractéristiques. » Un savoir-faire qu’elle défend, notamment à travers les labels : « C’est important pour faire valoir notre terroir. » Mais ce lien à la nature est aussi une source d’inquiétude. Le changement climatique est une source d’angoisse. « Il y a dix jours, on a fait une nuit d’anti-gel à -1, et une semaine plus tard on a 33 degrés. Les arbres ne comprennent pas. » Les conséquences sont visibles : chutes de feuilles, arrivée des ravageurs… Malgré tout, elle insiste : « Nous, on est dans la production mais aussi dans la protection de l’environnement. » Elle est la première de la famille à avoir développé des cultures biologiques.

    Dans la coopérative, Mélanie Costanzo est quasiment la seule fille et elle en est présidente. Son objectif : faire monter le féminin dans le secteur. Elle rappelle que les femmes restent minoritaires : « Elles représentent moins d’un tiers des gérances d’exploitation agricole. » Dans la famille, il n’y avait pas de fils pour reprendre la ferme, comme il est encore souvent admis. Mélanie Costanzo a une petite sœur. « Mon père s’est dit : j’ai deux filles… jamais de la vie elles reprendront. » Elle apprend le métier au côté de son père. Aujourd’hui, elle mesure sa persévérance : « Je suis fière d’avoir réussi à montrer à mon père que les femmes aussi peuvent y arriver. » En attendant, elle essaie de préparer la relève et de cultiver cette passion pour ses enfants : « On verra si ça suit ou pas… »

    Marie Moreau

    fruiticimes.fr

    Une golden aux trois labels

    Mélanie Costanzo cultive une golden reconnue pour sa qualité. Ses pommes portent trois labels. L’Indication Géographique Protégée (IGP) garantit leur lien avec le terroir des Hautes-Alpes. Le Label Rouge distingue une qualité gustative, contrôlée par des tests réguliers. Et le label Vergers écoresponsables certifie une production respectueuse de la biodiversité et des ressources. À maturité, les fruits sont récoltés à la main.

  • Les arboriculteurs face à la menace du gel tardif

    Les arboriculteurs face à la menace du gel tardif

    Une vague de gel tardif touche une grande partie de l’hexagone et les Hautes-Alpes ne sont pas épargnées. Les températures sont tombées à -5 C° dans certaines vallées, aux heures les plus froides. Une menace qui affecte les cultures arboricoles Hautes-Alpes, où sont produites 10% des pommes et poires du pays. « Sur les échantillons que j’ai pu visiter, pour l’instant, ce n’est pas encore catastrophique, mais j’ai déjà observé des dégâts, explique Mathilde Chabot conseillère technique en arboriculture à la Chambre d’Agriculture des Hautes-Alpes. Il y a encore des possibilités de gel jusqu’à vendredi matin. D’ici là, les arboriculteurs ne vont pas bien dormir. »

    Face à ce risque, les cultivateurs ont plusieurs techniques : asperger les vergers pour créer une couche de glace protectrice, disposer des brûlots dans les parcelles et des éoliennes pour disperser l’air froid ou encore créer des écrans de fumée par des feux de paille. La problématique n’est pas nouvelle, mais le dérèglement climatique en accentue les effets. La hausse des températures entraîne un bourgeonnement de plus en plus prématuré, qui expose alors les bourgeons des arbres fruitiers plus tôt aux gels tardifs du printemps. « Dans certaines parcelles, le bourgeonnement a un mois d’avance par rapport à il y a 25 ans, rapporte Mathilde Chabot. À part l’an dernier, qui avait été exceptionnel, c’est devenu un problème qui revient chaque année. »

    Ce gel tardif vient aussi toucher une filière déjà fragile. « L’année dernière, le puceron a fait beaucoup de dégâts. Sa toxine empêche les arbres de fleurir l’année suivante. Donc, on démarre une saison avec un potentiel de production qui est déjà faible, déplore Éric Allard, arboriculteur sur le département. En plus, en France, on ne peut plus produire et lutter contre les maladies et les ravageurs dans des conditions satisfaisantes, avec les mêmes les moyens sanitaires que les autres pays européens. »

    Peu d’agriculteurs assurés

    Sans être d’une intensité inédite, le gel peut avoir de graves conséquences pour les arboriculteurs, dont on estime qu’une majorité n’est pas assurée. En 2023, le régime des calamités agricoles a été modifié. Avant cette date, l’État indemnisait les agriculteurs en cas de catastrophe mais depuis, une indemnisation combinée de l’État et des assurances privées a été mise en place, selon le taux de perte. L’État subventionne en partie les indemnisations des assurances, mais n’indemnise directement qu’en cas de pertes estimées à plus de 70%. « Avant, on ne sortait pas d’argent et s’il y avait du gel, l’État indemnisait. Maintenant, il n’intervient pas sur des gels de petite ou moyenne ampleur, il faut donc souscrire à une assurance, c’est quand même une somme, et il y a beaucoup d’agriculteurs qui ne le font pas, explique Camille Roland, arboriculteur en bio au Monêtier-Allemont. Je ne suis pas sûr que ce soit un cercle vertueux. Pour des gels de moyenne intensité comme en ce moment, l’État ne les indemnisera pas, c’est une vraie prise de risque. » Reste encore une paire de jours à serrer les dents, les prévisions météorologiques annoncent une remontée des températures en fin de semaine.