Tag: adaptation climatique

  • [EQDD] À Trèbes, apprivoiser le fleuve pour mieux vivre demain

    [EQDD] À Trèbes, apprivoiser le fleuve pour mieux vivre demain

    À Trèbes, le grondement des pelleteuses a remplacé celui des eaux en colère. Sur la rive droite de l’Aude, les engins redessinent le paysage, décaissant un important volume de terre sur plus de 13 hectares. Huit ans après avoir connu une crue meurtrière, la ville panse ses plaies en réinventant son rapport au fleuve.

    « Ici, on a compris qu’on ne pouvait plus lutter contre la nature », confie le maire, Eric Menassi. Cette nuit du 15 octobre 2018, l’eau est montée en quelques heures, emportant tout sur son passage. Six habitants ont perdu la vie, des dizaines de maisons ont été détruites. « Si on reconstruisait à l’identique, on savait qu’on risquait de revivre la même chose, c’était inconcevable », poursuit le premier édile.

    Alors la commune a fait un choix difficile : reculer pour mieux protéger. Une cinquantaine de maisons ont été rasées, laissant place à une vaste zone d’expansion des crues. « Il a fallu convaincre la population du bien-fondé de ce projet, car on ne peut pas imaginer ce que ça représente de quitter une maison familiale, poursuit l’élu. Mais notre responsabilité, c’était de dire la vérité : nous ne pouvions plus garantir leur sécurité ».

    Sur une étendue aujourd’hui herbeuse, une habitante désigne un point invisible. « Ma maison était là », dit-elle simplement. Évacuée avec ses enfants en pleine nuit, elle n’y est jamais retournée. « C’est dur, mais je préfère ça que revivre cette peur. » Plus loin, un commerçant installé en bord de quai observe le fleuve avec attention : « Cet hiver, l’eau est montée… mais elle est restée à sa place. Avant, on aurait eu les pieds dans l’eau ».

    Faire accepter les changements à la population

    Car l’idée est là : redonner de l’espace au fleuve pour réduire sa violence. En doublant par endroits la largeur du lit, la ville diminue la vitesse du courant et la hauteur des crues. « Ce sont les vitesses qui détruisent tout, insiste Eric Menassi. En élargissant, on absorbe les flux d’eau supplémentaires en cas de forte pluie ».

    Ce choix s’inscrit dans une logique plus large d’adaptation à la nature, portée par le Syndicat mixte des milieux aquatiques et des rivières (SMMAR). Et si l’exemple de Trèbes n’est pas reproductible partout, chaque cas de figure étant unique, la philosophie qui a porté ce projet devient un exemple à suivre pour le SMMAR, qui insiste sur la nécessité de faire accepter ces changements à la population. « Il s’agit en réalité de réapprendre à vivre avec la rivière, de se réapproprier cet espace que l’on voyait uniquement comme un danger auparavant, souligne Jean-Marie Aversenq, directeur général du syndicat. Au-delà de l’élargissement, on a donc imaginé avec le maire de nouveaux usages permettant aux habitants de profiter du fleuve comme un verger citoyen, conçu grâce aux 17 000 mètres cubes de terre décaissée du fleuve, mais aussi un sentier pour les pêcheurs, des passerelles, des plages et une forêt alluviale ».

    Une école sur pilotis

    Mais si cette partie aménagement pour les nouveaux usages est en cours de finition, les travaux déjà réalisés depuis juillet 2025 ont fait leurs preuves cet hiver. Lors des crues récentes, aucun dégât majeur n’a été constaté. « Ce n’est pas non plus le risque zéro, tempère le maire de la commune, mais grâce aux travaux réalisés, on réduit fortement notre vulnérabilité face aux crues ».

    Au-delà du fleuve, c’est toute une ville qui s’est adaptée : l’école a été reconstruite sur pilotis, la maison de retraite déplacée sur les hauteurs. Certains équipements, comme la piscine, n’ont pas été rebâtis. « On a fait des choix pour préparer l’avenir, assume Eric Menassi. Aujourd’hui, notre priorité n’est plus de grandir, mais d’être résilients ». Ces choix forts ont vraisemblablement convaincu la population communale qui a choisi de redonner sa confiance au maire lors des dernières municipales, malgré le scepticisme suscité par le projet de réaménagement au départ.

    Désormais, à Trèbes, l’Aude n’est plus seulement une menace. Il devient un allié, imprévisible mais apprivoisé. Et dans cette ville marquée par le drame, une conviction s’impose peu à peu : face au changement climatique, l’adaptation n’est plus une option, mais un chemin.

    Par Joffrey Marcelin Midi Libre

    EN CHIFFRES

    2,5 millions d’euros : le coût du réaménagement, assumé à 50% par l’État, 20 % par la région, 10% par le département et 20% par le Smmar.

    17 000 mètres cubes : le volume de terre décaissée pour réaménager le fleuve.

    1,3 km : la distance sur laquelle le fleuve fut réaménagé.

    13 hectares : l’espace total réaménagé.

    8 ans : le temps qu’il a fallu entre la crue de 2018 et le réaménagement du fleuve.

  • [EQDD] La montée des risques climatiques pèse lourd sur les collectivités

    [EQDD] La montée des risques climatiques pèse lourd sur les collectivités

    Inondations, sécheresses, retrait-gonflement des argiles… Le Nord et le Pas-de-Calais sont fortement exposés aux événements naturels. Et le changement climatique induit un risque supplémentaire par son amplification des phénomènes. À l’image des inondations dans le Pas-de-Calais à l’hiver 2023-2024, plus d’une fois et demie centennale. « Les dégâts causés par les catastrophes naturelles augmentent énormément comme les risques qui ne sont pas équitablement répartis entre tous les territoires, quand les Hauts-de-France sont très impactés », souligne Robin Ehl de l’ONG Oxfam France qui fait partie comme 36 autres organisations du Réseau Action Climat.

    Des déconvenues

    En 2025, le coût des événements naturels a atteint 5,2 milliards d’euros, soit la neuvième année la plus coûteuse pour les assureurs, selon les données de France Assureurs. Et selon son étude « Impact du changement climatique sur l’assurance à l’horizon 2050 », le coût des catastrophes naturelles pourrait doubler passant de 73,4 milliards d’euros sur la période 1989-2019 à 143 milliards entre 2020 et 2050.

    Assurer le risque va devenir un gouffre, avec un impact non négligeable sur les finances des collectivités territoriales, qui en paient déjà le prix. À Blendecques (Pas-de-Calais), commune la plus touchée par les inondations de 2023-2024, avec des dégâts sur les équipements publics estimés à quatre millions d’euros, le coût de l’assurance a été multiplié par trois, passant de 47 000 à 142 000 euros par an, et la franchise multipliée par cinq. Autre déconvenue, un courrier de résiliation lui avait été envoyé par son assureur un an après les crues. Si les choses ont fini par s’arranger à Blendecques, la résiliation demeure une menace pour les collectivités. Selon une mission d’information du Sénat, 20% des 713 communes répondantes à la consultation de la chambre des territoires, ont vu leur contrat résilié à la demande de leur assurance, « avec un préavis d’un à deux mois dans 11% des cas ».

    « Pas intéressant »

    « On a le sentiment, nous les maires, qu’on représente un petit marché qui n’est pas intéressant pour les assureurs, dénonce Frédéric Leturque, maire d’Arras et président de l’Association des maires de France du Pas-de-Calais (AMF 62). Avec le dérèglement climatique et l’aggravation des risques, on subit une hausse des primes, jusqu’à 200% pour certaines communes, et une non-réponse à nos appels d’offres ». L’AMF 62 recense une vingtaine de communes ayant des soucis d’assurabilité dans le département. France Assureurs, qui dit suivre le sujet depuis plusieurs années, reconnaît « un marché en difficulté en raison de la montée des risques, mais qui reste stable, nous n’observons pas de résiliations massives des contrats en 2024 ».

    À Arques dans l’Audomarois, la ville avait signé juste avant les inondations, son contrat pour quatre ans, « mais à l’issue d’une longue procédure et avec un seul assureur qui avait répondu à notre appel d’offres, signale le maire Benoît Roussel. Quand nous avons été inondés, notre assureur nous a fait un avenant avec une hausse de 30% de la prime sur les bâtiments, passant ainsi de 100 000 à 130 000 euros par an », dans une ville qui présentait une facture de 850 000 euros de dégâts sur ses bâtiments publics.

    Des solutions

    Si les collectivités parviennent encore à s’en sortir, « la situation n’est pas durable, appuie Frédéric Leturque. Il faut un changement de braquet ». Il esquisse des solutions : « Il faut encourager le regroupement des communes pour faire des appels d’offres ; il faut que l’État soit pressant afin que les assureurs répondent aux appels d’offres ; et qu’il garantisse certaines assurances car tout ne peut pas être tenu par le marché privé, dit-il. On s’interroge aussi sur la création d’une co-assurabilité, les collectivités mettent au pot commun, à l’échelle communautaire par exemple, pour avoir une enveloppe de soutien ».

    Par Aïcha Noui La Voix du Nord

    CollectivAssur, un soutien pour les collectivités en difficulté

    Le sujet de l’assurabilité des collectivités territoriales a émergé en 2023 après les émeutes qui ont causé 189 M d’euros de dégâts aux collectivités. Depuis, les alertes, notamment de l’Association des maires, se sont multipliées sur les risques d’inassurabilité, notamment en raison des événements climatiques. Commission interministérielle, Roquelaure des collectivités locales sur l’assurabilité pour trouver des solutions, création d’un guide des marchés publics d’assurance, et, parmi les dispositifs aboutis, la cellule CollectivAssur, lancée en juillet 2025 par France Assureurs : elle permet d’accompagner et d’aider les collectivités en difficulté à trouver une assurance. En France, 132 collectivités territoriales, – dont 52% de communes et 35 collectivités réellement sans assurance -, auraient à ce jour saisi la cellule.

  • [EQDD] Les paysans du Val de Saire confrontés à la montée des eaux

    [EQDD] Les paysans du Val de Saire confrontés à la montée des eaux

    Avec ses 350 kilomètres de bordures maritimes, la Manche est aux premières loges du changement climatique. Au nord-est du département, dans le Val de Saire, les submersions marines, désormais régulières en hiver, affectent l’activité agricole. « Le cordon dunaire se rétrécit et s’aplatit. Les premières brèches, qui ont laissé passer la mer, sont apparues en 2005 », indiquent les spécialistes du SyMEL, le Syndicat mixte espaces littoraux de la Manche.

    L’érosion touche 70% de la côte. Des infiltrations d’eau de mer gagnent jusqu’aux prairies plus éloignées. Entre Fermanville et Gatteville-le-Phare, la majorité des marais ne peut plus être exploitée par les éleveurs laitiers et allaitants (viande bovine). Dans ces zones humides, où les bovins ont toujours pâturé au printemps et en été, l’eau de mer se mélange désormais à l’eau pluviale au cours de l’hiver… Avec la progression de la salinisation, la qualité et la durée de pâturage se réduisent.

    Propriétaire de 236 ha, sur cette bande littorale de 20 km, le Conservatoire du littoral Normandie a signé dix-huit conventions avec des éleveurs de bovins, sur 122 ha, en s’inspirant du projet Adapto qui explore des solutions face à l’érosion et à la submersion marine. Objectif : anticiper les changements. Mais « on ne va pas ériger un mur de l’Atlantique pour empêcher les submersions marines ! », explique Régis Leymarie, délégué adjoint au Conservatoire du littoral Normandie.

    Dans le Val de Saire, le cahier des charges, imposé aux agriculteurs, passe par la réduction du nombre d’animaux, un pâturage retardé, quand le milieu naturel a changé (prairies humides, marais saumâtres). De nouvelles réserves foncières pourraient aussi être nécessaires pour assurer le repli stratégique des sièges d’exploitation.

    La salinisation y touche environ 15% de la surface agricole gérée par le SyMEL et propriété du Conservatoire du littoral. Aucun projet d’installation agricole n’est prévu dans les dix ans à venir. Les départs ne sont pas remplacés. Les vaches et les bœufs risquent bien de disparaître de cette bordure littorale.

    « Notre ferme sera un jour sous l’eau »

    À Ravenoville, à 800 mètres de la plage d’Utah Beach, Pierre Aubril ne se fait guère d’illusions. L’ancien maire a longtemps été producteur de lait bio, avant de transmettre son exploitation à son fils. « Un cadeau empoisonné…, confie-t-il amer. Notre ferme familiale sera un jour sous l’eau ». Une eau saumâtre a investi le gabion, à côté d’une parcelle où pâturent les vaches taries et les génisses de la ferme. « L’intrusion de l’eau de mer contamine les nappes phréatiques. »

    D’Utah Beach à Quinéville, sur une bande de 15 km de long, cordons dunaires et digues protègent encore de la montée des eaux. Mais une dizaine d’éleveurs bovins et équins sont sous la menace. « Ces prairies ont été gagnées sur la mer à partir du XVIIIe siècle. Les plus basses se situent à deux mètres sous le niveau des hautes mers. » Ces terres nourrissent, encore suffisamment, les 90 vaches normandes de la ferme. Le troupeau dispose de 60 hectares, en accès libre, autour de la stabulation. L’éleveur a récemment introduit quinze brebis dans les pâturages. « Peut-être que ces prairies deviendront, un jour, des prés-salés. Mon fils élève des vaches laitières. Ses enfants élèveront peut-être des moutons… Mais après ? Des oies ? Des saumons ? Les paysans vivent au pays et s’y adaptent. »

    Par Guillaume Le Du Ouest-France

  • [EQDD] Valérie Masson-Delmotte, Haut Conseil pour le Climat : « L’adaptation doit être pensée comme un chemin »

    [EQDD] Valérie Masson-Delmotte, Haut Conseil pour le Climat : « L’adaptation doit être pensée comme un chemin »

    Se préparer à un réchauffement de +4°C à la fin du siècle
    en France, est-ce un aveu d’échec ou un principe de réalisme
     ?

    C’est une forme de lucidité. L’Accord de Paris vise à limiter le réchauffement bien en dessous de +2°C, mais fin 2024, nous étions déjà à +1,36°C, principalement en raison des activités humaines. Si l’on suit les politiques actuelles, nous tendons vers un réchauffement global de +2,8°C à la fin du siècle, ce qui signifie environ +4°C sur le territoire français. Prendre ce chiffre ce n’est pas renoncer à l’atténuation (la réduction des émissions reste cruciale pour freiner la vitesse du changement), mais c’est reconnaître que nous devons protéger nos infrastructures critiques et nos aménagements de long terme face à ce futur plausible.

    Quels sont les risques
    climatiques que nous sous-estimons aujourd’hui
     ?

    On comprend mieux les vagues de chaleur, les sécheresses ou les inondations. En revanche, les événements combinés (chaleur et sécheresse, tempêtes à marée haute et pluies extrêmes à terre…) restent un peu dans l’angle mort… De même, les risques interconnectés sont encore peu pris en compte. En France, nous dépendons de chaînes d’approvisionnement mondiales qui peuvent être perturbées par des événements climatiques. Une sécheresse à Taïwan peut paralyser la production de puces électroniques, et des événements extrêmes dans les tropiques font déjà grimper les prix du café ou du cacao chez nous. On ne peut pas penser l’adaptation en France de manière isolée.

    On a l’impression que la santé devient un enjeu central
    de l’adaptation…

    Oui, clairement. La chaleur est une menace directe pour la santé. Malgré des progrès depuis 2003, il y a encore une surmortalité importante lors des épisodes de canicule. Cela révèle aussi des inégalités profondes : nous ne sommes pas tous égaux face aux fortes températures selon notre âge, notre métier ou notre lieu de vie. L’enjeu est aussi scolaire. Les épisodes de chaleur ne surviennent plus seulement au cœur de l’été, mais aussi pendant les périodes d’apprentissage. Adapter nos écoles est un impératif de santé et de bien-être.

    Au-delà de nos écoles, nos villes sont-elles adaptées aux chaleurs extrêmes ?

    Pas suffisamment. Mais il existe des solutions comme la végétalisation, la création d’îlots de fraîcheur, ou encore l’amélioration du confort thermique des bâtiments. Cela peut aussi aller de pair avec des villes plus respirables et plus vivables. Adapter nos villes, ce n’est pas seulement anticiper les risques, c’est aussi améliorer le quotidien et le bien-être des gens qui y habitent.

    Dans l’urgence, ne risque-t-on
    pas de prendre de mauvaises décisions, ce qu’on appelle parfois la «
     maladaptation » ?

    Le risque, c’est de vouloir maintenir coûte que coûte des pratiques qui ne tiendront pas sur la durée. Exemple : irriguer davantage des cultures très gourmandes en eau peut donner l’impression de gagner du temps. Mais si la ressource vient à manquer, tout s’écroule… L’enjeu, c’est de construire des transformations structurantes en examinant à la fois les bénéfices, mais aussi leurs effets indésirables potentiels sur la biodiversité ou les émissions de gaz à effet de serre. L’adaptation doit être pensée comme un chemin, pas comme un simple empilement de réponses dans l’urgence.

    Qui doit financer l’adaptation ?

    Nous payons déjà tous la « facture » via l’augmentation de nos primes assurances, mais l’action collective est la seule solution. L’État doit donner le cap, mais les territoires sont souvent en première ligne et manquent de moyens. Il faut mieux les accompagner, mais aussi faciliter leur endettement pour des projets résilients.

    Et renforcer la solidarité nationale pour accompagner, par exemple, le repli stratégique sur les littoraux, dans l’esprit du Fonds Barnier. Les assureurs ont sans doute aussi un rôle à jouer en orientant vers une reconstruction plus résiliente, plutôt qu’à l’identique…

    Quels sont les principaux leviers d’action ?

    Il faut passer d’une logique de réaction à une logique de prévention. Il y a un foisonnement d’initiatives inspirantes à l’échelle des territoires, mais cela reste encore trop hétérogène. Pour changer d’échelle, il faut sortir d’une organisation en « silos » pour adopter une approche horizontale et transverse. L’adaptation concerne à la fois les domaines de l’eau, de l’énergie, de l’agriculture, de la santé, du travail ou des infrastructures. C’est d’autant plus réalisable qu’elle est souvent perçue comme un sujet non partisan par les élus, l’adaptation touchant directement à la qualité de vie et à la sécurité des biens et des personnes.

    Sommes-nous engagés dans
    une course contre la montre
     ?

    En tout cas, nous sommes dans une course de vitesse : nos systèmes ont été pensés pour un climat qui n’existe déjà plus… Il faut accélérer ! L’enjeu, c’est de changer d’échelle et d’agir collectivement. S’adapter ne doit pas être perçu comme une contrainte : c’est vraiment une manière de se protéger collectivement, tout en améliorant notre quotidien.

  • L’Occitanie doit s’habituer aux fortes chaleurs

    L’Occitanie doit s’habituer aux fortes chaleurs

    « Les projections climatiques de Météo-France montrent des vagues de chaleur, plus intenses, plus fréquentes, plus longues et étalées sur une période plus étendue du printemps à l’automne », explique Florence Vaysse, prévisionniste pour Météo-France. « C’est la conséquence la plus visible du changement climatique que nous sommes en train de vivre », affirme cette dernière.

    Selon les projections de Météo-France fondées sur la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (Tracc), la température moyenne annuelle augmenterait en Occitanie de +2,2 °C à l’horizon 2050, et de +3,5 °C à l’horizon 2100. Un réchauffement légèrement supérieur à la moyenne nationale, accompagné d’hivers plus humides.

    À l’horizon 2050 en Occitanie, les températures estivales moyennes (juin, juillet, août) augmenteraient de l’ordre de +2,3 à +2,7 °C, les températures hivernales moyennes (décembre, janvier, février) augmenteraient quant à elles de +1,9 °C à +2,2 °C par rapport à la période 1976-2005. La chaleur est donc une composante avec laquelle il faudra apprendre à vivre.

    De plus en plus d’épisodes caniculaires

    Les plans de vigilances orange canicules ont été mis en place en 2004, suite à la canicule de 2003. Depuis 2006, les épisodes caniculaires ne cessent d’augmenter dans la région. « De 2004 à 2014 nous avons eu un été avec deux épisodes vigilances orange canicule, de 2015 à 2025 nous avons enregistré six étés impactés avec huit épisodes, dont 2023 et 2025 avec deux longs épisodes », détaille Florence Vaysse.

    « Les neuf températures les plus chaudes enregistrées à Montpellier-Fréjorgues datent toutes d’après 2017 », précise la prévisionniste. Des températures qui ont déjà dépassé les 40 °C à deux reprises : 40,3 °C le 16 août 2025 et 43,5 °C le 16 juin 2019.

    Selon Florence Vaysse, ces hausses de températures sont bel et bien une conséquence du dérèglement climatique. Des études comparent les évolutions de jours très chauds enregistrés depuis 1946 et les résultats ne laissent aucun doute quant à la direction. « Avant 1980 on enregistrait un à trois jours de temps en temps. Sur la période de 2016-2025, dernière décade, on relève 50 jours très chauds soit cinq par été en moyenne dont 16 jours en 2025 », alerte Florence Vaysse. Des résultats de mauvais augure pour la suite.

  • Le Jour de la Terre pour une « transition douce »

    Le Jour de la Terre pour une « transition douce »

    « Depuis le 16 mars, nous menons une campagne de sensibilisation dans tout le pays pour montrer que la sobriété peut être heureuse et accessible. Il n’est pas question de privation mais de transition douce. Revoir ses habitudes de consommation et s’adapter aux enjeux climatiques actuels », explique Dianeva Gerard-Parmentier, responsable de la communication du Geres qui pilote depuis près de cinq ans le Jour de la Terre en France.

    Comme chaque année, l’ONG promeut plusieurs initiatives environnementales dans le pays. Découverte des espaces naturels de la Mayenne, randonnée dans Le Mans… Ainsi que des activités dans la région avec une visite guidée au musée de la lavande dans le Luberon. Des ateliers « légers et agréables », pour éveiller les consciences de manière « plus douce » comme le raconte Dianeva. « Le Geres mise sur l’accessibilité, avec des changements d’habitudes à portée de tous. Nous favorisons la régulation de la consommation et les modes de transport verts plutôt que des interdictions ou injonctions qui pourraient peser sur certains », poursuit-elle. Bien que cette journée soit spéciale, c’est tout au long de l’année que la structure mène ses actions en faveur de la transition écologique et solidaire. Implantée à Aubagne, elle intervient en France ainsi que dans différents pays du monde pour les soutenir et les « accompagner dans leur transition énergétique », ajoute la responsable communication.

    Des actions qui dépassent les frontières

    Maroc, Mali, Togo, Cambodge, le Geres déploie ses actions de rénovation dans une partie de l’Afrique et de l’Asie. L’objectif : répondre à des enjeux climatiques et sanitaires. « Certains modèles de cuisson et de chauffage sont sources d’émanations toxiques. C’est sur cela que nous concentrons nos efforts. Afin de diffuser des alternatives moins nocives pour l’humain et plus durables », expose Dianela. Les différentes actions de développement menées par l’organisation seront présentées sous forme de photos vendredi et samedi. À l’occasion des 72 heures de l’écologie coproduites par la Cité des Transitions, l’exposition se tiendra à Marseille, au Fronton rue de Lyon (15e).

    plus d’information : geres.eu

  • Montpellier lance le programme Adaptoneau

    Montpellier lance le programme Adaptoneau

    « Il s’agit de mener une action territoriale plus poussée sur des zones expérimentales dans lesquelles on va mener une politique coordonnée pour adapter l’usage de l’eau au changement climatique », explique René Revol, délégué à la gestion raisonnée, écologique et solidaire de l’eau et président de la Régie publique des eaux de la Métropole.

    Retenu dans le cadre d’un appel à manifestation d’intérêt lancé par l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, le projet Adaptoneau, porté par la Métropole de Montpellier, consiste à décliner un plan pour l’eau et l’adaptation au changement climatique sur un territoire regroupant les quartiers Mosson/Cévennes/
    CHRU/Bouisses. Situé à l’ouest de Montpellier, ce territoire regroupe des quartiers prioritaires de la ville, des quartiers avec des habitats construits dans les années 50-70, des hôpitaux, des universités, lycées et collèges, des zones d’activités et des zones d’habitations plus récentes (ZAC). Ainsi que des espaces aquatiques naturels, puisque la Mosson et le Verdanson traversent la zone.

    Lancé officiellement le 13 novembre, ce programme d’actions d’un montant global de près de 4 millions d’euros financés pour moitié par l’Agence de l’eau s’étalera sur 3 ans, jusqu’en 2028. Il s’articule autour de cinq axes principaux.

    Lutte contre les inondations, les fuites…

    Tout d’abord « la lutte contre les inondations par la renaturation des cours d’eau », Mosson et Verdanson. « L’eau, quand elle abonde, déborde sur des zones urbanisées. Il faut au contraire lui permettre de s’étendre sur des zones naturelles. » Une démarche qui va de pair avec la désimperméabilisation des sols, « pour que l’eau ruisselle moins et pénètre davantage les sols », notamment en accompagnement du renouvellement urbain sur les secteurs Anru Mosson et Cévennes.

    Autre objectif contenu dans ce plan : la sécurisation de la distribution d’eau potable et la lutte contre les fuites. « La zone urbaine ciblée a des tuyaux qui datent des années 50-60, donc il faut les changer. Partout où le tram est passé ça a été fait mais pas ailleurs. Il y a donc tout un programme de lutte contre les fuites et de remplacement des réseaux », indique le président de la Régie.

    Le développement de l’agroécologie constitue également l’un des volets du projet, avec notamment les expérimentations de cultures économes en eau sur l’agriparc des Bouisses. Enfin, le programme comporte un axe pédagogique autour de la sobriété des usages de l’eau. « La stratégie de la Régie, avec les 15 premiers mètres cube gratuits puis une progressivité qui sanctionne ceux qui gaspillent trop d’eau, sera soutenue par l’Agence de l’eau dans le cadre de ce programme. On va également mener des actions de sensibilisation aux économies d’eau sur ces quartiers. On peut aussi offrir des mousseurs, qui font diminuer le débit d’eau », détaille René Revol.

  • Montpellier végétalise pour « rafraîchir » la ville

    Montpellier végétalise pour « rafraîchir » la ville

    Le 27 juin 2019, sur la place de la Comédie, il a fait 49 degrés. Les gens fuyaient  », se souvient Michaël Delafosse. « Et à l’horizon 2050, on nous annonce potentiellement le climat d’Alger ». Nous sommes le 21 mai dernier. Le maire de Montpellier vient de signer, avec Sylvain Waserman, président directeur général de l’Agence de la transition écologique Ademe, la charte « Plus fraîche ma ville », qui vise à structurer et renforcer les politiques locales d’adaptation au changement climatique, avec un accent particulier mis sur la lutte contre les îlots de chaleur urbains.

    Cette signature s’est déroulée symboliquement sur l’Esplanade Charles de Gaulle, où la Ville a réalisé d’importants travaux de végétalisation, désimperméabilisation et rafraîchissement. « Ces travaux nous permettront de réduire les températures de 2 à 7°C », explique Michaël Delafosse.

    Une démarche qui s’inscrit dans la continuité des actions menées depuis 2020 par la municipalité afin d’adapter l’espace urbain au changement climatique. Au premier rang desquelles la désimperméabilisation (de l’ordre de 20 ha sur la ville sur la durée du mandat, sachant qu’un sol de végétation ou de terre absorbe beaucoup plus la chaleur qu’un sol d’un autre type) et la plantation de 50 000 arbres – but qui devrait être atteint en début d’année prochaine – « pour créer de l’ombre et avoir une ville plus fraîche en période de canicule  », explique l’écologiste Stéphane Jouault. « L’adaptation consiste à planter des arbres mais aussi à diversifier les essences, car on ne sait pas exactement quelles sont celles qui résisteront au climat », poursuit l’adjoint en charge de la nature en ville et de la biodiversité.

    « On ne peut plus faire autrement »

    « Dès que cela a été possible en centre-ville, on a donc planté des arbres. Il y a en aura 7, par exemple, sur la place des Martyrs de la Résistance, devant la préfecture, dont les travaux sont en train de se terminer. L’objectif étant clairement de rafraîchir ce point dur de chaleur », illustre l’élu. Idem pour la place Max Rouquette, entièrement rénovée, où l’ancien parking des Arceaux a été remplacé par une « place-jardin » plantée de 130 nouveaux arbres, dont un tiers de la surface a été désimperméabilisée.

    La Ville encadre et encourage également le microfleurissement des rues. Objectif  : accompagner le citoyen dans son projet de végétalisation de l’espace public. Ces dispositifs de plantes grimpantes de long des façades « permettent de rafraîchir beaucoup l’intérieur des logements », assure Stéphane Jouault. Dans le quartier de la Méditerranée, où le microfleurissement est assez répandu, « un habitant nous disait dernièrement qu’entre son immeuble et celui d’à côté, il pouvait y avoir 5 degrés de différence en été ». Les habitants volontaires peuvent faire la demande d’un bon de végétalisation à la Ville. Les services municipaux s’occupent ensuite de la percée du trottoir en pied de façade, où la plante offerte par la collectivité pourra être mise en terre. À charge ensuite, pour les habitants, de l’arroser et l’entretenir.

    « C’est un dispositif très efficace, qui permet de rafraîchir là où on ne peut pas mettre d’arbres. Et ça prend bien : on a distribué 2 000 bons de végétalisation sur les microfleurissements en 5 ans », souligne Stéphane Jouault. « Aujourd’hui on fait une proposition et on attend que les gens viennent vers nous. Pour la suite, l’idée serait d’aller davantage à la rencontre des habitants pour les motiver, en sélectionnant des rues qui nous semblent propices et doivent être rafraîchies.  » Dans le même ordre d’idée, la Ville propose également un bon de végétalisation pour un don d’arbres fruitiers. « La majorité de l’espace est privée. C’est donc très bien de végétaliser l’espace public, mais c’est important aussi d’encourager la végétalisation de l’espace privé, car ça participe au rafraîchissement de la ville. »

    La municipalité s’attelle par ailleurs, depuis plusieurs années, à un problème de taille : adapter ses écoles aux températures estivales qui les transforment en chaudron, au point que tous les ans des parents se mobilisent pour alerter sur les températures relevées dans les classes (jusqu’à 36 – 38 degrés). « Un programme de rénovation thermique de certaines écoles est en cours. L’idée, ensuite, est d’avoir une salle climatisée dans chaque école – je crois qu’on y arrive bientôt – et d’installer des plafonniers dans les classes. Sans oublier la végétalisation des cours. On désimperméabilise et on plante le plus possible dans les écoles. » Une adaptation au long cours qui demande de gros investissements, mais « on ne peut plus faire autrement, il faut penser la ville dans ce sens-là. »

  • Ces associations mobilisent la jeunesse avant la COP30

    Ces associations mobilisent la jeunesse avant la COP30

    Près de la place Castellane, dans les locaux de leur fédération, les associations Air et Moi et AtmoSud préparent un échange intercontinental en visioconférence. Autour de la table, Victor Hugo Espinosa fondateur d’Air et Moi, qui délivre des formations sur la pollution de l’air. Mais aussi Dominique Robin, d’AtmoSud, structure qui s’intéresse à la qualité de l’air en Paca.

    De l’autre côté, l’écran projeté donne la parole à neuf intervenants. Huit coordinateurs du Réseau Climat Jeunesse, association regroupant 1 600 jeunes de 26 pays francophones autour des défis liés à l’environnement. Un membre de l’Institut de la Francophonie pour le développement durable est aussi présent. Ils sont en direct du Tchad, Burundi, Côté d’Ivoire, Guinée, Mali, Congo…

    « Prise de conscience »

    Cette réunion a permis à Victor Hugo Espinosa et Dominique Robin de présenter leurs diverses actions, menées pour préserver la santé sur toute la planète (humains comme biodiversité) face à divers facteurs extérieurs (maladies, pollution de l’air, déforestation…). Un rendez-vous organisé en amont de la COP30, conférence mondiale sur le climat organisée par l’ONU, qui se tiendra du 10 au 21 novembre, à Belém, au Brésil. Cet événement mondial accueillera 50 000 personnes. Parmi elles, Victor Hugo Espinosa et Dominique Robin.

    Ils veulent soutenir et encourager le Réseau Climat Jeunesse, comme le précisent les deux associations : « Le but est de mettre en avant les actions des jeunes de chaque pays ainsi que leurs différents projets pour 2026. » Jusqu’ici, Victor Hugo Espinosa et Dominique Robin sensibilisaient les jeunes à l’importance de la qualité de l’air et partageaient des contenus pédagogiques. C’est dans ce cadre que l’association Air et Moi a été sollicitée par le Réseau Climat Jeunesse. Victor Hugo Espinosa et Dominique Robin rejoindront le Brésil avec deux capteurs multipolluants open source, des outils d’AtmoSud destinés à mesurer la qualité de l’air. « La qualité de l’air est une urgence qu’on peut traiter sur la dynamique des COP, estime Victor Hugo Espinosa. La prise de conscience liée à la santé est croissante. L’OMS ne peut plus parler de la santé elle-même sans parler de la santé de la planète », ajoute-t-il. Selon l’OMS, une personne sur trois est asthmatique ou allergique.

    Ils mettent en avant ce large réseau international relayant leurs actions locales (reboisement, gestion des déchets, recyclage…). « Les jeunes du monde entier se rendent compte qu’il y a des associations qui œuvrent dans leur pays. Chez les jeunes, la morale ne passe plus. Il faut informer », note Victor Hugo Espinosa.

    Aurélie Laborde

    L’IRD et ses partenaires lancent la caravane fluviale

    L’Institut de recherche pour le développement (IRD), établissement français public, étudie les évolutions du climat et de leurs impacts environnementaux, sociaux, économiques et sanitaires. Avec ses partenaires, il lance une caravane fluviale scientifique et interculturelle, qui naviguera sur le fleuve Amazone, à partir du 28 octobre, jusqu’à la fin de la COP30. Une initiative innovante issue d’un partenariat étroit entre institutions brésiliennes et françaises autour des enjeux climatiques. M.-L.T.