Tag: accidents

  • Un policier en roue libre avec des délinquants marseillais

    Un policier en roue libre avec des délinquants marseillais

    Détournements de fichiers, violation du secret professionnel, révélation d’informations sur une enquête, exercice d’activité commerciale extraprofessionnelle. Ce combo d’infractions a valu à un enquêteur en police judiciaire affecté dans un commissariat de Paris de comparaître la semaine dernière à Marseille. Il s’est vu requérir deux ans de prison avec sursis et l’interdiction définitive d’exercer. Au vu de la gravité des faits, il a été révoqué en mai 2025 sur avis unanime du conseil de discipline.

    À l’origine de la procédure, la plainte en mars 2023 d’une infirmière contactée par son ex qui se vante de tenir des infos sur sa vie privée d’une connaissance policière. Ce « mauvais plan drague » d’un individu condamné pour stup, vol et agression sexuelle allait entraîner la chute de Lotfi T., 33 ans, un policier à la dérive.

    À la barre, l’ex-policier dit avoir « agi avec discernement pour un échange d’informations » avec une connaissance de parties de cartes. « Il m’a dit qu’il cherchait à recontacter son ex. En contrepartie, j’allais avoir une information importante pour la BRI [Brigade de recherche et d’intervention] », assure le prévenu qui espérait en retour une mutation dans le renseignement territorial. Si l’information a permis d’élucider une affaire d’extorsion de restaurateurs, son recueil échappe au cadre légal. « J’ai été dépassé par ma vocation de policier. Je reconnais que c’est assez grave. Je présente mes excuses à la victime », dit-il.

    L’ex-flic décrit comme peu fiable multiplie les incidents. En mai 2022, il est signalé cité des Aygalades, jouant à la pétanque avec son arme de service sous son t-shirt. Il est régulièrement en maladie. « 1 250 jours d’arrêt de travail en 6 ans » compte le président Pascal Gand. « J’ai eu deux accidents de moto et une triple fracture de vertèbres. » – « Et l’achat d’une moto électrique, c’est compatible avec vos vertèbres ? » cingle le juge. En février 2024, en arrêt maladie, il est impliqué dans une rixe à 3h30 dans une boîte de nuit marseillaise et n’informe pas sa hiérarchie du vol dans son sac à dos de son terminal Neo.

    L’enquête révèle que la nuit il consultait les fichiers. « Des consultations problématiques pendant vos arrêts maladie et sur des délinquants marseillais… » – « On nous apprend à être policier H24. J’ai grandi entre la Busserine et Fontvert. Entre le sport et la musique, j’ai connu beaucoup de monde. C’est compliqué en tant que policier mais je ne vais pas les ignorer » glisse le prévenu qui dit avoir agi « sans contrepartie ». Il lui est aussi reproché d’avoir géré un snack, une société de sécurité en dépit d’une interdiction du tribunal de commerce suite à une faillite.

    Pour le procureur Mathieu Vernaudon, « c’est le portrait d’un policier en roue libre qui a un sentiment de toute-puissance. Il s’est affranchi de tous les cadres. S’il peut jeter cette femme sous le bus dans son intérêt il le fera ».

    Délibéré le 5 octobre.

  • [Protoxyde d’azote] Bientôt un grand plan de prévention en Occitanie

    [Protoxyde d’azote] Bientôt un grand plan de prévention en Occitanie

    Des petites capsules ou des grosses bonbonnes qui finissent le plus souvent dans la nature. Le détournement de l’usage du protoxyde d’azote comme gaz hilarant est si répandu qu’aucune ville n’y échappe désormais.

    Si elle a un coût environnemental non négligeable, cette nouvelle pratique fait surtout peser des risques pour la santé publique des jeunes friands de cette nouvelle méthode pour planer à moindres frais. Selon le baromètre Ipsos commandé par la Macif en juin 2026, pas moins de 12% des jeunes âgés de 16 à 30 ans ont déjà expérimenté le protoxyde d’azote comme euphorisant.

    Un phénomène de « mode » grandissant – même les villages sont touchés – qui pousse les pouvoirs publics à réagir. À l’image de Michaël Delafosse (PS) à Montpellier, les maires commencent à prendre des arrêtés municipaux pour interdire la consommation de ce produit sur la voie publique.

    Mais comme toujours, le seul volet répressif ne saurait être une réponse efficace contre ce qui constitue déjà un début de fléau sanitaire. Voilà pourquoi, en attendant que les parlementaires légifèrent, les pouvoirs publics se penchent sur le sujet. Lors de sa conférence de presse de rentrée, Carole Delga (PS) a indiqué que la Région Occitanie et le rectorat de l’académie de Montpellier travaillaient de concert avec l’Agence régionale de santé (ARS) et les acteurs de la prévention à l’élaboration d’un grand plan de prévention. « Une grande concertation va être lancée avec le Rectorat suite au travail au printemps. Un grand plan de prévention sera présenté d’ici l’automne », révèle la présidente de Région.

    Un kit d’action pour les maires et professionnels de l’éducation

    Si rien n’est encore gravé dans le marbre, on connaît déjà quelques actions qui seront mises en œuvre à l’échelle régionale dans le futur plan de prévention. Une « campagne de sensibilisation » sera déployée dans les lycées et les transports scolaires Lio. Un « kit d’action », dont le contenu n’a pas encore été révélé, sera mis à disposition des maires et des professionnels de l’éducation pour les aider à trouver la parade sur le terrain. On sait aussi qu’une « réflexion » est en cours sur l’enjeu de la collecte et du traitement problématique des bonbonnes abandonnées.

    L’Occitanie étant l’une des régions les plus touchées par l’usage détourné du protoxyde d’azote, le sujet est pris au sérieux. Car la consommation de ce produit entraîne des troubles neurologiques, des problèmes cardiovasculaires et des pertes de connaissance qui peuvent aussi générer des accidents de la route.

    Des interdictions très strictes

    Au plan national, la première loi (juin 2021) interdit la vente ou l’offre de protoxyde d’azote aux mineurs et aux majeurs dans les débits de boissons et de tabac.

    Depuis août 2026, la loi Ripost a durci l’arsenal. L’inhalation hors cadre médical devient un délit puni d’un an de prison et jusqu’à 3 750 euros d’amende. Le transport sans motif légitime est passible de 2 ans de prison et 7 500 euros d’amende. Enfin, la conduite sous emprise est réprimée de 3 ans de prison et 9 000 euros d’amende.

    Dans le Gard, un arrêté préfectoral interdit depuis début 2026 l’usage récréatif, la détention et la consommation dans tout l’espace public, ainsi que le transport et l’abandon de bonbonnes. À Nîmes, la Ville verbalise la consommation et le jet de détritus. Même logique dans l’Hérault où les mineurs sont ciblés dans l’arrêté. À Montpellier, outre l’interdiction de consommation sur la voie publique, le maire Michaël Delafosse (PS) a pris un arrêté interdisant la vente de protoxyde d’azote dans les épiceries de nuit.

    R.C.

  • Les habitants de Vergons sans réseau téléphonique depuis un mois

    Les habitants de Vergons sans réseau téléphonique depuis un mois

    Les habitats du village de Vergons, près du lac de Castillon, se retrouvent sans réseau téléphonique depuis une panne sur le relais Bouygues, qui opère pour le compte des quatre opérateurs Orange, Free et SFR, le 2 août. « La ligne est obsolète. Ils m’ont annoncé qu’il faudrait des mois pour la changer », explique le maire du village, Martial Joubert (DVD). Ce dernier menace de porter plainte contre Bouygues pour mise en danger de la vie d’autrui, alors que les secours sont difficilement joignables sans réseau dans le village en cas d’accident, très courants : seize en quatre ans, selon l’édile. « La route est hyper dangereuse, accidentogène, il y en a qui roulent à 110 km/h au lieu de 50 », regrette-t-il.

    « C’est plus que dangereux », lance le maire, d’autant plus qu’environ la moitié des habitations du village sont des résidences secondaires, sans wifi ou téléphone fixe : leurs occupants se retrouvent ainsi sans aucun moyen de communication ou d’appeler les secours en cas de besoin.

    Des habitants qui

    se sentent « abandonnés »

    Ces coupures de réseau sont récurrentes dans le village depuis plusieurs années. « Dès qu’il y a de la pluie ou de l’orage, on ne capte plus rien, et cela peut durer deux ou trois jours », déplore l’édile. Cela est dû, selon lui, à un manque d’entretien du relais. « J’ai un relais qui est complètement détérioré, parce qu’il n’a pas eu de maintenance pendant plusieurs années », affirme-t-il. Coupés du monde, entre ces coupures de réseau et la fermeture de la route nationale pendant 11 semaines, des habitants du village isolé ont menacé de couper le Tour de France Femmes, qui le traversait, avec des banderoles en protestation. Si le maire a réussi à les en dissuader, la colère persiste. « Je suis sur une poudrière. Ils considèrent qu’ils sont complètement abandonnés » , regrette le maire. Le seul restaurant du village, privé de tout commerce, a dû fermer pour deux mois et demi, dépendant du passage de la route nationale. Contacté, Bouygues n’a pu répondre dans l’immédiat. Après avoir été sollicité, l’opérateur téléphonique a annoncé jeudi au maire lancer des travaux la semaine prochaine, espérant rétablir le réseau entre le 1er et le 15 octobre.

  • Avant la plage, arrêt sécurité avec la CRS autoroutière

    Avant la plage, arrêt sécurité avec la CRS autoroutière

    À quelques jours d’un week-end chargé dans le sens des retours a déjà prévenu Bison Futé, la CRS autoroutière de Provence reste comme toute l’année sur la brèche. En ce mercredi matin, les agents se préparent à installer un point de contrôle sur l’A55, à la sortie de Carry-le-Rouet. Un « axe Marseille-Côte Bleue très fréquenté en cette période », la route de la plage, explique lors du briefing au PC Nord leur commandant, Rémi Labedade. Il s’agit de faire dans « l’aléatoire », avec dépistage de stup’ si nécessaire et vérification des permis, identités et assurances. « Je vous demanderai aussi de rappeler à ceux qui fument que jeter son mégot par la fenêtre est très dangereux en ce moment », ajoute la préfète de police déléguée, Corinne Simon.

    Sur site, il suffit de quelques minutes pour que les CRS fassent mouche. Comme ce scootériste fosséen, 46 ans, qui présente un défaut d’assurance. Il reconnaît volontiers n’avoir pas réglé sa facture depuis mai. Son véhicule immobilisé, il pourra repartir après s’être réassuré par téléphone et moyennant une amende de 600 euros qu’il tentera de marchander. Un motard, au permis suspendu pour excès de vitesse supérieur à 50 kilomètres heure se fait prendre aussi. Il avait juste « envie d’aller à la mer ». Des conducteurs de deux-roues, tous en shorts et tee-shirts, à la merci de la moindre chute s’inquiète la préfète.

    Balade en famille

    sous cocaïne et cannabis

    « Il fait chaud certes mais nous sommes là aussi pour rappeler les bons gestes », estime-t-elle avant de détailler les chiffres de la sécurité routière. « 12% de moins d’accidents depuis janvier avec 6% de moins de blessés, mais un mort de plus avec 59 tués contre 58, l’an dernier. Ce qui veut dire que les accidents sont beaucoup plus violents. Quand on regarde sur les 59 personnes qui ont perdu la vie, nous avons 40% de deux-roues », indique-t-elle.

    Le commandant Labedade pointe lui cette « banalisation de certains délits routiers » avec des « gens qui ne se rendent pas compte, qui considèrent qu’ils conduisent bien et ne tiennent pas compte des autres ». Comme cette petite famille dont les enfants ne sont pas attachés à l’arrière. Arrive un exemple encore plus flagrant avec ce couple et leurs deux gamins. Le conducteur a son permis déjà suspendu et a consommé de la cocaïne et du cannabis. Le papa va partir en garde-à-vue, la maman au volant, sous le regard des petits qui pleurent.

    La conduite sous stupéfiants, souvent « le joint de la veille », est monnaie courante assurent les CRS. Lors des contrôles du soir, s’ajoute l’alcool, consommé lors du pique-nique à la plage, et la nuit, les « Fangio » qui se piquent de pointes à 180 kilomètres heure pour une vitesse limitée à 70. Entre Marseille et Toulon, quelque 260 CRS veillent toute l’année sur les axes autoroutiers.

  • [C’est l’été] Michel, mécano et copilote de choc

    [C’est l’été] Michel, mécano et copilote de choc

    Si on le cherche, il est souvent dans le grand hangar, tôt le matin et tard le soir, à prendre soin d’un outil de travail qu’il connaît sur le bout des doigts. Michel Romani, mécanicien opérateur de bord, « l’acronyme c’est MOB », détaille-t-il, a pour mission de préparer et vérifier que mécaniquement, l’hélicoptère de la Sécurité civile est apte au vol. À savoir un Dragon H145 D3 de chez Airbus Helicopters tout neuf, un beau bébé à 14 millions d’euros, dotés de moteurs plus puissants que son prédécesseur et capable aussi de transporter 800 litres d’eau, s’il est équipé en conséquence, pour se transformer en bombardier en cas d’incendie.

    « Je vérifie tous les éléments et je prépare l’appareil à sa journée de travail », précise-t-il en sortant la bête à l’extérieur du hangar au moyen d’une remorque télécommandée. Une maintenance qui « peut durer une demi-heure, trois quarts d’heure, une heure ». « On essaie le moins possible de pénaliser les missions. On essaie de faire ça très tôt le matin ou le soir », ajoute-t-il.

    À bord, Michel Romani aide aussi le pilote à la conduite de l’engin, « on est les seuls à travailler dans le monde comme ça ». L’idée : apprécier au mieux la situation technique. Sur « certaines zones qui ne sont pas forcément proches de notre base, ça permet d’échanger en disant “Tiens t’as vu ce qu’on a eu comme voyant, qu’est-ce que t’en penses ? On peut rentrer, on peut pas rentrer, c’est dangereux…”. Et après, derrière, il y a une décision commune qui s’établit pour le projet d’action. » Il faut aussi tenir compte des 2h45 d’autonomie maximum même si « un petit réservoir supplémentaire donne 45 minutes supplémentaires », ajoute le mécano copilote. Si le travail relève avant tout d’une « osmose interne de l’équipe », la préparation reste cruciale. « Il y a beaucoup de discussions avant d’aller travailler sur une zone, qu’on appelle une zone de chantier. On va repérer l’environnement dans un premier temps. C’est-à-dire s’affranchir des lignes électriques, des arbres, l’aérologie, dans quel sens arrive le vent… Tous ces paramètres à prendre en compte pendant le vol », détaille-t-il avant de dérouler une « check-list ». « On va se dire des choses qui sont répétitives. On énonce des acronymes qui nous servent de pense-bête », ajoute Michel Romani. Une indispensable routine sans tomber non plus dedans, des instructeurs venant recadrer tous les 6 mois.

    Une technologie qui aide

    à la décision

    La technologie aide aussi à la prise de décision : « On navigue avec des systèmes qui sont très rassurants même si ce n’est pas pour autant que l’on n’est pas exposé aux nuages, au brouillard… »

    Militaire dans l’aviation légère de l’Armée de terre pendant 18 ans puis rentré chez EADS (qui deviendra Airbus), fin 2001, Michel Romani bénéficie aussi de son expérience. Agent technique durant 4 ans dans un bureau d’ingénierie, il a touché à la conception des appareils. « J’ai découvert une autre facette du métier, j’ai vu l’autre côté, le développement, la fabrication. Donc j’ai commencé par le Tigre et j’ai fini sur le NH90, avec un petit peu de Super Puma Marc 2 Plus mais très peu. J’ai participé à mon petit niveau » raconte-t-il, intéressé par « la technicité, le développement d’un aéronef ». Mais l’appel du vol est le plus fort. Il embarque pour un CDI contractuel dans la Sécurité civile en 2005. « On n’est pas fonctionnaire, et si l’État demain décide de se séparer des 40 hélicoptères et bien on fait partie du lot », explique-t-il.

    « Dans la Sécu, on n’attend pas la réalisation dans 4 ans, le résultat, on l’a tout de suite et on a la satisfaction d’avoir été utile. C’est un mélange de plaisir, parce qu’on est payés pour faire quelque chose qu’on aime mais à côté de ça, on ne se balade pas non plus, notre métier c’est d’être au service des personnes », pose-t-il. Et d’insister : « Sans passion, on ne peut pas faire ça. Ce n’est pas possible. Parce qu’il y a trop de contraintes. On travaille les week-ends, les jours fériés, à Noël, au jour de l’An… C’est 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Voilà, on est là pour ça. » La passion, un point commun aux 80 personnes qui travaillent à la base, et qui donne aussi « de l’énergie » quand « tout le monde est super motivé » se réjouit Michel qui ajoute l’envie de « former les jeunes », souvent des quarantenaires pour l’aéronautique, qui viennent en grande partie de l’armée et entament une deuxième carrière.

    Le mental compte aussi quand les interventions s’enchaînent. « C’est vrai, on est détachés, et il le faut car on affronte souvent des trucs un peu graves », convient-il évoquant ce moment « avant Noël, vers Lançon-Provence, où il y avait eu un accident avec deux voitures. Un véhicule a été coupé en deux, la jeune conductrice est morte car elle était au téléphone. Elle a glissé et l’autre conducteur l’a vue arriver sur lui. On en parle suffisamment, il y a des campagnes, mais la réalité est là pour rappeler les conséquences », témoigne-t-il. Il se souvient également d’une mission au début de sa carrière, en Guadeloupe lors des mouvements sociaux de 2009. « On avait récupéré un môme de 11 ou 12 ans qui était en train de se noyer. Il faisait le bouchon, il s’était épuisé à nager pour revenir. On l’a sorti de l’eau et on l’a emmené à l’hôpital. C’est la partie gratifiante du métier, on se dit qu’on a servi à quelque chose », sourit-il. Il est aussi intervenu lors « des inondations, la tempête Alex… On se retrouve à sortir les gens à moitié nus par les Velux sur les toits… »

    Mais pas question de se relâcher : « Ici finalement, on ne se repose pas, c’est une remise en question permanente », apprécie Michel Romani avant de repartir vérifier son treuil.

  • [Entretien] Vincent Laforge, médecin urgentiste : « J’ai voulu un témoignage concret, au ras du bitume »

    [Entretien] Vincent Laforge, médecin urgentiste : « J’ai voulu un témoignage concret, au ras du bitume »

    Expert en balistique lésionnelle, l’urgentiste a dû raccrocher pour raisons de santé, mais à grand renfort d’anecdotes, son livre nous plonge dans un quotidien hors-norme.

    La Marseillaise : Fusillades, accidents, tentatives de suicide, naissances d’urgence… Vous nous livrez une série d’histoires au plus près du réel. Pourquoi avoir choisi ce ton ?

    Vincent Laforge : [Il sourit] Parce que ça m’a été demandé par le responsable de la collection, Jacques Dallest*, pour accrocher le lecteur, mais de toute façon, je l’aurais fait quand même. C’est la vérité, c’est comme ça que ça se passe. J’ai voulu être concret, au ras du bitume.

    Ce sont aussi des histoires
    de camaraderie, teintées d’humour, dans une ville de Marseille qui vous touche…

    V.L. : Il y a un rôle très important des équipes, aussi parce que si, en partant d’une intervention, on se met tous à pleurer dans les bras des uns et des autres, on ne va pas tenir. On se fait confiance, on a noué des liens d’amitié durables, pour la vie. C’est une façon de se protéger. Il y a des interventions particulièrement dramatiques, tristes. Je vous renvoie à celle où il y a une défenestrée de 16 ans. La pauvre gamine… [Il est ému] On a fait ce qu’on a pu, mais on n’a rien pu. J’étais légitimement en colère. Quand je passe rue Paradis j’y pense encore. Quant à Marseille, c’est une espèce de sentiment d’affection et de répulsion en même temps. Elle a ce côté sympa, la mer, et puis, les quartiers Nord, au mois de décembre, à 2h du matin. Il y a une fois, j’ai eu cinq morts dans la matinée, c’est difficile.

    Vous témoignez aussi d’un métier qui a largement évolué, dont vous avez apprécié le côté artisanal. êtes-vous nostalgique d’une époque ?

    V.L. : J’ai été obligé d’arrêter en raison d’un quadruple pontage. Cela a été dur quand mon médecin chef m’a dit que je n’avais plus droit au stress, plus de nuit, plus rien. Je parle beaucoup de certains médecins de Gonesse, dont j’ai été l’élève. Je ne voudrais pas porter un regard trop sévère sur mes jeunes collègues. Ils font ce pour quoi ils ont été formés. Ils sont beaucoup plus forts que moi, ont tous passé à un concours très difficile que je n’ai pas passé. Mais, avant, on faisait avec ce qu’on avait, avec notre expérience et le matériel qui était ce qu’il était. Mais l’interrogatoire du patient, c’est 75% de l’examen clinique. Et puis dans l’artisanat, il y a aussi l’amour du travail bien fait. À chaque fois, je me demandais « qu’est-ce que je pourrais faire de plus ? ».

    Vous restez réserviste chez les pompiers de Paris. Médecin urgentiste, c’est pour la vie ?

    V.L. : J’ai exercé dans un hôpital, c’est un monde impitoyable, c’est la médecine de terrain qui m’intéresse. Il y a un côté « prima donna » aussi. Il faut être honnête. Quand on arrive sur l’intervention, tous les feux des projecteurs sont sur vous. Mais en même temps, vous êtes obligé d’être dans l’action et d’être efficace aussi. C’est particulièrement vrai pour des interventions multivictimes. On a vraiment été formés pour ça, comme pour la prise d’otage à la tour Méditerranée. On apprend à ne pas arriver sous le feu. J’en suis au point où, aujourd’hui, quand je vais dans un magasin, je me dis la sortie est là, l’entrée ici, j’organiserais mon poste médical avancé comme ça…

    Ce livre est-il aussi un message aux nouvelles générations de médecins ?

    V.L. : Je n’ai pas voulu faire un livre de médecine où j’explique aux jeunes ce qu’il faut faire, ils trouveront par eux-mêmes. Je trouve que c’est odieux, les vieux cons qui veulent pontifier. Non, j’ai écrit pour ma petite-fille, qui a 2 ans. C’est à elle qu’est dédié le livre. C’est un legs, une forme de témoignage. Car cette transmission, je ne l’ai pas eue. J’ai beaucoup regretté que mon père, en particulier, ne raconte pas sa campagne de Normandie, tout comme mes grands-pères, qui ont tous deux participé à la Première Guerre mondiale. Je suis allé aux archives, à Vincennes, j’ai découvert mon grand-père, que je n’avais pas connu, était médecin. J’ai découvert des choses extraordinaires.

    Pensez-vous écrire une suite ?

    V.L. : Je ne sais pas, pourquoi pas. J’ai encore plein d’histoires. Quand je me promène dans Marseille, je me souviens : là une explosion de gaz, devant l’Hôtel-Dieu un arrêt [cardiaque], un accouchement difficile rue de la République… C’est mon premier ouvrage grand public, mais j’en ai écrit deux plus techniques. L’un intitulé La chair et le plomb sur les plaies par arme à feu depuis Ambroise Paré, un autre sur la balistique lésionnelle. Je donne des cours à la fac sur ce sujet en particulier à Marseille, Lyon, Montpellier…

    * ex-procureur de la République
    à Marseille

    « Du sang sur les mains, Récits »,
    de Vincent Laforge, 244
     pages,
    Mareuil Éditions, 20,99
     euros

  • [C’est l’été] Jérôme, secouriste,premier de cordée

    [C’est l’été] Jérôme, secouriste,premier de cordée

    C’est lui qui est en première ligne quand il s’agit de descendre de l’appareil… Jérôme Gouiran, secouriste, trente années de marins-pompiers au compteur, fait aussi partie, depuis 1998, de la section du Grimp (Groupe de reconnaissance et d’intervention en milieu périlleux) et intervient depuis 4 ans depuis la base hélicoptère de Marignane.

    Si « chacun a sa place », comme sur « un échiquier », son rôle est d’aborder le premier la victime. « C’est moi qui vais au contact, assure la préparation de l’intervention », explique-t-il. « Je dois faire un bilan rapide pour qu’on puisse transmettre au médecin, savoir si la victime est consciente ou pas, si c’est un blessé léger ou grave. Et, à partir de là, on mettra en place une stratégie pour pouvoir l’évacuer », poursuit Jérôme. Cela peut être au moyen d’un triangle « comme une espèce de couche de bébé avec des anneaux où on va l’accrocher et on va pouvoir l’évacuer », en baudrier ou en civière. Il se souvient être intervenu sur le cas d’un marcheur qui est allé se promener sur un sentier puis a débordé sur une falaise, coincé. « Il ne pouvait ni reculer, ni avancer, ni monter, ni descendre. Il était pris au piège », détaille Jérôme.

    Mais, avant tout ça, il faut assurer la sécurité pour « éviter le suraccident ». Si la victime est « déjà tombée, le fait de bouger, qu’elle ait mal, elle peut rouler, c’est déjà arrivé, et subir une deuxième chute. Ça, pour nous, c’est une horreur », raconte le secouriste, qui doit aussi agir sur l’environnement du blessé. « Il faut sécuriser le relief. Le souffle des pales peut faire chuter des branches, des pierres », poursuit Jérôme. À l’aide d’une corde, il va installer une « main courante », pour permettre au médecin, à l’infirmier ou d’autres équipiers de venir l’aider à « conditionner la victime », comme « en montagne quand vous êtes encordés ». Tout ça en restant calme, concentré et en s’adressant constamment au blessé, pour le rassurer.

    « Pour faire ce métier, déjà, il faut aimer les gens. Si on n’a pas ça en nous, on ne peut pas le faire », explique Jérôme, « que ce soit des personnes qui sont en détresse ou à quelqu’un qui gagne bien sa vie, on ne fait pas de différence ».

    Un métier de rêve qui se réalise

    Pour lui, c’est aussi « un hobby ». Il sourit. « Je m’éclate dans ce que je fais. On est un peu des gamins… Quand vous êtes petit, vous regardez des dessins animés, vous regardez des films, vous vous dites “plus tard, j’aimerais être ça“. Et ce rêve se réalise par du travail bien sûr, mais ça nous amène à ce métier-là et c’est génial. » Il y a aussi évidemment l’esprit d’équipe. « De venir ici, sur la base, de travailler avec tout le monde au quotidien, ça n’a pas de prix parce qu’on est liés entre nous, comme une ligne de vie. On connaît nos limites, nos défauts, nos forces… », précise-t-il. Il estime également avoir la chance de travailler dans un environnement exceptionnel. « Quand il fait beau, qu’il y a le soleil, qu’il n’y a pas de vent, c’est beau de voler, on ouvre la porte, c’est magnifique de regarder le paysage, de faire une intervention qui se passe très bien. » Même si « ce n’est pas le quotidien », nuance-t-il. Le quotidien, « c’est quand il se met à pleuvoir ou à neiger, ou qu’il y a du vent. Des conditions météorologiques défavorables et là, ça amène effectivement un peu de stress pour tout l’équipage », témoigne-t-il, « et c’est là que rentrent en jeu les entraînements pour nous préparer au pire ».

    Chaque intervention est unique, et surtout imprévisible. « On part pour quelque chose de facile et c’est là qu’on tombe dans le piège : ça se complique, l’hélico doit être près de la paroi, il faut me déposer à côté… Ou alors l’inverse : vous partez sur quelque chose de très compliqué et finalement, vous vous posez, vous récupérez la victime et vous repartez », poursuit Jérôme.

    Pour tenir le choc sur le long terme, pas de recette miracle. « Je fais partie d’une génération où il n’y avait pas de suivi psychologique. Une fois qu’on avait terminé l’intervention, on rentrait en caserne, on buvait un café, on parlait, on sortait entre nous et on dédramatisait le truc. On était une famille, ce qui s’est un petit peu perdu à cause des réseaux sociaux, des portables… Mais on s’est constitué une carapace », assure-t-il.

    Le plus dur : être confrontés au quotidien à la mort, une mort parfois « sale » où « le corps peut être abîmé par la chute, et là c’est autre chose », soupire Jérôme. S’il ne lui vient pas en tête de faits marquants de sa carrière, il convient que porter secours à un enfant reste une épreuve : « On a beau avoir de la bouteille, c’est toujours compliqué. » Sinon, techniquement, il se remémore tout de même cette intervention difficile, « de nuit, dans une paroi très abrupte avec énormément de vent ». « Là, on sent que la machine bouge, que le pilote est à 200% de ses capacités, que le mécano aussi est là pour nous guider… Et quand on arrive à sortir la personne de là, qu’on referme la porte de l’hélico et qu’on se regarde tous, il n’y a pas besoin de parler. On sait qu’on a fait quelque chose de fort ensemble », assène-t-il.

    Mais le temps est venu pour Jérôme de raccrocher*. « J’arrive à la fin de mon cursus au niveau de la base. Aujourd’hui, c’est quasiment mon dernier vol. Je risque d’en faire deux encore, dont un avec mon fils, parce qu’il est rentré lui aussi aux marins-pompiers et fait partie du Grimp. La relève est assurée », se félicite-t-il. Alors oui, « le bruit des pales, l’odeur du kérosène et la sensation de vide au bout d’un câble », vont lui manquer. Mais il l’assure : « C’est une page qui se tourne, mais le livre était magnifique. »

    * Depuis, Jérôme Gouiran a été élu maire de Gignac-la-Nerthe

  • À Toulon, profiter de la mer en toute sécurité

    À Toulon, profiter de la mer en toute sécurité

    Ça y est, c’est reparti pour un tour. Tout est fin prêt pour accueillir en parfaite sécurité estivants et Toulonnais sur les plages du port du Levant, toutes équipées et accessibles aussi aux personnes à mobilité réduite (PMR) grâce à des fauteuils adaptés.

    C’est au poste principal de secours de la plage du Mourillon que le dispositif de surveillance des baignades a été rappelé mercredi matin en présence de la maire de Toulon Josée Massi (SE). Cent quarante trois sapeurs-pompiers et 25 saisonniers répartis sur les 6 postes de secours sur les anses de Pipady, la Mitre, Le Mourillon et Méjean veillent ainsi sept jours sur sept, jusqu’au 31 août inclus, à ce que les vacances ne se transforment pas en cauchemar. Ils disposent pour cela de tous les moyens nautiques pour réagir au plus vite, tels qu’un jet-ski, des embarcations semi-rigides et une vedette. « Ce qui permet d’avoir une action en moins de 7 minutes jusque sur les communes de La Garde et du Pradet », précise le lieutenant Lucas Mulet.

    La prudence reste de mise

    L’occasion d’ailleurs pour les sapeurs-pompiers de délivrer une nouvelle fois les messages de prévention d’usage en rappelant que lors de la saison estivale 2025, 2 000 interventions ont été comptabilisées. Cela allait de la simple piqûre de méduse ou d’oursin jusqu’au malaise. Mais aucun décès n’a été déploré l’année passée sur les plages toulonnaises.

    Un bilan exceptionnel, salué par la maire de Toulon Josée Massi, qui rappelle les actions volontaristes mises en place par la Ville qui n’est peut-être pas pour rien dans ces résultats exceptionnels. Dans les écoles, notamment. « L’objectif c’est que tous les enfants à la sortie du primaire sachent nager ; c’est très important dans une zone de bord de mer comme la nôtre », précise-t-elle.

    Tout cela étant dit, reste à chacun à faire sa part pour ne pas se mettre en danger. « On ne peut pas mettre une personne derrière chaque enfant ou chaque baigneur. Tout le monde doit aussi prendre ses responsabilités », rappelle la 1ère magistrate.

    Les précautions d’usage sont donc à observer. Comme celle de ne pas rentrer d’un coup dans l’eau quand elle comme aujourd’hui à 17 °C, rappelle-t-elle.

    Les parents sont également invités à ne pas ménager leur vigilance, pour la surveillance de leurs petits pour lesquels le drame peut se dérouler avec seulement 20 cm d’eau.

    Et les nageurs téméraires qui pèchent parfois par un excès de confiance en leurs capacités de revenir sur le rivage après un long parcours de nage, sont invités eux aussi à la prudence. Les accidents n’arrivent pas qu’aux autres.

    Sinon, tout est prêt pour permettre à tous de passer un très bon été. De la plaine de jeu et des aires de pique-nique récemment inaugurées aux abords des restaurants nouvellement végétalisés, jusqu’au parking de 1 300 places totalement gratuit que beaucoup nous envient. L’occasion de rappeler que ça n’a pas toujours été le cas, pas en tout cas lorsque l’extrême droite était aux manettes du Port du Levant.

    La remarque pourrait paraître ici inappropriée. Sauf que d’occasion on ne doit jamais manquer pour rappeler quels sont les principes de chacun sur la gestion de l’espace public. Étant entendu aussi que chaque fleur qui pousse est un événement éminemment politique.

    Les plages du Mourillon doivent rester ce lieu ouvert à tous, populaire, où même les Toulonnais qui ne partent pas se sentent un peu en vacances, comme se plaît à le rappeler Josée Massi.

  • [Mort au travail] Sans contrôle ni obligation, le BTP reste le secteur le plus meurtrier

    [Mort au travail] Sans contrôle ni obligation, le BTP reste le secteur le plus meurtrier

    Un secteur particulièrement touché, « avec +2% d’accidents mortels en 2024 », précise Pascal Maeestracci. Le secrétaire général du syndicat dénonce « la disparition des CHSCT qui obligeait l’employeur au respect des règles de sécurité. Désormais, dans le Code du travail, l’obligation de résultat est devenue obligation de moyens, c’est d’autant moins contraignant qu’il y a peu ou pas de contrôles ».

  • [Entretien] Cécile Clamme : « Il faudrait doubler le nombre d’inspecteurs »

    [Entretien] Cécile Clamme : « Il faudrait doubler le nombre d’inspecteurs »

    La Marseillaise : Que représente cette journée mondiale pour les agents de l’inspection du travail ?

    Cécile Clamme : Pour nous, cette journée mondiale est une grosse date. Il faut mettre en avant le fléau social que sont les accidents du travail et les maladies professionnelles. On oublie souvent ce deuxième point alors qu’elles provoquent de gros dégâts : le sujet emblématique est celui de l’amiante, qui est au cœur des préoccupations de l’inspection du travail depuis des années. Pour nous, dédier une journée dans l’année à ces questions, mettre l’accent sur ces questions, c’est majeur. Cela permet de s’interroger collectivement : Pourquoi on est encore là en 2026 ? Pourquoi la France a des chiffres aussi inquiétants ? À l’inspection du travail, on est justement pas trop mal placés pour avoir des indications et des réponses. On est directement concerné. Pour nous, il y a deux éléments de réponse : le manque de moyens, les sanctions en cas de manquements qui ne sont pas assez importantes.

    Quelle est l’ampleur du manque de moyens à l’inspection du travail ? Quel lien avec le nombre d’accidents et de morts au travail en France ?

    C.C. : Une des dimensions majeures de notre travail est d’enquêter lorsque l’accident du travail survient, mais c’est aussi de contrôler, en amont, pour que l’accident de travail ne survienne pas. Or, dans l’état actuel de nos effectifs, nous ne pouvons pas toujours assurer cet aspect de prévention. Quand on est pris par l’actualité, par les dossiers qui s’accumulent, on ne peut pas faire d’actions de prévention. Avec des effectifs en berne comme ils le sont actuellement, on a moins le temps pour faire ce travail-là. Sur les 15 dernières années, on estime à entre 20% et 25% de baisse du nombre d’agents. On a une énorme baisse des effectifs pour les agents d’assistance, ceux qui font le travail administratif. Pareil pour les agents en charge des renseignements, qui sont pourtant les premiers interlocuteurs des salariés en difficulté. À l’heure actuelle, notre direction considère qu’une charge de travail « normale » pour un agent de contrôle, c’est 1 pour 10 000 salariés. Mais, sur le papier, on est moins de 2 000 alors qu’il y a entre 21 et 22 millions de salariés : on est environ 1 800 avec 10% de postes vacants. Il y a peu, on était 1 600. Entre-temps, il y a eu trois ans où les recrutements étaient plus importants, avec des grosses campagnes de communication. Mais malheureusement, tout a été stoppé l’année dernière. On aura donc la dernière grosse promotion pour cet été 2026.

    Quelle estimation des besoins ?

    C.C. : Il aurait fallu continuer encore 3 ans de plus pour atteindre les 2 000… Pour toute la France, il y a eu 45 inspecteurs du travail recrutés l’année dernière, cette année ce seront 60 recrutements. Alors qu’il y a 200 postes vacants et, qu’au bas mot, 100 collègues partent pour différentes raisons chaque année. Très rapidement, on va encore être dépassée par les départs en retraite et les promotions. Quoi qu’il arrive, il y a un problème. D’autant qu’on ne s’occupe pas uniquement des travailleurs salariés. Par exemple, la direction a engagé, il y a 6 mois, une action sur les faux travailleurs indépendants. Cela se fait en plus du travail sur les salariés, puisque par définition ils ne sont pas comptés dans les 21-22 millions de salariés. On est aussi compétent pour la santé et sécurité de la fonction publique hospitalière. Si, sur un secteur, il y a un gros CHU, cela va alourdir la charge de travail sans que ça ne soit compté officiellement… À la CGT TEFP, on revendique 1 agent pour 5 000. Ça n’aurait rien de délirant si l’on compare à d’autres missions de service public. Surtout quand on voit les statistiques de la France en matière d’accidents du travail : 2 morts par jour. Il faudrait donc plus que doubler les effectifs, 3 000 inspecteurs de plus.

    Comment expliquez-vous ces statistiques ?

    C.C. : Notre mot d’ordre est simple : des moyens pour la prévention, des sanctions pour les patrons. Quand il y a un manquement, les sanctions ne sont pas assez dissuasives ! Quand un employeur est condamné, on est en général sur des peines qui sont de l’ordre de l’amende. Lesquelles sont d’un montant qui sera ridicule pour un grand groupe mais important pour une petite entreprise. Par exemple : pour une condamnation faisant suite à un accident mortel, il y a souvent une condamnation, de la personne morale donc pas du dirigeant directement, a une amende, parfois partiellement assorti du sursis… C’est aberrant. Et c’est sans compter toutes les fois où les procédures n’aboutissent pas : classées sans suite pour telle ou telle raison, quand l’entreprise a un avocat meilleur que celui de la victime… La CGT a fait des estimations sur certains départements sur plusieurs années : en moyenne, moins de 20% des procédures vont au bout, y compris pour des accidents graves ou mortels.