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  • L’extrême droite opposée aux droits des femmes au Parlement

    L’extrême droite opposée aux droits des femmes au Parlement

    Si la présence de Marine Le Pen à la tête du groupe RN à l’Assemblée nationale et les vidéos de Jordan Bardella rassurent ces derniers mois un électorat féminin qui a longtemps été réfractaire à voter à l’extrême droite (30% des femmes ont voté pour Bardella aux dernières élections européennes pour 32 % des hommes), les votes de l’extrême droite au Parlement ne vont pourtant pas dans le sens de la défense des femmes et devraient alerter cet électorat.

    Le dernier exemple en date sur l’inscription de la notion de non-consentement dans la définition pénale du viol fin octobre est particulièrement frappant. Si l’écrasante majorité des groupes a voté unanimement pour ce changement d’approche sur la définition du viol, seuls les groupes du RN et de l’UDR (Ciottiste) ont voté contre. C’est le cas de cinq députés gardois : Yoan Gillet, Pascale Bordes, Pierre Meurin, Sylvie Josserand et Alexandre Allegret-Pilot (UDR). Nicolas Meizonnet et les cinq députés d’extrême droite de l’Hérault ne se sont pas donnés la peine de suivre les débats dans l’Hémicycle.

    « L’actualité locale a pourtant récemment mis en avant l’impérieuse nécessité de déployer de nouveaux moyens pour lutter contre le viol et les agressions sexuelles. Les deux procès de l’affaire Pélicot qui se sont déroulés à Avignon et à Nîmes à quelques mois d’intervalle, ont permis de constater l’ampleur du phénomène et le déni qui y est encore attaché », ont réagi à ces votes des députés d’extrême droite, les Unitaires du Gard, composés de L’Après, Debout! et Génération.s.

    « Fémonationalisme »

    Ce dernier vote n’est que l’ultime acte d’une stratégie d’un RN opposé à légiférer pour réduire les violences sexistes et sexuelles (VSS). En 2018, les députés RN se sont abstenus lors du vote de la loi « renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes ». En 2022, ils votent contre la proposition « sur l’outrage sexiste » visant à durcir l’amende pour le harcèlement de rue. L’année suivante, le RN vote contre la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre les VSS. En réalité, pour le Rassemblement National, la lutte contre les VSS ne s’appuie que sur le « femonationalisme », c’est-à-dire l’instrumentalisation du féminisme pour stigmatiser certaines populations, porté notamment par le Collectif Némésis. Jordan Bardella expliquait ainsi en 2024 que l’insécurité « fait régresser la liberté de chaque femme de France de se déplacer dans la rue et dans l’espace public ». Le président du RN oublie ainsi un peu vite que neuf victimes sur dix de viol ou de tentative de viol connaissaient leur agresseur.

  • La gestion de l’eau, nouveau pontentre l’Afrique et l’Europe

    La gestion de l’eau, nouveau pontentre l’Afrique et l’Europe

    La gestion de l’eau est l’un des angles morts des COP car elle n’est que très peu abordée au sein des COP climat ou des COP biodiversité alors que c’est probablement l’un des tous premiers marqueurs du changement climatique », regrette Eric Servat. Depuis 2021, le chercheur et hydrologue dirige le Centre international français Unesco sur l’eau (Icireward) basé à Montpellier qui multiplie les partenariats de recherche avec les laboratoires africains.

    « Quasiment tous les projets que nous finançons sont des programmes qui se déroulent avec des partenariats du Maroc, de Tunisie, du Sénégal, de Côte d’Ivoire etc. Nous tentons d’avoir une réflexion partagée sur les questions liées à l’eau parce qu’on voit par exemple que dans certaines parties du Maroc, les précipitations sont extrêmement faibles et nous avons, nous aussi en France, un cycle de l’eau perturbé », précise l’auteur du « Grand défi de l’eau » sorti début septembre.

    Aujourd’hui, la plupart des projets sont menés en Afrique permettant ainsi d’acquérir un grand nombre de données qui permettent aux pays du nord de la Méditerranée de s’adapter plus rapidement au dérèglement climatique. « Nous cofinançons par exemple un projet au Maroc sur les mécanismes de recharge des aquifères qui nous permet d’étudier la vulnérabilité et le renouvellement des eaux souterraines dans les milieux karstiques. Or ces milieux, ce sont ceux que nous connaissons dans l’Hérault », détaille Eric Servat.

    Le centre, qui finance aussi des projets sur le bassin de Thau et plus largement sur le Languedoc, participe aussi au programme « Défi water Occitanie » financé par la Région dont l’ambition est de travailler sur la réutilisation de l’eau. « Plusieurs laboratoires travaillent sur ce projet avec des « living labs » qui sont des expérimentations à grande échelle sur un temps long », explique Eric Servat.

  • Douleurs chroniques : « Parfois, on préférerait avoir une maladie grave »

    Douleurs chroniques : « Parfois, on préférerait avoir une maladie grave »

    Au fond d’un long couloir aux murs immaculés du Centre hospitalier universitaire de Montpellier se trouve un service qui fait, depuis plus de 45 ans, la fierté des soignants montpelliérains. Le centre anti-douleurs héraultais est en effet l’un des premiers de France et comble aujourd’hui des besoins qui s’étalent sur tous les départements limitrophes de l’Hérault et parfois même au-delà.

    Ici, le soin a laissé place à l’évaluation et au traitement d’une multitude de patients qui ont tous un point en commun : ils souffrent. Parfois sans savoir d’où proviennent ces douleurs, ils sont tous rongés par un mal qui a rendu leur quotidien infernal avec des conséquences sur tous les pans de leur vie.

    Pour leur venir en aide, ce centre s’appuie sur une approche holistique où les choix du patient sont réellement pris en compte. « Traiter la douleur c’est accompagner un projet thérapeutique qui se construit autour du patient. On sort d’une médecine paternaliste. Ici, on propose un traitement, on l’explique et le patient peut refuser. Le patient doit être acteur de son soin. C’est aussi une médecine intégrative, c’est-à-dire qu’elle intègre l’ensemble de la problématique du sujet et pas que le point douloureux. Nous avons souvent des patients pris en soin sur l’aspect technique auxquels on propose en même temps un accompagnement relevant du champ de la psychologique : méditation, sophrologie, hypnose, musicothérapie, etc. Mais c’est aussi une médecine très chronophage », explique Raphaël Gonon Demoulian, psychiatre et pharmacien de formation devenu chef de service du Centre depuis un an et demi.

    Pour accueillir les 70 patients par jour, l’équipe s’appuie sur tout un ensemble de médecins spécialistes, kinésithérapeutes, rhumatologues mais aussi sur une aide-soignante formée en réflexologie ou un ancien patient qui s’est formé à l’insertion professionnelle et qui propose de l’accompagnement social deux demi-journées par semaine.

    Une nouvelle écoute

    Pendant que le professeur Gonon Demoulian prend le temps de recevoir chaque premier patient pendant une heure et que deux autres médecins s’activent pour tenter de vider une salle d’attente toujours remplie, Magalie, infirmière, forme quatre patients à la Stimulation électrique transcutanée (TENS). Dans la salle, Jean, 75 ans, ne peut pas rester assis : « Je suis suivi ici depuis deux ans. Moi, j’ai mal partout parce que j’ai eu de graves accidents de ski et de voiture. Et j’ai mal tout le temps, du moment où je me lève jusqu’au coucher. Je sais que j’aurai mal toute ma vie mais l’objectif en venant ici c’est de baisser l’intensité de la douleur. »

    À ses côtés, Stéphanie, 64 ans, est aussi, depuis deux ans, une habituée du centre, où elle a trouvé une nouvelle écoute : « Quand je suis arrivée ici, j’étais très mal. J’ai mal tout le temps et j’ai des crises la nuit. J’ai vu beaucoup de médecins qui m’ont dit que c’était le stress. J’avais l’impression qu’on m’accusait. Alors qu’ici, on écoute votre douleur. Rien que ça, ça a été un soulagement. » Dans le groupe, une blouse blanche reste silencieuse et écoute les patients. Anesthésiste, Samir est venu d’Aurillac pour une semaine de stage dans le service pour comprendre l’ampleur de ces douleurs dans la vie des patients. Lui aussi regrette le manque de formation des médecins sur les douleurs chronique. « Il faudrait créer le module douleur pour les étudiants en médecine, pour connaître les conséquences de ces douleurs. Il faut vraiment sensibiliser les futurs médecins à la douleur chronique », confirme-t-il.

    Valérie, 58 ans, 1m85, n’a pas perdu son énergie malgré des douleurs qui l’empêchent aujourd’hui de travailler. « J’ai eu des problèmes de dos qui se sont diffusés mais je pensais que c’était inhérent à la vie jusqu’au jour où je n’ai pas pu sortir du lit. J’avais mal tous les jours et je ne me rendais pas compte de l’impact que ça avait sur la vie de tous les jours et sur ma capacité à gérer mon quotidien. Je ne voyais pas que ce n’était pas normal. J’ai donc été arrêtée de travailler et ça aussi c’est très dur pour quelqu’un qui est très actif comme moi. Je ne peux plus aller au cinéma ou jardiner. Il y a aussi la reconnaissance de cette douleur qui est difficile. Parfois, on préférerait avoir une maladie grave comme un cancer. »

    Face à l’afflux de patients dans ce service, la direction du CHU a prévu de déménager le Centre à l’été 2027 dans le bâtiment en construction de Balmès 2, déménagement qui s’accompagnera d’un recrutement de personnels.

  • Hérault : vive opposition au projet de McDo à Laroque

    Hérault : vive opposition au projet de McDo à Laroque

    L’annonce a fait l’effet d’une bombe dans la petite bourgade de 1 700 âmes. En effet, lors d’un événement organisé par la mairie dans le cadre d’octobre rose, Aisha Ghanty, une habitante de Laroque, a eu vent d’un projet de McDonald’s sur la commune, confirmé par la suite par le maire.

    « Dès que je suis rentrée chez moi, j’ai lancé la pétition pour informer la population. Très vite, beaucoup de personnes m’ont contactée. Nous avons alors organisé des réunions publiques pour informer la population. Nous avons aussi fait des tracts pour alerter et la population nous a encouragés à continuer parce qu’elle est opposée à ce projet », explique Aisha Ghanty. Début novembre, la pétition en ligne* dépassait en effet les 2 400 signatures. « Nous avons aussi fait signer des pétitions papier. Nous n’avons pas fait le compte mais nous avons au moins 300 signatures », ajoute Aisha Ghanty qui a ensuite créé une association** pour organiser la riposte et pousser pour l’abandon du projet.

    Si une contre-pétition s’est également ouverte en ligne pour vanter « une commodité bienvenue » qui attirerait « visiteurs » et « où nos jeunes peuvent se retrouver après l’école », elle n’a réuni que 250 signatures. De son côté, le maire (SE) Pierrick Ciribino joue l’ambiguïté en répétant à plusieurs reprises qu’il se positionnerait lorsqu’il aura plus d’éléments.

    McDo vise la ruralité

    Un discours qui révulse Aisha Ghanty. Si la Laroquoise avance de nombreux arguments pour s’opposer à l’implantation du fast food (nuisances sonores, odeurs, circulation difficile dans ce petit village, augmentation des déchets, malbouffe, menace sur la santé publique ou encore concurrence déloyale pour les autres restaurants aux alentours), c’est bien l’esprit du projet jugé « contraire à celui du village » que l’habitante dénonce. « Les Laroquois ont tous un bout de terrain où ils ont des poules, des œufs, font quelques légumes. Pour eux, McDonald’s c’est la référence de la malbouffe et de l’Américain qui débarque dans les Cévennes avec une position dominante », s’agace-t-elle.

    En réalité, la situation à Laroque n’est pas rare. McDonald’s a en effet lancé une nouvelle stratégie d’expansion en visant principalement la ruralité. L’objectif est annoncé : McDo veut avoir un restaurant à moins de 20 minutes de chaque Français. De nombreux villages s’opposent donc à cette extension ces derniers mois. À Laroque, les opposants au projet ont désormais prévu d’adresser une lettre à la population.

    * Non à l’implantation d’un fast food à Laroque sur Change.org

    ** Mieux vivre à Laroque (6 Lotissement les Soleiades)

  • DNC : les syndicats réclament des vaccins en Occitanie

    DNC : les syndicats réclament des vaccins en Occitanie

    L’annonce a fait l’effet d’un choc chez les éleveurs héraultais et surtout gardois. Pour lutter contre la DNC (qui a entraîné l’abattage de plusieurs troupeaux en Savoie), le ministère de l’Agriculture a en effet décidé, le 17 octobre, l’interdiction de toute sortie bovine (marché, salon, fête) dans trois régions dont l’Occitanie et l’interdiction d’exporter, « pour éviter la diffusion du virus hors de France ». Tous les taureaux de Camargue sont aussi confinés au moins jusqu’au 1er décembre avec interdiction pour les éleveurs de les sortir des manades.

    L’inquiétude a donc gagné les éleveurs qui doivent envoyer à l’abattoir la totalité de leur troupeau si un cas est déclaré. Un principe qui révulse tant le Modef que la Conf. « Ce virus qui arrive en France à cause du dérèglement climatique est connu. Des recherches ont été effectuées et on sait que l’abattage de tout le troupeau ne sert à rien. Il faut un abattage ciblé et une vaccination systématique. La preuve, ils ont fait ça en Savoie et on retrouve maintenant le virus dans d’autres régions. En plus, en faisant ça, on supprime la génétique, parfois il y a 20 ou 30 ans de sélection », explique Didier Marion, porte-parole de la Conf paysanne du Gard.

    La ministre répond

    au Modef

    Face à l’inquiétude, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard (LR) a organisé une réunion avec le Modef mercredi 29 octobre, à laquelle a participé le Gardois Frédéric Mazer, co-président national du syndicat. « Elle nous a dit qu’elle était en pleine négociation avec l’Espagne et l’Italie pour réautoriser la vente des broutards vers ces pays et que ça pourrait se faire prochainement. Concernant la vaccination, elle a dit qu’elle avait suffisamment de doses pour les zones réglementées mais elle n’en a pas assez pour une couverture totale du territoire parce qu’il faudrait 15 millions de doses et elle n’en a que quelques centaines de milliers d’avance », explique Frédéric Mazer.

    L’éleveur a également réaffirmé son hostilité à l’abattage total des troupeaux : « La ministre pense que cette stratégie est gagnante car le virus a été éradiqué en Savoie mais il y a le problème de perte génétique et le traumatisme psychologique pour les éleveurs. Au Modef, nous proposons de vacciner tous les cheptels souches, c’est-à-dire les vaches allaitantes, les vaches laitières et les génisses de renouvellement et de ne pas vacciner les bêtes destinées à l’abattage puisque le virus n’est pas transmissible à l’être humain. C’est une proposition que la ministre n’a pas écartée. Elle a aussi dit qu’elle allait consulter la profession pour la vaccination de tout le territoire. »

  • L’Occitanie célèbre les 80 ans de la Sécu

    L’Occitanie célèbre les 80 ans de la Sécu

    Portées principalement par des collectivités de gauche, par la CGT et par le monde associatif (la droite a-t-elle oublié que le Général de Gaulle dirigeait le gouvernement provisoire lors de sa création ?), de nombreuses manifestations émaillent le Gard et l’Hérault. Le film La Sociale de Gilles Perret, qui raconte l’histoire de la Sécu, a été régulièrement diffusé comme jeudi 30 octobre à l’Union locale CGT de Béziers avant d’être suivi d’un débat sur l’avenir de la Sécu.

    Du côté de la Ville de Montpellier, une « exposition qui retrace 80 années d’existence de la Sécurité sociale » a été inaugurée le 27 octobre dans le hall de l’hôtel de ville. Mais elle ne sera accessible que jusqu’au vendredi 31 octobre. L’initiative la plus originale devait venir de la CGT de Lunel, qui avait lancé durant l’été un appel à projets artistiques pour une « exposition participative » intitulée « 80 ans de Sécu, 80 regards ». Le but était de faire appel aux artistes locaux (plasticiens, photographes, vidéastes, performeurs, collectifs, artistes numériques) pour obtenir des regards différents sur le soin et la solidarité. Sauf qu’à la veille de monter l’exposition, la mairie a refusé de prêter une salle. « On n’a pas réussi à rebondir après ce problème avec la mairie », regrette Alain Bobet, secrétaire de l’UL CGT de Lunel.

    Exposition sur Ambroise Croizat à Alès

    Dans le Gard, ce sont les deux bars du Prolé qui sont principalement à la manœuvre. À Nîmes, une conférence-débat avec Léo Rosell, auteur de « La sécu, une ambition perdue ? De la solidarité à la rentabilité », est organisée le samedi 15 novembre (à 17h). Du côté d’Alès, où la CGT a mené une large campagne de sensibilisation, notamment auprès des jeunes, sur l’importance de préserver la Sécurité sociale et où le collectif de défense de la santé du bassin alésien a aussi organisé des conférences et des débats, c’est le Prolé qui accueille désormais une exposition sur Ambroise Croizat. Ainsi, la vie du ministre du Travail (PCF) qui a joué un rôle déterminant dans la mise en œuvre concrète de la Sécu qu’il a conçue comme un mécanisme de solidarité nationale et non comme une simple assurance professionnelle est résumée sur une quinzaine de panneaux. « Non seulement, nous devons agir pour préserver notre système de sécurité sociale mais agir pour l’extraire des logiques de marché et l’inscrire dans notre constitution », a martelé Giovanni di Francesco, secrétaire de la section alésienne du PCF, lors de l’inauguration.

  • Mobilisation contre « la répression » dans le social

    Mobilisation contre « la répression » dans le social

    Ils étaient une quarantaine à s’être regroupés devant le siège de l’Association d’accueil des personnes handicapées de l’Hérault (APSH 34) basé à Malbosc. Ils reprochent à la direction un management « toxique » qui se traduit par la convocation de deux salariés pour une éventuelle sanction. « La direction reproche à ces deux salariés, lors d’un week-end, de ne pas avoir alerté leur cadre d’astreinte car les toilettes d’un logement étaient bouchées et d’avoir laissé le résident dans des conditions indignes. Sauf que les salariés ont trouvé une solution pour le week-end et le problème était résolu le lundi. Les raisons de ces convocations deviennent de plus en plus lunaires », explique José Théron, secrétaire général de la CGT Action sociale dans l’est de l’Hérault.

    Conséquence des coupes dans les budgets ?

    Si la CGT a tiré la sonnette d’alarme c’est que la situation à l’APSH34 n’est pas rare. « On constate une multiplication des mesures disciplinaires, des entretiens préalables à sanction et des licenciements pour inaptitude. Le management se durcit alors que nous sommes dans un secteur qui manque de personnel », confirme le syndicaliste. Pour illustrer son propos, José Théron s’appuie sur la situation d’une infirmière convoquée la semaine précédente par son employeur, le Pôle d’urgence sociale de l’Avitarelle, en vue d’un possible licenciement : « Elle a déjà eu 25 jours de mise à pied sans salaire. On ne connaît pas encore la sanction mais on se dirige vers un licenciement. Elle est accusée de harcèlement, de non-respect de la hiérarchie et du lien de subordination. C’est délirant ! D’autant qu’elle est soutenue par l’équipe avec laquelle elle travaille. »

    Depuis plusieurs mois, les syndicats de l’action sociale de l’Hérault multiplient les manifestations pour dénoncer les coupes budgétaires dans ce secteur et montrer leurs conséquences sur les usagers mais aussi sur les structures et les employés. « Il y a des baisses de budget au niveau de l’ARS ou du Département. Ce sont donc des économies faites sur le dos de personnes accueillies. Comme la masse salariale représente 80 à 85% des dépenses des structures, on comprend pourquoi elles essaient de se séparer d’une partie de leur personnel », précise José Théron.

  • [Entretien] Eddie Jacquemart : « La Sécurité sociale du logement, c’est du gagnant gagnant »

    [Entretien] Eddie Jacquemart : « La Sécurité sociale du logement, c’est du gagnant gagnant »

    La Marseillaise : Dans quelle ambiance s’est déroulé ce congrès ?

    Eddie Jacquemart : Nous avons eu des débats très intéressants qui étaient globalement assez techniques. Mais il y a de l’inquiétude autour des financements et notamment du financement de l’Anru [Agence nationale pour la rénovation urbaine, Ndlr]. C’est un secteur où il y a beaucoup d’idées mais où les acteurs se sentent freinés par le poids de l’État.

    Comment qualifieriez-vous
    la situation du logement aujourd’hui ?

    E.J. : La situation du logement est dramatique. Ceux qui galèrent au niveau du boulot, au niveau du pouvoir d’achat, sont désabusés parce que personne ne répond à leur problème. Nous avons un Président qui veut finir le boulot qu’il a commencé au lendemain de sa première élection quand il voulait baisser de 5 euros les APL.

    Que pensez-vous de Vincent Jeanbrun, le nouveau ministre du Logement ?

    E.J. : Il est dans la lignée de Guillaume Kasbarian, qui voulait virer les pauvres des HLM pour mettre des gens encore plus pauvres. Malgré le résultat des élections après la dissolution, le Président ne change pas de politique. On sait donc ce que ça va donner avec un gouvernement qui repart bien à droite et ça m’inquiète pour la situation du logement.

    Qu’allez-vous lui demander ?

    E.J. : Nous allons lui demander de supprimer la RLS (Réduction de loyer de solidarité) qui est une ponction de 1,3 milliard sur les budgets des organismes sociaux. Si on redonne 1,3 milliard d’oxygène aux bailleurs sociaux, ils ne vont pas les mettre de côté. Ils vont construire, entretenir, rénover et ça va donc relancer la machine économique. Aujourd’hui, nous sommes dans un moment où il faut relancer la machine économique et quoi de mieux que d’investir dans le logement pour cela ? Si l’on construit beaucoup, on va avoir des entreprises du bâtiment qui vont avoir du boulot, des ouvriers locaux qui vont pouvoir travailler, il va y avoir du chiffre d’affaires et du PIB. Donc allons-y ! Construisons du logement social. On va résoudre à la fois la crise du logement et la crise économique. Mais pour cela, il faut accepter de faire de l’investissement.

    Que proposez-vous contre les maires qui ne respectent pas le nombre légal de logements sociaux ?

    E.J. : Aujourd’hui, la loi de la République prévoit des amendes. Je pense qu’il faut supprimer la possibilité d’amende et mettre en place l’inéligibilité des maires récalcitrants. Il faut les obliger à construire. Il faut changer la loi SRU pour enlever la possibilité de payer des amendes, sauf dans les cas exceptionnels de villes de littoral qui n’ont plus de terrain par exemple. Nous avons donné consigne à nos fédérations d’être très attentives sur cette question lors des prochaines élections municipales.

    Comment fonctionnerait la sécurité sociale du logement que vous portez ?

    E.J. : La sécurité sociale du logement ne coûtera quasiment rien à l’État car il y a deux volets. Le premier se compose d’une caisse de solidarité nationale comme pour la sécurité sociale de la santé. Nous la finançons en centralisant tous les dispositifs qui existent actuellement comme le Fonds de solidarité logement (FSL) des départements, l’argent des CCAS ou celui des bailleurs sociaux qui ont aussi des fonds de solidarité. On rajoute une petite taxe sur les bailleurs : de 2% pour le privé et 1% pour le conventionné. On va ensuite donner une indemnité sociale aux locataires qui seront dans des situations d’accident de la vie comme la perte d’un proche, perte d’un travail, maladie grave, arrêt de travail de plus de X mois. Cette aide est dégressive tous les six mois car en parallèle, on aide le locataire à trouver une solution à sa situation. Ça coûtera bien moins cher que l’hébergement hors structure et permettra de limiter l’hébergement d’urgence qui coûte très cher à la société. Le deuxième volet consiste à sanctuariser tous les dispositifs existants qui sont protecteurs pour l’habitant, comme l’encadrement des loyers, les DPE (Diagnostic de performance énergétique), le permis de louer, etc. pour créer un véritable service public du logement. La Sécurité sociale du logement, c’est du gagnant-gagnant pour tout le monde.

  • [Entretien] Nicolas Lebourg : « Le fil rouge de Rivesaltes, c’est l’histoire coloniale »

    [Entretien] Nicolas Lebourg : « Le fil rouge de Rivesaltes, c’est l’histoire coloniale »

    La Marseillaise : Comment et dans quel but a été créé ce mémorial ?

    Nicolas Lebourg : C’est une pétition citoyenne en 1998 qui a poussé à sa création, ce ne sont pas les institutions au départ. Cette pétition a fait suite aux révélations de l’envoi à la déchetterie d’archives relatives à la déportation des juifs internés au camp de Rivesaltes vers Drancy, avec pour destination finale Auschwitz. Ce qui est très particulier dans le camp de Rivesaltes, c’est que l’histoire du lieu va être construite pour faire le mémorial. Jusque-là, elle n’existe pas, il n’y a qu’une histoire orale. La société civile demande donc qu’on arrête de mettre ce passé sous la table.

    Quelles sont les populations qui sont passées par ce camp ?

    N.L. : De manière synthétique, pour la période de la Seconde Guerre mondiale, il y a eu des juifs étrangers du sud de la France, des familles de Républicains espagnols mais aussi des « nomades », c’est le terme employé à l’époque. Ensuite, il va y avoir le menu fretin des collaborateurs. Le camp sert alors plutôt de protection face aux risques d’exécutions extrajudiciaires. Il y a aussi un dépôt de prisonniers de guerre allemands qui est conséquent. Ensuite, il va y avoir un centre de formation réservé aux Nord-Africains dans l’idée qu’ils vont être reconnaissants à la France de les avoir formés. En réalité, Rivesaltes devient un centre de propagande indépendantiste. Il y a aussi une prison spéciale FLN en 1962. Ensuite, il y a des soldats guinéens et des harkis, environ 22 000, qui restent pour les derniers jusqu’en 1978. Enfin, Rivesaltes sera un centre de rétention administrative qui ouvre dans les années 1980 et qui va fermer en 2007. Le fil rouge de Rivesaltes, c’est l’histoire coloniale française. Le camp a été utilisé sous trois Républiques et sous Vichy. Les guerres d’Espagne, d’Indochine et d’Algérie laissent toutes leurs traces dans ce camp. Quand on regarde, le plus important ce n’est pas la violence de l’État mais le désintérêt et l’indifférence de la société pour ces populations.

    Le RN a critiqué la présence d’un film sur les droits LGBT en Ouganda. Pourquoi ce sujet a toute sa place au Mémorial ?

    N.L. : Étant donné la répression des homosexuels durant la Seconde Guerre mondiale, il est d’une rationalité absolue que l’on parle de l’homophobie et des homosexuels dans un lieu comme celui-ci. Si ce lieu ne parle pas de racisme, de xénophobie, d’antisémitisme et d’homophobie, il trahit les gens qui y sont passés.

    La montée du RN s’accompagne-t-elle d’une réécriture de l’Histoire ?

    N.L. : Nous sommes sur un complet changement de régime mémoriel. La guerre d’Algérie est devenue la matrice des mémoires en France. Tous les débats, toutes les polémiques sur la société d’aujourd’hui portent sur la guerre d’Algérie. Georges Orwell disait que le pouvoir autoritaire réécrivait l’Histoire comme un palimpseste et que ça participe de l’acceptation des idées autoritaires. L’extrême droite revendique un double discours : un, que l’islam agresse en continu les civilisations, de Poitiers à nos jours, avec la guerre d’Algérie comme point fondamental. Et deux, que de tout temps, la gauche a été collaborationniste avec un retournement complet de l’image de la collaboration durant la Seconde guerre mondiale. Mais aussi que la gauche serait collaborationniste dans l’invasion de la France. Ce n’est pas nouveau, Jean-Marie Le Pen avait déjà fait une affiche avec « Le Pen, la résistante ». Mais à l’époque, ça ne marchait pas. Aujourd’hui, avec le déplacement du régime de mémoire et la banalisation du RN, ça marche bien. L’histoire vue par CNews qui explique que le fascisme est en fait un socialisme et que la gauche c’est la collaboration, imprègne la population.

    Vous dîtes « ce n’est pas la mémoire qui divise, mais le ressentiment ». Qu’entendez-vous par là ?

    N.L. : Je crois qu’une grande partie de nos soucis actuels en France sont liés à cette culture du ressentiment. Ce qu’on nous raconte toute la journée avec d’autres mots sur les oppositions entre mémoires, entre groupes sociaux, entre cultures ou ethnies, relève du ressentiment. L’aigreur nous mine collectivement. J’ai travaillé sur les personnes arrêtées pour des faits violents d’ultra droite depuis 2017 et je constate qu’elles viennent de territoires où l’on vit mieux que la moyenne. Ça ne confirme pas le discours de la violence qui naît de la misère, au contraire. Elles vivent dans des territoires plus inégalitaires où il y a ce ressentiment. Ces personnes travaillent et ont l’impression qu’il y a des « parasites » en bas, des immigrés qui prennent les allocations par exemple. Elles pensent que les autres sont mieux traités et qu’elles s’opposent à eux pour s’affirmer. C’est une aigreur collective qui peut faire exploser une société.

  • [Entretien] Abderahmen Moumen : « Le fil rouge de Rivesaltes, c’est l’histoire coloniale »

    [Entretien] Abderahmen Moumen : « Le fil rouge de Rivesaltes, c’est l’histoire coloniale »

    La Marseillaise : Comment et dans quel but a été créé ce mémorial ?

    Nicolas Lebourg : C’est une pétition citoyenne en 1998 qui a poussé à sa création, ce ne sont pas les institutions au départ. Cette pétition a fait suite aux révélations de l’envoi à la déchetterie d’archives relatives à la déportation des juifs internés au camp de Rivesaltes vers Drancy, avec pour destination finale Auschwitz. Ce qui est très particulier dans le camp de Rivesaltes, c’est que l’histoire du lieu va être construite pour faire le mémorial. Jusque-là, elle n’existe pas, il n’y a qu’une histoire orale. La société civile demande donc qu’on arrête de mettre ce passé sous la table.

    Quelles sont les populations qui sont passées par ce camp ?

    N.L. : De manière synthétique, pour la période de la Seconde Guerre mondiale, il y a eu des juifs étrangers du sud de la France, des familles de Républicains espagnols mais aussi des « nomades », c’est le terme employé à l’époque. Ensuite, il va y avoir le menu fretin des collaborateurs. Le camp sert alors plutôt de protection face aux risques d’exécutions extrajudiciaires. Il y a aussi un dépôt de prisonniers de guerre allemands qui est conséquent. Ensuite, il va y avoir un centre de formation réservé aux Nord-Africains dans l’idée qu’ils vont être reconnaissants à la France de les avoir formés. En réalité, Rivesaltes devient un centre de propagande indépendantiste. Il y a aussi une prison spéciale FLN en 1962. Ensuite, il y a des soldats guinéens et des harkis, environ 22 000, qui restent pour les derniers jusqu’en 1978. Enfin, Rivesaltes sera un centre de rétention administrative qui ouvre dans les années 1980 et qui va fermer en 2007. Le fil rouge de Rivesaltes, c’est l’histoire coloniale française. Le camp a été utilisé sous trois Républiques et sous Vichy. Les guerres d’Espagne, d’Indochine et d’Algérie laissent toutes leurs traces dans ce camp. Quand on regarde, le plus important ce n’est pas la violence de l’État mais le désintérêt et l’indifférence de la société pour ces populations.

    Le RN a critiqué la présence d’un film sur les droits LGBT en Ouganda. Pourquoi ce sujet a toute sa place au Mémorial ?

    N.L. : Étant donné la répression des homosexuels durant la Seconde Guerre mondiale, il est d’une rationalité absolue que l’on parle de l’homophobie et des homosexuels dans un lieu comme celui-ci. Si ce lieu ne parle pas de racisme, de xénophobie, d’antisémitisme et d’homophobie, il trahit les gens qui y sont passés.

    La montée du RN s’accompagne-t-elle d’une réécriture de l’Histoire ?

    N.L. : Nous sommes sur un complet changement de régime mémoriel. La guerre d’Algérie est devenue la matrice des mémoires en France. Tous les débats, toutes les polémiques sur la société d’aujourd’hui portent sur la guerre d’Algérie. Georges Orwell disait que le pouvoir autoritaire réécrivait l’Histoire comme un palimpseste et que ça participe de l’acceptation des idées autoritaires. L’extrême droite revendique un double discours : un, que l’islam agresse en continu les civilisations, de Poitiers à nos jours, avec la guerre d’Algérie comme point fondamental. Et deux, que de tout temps, la gauche a été collaborationniste avec un retournement complet de l’image de la collaboration durant la Seconde guerre mondiale. Mais aussi que la gauche serait collaborationniste dans l’invasion de la France. Ce n’est pas nouveau, Jean-Marie Le Pen avait déjà fait une affiche avec « Le Pen, la résistante ». Mais à l’époque, ça ne marchait pas. Aujourd’hui, avec le déplacement du régime de mémoire et la banalisation du RN, ça marche bien. L’histoire vue par CNews qui explique que le fascisme est en fait un socialisme et que la gauche c’est la collaboration, imprègne la population.

    Vous dîtes « ce n’est pas la mémoire qui divise, mais le ressentiment ». Qu’entendez-vous par là ?

    N.L. : Je crois qu’une grande partie de nos soucis actuels en France sont liés à cette culture du ressentiment. Ce qu’on nous raconte toute la journée avec d’autres mots sur les oppositions entre mémoires, entre groupes sociaux, entre cultures ou ethnies, relève du ressentiment. L’aigreur nous mine collectivement. J’ai travaillé sur les personnes arrêtées pour des faits violents d’ultra droite depuis 2017 et je constate qu’elles viennent de territoires où l’on vit mieux que la moyenne. Ça ne confirme pas le discours de la violence qui naît de la misère, au contraire. Elles vivent dans des territoires plus inégalitaires où il y a ce ressentiment. Ces personnes travaillent et ont l’impression qu’il y a des « parasites » en bas, des immigrés qui prennent les allocations par exemple. Elles pensent que les autres sont mieux traités et qu’elles s’opposent à eux pour s’affirmer. C’est une aigreur collective qui peut faire exploser une société.