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  • Les Provençaux, mauvais élèves de la vaccination

    Les Provençaux, mauvais élèves de la vaccination

    « Nous voulons rappeler à toute la population de Provence-Alpes-Côte d’Azur que la vaccination est l’une des plus grandes avancées en termes de santé publique. » Alors que la semaine européenne de la vaccination a débuté lundi, le directeur général de l’Agence régionale de santé (ARS) de Paca, Yann Bubian, a rappelé ce mardi lors d’une conférence de presse l’importance des campagnes de vaccination.

    Dans la région, comme dans le reste du territoire, la confiance envers la vaccination est élevée avec 78% des 18-79 ans qui se déclarent très ou plutôt favorables aux vaccins, contre 80% en France. Pourtant, les Provençaux se vaccinent moins que le reste des Français, notamment contre le papillomavirus ou la rougeole. En Paca, moins deux filles sur cinq de 15 ans sont vaccinées contre trois sur cinq au niveau national, par exemple. « Alors que notre région est l’une des mieux desservies en termes de professionnels de santé, nous sommes l’une des pires en termes de couverture vaccinale », se désole le directeur général de l’ARS Paca. La région a toutefois connu des améliorations sur la vaccination contre la bronchiolite chez les nourrissons et la grippe chez les adultes.

    Hésitation vaccinale

    Des retards pour la région s’expliqueraient en partie
    par l’hésitation vaccinale. « Certaines personnes ont envie de se vacciner, mais ne sont pas sûres. Il faut donc un moment avec des professionnels de la santé qui les rassurent », explique Olivier Reilhes, directeur de la santé publique et environnementale à l’ARS Paca.

    Des hésitations en partie dues à la circulation de fausses informations au sujet des vaccins. Face à ces réticences, l’ARS souhaite mieux former les professionnels de santé, avec le développement d’un pacte anti désinformation. Cet outil permettra aux soignants de connaître les différentes théories qui existent pour mieux y répondre. La vaccination est également rendue difficile par l’éloignement de certaines populations du système de santé. Face à cette réalité, l’ARS mène donc des initiatives d’aller vers, où ce sont les acteurs de la santé qui vont à la rencontre des populations et non l’inverse.

    Des campagnes de vaccinations ont également été déployées dans plus de 400 collèges de la région, afin d’augmenter la couverture vaccinale contre le papillomavirus notamment, responsable de certains cancers. « Bien que les résultats restent en deçà de nos attentes, ces initiatives ont permis d’augmenter le nombre de filles et de garçons vaccinés », insiste Lauriane Ramalli, épidémiologiste chez Santé publique France. « Il faut donc que l’on continue à mobiliser pour faire mieux », conclut Olivier Reilhes.

  • Marseille : 25, rue du Camas, l’adresse clé pour 18 logements sociaux

    Marseille : 25, rue du Camas, l’adresse clé pour 18 logements sociaux

    Préemptée il y a deux ans et demi par l’Établissement public foncier Paca et cédée pour la même somme de 950 000 euros à la Société française des habitations économiques (SFHE), la parcelle de 344m2 située à l’angle des rues du Camas et Jaubert (5e) va passer après deux décennies d’abandon de l’artisanat de la serrurerie à l’habitat social.

    Cette offre sociale clé en main est la bienvenue dans un arrondissement qui affiche le faible taux de 8,3% de logements locatifs sociaux (chiffre 2024) contre 21,8% en moyenne pour l’ensemble de la ville quand l’objectif légal est de 25%. « Le projet répond à un besoin identifié dans un secteur où l’offre de logements à prix abordable demeure insuffisante », a approuvé le service de l’urbanisme qui a délivré le permis de construire fin novembre dernier, ajoutant que ce projet « participe à la mise en œuvre des objectifs de la loi SRU et de la politique locale de l’habitat, en renforçant la mixité sociale au sein d’un arrondissement dense mais sous-doté en logement social ».

    Le rez-de-chaussée ouvert sur la rue est prévu pour accueillir un local commercial ou associatif. Les six niveaux supérieurs accueilleront 18 logements sociaux – six T2, sept T3 et cinq T4 – pour 1 455m2 de surface de plancher.

    Le lettrage « Serrurerie » conservé et restauré

    Sur la typologie des LLS, elle s’organise en 11 PLAI (destiné aux revenus les plus bas) et 8 PLUS (l’offre habituelle des organismes HLM). Le programme bénéficie d’un financement de l’État dans le cadre de la reconstitution de l’offre locative sociale Anru et de subventions de collectivités locales.

    L’intégration urbaine de l’immeuble dans l’identité architecturale du quartier doit se traduire notamment avec la pose de menuiseries en bois, des loggias et des balcons en saillies. Car le programme dessiné par l’agence marseillaise Will Architecture démolit le bâtiment existant, tout en conservant la façade de l’ancien atelier Arnoux de menuiserie métallique et de serrurerie (1988-2005), ce qui permet d’assurer une insertion cohérente dans le tissu urbain du quartier. Le lettrage « Serrurerie » en façade Sud est conservé et restauré pour témoigner de ce passé.

    Le 25 rue du Camas, ce fut aussi pour les nostalgiques qui l’ont connu l’adresse d’un squat de février 2017 jusqu’à l’expulsion en avril 2018. C’était l’antre du « Guépier », un « centre social autogéré » qui a donné à cette friche une destination culturelle et politique avec des fêtes, des repas de quartier, des ateliers d’échecs, des projections cinéma, des cours de danse, de dessin de théâtre, des ateliers de gravure et de sérigraphie, des résidences artistiques, etc.

    Pas de parking

    Une affichette apposée en façade du site par un riverain conteste la décision de la mairie d’avoir validé un permis « sans prévoir une seule place de parking » pour 18 logements, mais un local à vélo de 30 places au rez-de-chaussée.

    La Ville a en effet dérogé à l’obligation de créer 9 places de stationnement (0,5 place par logement normalement attendu) en estimant que la desserte en transports en commun était satisfaisante, le projet étant situé à moins de 500 mètres d’un arrêt de transport public régulier, le tramway et d’un arrêt de bus. Cette dérogation pour faire l’économie de creuser des parkings souterrains est contestée. Un recours a été déposé sur ce fondement, confirmait mardi l’entreprise d’habitat social.

  • [Entretien] Stanislas Wawrinka : « Je suis un compétiteur et j’ai toujours cette envie de gagner »

    [Entretien] Stanislas Wawrinka : « Je suis un compétiteur et j’ai toujours cette envie de gagner »

    La Marseillaise : Vous avez été défait en finale de l’Open Aix Provence Crédit Agricole la saison passée. Que retenez-vous de cette semaine ?

    Stanislas Wawrinka : Ça a été une super semaine. Malheureusement, finale perdue, mais dans l’ensemble un très bon match. C’est vrai que ça a été difficile pour nous deux [avec Borna Coric, le vainqueur, Ndlr.]. Il y avait eu l’arrêt du match avec la pluie… Mais, vraiment, tout le reste de la semaine été une superbe aventure. Il y a eu beaucoup de public, beaucoup de monde, donc j’ai beaucoup apprécié.

    Comment expliquez-vous votre attachement à ce tournoi ?

    S.W. : Plein de petites choses, en général. J’ai toujours eu un attachement particulier pour les tournois en France. C’est vrai que ça vient des ramasseurs de balles, en général, ou du public. J’ai toujours eu, dans les grands tournois comme dans les plus petits, beaucoup de soutien, beaucoup de monde. Ici, ça a été le cas. J’ai aussi le kiné qui travaille ici, Stéphane Falchi, avec qui j’ai travaillé pendant plusieurs années.

    Vous bénéficiez une nouvelle fois d’une wild-card de l’organisation. Avez-vous un objectif particulier cette année ?

    S.W. : Ce sont des tournois et des semaines qui sont fortes. Il y a de très bons joueurs ici. L’objectif est toujours le même, c’est de bien entrer dans le tournoi. C’est de gagner le premier match, puis avancer match par match, de toute façon. Dans l’ensemble, je me sens bien. C’est ma dernière année, je suis assez satisfait de mon niveau. Tennistiquement et physiquement, je me suis bien préparé.

    Pourquoi continuez-vous d’évoluer sur le circuit Challenger alors que vous disputez votre dernière saison ?

    S.W. : C’est une question de planification, tout simplement. Le risque de se blesser est identique dans un Challenger ou dans un grand tournoi. Toute ma carrière, j’ai essayé de planifier le mieux possible, pour essayer d’éviter le maximum de blessures. J’ai eu la chance d’avoir une très longue carrière, ça s’est très bien passé dans l’ensemble. Comme c’est ma dernière année, j’ai envie de jouer des semaines et des tournois qui me plaisent, tout simplement. Aix en fait partie.

    L’année dernière, vous évoquiez votre mécontentement entre vos prestations à l’entraînement et celles en match. Cela a-t-il pesé dans votre décision de mettre un terme à votre carrière ?

    S.W. : C’est quelque chose de plus général. Là, ça n’arrête pas sur une fin de carrière. C’est vrai que j’ai réussi à pousser vraiment le plus loin possible. Je suis satisfait de ma carrière. Mon objectif était aussi de pouvoir finir en jouant bien, en se sentant bien tennistiquement, physiquement, et c’est le cas. De pouvoir profiter d’une année où je sais que je suis encore compétitif. Il y a plein de choses qui ont fait que j’ai senti et su que c’était le bon moment.

    Ressentez-vous un soutien différent du public depuis l’annonce de votre retraite ?

    S.W. : C’est vrai que le fait que ce soit la dernière année, il y a eu vraiment plus d’ambiance, plus d’émotion, plus de monde, plus de soutien. L’Open d’Australie, ça a été exceptionnel, les autres tournois aussi. Comme je l’ai dit, j’essaie de jouer le mieux possible, d’être compétitif, d’essayer d’avancer dans les tournois parce qu’à la fin, je suis un compétiteur et j’ai toujours en moi cette envie de gagner des matchs. C’est l’essentiel pour moi pour pouvoir, justement, faire cette année et puis d’un autre côté, essayer de profiter de cette dernière fois dans chaque tournoi avec le public.

    Selon vous, cet esprit de compétition a-t-il été la clé pour rester à haut niveau après 40 ans ?

    S.W. : Le tennis, c’est plein de paramètres différents qu’il faut réunir en même temps, mais c’est vrai que plus les années passent, plus il faut faire d’efforts un peu dans tout. Il faut s’entraîner plus tennistiquement, physiquement, il faut avoir plus de repos aussi, parce que l’âge fait que ça devient de plus en plus difficile, tout simplement. Il y a le côté mental aussi, mais c’est vrai que pour moi, ça a toujours été essentiel et le facteur numéro un, de vouloir toujours essayer de progresser ou de vouloir être compétitif, de vouloir gagner des matches, parce qu’à la fin, c’est mon moteur.

  • [Entretien] Karim el Mufti : « Le Liban est menacé d’implosion. L’État n’existe plus »

    [Entretien] Karim el Mufti : « Le Liban est menacé d’implosion. L’État n’existe plus »

    Malgré la trêve conclue le 17 avril dernier, Israël poursuit ses frappes contre le Hezbollah au Liban. Le président libanais, Joseph Aoun, s’est prononcé en faveur de négociations directes avec l’État hébreu pour stopper cette guerre. Le mouvement chiite armé, qui s’y oppose, dénonce la « soumission » des autorités libanaises, tandis que ces dernières accusent le Hezbollah d’avoir entraîné le Liban dans la guerre au service de l’Iran.

    La Marseillaise : L’État libanais et le Hezbollah s’accusent mutuellement de trahison. De quoi est-il question ?

    Karim el Mufti : La trahison, ça a toujours été la grande notion au Moyen-Orient vis-à-vis d’Israël. On retombe un peu sur une rhétorique des années post 1967 où les pays arabes ont décidé de capituler et où Anouar el-Sadate [président de l’Égypte de 1970 à 1981] décide finalement d’aller en Israël pour mettre un fin à cette guerre qui ne menait l’Égypte à rien. C’était, déjà, un grand visionnaire à l’époque. Il en a payé de sa vie. On prédit par ailleurs à Joseph Aoun, dans les menaces à peine feutrées du Hezbollah et de l’Axe de la Résistance, le même destin que Sadate. Après 1967, on rentre dans une logique plutôt milicienne de l’antisionisme et du combat armé contre Israël avec le Hezbollah qui vient, dans les années 1980, se joindre au rang des combattants. Après le 7 octobre, on constate l’essoufflement des milices par le grand coup de massue provoquée par cette décision stratégique israélienne de se débarrasser de toutes ces menaces, de tous ces proxys jusqu’à la tête du serpent : l’Iran.

    Cette confrontation entre le Hezbollah et l’État libanais, s’inscrit dans ce contexte-là, d’une milice en perte de vitesse à l’échelle idéologique. Car, dans la région, la Syrie n’est plus la même, l’Irak non plus et l’Iran, n’a plus vraiment le loisir de défendre ses proxys, parce qu’elle est même menacée dans sa survie. Le Hezbollah tente de survivre en récupérant les vieux éléments de langage en disant à l’État libanais « vous allez capituler, nous sommes les seuls acteurs d’une véritable résistance ». C’était la grande rhétorique de Hassan Nasrallah [ancien chef du Hezbollah tué par l’armée israélienne en septembre 2024, Ndlr.] qui faisait mouche à l’époque. Parce qu’effectivement, l’armée libanaise, après 2000, n’avait jamais vraiment réussi à finaliser la fin de l’occupation. Mais les dernières grandes guerres ont clairement démontré que le Hezbollah ne faisait pas le poids face à Israël. Le changement de vent au sein du Liban où l’antichiisme, l’anti-politique iranienne et bien sûr un lobbying américain plus agressif, fait que maintenant le nouvel ennemi intérieur, c’est le Hezbollah, avec tous les arguments les plus fallacieux qui participent à cette propagande. Le fond n’est pas faux : le rôle du Hezbollah est bien terminé.

    L’État s’était engagé à désarmer le Hezbollah selon l’accord de cessez-le-feu avec Israël de 2024. Le mouvement armé chiite refuse. Faut-il craindre une guerre civile ?

    K.e.M. : La guerre civile, c’est une autre logique. Le Liban est menacé d’implosion. Le Hezbollah a déclaré vouloir renouer avec les attentats suicides. Ce qui prouve son désespoir. Le fait de revenir à ce petit noyau terroriste avec la doctrine de l’attentat suicide, c’est un appel désespéré pour exister. L’implosion, c’est un État qui ne fait plus sens et autour duquel les citoyens ne sont plus ralliés. Le pays de Canaan qu’on appelait Amurru à l’époque des Égyptiens, c’était des cités-états phéniciennes maintenant on a des cités-communautées. Où les chiites sont allés se réfugier, ils sont traités en étranger alors qu’ils sont citoyens libanais. Le Liban, en tant qu’État, n’existe plus. Quand un Alsacien se réfugie à Paris, on ne va pas le traiter d’étranger. Il peut louer, il peut acheter, le droit français se maintient sur tout le territoire. Au Liban, non. Si un chiite un peu fortuné veut acheter pour sa famille qui a tout perdu dans le Sud une maison dans une région druze ou chrétienne, il ne pourra pas. Alors qu’il est Libanais. Et l’État ne peut rien faire pour protéger ce droit. C’est là le début de l’implosion. Au final, quand vous passez d’une région à l’autre, c’est comme si vous passiez d’un pays à l’autre. Ils vont aller où, les 800 000 chiites dépossédés de leurs terres ? C’est ça, la grande question. Le Sud-Liban, c’est fini, ils n’y retourneront plus jamais. Ils vont aller où ? Ils vont rester dans des régions où ils ne seront pas les bienvenus ? Ils vont conquérir par les armes des nouveaux territoires au sein du Liban, alors qu’ils seront citoyens ? Qu’est-ce qu’on propose ? Est-ce qu’on va leur donner de nouveaux quartiers ? Personne ne parle de tout ça.

    Lundi, le chef d’état-major de l’armée israélienne a déclaré que 2026 «pourrait encore être une année de combats» sur tous les fronts. Ce qui implique le Liban ?

    K.e.M. : Je l’appelle la guerre des sept fronts. On est sur une guerre totale contre tous les ennemis d’Israël. Le 7 octobre a ouvert un nouveau chapitre pour le Moyen-Orient et pour Israël, on est dans l’offensive totale au nom de la légitimité de défense. Gaza en a payé le prix, le Liban en paye le prix et l’Iran aussi. Cette attaque, décidée par le Hamas seul, a finalement creusé la tombe de l’Axe de la résistance en un temps record. Et ça a été le plus grand malheur des populations israéliennes, libanaises, palestiniennes, iraniennes aujourd’hui et de l’ensemble du Golfe. On voit comment cet effet papillon terrible du 7 octobre a complètement enflammé toute la région. Après ce drame national israélien est venu le moment génocidaire. Israël profite du fait que le droit international est en perte de vitesse pour remettre en selle une idéologie du XIXe siècle, celle du nationalisme.

    Les autorités israéliennes détiennent actuellement 6%
    du territoire libanais. Le but
    est d’occuper la totalité
     ?

    K.e.M. : Il y a un grand débat en Israël, qui n’est pas encore complètement fixé, avec une ligne dure messianique cananéenne, parce que le Liban, à la base c’est le pays de Canaan. Selon cette ligne, cette terre cananéenne appartient aux Hébreux antiques et les Juifs ont droit eux aussi à un nationalisme. Dès lors va s’opérer un grand détournement du droit à l’autodétermination des peuples tel qu’inscrit dans la Charte des Nations Unies. Au nom de ce principe, on va aller exterminer une autre population qui était là, en utilisant les armes des empires antiques et on va conquérir au gré de notre force, au nom d’un grand dessein qui est le foyer juif. Le problème c’est que ça arrive en 1948, à un moment où l’ONU est passée par là, où la déclaration des droits de l’Homme a été adoptée, et où on n’est plus censé se comporter comme ça. Les Israéliens aujourd’hui continuent la colonisation, prennent Gaza, le Sud-Liban, le Golan et sont en marche vers un Grand Israël, porté par Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich [respectivement ministres de la Sécurité nationale et des Finances, tous deux suprémacistes et d’extrême droite, Ndlr.]. C’est le malheur de cette région : vous avez des nationalismes qui s’entrechoquent. Et qui dit nationalisme, dit dévastation, dit conquête, dit asservissement. Tout nationalisme va conduire à de la dépossession, à de la hiérarchisation des citoyens à ce qu’on appelle aujourd’hui, de manière anachronique, de l’apartheid. Pour qu’Israël se maintienne, il faut que le nationalisme perdure. Il y a une autoroute devant lui pour consolider son pouvoir, sa suprématie et faire la paix par la force.

    Face à cette situation comment le Liban peut-il négocier ?

    K.e.M. : Le Liban paye le prix d’une guerre dont la cause est plus grande que lui. C’est ce que disent beaucoup de Libanais qui sont prêts à complètement faire l’impasse sur la cause palestinienne et sur la sécurité du Liban. C’est ça qui est dramatique. L’État n’a aucune prise sur l’agenda des négociations directes avec Israël. Même ses alliés, comme la France, ne sont pas bienvenus pour lui venir en aide. Israël n’en veut pas. Il dit vouloir faire la paix en imposant ses termes. Ce n’est pas ça la paix, c’est un diktat.

  • Agressé par l’extrême droite, Bilel témoigne

    Agressé par l’extrême droite, Bilel témoigne

    Septembre 2022, un soir rue de l’Annonciade. Bilel et quelques copains s’installent sur la terrasse d’un bar dans ce coin de centre-ville réputé pour sa nuit nocturne. C’est ce soir-là qu’il sera violemment pris à partie par des membres de l’Action française, groupuscule d’extrême droite et royaliste. Déjà examinée en mars 2023 au tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence, seul l’un de ses agresseurs, Paul-Antoine Schmitt, comparait, repéré par l’épluchage de caméras de vidéosurveillance.

    Le journal Libération révélait que l’homme s’avère être au moment des faits responsable de Génération Zemmour, le mouvement de jeunesse de Reconquête. Ce lundi 4 mai, il sera de nouveau jugé à la Cour d’appel d’Aix-en-Provence, à sa demande. Il avait écopé, en première instance, d’une peine d’un an de prison avec sursis et de 3 000 euros d’amende pour violence volontaire en réunion. Le caractère raciste avait été retenu : c’est ce point que Paul Antoine Schmitt conteste. Pour Me Claudie Hubert, qui représente Bilel, « le caractère raciste est largement établi par le déroulé de l’agression, [mon client] étant le seul visé (…) ces faits s’inscrivent dans un climat de racisme qui est de plus en plus préoccupant ». Bilel doit donc revivre ces faits, qui sont ceux d’un « lynchage », et qu’il nous raconte quelques jours avant le procès, en terrasse.

    Trois ans après, il se souvient précisément d’avoir vu une vingtaine d’hommes débarquer dans la rue, et entonner des « chants coloniaux, en lien avec l’Algérie française. Les paroles ne laissaient aucun doute », relate Bilel, qui reconnaît les membres du groupuscule aux t-shirts et casquettes floqués des symboles de la monarchie, portés par ses agresseurs. En surfant sur internet après les faits, l’étudiant se rendra compte que les militants d’extrême droite « venaient de faire leur rentrée sur Aix ». « Au fur et à mesure, poursuit Bilel, je vois qu’ils me regardent de façon assez véhémente. Je suis le seul d’origine maghrébine de mon groupe d’amis à cette époque. Eux, étaient d’origine européenne. J’avais un gros afro, une barbe. J’imagine en me refaisant le scénario que ce doit être la raison. » Après les regards provocateurs s’ensuivent les insultes alors que Bilel propose à l’un d’entre eux de « débattre et de discuter » du sujet de l’Algérie française. « Je le lui dis sans aucune méchanceté. Mais dès la première phrase, il a été insultant », détaille Bilel. Parmi le florilège d’insultes, il se souvient de termes tels que : « Vous êtes des sauvages », « on vous a apporté la civilisation », « barrez-vous, c’est chez nous ici », cite Bilel. Mais aussi des allusions aux terroristes du Bataclan.

    Une bagarre éclate, entre lui et plusieurs membres de l’Action française, avant de dégénérer en « lynchage ». Coups de pied dans la tête et rouages de coups s’enchaînent, selon le jeune homme. Les coups auraient duré deux minutes, selon les rapports qu’il a pu consulter. « Ils arrêtent de me rouer de coups quand je suis par terre », se souvient Bilel. Le lendemain, il porte plainte, est reçu par un médecin, qui lui prescrit cinq jours d’ITT. Après cette violente agression, le jeune homme rapporte qu’il aura du mal à sortir de chez lui pendant plusieurs mois, à dormir, à poursuivre ses études. « Depuis, lorsque j’entends parler de violences similaires, je ne peux pas m’empêcher de faire un parallèle, glisse Bilel. Mais un acte d’une telle violence, en parler, c’est le minimum. Ce n’est pas tout le monde qui a la chance d’être là pour en parler ou avoir un procès. Je me réjouis aussi que la justice existe, qu’en France une action comme celle-ci ne reste pas impunie (…) ça me redonne de l’espoir. » De cet appel, Bilel espère aussi pouvoir « passer à autre chose ».

  • La Métropole place l’état face à « ses responsabilités »

    La Métropole place l’état face à « ses responsabilités »

    C’est avec trois quarts d’heures de retard que la très attendue séance du conseil métropolitain a démarré. Et elle a duré presque autant. Une séance express ponctuée de quelques délibérations consacrées à des nominations dans différents organismes, puis les élus d’Aix-Marseille Provence ont fait ce qu’ils avaient acté une semaine plus tôt en conférence des maires : ils n’ont pas voté le budget 2026. Les délibérations sur le budget principal et les budgets annexes ont été retirés de l’ordre du jour, avec l’accord des 92 maires, toutes tendances confondues. Le résultat d’un bras de fer engagé avec l’état face aux difficultés financières et au déficit de 123 millions pour 2026, sur un budget de 4,8 milliards en 2025.

    « Les choix faits à Paris »

    « Il a été décidé de transmettre ce budget insoutenable aux services de l’État, à la Chambre régionale des comptes (CRC) d’abord, au Préfet ensuite, pour qu’ils trouvent le moyen de l’équilibrer », explique le président Nicolas Isnard (LR), maire de Salon. Une décision « forte et inédite », « de responsabilité et de courage » souligne-t-il : « On ne peut pas couper constamment les aides allouées aux territoires sans qu’il y ait de la casse. Ça servira à l’ensemble des territoires, communes et intercommunalités du pays. L’État doit comprendre que dans les prochaines lois de finances, nos territoires devront être traités différemment. »

    Dans le viseur, la baisse des dotations à la collectivité chiffrée à 120 millions en deux ans, dont 70 millions actés le 19 février, et qui s’accompagne de la hausse des coûts de fonctionnement liés aux infrastructures de transports avec le Plan Marseille en grand. Avant d’entrer dans l’hémicycle, le maire (DVG) de Marseille, Benoît Payan, assumait de provoquer « un électrochoc ». « L’État ne nous a pas crus quand nous avons dit que nous ne présenterions pas de budget », réagissait ce dernier après la séance lors de laquelle seule la Dotation de solidarité communale (66 millions répartis entre les 92 communes) a été votée. C’est sur cette base que la CRC travaillera en lien avec les services métropolitains au projet de budget. Elle aura un mois pour rendre un avis au Préfet qui devrait arrêter sa décision courant juin. Deux pistes se dessinent : toucher aux attributions de compensation des communes et augmenter la fiscalité.

    « Je suis content et impatient de voir l’État faire l’exercice avec nous, qu’il se rende compte au local de la conséquence des choix faits à Paris. Les baisses de dotations mènent mécaniquement à des hausses d’impôts massives, un transfert d’impopularité fiscale qu’il va voir de ses propres yeux », assume David Ytier, vice-président délégué aux finances. « L’État va se rendre compte qu’équilibrer un budget avec les décisions prises à Paris n’est plus tenable. Sauf si on remet une carte dans le jeu qui s’appelle le versement mobilité. »

    « Choc fiscal » à venir

    Les élus métropolitains avaient lancé la semaine passée un appel solennel à l’État, réclamant notamment le déplafonnement de cette taxe payée par les entreprises. Son augmentation de 1% rapporterait 200 millions dans les caisses de la Métropole souligne le maire de Marseille. « On est là pour défendre nos habitants et nos communes, on n’est pas là pour combler les trous de l’État qui décide d’exonérer de taxes certaines grandes entreprises et des actionnaires qui gagnent de plus en plus… Il faut qu’ils puissent aussi contribuer au budget de l’État. Ce n’est pas simplement au contribuable de boucher les trous de l’État », insiste Benoît Payan.

    L’intercommunalité a de son côté élaboré un « plan d’économie d’urgence » d’un peu plus de 30 millions d’euros qui permettra d’atténuer le « choc fiscal » à venir en 2026 et 2027, a rappelé Nicolas Isnard. Plusieurs pistes d’économies évoquées sont loin de faire consensus, que ce soit la hausse de la fiscalité, la baisse des subventions aux associations ou l’augmentation des tarifs des transports. Le président a d’ailleurs annoncé des Assises sur le financement des mobilités métropolitaines à la rentrée, « pour faire émerger des pistes pour un financement équitable et pérenne du réseau de transports dans les années à venir ».

    Vice-présidents

    Pierre Huguet : Amélioration du cadre de vie (voirie, propreté); Sophie Joissains : Conférence des Maires, Concertation territoriale, Relations avec les institutions extérieures; Gaby Charroux : Industrie, réindustrialisation et industries créatives; Robin Pretot : Eau et Assainissement, Pluvial; Georges Cristiani : Proximité, maisons de la Métropole, Projet Métropolitain; Olivia Fortin : Emploi, Insertion, Économie Sociale et Solidaire; Pascal Montecot : Aménagement, Planification et Commande publique; Arnaud Drouot : Relations Internationales, Tourisme et Attractivité; Alexandre Doriol : Ressources Humaines et relations sociales; Capucine Edou : Transition écologique, Protection environnement, Lutte contre les pollutions et GEMAPI Marseille; David Ytier : Budget, Finances, Stratégie Fiscale, Maîtrise de la dépense publique et pilotage des satellites; Pascaline Lecorché : Enseignement supérieur, Formation professionnelle, Recherche et Fonds Européens; Frédéric Vigouroux : Mobilités, Mobilités durables, Transports et Projet « Quartier Gare Saint-Charles », LNPCA; Laurent Simon : Énergie et Transition énergétique; Serge Perottino : Relations usagers service public de gestion des déchets – Collecte des déchets; Eric Garcin : Agriculture, Viticulture – Alimentation et circuits courts; Anne Reybaud-Decroix : Traitement et Valorisation des déchets – Ruralité; Jean‑Pascal Gournes : Développement économique, relations entreprises et au monde économique, artisanat et Commerce; Martial Alvarez : logement, habitat et cohésion sociale; Maxime Marchand : Mer, Littoral, Ports.

    Conseillers délégués

    Lionel De Cala : Patrimoine et Politique immobilière, foncier économique; Joël Canicave : Stratégie financière et Contractualisation, Contrôle de gestion; Kayané Bianco Roatta : Jeunesse, Sports, CJM; Daniel Gagnon : Culture, équipements culturels; Michel Iillac : Gestion du trait de côte, Relations avec les usagers du nautisme, Activités nautiques; Audrey Garino : Logement insalubre et politique de la ville; Arnaud Mercier : Métropole numérique, politique publique de la donnée, Relations usagers des services numériques et téléservices mis à disposition des habitants; Hedi Ramdane : Propreté Marseille; Véronique Miquelly : Égalité Hommes/Femmes, Lutte contre les Discriminations et Inégalités; Loïc Gachon : Grand cycle de l’eau, GEMAPI hors Marseille, Étang de Berre; Philippe Ardhuin : Forêts et paysages, espaces naturels et biodiversité, archéologie.

    Lettres de mission

    Hervé Granier : Sécurité/Erp, Sidérurgie, pétrochimie, aéronautique; Pascal Chauvin : Infrastructures, parcs et aires de stationnement, pistes cyclables; Michel Boulan : Équipements Sportifs

    Philippe Charrin : Risques majeurs; Samia Ghali : Anru – Rénovation Urbaine; Michèle Rubirola : Handicap, Santé, Recherche Médicale, Économie de la Santé; Grégory Allione : Relations avec le Parlement européen.

  • Séquence budgétaire dans l’hémicycle Bargemon

    Séquence budgétaire dans l’hémicycle Bargemon

    Dans un contexte économique et institutionnel tendu, marqué par l’inflation persistante, les incertitudes sur les dotations de l’État, ce budget primitif 2026 entend affirmer une trajectoire de continuité et d’engagement. Il s’élève à près de 2,16 milliards d’euros, dont 1,58 en fonctionnement et 582 millions en investissement.

    Les recettes de fonctionnement progressent modérément (+2,7%), portées notamment par les produits des services municipaux et une fiscalité à taux constants. La Dotation globale de fonctionnement atteint 248,9 millions, en légère hausse, mais la Ville alerte sur un effet de ciseaux à moyen terme lié à l’évolution des critères de richesse.

    Côté dépenses, l’effort est assumé sur les priorités du mandat. Les charges de personnel (841 millions, +5,7%) traduisent la poursuite du rattrapage des effectifs, notamment pour la police municipale et les services de proximité. L’éducation reste la boussole municipale, avec des moyens renforcés pour les écoles, la restauration scolaire et la petite enfance. La Ville confirme aussi ses engagements en matière de sécurité, de logement et de lutte contre l’habitat indigne.

    Protéger, investir, préparer

    L’investissement demeure à un niveau élevé (473 millions), orienté en priorité vers les écoles et crèches (près de 59 millions), le logement et la rénovation urbaine (48 millions), la transition écologique, la sécurité et les équipements sportifs. La dette consolidée poursuit sa baisse par rapport à 2020, malgré un recours à l’emprunt d’équilibre de 277 millions.

    En dépit d’un cadre national contraint, la majorité municipale revendique un budget « qui protège, qui investit et qui prépare l’avenir », en maintenant les services publics et les politiques de justice sociale au cœur de l’action municipale.

    La séance abordera aussi le Plan Écoles, avec des acquisitions foncières et des ajustements financiers, ainsi que des mesures éducatives : dotations par élève, carte scolaire, aides à la Caisse des écoles. Côté cadre de vie, les élus sont appelés à se prononcer sur les taxes publicité et nettoiement et des travaux (stades, patrimoine municipal, immeubles communaux). La culture et la vie associative ne sont pas en reste, avec des conventions d’expositions, des restaurations d’œuvres et des subventions urgentes. Enfin, plusieurs délibérations concernent le logement social, la mer et le littoral.

  • Vague de soutien pour la CGT du port

    Vague de soutien pour la CGT du port

    Il n’est même pas huit heures du matin, ce mardi, que les fumigènes recouvrent déjà la place Monthyon qui fait face au palais de justice de Marseille, dans le 6e arrondissement de la ville. Des fumigènes qui dévoilent une marée de gilets rouges trépignant devant les grilles de l’institution.

    Ce sont plusieurs centaines de militants CGT du département et au-delà qui sont venus apporter un « soutien indéfectible » à Pascal Galéoté, le secrétaire général de la CGT du Grand port maritime de Marseille (GPMM). Ce dernier est convoqué pour une audience au tribunal correctionnel, aux côtés de Bernard Cristalli, ancien trésorier du Comité d’entreprise (CE, ancien nom du Comité social et économique) du port. Les deux sont accusés « d’abus de confiance » dans le cadre de la gestion des comptes du CSE du GPMM. Des comptes dans lesquels la cour des comptes a fourré son nez en 2021, avant que le Parquet de Marseille pointe, en 2025, « plusieurs anomalies constatées dans l’utilisation des moyens du comité d’entreprise ».

    De quoi provoquer une montée au créneau unanime d’une myriade d’organisations CGT de la région qui dénoncent une « répression judiciaire » qui s’abat sur une figure des luttes locales (lire notre article du 27/04). Rappelons que la CGT est historiquement majoritaire au port de Marseille, avec actuellement plus de 750 syndiqués, et logiquement largement majoritaire au CSE avec 17 des 24 sièges de titulaires et suppléants de l’instance représentative du personnel, dont Pascal Galéoté est secrétaire. Elle est surtout de tous les combats et régulièrement motrice des mobilisations dans le département. D’où les plusieurs dizaines d’appels à la mobilisation, de syndicats divers et variés, pour ce mardi. Même des agents portuaires du Havre, de Rouen ou de Dunkerque ont fait le déplacement.

    Entre liste à la Prévert

    et pêle-mêle

    Manque de pot, ou pas, l’audience est reportée à 13 heures. Le comité de soutien fait le pied de grue. Et à ladite heure, débute une audience fleuve qui ne prendra fin qu’à 20 heures passées. Le Port n’est pas partie civile, le CSE non plus. Seuls les syndicats minoritaires FO, sept agents, et le syndicat des cadres sont dans le coup. In fine, le débat porte aussi sur le fait que les élus des dits syndicats n’ont pas, ou peu, bénéficié d’une partie des dépenses. La Cour a ainsi décortiqué les comptes du CE de 2014 à 2018, questionnant « 264 000 euros de dépenses » reprochés aux deux prévenus. Parmi elles, la présidente pointe notamment 98 000 euros de frais de restauration ou encore plus de 50 000 euros de frais de déplacement.

    Elle s’attarde sur plusieurs cas largement repris par les avocats des syndicats concurrents : une facture de 75 euros dans un bar à cocktails à Paris à 1h20 du matin par-ci, une cinquantaine de billets de TGV pour un 1er mai à la capitale par-là… À la barre, Pascal Galéoté justifie point par point les faits : pour le premier cas, c’est une dépense dans le cadre d’une discussion qui s’est prolongée tardivement après une réunion, pour le deuxième un trajet pour une rencontre avec d’autres CE portuaires. Un stylo Montblanc supposément offert ? « Il est toujours dans le coffre du CE », assure le secrétaire général. En bref, il est fait « une liste à la Prévert », pendant laquelle Cour et partie civiles questionnent pêle-mêle la remise de colis à des agents, pratique somme toute classique d’un CE, jusqu’à des frais de bouche, dont des notes de restaurants de plusieurs milliers d’euros, supposément « sans justification ». Si les montants peuvent paraître élevés, Pascal Galéoté rappelle qu’on dénombrait plus de 80 délégués et élus dans les différentes commissions qui découlaient du CE. Forcément, ça monte vite dans les chiffres.

    « Pas d’enrichissement personnel »

    Malgré les explications des prévenus, il n’en faut pas plus pour que le procureur cible « un budget utilisé en dehors de l’intérêt et des activités du CE ». En clair, des dépenses qui outrepassent le cadre du fonctionnement de l’instance comme des « déplacements de nature syndicale ». Il requiert 18 mois de prison contre les deux, assorti d’un sursis, de 5 000 euros d’amende contre Pascal Galéoté et 3 000 pour Bernard Cristalli. Mais également d’une peine de 5 ans d’inéligibilité. « Rien n’est démontré dans cette affaire, la somme reprochée correspond à quasiment toutes les dépenses du CE », plaide Maître Tom Bonnifay. Il explique que la justice a « confondu rapport de la Cour des comptes et enquête pénale » et note que la présidente du port de l’époque n’a même pas été entendue. Ou que l’on reproche à des militants de ne plus savoir ce qu’ils faisaient tel jour telle heure, 11 ans après les faits. « Il n’y a pas une liste de dépenses qui est imputable à l’un ou à l’autre (…) il n’y a pas d’enrichissement personnel », appuie-t-il.

    À la sortie de l’audience, Pascal Galéoté sort sous les applaudissements de ses camarades. Il résume la problématique : « On est tous les deux accusés d’avoir dépensé la même somme, pas au même moment et pas avec les mêmes dépenses mais la même somme quand même. » Avant de développer : « Il y a peut-être des dépenses, à la marge, où l’on a commis quelques erreurs. Par exemple des cocktails un soir, même si l’on explique que ça peut arriver de débattre tardivement de sujets, c’est pour eux difficile à entendre. On a essayé de répondre à toutes les factures. » Et se désole du fond de l’affaire : « C’est pour les syndicats minoritaires une opportunité de nous voir condamner. On aurait détourné 264 000 euros mais ils ne demandent rien à part l’inéligibilité ! C’est bien une attaque contre la CGT. »

    La décision sera rendue le 1er juin prochain.

    ILS DÉFENDENT L’ACTION SYNDICALE

    Romane Massip Adjointe PCF à la mairie des 1-7

    « Le capital est en crise. La CGT déplore 500 plans de suppression de poste dans l’industrie. Et ils souhaitent mettre à terre les travailleurs. Ce procès en est un exemple de plus. C’est un dossier de longue date avec des ré-accusations en chaîne d’abord parce que Pascal Galéoté est secrétaire de la CGT du Port. »

    Didace Galéoté USR CGT 13

    « Les syndicalistes, ici présents, viennent du Havre, de Dunkerque, et de Calais. Toutes les professions portuaires se sont mobilisées pour le soutenir. Le patronat n’a jamais supporté que les travailleurs s’unissent. Il tente aujourd’hui de briser les derniers maillons qu’il reste pour défendre la classe ouvrière. C’est un procès politique qui vise à évincer ceux qui gênent. »

    Eddy Bartolini, CGT GPMM

    « Ce procès fait suite aux accusations d’une plainte déposée par Force ouvrière en 2017, un syndicat moins représenté, qui nourrit une certaine rancœur envers nous. Nous sommes majoritaires dans les institutions et les commissions, ce qui les dérange. Ils tentent, par conséquent, de déstabiliser notre syndicat à travers un procès, même symbolique, c’est un peu extrême. »

    Véronique Dolot, CGT Métropole

    « Nous possédons des outils puissants, nous sommes présents forts et déterminés. Ils tremblent, et c’est ce qui fait notre force. Plus ils avanceront, plus la colère montera. Nous sommes les derniers debout. Les derniers qui ne cesseront de se battre pour l’ensemble de la classe ouvrière, les précaires, et les retraités sans jamais se satisfaire d’un simple compromis. »

    Virginie Akliouat, FSU

    « Ce n’est pas la première fois que nous sommes attaqués pour notre rôle de contre-pouvoir. Ces pratiques se multiplient, on le constate aussi au niveau des mouvements lycéens et la répression récurrente des forces de l’ordre sur les jeunes militants. Le pouvoir en place étouffe les voix des salariés et affaiblit celles des plus jeunes, afin de fragiliser les consciences politiques. »

    Maoudj Bader, SAP-CGT

    « Ces accusations sont diffamatoires. Le port est notre emblème, les portuaires nous ont toujours accompagnés, notamment lors d’agressions et de meurtres dans notre branche.

    Ils nous ont permis d’acquérir davantage de droits, d’augmentations financières et parfois même pour certains de retrouver leur travail. »

    Marie-Jo Cermolacce, PCF

    « Les syndicalistes comme Pascal Galéoté, ont permis pendant 20 ans, de soutenir l’industrie, et les acteurs du grand port. Ensemble, nous avons défendu les salariés, et nous sommes battus contre les trafics illicites. La CGT est la seule organisation qui se bat contre le libéralisme à outrance sur le port. Ce n’est pas pour rien qu’elle est aujourd’hui attaquée par le patronat. »

    Rémy Hours, CGT Cheminots

    « L’action que la justice entreprend est une criminalisation de l’action syndicale. Ce n’est pas un acte isolé. On constate ces mêmes méthodes de partout sur le territoire. Il est le quatrième haut responsable de notre organisation traîné devant les tribunaux pour des motifs fallacieux. Leur objectif est de discréditer l’organisation syndicale dans les consciences collectives.»

    Nathalie Tessier, Adjointe PCF au maire de Marseille

    « Je suis venue en soutien de notre camarade qui est mis en accusation et soutenir la CGT. Ce procès est injuste, Pascal Galéoté subit cet acharnement car c’est un grand représentant d’un grand syndicat. La CGT du port est une organisation puissante qui défend le droit du travail et la classe ouvrière de Marseille. »

    Jean-Michel Roccasalva, CGT Centrale de Gardanne

    « Nous réclamons l’absence de condamnation, même symbolique, ainsi qu’une clôture définitive du dossier. Ces actes prouvent malgré tout que nos démarches dérangent, une motivation suffisante pour ne pas lâcher, redoubler d’efforts, notamment dans le département. »

    Marc Pietrosino, secrétaire général UD CGT 13

    « Le gouvernement tente d’éliminer la CGT du Port car c’est un lieu où les salariés ont des droits qu’ils ont acquis par la lutte. Aujourd’hui des accusations totalement fallacieuses sont prises à charge contre le premier dirigeant du syndicat du Port de Marseille. S’en prendre à nos camarades, c’est attenter à un bastion ouvrier, qui a toujours su résister. »

    Thierry Camusso, CGT Filpac La Provence

    « L’avenir s’annonce compliqué avec le RN aux portes du pouvoir. En tant que syndicat nous avons besoin de ces élans de solidarité. Certains canards dénoncent Pascal Galéoté pour des affaires qui n’ont pas encore été jugées, notamment sur des détournements de fonds du CSE, ces accusations ne respectent pas la présomption d’innocence. »

  • Solidaires et en colère

    Solidaires et en colère

    Ils étaient nombreux, hier, devant le palais Monthyon à Marseille pour dire leur soutien à Pascal Galéoté, figure de la CGT du Grand port maritime et son camarade Bernard Cristalli.

    Le report d’audience de 8h à 13h n’aura pas entamé leur détermination ni leur conviction dans la probité des deux militants.

    Pour eux la chose est entendue : il s’agit d’un acharnement visant un des secteurs les plus combatifs de la CGT.

    Les précédents épisodes de cette affaire qui remonte à plus de 10 ans alimentent en effet la suspicion sur la sincérité de la démarche judiciaire. À l’origine, la très libérale Cour des comptes s’émeut de la gestion du CSE du Port. Le parquet s’est ensuite saisi tardivement du dossier sur fond de rivalité syndicale, ni le Port ni le CSE n’étant parties civiles.

    Empressement à salir

    Avant son procès Pascal Galéoté, a été entendu par la police. Une garde à vue annoncée par un journal proche du pouvoir avant même qu’il ne le sache lui-même… Puis c’est une Une sur les « grands procès à venir » cette année qui le fait figurer à côté du chef du clan Yoda, un criminel de niveau international… lui, le militant syndical portuaire qui fait partie des premiers signataires de « l’Appel de Marseille » contre le narcotrafic.

    Pourquoi cet empressement à salir ? Son avocat a martelé à l’audience qu’il n’y avait pas d’enrichissement personnel. La justice a promis de trancher le 1er juin. En attendant, la frénésie politico-médiatique qui entoure ce procès témoigne d’un fait. La bourgeoisie de ce pays n’a jamais digéré que les salariés aient arraché la possibilité de gérer une partie du fruit de leur travail.

  • Marseille : toujours mobilisés contre un data center à Saint-André

    Marseille : toujours mobilisés contre un data center à Saint-André

    « Le tramway, la première chose positive depuis bien longtemps dans le quartier, va passer là. Et on veut ajouter des camions ? » Venus de l’Estaque gare, Riaux ou de Saint-André, des habitants se sont de nouveau mobilisés, ce mardi 28 avril, devant le 90, chemin de Ruisseau-Mirabeau (16e). C’est là, sur 6 hectares de la friche industrielle de TCSI, qu’un data center, d’une puissance de 33 mégawatts, et une plateforme logistique de 34 000 m2 sur trois étages, devraient être construits si le projet porté par le groupe britannique Segro est validé.

    Il a déjà franchi, le 27 mars, l’étape de l’enquête publique avec des avis favorables. « Un Coderst [Conseil de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques Ndlr.] doit se tenir demain matin. Nous demandons à ce qu’il soit repoussé jusqu’à ce que soit faite une étude sérieuse sur le plan de circulation », pose Patrick Robert, président du comité d’intérêt de quartier (CIQ) de l’Estaque Gare et vice-président de la fédération des CIQ du 16e arrondissement. Une centaine de poids lourds transitent déjà, chaque jour, pour desservir la quarantaine d’entreprises de logistique domiciliées à cette adresse.

    « Prédation foncière »

    En ajouter davantage paraît intenable pour les riverains. « On a proposé de changer la destination du plan local d’urbanisme et de faire des logements, on en manque. Au CIQ Saint-André, on réclame l’arrêt total de ce projet », insistent Denis et Élisabeth Pelliccio, vice-président et présidente du CIQ en question. De son côté, Stéphane Coppey, délégué au juridique, aux transports et à la mobilité au sein de l’association France nature environnement (FNE) Bouches-du-Rhône, sera présent au Coderst. « Nous porterons la voix des CIQ », promet-il.

    Pour Antoine Devillet, du collectif « Le nuage était sous nos pieds », la perspective de cet énième data center, quand Marseille en compte déjà cinq sur son port, et qu’outre celui de Saint-André, un autre bâtiment serait prévu sur le site de Saint-Louis Sucre, pose problème. Ces installations « prennent la place d’autres projets, pour pratiquement aucun emploi. C’est de la prédation foncière », estime-t-il, quand environ 400 postes, dont 129 pour le data center, sont évoqués. Il pointe une « empreinte écologique énorme ». Autant de raisons pour lesquelles les habitants seront aussi devant le conseil municipal, ce mercredi à 8h, pour alerter les élus. À noter que dans l’enquête publique, Samia Ghali (DVG), maire adjointe, indiquait être « en désaccord avec le projet (…) dans les conditions actuellement proposées ».