Blog

  • Lucien Molino. La sécu pour la solidarité nationale

    Lucien Molino. La sécu pour la solidarité nationale

    Le Commissaire de la République, dans ses écrits, affirme aussi que « les réquisitions de Marseille résultent de deux illusions. J’avais d’abord cru, se souvient-il, à l’épuration, ensuite aux réformes de structures, j’avais pensé que ces grandes aspirations du pays aboutiraient plus vite à des réformes importantes, tout au moins dans certaines branches maîtresses de l’économie. Gouvernement et patrons ne l’ont pas voulu. Les résultats qui ont été obtenus sont probants, partout régnait la justice sociale, ces initiatives ont permis d’améliorer l’apprentissage, les œuvres d’assistances, l’atmosphère du travail qui régnait et surtout les rendements obtenus ont mis ces entreprises réquisitionnées à l’avant-garde de toute la région et peut-être de la production française dans ces branches d’activités, la notion du service remplaçait la notion du profit. »

    En gérant ces entreprises, les travailleurs de Marseille ont écrit une belle page de l’histoire ouvrière. Pourtant, j’ai ressenti dès le départ une méfiance de la part de la CGT et du PC, m’accusant de vouloir instaurer les soviets à Marseille. La Fédération des métaux était inquiète de la position prise à Marseille. Elle appréhendait un échec et s’abstint d’appuyer les autres succursales des Aciéries du Nord en France dont nous demandions la réquisition. Cette grande expérience doit son succès aux efforts du magnifique esprit des ouvriers et de l’organisation syndicale CGT qui ont servi la grande œuvre du relèvement français. En fait les réquisitions se sont effectuées contre l’avis du gouvernement qui très rapidement manifesta sa désapprobation à l’encontre des décisions de Raymond Aubrac.

    En 1945, la naissance de la Sécurité sociale mise en place par Ambroise Croizat, ministre du travail communiste et un des responsables de la fédération des travailleurs de la métallurgie, constitua une pièce maîtresse dans le vaste chantier de reconstruction sociale et démocratique de l’après-guerre. Avec les nationalisations, les comités d’entreprise, les comités d’hygiène et de sécurité et les conditions de travail, les conventions collectives, cette innovation allait permettre de reconstruire le département et la France ravagés par la Seconde Guerre mondiale. Il fallait redonner aux femmes et aux hommes toute leur place dans la société, valoriser leurs capacités productives et créatrices, jeter les bases d’une société plus humaine. C’étaient les premiers pas vers la solidarité nationale.

    L’instauration de la Sécurité sociale ne relevait pas d’une improvisation. Elle prolongeait de longues années de combats sociaux, d’initiatives privées ou politiques sous la pression de la classe ouvrière recherchant depuis de longues années, dès le début du développement de l’industrialisation, les moyens de se protéger contre la maladie, la vieillesse, le chômage, les accidents du travail et les maladies professionnelles.

    à suivre la semaine prochaine…

  • Alès passe en mode jeuxdu Moyen Âge

    Alès passe en mode jeuxdu Moyen Âge

    Comme chaque année, la Semaine Cévenole qui célèbre l’histoire et les traditions du Moyen Âge revient à Alès. Pour l’occasion, trois expositions sont organisées. La première rassemble les sceaux de l’époque (mairie), la deuxième est la construction d’un village médiéval en Playmobil et la troisième expose des jouets et des instruments de musique de l’époque.

    Outre les différentes visites guidées, la semaine cévenole accueille aussi des conférences sur la cathédrale d’Alès (le 29 septembre), les divertissements de la noblesse (1er octobre), les origines de la carte à jouer en Catalogne (2), l’art du combat médiéval (2) ou encore se travestir en Languedoc (3). Un atelier de cuisine médiéval est aussi organisé le mardi suivi d’une soirée cinéma alors que plusieurs ateliers de confection de jeux et d’instruments de musique seront proposés aux enfants le mercredi. Un tournoi de jeux vidéos médiévaux est également au programme le jeudi.

    Tournois de chevaliers

    Vendredi, le traditionnel bœuf à la broche sera servi place de l’Hôtel de ville suivi de l’embrasement du fort Vauban. Pour le week-end, Alès ne change pas une équipe qui plaît puisque petits et grands pourront retrouver le traditionnel défilé costumé (location gratuite à la salle Cazot), le marché médiéval, le marché artisanal, les tournois de chevaliers et de cavaliers ainsi que les concours de tir à l’arc et les animations du campement militaire.

  • Nouvelles irrégularités au forage de la Castillonne ?

    Nouvelles irrégularités au forage de la Castillonne ?

    Véritable serpent de mer de Montagnac, le forage de la Castillonne n’en finit plus de faire parler de lui. Voilà près de trois ans qu’une partie des riverains – regroupée sous le collectif Veille eau grain – tente par tous les moyens de s’opposer à la vente par la mairie de 3 700 m² de parcelles agricoles, comprenant un forage donnant sur une nappe phréatique à la Compagnie générale des eaux de source (CGES). La filiale de la multinationale Alma a pour projet de construire une usine d’embouteillage afin d’y produire pas moins de 1,6 million de bouteilles par jour.

    Utilité d’un tel projet dans un contexte de raréfaction de la ressource en eau, sous-estimation de la vente comparée aux potentielles recettes d’un tel projet, beaucoup d’irrégularités ont été soulevées par les opposants. Nouveau rebondissement dans ce projet décrié, la déclaration préalable – déposée en mairie en juillet 2023 et affichée en juin 2025 – comprendrait elle aussi son lot d’anomalies. « Cette démarche est une nouvelle fois entachée de mensonges. Le PLU n’est pas respecté : depuis le début, on nous parle d’un projet sur une zone agricole et nous sommes sur un projet industriel puisqu’a été a posé une demande préalable pour réaliser un local technique sur la tête de forage. L’emprise au sol de l’arrêté municipal est de 16m² or l’architecte parle d’un bâtiment de 27,5 m², ce qui aurait nécessité un permis de construire. Enfin, la position du panneau, normalement en limite du domaine mais ici, il est à une centaine de mètres, donc absolument pas visible », soutient Vincent Lapasset, membre du collectif.

    Dès lors, direction le tribunal ? « Je ne sais pas si nous allons ouvrir une nouvelle procédure, nous n’avons pas des moyens financiers inépuisables », précise Vincent Lapasset. En effet, le collectif en a déjà déposé trois. « Sur l’une, on a été déboutés bien que le juge reconnaisse que les règles qui auraient dû s’appliquer lors de la vente du terrain en conseil municipal n’ont pas été respectées. Nous avons fait appel. Nous avons également porté un recours sur la plus-value réalisée, sous-estimée par la mairie », reprend Vincent Lapasset. Malgré ces revers, le collectif reste combatif. « Il y a un dossier que personne ne met en cause, on amène des faits. On reste optimiste dans le fait que la justice dise stop à cette magouille à grande échelle. » Les élections municipales en mars prochain feront-elles pencher la balance ? Reste aux futurs candidats à s’en saisir.

  • « Les œuvres d’art complètent l’histoire connue des espèces aquatiques »

    « Les œuvres d’art complètent l’histoire connue des espèces aquatiques »

    La Marseillaise : En étudiant les espèces aquatiques dans les peintures italiennes du XVIe au XVIIIe siècle, confirmez-vous des connaissances établies ou avez-vous fait des découvertes ?

    Louise Merquiol : Cela confirme principalement ce que nous savions. Mais les œuvres d’art complètent aussi l’histoire établie de certaines espèces. Par exemple, l’esturgeon a vu ses populations décliner au XIXe siècle. C’est connu. Mais ce déclin a probablement commencé plus tôt car il est de moins en moins représenté entre le XVIe et le XVIIIe siècle. Nous avons aussi retrouvé des espèces cryptiques.

    C’est-à-dire ?

    L.M. : Ce sont des espèces morphologiquement proches mais génétiquement différentes. On en retrouve beaucoup parmi les poissons d’eau douce dont deux espèces peuvent évoluer différemment à partir d’une espèce commune. Nous avons identifié deux espèces cryptiques de brochet : une en démique et une importée. Elles étaient donc présentes en Italie quand le tableau a été peint. Nous l’ignorions.

    La biodiversité représentée présente toutefois
    des biais…

    L.M. : C’est vrai, l’œil de l’artiste et la culture jouent. Sur la période, le phoque était pêché et consommé mais il est peu représenté, probablement car il était vu comme un animal maléfique. Idem pour la sardine qui était très consommée mais qu’on voit peu sur les tableaux. Sans doute car elle était un « petit poisson du peuple ». Or les tableaux étaient souvent des commandes de riches clients qui préféraient voir des espèces symbolisant le luxe : homards, esturgeons, huîtres…

  • Mobilisation agricole calme et revendications fermes

    Mobilisation agricole calme et revendications fermes

    Sur ce paquet de pâtes, il y a marqué “origine UE et non UE” sans précisions. Il y a de grandes chances que ce soit du blé canadien traité au Roundup », tonne haut et fort Sylvain Bernard, secrétaire général de la FDSEA 84, paquet de pâtes dans les mains, dans les rayons du Lidl situé route de Montfavet, à Avignon, ce vendredi 26 septembre.

    Une prise de parole qui résume bien la matinée passée par une trentaine de militants de la FDSEA et des Jeunes agriculteurs. De 8h à midi, ils ont inspecté les rayons, notamment ceux des fruits et légumes, du Auchan Avignon Nord, du Grand Frais, puis du Lidl, situé à quelques centaines de mètres. Ils ont scrupuleusement balisé chaque produit non issu de l’agriculture française, ou vendu à un prix jugé trop bas pour permettre une rémunération correcte des producteurs, notamment pour le vin.

    Les militants ont également distribué aux passants, panier ou caddie en main, un « menu déséquilibré », composé de produits d’origine étrangère cultivés dans des conditions interdites en France et en Europe, mais importés. « On entend beaucoup parler du Mercosur. Mais il y a d’autres accords, comme celui avec le Maroc, qui nous touchent beaucoup, surtout en Vaucluse, avec les cerises, les tomates ou le melon », poursuit le responsable syndical.

    Dans chaque magasin, les producteurs se sont aussi attardés devant les rayons d’amandes et de noix. « On essaie de relancer ces filières, mais il n’y a quasiment aucun produit français. On trouve beaucoup de produits des États-Unis et on sait dans quelles conditions ils sont produits là-bas », poursuit Julien Latour, viticulteur à Violès et secrétaire général adjoint de la FDSEA. Tandis qu’au rayon des vins de Lidl, c’est aussi le prix qui est dénoncé, avec des bouteilles à parfois moins de 2 euros. « À moins de 3 euros, n’achetez pas, car cela ne nous rémunère pas », lance un militant aux clients.

    Et maintenant ?

    À l’issue des quelques heures de mobilisation, les agriculteurs mobilisés se sont réunis autour de leur secrétaire général pour faire le point et envisager la suite. « Il faut passer un cap. Il faut se coordonner dans toute la France pour s’attaquer au portefeuille, sinon, on n’arrivera à rien », lance un des producteurs. « Si ça continue, on risque de se radicaliser, car on est à bout », avance un autre. « Ils doivent s’attendre à ce que ce soit plus dur qu’avant. Mais on ne peut pas faire n’importe quoi, car on peut finir devant des tribunaux », tempère Sylvain Bernard. Ce dernier souhaite « mettre la pression en permanence » tout en proposant d’aller à la rencontre des patrons de la grande distribution, « qui sortent d’écoles de commerce et ne connaissent même pas la saisonnalité des produits ».

  • Une mobilisation calme, mais des revendications fermes

    Une mobilisation calme, mais des revendications fermes

    Sur ce paquet de pâtes, il y a marqué “origine UE et non UE” sans précisions. Il y a de grandes chances que ce soit du blé canadien traité au Roundup », tonne haut et fort Sylvain Bernard, secrétaire général de la FDSEA 84, paquet de pâtes dans les mains, dans les rayons du Lidl situé route de Montfavet, à Avignon, ce vendredi 26 septembre.

    Une prise de parole qui résume bien la matinée passée par une trentaine de militants de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs. De 8h à midi, ils ont inspecté les rayons, notamment ceux des fruits et légumes, de l’Auchan Avignon Nord, du Grand Frais, puis du Lidl, situé à quelques centaines de mètres. Ils ont scrupuleusement balisé chaque produit non issu de l’agriculture française, ou vendu à un prix jugé trop bas pour permettre une rémunération correcte des producteurs, notamment pour le vin.

    Les militants ont également distribué aux passants, panier ou caddie en main, un « menu déséquilibré », composé de produits d’origine étrangère cultivés dans des conditions interdites en France et en Europe, mais pourtant importés. « On entend beaucoup parler du Mercosur. Mais il y a d’autres accords, comme celui avec le Maroc, qui nous touchent beaucoup, surtout en Vaucluse, avec les cerises, les tomates ou le melon », poursuit le responsable syndical.

    Dans chaque magasin, les producteurs se sont aussi attardés devant les rayons d’amandes et de noix. « On essaie de relancer ces filières, mais il n’y a quasiment aucun produit français. On trouve beaucoup de produits des États-Unis et on sait dans quelles conditions ils sont produits là-bas », poursuit Julien Latour, viticulteur à Violès et secrétaire général adjoint de la FDSEA. Tandis qu’au rayon des vins de Lidl, c’est aussi le prix qui est dénoncé, avec des bouteilles à parfois moins de 2 euros. « À moins de 3 euros, n’achetez pas, car cela ne nous rémunère pas », lance un militant aux clients.

    Et maintenant ?

    À l’issue des quelques heures de mobilisation, les agriculteurs mobilisés se sont réunis autour de leur secrétaire général pour faire le point et envisager la suite. « Il faut passer un cap. Il faut se coordonner dans toute la France pour s’attaquer au portefeuille, sinon, on n’arrivera à rien », lance un des producteurs. « Si ça continue, on risque de se radicaliser, car on est à bout », avance un autre. « Ils doivent s’attendre à ce que ce soit plus dur qu’avant. Mais on ne peut pas faire n’importe quoi, car on peut finir devant des tribunaux », tempère Sylvain Bernard. Ce dernier souhaite « mettre la pression en permanence » tout en proposant d’aller à la rencontre des patrons de la grande distribution, « qui sortent d’écoles de commerce et ne connaissent même pas la saisonnalité des produit ».

  • Le Grand Port maritime dévoile son futur siège social

    Le Grand Port maritime dévoile son futur siège social

    Les visuels léchés projetés sur écran géant tranchent avec les ferronneries usées des halles Eiffel du J0, qui fait face à la place de la Joliette. Ce jeudi matin, le groupe Eiffage et l’architecte arlésienne Corinne Vezzoni sont venus présenter au public le projet retenu par le Grand Port maritime de Marseille – Fos pour reconstruire son siège social et restaurer ses hangars de la fin du XIXe. « Plus qu’une réalisation architecturale, c’est une promesse rendue d’un port qui veut s’ouvrir sur la ville et ses habitants », insiste le président du conseil de surveillance, Christophe Castaner. Tout en rappelant « le cœur battant » que sont les bassins Est pour Marseille, avec leurs 14 500 emplois.

    Sur scène, son directeur général Hervé Martel énumère les ambitions de ce projet : reconstruire un siège social « digne d’un grand port international », concilier ouverture sur la ville et continuité de l’activité portuaire, valoriser ce patrimoine maritime. Un chantier complexe, en site occupé, qui doit ainsi démarrer en 2026 : il faut faire avec Les terrasses du port voisines, avec cette voie royale qui sera déplacée, et surtout avec les quarante escales annuelles des postes à quai attenants. La livraison du nouveau siège est prévue pour 2028, celle de la halle rénovée, ouverte au public, pour 2030.

    Maintenir l’activité

    Et puis les visuels défilent, présentés par l’architecte Corinne Vezzoni. Le siège actuel, qui date des années 1950, rasé, ce sont de nouveau les trois pignons des halles qui font face à la place de la Joliette, bordés par un jardin. À l’extérieur, des soubassements de béton fait à partir de pierre concassée, et surtout contre le soleil, des claustras inspirés des anciennes tuileries, « comme une grande dentelle de terre cuite » posée en travers des fenêtres. Côté sud, une passerelle permet d’installer des restaurants au-dessus des quais rendus accessibles. À l’intérieur, la structure restaurée couvrira un espace muséal géré par Kleber Roussillon en lien avec la grotte Cosquer, un amphithéâtre. Finies les barrières du port : de grands battants en façade interdiront l’accès aux quais lors des escales. 16 000m² de bureaux doivent encore être commercialisés.

    Cela a un prix. Un partenariat public-privé de 120 millions d’euros, le Port louant son siège pendant vingt ans avant d’en être propriétaire. « C’était le seul cadre permettant de mobiliser un financement privé et de garantir un accompagnement sur le long terme », justifie Hervé Martel. « Nous avons rendu un avis défavorable », pointe le secrétaire général de la CGT du Port, Pascal Galéoté. Mais de rappeler surtout : « C’est un nouvel outil pour les travailleurs du port, mais nous avons veillé à maintenir les fonctionnalités maritimes. Au-delà du J1, il y a une nécessité de garder des espaces pour continuer à travailler. Il faut maintenir les espaces portuaires. »

  • Soulever l’espoir

    Soulever l’espoir

    « Résistance n’est qu’espérance » écrivait le poète René Char, le capitaine Alexandre du maquis de Céreste. Cette Résistance dont
    le programme, Les jours heureux, a posé les bases d’une société sans guerre et avec des droits nouveaux, dont la Sécurité sociale, se conjugue toujours au présent. Le mouvement social qui se met en route cet automne est l’héritier de ce combat pour la dignité et la justice sociale. Alors que la société bouillonne de colères, l’objectif de l’intersyndicale est de transformer ces colères en mobilisation et en espoir. Un seul chemin pour cela : le nombre et l’unité du monde du travail pour faire plier un Premier ministre missionné par Emmanuel Macron pour poursuivre la même politique.

    Guerre idéologique

    Une politique de cadeaux fiscaux – 211 milliards d’aides publiques aux entreprises -, qui voit s’enrichir à vitesse supersonique les grandes fortunes au détriment des salaires, des pensions, des allocations, des services publics. Cette inégalité se voit de plus en plus et le patronat a bien compris le danger. Conséquence, il a entamé une guerre idéologique avec le soutien de la droite classique et de l’extrême droite. À son crépuscule le pouvoir macroniste a démontré qu’il était incapable de répondre à la question sociale autrement qu’en la niant et/ou en la réprimant.

    L’intersyndicale sonne l’heure de la Résistance avec dans sa musette des propositions concrètes et crédibles pour augmenter les salaires, développer les services publics, financer les retraites, la Sécurité sociale etc. De quoi soulever l’espoir.

  • Un projet pour verdir et pérenniser l’industrie

    Un projet pour verdir et pérenniser l’industrie

    « On fait un échange comme au collège ! » plaisante Robin Matta, secrétaire du syndicat CGT des cheminots en région Paca, en montant les escaliers des locaux de Miramas ce jeudi 25 septembre. Le matin même, les travailleurs du rail visitaient les installations de la centrale de Gardanne. L’après-midi, retour à l’envoyeur. Alors que la contestation sociale bat son plein et que les syndicats sont accusés de toute part de bloquer le pays, les organisations des deux industries présentent un projet de chaîne logistique décarbonée entre le Grand Port maritime de Marseille et l’exploitation de GazelEnergie.

    Depuis le redémarrage de l’unité biomasse en avril 2022, près de 240 000 tonnes de biomasse (sur les 400 000 tonnes nécessaires au total) doivent être acheminées de l’international chaque année pour produire de l’électricité. « Aujourd’hui, GazelEnergie préfère le transit par camions, ce qui représente 100 camions par jour avec tout ce que ça incombe en termes de pollution, de détérioration et de surcharge du réseau routier, explique Jean-Michel Roccasalva, secrétaire général de la CGT du site. La décarbonation ne passe pas que par la limitation des émissions du process, mais aussi par l’approche de nos intrants et leur acheminement. » Le syndicat revendique donc le retour de l’activité ferroviaire qui était en place jusqu’en 2019.

    Cette solution reposerait sur la voie ferrée Miramas/Aix-en-Provence via Rognac, qui servait autrefois à l’envoi de bauxite en direction de Pechiney, aujourd’hui Alteo, pour la production d’alumines. « Les infrastructures existent, mais jusqu’à quand ? demande Robin Matta. Il n’y a plus aucun train qui circule sur cette voie, qui est donc en péril. Pour nous, il y a urgence à maintenir un trafic sur cette ligne. Il y va de sa survie. Nous portons également un projet de développement en termes de service voyageurs pour partir de Miramas et aller à Aix en direct, sans avoir à passer par Marseille. »

    À moyen terme, la future activité de production de biométhane de la centrale de Gardanne pourrait également reposer sur le transport ferroviaire, évitant la circulation de vingt camions supplémentaires par jour.

    Un choix politique

    La CGT assure que cette solution n’engendrerait pas de coût supplémentaire en termes de travaux tout en pérennisant les emplois. « Pour la gare de triage de Miramas, ça nous permettrait de retrouver plus d’une cinquantaine d’emplois que nous avons perdus depuis 2019 », calcule Robin Matta. Du côté de la centrale, il s’agit d’assurer l’avenir des 27 salariés licenciés qui seront réembauchés dès le mois de décembre, selon les termes du protocole signé entre le syndicat et la direction.

    Le secrétaire CGT des cheminots Paca fait le lien avec la mobilisation sociale actuelle : « Nous voulons produire, c’est ce que nous disons aux services de l’État et à nos entreprises : il faut arrêter de liquider nos outils industriels. Sans appareil productif, nous ne pourrons pas régler nos problèmes de financement de notre sécurité sociale, de nos services publics ou d’augmentations salariales. Il s’agit d’investissements et de choix politiques. »

  • Les syndicats ne lâcheront rien !

    Les syndicats ne lâcheront rien !

    Au lendemain de l’annonce d’une nouvelle journée de mobilisation de l’intersyndicale, reçue en vain par Sébastien Lecornu, deux rassemblements étaient organisés ce jeudi 25 septembre dans les Bouches-du-Rhône, devant la préfecture à Marseille et la sous-préfecture à Istres, à l’appel de l’intersyndicale.

    « Sans surprise, le Premier ministre ne bouge pas sur ce qui nous paraît essentiel. Il est là pour dérouler la politique de casse sociale des gouvernements précédents… Ça fait trop longtemps qu’ils gouvernent sans légitimité, en passant en force, il faut que leur pillage des richesses sur le dos des travailleurs, s’arrête », martèle Jessica Jadé, secrétaire de l’Union départementale CGT des Bouches-du-Rhône. « On s’est réunis pour rebondir dans le département dès le lendemain de l’ultimatum avec ces rassemblements, pour montrer qu’on reste toujours mobilisés pour construire les suites ».

    À Marseille, le 2 octobre, la manifestation départementale s’élancera à 10h30 du Vieux-Port. Lundi une réunion intersyndicale permettra d’en régler les détails, portée par l’élan du 18 septembre qui avait vu près de 120 000 manifestants selon les syndicats, défiler à Marseille, Aix, Salon et Arles. Ils étaient une centaine jeudi à avoir répondu à l’appel de la CGT, FO, la CFDT, FSU, Solidaires, la CFTC, la CFE-CGC, l’UNSA.

    « Il faut monter d’un cran et transformer la colère sociale en mobilisation et en espoir », abonde Franck Balliot, co-secrétaire départemental de la FSU 13. « Cela implique de décrypter et dénoncer les mesures budgétaires proposées, les discours lénifiants sur la dette et son poids réel, mais aussi montrer qu’il est possible d’inventer un état social du XXIe siècle, basé sur des services publics renforcés et au périmètre élargi, et une protection sociale étendue à tous les âges de la vie ».

    Devant la préfecture, René Sale, secrétaire général FO d’Aix-en-Provence, dénonce au micro la « guerre » menée par le gouvernement Macron et son ancien ministre de la défense, qu’il accuse de vouloir « détruire la sécurité sociale, les services publics et nos droits ». Il regrette les mobilisations ponctuelles et appelle à une grève reconductible dès le 2 octobre.

    S’inscrire dans la durée

    Les mots d’ordre sont clairs : abrogation de la réforme des retraites imposée par le 49.3 et refus de tout budget d’austérité. « Aujourd’hui, ce gouvernement peut faire passer en force par des décrets, il a tous les décrets de près dans le tiroir », estime-t-il, dénonçant à son tour une politique « au service des patrons » qui accorde « 211 milliards » aux entreprises tandis que « les 500 familles les plus riches captent 42,5% du PIB ». Pour FO, la riposte passe donc par des assemblées générales, la grève et le blocage du pays. « C’est l’histoire qui nous l’enseigne », assure le syndicaliste.

    Franck Balliot insiste de son côté sur la nécessité de préparer activement la grève du 2 octobre. « On va dans les établissements, même là où il y a peu de syndiqués, pour convaincre les collègues qu’il faut franchir un cap », explique-t-il. Si la mobilisation du 18 septembre était déjà été forte avec jusqu’à 45% de grévistes dans les établissements, l’objectif est désormais d’y rendre la grève majoritaire. La rentrée n’est pas une période facile dans l’éducation nationale « mais le mouvement est fort dès le départ », note-t-il. Pour lui, il ne s’agit pas seulement de contrer les budgets d’austérité mais aussi de porter un projet offensif : « Montrer que de l’argent, il y en a, et qu’on peut financer les services publics et la sécurité sociale. »

    « Partout dans les boîtes, les entreprises, les administrations, on va chercher les collègues pour construire la grève », enchaîne Jessica Jadé, soulignant l’importance de l’ancrage local et de la reconduction « là où c’est possible ». C’est le cas dans l’énergie, où la grève reconductible a débuté le 2 septembre à l’appel de la FNME-CGT. Plus de 200 piquets ont été recensés dans les industries électriques et gazières sur la base de revendications salariales fortes : hausse de 9%, création d’échelons, baisse de la TVA sur l’énergie…

    Franck Balliot rappelle aussi les difficultés concrètes dans les établissements scolaires comme la baisse des crédits pour l’aide aux devoirs, et la perte de pouvoir d’achat des enseignants. Dans la foulée, il invite à se mobiliser dimanche sur la marche « Climat, justice, libertés » qui convergera avec celle pour Gaza.

    Jessica Jadé insiste, elle, sur l’appel confédéralisé de la CGT du 9 octobre autour des enjeux de santé et de protection sociale. Pour elle, les mobilisations ont déjà permis de faire reculer le gouvernement sur les jours fériés et les franchises médicales mais une autre répartition des richesses, la taxation des dividendes, ou le rétablissement de l’ISF passeront par la construction d’une « mobilisation de masse » qu’il faut « inscrire dans la durée ».

    « Montrer que de l’argent, il y en a, et qu’on peut financer les services publics et la sécurité sociale. »