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  • Les copros en crise se prennent en main à Marseille

    Les copros en crise se prennent en main à Marseille

    Un mur de soutènement qui faute d’entretien conduit au péril et nécessiterait des travaux à hauteur de 600 000 euros à la Mazenode (11e). Des réparations d’ascenseurs à plus d’un million à Bel Ombre (11e). Des factures astronomiques pour des chantiers non réalisés à la Sauvagère (10e). Une dette abyssale de 3 millions d’euros à la Maurelette (15e) et 18 millions d’euros de travaux pour lever l’arrêté de péril. Et toute ces cités placées en cessation de paiement…

    C’est un véritable « système » que sont venus dénoncer des co-propriétaires dont les logements se dégradent lentement ce lundi 10 novembre devant le Palais de justice. « Notre syndic nous a placés en redressement, nous sommes venus contester cette décision », explique Radhouane, secrétaire d’une association créée au nom des propriétaires et habitants de la Mazenode. Leur bâtiment abrite 106 logements sur les 500 que compte la résidence. Tout a basculé en avril, quand ils apprennent que l’état d’un des murs jouxtant l’immeuble a déclenché un arrêté de mise en sécurité, entraînant un chantier de taille. « Ce n’est pas un refus de payer mais nous demandons comment nous en sommes arrivés là, et nous ne voyons pas pourquoi il faut démolir et reconstruire. Rien ne nous démontre que c’est nécessaire, nous n’avons pas voté cette résolution », explique Radhouane, évoquant un conseil syndical incompétent et un syndic négligeant. Syndic qui s’est désengagé au profit d’un administrateur judiciaire, AJAssociés, concentrant nombre de dossiers marseillais.

    Un scénario qui se reproduit, déplorent les manifestants. « C’est toujours la même spirale », raconte Mohamed venu de Bel Ombre, « les bâtiments s’abiment, l’insalubrité s’installe, les réseaux de drogue aussi », avec des atteintes « à la dignité humaine » quand les habitants sont coincés en haut de leur tour, faute d’ascenseur. À la Maurelette, Ahmed décrit un syndic « qui ne respecte pas son mandat », un administrateur qui laisse courir et « va finir le travail » par « la revente à des prix dérisoires ».

    Unis, ils réclament dans une lettre ouverte commune de la transparence, un contrôle renforcé des syndics, un encadrement des mandataires, s’interrogeant sur leur rémunération et leurs « pratiques peu lisibles et difficilement justifiables ». Et en appellent à l’action des collectivités et de l’État.

    Des dossiers à la pelle

    Du côté d’AJAssociés, on déplore des recours bien trop tardifs. « Après une ou plusieurs années d’impayés, les situations sont complexes », indique-t-on. Et de confirmer que l’administrateur judiciaire devient le seul maître à bord quand il est désigné par le tribunal car « les co-propriétaires n’ont pas été capables de gérer ». Quand on lui demande quelle est sa marge de manœuvre, AJAssociés dit avoir accès à des aides. « Prenons Bel Ombre, ils ont eu droit à 50% du montant des travaux pour les ascenseurs, estimé à 1,7 millions TTC, payés par l’État », précise-t-on. À la Maurelette, « dans un parc privé, ce sont 18 millions qui sont injectés », insiste-t-on. Quant au nombre de dossiers dont l’administrateur judiciaire a la charge, il va effectivement croissant. De quelques-uns « lors de notre arrivée à Marseille en 2017, nous sommes passés à 10 ou 15 de plus après la rue d’Aubagne ». Il y a eu aussi le rachat par Foncia, un des leaders du secteur, d’énormément de syndics. Le temps de « faire le tri », les copros les plus problématiques comme le Mail, la Sauvagère, Bel Ombre, sont passées sous administration provisoire. La loi du 9 avril 2024 où le syndic peut être condamné s’il ne demande pas de « mandat ad hoc » en cas de difficulté financière, en clair une mesure de protection avant d’arriver à la cessation de paiement, a aussi joué. Si AJAssociés s’est lancé dans ce secteur c’est parce que « sa structure nationale » le lui permet, ses « autres missions » comme le redressement des entreprises lui donnant l’assise financière en attendant de récupérer la mise avec des procédures. Et de se féliciter que les co-propriétaires se mobilisent, même s’ils auraient « dû le faire avant et payer leurs charges. » « Le pouvoir est entre leur main » estime-t-on.

  • Gérées par 13 Habitat, douze cités très en colère

    Gérées par 13 Habitat, douze cités très en colère

    La fronde est partie d’une demande de remboursement des charges liées à Prox-Hydro concernant les répartiteurs de frais de chauffage. « Les logements sont équipés de radiateurs vétustes ne présentant pas les conditions techniques nécessaires à une utilisation conforme des RFC. Il est impossible d’obtenir une mesure fiable de la consommation réelle des locataires », explique Dinks Turky, locataire au Clos (13e). À partir de là « nous avons constaté que la problématique d’insalubrité liée à des moisissures, des fuites non traitées, était le lot commun de nombreuses cités », précise le coordinateur du Collectif des locataires de 13 Habitat qui regroupe « 12 cités marseillaises, mais aussi à Salon et à Aix ». Des réunions se sont tenues, mais « n’ont produit aucun effet concret », déplore le collectif. Aux Aygalades, où la réhabilitation a pris du retard, l’intervention rapide sur des fuites, promise à la suite de notre articles du 25 octobre, « n’a pas eu lieu », confirme une locataire. À La Pinède à Aix-en-Provence, l’alerte des locataires sur les écoulements dans les caves est aussi restée vaine.

    Une lettre du maire

    « Cette situation n’est pas soutenable », s’est alarmé le maire de Marseille. Dans un courrier adressé à la direction de 13 Habitat Benoît Payan demande « une réaction immédiate ». Il a également répondu à la sollicitation du Collectif KGBS (Kallisté, Granière, Bourrely, Solidarité) pour rencontrer les habitants des plusieurs cités du 15e arrondissement lors d’une réunion prévue le 18 novembre.

    « Mais c’est une réunion avec l’ensemble des locataires qu’il faut organiser », insiste pour sa part le collectif des locataires des 12 cités qui sollicite un entretien avec la direction générale « dans des délais raisonnables » sous peine de « poursuites judiciaires ». À Salon de Provence, Jean-Pierre Babillot, le président de la CNL du groupe les Canourgues s’est élevé contre « la transmission de la régularisation des charges locatives de l’année 2021 », hors délais, « qui ne pourra donc être exigée ».

  • La CGT Territoriaux conteste les sanctions des agents des cimetières

    La CGT Territoriaux conteste les sanctions des agents des cimetières

    « On a condamné ces agents pour protéger un système », tonne Mikael Casanova, secrétaire général de la CGT Territoriaux de la Ville de Marseille. Son organisation appelle à la grève et à un rassemblement, ce mercredi, devant le tribunal administratif. Lieu où seront contestées les sanctions prises à l’encontre de cinq agents des cimetières, quatre révoqués et mis en retraite d’office, le dernier exclu des services pour une durée de 2 ans. Le tout, suite à des alertes portant sur d’importants « dysfonctionnements » dans le pôle des opérations funéraires de Marseille.

    Un rapport d’enquête administrative, en date de juillet 2024, que nous avons pu consulter, relate les faits reprochés aux agents : ils vont de la présence d’alcool sur le lieu de travail à la « présence de sacs-poubelles avec des corps sans identification dans l’ossuaire » ou encore la « présence d’ossements dans les reliquaires sans identification ». Ils ont même été soupçonnés de trafic d’or via le vol de dents. Des faits que conteste la CGT. « Il n’y a pas de trafic de dents en or. On ne nie pas toutes les fautes mais il faut les mettre au regard d’un manque d’organisation, de moyens et de formation. On s’en prend aux mauvais agents, aux exécutants », défend Mikael Casanova.

    « Des problèmes systémiques »

    Il prend l’exemple des corps dans les sacs-poubelles : « Ce ne sont pas les agents qui se sont réveillés un matin et ont mis des corps dedans. Ces sacs étaient fournis par la Ville, il y avait des consignes. » En clair, l’organisation syndicale évoque « des problèmes systémiques, une gestion défaillante » et rappelle qu’elle alertait également « depuis 2018 » sur le sujet.

    Contactée, la Ville de Marseille explique maintenir ses positions en vue de l’audience : « Les sanctions prises sont appropriées et proportionnées au regard des fautes extrêmement graves relevées. » La commune cite des « atteintes à la dignité humaine » et « une situation catastrophique ». Elle reconnaît également des « problématiques systémiques » dans le service, mais affirme s’y être attaquée avec une série de mesures pour « améliorer les conditions de travail des agents ». La Ville pointe « l’acquisition de nouveaux équipements, la réorganisation du service avec le renouvellement des cadres, le recrutement d’un nouveau directeur dès 2022… ». Et de conclure : « C’est le droit des agents de faire appel des sanctions, la Ville suivra la décision de justice, mais il y a la volonté que cette situation ne puisse plus se reproduire, d’un point de vue organisationnel comme individuel. »

  • La politique du chiffre fait dérailler la RTM

    La politique du chiffre fait dérailler la RTM

    Parmi les contrôleurs rencontrés ce lundi, la colère est palpable. « Ce sont des quotas qu’ils nous demandent, ils n’ont pas le droit », s’indigne l’un d’entre eux. Autour, ses collègues acquiescent. Et témoignent des invitations qui ont été adressées à plusieurs cadres, par leur hiérarchie au sein de la coordination à la sûreté de la RTM, pour venir prendre un café. Des convocations officieuses pour leur reprocher le manque de contrôles réalisés. À tel point que le syndicat FO a dû monter au créneau, le 28 octobre dernier, pour recommander aux salariés : « Si vous êtes convoqués sans courrier (pour aller boire un café) n’y allez pas ! »

    « À ma connaissance, ça a commencé au mois d’octobre, ils ont demandé aux agents de maîtrise qui encadrent les vérificateurs de monter dans les bureaux », explique Dominique Alaimo, élu FO au comité social et économique (CSE) de la RTM. Lui a eu connaissance d’au moins quatre cas différents. « Mais il y en a plus à qui on a dit : tu vas être convoqué, parce que tu ne passes pas assez de cartes, assure-t-il. Une fois que l’agent est dans le bureau, ils leur parlent de passages de cartes. Ils mettent la pression aux agents, à regarder les appareils de contrôle. Alors qu’ils n’ont pas le droit de les regarder ! »

    70 contrôles par jour

    Car derrière ces convocations, il y a une politique du chiffre dénoncée par l’organisation syndicale. Des consignes orales sont données, témoigne le syndicaliste, sur le nombre de contrôles quotidien à réaliser par chaque agent. « L’année dernière, ils nous demandaient 50 passages de cartes par jour. Depuis le mois de septembre, c’est 70 passages », indique Dominique Alaimo. Des consignes illégales : « Pour demander un quota à un agent, il faut que ce soit inscrit dans son contrat de travail », explique l’élu syndical. Après avoir déjà alerté il y a un an, il menace cette fois de saisir l’inspection du travail, tandis que les services juridiques lui ont indiqué qu’ils vérifieraient la légalité de ces mesures.

    De son côté, la RTM, sollicitée par La Marseillaise, a refusé de s’expliquer sur ces convocations pointées comme illégales par FO. Tout comme elle refuse de donner le moindre chiffre sur les contrôles. La lutte contre la fraude est pourtant régulièrement mise en avant par la régie des transports, tandis que la Métropole, son autorité de tutelle, prône la tolérance zéro avec l’installation de portails anti-fraude depuis 2023 pour 12,5 millions d’euros, la mise en place d’amendes pédagogiques au mois de décembre dernier, puis d’un outil de vérification pour les contrôles en janvier… Mettant en avant un manque à gagner de 24 millions d’euros par an. En 2023, 36,5% des voyageurs avaient fraudé, dévoilait la RTM au détour d’un marché public.

    Quel nouveau contrat ?

    Mais sur le terrain, les agents de contrôle sont à bout. « Nous sommes en sous-effectifs », alerte Dominique Alaimo face aux non-remplacements des arrêts maladie. Et la politique du chiffre, au détriment des missions d’orientation des voyageurs ou de dissuasion, dégrade les conditions de travail, d’autant plus face aux défaillances de la régie. « Nous faisons des opérations de contrôle sur des lignes où il manque deux ou trois bus, la clientèle est énervée à cause de ça et ne paie pas, et tout s’enchaîne », déplore-t-il. Cela au moment où le nouveau contrat de services entre la Métropole et la RTM, qui doit être présenté aux organisations syndicales le 9 décembre, devait mettre encore plus l’accent sur la sécurité.

  • AlgérieS, un spectacle musical aux Rotatives de « La Marseillaise »

    AlgérieS, un spectacle musical aux Rotatives de « La Marseillaise »

    Une Algérie plurielle, traversée par les influences et les musiques arabes, andalouses, séfarades, ottomanes, berbères et françaises. « C’est sur cette diversité culturelle et l’amitié entre les peuples que nous mettons l’accent », explique Serge Baroni, président des Amis de La Marseillaise.

    Et pour cela qui de mieux que ces deux musiciens, nés l’un dans la mythique casbah d’Alger et l’autre à Sidi Bel Abbès, bastion des communistes, qui revisitent un répertoire riche et varié ? « Ce spectacle est ponctué d’extraits musicaux qui ont marqué la musique populaire algérienne selon une chronologie qui fait écho aux événements historiques », précise Pierre Pradel, le président de l’Association nationale des pieds-noirs progressistes et leurs amis (ANPNPA), à l’origine de cette invitation qui a déjà fait salle comble à Toulon, à Lyon, aux Mées et au Casi des Cheminots Paca.

    Réservations fortement conseillées au 06.71.20.68.08. ou 06.89.14.42.12.

  • [Entretien] Benjamin Stora : « La crise diplomatique la plus forte depuis 1962 »

    [Entretien] Benjamin Stora : « La crise diplomatique la plus forte depuis 1962 »

    La Marseillaise : Dans quel cadre s’inscrivent les rencontres auxquelles vous participez à Marseille ?

    Benjamin Stora : Ces rencontres sont organisées par la partie française de la commission mixte des historiens français et algériens. Depuis sa mise en place en 2022, elle s’est réunie cinq fois. Puis, ses travaux se sont interrompus à cause de la crise diplomatique et politique actuelle. Le travail mémoriel de cette commission en a été la première victime, d’où l’intérêt d’essayer de maintenir un lien. L’idée est de faire le point sur l’état des travaux. Il y a quand même des historiens algériens qui sont invités, pas au nom de la commission mixte, mais à titre personnel.

    À Marseille, beaucoup gardent en mémoire la vague de crimes racistes qui avaient touché la ville en 1973 et 1974, avec pour point d’orgue, l’attentat contre le consulat d’Algérie, alors établi rue Dieudé. Une crise diplomatique s’en était suivie. Celle que l’on connaît actuellement a-t-elle dépassé son intensité ?

    B.S. : J’ai déjà évoqué les épisodes dont vous parlez dans la bande dessinée Les Algériens en France [signée avec l’illustrateur Nicolas Le Scanff et sortie en 2024 aux éditions la Découverte, Ndlr]. Mais à cette époque, il n’y avait pas eu de rappels d’ambassadeurs réciproques entre la France et l’Algérie. Or aujourd’hui, et depuis un an et demi, il n’y a plus d’ambassadeur de France en Algérie, ni d’ambassadeur d’Algérie en France. La crise diplomatique actuelle est la plus forte que l’on ait connue depuis 1962 et l’indépendance de l’Algérie.

    Plusieurs facteurs l’expliquent, parmi lesquels le récent vote de proposition de résolution portée par le RN à l’Assemblée nationale, qui remet en cause les accords de 1968. Qu’est-ce que ce vote dit de l’état du pays selon vous ?

    B.S. : Cette dernière résolution en date est très symptomatique de la dégradation, non seulement des rapports existants, mais aussi des points de vue relatifs à cette histoire générale. Les accords de 1968 avaient été prévus pour réguler le flux entre la France et l’Algérie car, suite aux accords d’Evian, il y avait une circulation libre entre les deux pays pour permettre, à la fois aux Européens d’Algérie qui sont venus nombreux après 1962, et aussi aux travailleurs algériens qui ont continué leur migration, de pouvoir venir au moment où le pays connaissait les Trente glorieuses : c’est-à-dire l’expansion économique de la France. Le pays avait besoin de bras à cette époque. Les accords de 1968 visaient à réguler ce flux en accordant une compensation aux Algériens qui n’avaient pas choisi la nationalité française : une compensation avec la carte de résidence de 10 ans et la possibilité de la migration familiale. C’étaient les conditions fixées à cette époque. Mais entre-temps, il y a eu toute une série de mesures qui ont été prises en France et qui ont restreint considérablement le champ d’application des accords de 1968. D’abord, la fermeture des frontières décidée en 1974 par Giscard d’Estaing, puis l’instauration en 1986 d’un visa pour les pays du Maghreb en général. Un durcissement des conditions d’entrée. Ensuite, il y a eu une révision de ces fameux accords par des décrets en 1993 et 94, de sorte à ce que ces accords de 1968 soient progressivement vidés de leur substance. Néanmoins, l’extrême droite française a pris cet aspect et cette question pour en faire une arme de bataille contre l’immigration algérienne en France. On n’avait pas parlé de cette histoire depuis longtemps. Et voilà que depuis quelques années, nous sommes dans une situation où les Algériens sont désignés comme étant une sorte d’ennemi principal, de l’intérieur. Le fait de dénoncer les accords de 1968 est une façon de livrer les Algériens à l’opinion publique française.

    La droite dite « républicaine » s’adonne également à ces manœuvres nauséabondes…

    B.S. : La droite traditionnelle s’est radicalisée depuis plusieurs années maintenant. Pour une partie, elle a jeté l’héritage du gaullisme qui était quand même celui de la décolonisation, pour passer sur le rivage de l’extrême droite qui, elle, était foncièrement anti-gaulliste. Il ne faut pas oublier qu’elle a voulu assassiner en 1961 et 62 le général de Gaulle. Une partie de la droite républicaine a abandonné cet héritage par souci électoraliste, peut-être, pour se joindre à cette volonté de désignation des seuls Algériens, coupables selon eux de toute une série de méfaits liés à beaucoup de stéréotypes racistes dont je ne vais pas faire l’inventaire.

    Outre la droitisation extrême de la société française, la crise diplomatique a aussi été exaltée par le soutien de la France au plan marocain sur le Sahara occidental…

    B.S. : La dégradation de ces relations est antérieure à cette histoire d’ambassadeurs. Lorsque j’avais remis mon rapport au président de la République en 2021, j’avais eu droit à des attaques très dures venant de la droite française avec des pétitions, et même des expositions contre ce rapport : de Louis Aliot à Perpignan, de Valérie Boyer avec pétition chez les LR contre le rapport, des fils et femmes de harkis avaient aussi fait pétition contre l’entrée de Gisèle Halimi au panthéon, une stèle de l’émir Abd-el Kader avait été vandalisée à Amboise… L’une des préconisations de mon rapport consistait aussi à poser des stèles pour commémorer les massacres du 17 octobre 1961 à Paris. Un climat de refus s’était déjà exprimé, notamment de la part de la droite et de l’extrême droite qui ne voulaient pas toucher au plan mémoriel, tout cela au nom du refus de ce qu’ils appellent la « repentance » : c’est-à-dire le refus de regarder en face ce passé colonial. Sauf que notre travail n’était pas un discours de repentance mais une série de mesures et actes symboliques, comme la réhabilitation de Maurice Audin assassiné en 1957. Bien avant 2024, il y avait une effervescence politique et idéologique forte d’opposition à l’établissement de relations entre l’Algérie et la France à travers, à la fois, la position française sur le Sahara occidental, mais aussi le refus des OQTF que l’Algérie ne voulait pas reprendre.

    Macron n’est-il pas le premier responsable de cette crise diplomatique, lui qui s’est volontairement laissé déborder par sa droite la plus extrême ? Hormis de timides pas comme la reconnaissance de l’assassinat par l’armée française de militants pour l’indépendance de l’Algérie comme Larbi Ben M’hidi ou Maurice Audin, le chef de l’État n’est-il pas un gardien de plus de l’imaginaire colonial français ?

    B.S. : On ne peut absolument pas dire cela car aucun chef d’État français n’est allé aussi loin que lui dans la mise en œuvre de préconisations mémorielles. Ce que l’on peut déplorer, c’est que le travail s’est interrompu car il n’y a eu ensuite pas de volontarisme dans la poursuite de cette tâche, coté Français. Mais les recommandations concernant Larbi Ben M’hidi, Ali Boumendjel, Maurice Audin, l’ouverture des archives, la réunion d’une commission sur les essais nucléaires, l’érection d’une stèle d’Abd-el Kader à Amboise, la participation du chef de l’État à la commémoration du 17 octobre 1961… Après, on ne peut pas régler le problème de 132 ans de colonisation française en Algérie, simplement par des mesures qui démarrent un processus. Le gros problème, c’est son interruption. L’objectif était pour moi de faire en sorte qu’elles soient inscrites dans les manuels scolaires en France. Ma préoccupation, c’est que toutes ces mesures prises risquent d’être détricotées par une extrême droite qui peut arriver au pouvoir dans deux ans. Mon problème est de faire en sorte que le démarrage de ce travail mémoriel ne soit pas détruit.

    « Un second souffle à un dialogue rompu »

    Dans le petit monde du Quai d’Orsay comme dans les cercles d’historiens, le constat ne fait pas de doutes : la crise diplomatique franco-algérienne actuelle est la plus aiguë jamais connue depuis 1962 et l’indépendance de l’Algérie. Portée par le RN, soutenue par ses affidés de la droite et votée à l’Assemblée nationale la semaine dernière, la proposition de résolution décriant les accords migratoires de 1968 a exalté un ressentiment colonial et raciste plus que jamais à l’œuvre dans l’Hexagone. Avec le soutien de la France au plan marocain sur le Sahara occidental, l’une des causes de cette crise diplomatique qui a également interrompu le travail d’une commission mixte d’historiens algériens et français, annoncée en 2022 par les chefs des deux États sismographes. Pour regarder le passé colonial en face. Certains de ces historiens se réunissent du 12 au 14 novembre à Marseille pour poursuivre tant bien que mal leurs travaux et tenter de redonner un second souffle à un dialogue rompu. Au prix de la seule chose qui vaille : des débats qui s’appuient sur les réalités de l’histoire et des préconisations pour apaiser une mémoire sans cesse bafouée.

  • Un dialogue à nourrir

    Un dialogue à nourrir

    Lors de la séance d’ouverture de la nouvelle législature en juin 2022, le doyen de l’Assemblée nationale, le député d’Allauch d’extrême droite, José Gonzalez, avait fait l’apologie de l’Algérie française, en mettant en scène son déracinement…

    Trois ans plus tard,
    son groupe politique,
    le Rassemblement national, a réussi à faire voter d’une courte voix -pour la première fois dans l’histoire- un texte non contraignant remettant en cause l’accord franco-algérien de 1968. Avec le soutien des groupes de droite…

    à qui profite la crise actuelle entre l’Algérie et la France ?

    Des rapports pacifiés

    La réponse est là, sous nos yeux. Aux tenants de la haine et de la rancune tenace, qui font de chaque Algérien un ennemi. Comme l’OAS en son temps. Cette crise ne date pas d’hier, rappelle à juste titre l’historien Benjamin Stora. Du soutien au Maroc sur la question hautement clivante du Sahara occidental, aux arrestations d’influenceurs dont l’Algérie a refusé l’expulsion, jusqu’aux emprisonnements de l’écrivain Boualem Sansal et du journaliste Christophe Gleizes, chacun des deux pays enveniment la situation à outrance, au point de laisser les portes grandes ouvertes aux extrêmes. Et la mise entre parenthèses des travaux d’historiens des deux rives est très préoccupante pour les partisans de rapports pacifiés entre les deux pays.

    Il y a pourtant une mémoire à nourrir, une histoire commune à écrire, un dialogue à faire fructifier. Mais faut-il vouloir la paix.

  • À Aix-en-Provence, la CGT à nouveau mobilisée contre un spectacle lié à Pierre-Edouard Stérin

    À Aix-en-Provence, la CGT à nouveau mobilisée contre un spectacle lié à Pierre-Edouard Stérin

    Remontez le temps pour assister aux grandes heures de la cathédrale la plus visitée au monde », est ainsi résumé le synopsis du spectacle « La Dame de Pierre », programmé le dimanche 16 novembre à l’Arena du Pays d’Aix, géré par la Ville, sous délégation de service public. Cette fresque musicale, qui se décrit sur son site comme un projet « ambitieux », est pourtant contestée par la CGT Spectacles et la CGT Métropole AMP (Aix-Marseille-Provence) qui signent conjointement et alertent de l’étroit lien entre le spectacle et le projet Périclès « patriotes, enracinés, résistants, identitaires, chrétiens, libéraux, européens et souverainistes » mené par le milliardaire et ouvertement réactionnaire Pierre-Édouard Stérin. Le spectacle est mis en scène par Corentin Stemler, fondateur et président de l’association vendéenne Symphonia Productions, productrice et bénéficiaire du soutien du Fonds du Bien Commun, fondé à l’initiative de Pierre-Édouard Stérin. Un spectacle « révisionniste critiqué par de nombreux historiens, mis en scène par un ancien journaliste de l’Action Française », assène la CGT. Déjà, une polémique similaire avait fait couler de l’encre lors de la tenue de la Nuit du Bien Commun, au 6MIC. « Nous refusons que nos lieux de spectacles, gérés par de l’argent public, permettent à l’extrême droite de répandre sa culture de haine xénophobe, masculinise et patriarcale », ajoute le syndicat, qui appelle les élus locaux à réagir. Une mobilisation est prévue le 16 novembre, à 16h, devant l’Arena.

  • À la barre, les silences brisés de la bibliothèque de l’Alcazar

    À la barre, les silences brisés de la bibliothèque de l’Alcazar

    C’est une audience fleuve de 14 heures avec 17 parties civiles et six témoins cités par la défense, qui s’est tenue devant la 6e chambre du tribunal correctionnel. Patrick Casse, cadre retraité des bibliothèques de Marseille, délégué du syndicat Force ouvrière, y était jugé pour harcèlement moral présumé à l’encontre de Pierre Chagny, directeur des bibliothèques de 2019 à 2023.

    Une situation dénoncée par ce dernier début 2022 dans une alerte éthique et un article 40. Tout au long de l’audience, Me Callen, l’avocat de Patrick Casse a plaidé la nullité d’une « procédure déloyale », considérant que « 80% des faits » étaient en dehors de la période de prévention du 1er février 2019 au 1er janvier 2023.

    Malgré tout, les émouvants témoignages qui se sont succédés ont donné corps à une ambiance. Celle des années Gaudin. Avec pour décor, l’Alcazar, le vaisseau amiral d’un service public de la lecture en plein naufrage, entre manque d’agents, embauche de fils d’élus et de haut fonctionnaires estimés à un tiers des effectifs, absentéisme, temps de travail illégal, et cogestion avec FO.

    Au cœur de cette machine infernale, Patrick Casse, élevé au grade suprême de conservateur au fil des promotions, était sous sa double casquette cadre – syndiqué, le rouage essentiel d’un système qu’il s’astreignait à entretenir. Ce système qui broyait l’humain à tous les étages (9 directeurs en 20 ans) dans une inorganisation inopérante, a été documenté dans un rapport de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (Igesr) en 2022. « Brisé », Pierre Chagny s’en dit une victime.

    Patrick Casse, lui, s’estime « totalement innocent » et se retranche derrière vingt ans de tensions et de rivalités syndicales. Les insultes, « truie », « bécasse », « clown » ? « C’est faux » ! « Un ressenti peut-être », glisse-t-il en se dépeignant comme « le mouton noir » des conservateurs. Au mieux admet-il « un ton sec » et une forme « de parler marseillais », avant de reconnaître, en larmes, de « la souffrance ».

    Dix mois de prison requis

    « Une dilatation de ressenti potentiel », ironise la procureure pour qui « le parler marseillais n’excuse pas tout ». Elle demande dix mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende alors que Me Callen, « consterné », renvoie à une enquête interne. Arguant l’absence de preuves, il réclame « la relaxe au bénéfice du doute ».

    « M. Chagny a permis d’ouvrir la parole », explique Chantal Boler, responsable CGT-ICT de la Ville, évoquant la problématique des avancements de carrières, à l’arrêt complet malgré vingt ans de service pour des agents à la barre, la souffrance morale, la pression. Emmanuelle Pinguet a travaillé huit ans sous sa responsabilité et n’a « jamais osé se plaindre par peur des représailles ». Elle n’ose plus mettre un pied à l’Alcazar.

    « M. Casse a toujours été très bien noté mais par des gens de FO », observe Elsa Morandy, quand Nora Mekmouche, à la tête du pôle accueil de 2014 à 2016 évoque « intimidations », « propos disqualifiants et désobligeants ». Elle a quitté le réseau en 2019 après avoir saisi la cellule harcèlement. En 2019, Lydia Belmekki, 27 ans, est nommé responsable de la division jeunesse. Son 1er poste. « La jeune beurette qui cherche à faire ses preuves » se verra discréditée dans cette guerre de pouvoir par une rumeur « attribuée » au clan Casse, lui prêtant une relation avec Pierre Chagny : « Je ne savais plus à qui faire confiance. »

    Les témoins de la défense, quand leur mémoire ne flanche pas à cause « d’une plaque en fer reçue sur la tête », n’ont rien vu ni entendu. Délibéré le 16 décembre.

  • Hommages aux Poilus à Marseille

    Hommages aux Poilus à Marseille

    « Garantir la sécurité, la liberté et la dignité de chacun, ce projet porte un nom : la République » a réaffirmé ce mardi 11 novembre Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des armées et des anciens combattants par la voix d’Isabelle Epaillard, préfète des Bouches-du-Rhône par intérim, qui a lu son message lors de la cérémonie d’hommage aux combattants de la Première guerre mondiale. Députés, sénateurs, le maire de Marseille, Benoît Payan (DVG), la présidente de la Métropole, Martine Vassale (DVD) et les autorités militaires se sont réunis devant la porte d’Aix en fin de matinée. Cadets de Marseille et élèves de 3e du collège Mallarmé étaient également présents, assurant la lecture des poèmes « Mon enfant »,, « 1914 », « Les tranchées » de Fabienne Berthomier ou de « La dernière lettre écrite à ses élèves par l’Adjudant Henri Boulle. »

    Dans l’après-midi, c’est au carré militaire du cimetière Saint-Pierre que se sont retrouvés des élus de la majorité départementale, sous l’égide de la présidente Martine Vassal qu’une cérémonie a eu lieu avec un hommage à Gaston Castel, architecte de la Ville de Marseille et des Bouches-du-Rhône, qui a réalisé plus de 270 bâtiments dont la crypte du cimetière, l’opéra de Marseille ou encore les Baumettes… Mais dont on sait moins qu’il fut mobilisé dès septembre 1914, combattit à quelques encablures de Verdun avant d’y laisser un oeil. Une gueule cassée qui plus tard n’hésitera pas à s’engager dans la Résistance…

    La crypte est d’ailleurs ouverte au public gratuitement tous les jours jusqu’au dimanche 16 novembre, avec une exposition, organisée par les Amis du Vieux Saint-Marcel, le comité de Marseille du Souvenir français et l’association républicaine des anciens combattants de Saint-Marcel.