Category: societe

  • [Entretien] Katia Le Goaziou : « Cette croissance va s’essouffler à partir de 2040 avec l’effet post baby-boom »

    [Entretien] Katia Le Goaziou : « Cette croissance va s’essouffler à partir de 2040 avec l’effet post baby-boom »

    La Marseillaise : Quelles raisons à la forte croissance dans l’Hérault qui reste pauvre ? Est-elle soutenable ?

    Katia Le Goaziou : L’Hérault a le 3e plus fort taux de croissance de France. Entre 2017 et 2023 l’attractivité s’accroît comparé à 2012-2017. Le solde naturel s’érode moins vite qu’ailleurs mais l’essentiel de cette croissance est portée par des arrivées plus nombreuses que les départs (solde de +1,1%/an au lieu de +0,9%). Le dynamisme est à Montpellier et dans sa métropole, sur le littoral (intercommunalités de Sète et Béziers). On observe une forte attractivité et un solde naturel positif car la population y est plus jeune. La croissance concerne aussi des communes plus petites sur l’axe Montpellier-Nîmes, c’est un phénomène de périurbanisation. À Montpellier, l’attractivité s’explique essentiellement par la classe des 18-24 ans (12 000 arrivées pour 7 600 départs). Ce sont souvent des étudiants. Aux âges de la vie active, les populations s’installent plus dans l’agglo (St Jean-de-Védas +4,9%, Castelnau-le-Lez +4,1% qui bénéficient des axes de transport, d’effets de rattrapage sur le logement…) ou en 2e couronne en raison de la pression foncière et du ralentissement de la construction de logements (7 500 en 2017, 2 200 en 2024). Les retraités viennent plus sur le littoral vers l’Aude et les P-O.

    Cette croissance est-elle soutenable ?

    K.L.G. : Si les jeunes restent c’est qu’il y a du travail. L’emploi, tourné vers la sphère présentielle (commerces, services) et productive (industrie, recherche), est assez dynamique mais pas assez pour absorber les arrivées, d’où un chômage élevé. À l’avenir, ce ne sera plus suffisant pour compenser le différentiel naissances/décès. Avec l’effet post-baby boom, on aura un mur démographique qui fera que cette croissance va s’essouffler peu à peu à partir de 2040.

    D’où viennent les dynamiques récentes de Sète et Béziers ?

    K.L.G. : Béziers est plutôt en bonne croissance qui ralentit avec la baisse des naissances, d’où une dynamique assez stable. Cela signifie que le profil des arrivants est probablement plus âgé qu’à Montpellier. La commune est à +0,9%/an contre +1,1% sur la période précédente. Pareil sur l’agglomération où on peut noter la forte croissance de Sérignan (+3,6%/an). Sète perdait des habitants (-0,6%/an) et en gagne depuis 2017 (+0,8%) alors que le solde naturel s’est creusé depuis 2012. Le nombre de constructions reste à Sète relativement faible. Par contre le nombre de logements vacants a baissé : 2 654 en 2016, seulement 1 850 en 2022. Il y a eu un effort particulier pour résorber la vacance. Dans le sens inverse, il y a aussi une concurrence avec le marché des résidences secondaires : 21% des logements en 2022.

    Le Gard continue aussi sa croissance mais ce n’est pas trop Nîmes qui la tire…

    K.L.G. : Dans le Gard, le solde naturel est nul donc la croissance se maintient (+0,6%/an) grâce aux arrivées. Elle est notable à Alès et autour, au pays de Sommières en limite de l’Hérault grâce à l’aire d’attraction de Montpellier qui déborde vers le Gard et autour de Nîmes. La croissance de la ville centre est quasi nulle (+0,1%/an) mais celle de son agglo est plus élevée (+0,4%/an) mais ralentit avec la baisse des naissances et la hausse des décès. Des gens préfèrent habiter à proximité pour un meilleur cadre de vie. À Nîmes, il y a une forte polarisation de l’espace entre quartiers riches et très pauvres.

    Pourquoi la tendance s’est totalement inversée à Alès ?

    K.L.G. : La ville d’Alès croît beaucoup (+2,3%/an) et l’agglo (+1%/an) également. C’est beaucoup car le solde naturel est négatif. Entre 2012-2017 et 2017-2023, on a gagné 1 point en composante migratoire. C’est une zone qui va croître très fortement. Pour comprendre, ces trajectoires de Nîmes et d’Alès, il faut regarder sur une plus longue période. Il y a des effets de rattrapage sur des programmes de construction ou autres. Depuis les années 90, la population de Nîmes augmentait de façon continue et se stabilise. À Alès, la population était stable voire en légère baisse et augmente d’un seul coup fortement. Au final, depuis 1990, Nîmes a grandi de 18% et seulement Alès de 12 %. Sur long terme, ça s’équilibre. Les tendances peuvent aussi s’expliquer par certains choix d’acteurs publics locaux.

  • Bouches-du-Rhône : le nombre de recours explose pour l’accès aux droits

    Bouches-du-Rhône : le nombre de recours explose pour l’accès aux droits

    Ce 16 décembre, les arguments de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) une nouvelle fois sont balayés par le tribunal judiciaire de Marseille. Dans son ordonnance, celui-ci lui ordonne d’accorder l’allocation aux adultes handicapés réclamée depuis trois ans et demi par Madame V. Âgée de 50 ans, elle ne se déplaçait jamais à plus de 100 mètres de son domicile, victime de crises d’angoisse récurrentes, tandis que le rapport médical présenté au juge souligne sa détresse, entre troubles de la vie émotionnelle et déficiences cardio-respiratoires. Malgré cela, l’institution dépendant du conseil départemental avait refusé sa demande d’allocation déposée en septembre 2022. Tout comme son recours administratif, un an plus tard.

    Son cas n’est pas isolé. Ainsi le 14 novembre, la MDPH était également sanctionnée pour avoir refusé cette même allocation à une jeune femme de 25 ans, atteinte de la maladie de Crohn. Une maladie qui a brisé son rêve d’intégrer la Marine et l’empêche de travailler. Neuf jours plus tôt, le tribunal condamnait l’institution pour avoir refusé une allocation d’éducation enfant handicapé (AEEH) et une aide humaine individualisée pour un adolescent en classe de première en lycée professionnel, grand prématuré né à 26 semaines et qui à cause de cela souffre de troubles du comportement et de l’attention. La brutale fin de sa prise en charge en institut thérapeutique en 2024, incohérente selon le médecin mandaté par le tribunal, avait fortement fait régresser son comportement.

    Ces cas sont de plus en plus nombreux dans le département. Le nombre de recours en justice contre la MDPH est ainsi passé de 813 en 2023 à 969 l’année suivante, pointe le rapport d’activité approuvé le 15 octobre, mais qui n’a été publié que ce 26 décembre. Une hausse spectaculaire de 19,2% en un an, alors même que le nombre de dossiers déposés sur la même période augmentait de 7,9%, pour atteindre 71 443 demandes en 2024. Le nombre de recours administratifs préalables (10 683 au total en 2024) suit la même évolution, en hausse de 5,2%. Dans près de la moitié des cas, parmi les recours en justice recevables, la MDPH est condamnée.

    « Sécuriser les process »

    « La MDPH 13 a fait évoluer ses règles de traitement ainsi que d’évaluation des demandes pour s’aligner avec la doctrine de la CNSA [Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie, Ndlr], qui impose des règles plus strictes d’accès aux droits », justifie le conseil départemental auprès de La Marseillaise. À cela s’ajoutent des audits et des contrôles de plus en plus fréquents, notamment de la CAF. Depuis fin 2024, ceux-ci sont systématiques pour les accords de compléments d’allocations d’éducation enfant handicapé. De quoi conduire à interrompre certains droits, et nourrir des contentieux. Face à cette situation, le Département indique que depuis 2024, un service juridique a été mis en place à la MDPH « afin de sécuriser les process ». Et une nouvelle procédure est en place depuis début 2025 pour traiter les recours administratifs préalables.

  • Var : un ouvrage sur « le communisme en acte »

    Var : un ouvrage sur « le communisme en acte »

    Avant de présenter son nouvel ouvrage Communisme en acte, le penseur militant varois André Prone revient sur « l’actualité récente qui marque un tournant brutal ». Il montre comment « l’enlèvement d’un chef d’État d’un pays souverain, l’aggravation des conflits armés, la remise en cause ouverte du droit international et l’accélération de la catastrophe écologique et sociale », sont autant d’élément qui indiquent que « nous sommes entrés dans une phase de bifurcation historique ». Une phase, insiste-t-il, « où la violence impériale ne parvient plus à masquer la crise profonde du capitalisme néolibéral, ni son incapacité à garantir un avenir désirable à l’humanité ».

    Une réalité en construction

    C’est donc face à cette situation qu’il a souhait apporter sa réflexion qui ne se contente pas de dénoncer l’ordre existant mais met en évidence « ce qui est déjà là, ce qui résiste, ce qui s’invente ». Et cela au travers des luttes collectives, des formes de travail émancipé et des pratiques de démocratie réelle et de coopération qui incarnent, dès aujourd’hui, une alternative crédible au capitalisme. De quoi ne pas se satisfaire d’un hypothétique avenir radieux mais de reprendre confiance en la lutte en apportant, dès aujourd’hui, sa pierre au changement en cours.

    C’est tout l’enjeu de son livre Communisme en acte – désaliénation du travail et contre-culture politique, préfacé par le sociologue Bernard Friot. « Je suis parti d’une conviction simple mais radicale que le communisme n’est pas une promesse abstraite ou un horizon lointain, mais une réalité en construction, dès lors que les peuples interviennent, s’organisent et reprennent prise sur leur travail, leur production et leur vie », explique-t-il.

    Et de poursuivre : « À l’heure où l’on voudrait nous faire croire que la force brute, la guerre économique et l’autoritarisme sont les seules réponses possibles à la crise du monde, ce livre affirme l’inverse : d’autres chemins existent, ici et maintenant, portés par celles et ceux qui refusent la résignation et l’aliénation. »

    Cet ouvrage s’adresse donc à tous ceux qui cherchent une espérance lucide et surtout des perspectives concrètes pour l’action collective. Et André Prone de rappeler : « Plus que jamais, l’intervention consciente des peuples est décisive. » De quoi donner envie de se lever et résister.

  • Les jeunes disposent d’un nouveau lieu de vie encadré à Port-de-Bouc

    Les jeunes disposent d’un nouveau lieu de vie encadré à Port-de-Bouc

    L’ancienne criée de Port-de-Bouc revit à sa manière. Samedi, la nouvelle mouture de la maison des jeunes s’y est installée, inaugurée par le maire (PCF) Laurent Belsola, son équipe, la Caf, les agents et bien sûr les usagers.

    Le lieu est comme un grand foyer. Canapés, console de jeu, télé, enceintes Hi-Fi sont à disposition des jeunes, tout comme une cuisine et une salle informatique équipée d’ordinateurs et d’un projecteur.

    « Ça permet d’être tranquille pour venir faire ses devoirs ou juste venir rigoler avec mes collègues », estime Sidar Akdag, lycéen de seconde. « J’aimerais organiser un séjour à Amsterdam et faire du laser game » projette-t-il. Assise avec ses copines, Jade Lutz, en terminale, relève qu’« à certains en droits, on peut se sentir regardées, mais pas ici. Tout le monde est respectueux et se mélange ».

    Au programme en 2020

    Comme le rappelle le conseiller municipale Mohammed Ladjal, la Maison des jeunes est « l’aboutissement de plusieurs années de travail, (…) de confiance dans les jeunes qui ont leur mot à dire pour imaginer leur espace ». Le maire (PCF) Laurent Belsola rappelle qu’il s’agit d’une promesse « de 2020 que l’on voulait hors des quartiers, spacieux pour tous les jeunes. (…) La jeunesse est parfois confrontée a des interrogations et le rôle de la Ville est de fournir des espaces ouverts pour leur émancipation. Cet équipement polyvalent favorise le lien social et le vivre ensemble et permettra l’organisation d’activités culturelles et de loisir », complète-t-il.

    Une vision partagée par le représentant de la Caisse d’allocations familiale présent. La branche famille de la Sécurité sociale a en effet financé 80% de la structure soit 23 700 euros.

  • La Ville de Marseille refuse de communiquer l’avenant au bail de la Villa Valmer

    La Ville de Marseille refuse de communiquer l’avenant au bail de la Villa Valmer

    Malgré un avis favorable de la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada) délivré à la rédaction du journal le 18 septembre 2025, la Ville de Marseille ne s’est toujours pas résolue à permettre la consultation de l’avenant conclu les 11 et 16 décembre 2024 au bail emphytéotique de la Villa Valmer du 25 juin 2020.

    Notre relance auprès de la direction des services juridiques de la ville est restée lettre morte. Cet avenant fait suite à la médiation réussie entre la Ville et les investisseurs hôteliers après une série d’infractions aux règles de l’urbanisme. Pourquoi tant de mystère qui nourrit la suspicion alors que la transparence des données et de l’action publique est le socle des sociétés démocratiques ? D’autres collectivités publiques publient régulièrement sur leur site des avenants à des baux commerciaux, des contrats et des conventions d’occupation sans opposer le secret des affaires. Dans son avis favorable, la Cada, qui a pris connaissance du bail sollicité et de ses avenants « ainsi que des propositions d’occultation que le maire de Marseille envisage de réaliser », estime que ces documents sont communicables au demandeur « sous réserve de l’occultation préalable des mentions couvertes par le secret de la vie privée (dates de naissance et coordonnées des personnes physiques, nom des signataires représentants de la SAS Villa Valmer) et le secret des affaires (montant et modalités de calcul de la redevance, montant de l’abattement, montants relatifs aux travaux) ». On peut s’étonner de ces occultations demandées d’éléments librement exposées et débattues devant le conseil municipal, sur un bien patrimonial public qui passe au secteur privé hôtelier pour 60 ans. Pour le moment, c’est circulez il n’y a rien à lire, rien à commenter. C’est occultation totale.

  • Procès à Marseille sur un trafic de pesticides interdits

    Procès à Marseille sur un trafic de pesticides interdits

    L’affaire est « indigeste ». Et si, depuis 6 ans, certains des fruits et légumes vendus dans son supermarché en bas de la rue étaient nocifs pour la santé de tous ? C’est l’enjeu d’un procès d’ampleur consacré à un trafic de pesticides, importés d’Espagne et utilisés dans les Bouches-du-Rhône ainsi que dans la Drôme.

    Les gérants de sept sociétés agricoles, ainsi que le fournisseur présumé des produits, sont poursuivis pour « détention et utilisation de pesticides interdits, non-élimination de produits interdits, distribution, vente et importation de produits phytopharmaceutiques falsifiés, faux et usage de faux en écriture ». Ils sont présumés innocents.

    Des parties civiles révoltées

    Cette affaire soulève à la fois des enjeux environnementaux, touchant à la faune et à la flore locales et des questions de santé publique. Au-delà, elle révèle une crise de confiance persistante entre les consommateurs et le monde agricole. Chaque volet dispose de sa propre partie civile : France nature environnement (FNE) pour les atteintes à l’environnement, la Confédération paysanne pour les enjeux liés à la profession et l’association Que Choisir Ensemble, anciennement UFC-Que Choisir, pour la défense des consommateurs.

    Judith Sebert, la juriste qui représente FNE Paca, fédération française des associations de protection de la nature et de l’environnement, pointe du doigt des « professionnels qui connaissent très bien la réglementation » et dénonce « une utilisation de ces produits phytopharmaceutiques interdits pour réaliser des économies importantes et non pas pour faire survivre une petite exploitation ».

    Des exploitations

    de 500 à 1 000 hectares

    Elle parle d’exploitations pouvant aller jusqu’à 500, voire 1 000 hectares. Selon elle, le procès remet les pesticides au centre du débat, « à un moment où les politiques publiques semblent parfois aller à rebours » de la protection environnementale. Enfin, elle insiste en rappelant la « persistance » de ces produits utilisés en cocktail (plus de 54 produits retrouvés et mélangés) qui, en plus d’être présents sur les fruits et légumes que les consommateurs achètent, polluent les eaux qu’ils boivent.

    Malgré ce procès, les préjudices sur l’environnement et sur la santé publique ne sont pas quantifiables et donc non
    condamnables. « Ce n’est pas acceptable », lance Candice Tchoumjeu, membre de l’association pour les consommateurs Que Choisir Ensemble. Cette dernière soutient : « On se porte partie civile car ces produits affectent grandement la qualité des produits alimentaires mis sur le marché et donc la santé des consommateurs ». Les conséquences sur la santé sont sans appel : perturbateurs endocriniens, reprotoxiques, cancers…

    « Crise de confiance »

    « Les pesticides ne règlent pas les problèmes, ils les déplacent et les aggravent. Ils nous entraînent dans le mur », témoigne Jean-Luc Juthier qui en a fait l’expérience en tant qu’arboriculteur retraité ayant utilisé des pesticides. Aujourd’hui membre du syndicat la Confédération paysanne, il est militant anti-OGM et ancien membre des Faucheurs volontaires. Il représentera la Confédération au procès. « On produit de la merde et on le cache aux consommateurs », déplore-t-il. « Et ça crée une crise de confiance des consommateurs envers les agriculteurs. » Il soutient que la présence de la Confédération paysanne à ce procès a pour vocation de promouvoir de nouvelles manières de faire de l’agriculture (biologique notamment), de faire valoir le droit des ouvriers agricoles directement en contact avec ces produits nocifs, mais surtout de regagner la confiance des citoyens.

  • Un tram du Nord au Sud, la « révolution » sur les rails

    Un tram du Nord au Sud, la « révolution » sur les rails

    Rapide, pratique, écologique, sécurisé, ergonomique, économique… », ne tarit pas Catherine Pila. La présidente de la RTM estimant un passage à « 93 000 passagers d’ici 2030 contre 38 000 aujourd’hui sur cette ligne ». Sur l’estrade montée devant le parc du 26e Centenaire, Martine Vassal, présidente de la Métropole, et Philippe Tabarot s’accordaient pour voir dans les 6,2 km supplémentaires de rails une « révolution ».

    La présidente DVD de la Métropole se félicite d’un moment « historique », tenant en trois dates : « 1977, pour l’inauguration du métro avec Gaston Defferre, 2007 pour le tramway avec Renaud Muselier et Jean-Claude Gaudin. Et nous ! » C’est pourtant sous l’impulsion de Defferre que le tram disparaissait pour laisser place au trolley puis au bus. La municipalité Gaudin avait quant à elle creusé la fracture Nord-Sud. Alors, en effet, combler enfin le retard marseillais avec un « T3 qui permet de rapprocher l’ensemble des quartiers », précise Martine Vassal, c’est une révolution dans la vision des déplacements collectifs. Même s’il reste beaucoup à faire pour remailler ce territoire.

    Qui se plaindrait d’une nouvelle ligne, avec des fréquences et une amplitude horaire dignes d’une métropole ? Certainement pas ceux qui vont enfin en bénéficier. Comme Alain, aide-soignant, qui pourra « l’utiliser au quotidien pour se rendre à l’hôpital Sainte-Marguerite, parce que même si j’ai le métro, c’est plus sympa le tram ». Ou Carole, qui se déplace à vélo sur les nouvelles pistes « sauf les jours de pluie » et laissera « plus sereinement » son fils « aller à l’école en tram qu’en bus ou métro ».

    Armes et caméras piétons

    Moins d’enthousiasme pour Marie, retraitée qui habite la Gaye : « Ce n’était pas une priorité. Il y a le 47, le 46 et le B1 qui passe toutes les 7 minutes. L’argent pouvait être investi pour désengorger les Goudes ou ailleurs. » Il est vrai que le T3 fait plus le plein côté Nord que côté Sud et double en partie la ligne de métro. « C’est évident que si un service existe, les gens l’utilisent », considère Tania, serveuse, qui peut « lâcher la voiture pour utiliser la ligne de Gèze pour aller bosser, car contrairement au métro, il ne s’arrête pas à 21h30 ». C’est le cas depuis 2023, « pour les essais techniques », a justifié Martine Vassal, avançant une probable réouverture « jusqu’à 1h du matin… en mai ».

    Si à la création de la Métropole « le premier sujet était la mobilité », sa présidente fait de la sécurité une nouvelle priorité, en portant « de 42 à une centaine » les agents de sécurité. L’État, qui a abondé « d’un milliard d’euros dans le plan Marseille en grand », a rappelé le ministre, continue à soutenir le territoire métropolitain pour « la création de plusieurs lignes BHNS, de pôles de report modal et la nouvelle ligne ferroviaire ». La loi Tabarot « permettra aux contrôleurs de la RTM d’être équipés de caméras-piétons et les agents du Groupe d’assistance et de protection (GAP) seront dotés d’armes non létales ». Des mesures seront aussi annoncées pour prévenir les accidents.

  • [Monde du travail] Chronique des invisibles : en 2026, faire reculer un peu la nuit

    [Monde du travail] Chronique des invisibles : en 2026, faire reculer un peu la nuit

    Les mêmes choses, d’une année sur l’autre : la paix, la santé, un peu de bonheur, et que le monde, tel qu’on le connaît, existe encore jusqu’au Printemps.

    Nous les enverrons par cartes (tant que La Poste perdure toujours, le Danemark vient de la fermer définitivement), par courriels, par SMS, par messages pressés entre deux courses au supermarché. « Bonne année, bonne santé ! ».

    Et pourtant, malgré leur apparente banalité, ces mots conservent une force intacte : ils témoignent qu’au cœur des épreuves, du labeur quotidien, de ce climat anxiogène où la haine l’emporte sur l’empathie, l’espérance persiste.

    Je me surprends à penser, en écrivant mes vœux, que nous sommes pareils à ces jardiniers d’hiver. Ils retournent la terre gelée, convaincus que quelque chose finira bien par pousser.

    Nous savons que la saison est rude. Nous savons aussi que le simple fait d’écrire « bonne année » est déjà un acte de résistance contre la détresse généralisée du monde. Il n’existe pas de geste inutile lorsqu’il s’agit de dire aux autres qu’ils comptent, ne serait-ce qu’un instant.

    C’est l’idée même de cette série de portraits de jeunes travailleurs de « La Marseillaise » et au-delà de cette nouvelle chronique où seront abordés les gens humbles, ceux par lesquels la vie est réellement influencée, écrite, bouleversée, magnifiée. La mondialisation n’écrase pas seulement les hommes, elle digère les valeurs humaines fondatrices. Elle transforme la solidarité en opportunité commerciale, la culture en produit dérivé et la dignité en slogan publicitaire. Sous ses apparences d’universalité, elle uniformise les consciences. Notre rêve collectif ne doit jamais devenir un flux de données. Dans ce grand mouvement sans visage, sans âme, l’humanité se dissout lentement dans une logique capitaliste dépourvue de morale.

    Alors souhaitons, maladroitement, imparfaitement, sans garantie, avec force, détermination « une bonne année 2026 » mais souhaitons-le tout de même.

    Car les vœux, comme les mots, parfois, ont le pouvoir de faire reculer un peu la nuit, ces ténèbres vers lesquelles nos ennemis veulent nous entraîner.

    Sébastien Gehan

    Né en 1973, il est écrivain, auteur de polars, contes et nouvelles plusieurs fois primées. Deux fois papa, il vit à Istres. Douanier, ancien responsable syndical, il dédie cette chronique à celles et ceux qui font le monde du travail d’aujourd’hui.

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Mai-juin 1946 : le basculement

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Mai-juin 1946 : le basculement

    Appuyée sur la confiance de la classe ouvrière, notre contre-offensive ne manqua pas de vigueur et contesta les arrière-pensées de ces nouveaux défenseurs de l’indépendance syndicale, d’autant que nous avions un bilan : contournement du blocage des salaires, mise en place de la Sécurité sociale, comités d’entreprise, réquisition des entreprises dont les patrons avaient collaboré. Nous jouissions d’une audience particulièrement forte et jusqu’au printemps 1946 l’optimisme régnait.

    Au Congrès fédéral d’avril 1946, c’était la joie. Nous enregistrions 5 500 000 syndiqués. Il est vrai que gagner la jeunesse nous a été possible par la grande bataille de la CGT sur les vacances plus longues pour ceux qui avaient subi des privations imposées par la guerre et l’occupation. Et dans ce domaine nous avons eu des succès.

    Représentation proportionnelle

    Je fus délégué à ce congrès où nous avons obtenu 8 000 mandats contre 2 000 aux minoritaires. À Marseille, nous représentions 92% des mandats grâce à notre bilan. Sur le plan national, la modification des statuts autorisa le cumul des mandats politiques et syndicaux. Au sein de la confédération fut instaurée une représentation proportionnelle des syndicats, les fédérations précédant les décisions du congrès confédéral.

    Au référendum du 5 mai 1946, l’échec du projet constitutionnel progressiste modifia les perspectives. Les élections du 2 juin 1946 à la seconde constituante conduisirent logiquement à des réorganisations d’envergure. En effet, les scrutins de mai et de juin bloquaient les espoirs mis dans une bataille de la production impliquant des sacrifices « relatifs », les revendications n’étant pas oubliées. La classe ouvrière était en droit d’attendre que sa place dans la société et ses légitimes ambitions à la gestion de celle-ci soient reconnues.

    La poussée de droite du printemps 1946 consacra la remise en selle des classes dirigeantes après la période d’incertitude ouverte par la Libération. Elle ne saurait s’expliquer sans référence à une conjoncture qui dépasse les limites de l’Hexagone.

    Tuteur américain

    C’est au cours du premier trimestre 1946 que s’effectuèrent les premiers choix officiels décisifs qui amarraient la France au tuteur américain. Les accords de Washington, signés du côté français par Léon Blum (accords Blum-Byrnes du 28 mai 1946), engageaient le pays, sur le plan commercial notamment, de façon si contraignante que toutes les perspectives de reconstitution indépendante des forces productives étaient désormais raisonnablement exclues.

    à suivre la semaine prochaine…

  • La corruption à la prison de Luynes sévèrement punie

    La corruption à la prison de Luynes sévèrement punie

    Une « énième affaire de
    corruption
     », regrette Emmanuel Merlin, vice-procureur de la République. Face à lui, cinq prévenus sont dans le box des accusés du tribunal correctionnel, à peine assez grand pour tous les contenir.

    Assise à une extrémité des vitres se tient Julie L., 24 ans. Il y a encore deux mois, avant d’être interpellée, la jeune femme était surveillante pénitentiaire au sein de la maison d’arrêt de Luynes. Julie, qui occupait un premier poste depuis sa sortie d’école en 2022, est en détention provisoire. Accusée d’« association de malfaiteurs » et de corruption « passive ». Dans la nuit de vendredi à samedi, la jeune femme, dépositaire de l’autorité publique, a été reconnue coupable d’avoir introduit des savonnettes de résine de cannabis. Elle restera en détention, après avoir écopé de trois ans de prison, dont deux ferme.

    Comme trois des hommes qui comparaissent avec elle, serrés à l’autre extrémité du box. Mohamed S. et Kamel S. Le premier est le neveu du second. Avec Laurent B. ils travaillent tous trois pour la société Gepsa, spécialisée dans la maintenance en milieu carcéral. Ils resteront eux aussi en détention pour trois ans, coupables d’avoir, pendant plusieurs mois, introduit parfums, cigarettes et vapoteuses, cannabis, cartes SIM, téléphones et autres objets illicites contre rémunération.

    Puis il y a Sid-Ahmed B., dont le profil est différent. Même peine pour ce trentenaire, déjà condamné à 20 ans de réclusion criminelle. C’est le seul à être accusé de corruption dite « active ». Pourtant, cet auxiliaire en prison nie les faits. Sur les bancs d’une salle de tribunal pleine à craquer, seul Jérôme C. comparaissait libre. Cet autre salarié de la Gepsa a été relaxé.

    L’affaire, déterrée après un signalement venant des « coursives » de la prison implique en majorité des accusés jeunes, au casier judiciaire vierge. Elle est symptomatique d’un phénomène qui touche la prison de Luynes, concernée par plusieurs dossiers de corruption. D’ailleurs, les témoignages des accusés qui reconnaissent les faits, convergent tous vers des phénomènes de « pression ». Mohammed S. par exemple, raconte avoir été « énormément sollicité » par des détenus depuis son arrivée au Gepsa.

    « 1 000 euros pour du shit »

    « On était jetés dans la fosse aux lions », poursuit le jeune homme. « Mais comment avez-vous mis le doigt dans l’engrenage ? », demande l’un des assesseurs. « On finit par dire oui, pour avoir la paix », répond le jeune homme.

    Kamel S. gérant de la société et prestataire pour « plusieurs autres prisons », relate avoir « vécu un enfer. J’en ai fait un malaise », raconte le prévenu qui témoigne avoir été suivi jusque chez lui. Sa voiture aurait été dégradée, une plainte déposée contre X. « Aix 1, c’est un site dangereux. J’ai encore vu aux infos ce matin que trois agents ont été agressés. Ce n’est pas de la rigolade », ajoute Kamel S. « Ce que vous dites est extrêmement inquiétant, ça remet en cause toute une sécurité générale », remarque la présidente du tribunal. « Qu’est-ce qu’ils nous auraient faits si on avait dit non ? », rétorque Laurent B. « Il fallait se demander ce qu’il allait se passer si on dit oui ! reprendra au cours de ses réquisitions le vice-procureur. Trois téléphones au moins ont été introduits. C’est à cause des gens comme ça que la criminalité organisée continue de vivre. Ce petit ver dans le fruit suffit à fragiliser l’édifice. »

    Le cas de Julie est différent. Elle, raconte avoir été harcelée par des collègues, faits confirmés par une ex-collègue de travail à la barre, avant d’être diagnostiquée dépressive en 2024. La jeune femme a demandé sa mutation, dès son arrivée. Il y aura aussi l’épisode où Julie a dû « décrocher un pendu », la poussant à se mettre en arrêt de travail. « Comment on vous retrouve là ? », lui demande la présidente. Julie raconte avoir eu des problèmes d’argent et honte de demander de l’aide à ses parents. « Pour du shit, c’était 1 000 euros. J’avais des difficultés financières, j’en ai parlé aux mauvaises personnes », raconte la jeune femme, Elle remet le produit à Sid-Ahmed. Et ce selfie dans lequel elle apparaît, prise avec le téléphone de ce même détenu ? Pourquoi ne pas avoir signalé la présence de l’appareil ?, l’interroge la juge. « Une inconscience », répond Julie. Il y a aussi le passage d’un flacon de parfum, à la demande de Mohammed S., avec qui la jeune femme aurait eu une relation amoureuse de quelques mois. L’avocate de Julie insiste sur les conditions de travail en détention, la proximité avec les détenus et soulève le risque de basculement : « On passe la moitié de la journée avec des détenus. »

    Le vice-procureur a d’ailleurs rappelé qu’une « dizaine » de surveillants à Luynes étaient concernés par des faits de corruption en 2025.

    Eva Bonnet-Gonnet

    Darmanin en visite au centre pénitentiaire

    Le Garde de Sceaux s’est rendu samedi matin sur le centre pénitentiaire de Luynes pour décorer trois agents agressés par un détenu, vendredi. Après s’être rendu au chevet de l’un d’eux, en soins intensifs après avoir été touché à la gorge, Gérald Darmanin a ensuite décerné une médaille aux deux autres agents, aux primo-intervenants et à l’équipe de soignants également entrés en action. Si le ministre a ensuite échangé avec les agents, aucune « grande annonce » n’a été faite, rapportent les syndicats, qui avaient organisé le blocage de la prison le matin de sa visite en empêchant les « entrées et sorties » du site, rapporte Ufap-Unsa Justice. Une mesure rapidement levée. Pour autant, pour le syndicat, la visite se résume à un « bref effet d’annonce (…) Il nous manque toujours des effectifs et des moyens matériels. » Soit du budget.