Category: societe

  • [Entretien] Agnès Rossi : « Je souhaite à “La Marseillaise” de réussir dans les Alpes »

    [Entretien] Agnès Rossi : « Je souhaite à “La Marseillaise” de réussir dans les Alpes »

    La Marseillaise : Comment percevez-vous l’arrivée de « La Marseillaise » dans les Alpes à partir du 7 février ?

    Agnès Rossi : Qu’un journal s’intéresse à un territoire et qu’il puisse apporter un éclairage qui lui est propre, je trouve intéressant. On a besoin d’avoir de l’information sérieuse. Je crois beaucoup à la presse écrite, faite par des journalistes professionnels pour permettre à l’ensemble des citoyens de réfléchir. Ça fait longtemps que je n’habite plus Marseille et que je n’ai pas lu La Marseillaise mais évidemment, on vous connaît historiquement. Je trouve positif qu’il y ait du pluralisme dans les Hautes-Alpes. Cela montre aussi que notre territoire est attractif. Je vous souhaite de réussir, c’est un beau défi.

    Quels sont pour vous les enjeux des JO d’hiver de 2030 ?

    A.R. : C’est d’abord une magnifique compétition sportive qui va donner un éclairage mondial au territoire alpin. Au-delà, c’est un projet qui va aider à porter le développement d’un tourisme durable et une vision de la montagne à 2050. Cela va permettre un certain nombre d’accélérations dans la rénovation et l’aménagement d’infrastructures en sécurisant des financements très importants sur la mobilité. Dans le contrat de plan, c’est à peu près 300 millions d’euros sur le ferroviaire et 200 millions sur le routier sachant que dans les vallées alpines, on pousse le développement du train et un circuit routier sécurisé qui peut accueillir des transports en commun comme des cars. On va passer de 5h pour faire Marseille-Briançon en train à 3h40. Ça va bénéficier aussi au nord des Bouches-du-Rhône et aux Alpes-de-Haute-Provence, pas seulement aux Hautes-Alpes. Au niveau économique, c’est une belle opportunité pour faire découvrir nos productions locales. Dans les appels d’offres, il y a l’obligation d’utiliser pour une part les entreprises de l’économie sociale et solidaire comme pour Paris 2024. Et puis dans les sites olympiques, il y aura à terme des logements pour les populations locales et les saisonniers. Le tissu économique est enthousiaste. J’ajoute que c’est une occasion importante pour favoriser l’accès au sport pour tous.

    C’est-à-dire ?

    A.R. : Je parle de sport de montagne, pas seulement d’hiver. On est en lien avec tous les clubs dont ceux qui agissent pour le sport handicap.

    Quels autres sujets vous semblent structurants dans les Hautes-Alpes ?

    A.R. : Il y a une grande demande parmi les habitants de traiter les sujets de manière locale mais pas recroquevillée. Je prends l’exemple de l’agriculture : vous qui avez un ancrage sur le sud de la région, il y a beaucoup à dire sur la diversité des agriculteurs en fonction des départements et aussi des traits communs à relever. Je crois qu’il y a aussi la question de l’emploi qui est intéressante à approcher avec un quasi-plein emploi dans les Hautes-Alpes, très loin des taux constatés dans les quartiers nord de Marseille. Je pense aux difficultés de recrutement…

  • Le propriétaire de Rocher Mistral de retour au tribunal

    Le propriétaire de Rocher Mistral de retour au tribunal

    Le feuilleton judiciaire pourrait toucher à sa fin. Mais le dernier volet de l’affaire Rocher Mistral reste à démêler. Le 13 février dernier, le tribunal correctionnel condamnait Vianney d’Alençon, propriétaire du Château de la Barben et sa société, la SAS Rocher Mistral respectivement à 20 000 euros d’amende 70 000 euros d’amende avec sursis. L’entrepreneur qui porte le projet d’un parc de loisir sur le château, classé Monument Historique était reconnu coupable en première instance d’avoir enfreint les règles du code de l’urbanisme et du patrimoine, dans le cadre des aménagements du parc de loisirs Rocher Mistral.

    Le tribunal avait notamment demandé au propriétaire d’entamer une série de travaux pour s’aligner aux demandes de régularisation des autorités compétentes. En suspend, Vianney d’Alençon et ses conseils ayant fait appel de la décision. Autre volet, en appel, de ce millefeuille judiciaire, la mise en danger d’une espèce protégée de chauves-souris. Pour ces faits, le propriétaire avait été relaxé, en première instance : point sur lequel le Ministère public, soutenu par la défense de la FNE13, avait fait appel. « Le point le plus important de ce dossier », estimait Me Mathieu Victoria, avocat de la FNE13.

    Délibéré à venir

    Ce lot d’infractions supposées a donc été débattu ce jeudi, en cour d’appel. « Vous comprendrez que lorsqu’on regarde ce dossier, on se rend compte que les travaux ont débuté [en 2020, Ndlr.] sans autorisations ? », demande Fabrice Naudé, le président du tribunal. Comment expliquer ce choix, dans un dossier qui présente 8 infractions ? Faute d’abord, au contexte international tendu, à cette époque, marquée par le Covid. Faute aussi, au « climat délétère » dans la commune. « Je me suis retrouvé dans un contexte difficile, j’ai dû prendre des décisions difficiles », explique l’entrepreneur, qui invoque des enjeux économiques, le sort de 400 salariés entre les mains, des investissements importants… Enfin, si depuis un an des discussions « constructives » ont repris avec les services de l’État dont il aurait contourné les règles et dérogations, D’Alençon aurait fait face au silence de la part de la DDTM, de la Drac, de l’ABF : « On avait des chantiers à avancer », résume Vianney d’Alençon. Pour le conservateur des monuments historiques de la Drac à la barre, les « relations ont été complexes, mais jamais aussi distendues que ce que l’on dit ». L’Architecte des bâtiments de France, estime que les instances ont été au courant de ce projet, en 2020 seulement, après rachat du château. De son côté, l’avocat général, demande réformation de la décision de relaxe sur les murins, et demande condamnation pour les autres infractions. Sur cet axe, il requiert un ajournement de six mois pour s’assurer que les travaux, repris l’an dernier, vont se poursuivre. À l’heure ou nous écrivons ces lignes, les plaidoiries de la défense et la date de délibéré n’étaient pas rendues.

  • Le nouveau préfet veut optimiser la lutte contre l’habitat indigne

    Le nouveau préfet veut optimiser la lutte contre l’habitat indigne

    Le préfet de région Jacques Witkowski a indiqué mercredi lors d’un point presse vouloir relancer la lutte contre l’habitat indigne. « C’est une volonté collective, un engagement et une vraie préoccupation presque philosophique de ma part », a signifié le préfet fort d’une culture opérationnelle sur le sujet.

    Le diagnostic est sombre. « On voit bien quand on traverse la ville que nombre d’habitats ne sont plus aux normes du temps et dans ce lot, certains sont incompatibles avec de l’habitat digne. La catastrophe de la rue d’Aubagne a été l’exégèse et un détonateur pour tous. On a un taux d’indignité de logements considérable », observe le préfet pour qui « la réalité dépasse de beaucoup les 60 000 logements indignes identifiés dans les Bouches-du-Rhône ».

    D’où la « volonté politique interne » affichée d’avancer et de « travailler en synergie ». Si un regain notable est observé sur les arrêtés préfectoraux de traitement de l’insalubrité (70 nouveaux arrêtés lançant la procédure publiés en 2025 dont 39 à Marseille), le constat d’une dispersion des compétences entre les différents services (ARS, DDTM, etc.) pèse, « là où il faudrait au contraire les regrouper avec tous les moyens budgétaires comme je l’ai fait en Seine-Saint Denis », a lancé le préfet. À peine débarqué, il a créé à titre expérimental une « mission interservices de lutte contre l’habitat indigne » confiée à une commissaire divisionnaire.

    Le préfet veut mobiliser des services opérationnels comme les pompiers, les policiers, les gendarmes, les agents EDF-GRDF, les opérateurs de fibre pour remonter des alertes. « J’ai souhaité qu’on s’intéresse aux agences de location qui louent sciemment des locaux inhabitables en l‘état », dévoile le préfet qui « sans vouloir jeter l’anathème sur une profession » annonce une campagne de « contrôles au titre de la répression des fraudes car les agences sont responsables de ce qu’elles proposent à la location ».

    « Pas de cadeau, pas de quartier ! »

    Les services fiscaux sont mis dans la boucle. « Un propriétaire déviant, on va lui faire la totalité des urines comme on disait au XVIe siècle. Pas de cadeau, pas de quartier comme on disait au temps des corsaires. Le fisc doit s’intéresser à ces gens mais aussi la justice, la répression des fraudes, la préfecture bien sûr, les communes, les bailleurs sociaux », poursuit le représentant de l’État qui sait que « les outils ne sont pas encore totalement parfaits ». Le relogement des victimes d’habitat indigne reste problématique en cas de carence des propriétaires, les occupants n’étant pas prioritaires dans les dispositifs. « C’est un sujet ancien. On s’organise pour avancer collectivement. »

    À propos de la mise aux enchères par les Domaines sur la plateforme Agorastore d’une cave proposée à l’habitation (la Marseillaise du 29 janvier). « C’est complètement dingue, je ne peux pas le dire autrement, réagit le préfet. On ne cautionne absolument pas ce genre de choses. Ce n’est pas possible qu’en voulant bien faire, on se prenne les pieds dans le tapis. »

    S’agissant des projets de rénovation urbaine, le préfet sait combien ils suscitent « beaucoup d’attente assez frustrante », mais que « là les grues arrivent. 2026 sera une année importante ». Les Bouches-du-Rhône comptent 19 projets Anru dont 10 à Marseille pour un montant global de 850 millions d’euros. À ce jour, on est à 82% des engagements de crédit avec fin juin 2026 comme date butoir. « Les projets sont à peu près stabilisés. La métropole et les villes sont en train de caler les cahiers des charges et les calendriers pour le choix des maîtres d’œuvre », signale la préfète déléguée à l’égalité des chances, Isabelle Épaillard. « Nous allons passer au premier trimestre à la démolition de la tour B de Campagne Lévèque. » Suivront la Bricarde et la Castellane. Pour anticiper des difficultés liées aux points de deal et aux vols sur les chantiers, un travail est en cours pour doper les marchés publics de clauses d’insertion sociale.

  • L’urgence d’un sauvetage des emplois marins sous pavillon français

    L’urgence d’un sauvetage des emplois marins sous pavillon français

    « C’est maintenant que tout se joue », lance Frédéric Alpozzo dans sa lettre ouverte adressée au ministre des Transports et aux présidents de CMA-CGM, de la Méridionale et de Corsica Linea pour un tour de table. Le secrétaire général de la CGT des marins de Marseille estime à « plus de 2 000 » le nombre d’emplois maritimes français menacés, écoles de formation comprises, par l’offensive des compagnies low-cost GNV et Corsica Ferries en Méditerranée.

    Les sorties de flottes du Kalliste pour La Méridionale et du Nepita pour Corsica Linea sont imputables à la « concurrence déloyale » des armateurs opérant sous pavillon international, dénoncée de longue date par la CGT. Le développement de GNV sur les lignes France-Algérie et France-Maroc a provoqué « une perte de 50 000 passagers » chez les compagnies françaises et risquent de faire chanceler une situation économique déjà fragilisée. « Les marins de ces bateaux n’ont pas de contrats français et sont payés entre 650 et 1 200 dollars par mois », précise le responsable syndical qui demande à l’État de « supprimer les autorisations de GNV à Sète », le port de l’Hérault.

    Dans ce contexte social tendu, invités au débat à l’Euromaritime, François Lambert, directeur général de l’ENSM (École nationale supérieure maritime) et Étienne Melliani, directeur général de La Méridionale, n’ont pas caché leurs inquiétudes, assurant toutefois ne « pas baisser les bras pour maintenir le pavillon français ». Il flotte aujourd’hui comme un air de « guerre entre Corsica Ferries et la SNCM », a rappelé le responsable de l’école de formation des officiers. La SNCM y avait perdu la vie, mais « il a fallu innover. On y a gagné un décret des États d’accueil en 2015 », a-t-il souligné. Force est de constater que le texte garant du droit social maritime sous pavillon français reste insuffisant. Les ports qui régulent l’offre de transport, « ont une responsabilité écrasante, regrette Thiebaud Theillard, journaliste au Marin, animateur du débat, ils disent que le principe de concurrence libre de l’Union européenne ne leur permet pas de refuser des armateurs ». Pour lutter contre le dumping social, « et préserver le modèle français auquel nos élèves sont extrêmement attachés et qui crée une forte attractivité, nous avons besoin du soutien des armateurs », a plaidé François Lambert.

    Injuste concurrence

    Le marché unique européen et la loi de la libre concurrence constitue « un fait majeur, a également déploré Étienne Melliani, dont nous réalisons 30 ans après qu’il a permis l’émergence d’acteurs mois disant socialement, et pas seulement dans les transports ». Et dans cette guerre du marché, l’État pourrait appuyer sa souveraineté en accentuant les contrôles, comme il l’a fait en arraisonnant le Grinch dans la rade marseillaise il y a quelques jours. « A-t-il les moyens d’aller plus loin ? » s’est montré dubitatif le DG de La Méridionale, préconisant « le dialogue » pour actionner le levier européen dans cette libéralisation.

    Mettre tous les partenaires autour de la table et « être exigeant avec l’Europe, est aussi une partie de la solution avancée par François Lambert. On a besoin des officiers formés sur nos bancs. Un marin c’est stratégique et on est un pays de marins. » Le directeur de l’ENSM défend un outil : « Le contrat d’engagement maritime. Il est prêt. »

    Le gouvernement sera-t-il capable de l’étudier et de le proposer avant de voir couler nos flottes ? « Il y a un budget qui n’est pas menacé, c’est celui des armées, précise-t-il. Il peut y avoir une complémentarité entre la marine marchande et la marine nationale. » Autant de points à aborder dans la réunion réclamée par les marins qui pourrait se tenir en présence de Catherine Chabaud, ministre de la Mer et de la Pêche, et du directeur des affaires maritimes.

  • [Entretien] David Gehant : « Les territoires alpins incarnent l’avenir »

    [Entretien] David Gehant : « Les territoires alpins incarnent l’avenir »

    La Marseillaise : « La Marseillaise » arrive dans les Alpes-de-Haute-Provence et les Hautes-Alpes à partir de ce samedi 7 février. Quelle est votre réaction ?

    David Gehant : C’est une très bonne chose ! Je vois d’un très bon œil qu’on puisse valoriser et s’intéresser aux territoires alpins et ruraux. La recherche d’une forme d’équité territoriale est à la base de mon engagement. Je m’y retrouve forcément. Les territoires ruraux ont beaucoup de choses à faire valoir et sortir de l’image qu’on peut en avoir. Les territoires alpins, par beaucoup d’aspects, incarnent l’avenir. Plus il y a d’acteurs médiatiques, mieux c’est d’un point de vue du pluralisme et de la diffusion des informations fiables. À l’heure des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle, on a besoin de vecteurs d’informations vérifiées et donc l’arrivée dans les Alpes de La Marseillaise, avec une histoire aussi riche que la sienne, y participe. C’est un signe de l’attrait de nos territoires.

    Notre journal n’est pas de la même sensibilité politique que vous, c’est sain pour le débat démocratique ?

    D.G. : Je pense que les questions de sensibilités sont secondaires pour les élus locaux. Pour les journalistes de terrain, ce qui importe c’est avant tout le professionnalisme. Je suis persuadé que ce sera le cas de La Marseillaise. La pluralité des médias est une bonne chose. Plus il y a d’acteurs, plus de voix peuvent s’exprimer, mieux c’est. À l’heure où la vérité est devenue un « point de vue » comme les autres, c’est le cas malheureusement de plus en plus sur les réseaux sociaux, il est nécessaire de pouvoir compter sur des professionnels de l’information. Quand on voit ce que l’IA peut faire, je crains que nous soyons submergés par des fake news, des vidéos, images, voix manipulées. Quelles que soient les sensibilités, cette exigence de vérification des faits est essentielle et doit être largement partagée.

    Quelles sont, selon vous, les préoccupations des habitants de votre département, les sujets prégnants du territoire ?

    D.G. : Je crois que les préoccupations des habitants des Alpes rejoignent celles de l’ensemble de la population. On me parle beaucoup de santé, de sécurité, de logement et de mobilité. La particularité d’ici, c’est les initiatives qui relèvent du système D. Je pense par exemple au centre de soins non-programmés qu’on a mis en place à Forcalquier, qui apporte une solution de santé 7 jours/7 et qui est assez unique en son genre. Ce qui pourrait être intéressant pour un journal comme le vôtre, ce serait de se fonder sur les innovations qui émanent des territoires ruraux dans lesquels on a plus qu’ailleurs le sens de la débrouille et la dimension concrète des choses. On dit souvent que le maire est un élu à portée d’engueulade. C’est encore plus vrai à Forcalquier qu’à Nice ou Marseille. Ici, on ne peut pas ne pas répondre aux attentes de la population. On n’est pas des réserves d’Indiens où on vient en vacances, nous sommes des territoires vivants, novateurs et qui incarnent l’avenir notamment sur la qualité de vie.

    Quel regard portez-vous sur les JO ? Le 05 en bénéficiera plus que le 04 ?

    D.G. : Une personne qui regardera depuis les États-Unis ou la Chine ne va pas se poser la question de quel département accueille les épreuves. Ce sont toutes les Alpes françaises qui deviendront attractives. Et puis la question de l’héritage sera centrale avec la structuration de l’activité ski, du développement de la pratique sportive qui est un sujet de santé publique mais aussi de cohésion sociale. La solidarité, le dépassement de soi, le goût de l’effort sont des valeurs auxquelles je suis très attaché. On a bien vu les retombées des Jeux de Paris dans tous les clubs sportifs. Et le dernier élément de l’héritage, c’est la desserte ferroviaire avec notamment l’axe Marseille-Briançon. Cela va permettre de désenclaver la vallée durancienne.

  • Les derniers d’Encagnane exigent un relogement digne

    Les derniers d’Encagnane exigent un relogement digne

    Dans un local du quartier d’Encagnane, le collectif est de nouveau réuni. Accompagné, ce jour, de Mounir Ben Ammar, pour l’association Droit et Accès au Droit, aussi investi par Aymeric Caron pour les élections municipales. Ils ne sont plus qu’une vingtaine de foyers du Calendal et du Méjanes en attente de relogement, alors que les deux immeubles doivent être rasés dans le cadre du projet de rénovation urbaine dont le quartier fait l’objet.

    Si cette partie de la ville semble déjà vidée, une poignée de résidents restants demandent à nouveau, à être relogés dans des appartements aux loyers équivalents, salubres. « Sauf que nous n’avons aucune promesse écrite », rappelle Pierre. Face à lui, un dossier épais, les doléances des habitants, rapportées régulièrement lors de permanences relogement organisées par le bailleur social, Famille et Provence. « Mais force est de constater qu’on a une absence de suivi écrit et de calendrier. Rien, n’est acté. Lors de ces permanences, nos documents ne sont pas recueillis, nos accusés de réception ne sont pas signés », poursuit-il. Une promesse écrite de relogement provisoire est aussi demandée, en attendant la réalisation du projet Phares et Balises, issu de la restructuration urbaine.

    Insécurité, insalubrité

    « La mairie nous dit que 83% des relogés sont satisfaits. À entendre les témoignages, c’est l’inverse. On nous dit qu’on est des résistants : on veut partir mais dans de bonnes conditions », scande Hakim. Alors Nicole attrape son téléphone, met en ligne une ancienne habitante du quartier, dont les parents sont relogés au Paradou. « Ils se sont sentis obligés de partir et de prendre ce qu’on leur donnait. Ils ont laissé un 65 m² pour un loyer d’à peu près 550 euros. Ils se retrouvent dans 50 m² à 629 euros », explique cette dame. Plusieurs courriers auraient été envoyés au bailleur pour dénoncer des moisissures, une « multitude » de cafards, jusque dans le lit, la vaisselle… Un autre coup de fil, à une mère de famille cette fois-ci. Dans ce nouveau logement, à l’Îlot Europe, il n’y aurait pas d’eau chaude depuis deux mois. « Rien n’a été fait », conclut l’interlocutrice. La Ville, de son côté, rappelle que la minoration de loyer Anru obéit à un cadre strict et s’applique uniquement lorsque le relogement entraîne un coût que le ménage ne peut assumer, chaque situation étant étudiée individuellement : « Si des ménages n’y ont pas eu droit, c’est parce que les conditions pour appliquer la minoration n’étaient pas réunies. » Outre le « manque de visibilité sur les propositions », les habitants dénoncent des conditions de vie indignes, tout en payant des charges. Des squats dans les halls d’immeubles, qui auraient déclenché un incendie début décembre, des tirs dans le quartier, des détecteurs incendie défectueux… Déjà, des chauffages en panne cet hiver, avaient suscité la colère. « Sentiment d’insécurité totale », conclut Pierre. Le bailleur n’a pas pu nous répondre dans les temps. Eva Bonnet-Gonnet

  • Des délais de renouvellement de titre de séjour à rallonge à la préfecture

    Des délais de renouvellement de titre de séjour à rallonge à la préfecture

    « La situation n’a jamais été aussi catastrophique », s’alarme Nicole Malfait, bénévole depuis deux ans à la Cimade. Vendredi dernier, l’association de soutien aux personnes en exil a posté une lettre ouverte pour la préfecture, dénonçant des « dysfonctionnements dans le renouvellement des titres de séjour [entraînant] la rupture de la continuité du droit au séjour ».

    Alors que certaines personnes ont entamé leur démarche de renouvellement il y a plusieurs mois, nombreux n’ont toujours pas reçu leur carte de séjour. C’est le cas de Maria*, qui habite en France depuis 2005. « ça fait 10 mois que je n’ai pas de nouvelles. Pourtant j’ai fait mes empreintes en préfecture le 24 juillet », explique-t-elle. Une première pour cette Algérienne : « D’habitude, après les empreintes, j’ai ma carte en deux mois. » Une attente qui met sa santé en danger, puisqu’étant diabétique, elle est suivie par l’hôpital Européen qui lui demande régulièrement de lui transmettre une carte de séjour à jour.

    Il y a deux semaines, elle se tourne donc vers la Cimade pour l’aider dans ses démarches. Et Maria n’est pas seule. D’après les bénévoles de la Cimade, la situation s’est dégradée depuis le mois de septembre, où plusieurs dizaines de personnes ont demandé le soutien de l’association pour le renouvellement de leurs papiers. Depuis le début de l’année 2026, le tribunal administratif de Marseille a déjà condamné six fois l’État pour des dysfonctionnements dans le renouvellement de titres de séjour.

    Les concernés sont généralement sur le territoire français depuis de nombreuses années mais se retrouvent donc dans l’illégalité, en l’absence de documents à jour. Certains perdent leur emploi, leurs aides de la CAF ou leur sécurité sociale, alors qu’ils s’acquittaient d’impôts en France. Une situation mise en lumière dans notre édition du 22 janvier, relatant la suspension de trois salariés d’une blanchisserie à cause des délais de renouvellement. Des lenteurs administratives qui entraînent certains dans des situations de stress. Pour Maria, c’est l’incompréhension : « Je suis dans la loi mais depuis, je suis super angoissée et je ne dors plus la nuit. Je ne peux même pas aller rendre visite à ma mère qui est malade en Algérie », se désole-t-elle.

    « Un problème d’envergure différente »

    Ces difficultés s’additionnent à des problématiques liées à la dématérialisation des demandes depuis 2 ans. « Mais c’est un problème distinct, insiste Nicole Malfait, bénévole à la Cimade. Car même les personnes qui se débrouillent avec la dématérialisation et font leur demande en temps et en lieu n’ont pas leurs documents renouvelés. C’est donc un problème d’envergure différente. » Face à cet état de fait, qui n’est pas limité à la préfecture des Bouches-du-Rhône, le collectif « Bouge ta pref », porté par des associations de différents départements français, dont la Cimade, s’organise pour accélérer ces démarches.

    Contactée par La Marseillaise, la préfecture des Bouches-du-Rhône affirme ne pas avoir reçu la lettre, mais reconnaît des lenteurs dans le traitement des dossiers à cause d’une augmentation du nombre de ces démarches. Consciente des problématiques que cela peut engendrer, elle assure tout mettre en œuvre pour répondre aux demandes.

    *Le prénom a été modifié

  • Le Crédit mutuel sécurise le balisage des randonnées dans les Bouches-du-Rhône

    Le Crédit mutuel sécurise le balisage des randonnées dans les Bouches-du-Rhône

    Les baliseurs seront désormais visibles dans les sentiers des Bouches-du-Rhône. Au siège marseillais, le Crédit mutuel méditerranéen (CMM) a remis 190 gilets de balisage aux bénévoles de la Fédération française de la randonnée pédestre (FFRandonnée). Cette dixième remise s’ajoute aux 1 080 gilets de balisage déjà distribués à travers neuf caisses méditerranéennes. L’engagement du Crédit mutuel, partenaire de la FFRandonnée, vise à sécuriser les 226 000 kilomètres de sentiers. « Pour les randonneurs du dimanche, mais pas [forcément] tous les dimanches », plaisante un des représentants du Crédit mutuel, pour qui la randonnée est au cœur de leur initiative axée à la fois sur l’environnement et la santé.

    Se vêtir d’une légitimité

    Perçu comme « œuvre d’utilité publique » par la présidente du comité départemental de FFRandonnée Marianne Clarté, les quelque 240 bénévoles du département de Marseille maintiennent l’état des sentiers pédestres. Peinture de marquages, coupe de végétaux, remise en place des pierres, les baliseurs agissent dans l’ombre pour la sécurité des randonneurs. Ces gilets jaunes éclairent leur mission. « Quand on porte le gilet, ça nous donne une légitimité. Les gens s’intéressent à nous », raconte Gérard Mrugala, responsable commission Sentiers et Itinéraire. Leur travail s’étend sur les milliers de kilomètres homologués par ce comité, des bords de mer à la montagne Sainte-Victoire.

    Cette année, la FFRandonnée affiche l’objectif d’irriguer le pays d’Arles par la création d’un GR. 2026 sera aussi marquée par le Rando Challenge à destination des petits et des grands, et par l’Ultrarandonnée pour les plus aguerris.

  • Un espace mobile pour dépister le cancer dans les Bouches-du-Rhône

    Un espace mobile pour dépister le cancer dans les Bouches-du-Rhône

    La camionnette « Au fil de la Ligue », garée sous le soleil de la place Jules Guesdes, à Marseille, a été inaugurée ce mardi, à la veille de la journée mondiale de lutte contre le cancer. Les représentants du projet ont coupé le ruban, ouvrant les routes des Bouches-du-Rhône à ce véhicule décoré à l’effigie de la Ligue contre le cancer.

    En ralliant trois communes par semaine, dans « les marchés, sur les plages ou dans les entreprises », la camionnette est un « nouvel outil pour aller là où sont les gens, les rencontrer dans leur lieu de vie » notamment « ceux qui manquent d’information, isolés », détaille Magali Maugeri, directrice générale de la Ligue contre le cancer des Bouches-du-Rhône.

    En commençant par le marché de Gardanne le vendredi 6 mars, cet espace mobile de prévention parcourra le département, avec des missions de prévention et de dépistage. Avec une psychologue, une onco-esthéticienne et une médecin interne à son bord, les habitants pourront être sensibilisés à l’importance du dépistage, dans une région où le cancer est la première cause de mortalité. Pour Michelle Philip, retraitée et bénévole depuis 4 ans au sein de la Ligue, la camionnette « est magnifique, et va permettre d’aller au plus près des gens, partout », chose importante car « le cancer touche toutes les familles, tous les environnements possibles ».

    « Au plus près du dépistage »

    Le dépistage précoce d’un cancer permet très souvent un meilleur traitement, moins lourd et avec plus de chances de guérison. Or, sur les traitements des cancers du colon ou de la prostate, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur constate un retard de 20 à 25 points par rapport aux autres régions, en raison d’un « manque de prévention sur le dépistage, sur lequel il nous reste encore des choses à faire », insiste Renaud Muselier, président du conseil régional PACA. Ambition régionale donc que de travailler à une meilleure prévention, « faire en sorte d’être au plus près du dépistage ».

    Mais pour se faire dépister, il faut oser. La peur de connaître le diagnostic freine : un sondage réalisé par l’IFOP pour Biogroup à l’occasion d’octobre rose en 2025 montre qu’une personne sur deux interrogées redoute le dépistage, quand 12% renoncent à la démarche. Justement, Charlotte Douchet, responsable de la prévention au sein de la Ligue, affirme qu’il s’agit bien « d’être disponible, d’aller contre les peurs des personnes ». En se rendant dans « des lieux retirés ou populaires, pour aussi aller vers des personnes qui ont moins accès à l’information », la camionnette est une tentative de généraliser le dépistage dans le département.

    Ainsi, c’est avec le soutien de la première région française à avoir adopté un « Plan cancer » que la Ligue souhaite rendre accessible sa connaissance de la maladie. Déjà pionnière, la branche des Bouches-du-Rhône, qui accueille entre 650 et 700 personnes par mois dans ses centres, lutte notamment contre les déserts médicaux. La camionnette « Au fil de la ligue » rejoindra donc des communes isolées, dans lesquelles les rendez-vous médicaux sont parfois longs à obtenir.

    Rendre la santé mobile est une manière de généraliser l’accès au soin et à l’information. Si la camionnette n’a pas encore entamé son périple, Renaud Muselier est confiant : en 2020, la région avait développé une camionnette de vaccination et de tests Covid, qui avait « très bien fonctionné ». Selon lui, « pour un développement harmonieux de la région, il est nécessaire de lutter contre les déserts médicaux, d’aller vers les habitants dans les lieux où il y a moins de médecins ».

  • Quand les mécènes soutiennent l’action sociale

    Quand les mécènes soutiennent l’action sociale

    Cinq structures sont soutenues financièrement par le Fonds de dotation de Marseille, initié par des entrepreneurs pour mettre en œuvre des actions destinées à réduire la frature sociale sur le territoire. La 3e édition de leur gala « à jamais solidaires ! » se déroule le 30 mars pour récolter des fonds.

    A chacun son domaine pour favoriser l’égalité des chances : la cuisine du bouillon de Noailles, le Rugby club marseillais côté sport, Castelife pour l’entreprenariat, l’accès à la culture par Action Bomaye reliant l’éducation et la réinsertion, deux vecteurs aussi soutenus par Ambition 360.

    Vecteur de cohésion

    Certains représentants d’associations ont été poussés par leur histoire personnelle, à l’image d’Ismaël Cousin, le directeur d’Action Bomaye. Déscolarisé à 17 ans, placé en foyer, il sert aujourd’hui d’exemple aux minots tout en dressant un constat alarmant : « des jeunes de 7 à 10 ans souhaitaient être livreur plus tard », se désole-t-il… Il faut « casser le plafond de verre », lance-t-il, pour favoriser l’égalité des chances et que ces jeunes développent des ambitions.

    Le Fonds de dotation de Marseille, créé en 2019, a déjà soutenu une cinquantaine de projets grâce à plus de 600 000 euros collectés. Ce collectif d’entrepreneurs appelle à les rejoindre, comme l’a fait, fin 2025, Cécilia Barontini, ancienne cadre de l’OM : « j’avais coutume de dire, à tort, que l’OM était le seul vecteur de cohésion sociale », avant de découvrir ce projet. Sa participation présage l’arrivée « d’anciens bleu et blanc », comme celle de l’ancien défenseur de l’OM Eric Di Meco déjà annoncée. Cet invité d’honneur présidera d’ailleurs le Gala 2026.

    Plus de 100 mécènes, 10 000 euros défiscalisables par table, et un menu en 6 actes présenté par les Toques Françaises. Le Gala 2026 s’ouvrira le 30 mars. Avec pour principal enjeu de donner de la visibilité aux cinq associations et de la montée des « enchères » pour les investissements des mécènes et de leurs invités.