Category: politique

  • [Entretien] Emmanuel Négrier : « L’essentiel des bascules s’opère de gauche à droite »

    [Entretien] Emmanuel Négrier : « L’essentiel des bascules s’opère de gauche à droite »

    La Marseillaise : La conquête de Nîmes par la gauche peut-elle, à l’avenir, freiner la poussée constante du RN dans le Gard ou est-ce l’arbre qui cache la forêt dans un Département menacé en 2028 ?

    Emmanuel Négrier : Le succès remporté par la gauche à Nîmes s’explique à la fois par des divisions circonstancielles des héritiers de la droite, la forte mobilisation d’entre-deux tours dans les quartiers populaires, où la croissance d’un tour à l’autre est proche de 50%, et une incapacité chronique du RN à incarner une offre politique dans ces quartiers. C’est le paradoxe du RN, parti populiste en panne dans le vote populaire.

    Cependant, cette configuration n’est pas prédictive de ce qu’il se passera pour les prochaines échéances, et notamment pour les élections départementales et régionales. En effet, dans ces scrutins, les quartiers populaires sont jusqu’à présent marqués par une abstention structurelle et leur engagement dans ces prochaines élections est tout sauf assuré. D’autre part, les conquêtes gardoises du RN autour de Beaucaire, Vauvert et Bagnols-sur-Cèze vont très probablement conduire à des dilemmes stratégiques pour la droite, avec à la clef des ralliements possibles, comme on pourra d’ailleurs le voir très vite à l’occasion de l’élection des exécutifs des intercommunalités concernées. La gauche devra batailler sur ces fronts en position de relative faiblesse, en raison d’une influence politique qui décline globalement et des divisions qui, jugulées à Nîmes, se révèlent perdantes dans beaucoup d’autres contextes, dans le Gard comme ailleurs. Ces élections départementales et régionales, situées après l’échéance présidentielle dont nous ne savons pas ce qu’elle va produire, sont donc hautement risquées pour la gauche départementale.

    Au contraire du RN, LFI n’est parvenue à conquérir aucune ville majeure en Occitanie. Est-ce dû à l’épouvantail Mélenchon ou à la stratégie insoumise souvent jugée anti-PS ?

    E.N : LFI pouvait virtuellement compter sur un sortant, à Grabels, et sur une influence considérable lors des précédentes élections présidentielles et législatives dans certains bastions comme Montpellier. Le problème que rencontre LFI est de plusieurs ordres. D’une part, la déconnexion des logiques de vote entre les scrutins nationaux et cette élection singulière qu’est la municipale fait significativement baisser son influence là où il n’est pas implanté. Ensuite, le pari qu’il faisait de remobilisation des quartiers populaires s’est très peu produit (le cas de Nîmes étant exceptionnel) et guère à son profit, comme on l’a vu à Montpellier où il est le plus souvent devancé par le vote en faveur du sortant ou de la liste Mohed Altrad. Quant à Grabels, l’évolution sociologique de la population, associée à une certaine usure du pouvoir municipal, ont été fatales à son maire sortant, René Revol. Derrière ces considérations localisées, il y a une évolution plus générale qui est que le vote LFI s’est sociologiquement transformé. En 2022, c’était celui qui correspondait le mieux à un profil moyen des Français en termes d’âge, de catégorie sociale et professionnelle, d’habitat. En quatre ans, c’est l’électorat du RN qui s’est homogénéisé, en se rapprochant, sur tous ces critères en dehors du niveau de diplôme, du « Français moyen ». Le vote LFI, à l’occasion de ces élections municipales, est devenu « spécifique », ce qui explique ses succès ponctuels (Saint-Denis, Roubaix), mais aussi ses échecs. Évidemment, dans un contexte où la gauche, prise globalement, ne dépasse guère un tiers de l’électorat et qu’elle se divise sur des considérations qui sortent totalement des contextes précis de vote, elle ne peut que s’affaiblir, en particulier son aile gauche.

    En dépit du fiasco agathois,
    la droite héraultaise sort-elle renforcée de ces Municipales même si les couleurs des Républicains sont peu visibles
     ?

    E.N : La droite est en effet renforcée dans ces élections, mais c’est au prix d’une logique d’euphémisation des étiquettes politiques, qui posent d’ailleurs certains problèmes au chercheur que je suis. Globalement, lorsque la droite a perdu une commune, c’est le plus souvent au profit d’une autre liste de droite (Castelnau-le-lez), ou de l’extrême droite dans le cas d’Agde. Et quand un maire d’extrême-droite (Vias) ou anciennement associé à Robert Ménard (Cers) perd, c’est au profit d’un centriste, et non de la gauche. Ailleurs, on peut se poser la question de savoir si un certain électorat de gauche n’a pas fait le choix de la droite sortante plutôt que de la liste de gauche encore en lice au second tour. Ainsi, je fais l’hypothèse qu’il y a un peu de gauche (politique et sociologique, du côté des professions artistiques, par exemple) dans le maintien de la droite au pouvoir à Sète. L’essentiel des bascules s’opère donc de gauche à droite, mais il serait extrêmement hasardeux pour la droite d’en tirer un indicateur de retour en grâce électorale, tant les contextes localisés pèsent plus que l’identité partisane des nouveaux maires. Par ailleurs, comme on l’a observé dans le Gard, même si c’est pour l’Hérault d’une moindre intensité, la droite va être confrontée, face à la pâleur de son identité politique, à la progression du vote RN, encore peu sensible lors de ces élections municipales, et aux enjeux stratégiques qui ne manqueront pas de se poser à elle lors des prochaines échéances.

    La gauche héraultaise a-t-elle perdu plus que certaines villes (Lodève, Grabels, Mauguio, Villeneuve-lès-Maguelone, Saint-Jean de Védas…) dans l’optique des Sénatoriales 2026 et des Départementales 2028 ?

    E.N : La gauche héraultaise a perdu une douzaine de villes, ce qui représente près de 10% de la population héraultaise (100 000 habitants), qui passent de gauche à droite en termes de gouvernance municipale. C’est un recul considérable pour une élection dont on dit d’ordinaire qu’elle favorise les sortants. Cette évolution vers la droite, même pâle et diverse, ne pourra pas ne pas avoir d’influence pour l’élection sénatoriale de septembre prochain. Celle-ci se déroule à la proportionnelle pour désigner les 4 parlementaires et elle est, plus que pour une élection directe, sous l’influence des grands électeurs des mondes ruraux et petites villes, précisément là où la gauche a perdu des positions. L’incertitude est donc assez grande pour ce prochain rendez-vous politique. Quant aux élections départementales, l’Hérault se caractérise par une meilleure résistance à la progression du RN, la gauche y conserve une influence certaine à la fois dans ses bastions urbains et l’arrière-pays, qui peut lui permettre de ne pas perdre le leadership départemental, contrairement à l’Aude, aux Pyrénées-Orientales ou au Gard, trois départements où, ce n’est pas un hasard, tous les députés sont d’extrême droite.

  • [Entretien] Vincent Bouget : « On va retrouver le fil d’une histoire populaire de Nîmes »

    [Entretien] Vincent Bouget : « On va retrouver le fil d’une histoire populaire de Nîmes »

    La Marseillaise : Le soir du dimanche 22 mars, qu’est-ce que vous ressentez au Prolé ?

    Vincent Bouget : Un mélange de joie et de soulagement. Joie d’avoir gagné, parce qu’il y avait beaucoup de monde, beaucoup d’attente. On a travaillé pendant tant de mois, tant d’années. Ça fait vingt-cinq ans que la gauche a été écartée du pouvoir à Nîmes. Et puis soulagement, parce que si on ne gagnait pas, c’était le RN qui l’emportait. On savait que ce serait serré. Les deux sentiments se mêlent, et ça fait un moment unique, exceptionnel. Et on ne réalise pas vraiment. On est porté. Il y avait tellement de monde… Voir la joie dans les yeux, c’est fort. Avant les élections, on avait cette lumière d’espoir, et là elle se transforme en joie intense.

    Alain Clary parle d’une ville qui « reprend le cours de son histoire ». Vous partagez ?

    V.B. : Oui. Pour ceux qui ont connu les périodes précédentes, le mandat d’Alain, celui d’Émile Jourdan, il y a ce sentiment qu’on renoue avec ce film-là. On va retrouver le fil d’une histoire populaire de la ville, c’est vrai. Après, l’héritage Fournier, on le prendra aussi : ce n’est pas uniquement mauvais. Chaque maire a apporté sa contribution. Je ne vais pas renier ni casser tout ce qui a été fait pendant vingt-cinq ans, ce n’est pas l’objectif. Par contre, dans la considération de la population, on va retrouver sans doute un peu d’humanité et de démocratie.

    Vous passez de 163 voix de retard au premier tour à près de 2 000 d’avance au second : qu’est-ce qui bascule ?

    V.B. : Les Nîmois se sont en quelque sorte réveillés. J’ai toujours dit qu’il y avait des ressorts dans cette ville pour refuser l’extrême droite, y compris dans l’abstention du premier tour. Et puis on s’est déployés partout : porte-à-porte, présence dans toute la ville. Il y a eu un sursaut citoyen admirable, à l’échelle nationale aussi, je pense. Et puis il y a eu, dans un électorat du centre ou de la droite républicaine, des gens qui ont refusé l’hypothèse de voir arriver l’extrême droite, qui ont fait honneur aux valeurs de la République. Il y a encore des associations, des ressorts… mais on voit aussi une progression importante de l’extrême droite, liée à l’effondrement politique, voire moral, de la droite locale.

    Le sursaut le plus fort, c’est dans les quartiers populaires.
    Qu’est-ce qui s’y joue ?

    V.B. : Comme souvent, quand les quartiers populaires se mobilisent, ils votent essentiellement à gauche. Et ils n’ont surtout pas voulu rajouter à leurs difficultés sociales l’arrivée d’un pouvoir qui les aurait encore plus méprisés, voire discriminés. Les associations, les responsables associatifs, les mamans – beaucoup les femmes – se sont mobilisées. Et les jeunes sont venus : j’ai trouvé une mobilisation de la jeunesse très forte au second tour. Dans certains quartiers, on fait 70, 80%, presque 90% dans un bureau. Ils ont compris les enjeux, ils savent très bien ce qu’est l’extrême droite. Et depuis lundi, quand on passe sur les marchés du Chemin-Bas et de Pissevin, c’est beaucoup de joie, de soulagement, de remerciements… et beaucoup d’attentes.

    Comment une coalition comme « Nîmes en commun » tient malgré les étiquettes ?

    V.B. : Parce qu’on a fait le pari de la confiance et du travail ensemble. La confiance, ça ne se décrète pas, mais on se connaissait déjà un peu. On a travaillé dix-huit mois et on a créé un collectif, au-delà de l’addition des logos. Au début, en réunion, les socialistes dans un coin, les écolos dans un autre, les communistes dans un autre. À la fin, tout le monde se mélange, sans nier les différences. Et on a écouté les habitants : quand on écoute la ville, on entend la même chose. Ça crée un vécu commun, un imaginaire commun. Et je le dis : autant à droite on a vu des responsables s’abîmer dans des querelles, parfois personnelles, autant à gauche il y a eu une grande responsabilité.

    Votre méthode revendique l’écoute et la co-construction. Comment la garder à la mairie sans tomber dans la consultation permanente ?

    V.B. : On va trouver les techniques qui existent déjà. On a affiché la volonté politique. Et il ne faut pas opposer l’écoute à l’efficacité : c’est l’inverse. Cette campagne l’a démontré : on a produit un programme porteur de sens et on a gagné. Après, ça ne veut pas dire qu’on fuira nos responsabilités : quand il faudra décider, on décidera. Mais discuter, c’est aussi de l’efficacité. Regardez : le palais des congrès, le projet de conservatoire aux Carmes… si on avait écouté, on aurait arrêté avant. Là, on va l’arrêter parce que c’est trop petit. C’était la décision du prince : ce n’est pas efficace. Discuter trois semaines, puis trancher, c’est parfois beaucoup plus sérieux. Au fond, c’est de la considération. Les gens savent qu’il y a des contraintes. Mais il faut leur dire, expliquer. Ce qui n’était pas le cas dans cette ville.

    Vos priorités immédiates, dans les 30 premiers jours ? Et Nîmes Métropole ?

    V.B. : D’abord la mise en place : écouter les agents, du DGS aux agents de terrain, rassurer, donner confiance, écrire une nouvelle page. Ce qu’on a fait pour la ville, on va le faire pour les agents. Ensuite, lancer vite le plan de végétalisation partagée, parce que c’est long sur un mandat. Et répondre aux urgences : vacances des gamins, rentrée scolaire, sécurité, santé. Et remettre des relations plus apaisées avec les autres collectivités et l’État. Sur Nîmes Métropole, je suis respectueux des autres élus : ils ont leur légitimité. On va bâtir une gouvernance respectueuse de tous. Oui, je serai candidat à la présidence. Et il faudra travailler sur l’économie, l’emploi, et renforcer le sentiment d’appartenance : que les habitants s’emparent des enjeux, que ça ne soit pas un truc éloigné.

  • Arnaud Murgia reprend son écharpe à Briançon

    Arnaud Murgia reprend son écharpe à Briançon

    L’heureux (ré)élu a reçu l’écharpe tricolore des mains du doyen du conseil municipal et 2e adjoint au maire, André Martin, Sa majorité sera composée de 25 conseillers municipaux issus de sa liste. La liste de gauche citoyenne de Luc Marchello sera représentée par six conseillers et la liste sans étiquette de Richard Nussbaum par deux conseillers.

  • Le quatrième mandat de Roger Didier officiellement lancé à Gap

    Le quatrième mandat de Roger Didier officiellement lancé à Gap

    Devant un public venu en nombre, la nouvelle mandature du maire sortant a été officiellement proclamée. Un groupe de dix conseillers de gauche siégera dans l’opposition.

    Ce vendredi soir à 18h30, à l’Hôtel de ville de Gap, les votes des 43 conseillers municipaux se sont déroulés sous la présidence du doyen du conseil municipal, Claude Boutron, adjoint de l’équipe municipale sortante. Deux candidatures ont été proposées : celle de Roger Didier, maire sortant, et celle d’Elie Cordier. C’est le premier qui a été réinvesti comme attendu, avec les 32 voix des adjoints qui forment sa majorité. Elie Cordier a lui récolté 10 votes.

    Après la victoire de la liste au second tour, le 22 mars dernier, avec 47,52%, Roger Didier dispose donc d’une confortable majorité de 31 conseillers municipaux à ses côtés. Candidat malheureux au second tour avec 46,86% des voix, Elie Cordier siégera dans le groupe d’opposition de la liste de d’union de la gauche « Agir ensemble pour Gap », qui sera composée de dix conseillers, dont Charlotte Kuentz, tête de liste du mouvement citoyen Ambitions pour Gap. À noter la présence de la tête de liste du Rassemblement National, Raphaël Leroux, qui siégera également dans l’opposition, seul, ayant été crédité de 5,62 % des votes.

    Roger Didier a nommé onze adjoints qui ont reçu les votes de la majorité de l’assemblée présente. Roger Didier a donc été élu pour une nouvelle mandature, la quatrième depuis son arrivée à la tête de la ville de Gap, en 2007. S’il a été applaudi par ses conseillers municipaux, des huées ont retenti parmi la cinquantaine de personnes venues assister à ce conseil municipal d’inauguration.

    Fin de séance tendue

    Roger Didier a déploré une campagne qui a « quitté le terrain du débat démocratique pour s’aventurer des attaques personnelles » à son encontre et tenu à rappeler qu’il n’était pas « un décideur solitaire. » S’il confesse avoir « un caractère » il a affirmé que celui-ci serait « mis au service des Gapençais ».

    Elie Cordier, chef de file de l’opposition de gauche a lui tenu à témoigner ses « félicitations républicaines » mais a rappelé « ne pas avoir déposé de recours » malgré des « irrégularités durant la campagne » et des « fausses informations diffusées » contre son équipe. Le chef de file de l’opposition a demandé au maire de faire preuve d’« une réelle volonté d’écoute » envers les élus de l’opposition. Une prise de parole qui a été qualifiée de « tissus de mensonges » par Roger Didier, qui a clos la séance sur ces entrefaites.

    À noter qu’en marge de ce premier conseil municipal une délégation du groupe local insoumis a interpellé les élus pour leur demander rendre les séances accessibles aux personnes à mobilité réduite.

    Les adjoints

    Onze adjoints ont été nommés par Roger Didier et élus par le conseil municipal :

    1 – Jean-Pierre Martin

    2 – Catherine Asso

    3 – Olivier Pauchon

    4 – Françoise Bernerd

    5 – Vincenzino Medili

    6 – Zoubida Eyraud-Yaagoub

    7 – Gil Silvestri

    8 – Delphine Rolland

    9 – Pierre Philip

    10 – Céline Zarb

    11 – Alain Blanc

  • L’extrême droite prend possession de Carpentras

    L’extrême droite prend possession de Carpentras

    C’est bien confirmé, sans surprise : Hervé de Lépinau (RN) a bien été élu maire de Carpentras ce vendredi 27 mars lors du conseil municipal d’installation à l’hôtel de ville et succède à Serge Andrieu (DVG), désormais dans l’opposition après avoir terminé à la troisième place ce dimanche.

    Il a été élu avec le vote des 30 élus de sa majorité, contre 5 votes blancs et 4 votes nuls, ceux de la nouvelle opposition. Un conseil expédié en moins d’une heure, à l’issue duquel il a rappelé son triptyque de priorités pour la capitale du Comtat Venaissin, reprenant, bien qu’il s’en défende, les discours du parti à la flamme au niveau national, à sécurité, propreté et attractivité. Un mandat de 7 ans qui « sera pleinement dédié à ces objectifs », insiste-t-il, avant de pointer qu’il ne pourra pas le faire « sans le bloc intercommunal ». Il cible ainsi directement la direction de la Communauté d’Agglomération Ventoux Comtat Venaissin (CoVe), qui a fixé le conseil communautaire d’installation à ce mardi 31 mars, alors qu’il était possible de le fixer jusqu’à quatre semaines après la fin des élections. « L’exécutif sortant nous prive d’un temps d’échange indispensable à la co-construction. Cette accélération ne fait que marginaliser Carpentras », glisse-t-il, sentant sans doute la présidence de la communauté de communes, un autre de ses objectifs, filer entre les doigts de l’extrême droite. Un message adressé directement à Jacqueline Bouyac, désormais élue d’opposition et présidente sortante de la CoVe. « Je serais bien restée quatre semaines de plus. J’avais le droit, d’après la loi, d’organiser ce conseil dès ce samedi et je fais juste ce que la loi m’autorise à faire. Ils avaient largement le temps de discuter avant. S’ils doivent se voir, ils ont huit jours », rétorque-t-elle.

    Correspondre aux valeurs

    La nouvelle opposition, constituée de 9 élus en deux groupes distincts, n’aura pas tardé à se faire entendre. Dès la fin du vote du nouveau maire, Francis Adolphe (DVG), maire de 2008 à 2018, qui a dû démissionner suite à une affaire de violences conjugales et qui a terminé à la deuxième place de la triangulaire dimanche, donne le ton en regrettant la possibilité, « dans l’éventail démocratique », de voter contre l’élection du maire, ses bulletins avec l’inscription « contre » étant finalement classés comme nuls. « Personne n’a le patronyme Contre ici », répond le nouveau premier édile, se permettant d’ajouter que l’élu d’opposition « aille à l’Élysée s’il veut changer les règles ». Plus tard, Francis Adolphe a notamment affirmé son soutien au monde associatif « qui se pose beaucoup de questions et que nous défendrons ». Du côté du camp de Serge Andrieu, c’est Jacqueline Bouyac qui a assuré qu’elle et les élus issus de la liste du maire sortant ont « à cœur de défendre tous les Carpentrassiens sans distinction » et qu’ils exprimeront leurs « désaccords » lorsque « certaines orientations ne correspondent pas aux valeurs que nous portons ».

    Les adjoints

    1ère adjointe, Pascale Demuru, enseignante et ex-conseillère municipale déléguée au commerce de Serge Andrieu qui a démissionnée en 2023. 2e adjoint, Jean-Marc Issartier, consultant international et ingénieur des Transports. 3e adjointe, Laurence Bigotte, retraitée, ancienne directrice générale des services territoriaux. 4e adjoint, Pierre Bourdelles. 5e adjointe, Nathalie Tournier. 6e adjoint, Bertrand de la Chesnais, ancien général de corps d’armée et ancien directeur de campagne d’Éric Zemmour aux élections présidentielles de 2022. 7e adjointe, Isabelle Evrard. 8e adjoint, Thierry D’Aigremont, référent du Rassemblement national en Vaucluse. 9e adjointe, Laetitia Colomb. 10e adjoint, Jihad Meroueh.

    Les délégations seront attribuées lors du prochain conseil municipal le vendredi 3 avril à 19h à l’hôtel de ville de Carpentras.

  • À Avignon, la gauche ne compte pas lâcher le terrain

    À Avignon, la gauche ne compte pas lâcher le terrain

    La tête à la construction du mandat d’opposition mais l’esprit certainement encore un peu à la défaite de dimanche dernier. Ce samedi, les nouveaux élus de gauche d’opposition vont entrer dans une nouvelle ère, presque une semaine après avoir vu leur liste fusionnée portée par David Fournier (PS) être devancée de 760 voix (40,62%/38,01%) par Olivier Galzi (DVD). Les dix élus (PS, LFI, PCF, EELV ou l’Après sont représentés comme partis) ne devraient pas présenter de candidat et laisser seul le futur maire être élu en s’abstenant. David Fournier et Mathilde Louvain (LFI) prévoient de prendre la parole.

    Si les groupes ne seront pas officialisés dès ce samedi, la gauche devrait, à terme, parler à deux voix avec d’un côté les 6 élus issus de la liste initiale de David Fournier et, de l’autre, les 4 venus de Mathilde Louvain (LFI). La gauche est expérimentée puisque 6 élus sur 10 étaient déjà conseillers municipaux sortants. On peut aussi souligner que Maryline Croyet (PS) était élue lors du mandat précédent (2014-2020) et que Rémy Blanc (PCF) est conseiller départemental.

    « Avoir deux groupes permet d’instaurer une présence et une reconnaissance de nos marqueurs politiques », fait valoir Mathilde Louvain, qui entend bien « garder le lien permanent avec les habitants, on fera un travail pédagogique sur ce qu’il se passe en séance et le choix de nos votes ». La « défense des services publics » sera le fil rouge de la mandature. Même tonalité chez David Fournier : « Ensemble et solidaires [nom de la liste] va continuer, on a un devoir par rapport au plus de 11 000 voix qui se sont portées sur nous, nous devons répondre à l’urgence sociale et climatique », estimait-il, dès dimanche soir, promettant une « vigilance sur les services publics et la lutte contre le clientélisme ».

  • L’équipe toulonnaise élue pour une ville sûre, solidaire et attractive

    L’équipe toulonnaise élue pour une ville sûre, solidaire et attractive

    Dans son propos introductif la deuxième adjointe Geneviève Lévy a rappelé le résultat du scrutin du dimanche 22 mars où la liste Toulon-Mon parti conduite par Josée Massi (SE) a recueilli 31 593 voix contre 28 753 voix pour la candidate d’extrême droite Laure Lavalette (RN).

    Et de poursuivre : « Vous êtes tous, majorité et opposition, des conseillers municipaux élus de la ville de Toulon. Et à ce titre, chacun apportera sa contribution dans un esprit de respect démocratique. »

    L’occasion de rappeler que « la victoire, il faut l’appréhender avec modestie, car c’est le premier acte tangible de notre engagement au service de tous, quels qu’aient été leurs votes ».

    Et à l’ancienne députée de préciser que ce qui l’anime encore aujourd’hui, après 25 ans d’engagement, c’est l’enthousiasme. En soulignant que le mandat municipal, est pour elle le plus passionnant, « car il permet d’agir au quotidien et en même temps de rendre réel des projets à moyen ou long terme, de nature à améliorer la vie des habitants ».

    Avant de procéder au vote du maire, Geneviève Lévy lui a consacré un petit portrait, en expliquant que si « les Toulonnais connaissaient peu Josée Massi avant cette campagne », c’est parce qu’« elle a toujours privilégié le travail plutôt que la communication ». Et de rappeler son parcours, de professeur de mathématiques, pour commencer, qui « lui a enseigné la rigueur essentielle pour une gestion responsable d’une collectivité ». Puis comme directrice d’un organisme d’insertion professionnelle, ce qui « lui a permis d’aider les hommes et les femmes qui méritaient d’être accompagnées pour trouver leur voie ». « Cette attention aux autres, cette conviction de parcours positifs et de progrès est un marqueur fort de sa personnalité », insiste-t-elle.

    Et de rappeler pour conclure sur le projet municipal, que la sécurité, la proximité, la solidarité sont des priorités.

    La conseillère municipale d’opposition du Rassemblement national Laure Lavalette a assuré pour sa part que son groupe, fort de 14 élus, siégera « sans sectarisme aucun ». Ça, ça serait nouveau. La maire de Toulon Josée Massi fraîchement élue par le conseil municipal a ensuite pris la parole pour dire avec émotion l’honneur qui lui est fait aujourd’hui en lui confiant « une des plus belles responsabilités, mais aussi une des plus exigeantes ».

    Dans la concorde

    Et de poursuivre à l’intention de tous les élus afin de prévenir toute incartade : « Nous ne devrons jamais oublier que nous servons la même ville. Je souhaite que ce conseil municipal soit un lieu de débat, mais un lieu où chacun se respecte. »

    La première magistrate a également insisté sur sa volonté de rassembler : « Je suis la maire de tous les Toulonnais. Je gouvernerai pour tous. Ma seule boussole, c’est l’intérêt général. »

    L’occasion de réaffirmer que « personne ne sera laissé au bord du chemin ». Et de rappeler la devise de la ville qui dit que c’est dans la concorde que se font les grandes choses.

    C’est-à-dire la capacité de construire, malgré les différences, « le refus des fractures inutiles et la volonté de faire prévaloir ce qui unit sur ce qui oppose ».

    Josée Massi s’est engagée à continuer de gouverner « avec proximité, humanité et pragmatisme » afin de « répondre aux urgences du quotidien tout en préparant l’avenir ».

    Elle veut, ajoute-t-elle, une mandature utile aux familles, à ceux qui travaillent, comme à ceux qui cherchent encore leur place. Et de préciser : « J’irai voir, j’irai écouter. J’irai décider, mais je prendrai d’abord le temps d’entendre. (…) Sans jamais oublier que le mandat que je reçois aujourd’hui n’appartient pas à un camp, mais à une ville. »

    Un discours d’apaisement qui tend la main à toutes bonnes volontés qui souhaitent œuvrer pour le bien commun, comme celle de la gauche qui ne siège plus au conseil municipal mais qui veut continuer à participer au débat et être force de proposition pour faire avancer la ville.

    Une concorde pour l’intérêt général, comme énoncé.

    Les adjoints :

    1 – Julien Orlandini

    2 – Geneviève Lévy

    3 -Thomas Iison

    

    4 – Valérie Marcel Arniaud

    5 – Laurent Isnard

    6 – Margaux Lombard

    7 – Jean-Michel Permingeat

    8 – Laurence Masson-Dubroc

    9 – M. Patrice Cazaux

    10 – Lauren Boulay

    11 – Albert Tanguy

    12 – Hélène Audibert

    13 – Jean-Charles Brochot

    14 – Brigitte Genetelli

    15 – Boris Touaty

    16 – Martine Berard

    17 – Pierre Bonnefoy

    18 – Corinne Jouve

    19 – Ali Khalfaoui

    20 – Pascale Robert

    21 – Serge Lhotellier

    22 – Camille Sztejnhor

  • Le nouveau conseil municipal s’installe à Aubagne

    Le nouveau conseil municipal s’installe à Aubagne

    Journée majeure pour Aubagne, dont le conseil municipal rebascule à gauche. La liste d’union de la gauche (hors LFI) Aubagne en commun, menée par Jean-Pierre Squillari (DVG), a emporté le second tour, avec 36,28% des voix. C’est dans la salle du Bras d’or que le premier conseil municipal a lieu ce samedi 28 mars matin.

    Le conseil, qui réunit tous les élus, sera introduit par un discours de Mohamed Lazli, doyen, faisant partie de la majorité. Suivra l’élection du maire par un vote à bulletin secret. Pour Jean-Pierre Squillari, peu de doute : « Après le dépouillement, le maire sera officiellement élu, et j’ose penser que cela sera moi ! »

    Des sièges redistribués

    Une fois l’écharpe tricolore remise au maire, au tour des adjoints. « On demande aux conseillers municipaux ce qu’ils désirent et si un demande un bulletin secret, on le fait de cette manière », explique Jean-Pierre Squillari. Enfin, les conseillers municipaux « recevront l’écharpe jaune et noire, pour conclure cet événement important », ajoute le futur maire.

    Cette année, les cartes sont rebattues, avec un basculement de la majorité à gauche. La liste qui a remporté l’élection occupera 30 sièges, dont huit sont destinés aux colistiers de Giovanni Schipani, sa liste ayant fusionné avec celle de Jean-Pierre Squillari. La gauche occupera donc 22 sièges, contre huit au dernier mandat. Mais le Rassemblement National connaît aussi une hausse. Si le parti demeure dans l’opposition, il passe de deux à sept sièges. Le conseil municipal connaît une véritable inversion des rapports de force, puisque l’ancienne majorité, menée par Gérard Gazay (LR), maire sortant, n’occupera que six sièges, devenant le groupe le moins représenté au conseil.

  • À Martigues, Gaby Charroux se lance dans un mandat exigeant

    À Martigues, Gaby Charroux se lance dans un mandat exigeant

    « C’est le stade Vélodrome là », plaisante une Martégale, les yeux écarquillés en entrant dans la Halle. Les gradins sont montés, des centaines de sièges rouges se remplissent. Ce vendredi soir, l’équipement public est spécialement aménagé pour le conseil municipal d’installation des 43 nouveaux élus, tous présents.

    La liste d’union de la gauche emmenée par le maire sortant Gaby Charroux (PCF), arrivée en tête avec 44,14% des suffrages, remporte 32 sièges, quatre de moins que lors de la dernière mandature. La liste RN, avec ses 35,05%, obtient 7 sièges, soit 5 de plus qu’en 2020. Jean-Luc di Maria (DVD), qui a récolté 20,81% au second tour, perd un siège avec 4 élus.

    Les nouveaux conseillers municipaux ont procédé à l’élection du maire. Étaient candidats Gaby Charroux et Emmanuel Fouquart (RN). Le conseiller municipal d’opposition (DVD) Jean-Luc di Maria a quant à lui prévenu : « Des milliers de Martégaux ont voté pour le changement. Cette voix ne disparaît pas. Nous ne serons ni silencieux ni complaisants. Notre rôle n’est pas de vous accompagner, mais de vous interpeller et de proposer une autre voix. Vous avez la majorité, nous avons la vigilance. » Son groupe a tout de même voté pour l’édile sortant, officiellement réélu par le conseil avec 36 des 43 voix.

    Réconcilier les électeurs avec la chose publique

    De nouveau élu, Gaby Charroux a remercié les électeurs pour « leur confiance renouvelée », mais aussi « les centaines de militants » qui ont su « prendre du temps personnel » pour défendre la singularité d’un « modèle martégal qui depuis tant d’années a fait la démonstration de sa pertinence et de sa modernité renouvelée ». Il a assuré ne pas oublier « l’ensemble des électrices et des électeurs qui ont pu faire un choix différent ». « Je veux leur dire que notre majorité agira comme elle l’a fait jusqu’ici pour toutes et pour tous et qu’elle s’efforcera de convaincre, d’être à l’écoute et de répondre aux nombreuses interrogations et nombreux doutes qui ont pu émerger. Il est désormais de notre responsabilité de rassembler chacune et chacun au-delà des divisions qui peuvent se manifester en période électorale. Cette responsabilité nous l’assumerons. Y compris envers celles et ceux qui se sont abstenus. (…) Cette abstention est le reflet d’une crise de confiance que nos concitoyens éprouvent envers la politique. (…) Il nous appartient de chercher et de trouver les moyens de réconcilier avec la chose publique celles et ceux qui ont pu s’en détourner. » Pour rappel, au second tour, l’abstention avait atteint 42,25%.

    Douze adjoints au maire

    Les élus ont également désigné les adjoints au maire, maintenus au nombre de 12, un nombre « suffisant pour aider le maire dans la gestion quotidienne des affaires d’une commune de 49 000 habitants, 4e ville du département et 3e de la métropole », explique Gaby Charroux, qui s’entourera par ailleurs de trois collaborateurs de cabinet.

    Avec 32 voix, sont nommés Henri Cambessedes (PCF) au poste de premier adjoint (sans changement par rapport à 2020) ; Éliane Isidore ; Florian Salazar-Martin (PCF), qui était précédemment adjoint à la culture ; Valérie Baqué ; l’ancien député communiste de la 13e circonscription Pierre Dharréville ; l’ancienne adjointe au tourisme Sophie Degioanni (PS) ; Gilles Picard (PCF) ; Saoussen Boussahel (PS) ; Jean-François Mauffrey (SE) ; Charlette Benard, adjointe aux seniors lors du dernier mandat ; Jean-Luc Cosme (EELV) ; Annie Kinas (PCF), ancienne adjointe à l’éducation.

    Pour les 14 quartiers de la commune, les quatre adjoints sont Odile Teyssier-Vaisse (SE), déjà représentante de Carro, Les Laurons, Saint-Julien et Saint-Pierre lors du dernier mandat, Jean-Marc Villanueva, représentant de Lavéra, Boudème et Jonquières en 2020, Roger Camoin (PS) et Marceline Zéphir (PCF).

    Les adjoints

    Les 12 adjoints au maire : Henri Cambessedes (PCF), Éliane Isidore (PCF), Florian Salazar-Martin (PCF), Valérie Baqué, Pierre Dharréville (PCF), Sophie Degioanni (PS), Gilles Picard (PCF), Saoussen Boussahel (PS), Jean-François Mauffrey (SE), Charlette Benard, Jean-Luc Cosme, Annie Kinas (PCF).

    Les 4 adjoints de quartiers : Odile Teyssier-Vaisse (SE), Jean-Marc Villanueva (PCF), Roger Camoin (PS) et Marceline Zéphir (PCF).

  • [Rue de la République] Tina Biard-Sansonetti : « J’installerai un conseil d’arrondissements citoyen dans les 13-14 »

    [Rue de la République] Tina Biard-Sansonetti : « J’installerai un conseil d’arrondissements citoyen dans les 13-14 »

    la victoire du Printemps marseillais

    Didier Gesualdi : Après la victoire
    face au RN, il va falloir tenir les promesses du Printemps marseillais…

    … Des engagements ! Ce sont des engagements que nous avons pris devant les Marseillaises et les Marseillais. Nous allons nous attacher à transformer la ville, à la rassembler et donc à tenir nos engagements. C’est une belle victoire qui démontre la volonté de Marseille d’être rassemblée et fraternelle. C’est aussi l’installation d’un RN à un niveau important. Il va falloir prouver pendant les sept prochaines années aux Marseillaises et aux Marseillais que la politique peut être belle et noble quand elle est bien faite. C’est ce que nous avons fait ces six dernières années et c’est que nous allons continuer de faire. Nous voulons changer concrètement la vie des gens, c’est la meilleure façon de lutter contre le RN.

    Didier Gesualdi : La campagne a été assez rude. On a peu parlé programme. Ça laisse des traces dans la population ?

    Nous nous sommes attachés à parler programme. Benoît Payan a dessiné un avenir pour Marseille tout au long de sa campagne comme moi j’ai pu le faire pour les 13e et 14e arrondissements. Je pense que ces propositions, cet avenir que l’on propose, ont aussi fait le résultat du Printemps marseillais.

    Léo Purguette : L’enjeu était très fort dans les 13-14, secteur le plus peuplé de la ville. Vous avez bénéficié d’un retrait du candidat insoumis Mohamed Bensaada, est-ce que cela a pesé ? Vous l’avez eu depuis ?

    Oui ça a pesé dans le résultat mais ce résultat est le fruit d’une mobilisation importante des habitants des 13e et 14e arrondissements puisqu’au-delà des reports de voix, c’est près de 5 000 personnes supplémentaires qui se sont déplacées entre le 1er et le 2nd tour. Concernant M. Bensaada, oui j’ai eu un échange à l’issue du 2nd tour où il m’a adressé ses félicitations.

    Didier Gesualdi : Pas d’élus insoumis au conseil municipal, il faudra tenir compte des aspirations de leurs électeurs même si les relations sont dures avec Benoît Payan ?

    Sans revenir sur cette campagne où la France insoumise a fait le choix de ne pas aller sur l’union de la gauche au premier tour et où, effectivement, ça a tapé fort sur la gauche, ce que l’on va défendre les sept prochaines années c’est notre programme. Dans les 13e et 14e arrondissements cela veut dire rassembler ce secteur, le réparer et le transformer. Nous voulons que le premier secteur de la ville retrouve la place qu’il mérite.

    LE RASSEMBLEMENT NATIONAL

    Léo Purguette : Le RN a réalisé un score très important. N’y a-t-il pas là un échec de la majorité sortante à contenir ce vote de colère ?

    Un échec non. Sur les 13e et 14e arrondissements, si nous avons gagné face au RN, c’est aussi parce qu’ils ont gouverné ce secteur et que les habitants ne voulaient plus subir ce qu’ils avaient subi précédemment. Cela nous oblige. Je mesure la responsabilité qui est la mienne. C’est d’abord la responsabilité de ne pas décevoir les électeurs qui m’ont fait confiance et qui se sont mobilisés. Mais aussi la responsabilité, effectivement, de faire baisser le Rassemblement national. Y parvenir, c’est prouver aux gens que la politique peut changer la vie, c’est tenir ses engagements, c’est améliorer le quotidien des personnes. C’est la meilleure façon de démontrer que la division, l’idée que le problème c’est l’autre, ce n’est pas la bonne solution. La solution, c’est d’être rassemblés et de porter collectivement une transformation.

    Didier Gesualdi : Il y a 4 électeurs sur 10 qui ne sont pas d’accord avec ce que vous dites.

    Mais je comprends la colère légitime des habitants des 13e et 14e arrondissements. Pendant des décennies, ils n’ont pas été considérés, pas respectés. On a construit n’importe comment dans ce secteur. On n’a pas fait les infrastructures qui allaient avec. On a dit aux habitants que la politique c’était des échanges individuels « tu me donnes, je te donne ». Or ce n’est pas ça la politique. Je comprends cette résignation, ce désespoir. J’habite le secteur et quand je sors de chez moi, il n’y a pas de trottoirs, les poubelles ne sont pas ramassées. Quand je vais dans un noyau villageois où les commerces ferment les uns après les autres, je peux comprendre cette colère. La solution à ces problématiques ce n’est pas le RN, c’est nous qui la portons.

    LA METROPOLE

    Léo Purguette : Vous parlez beaucoup des compétences de la Métropole. Avez-vous un candidat ou une candidate pour en prendre la présidence ?

    Avant de parler de candidat, il faut parler de projet. On l’a défendu pendant cette campagne : ce qu’on réclame c’est simplement l’égalité de traitement pour les Marseillaises et les Marseillais. Ce que l’on veut, c’est un même nombre de collectes de déchets, que nos places de villages soient nettoyées régulièrement comme elles le sont ailleurs dans la Métropole. On souhaite les mêmes budgets pour refaire notre voirie et l’entretenir. Et on souhaite un développement des transports à la hauteur de la deuxième ville de France. C’est cela que l’on va défendre au sein de la Métropole.

    Didier Gesualdi : Sur les transports, comment souhaitez-vous agir ?

    Nous voulons enclencher le tramway jusqu’à Saint-Jérôme. On met 10 ans à construire un tramway donc il faut démarrer tout de suite, réfléchir à la création de nouvelles lignes. Je pense à une ligne vers Saint-Joseph ou à une ligne qui travers les 13-14 pour aller vers le 12e, certains l’appellent le tramway des collines. Et je demande immédiatement l’augmentation de la fréquence des bus aux heures de pointe, c’est une vraie problématique.

    Léo Purguette : Quel président de la Métropole pour faire tout cela. Un Marseillais ? Une Aixoise ? Un Salonais ?

    Pour moi, le président de la Métropole doit avoir une seule qualité : la question de l’intérêt général de l’ensemble des communes et donc de traiter Marseille enfin à égalité. Une personne qui est en dehors des jeux politiques marseillais.

    SON PARCOURS

    Didier Gesualdi : Vous êtes un nouveau visage de la politique marseillaise. On dit que vous avez un profil techno, on a parlé d’apparatchik. Qu’est-ce que vous répondez à cela ?

    Il est vrai que je me suis engagée depuis longtemps, le 21 avril 2002 quand j’ai vu Jean-Marie Le Pen au 2nd tour de l’élection présidentielle. J’avais alors 14 ou 15 ans. J’ai toujours été une militante de l’égalité. Je n’ai jamais brigué de mandat auparavant. Je me définirais plus comme une personne de terrain que comme une apparatchik.

    Didier Gesualdi : Vous avez été au cabinet de Benoît Payan mais pas seulement.

    J’ai été directrice d’un centre social dans le 14e arrondissement, à Saint-Joseph. J’ai aussi été au cabinet du maire, notamment sur les sujets de politique de la ville. J’ai été plus souvent sur le terrain auprès des associations que dans mon bureau.

    LES 13-14

    Léo Purguette : En 2020, le retrait de la gauche pour battre l’extrême droite dans les 13-14 l’a privée d’élus. Vous êtes vous-même une nouvelle élue, à la tête d’une équipe renouvelée, êtes-vous prête ? Entourée ?

    J’ai plusieurs points d’appuis. D’abord mes colistiers, issus, pour la grande majorité de la société civile et qui ont travaillé sur ce territoire en étant engagés dans des CIQ, des associations, des clubs sportifs. Ils font aujourd’hui partie de la majorité municipale. J’ai aussi l’appui de l’ensemble des forces vives de ce secteur qui se sont mobilisées à l’occasion de cette élection. C’est de cette manière-là que je souhaite gouverner ce secteur, co-construire l’avenir des 13e et 14e arrondissements. C’est pour ça que j’installerai un conseil d’arrondissements citoyen.

    Léo Purguette : Comment sera-t-il composé ?

    Essentiellement par des représentants de ce que l’on appelle les corps intermédiaires, c’est-à-dire les personnes qui font vivre ce territoire au quotidien.

    Didier Gesualdi : Votre secteur est très hétérogène. Sa partie la plus défavorisée cumule beaucoup de difficultés. Pour les résoudre vous misez sur les services publics ?

    Tout à fait. Il y a besoin de services publics de très grande proximité. C’est la compétence de la mairie de secteur, je pense notamment aux maisons de quartiers. Par exemple, le RN avait rasé purement et simplement celle des Oliviers A lorsqu’il était aux affaires. Aujourd’hui, c’est l’un des quartiers qui concentre le plus de difficultés. Ce secteur a aussi besoin de grandes infrastructures publiques. On n’a très peu d’infrastructures culturelles par exemple à part une mini-bibliothèque dans le centre urbain du Merlan qui n’a pas de fenêtre. Il va falloir faire pousser aussi un second commissariat de police municipale. On a pris nos responsabilités sur la police municipale et on va continuer. J’attends beaucoup de l’État sur la sécurité, sur la multiplication des commissariats de police nationale. Sur mon territoire on en avait deux, on n’en a plus qu’un. Certes, il est grand et beau mais il n’y en a plus qu’un seul. J’attends aussi des moyens supplémentaires pour notre justice.

    Léo Purguette : Sur le narcotrafic qu’est-il possible de faire à votre niveau ?

    Les comptes n’y sont pas sur les effectifs de la police nationale et de la justice. Mais pour faire reculer le narcotrafic il y a aussi le besoin de faire revenir du service public, d’accompagner les familles de victimes, de miser sur la réussite éducative, l’aide aux devoirs, la prise en charge des jeunes en accueil du soir. Pour cela les mairies de secteur ont toute leur place.

    LA DROITE

    Léo Purguette : La droite républicaine est très affaiblie, elle disparaît quasiment dans votre secteur. N’est-ce pas une difficulté pour le fonctionnement du débat démocratique ?

    C’est toujours une difficulté dans l’organisation du débat démocratique, après, la démocratie c’est aussi l’expression des habitantes et des habitants. Ils se sont exprimés et ils ont sanctionné la droite locale. Elle a dirigé la Métropole et s’occupe d’énormément de problématiques du quotidien. Je pense que cette défaite est à la fois le fruit de celle et, le maire l’a dit dans la campagne, du fait que lorsque l’on court après le Rassemblement national, les gens préfèrent toujours l’original à la copie. Courir après le RN n’a jamais fonctionné, nulle part, et quand on ne fait pas son travail, on est sanctionné. C’est légitime et c’est normal.

    Didier Gesualdi : Si on vous suit, ça ne sera pas trop dur de passer après en tant que jeune élue ?

    Non, je pense que tout est question de travail et de volonté.

    LA QUESTION DES LECTEURS

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Denis :

    Bonjour Madame quelle sera votre première mesure de gauche pour le 13-14 ?

    Il y en aura beaucoup mais une qui me tient particulièrement à cœur, c’est l’installation, en mairie de secteur, des défenseurs des droits des locataires. L’objectif c’est d’accompagner et de défendre l’ensemble des locataires et notamment ceux du parc social, qui sont victimes aujourd’hui de non-défense dans leur logement.

    Les défenseurs des droits des locataires sera nommé, et ce sera une personne qui aura pour mission de faire de la médiation entre les locataires et les propriétaires qu’ils soient publics ou privés. Si cela est nécessaire, si la médiation ne donne pas satisfaction aux locataires, il pourra les accompagner en justice.

    La République c’est quoi ?

    Tina Biard-Sansonetti : « La République pour moi, c’est d’abord faire vivre les valeurs qui la définissent : la Liberté, l’Égalité, la Fraternité.

    Je pense que dans mon secteur, la question de l’égalité est particulièrement centrale. L’égalité entre l’ensemble des habitants de ce secteur, l’égalité entre ces secteurs et les autres secteurs de la ville. Je pense, bien sûr, à la jeunesse de ce secteur, de l’égalité de droits, c’est pour moi un sujet crucial et ce sera un élément majeur de mon mandat. »