Category: international

  • Plus de 200 journalistes palestiniens tués

    Plus de 200 journalistes palestiniens tués

    Chaque semaine, les mêmes scènes d’une dramatique banalité se répètent : des corps inanimés, ensanglantés, sont enveloppés dans des draps blancs et recouverts d’un gilet pare balles siglé « PRESS » en lettres capitales. Des appareils photos ou des caméras encore salis par la poussière des bombardements sont disposés sur ces cadavres. Un symbole, un rappel, une triste réalité : ils ont été tués parce qu’ils étaient journalistes. Leur crime était d’informer.

    Ils sont les yeux de Gaza. Depuis le 7 octobre 2023, au moins 210 journalistes ont été tués dans l’enclave selon le bureau des droits de l’Homme de l’ONU, la grande majorité d’entre eux étaient palestiniens. Pour la plupart, ils ont été tués dans le cadre de leur fonction, ce qui constitue un crime de guerre. À titre comparatif, 13 journalistes ont été tués par les forces russes depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022. Pour rappel : Israël empêche les journalistes internationaux d’accéder au territoire palestinien qu’il occupe à 70%.

    Les images de Khan Younès

    Les images de la dernière tuerie en date ont été largement diffusées dans les médias et sur les réseaux sociaux, provoquant l’émoi et la condamnation de la communauté internationale. La scène se déroule lundi dernier, après l’explosion d’un drone sur l’hôpital Nasser de Khan Younès dans le sud de la bande de Gaza. Alors que les journalistes et les secours se rendent sur place pour aider les victimes et constater les dégâts un bombardement aérien frappe. L’agence de presse Reuters a par la suite indiqué qu’au moment de la première frappe, l’un de ses collaborateurs diffusait un flux vidéo en direct. « Encore plus de journalistes tués aujourd’hui. On fait taire les dernières voix qui dénoncent la mort silencieuse des enfants victimes de la famine. L’indifférence et l’inaction du monde sont choquantes. (…) Cela ne peut pas être notre nouvelle norme pour l’avenir. La compassion doit prévaloir. Mettons fin à cette famine provoquée par l’homme en ouvrant les portes sans restrictions, protégeant les journalistes et les travailleurs humanitaires et sanitaires. Il est temps de faire preuve de volonté politique. Pas demain, maintenant », fustige Philippe Lazzarini, le chef de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (Unrwa).

    « Je veux mon fils que tu ne m’oublies pas, j’ai tout fait pour te rendre heureux », tels sont les mots de Mariam Abu Dagga, adressé à son fils, Ghaith, 13 ans. La journaliste de 33 ans est l’une des victimes de ces frappes. Indépendante, elle travaillait avec Associated Press, Independent Arabia et MSF. Elle est morte, appareil photo en main, aux côtés de quatre de ses confrères.

    Si Tsahal a reconnu avoir mené ses frappes, elle dit avoir visé et « identifié une caméra placée par le Hamas dans la zone de l’hôpital Nasser, utilisée pour observer l’activité des troupes [israéliennes] afin de diriger des activités terroristes contre elles ». Les soldats « ont agi pour éliminer la menace en frappant et en démantelant la caméra », est-il ainsi écrit dans ce texte du commandant militaire, présentant les résultats de l’enquête. Selon l’AFP, six victimes ont été présentées comme « terroristes » par l’armée israélienne mais aucun de leur nom ne correspondant à aucun de ceux des journalistes tués. Au total, 20 personnes sont mortes ce jour-là.

    « Une fois de plus, j’appelle Israël à cesser de tuer ceux qui tentent d’informer le monde de ce qui se passe à Gaza. Les journalistes, les médecins et les secouristes doivent être protégés à tout moment », martèle Hadja Lahbib, commissaire européenne à l’Égalité et à la gestion de crise. Au-delà des condamnations, de réelles sanctions se font toujours attendre. Le génocide se poursuit.

    L’attaque du 7-Octobre 2023 perpétrée par le Hamas a entraîné la mort de 1 219 personnes côté israélien, en majorité des civils. Sur les 251 personnes enlevées ce jour-là, 49 restent retenues à Gaza dont 27 sont décédées selon l’armée. La guerre déclenchée par Israël a fait au moins 62 744 morts dans le territoire palestinien occupé, en majorité des civils, femmes et enfants essentiellement. Dimanche 31 août, la Défense civile de Gaza a fait état de 16 personnes tuées au cours d’opérations militaires israéliennes dans le territoire palestinien, dont 10 près de sites de distribution d’aide.

    « On fait taire les dernières voix qui dénoncent la mort silencieuse des enfants victimes de la famine. »

  • Des flottilles humanitaires partent pour Gaza

    Des flottilles humanitaires partent pour Gaza

    Les initiatives ne sont pas les mêmes mais toutes convergent vers le même objectif : rallier le territoire palestinien de Gaza avec de l’aide humanitaire et briser le blocus israélien.

    Ce week-end, plusieurs dizaines de navires ont pris la direction de la Palestine. D’une part avec la flottille « Global Sumud Flotilla », en partance notamment de Barcelone et d’autres ports méditerranéens comme Toulon. Une manifestation avait d’ailleurs lieu, samedi, pour le départ du navire toulonnais qui doit rejoindre ses homologues, en présence de nombreux militants FI et Manuel Bompard, député FI de la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône. « Ce qui fait bouger les lignes, c’est la mobilisation populaire. Il ne suffira pas de la reconnaissance de l’État de Palestine », explique-t-il. Une autre flotte de navires avec « Thousand Madleens to Gaza », trouvait écho à Marseille avec la participation d’un voilier. Là encore, des centaines de personnes étaient présentes pour le départ, dimanche. « Cette mobilisation répond à une urgence : amener de l’aide humanitaire à l’heure où tout est détruit à Gaza », développe Adrien, de « Thousand Madleens to Gaza ». Le voilier marseillais doit rejoindre d’autres navires avant de prendre la direction de la Palestine à la mi-septembre.

  • « Il y a plus de 150 000 morts au Soudan »

    « Il y a plus de 150 000 morts au Soudan »

    La Marseillaise : Quelle est
    la situation aujourd’hui
    au Soudan
     ?

    Issam Othman : La situation est catastrophique. Depuis le début de la guerre le 15 avril 2023, il y a eu plus de 150 000 morts au Soudan. 34 millions de personnes dont 14 millions d’enfants ont besoin d’une aide humanitaire et d’un soutien urgent. On compte environ 12 millions de déplacés dont 4 millions sont partis à l’étranger. Plus de 70% des hôpitaux sont hors service. L’Organisation mondiale de la santé parle de 15 millions de personnes sans accès aux soins primaires vitaux. Et on estime que 18 millions d’enfants n’ont pas accès à l’école. À cela, il faut ajouter les mariages forcés, de l’esclavage sexuel et l’enlèvement d’enfants par les milices. 24,6 millions de Soudanais sont aussi confrontés à une insécurité alimentaire aiguë. La guerre a transformé le Soudan, autrefois considéré comme le grenier du monde, en un holocauste humain menacé par le spectre de la famine.

    Quelle est l’origine du conflit ?

    I.O. : L’Accord de paix de Juba, signé en octobre 2020 entre le gouvernement et le Front révolutionnaire soudanais, est un arrangement pour se partager le pouvoir. Il a exclu des acteurs clés sur le terrain, notamment les civils dans les camps de déplacés et d’importants groupes rebelles comme le Mouvement de libération du Soudan et le SPLM-Nord. Le 25 octobre 2021, l’armée a mené un coup d’État contre-révolutionnaire. Le Soudan a alors vu émerger les Comités de résistance comme force populaire dominante, qui organisaient de nombreuses manifestations de masse dans tout le pays. Les divisions internes ont fini par alimenter un mouvement contre-révolutionnaire croissant, dirigé par le Mouvement islamique et ses alliés. Le conflit entre les Forces armées soudanaises (SAF) et les Forces de soutien rapide (FSR), autrefois unies contre la révolution, a éclaté le 15 avril 2023 et s’est depuis transformé en une guerre civile. Les objectifs de la révolution soudanaise [de 2019, Ndlr] ont inquiété la région, incitant les pays voisins à tenter de la contenir. Les puissances régionales ont joué un rôle majeur dans l’intensification du conflit, motivées par des ambitions de contrôle des vastes ressources du Soudan. Les Émirats arabes unis soutiennent un camp, tandis que l’Égypte soutient l’autre, transformant le Soudan en théâtre d’une guerre par procuration.

    Quel est le poids du Parti communiste au Soudan ?

    I.O. : Il existe au Soudan depuis 1950. Mais nous restons minoritaires et il a longtemps opéré dans la clandestinité notamment sous le règne du général Béchir et des Frères musulmans. En 2020, le parti s’est retiré des Forces de la Liberté et du Changement, et en 2021, il a lancé un appel à rectifier le cours de la révolution ou à renverser le régime. Nous tentons de nous organiser pour dessiner le chemin vers la paix.

  • « La coopération franco allemande servait à la paix »

    « La coopération franco allemande servait à la paix »

    La Marseillaise : Que vous évoque le thème de ce 26e Conseil des ministres franco-allemand ?

    Ulrike Eifler : Cette réunion contraste aujourd’hui totalement avec la véritable coopération franco-allemande que nous avons connue par le passé, qui servait principalement à maintenir la paix. Désormais, il s’agit d’établir l’unité pour mieux préparer la guerre. La militarisation en Allemagne vise également à renforcer la logique militariste dans la société. Dans ma région, une loi a été promulguée pour obliger les enseignants à inviter les soldats en classe. Ce n’est pas facultatif, mais obligatoire. Ce n’est qu’un des nombreux exemples…

    Les gouvernements français et allemands promeuvent l’austérité en ce qui concerne les dépenses sociales, mais pas la défense. Quelles conséquences ?

    U.E. : Les réductions des dépenses sociales vont accentuer la crise que nous vivons, en particulier la crise de la représentation et de la démocratie. En France et en Allemagne, les partis d’extrême droite se renforcent à chaque mesure d’austérité sociale prise par les gouvernements. Merz a annoncé vouloir mettre fin à la journée de huit heures et donc d’élargir le temps de travail. Ils veulent supprimer des jours fériés, comme en France, réduire les pensions de retraite et relever l’âge de départ à 70 ans. Ces coupes budgétaires seront massives et sans précédent par rapport aux 30, 40, voir 50 dernières années. Ils prévoient des coupes drastiques dans le système de sécurité sociale.

    Le Premier ministre français a proposé la suppression de deux jours féries, dont le 8 mai.
    Quel symbole cela renvoie
     ?

    U.E. : Cela montre que les temps changent. Ce n’est pas que la militarisation, c’est aussi la manière dont on appréhende l’Histoire. Le 8 mai était un symbole très important pour la paix. La guerre était terminée, c’était la promesse de construire la paix en Europe et plus particulièrement au travers de l’amitié entre l’Allemagne et la France. Maintenant, ils essaient de supprimer ce symbole. Cela signifie que le temps de la paix, cette promesse de paix a été brisée par nos gouvernements.

    Dans les deux pays, l’extrême droite est aux portes du pouvoir. En Allemagne, elle talonne la CDU, le parti de Friedrich Merz. Comment la vaincre ?

    U.E. : En Allemagne, le grand risque est que le parti conservateur, la CDU, et l’AfD, parti d’extrême droite, collaborent, coopèrent. C’est un grand danger qui est en lien avec cette crise. La classe dirigeante fait pression pour des réformes néolibérales et des coupes dans les dépenses sociales. Si le gouvernement, composé des conservateurs et des sociaux-démocrates, ne fait pas assez de coupes budgétaires comme le demande la classe dirigeante, les conséquences seront terribles. Les Conservateurs vont tourner le dos au gouvernement et se dirigeront vers le parti fasciste. Je ne veux pas dire par là que le gouvernement actuel doit mener ces mauvaises réformes, mais qu’il faut être conscient de ce danger et mobiliser les gens dans les rues. À cet égard, je trouve que Parti du travail de Belgique (PTB), nous montre un bon exemple. Ils ont lancé une discussion au sein des syndicats pour préparer des grèves générales et confronter le gouvernement. Je pense qu’il est vraiment important d’avoir ces discussions au sein de la gauche politique en Europe et surtout en Allemagne. La lutte contre l’extrême droite ne se limite pas aux Parlements, c’est une lutte que l’on doit mener dans les rues et dans la société.

    Les guerres en Ukraine et à Gaza ont démontré la faiblesse de la diplomatie européenne. Où se cachent les pacifistes ?

    U.E. : Les pacifistes en Europe et en Allemagne ne sont pas dans le Parlement, mais dans les rues. Ce sont les mouvements de jeunesse en solidarité avec les Palestiniens. Ces jeunes qui ont été dans les rues au cours des 22 derniers mois. C’est aussi le mouvement de paix traditionnel. Les plus anciens, qui ont été politisés par le grand mouvement de paix des années 1980. Malheureusement, en Allemagne, ils ne sont pas ensemble, nous devons organiser cela, nous devons les unir. Au sein du Parlement, il y a les partis de gauche, comme le nôtre, Die Linke, qui veut mettre en œuvre cette paix. Les mouvements pacifistes sont vraiment faibles en ce moment. Nous ne pouvons pas attendre quoi que ce soit de nos gouvernements, ils préparent la guerre. Nous devons mobiliser les gens dans les rues pour forcer nos gouvernants à construire la diplomatie. Ils ne le feront pas d’eux-mêmes.

    Le chancelier Friedrich Merz est attendu, ce vendredi à Toulon, pour le 26e Conseil des ministres franco-allemand. Avant cela, il a été reçu par Emmanuel Macron au fort de Brégançon, résidence d’été des présidents français. Le lieu se veut à la hauteur de l’enjeu : seuls deux chanceliers y ont été reçus avant lui, Helmut Kohl par François Mitterrand en 1985 et Angela Merkel par Emmanuel Macron en 2020. Ainsi, les deux dirigeants évoqueront les grands sujets diplomatiques du moment, de la guerre en Ukraine au massacre à Gaza, en passant par la question du nucléaire iranien.

  • [Entretien] « Il faut revenir nécessairement à la diplomatie »

    [Entretien] « Il faut revenir nécessairement à la diplomatie »

    La Marseillaise : Quel est l’objet de cette rencontre entre
    le président français et
    le chancelier allemand
    ?

    Pierre Daspre : Les discussions porteront sur différents dossiers, parmi lesquels la défense nationale ou encore la productivité, le marché du travail, l’emploi des jeunes et des seniors. Dans le contexte explosif de la situation internationale, avec les dizaines de conflits de par le monde (Palestine, Ukraine, Sahara occidental, Soudan…), les deux grands pays européens peuvent prendre des décisions d’une grande importance. à la tête des deux nations, les forces de guerre l’emportent largement en ce moment sur les forces de paix. Il faut revenir nécessairement à la diplomatie et arrêter les développements des alliances militaires agressives.

    Quel message doit porter la France lors de cette réunion ?

    P.Da. : La France, qui siège au conseil de sécurité de l’ONU, doit s’engager sur le chemin de la paix partout dans le monde et cesser d’alimenter le commerce des armes. Elle est devenue le 3e exportateur mondial. Elle doit agir pour la non-prolifération des armes nucléaires. La France doit sortir de l’Otan et tisser des relations bilatérales avec les Brics [puissances émergentes comme le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine, Ndlr]. Elle doit montrer l’exemple à nos partenaires allemands en recentrant sa stratégie sur la défense du territoire national de façon souveraine. Plus que jamais la France et l’Allemagne doivent agir pour que le droit international soit respecté.

    Cette question de la défense européenne surgit en plein débat budgétaire…

    P.Da. : Les deux peuples n’ont aucun intérêt à l’augmentation exponentielle des budgets militaires. L’économie allemande est déjà en récession depuis plusieurs mois, les services publics sont mis à mal dans nos deux pays. Il faut tourner le dos aux choix politiques d’une économie ultralibérale, à la restriction des dépenses publiques. Les deux pays ne peuvent pas continuer à pressurer leur population en détruisant les protections sociales, en comprimant les salaires tout en multipliant les cadeaux aux plus fortunés ou encore en fermant les services publics pour « économiser » tout en dépensant sans limites pour développer leurs armées.

  • La défense européenne, thématique principale du 28e conseil des ministres franco-allemand ce vendredi

    La défense européenne, thématique principale du 28e conseil des ministres franco-allemand ce vendredi

    Pour son premier Conseil des ministres franco-allemand depuis son élection, le 6 mai, le chancelier Friedrich Merz va avoir droit à un baptême du feu. Et pour cause : dans un contexte international particulièrement explosif depuis le début de la guerre en Ukraine, en février 2022, le sentiment de menace pesant sur l’Europe ne cesse de croître. D’autant plus qu’un trublion est venu complexifier ce grand jeu de positions et remettre en question les allégeances historiques stabilisatrices : Donald Trump. Revenu à la Maison Blanche en janvier, il ne cesse depuis d’ébranler les certitudes géopolitiques au gré de ses déclarations et décisions à brûle-pourpoint.

    L’Union européenne va donc devoir revoir sa stratégie. Car ses relations avec son allié historique sont soumises à la versatilité du magnat de l’immobilier, notamment sur la question russe, qu’il estime tantôt pouvoir régler par voie diplomatique, tantôt par le biais de sanctions économiques, promises au Kremlin mardi, s’il ne conclut pas d’accord de cessez-le-feu avec l’Ukraine. Si cela va dans le sens des Vingt-Sept, ceux-ci ne sont pas pour autant exemptés des pressions américaines, notamment sur la question des tarifs douaniers. Mais aussi en matière de défense, Trump ayant obtenu de l’Otan une augmentation des budgets militaires à 3,5% des PIB respectifs d’ici 2035, dont 1,5% supplémentaires dédiés aux infrastructures.

    La coordination

    comme ligne directrice

    Il est donc venu le temps de reconstruire des certitudes à long terme. Pour cela, si satisfaire les exigences de l’Otan reste une priorité affichée, il va d’abord falloir compter sur soi-même. Le propos principal de ce Conseil des ministres franco-allemand sera ainsi celui de la constitution d’une défense européenne plus indépendante, à laquelle l’Élysée et le Bundestag, en tant que leaders de l’Union européenne, souhaitent donner un élan significatif, déjà lancé lors de la tribune conjointe des deux chefs d’États, le 7 mai. Même s’il ne s’agit pas du seul ressort, Paris et Londres ayant conclu des accords de rapprochements sur leurs doctrines nucléaires, en juillet.

    Au-delà des enjeux, la relance du couple franco-allemand tient « à la nécessité de convergence sur les enjeux de réarmement technologique, stratégique et militaire. Il faut une Europe plus efficace, capable d’être dans la compétition internationale via l’allègement des contraintes normatives », appuie l’Élysée. Après un dîner à Brégançon entre Emmanuel Macron et Friedrich Merz jeudi, ce thème sera au cœur de la première des trois sessions plénières prévues vendredi, auxquelles participeront dix ministres de part et d’autre, chacun sur ses sujets respectifs.

    Les projets industriels et politiques de sécurité seront discutés, avec comme mots d’ordre la coordination, l’efficacité et la complémentarité dans une logique dite du « meilleur athlète » : diminuer le nombre de systèmes d’armes au sein de l’Union, pour se concentrer sur l’efficience. Les agendas des États membres en matière de commerce, d’énergie, de numérique, d’intelligence artificielle, d’espace et d’industrie seront à l’ordre du jour, sous le prisme de la souveraineté.

    Après la rencontre des partenaires sociaux franco-allemands à Berlin, le 1er juillet, la seconde session visera, d’après les objectifs affichés, à synchroniser et faire converger réformes économiques et sociales respectives. « On travaille sur les sujets de productivité, de marché du travail, d’emploi des jeunes et des seniors », détaille l’Élysée, qui précise qu’un point sera fait « sur la coopération bilatérale en matière de migration, protection civile, culture et coopération transfrontalière ».

    La dernière session, en format « 3+3 » (les chefs d’États avec les ministres de la Défense, des Affaires étrangères et de l’Économie), portera directement sur les sujets de sécurité et de défense, suivant la logique des deux dirigeants. Avec en filigrane la guerre en Ukraine (cessez-le-feu et garanties de sécurité), mais aussi les questions liées au nucléaire iranien (possible réinstauration des sanctions qui doit être décidée d’ici octobre) et de la Palestine (cessez-le-feu et de solution à deux États). L’occasion de traiter ensemble les sujets industriels et stratégiques.

    Ces trois sessions auront pour base les documents de travail résultant de la tribune de mai dernier. à leur issue, chaque ministre présentera « des plans d’actions et projets concrets sur les sujets évoqués », explique l’Élysée, sans que ne soit prévue de déclaration conjointe.

    Ce rendez-vous sur la scène internationale représente un enjeu majeur pour Emmanuel Macron, une nouvelle fois confronté à une instabilité politique dans le pays. La chute du gouvernement est attendue après l’annonce par le Premier ministre, François Bayrou, d’un vote de confiance à l’Assemblée, le 8 septembre.

    « Il faut une Europe plus efficace, capable d’être dans la compétition internationale
    via l’allègement des contraintes normatives. »

  • Antisémitisme : Macron répond à Netanyahu dans une lettre

    Antisémitisme : Macron répond à Netanyahu dans une lettre

    « Ces accusations d’inaction face à un fléau que nous combattons de toutes nos forces sont inacceptables et offensent la France tout entière », écrit-il, estimant que cette lutte « ne saurait être un sujet d’instrumentalisation ». Le Premier ministre israélien a déclenché une nouvelle crise avec la France, en accusant Emmanuel Macron « d’alimenter le feu antisémite » avec son intention de reconnaître l’État palestinien lors de l’Assemblée générale des Nations unies prévue en septembre prochain, à New York.

    Dans une lettre adressée à Emmanuel Macron en date du 17 août, il s’est dit « préoccupé par la montée alarmante de l’antisémitisme en France et par le manque d’actions décisives (du) gouvernement pour y faire face ». Le 19 août, la présidence française avait déjà dénoncé comme « erronée, abjecte » l’accusation de Benjamin Netanyahu, affirmant qu’Emmanuel Macron en avait pris connaissance par voie de presse et y répondrait par courrier. Le chef de l’État français souligne, dans sa réponse, qu’il « demeure et demeurera garant de l’impérieuse nécessité de combattre cette abomination, partout et toujours ». « Les antisémitismes de notre pays viennent de loin, ont longtemps été nourris par l’extrême droite, sont aujourd’hui aussi alimentés par l’extrême gauche qui essentialise la communauté juive et soutient la haine contre cette dernière », pointe-t-il encore.

    Emmanuel Macron estime que son initiative diplomatique pour une reconnaissance de l’État de Palestine est une « main tendue » à Israël pour une « paix durable » dans la région et rejette aussi toute accusation de soutien, à travers ce processus, au mouvement islamiste palestinien Hamas. « Je vous appelle solennellement à sortir de la fuite en avant meurtrière et illégale d’une guerre permanente à Gaza qui expose votre pays à l’indignité et votre peuple à une impasse, à cesser l’illégale et injustifiable recolonisation de la Cisjordanie et à saisir la main tendue des partenaires internationaux disposés à travailler à un avenir de paix, de sécurité et de prospérité pour Israël et la région », poursuit-il. Selon lui, « l’État palestinien doit constituer la fin du Hamas ». « C’est aujourd’hui la seule manière d’éradiquer réellement le Hamas et d’éviter à la jeunesse israélienne de se consumer dans une guerre permanente, dévastatrice pour les Palestiniens de Gaza, mais également pour Israël et la région tout entière », relève-t-il encore.

    62 819 morts à Gaza

    Pendant ce temps, la guerre entre le Hamas et Israël se poursuit dans la bande de Gaza. Le territoire palestinien est décimé. L’attaque du 7-Octobre a entraîné la mort de 1 219 personnes côté israélien, en majorité des civils, selon un décompte de l’AFP basé sur des données officielles. Sur les 251 personnes enlevées ce jour-là, 49 restent retenues dont au moins 27 morts selon l’armée israélienne. La campagne de représailles israélienne a fait au moins 62 819 morts à Gaza, en majorité des civils, selon le ministère de la Santé du Hamas, dont les chiffres sont jugés fiables par l’ONU. Ce qui est désormais qualifié par de nombreux experts comme un génocide.

    L’aide internationale qu’Israël autorise à entrer dans le territoire palestinien dévasté, assiégé et affamé est en « légère hausse », mais reste « une goutte d’eau dans l’océan », a déploré le chef du Programme alimentaire mondial (PAM), Carl Skau. L’ONU a officiellement déclaré, vendredi, la famine à Gaza, en imputant la responsabilité à Israël.

  • « Sur le nucléaire, tout se joue entre l’Iran et les États-Unis »

    « Sur le nucléaire, tout se joue entre l’Iran et les États-Unis »

    La Marseillaise : Téhéran dit négocier « de toutes ces forces » pour empêcher le rétablissement des sanctions prévues par l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien. C’est l’enjeu de ces pourparlers à Genève ?

    Thierry Coville : Il est question d’une clause de l’accord sur le nucléaire de 2015. Celle-ci prévoit que si l’Iran ne respecte pas cet accord, il est possible pour les autres parties prenantes de rétablir toutes les sanctions des Nations unies qui ont été levées à la suite de cette signature. Les Européens menacent l’Iran. Ils disent que si l’Iran ne négocie pas sur le nucléaire, ne reprend pas ses relations avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (Aiea) et ne fait pas la lumière sur les 400 kg d’uranium enrichis à 60 %, ils demanderont le rétablissement desdites sanctions onusiennes. Cette procédure est spéciale : le Conseil de sécurité de l’ONU ne peut pas mettre son veto, donc c’est quasiment automatique. C’est ça l’enjeu. Les Européens utilisent cela parce qu’ils sont un peu hors-jeu sur la question du nucléaire iranien. Cette clause de l’accord de 2015 leur donne les moyens d’être acteurs sur ce dossier. Tout se joue, en réalité, entre l’Iran et les États-Unis.

    Comment envisager des négociations avec Washington, qui s’est retiré de l’accord ?

    T.C. : Quand Joe Biden a été élu, l’Iran a négocié avec les États-Unis pour qu’ils reviennent, ça ne s’est pas fait pour un certain nombre de raisons. Quand Donald Trump a été réélu, il y a eu cinq séances de négociations. Une sixième était prévue et Israël a attaqué l’Iran. Tout le monde sait que la clé, ce sont les négociations entre l’Iran et les États-Unis. Trump est un peu embêté, car il a quand même dit que tout le problème du nucléaire iranien était détruit. Or, on sait que ce n’est pas le cas. Les bombardements américains ont endommagé les installations d’enrichissement d’uranium, mais ils ne les ont pas détruites. Les Iraniens pourraient les reconstruire, même si cela prendra quelques années. Cela pose donc des problèmes pour Trump en termes de communication. Il ne peut pas négocier quelque chose qui n’existe plus. On peut aussi penser que les Américains adoptent une stratégie attentiste vis-à-vis de ces fameuses sanctions de l’ONU. Avec l’idée que la situation économique en Iran s’aggrave encore plus et que cela mette davantage de pression sur l’Iran pour faciliter les négociations. Car, dans le pays, il y a un gros mécontentement économique et social avec une inflation à 40 %, des pénuries d’électricité et d’eau. C’est aussi et en partie lié à la guerre. L’autre éventualité est la tenue de négociations secrètes entre Téhéran et Washington. Impossible de le savoir.

    L’ayatollah Khamenei a accusé, dimanche, Washington de vouloir « soumettre » son pays et appelé à l’« unité nationale ». Comment analyser ce message ?

    T.C. : Suite à la guerre, un gros débat a éclaté en Iran sur la politique étrangère. D’un côté, il y a ceux qui disent qu’on n’a pas le choix, qu’il faut changer de direction et avoir une politique plus modérée vis-à-vis des Occidentaux. Cela passerait par des négociations avec les Américains. Une partie de ceux qu’on appelle les réformateurs ont publié une déclaration, il y a quelques jours, en disant qu’il faut réformer complètement la politique intérieure et extérieure en montrant beaucoup plus de souplesse dans les relations avec les États-Unis. Ils ont été accusés par les plus durs d’être des soutiens d’Israël. Car de l’autre, il y a ceux qui mettent en avant le cessez-le-feu et disent qu’Israël peut attaquer quand il veut : on est dans une situation de quasi-guerre. Au-delà de l’antiaméricanisme qui est dans l’ADN de la Révolution iranienne, il y a l’idée qu’on ne peut pas négocier avec un pays qui nous a mis un coup de poignard dans le dos et qui a même sans doute participé à l’attaque israélienne. Khamenei ne refuse pas les négociations, mais il y a toujours une attitude de défiance de sa part et des gens qui le soutiennent.

    Comment se positionne l’opinion publique depuis le cessez-le-feu dans cette guerre avec Israël ?

    T.C. : Une minorité, en Iran, soutient le gouvernement quoi qu’il fasse. À l’autre bout, une minorité le déteste de la même façon. Au milieu, il y a la classe moyenne, notamment urbaine et plutôt éduquée. Pendant cette guerre, contrairement à ce qu’attendait Netanyahu ils ont soutenu le gouvernement, considérant que le pays était attaqué. Il y a eu un nationalisme iranien qui n’est pas un soutien à la République islamique d’Iran, mais un soutien au gouvernement durant une attaque. Il y a une grande crainte en Iran que la guerre reprenne. Des négociations sont en cours avec la Chine pour renforcer leur système de défense antiaérien. Il n’y a pas eu de réponse politique à ce nationalisme, ce sont les militaires qui ont le dernier mot en ce moment.

    *Aux éditions Eyrolles

    De nouveaux pourparlers se sont ouverts, mardi à Genève, sur la question du nucléaire iranien. Les Européens pourraient rétablir des sanctions internationales prévues par l’accord de 2015. « Il est grand temps que les E3 (Allemagne, France, Royaume-Uni) et le Conseil de sécurité des Nations unies fassent le bon choix et donnent du temps et de l’espace à la diplomatie », a estimé sur X le vice-ministre iranien des Affaire étrangères, Kazem Gharibabadi. En l’absence de solution négociée, les E3 menacent de déclencher à l’automne le « snapback ». mécanisme qui permet de réimposer les sanctions prévues par l’ONU.

  • SOS Méditerranée dénonce une attaque « délibérée » des garde-côtes libyens contre l’Ocean Viking

    SOS Méditerranée dénonce une attaque « délibérée » des garde-côtes libyens contre l’Ocean Viking

    La situation empire et pas qu’un peu, avec cette « attaque » armée contre l’Ocean Viking qui n’a heureusement fait aucun blessé parmi l’équipage, l’équipe de sauvetage et les naufragés à bord. « Au moment de l’attaque, l’Ocean Viking se trouvait dans les eaux internationales, à 40 milles marins au nord des côtes libyennes », indique l’association dans un long communiqué très détaillé, publié lundi après-midi. « 87 personnes, secourues lors de deux sauvetages menés dans la nuit du samedi 23 au dimanche 24 août, étaient à bord et notre navire était activement engagé dans la recherche d’une autre embarcation en détresse », précise la structure.

    Des tirs continus pendant 20 minutes

    « Alors que l’Ocean Viking était en pleine recherche, il a été approché par un navire des garde-côtes libyens, qui nous a ordonnés – de manière illégale – de quitter la zone et de mettre le cap au nord. L’instruction nous a d’abord été transmise en anglais, puis en arabe avec la traduction de notre médiateur culturel à bord, qui a ensuite informé les gardes-côtes que l’Ocean Viking quittait la zone », décrit-elle avant de rendre compte de l’attaque : « sans aucun avertissement ni ultimatum, deux hommes à bord du patrouilleur ont ouvert le feu sur notre navire humanitaire, nous soumettant à des tirs incessants pendant au moins 20 minutes. Le patrouilleur a encerclé l’Ocean Viking, visant délibérément les membres d’équipage sur la passerelle, la partie du navire où se trouvent les postes de navigation et de pilotage. L’attaque a causé des impacts de balles à hauteur de tête, la destruction de plusieurs antennes, quatre fenêtres brisées sur la passerelle et plusieurs balles ont touché et endommagé les trois bateaux de sauvetage rapides (Rhibs), ainsi que d’autres équipements de sauvetage ».

    Et de souligner que « les équipes de SOS Méditerranée et de la Ficr ont heureusement pu mettre en sécurité les 87 personnes rescapées avant de se réfugier à leur tour à l’intérieur du navire. Personne n’a été blessé. Cet incident n’est pas seulement un acte scandaleux et inacceptable. Les méthodes, les circonstances et la dynamique démontrent clairement une attaque délibérée et ciblée contre notre équipage mais aussi contre nos capacités de sauvetage. »

    « Ce n’est pas un acte isolé », rappelle l’association. « La Garde-côtière libyenne a un long passé de comportements irresponsables qui mettent en danger des vies humaines en mer, violent de façon flagrante les droits humains et témoignent d’un mépris total pour le droit maritime international ». Cela n’empêche pas l’Europe et particulièrement l’Italie de les soutenir.

    « Nous exigeons une enquête complète sur les événements d’hier après-midi et que les responsables de ces attaques mettant nos vies en danger soient traduits en justice », déclare Sophie Beau, Directrice générale de SOS Méditerranée France. « Nous exigeons également la fin immédiate de toute collaboration européenne avec la Libye. Un acteur qui agit illégalement dans les eaux internationales, entrave délibérément les opérations de sauvetage de personnes en danger de mort et cible des humanitaires désarmés ainsi que des personnes rescapées, ne peut être considéré comme une autorité compétente. Nous ne pouvons pas accepter qu’une Garde-côtière reconnue internationalement commette ce type d’assauts illégaux. Par ailleurs, nous appelons à mettre fin à la criminalisation du sauvetage en mer qui ne fait que créer un terrain favorable à ces attaques d’une brutalité inouïe ».

    Le navire fait désormais route vers le nord. « Le capitaine de l’Ocean Viking a pris la décision, en vertu de son autorité, de mettre le cap sur Syracuse, son port d’attache, afin de débarquer les 87 personnes rescapées et d’effectuer les réparations indispensables nécessaires. Les autorités italiennes ont confirmé cette destination », stipule SOS Méditerranée.

    « Soutien total »

    « Soutien total à SOS Méditerranée et à son équipage après les tirs contre l’Ocean Viking », écrit Michelle Rubirola, la première adjointe écologiste au maire de Marseille. « Voilà le vrai visage des politiques européennes actuelles : financer et armer les garde-côtes libyens pour sous-traiter la violence plutôt que protéger des vies », dénonce-t-elle. « Le droit international, maritime et humanitaire doit changer pour que ces attaques soient enfin criminalisées ! », conclut l’élue.

  • Des incendies toujours hors de contrôle en Espagne

    Des incendies toujours hors de contrôle en Espagne

    L’Espagne vit une vague d’incendies inédite qui aura d’importantes conséquences, humaines, environnementales et économiques

    Le Nord-Ouest de l’Espagne et l’Estrémadure vivent l’enfer depuis début août. Le feu règne en maître sur plusieurs régions. Dès qu’un incendie est contrôlé, un ou plusieurs autres démarrent et rendent de plus en plus difficile la tâche des pompiers et des renforts arrivés de plusieurs pays de l’Union européenne.

    Le dernier bilan actualisé mercredi par le Système Européen d’Information sur les Incendies Forestiers (Effis) chiffrait à 391 581 hectares (dont la majorité depuis début août) brûlés depuis le début de l’année correspondant à 230 incendies. Quatre décès sont à déplorer ainsi que de nombreux blessés. Une vingtaine d’incendies au total est encore hors de contrôle. À Ourense en Galice, sept incendies sont actifs et huit en Castille-et-León.

    Au-delà de la catastrophe humaine et écologique, il y a aussi les conséquences économiques dont on ne mesure pas encore l’ampleur. On estime à 600 millions d’euros le préjudice sur les secteurs les plus touchés tels que l’élevage intensif et l’apiculture. Des aides des régions sont prévues : 500 euros par personne évacuée et 18 500 euros pour une maison détruite par le feu. Seul point positif mercredi, la liaison ferroviaire grande vitesse entre Madrid et la Galice a été rétablie après sept jours d’interruption. Le gouvernement a déclaré mardi « zone de catastrophe naturelle » toutes les régions impactées, ce qui permettra de mettre en marche les indemnisations.

    Actions de solidarité

    Cependant, le premier ministre socialiste Pedro Sanchez, qui était venu sur place pour annoncer un pacte contre le changement climatique, associant le gouvernement et les régions, n’a pas trouvé un écho favorable de la part des exécutifs de droite dans les régions impactées. Des positions guidées par une opposition systématique à tout ce qui vient du gouvernement de gauche. Mais côté population, il n’y a pas d’arrière-pensées politiciennes, les habitants affrontent ensemble cette catastrophe et mettent en place des actions de solidarité.

    C’est le cas à Valverde de la Sierra village, de vingt habitants (province de Léon) où 200 personnes, villageois, vacanciers et bénévoles, venues de toute la région ont travaillé sans relâche pour isoler le village du feu. Parmi ces volontaires, il y a José Manuel, un berger d’Estrémadure qui chaque été traverse la moitié de l’Espagne avec ses 2 000 moutons pour aller les faire paître à Valverde. Cette année, ses animaux sont devenus un outil inattendu contre le feu : « Les moutons mangent tout petit à petit et, avec leurs sabots, ils foulent le sol » explique Jose Manuel « vous verrez comment ils défrichent ! » le berger a donc mis ses moutons au service de la protection du village avec efficacité. Deux mille brebis et deux cents personnes ont travaillé jour et nuit pour construire une muraille invisible : un pare-feu qui protège la vie et les souvenirs d’un village qui refuse de brûler. La solidarité sur le terrain fait chaud au cœur.

    L’heure n’est pas encore à étudier avec précision les causes profondes de cette catastrophe. Cependant, il apparaît que les zones affectées sont les régions où le dépeuplement est le plus important. Selon certains experts, près de 90 % de la centaine de villages affectés par les incendies ont perdu pour certains plus de 50% de leurs habitants depuis une vingtaine d’années. La désertification et l’abandon rural favorisant le déclenchement et l’extension des incendies tout cela s’ajoutant aux facteurs climatiques.

    Mercredi, l’annonce d’orages et de pluies donnait quelques espoirs, mais rien n’est gagné et les jours qui viennent risquent d’alourdir un bilan déjà catastrophique.