Category: France

  • Dans le budget, plus d’armes, moins de Sécu

    Dans le budget, plus d’armes, moins de Sécu

    Tout faire pour satisfaire les marchés financiers. Ce lundi, en commission des finances, le budget présenté aux députés n’a qu’une seule ligne, réduire les déficits en préservant les cadeaux au patronat et la sacro-sainte politique de l’offre d’Emmanuel Macron. Un effort austéritaire de 30 milliards d’euros, avec 14 milliards de hausses d’impôts, essentiellement portées par le monde du travail dénonçait la CGT il y a une semaine, et 17 milliards de coupes budgétaires. De quoi préparer le terrain pour le projet de loi de finances de la Sécurité sociale, présenté jeudi en commission des affaires sociales, avec 7,1 milliards d’euros d’économies.

    Pour faire passer la potion amère et éviter la censure, le Premier ministre a concédé une suspension temporaire de la réforme des retraites. Surtout, il a annoncé qu’il n’userait pas du 49.3 pour faire passer le texte en force. « C’est la garantie pour l’Assemblée nationale que le débat, notamment budgétaire, (…) vivra, ira jusqu’au bout, jusqu’au vote », annonçait-il dans son discours de politique générale, mardi dernier. Pourvu que le déficit ne dépasse pas les 5%.

     Moins d’efforts du patronat

    Les 400 plus grandes entreprises, qui réalisent un chiffre d’affaires d’au moins 1 milliard d’euros en France, avaient été mises à contribution lors du précédent budget avec une surtaxe exceptionnelle de 8 milliards d’euros. Cette fois, l’effort est divisé par deux. Le gouvernement y ajoute une contribution sur les hauts revenus (1,5 milliard) et une taxation du patrimoine dissimulé dans les holdings familiales (1 milliard). Mais, en même temps, avance sur la suppression de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), retirant 1,3 milliard d’impôts sur les entreprises. Quant aux 211 milliards d’aides accordées aux entreprises, elles ne sont qu’à peine remises en question, avec 1,5 milliard d’exonérations de cotisations sociales supprimées… et une attaque sur les finances de l’audiovisuel public.

     Le monde du travail doit payer

    Aux salariés d’assumer les hausses d’impôts, à travers un gel des barèmes de l’impôt sur le revenu et de la contribution sociale généralisée qui doivent apporter 2,2 milliards d’euros. Comme un symbole, c’est le ministère du Travail qui devrait être parmi les plus touchés, notamment en réduisant les aides et exonérations de cotisations pour l’apprentissage (2 milliards d’euros), jusqu’à supprimer le coup de pouce de 500 euros pour passer son permis. 200 millions sont rabotés aussi sur l’insertion par l’activité économique : de quoi mettre en danger 20 000 postes, alerte le secteur. Et les prestations sociales, elles aussi, sont gelées.

     Les retraités attaqués

    Si le gouvernement suspend temporairement la réforme des retraites, il gèle aussi les pensions. Celles-ci ne seront pas revalorisées l’année prochaine, puis seront sous indexées les années suivantes de 0,4 point en deçà de l’inflation, jusqu’en 2030. L’abattement de 10% pour les retraités est quant à lui remplacé par un abattement forfaitaire de 2 000 euros.

     Coupes dans la fonction publique

    La ministre chargée des Comptes publics, Amélie de Montchalin, a salué « l’effort » des fonctionnaires : une nouvelle fois, leur point d’indice sera gelé. Les crédits pour l’amélioration de leurs conditions de travail sont taillés de 190 millions, ceux de l’action sociale de 22 millions. Et s’ajoute surtout la suppression de 3 119 postes, pour moitié dans les opérateurs et agences de l’État. L’Éducation nationale en perd plus de 4 000, le ministère du Travail, plus d’un millier, dont la moitié à France travail (ex-Pôle emploi), où l’IA est censé suppléer aux absents… Les finances, de leur côté, perdent 565 agents. Seuls l’Intérieur et la Justice (1 450 agents en plus) ainsi que les Armées (+830) en gagnent. Dans cette lignée, il n’y a que le ministère de la Défense qui voit ses crédits significativement augmentés, avec 6,7 milliards en plus.

     Le logement menacé

    Comme les autres droits sociaux, les aides personnalisées au logement (APL) sont gelées… et même supprimées pour les étudiants extra-européens. L’union sociale pour l’habitat s’alarme d’un effort supplémentaire pour les bailleurs sociaux de 750 millions d’euros face au désengagement de l’État, tandis que la cohésion des territoires, qui porte la politique du logement, voit ses crédits amputés de 900 millions, en particulier pour la rénovation des bâtiments.

     La Santé à l’os

    Malgré les besoins croissants, la Sécurité sociale reste mise au pain sec et à l’eau, alors que les caisses perdront un millier de salariés. La hausse des dépenses de l’assurance-maladie reste limitée à 1,6%, soit 7,1 milliards d’économie, des restrictions beaucoup plus importantes que les années précédentes. Les arrêts maladie doivent être plafonnés à un mois, voire 15 jours pour ceux prescrits par la médecine de ville. Les franchises pour les consultations et les médicaments doivent être doublées à travers un décret pour apporter 2,3 milliards d’euros.

    Reste à savoir s’il y aura une majorité pour voter ces budgets.

    L’intersyndicale interpelle les députés

    Dans un communiqué, l’intersyndicale CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, Solidaires et FSU qualifie de « premier pas », l’annonce par le Premier ministre de la suspension de la réforme des retraites, qui serait « un préalable à l’abandon de la réforme in fine ». Vent debout contre le budget porté par le gouvernement, les syndicats demandent aux députés « de supprimer les mesures d’austérité annoncées » et plaident pour l’élaboration d’« un budget de justice sociale et fiscale garantissant un haut niveau de protection sociale, des services publics renforcés et des investissements vers une transition écologique et industrielle juste et de haut niveau ». L.Pi.

    CHRONOLOGIE

    Projet de loi de finances (PLF)

    Après le passage en commission des Finances, les députés poursuivent vendredi l’examen du volet recette du budget 2026 au sein de l’hémicycle. Des séances sont prévues samedi 25, puis du lundi 27 au mercredi 29. La journée du jeudi 30 octobre sera consacrée à la niche parlementaire du RN. L’examen du projet de loi de finances (PLF) prendra fin le 3 novembre, le vote solennel est prévu le lendemain à 15h. La même journée, c’est le volet dépenses du projet de loi de finances qui débutera en commission, jusqu’au 10 novembre. La fin des débats est prévue en séance à l’Assemblée nationale le dimanche 23. Le Sénat examinera le budget du 24 novembre au 10 décembre. Le budget doit être promulgué avant le 31 décembre, après son passage devant le Conseil constitutionnel.

    Projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS)

    Les ministres concernés par le budget de la Sécurité sociale sont auditionnés ce mardi, avant un examen en commission des Affaires sociales qui commence jeudi. Les débats en séance sont prévus à partir du 4 novembre, dans la soirée, après le vote du PLF. Les discussions promettent d’être houleuses et très suivies, c’est à ce moment-là que doit être voté l’amendement qui acte la suspension de la réforme des retraites, annoncée par le Premier ministre lui-même. Après cela, c’est au tour des sénateurs de se pencher sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), du 17 au 24 novembre.

  • Censure rejetée, Lecornu sauvé, place au budget

    Censure rejetée, Lecornu sauvé, place au budget

    « Maintenant, au travail », répète Sébastien Lecornu en quittant l’Assemblée nationale direction l’hôtel de Matignon. Le Premier ministre peut souffler, il a échappé ce jeudi, et par deux fois, à la censure. Le texte porté par LFI et soutenu par et soutenu par le PCF, EELV et Génération.s, a été rejeté par 271 voix sur les 289 nécessaires pour atteindre la majorité. Seules 18 voix ont manqué pour faire chuter le gouvernement. Le texte déposé par le RN n’a recueilli que 144 voix.

    « Notre non-censure d’aujourd’hui n’est en aucun cas un pacte. (…) Nous ne renonçons à rien et si vous-même ou d’autres ici en doutaient, nous rappelons le précédent de François Bayrou qui s’était un peu vite bercé d’illusions à notre sujet », a justifié durant le débat le député socialiste Laurent Baumel, au nom de son groupe. Après avoir obtenu la suspension de la réforme des retraites, le PS avait annoncé qu’il ne soutiendrait pas la censure. Si sept élus ont néanmoins désobéi aux consignes, ces voix n’ont pas réussi à faire basculer le vote.

    À gauche, peu croient au pari du PS. « Ce que vous appelez suspension n’est en réalité qu’un ralentissement cosmétique », affirme la députée écologiste Léa Balage El Mariky. Pour Aurélie Trouvé, ce « n’est qu’un leurre, une tromperie, un subterfuge », conspue la députée insoumise. D’autant que le camp présidentiel, du moins ce qu’il en reste, n’a pas l’intention de lâcher sa seule réforme d’ampleur. « Nous nous exprimerons sans trembler, sans hésiter, sur la suspension de la réforme des retraites que nous jugeons déconnectée de toute réalité démographique et financière », prévient à la tribune Paul Christophe, député Horizons. « Ne pensez pas que nous pourrons accepter tout et n’importe quoi s’agissant de la réforme des retraites », renchérit Jean-Didier Berger, député LR.

    « La direction du Parti socialiste porte une responsabilité historique », lance à la sortie de l’hémicycle Mathilde Panot, cheffe du groupe LFI. Elle appelle les militants, électeurs et « la jeunesse » socialiste à « rompre les rangs avec la direction du Parti socialiste et à venir aider le pôle de résistance ». Le mouvement de Jean-Luc Mélenchon a annoncé le dépôt, dans la foulée, d’une troisième motion de destitution visant Emmanuel Macron.

    Désormais, place au débat budgétaire, qui débute lundi et s’annonce pour le moins tendu. Les premières annonces du gouvernement font craindre le pire. Car il prévoit 30 milliards d’euros « d’effort » à travers le gel des prestations sociales, le doublement des franchises médicales, les suppressions de milliers de postes dans l’Éducation nationale… En bref, « un budget à l’image de ces huit dernières années : dur pour le monde du travail et les services publics, doux pour le capital et les plus riches, juteux pour l’industrie de la guerre et l’armement. Il faut tout faire pour le combattre, par tous les moyens, au Parlement comme dans la rue !  », fait valoir Fabien Roussel, secrétaire national du PCF.

    Journée d’action des retraités prévue le 6 novembre

    Face à un budget austéritaire et antisocial, la fronde s’organise. « Le budget présenté par M. Lecornu est catastrophique. Il est même sur certains points encore plus violent que le budget de François Bayrou. (…) Il faut absolument le modifier en profondeur », estime Sophie Binet ce jeudi matin, sur France 2. « Il va falloir se mobiliser. (…) La mobilisation va commencer dès le 6 novembre prochain, avec les retraités, qui organisent une journée d’action », annonce la secrétaire générale de la CGT. « Ça va être les premières victimes de cette explosion des frais de santé, parce que c’est eux qui ont besoin de se soigner le plus. En plus, ils ont une désindexation de leurs pensions pour 2026. Et en plus, cette désindexation, elle est gravée dans le marbre », détaille-t-elle, avant d’ajouter : « Et la dernière chose, c’est que les retraités aussi auraient une forte augmentation de leurs impôts, avec une remise en cause des abattements. »

    « Si on fait le cumul de ces trois mesures, on voit que les retraités sont dans le viseur. Tout ça parce qu’on refuse d’aller taxer les plus riches et d’affronter les multinationales et les rentiers », martèle la dirigeante syndicale.

    Dans un communiqué, l’USR CGT réclame, entre autres la revalorisation de toutes les pensions de retraite de 10%.

  • Réforme de retraites et budget : des annonces qui agacent les patrons provençaux

    Réforme de retraites et budget : des annonces qui agacent les patrons provençaux

    En préambule de son discours porté sur la jeunesse, thème de cette 25e édition du Forum des entrepreneurs, Patrick Martin ne peut s’empêcher de commenter l’actualité politique nationale. Depuis la pelouse du Stade Vélodrome à Marseille, le président du Medef veut « ramener à la raison nos décideurs nationaux », eux qui l’auraient « perdu », faisant ici référence à la décision annoncée hier par le Premier ministre de suspendre la réforme des retraites.

    Pour justifier un âge de départ plus tardif, les entrepreneurs interrogés citent en exemple nos voisins européens. « On est privilégiés par rapport à ça, en Allemagne ils partent à la retraite à 67 ans, en Italie la durée a été augmentée aussi. Après, tout dépend du secteur d’activité, pour les personnes qui travaillent dans le BTP par exemple, je comprends qu’ils partent plus tôt », fait valoir Jean-Luc Olivier de la CCI Aix-Marseille Provence. À ses côtés, Jean-Christophe Wolff, entrepreneur s’agace : « Pour entreprendre il faut de la stabilité. Le monde politique est déconnecté et intéressé personnellement. On est entré dans une spirale qui n’est pas vertueuse », martèle-t-il.

    « Alors que nos élites se crêpent le chignon, s’arrachent les entrailles, pour savoir si on réduira le déficit le plus élevé d’Europe, avec la dette la plus élevée d’Europe, les taux d’intérêt les plus élevés d’Europe de 5,4 à, peut-être, 5%… Quel constat d’impuissance ! Quel égarement ! », clamait Patrick Martin, quelques minutes plus tôt. « Je souffre dans ma chair de cette conjoncture. »

    Lors de ce rendez-vous annuel organisé par l’UPE13, le patron des patrons a tenté de répondre aux critiques émanant d’une partie de la gauche et des organisations syndicales : « On se serait goinfré d’aides publiques, ce qui est faux ! », lâche-t-il. Et pour cause, depuis la publication en juillet dernier d’un rapport de la commission d’enquête sur l’utilisation des aides publiques aux grandes entreprises, portée par le sénateur communiste Fabien Gay, un chiffre est au cœur du débat : 211 milliards d’euros. C’est ce qu’auraient coûté ces fameuses aides, versées sans réelle conditionnalité, pour la seule année 2023. Le chef des patrons le sait, alors que le gouvernement prône l’austérité, nul doute que ce chiffre fera irruption dans les débats.

  • Réforme de retraites et budget : des annonces qui agacent les patrons provençaux

    En préambule de son discours porté sur la jeunesse, thème de cette 25e édition du Forum des entrepreneurs, Patrick Martin ne peut s’empêcher de commenter l’actualité politique nationale. Depuis la pelouse du Stade Vélodrome à Marseille, le président du Medef veut « ramener à la raison nos décideurs nationaux », eux qui l’auraient « perdu », faisant ici référence à la décision annoncée hier par le Premier ministre de suspendre la réforme des retraites.

    Pour justifier un âge de départ plus tardif, les entrepreneurs interrogés citent en exemple nos voisins européens. « On est privilégiés par rapport à ça, en Allemagne ils partent à la retraite à 67 ans, en Italie la durée a été augmentée aussi. Après, tout dépend du secteur d’activité, pour les personnes qui travaillent dans le BTP par exemple, je comprends qu’ils partent plus tôt », fait valoir Jean-Luc Olivier de la CCI Aix-Marseille Provence. À ses côtés, Jean-Christophe Wolff, entrepreneur s’agace : « Pour entreprendre il faut de la stabilité. Le monde politique est déconnecté et intéressé personnellement. On est entré dans une spirale qui n’est pas vertueuse », martèle-t-il.

    « Alors que nos élites se crêpent le chignon, s’arrachent les entrailles, pour savoir si on réduira le déficit le plus élevé d’Europe, avec la dette la plus élevée d’Europe, les taux d’intérêt les plus élevés d’Europe de 5,4 à, peut-être, 5%… Quel constat d’impuissance ! Quel égarement ! », clamait Patrick Martin, quelques minutes plus tôt. « Je souffre dans ma chair de cette conjoncture. »

    Lors de ce rendez-vous annuel organisé par l’UPE13, le patron des patrons a tenté de répondre aux critiques émanant d’une partie de la gauche et des organisations syndicales : « On se serait goinfré d’aides publiques, ce qui est faux ! », lâche-t-il. Et pour cause, depuis la publication en juillet dernier d’un rapport de la commission d’enquête sur l’utilisation des aides publiques aux grandes entreprises, portée par le sénateur communiste Fabien Gay, un chiffre est au cœur du débat : 211 milliards d’euros. C’est ce qu’auraient coûté ces fameuses aides, versées sans réelle conditionnalité, pour la seule année 2023. Le chef des patrons le sait, alors que le gouvernement prône l’austérité, nul doute que ce chiffre fera irruption dans les débats.

  • Lecornu sur le fil du rasoir budgétaire

    Le calcul est simple : pour renverser le gouvernement de Sébastien Lecornu ce matin, la motion de censure déposée par les députés insoumis, communistes et écologistes doit recueillir 289 voix, soit la majorité absolue de l’Assemblée nationale. Si les députés RN et UDR la votent, le résultat sera de 265 voix. La motion sera rejetée et le sursis de Lecornu prolongé. Le groupe socialiste et ses 69 membres, qui a obtenu la suspension de la réforme des retraites contre une non-censure, devrait en effet manquer à l’appel. Sauf que des dissidences sont toujours possibles. Mais seuls trois députés socialistes sur 69, selon le patron du PS Olivier Faure, devraient voter la censure, malgré la consigne du parti, et répondre ainsi l’appel « à désobéir » lancé par le coordinateur de LFI Manuel Bompard. Y aura-t-il des dissidents chez les LR ? Même si le gouvernement compte six ex-membres LR (ils ont été exclus), Bruno Retailleau a dit que son parti se battra « pied à pied pour combattre » la suspension de la réforme des retraites.

    « Suspendre ce n’est pas renoncer »

    Aussi, sans surprise, l’accueil du Premier ministre mercredi au Sénat pour sa déclaration de politique générale a été glacial. Il a notamment proposé de confier la gestion du système de retraites aux syndicats et organisations patronales. Face à un hémicycle dominé par une alliance entre la droite et les centristes, où les macronistes sont très peu nombreux, Sébastien Lecornu a été très peu soutenu, applaudi seulement par une vingtaine de parlementaires. Sa proposition mardi de suspendre la réforme des retraites jusqu’à l’élection présidentielle a notamment fait grincer les sénateurs LR. Le Premier ministre a fait valoir que « suspendre, ce n’est pas renoncer » à la réforme et mis en avant la « stabilité » générée par cette initiative après des journées de crise politique arguant de la non-censure des socialistes. Le sénateur communiste Ian Brossat a fait part de sa crainte de voir la droite sénatoriale s’entendre avec les députés LR et macronistes pour enterrer la suspension. « La suspension de la réforme des retraites sera remise en cause en Commission mixte paritaire, où la droite est majoritaire » a déclaré sur X le porte-parole du PCF.

    Les petits calculs

    de l’extrême droite

    La présidente du groupe RN à l’Assemblée Marine Le Pen, qui a vu son recours contre sa peine d’inéligibilité rejeté hier par le Conseil d’État, estime que si le gouvernement ne tombe pas jeudi, il « ne tiendra pas sur la durée », prévoyant une dissolution « dans trois semaines ou dans trois mois ». L’extrême droite mise sur des législatives anticipées et des alliances avec la droite pour accéder au pouvoir, appliquer son programme xénophobe de « préférence nationale » et s’accorder surtout, en priorité, une amnistie judiciaire.

    Le Parlement va dans les prochains jours entrer en terrain inconnu avec la promesse du Premier ministre de lui laisser le dernier mot. « Le gouvernement proposera, nous débattrons, vous voterez », a-t-il répété aux parlementaires. Le Premier ministre s’est engagé à ne pas recourir à l’article 49.3 de la Constitution qui a permis l’adoption de tous les budgets sans vote depuis 2022.

    « Maintenant que la balle est dans le camp de l’Assemblée ce serait quand même assez abracadabrantesque qu’on ne puisse pas aller au vote de notre fait », a averti la présidente de la chambre basse Yaël Braun-Pivet. Les majorités risquent en outre d’être variables en fonction des sujets et de… l’assiduité des parlementaires. « Les semaines qui viennent vont être très dures, j’ai dit à mes députés qu’il faudra être là tout le temps », anticipe le patron du groupe PS Boris Vallaud. Déjà la suspension de la réforme des retraites n’est à ce stade qu’une annonce. Sébastien Lecornu s’est borné à assurer que le gouvernement la soumettrait « dès le mois de novembre » aux députés par un amendement au projet de budget de la Sécurité sociale (PLFSS). Face à l’opposition ou a minima l’abstention d’une large partie du socle commun – camp présidentiel et LR -, le RN et LFI n’ont pour l’instant pas confirmé qu’ils voteraient cette suspension alors qu’ils accusent les socialistes de « trahison » et qu’ils y voient un renoncement par rapport à l’abrogation qu’ils défendent. Pour Manuel Bompard, passer par un amendement veut dire que le PS devra voter le PLFSS « le plus brutal de ces 30 dernières années ». Le président LFI de la commission des Finances de l’Assemblée Éric Coquerel a lui demandé au gouvernement qu’il « s’engage sur une loi spécifique » si le PLFSS n’aboutissait pas. Mais pour les socialistes, « peu importe le véhicule », « sans suspension il n’y a pas de gouvernement », a prévenu Boris Vallaud.

    Au-delà de leur « victoire » revendiquée sur les retraites, les socialistes entendent mener bataille, vote par vote, contre le gel du barème de l’impôt sur le revenu, des prestations sociales ou encore le doublement des franchises médicales. Ces mesures font partie de l’effort budgétaire prévu par le gouvernement d’une trentaine de milliards d’euros, dont 14 milliards de nouveaux prélèvements obligatoires.

  • Lecornu sur le fil du rasoir budgétaire

    Lecornu sur le fil du rasoir budgétaire

    Le calcul est simple : pour renverser le gouvernement de Sébastien Lecornu ce matin, la motion de censure déposée par les députés insoumis, communistes et écologistes doit recueillir 289 voix, soit la majorité absolue de l’Assemblée nationale. Si les députés RN et UDR la votent, le résultat sera de 265 voix. La motion sera rejetée et le sursis de Lecornu prolongé. Le groupe socialiste et ses 69 membres, qui a obtenu la suspension de la réforme des retraites contre une non-censure, devrait en effet manquer à l’appel. Sauf que des dissidences sont toujours possibles. Mais seuls trois députés socialistes sur 69, selon le patron du PS Olivier Faure, devraient voter la censure, malgré la consigne du parti, et répondre ainsi l’appel « à désobéir » lancé par le coordinateur de LFI Manuel Bompard. Y aura-t-il des dissidents chez les LR ? Même si le gouvernement compte six ex-membres LR (ils ont été exclus), Bruno Retailleau a dit que son parti se battra « pied à pied pour combattre » la suspension de la réforme des retraites.

    « Suspendre ce n’est pas renoncer »

    Aussi, sans surprise, l’accueil du Premier ministre mercredi au Sénat pour sa déclaration de politique générale a été glacial. Il a notamment proposé de confier la gestion du système de retraites aux syndicats et organisations patronales. Face à un hémicycle dominé par une alliance entre la droite et les centristes, où les macronistes sont très peu nombreux, Sébastien Lecornu a été très peu soutenu, applaudi seulement par une vingtaine de parlementaires. Sa proposition mardi de suspendre la réforme des retraites jusqu’à l’élection présidentielle a notamment fait grincer les sénateurs LR. Le Premier ministre a fait valoir que « suspendre, ce n’est pas renoncer » à la réforme et mis en avant la « stabilité » générée par cette initiative après des journées de crise politique arguant de la non-censure des socialistes. Le sénateur communiste Ian Brossat a fait part de sa crainte de voir la droite sénatoriale s’entendre avec les députés LR et macronistes pour enterrer la suspension. « La suspension de la réforme des retraites sera remise en cause en Commission mixte paritaire, où la droite est majoritaire » a déclaré sur X le porte-parole du PCF.

    Les petits calculs

    de l’extrême droite

    La présidente du groupe RN à l’Assemblée Marine Le Pen, qui a vu son recours contre sa peine d’inéligibilité rejeté hier par le Conseil d’État, estime que si le gouvernement ne tombe pas jeudi, il « ne tiendra pas sur la durée », prévoyant une dissolution « dans trois semaines ou dans trois mois ». L’extrême droite mise sur des législatives anticipées et des alliances avec la droite pour accéder au pouvoir, appliquer son programme xénophobe de « préférence nationale » et s’accorder surtout, en priorité, une amnistie judiciaire.

    Le Parlement va dans les prochains jours entrer en terrain inconnu avec la promesse du Premier ministre de lui laisser le dernier mot. « Le gouvernement proposera, nous débattrons, vous voterez », a-t-il répété aux parlementaires. Le Premier ministre s’est engagé à ne pas recourir à l’article 49.3 de la Constitution qui a permis l’adoption de tous les budgets sans vote depuis 2022.

    « Maintenant que la balle est dans le camp de l’Assemblée ce serait quand même assez abracadabrantesque qu’on ne puisse pas aller au vote de notre fait », a averti la présidente de la chambre basse Yaël Braun-Pivet. Les majorités risquent en outre d’être variables en fonction des sujets et de… l’assiduité des parlementaires. « Les semaines qui viennent vont être très dures, j’ai dit à mes députés qu’il faudra être là tout le temps », anticipe le patron du groupe PS Boris Vallaud. Déjà la suspension de la réforme des retraites n’est à ce stade qu’une annonce. Sébastien Lecornu s’est borné à assurer que le gouvernement la soumettrait « dès le mois de novembre » aux députés par un amendement au projet de budget de la Sécurité sociale (PLFSS). Face à l’opposition ou a minima l’abstention d’une large partie du socle commun – camp présidentiel et LR -, le RN et LFI n’ont pour l’instant pas confirmé qu’ils voteraient cette suspension alors qu’ils accusent les socialistes de « trahison » et qu’ils y voient un renoncement par rapport à l’abrogation qu’ils défendent. Pour Manuel Bompard, passer par un amendement veut dire que le PS devra voter le PLFSS « le plus brutal de ces 30 dernières années ». Le président LFI de la commission des Finances de l’Assemblée Éric Coquerel a lui demandé au gouvernement qu’il « s’engage sur une loi spécifique » si le PLFSS n’aboutissait pas. Mais pour les socialistes, « peu importe le véhicule », « sans suspension il n’y a pas de gouvernement », a prévenu Boris Vallaud.

    Au-delà de leur « victoire » revendiquée sur les retraites, les socialistes entendent mener bataille, vote par vote, contre le gel du barème de l’impôt sur le revenu, des prestations sociales ou encore le doublement des franchises médicales. Ces mesures font partie de l’effort budgétaire prévu par le gouvernement d’une trentaine de milliards d’euros, dont 14 milliards de nouveaux prélèvements obligatoires.

  • [Entretien] Michaël Zemmour : « On peut s’attendre à une augmentation de la pauvreté »

    [Entretien] Michaël Zemmour : « On peut s’attendre à une augmentation de la pauvreté »

    La Marseillaise : Quel effet aura la « suspension » de la réforme des retraites annoncée par le Premier ministre ?

    Michaël Zemmour : L’annonce a été détaillée par le Ministre du Travail. En fait, c’est un décalage du calendrier d’application de la réforme de 2023 qui reste fondamentalement la même. On part à la retraite à 64 ans avec 43 annuités de manière accélérée. Pour certaines générations, on va avoir un décalage de trois mois dans l’application du calendrier. Par exemple, les personnes qui devaient partir à 63 ans et 3 mois partiront à 63 ans. Cela concerne les personnes nées entre 1964 et 1968. Pour toutes les autres générations, la loi va conserver l’âge de 64 ans et 43 annuités.

    Cela peut être considéré comme une « victoire » ?

    M.Z. : Ça, c’est aux partis et aux syndicats d’en juger. Ce n’est pas un gros changement sur la réforme, ça n’en modifie ni les objectifs, ni les principes et ce n’est pas très cher pour le gouvernement. En réalité, c’est plutôt un décalage du calendrier de la même réforme. Une suspension, ça aurait été de dire : à partir de maintenant, on bloque les compteurs à 62 ans et 9 mois. Il faudra faire une nouvelle réforme pour repartir à la hausse ou à la baisse. Là, il n’y aura pas besoin de nouvelle réforme. Si on ne fait rien, on va à 64 ans, comme prévu, mais décalé d’une génération. C’est un bougé, ce n’est pas rien.

    Quand Sébastien Lecornu parle
    de «
     compenser » cette suspension, de quoi est-il question ?

    M.Z. : J’imagine qu’il parle de la question du financement. Pour financer ça, il faudrait moins de 0,3% de cotisations à partager entre employeurs et salariés. C’est vraiment peu à l’échelle du système de retraite. Dans le débat budgétaire qui s’annonce, il y a beaucoup de mesures plus importantes que ça. Le gouvernement prévoit par exemple de baisser la taxe exceptionnelle sur les grandes sociétés qui passera de 1 milliard à 4 milliards d’euros. Cette seule mesure représente un coût plus important que le décalage de la réforme de la retraite. Le budget sera « moins » dur à la fin qu’au début, c’est en tout cas ce qu’a annoncé le Premier ministre…

    Quelles sont ces autres mesures « plus importantes » auxquelles vous faites allusion ?

    M.Z. : Nous verrons dans quelle direction va le débat budgétaire, qui promet d’être sans doute un peu inédit, puisque le gouvernement s’apprête manifestement à faire bouger son texte dans des proportions importantes. Pour l’instant, dans ce budget il y a des mesures fortement antisociales, comme le gel des prestations familiales et des minima sociaux, qui, à ma connaissance, ne s’est jamais produit. Il y aura sans doute – parce que c’est très polémique – un débat sur la désindexation des retraites. Ainsi que des questions sur la fiscalité. Est-ce que, du côté de la droite, il n’y aura pas une volonté de bloquer une mesure fiscale ? On ne peut pas le dire à ce stade. Une des choses très inquiétantes, c’est le budget de l’État et des services publics, qui restent très très très serrés alors qu’on est au milieu d’une crise des services publics en général et de l’école en particulier. C’est un enjeu de lutte contre les inégalités. L’école peut être un outil de réduction des inégalités, mais il y a une fuite de celles et ceux qui ont les moyens vers l’école privée. C’est aussi un enjeu de préparation économique de l’avenir : les moyens qu’on ne met pas aujourd’hui dans l’école risquent de coûter en formation, au niveau de qualification, dans les années qui viennent.

    Quid du doublement des franchises médicales ?

    M.Z. : C’est une mesure budgétairement très importante qui représente de l’ordre de 2 milliards d’euros et qui va directement augmenter la facture pour les malades puisque c’est une dépense obligatoire. Soit les gens vont reporter leurs soins, ce qui est préoccupant en soi, soit ils vont se dire que c’est une dépense obligatoire et donc ça entamera leur pouvoir d’achat.

    Le PS prévoit de réintroduire la taxe Zucman, à travers un amendement, lors du débat à venir. Qu’en pensez-vous ?

    M.Z. : Pour l’instant, il n’y a pas dans ce budget de grosses mesures fiscales sur la taxation des hauts patrimoines. Je pense qu’il serait intéressant d’en avoir une, pas forcément avec un taux très élevé au départ, mais dont l’assiette prenne en compte l’ensemble du patrimoine. Aujourd’hui, le fisc connaît les revenus des ménages, le patrimoine immobilier, mais il ne connaît pas le patrimoine financier, y compris la détention d’actions de grandes sociétés. Donc il serait intéressant d’avoir une assiette qui permette de taxer ces patrimoines, peut-être progressivement, mais de manière plus importante dans le temps.

    Quelles seront à terme les conséquences de ce budget qui ressemble peu ou prou à celui présenté par François Bayrou ?

    M.Z. : Dans les grandes lignes, ça a l’air d’être le même, même si je n’ai jamais vu le budget de François Bayrou. Il y a aussi des modifications à la marge. Il y a des effets antisociaux assez nets. On voit le nombre de mesures inégalitaires. Il est prévu une austérité du côté des services publics. C’est un budget d’austérité, qui va à la fois avoir un effet de ralentissement de l’activité économique et avec des conséquences sociales assez directes. Par exemple, on peut s’attendre, dès qu’on aura l’échelle de la pauvreté, à une augmentation du taux de pauvreté en 2026. Quand vous ne revalorisez pas les minima sociaux et ni les prestations familiales, assez mécaniquement, vous avez une augmentation du taux de pauvreté.

  • [Entretien] Michaël Zemmour : « On peut s’attendre à une augmentation de la pauvreté »

    La Marseillaise : Quel effet aura la « suspension » de la réforme des retraites annoncée par le Premier ministre ?

    Michaël Zemmour : L’annonce a été détaillée par le Ministre du Travail. En fait, c’est un décalage du calendrier d’application de la réforme de 2023 qui reste fondamentalement la même. On part à la retraite à 64 ans avec 43 annuités de manière accélérée. Pour certaines générations, on va avoir un décalage de trois mois dans l’application du calendrier. Par exemple, les personnes qui devaient partir à 63 ans et 3 mois partiront à 63 ans. Cela concerne les personnes nées entre 1964 et 1968. Pour toutes les autres générations, la loi va conserver l’âge de 64 ans et 43 annuités.

    Cela peut être considéré comme une « victoire » ?

    M.Z. : Ça, c’est aux partis et aux syndicats d’en juger. Ce n’est pas un gros changement sur la réforme, ça n’en modifie ni les objectifs, ni les principes et ce n’est pas très cher pour le gouvernement. En réalité, c’est plutôt un décalage du calendrier de la même réforme. Une suspension, ça aurait été de dire : à partir de maintenant, on bloque les compteurs à 62 ans et 9 mois. Il faudra faire une nouvelle réforme pour repartir à la hausse ou à la baisse. Là, il n’y aura pas besoin de nouvelle réforme. Si on ne fait rien, on va à 64 ans, comme prévu, mais décalé d’une génération. C’est un bougé, ce n’est pas rien.

    Quand Sébastien Lecornu parle
    de «
     compenser » cette suspension, de quoi est-il question ?

    M.Z. : J’imagine qu’il parle de la question du financement. Pour financer ça, il faudrait moins de 0,3% de cotisations à partager entre employeurs et salariés. C’est vraiment peu à l’échelle du système de retraite. Dans le débat budgétaire qui s’annonce, il y a beaucoup de mesures plus importantes que ça. Le gouvernement prévoit par exemple de baisser la taxe exceptionnelle sur les grandes sociétés qui passera de 1 milliard à 4 milliards d’euros. Cette seule mesure représente un coût plus important que le décalage de la réforme de la retraite. Le budget sera « moins » dur à la fin qu’au début, c’est en tout cas ce qu’a annoncé le Premier ministre…

    Quelles sont ces autres mesures « plus importantes » auxquelles vous faites allusion ?

    M.Z. : Nous verrons dans quelle direction va le débat budgétaire, qui promet d’être sans doute un peu inédit, puisque le gouvernement s’apprête manifestement à faire bouger son texte dans des proportions importantes. Pour l’instant, dans ce budget il y a des mesures fortement antisociales, comme le gel des prestations familiales et des minima sociaux, qui, à ma connaissance, ne s’est jamais produit. Il y aura sans doute – parce que c’est très polémique – un débat sur la désindexation des retraites. Ainsi que des questions sur la fiscalité. Est-ce que, du côté de la droite, il n’y aura pas une volonté de bloquer une mesure fiscale ? On ne peut pas le dire à ce stade. Une des choses très inquiétantes, c’est le budget de l’État et des services publics, qui restent très très très serrés alors qu’on est au milieu d’une crise des services publics en général et de l’école en particulier. C’est un enjeu de lutte contre les inégalités. L’école peut être un outil de réduction des inégalités, mais il y a une fuite de celles et ceux qui ont les moyens vers l’école privée. C’est aussi un enjeu de préparation économique de l’avenir : les moyens qu’on ne met pas aujourd’hui dans l’école risquent de coûter en formation, au niveau de qualification, dans les années qui viennent.

    Quid du doublement des franchises médicales ?

    M.Z. : C’est une mesure budgétairement très importante qui représente de l’ordre de 2 milliards d’euros et qui va directement augmenter la facture pour les malades puisque c’est une dépense obligatoire. Soit les gens vont reporter leurs soins, ce qui est préoccupant en soi, soit ils vont se dire que c’est une dépense obligatoire et donc ça entamera leur pouvoir d’achat.

    Le PS prévoit de réintroduire la taxe Zucman, à travers un amendement, lors du débat à venir. Qu’en pensez-vous ?

    M.Z. : Pour l’instant, il n’y a pas dans ce budget de grosses mesures fiscales sur la taxation des hauts patrimoines. Je pense qu’il serait intéressant d’en avoir une, pas forcément avec un taux très élevé au départ, mais dont l’assiette prenne en compte l’ensemble du patrimoine. Aujourd’hui, le fisc connaît les revenus des ménages, le patrimoine immobilier, mais il ne connaît pas le patrimoine financier, y compris la détention d’actions de grandes sociétés. Donc il serait intéressant d’avoir une assiette qui permette de taxer ces patrimoines, peut-être progressivement, mais de manière plus importante dans le temps.

    Quelles seront à terme les conséquences de ce budget qui ressemble peu ou prou à celui présenté par François Bayrou ?

    M.Z. : Dans les grandes lignes, ça a l’air d’être le même, même si je n’ai jamais vu le budget de François Bayrou. Il y a aussi des modifications à la marge. Il y a des effets antisociaux assez nets. On voit le nombre de mesures inégalitaires. Il est prévu une austérité du côté des services publics. C’est un budget d’austérité, qui va à la fois avoir un effet de ralentissement de l’activité économique et avec des conséquences sociales assez directes. Par exemple, on peut s’attendre, dès qu’on aura l’échelle de la pauvreté, à une augmentation du taux de pauvreté en 2026. Quand vous ne revalorisez pas les minima sociaux et ni les prestations familiales, assez mécaniquement, vous avez une augmentation du taux de pauvreté.

  • Nouveau plaidoyer pour un Premier ministre de gauche

    Nouveau plaidoyer pour un Premier ministre de gauche

    « Monsieur le président, entendez le pays », ont exhorté, jeudi soir, la patronne des Écologistes Marine Tondelier, le premier secrétaire du PS Olivier Faure et le secrétaire national des communistes Fabien Roussel, dans une déclaration commune publiée en fin de journée, demandant au chef de l’État de choisir une cohabitation avec un Premier ministre de gauche.

    Alors qu’Emmanuel Macron doit nommer vendredi son quatrième Premier ministre depuis la dissolution, les trois chefs de parti insistent une nouvelle fois pour obtenir du président qu’il respecte le résultat des élections législatives de juillet 2024, qui ont placé en tête, mais sans majorité, le Nouveau front populaire. Pour eux, « persister dans l’obstruction serait fragiliser encore davantage notre démocratie ».

    Les trois responsables politiques préviennent : « Soit vous persistez dans l’isolement et le déni, et vous prendrez devant l’Histoire la responsabilité d’avoir considérablement aggravé la fracture entre le peuple et ses institutions. » « Soit vous écoutez le pays (…) et vous ouvrez une nouvelle étape : celle d’une cohabitation », avec « la nomination d’un Premier ministre et d’un gouvernement de gauche et écologiste qui permettra la construction de majorités à l’Assemblée » nationale, proposent-ils.

    Ils soulignent que « l’échec des gouvernements successifs n’est rien d’autre que le refus d’un changement de politique sur des aspirations majoritaires dans le pays », comme le rejet du recul de l’âge de départ à la retraite ou la demande d’une fiscalité plus forte des plus riches et du capital, « et la conséquence d’une méthode antidémocratique qui impose des choix sans débat au Parlement ».

    Les trois chefs de gauche rappellent que le gouvernement Barnier, qui devait être « le gage d’une stabilité institutionnelle retrouvée », n’aura été « qu’une courte parenthèse, tout comme celui de François Bayrou », et que le gouvernement Lecornu « n’aura même pas duré 24 heures ». « Il est temps de tirer les leçons de cette séquence », martèlent-ils, estimant que la France a besoin « d’un gouvernement de gauche et écologiste », qui propose « une autre politique » et « un projet de budget de justice sociale et fiscale ».

    Une option qui a obtenu de nouveaux soutiens jeudi. Celui de la ministre démissionnaire de la Transition écologique, qui a affirmé à Ici Nord : « On a essayé la droite, on a essayé le centre, alors pourquoi ne pas essayer la gauche ? »

    Hypothèse Borloo

    À la veille de la nomination, les hypothèses ont été nombreuses. Dont celle mentionnant… de manière insistante Jean-Louis Borloo, qui a opposé un démenti. Celui qu’Emmanuel Macron avait renvoyé dans les cordes après lui avoir demandé un rapport sur les banlieues en le traitant de « mâle blanc ne vivant pas dans ces quartiers » ne représente pas vraiment la « rupture ».

    Mais l’ex-ministre de la Ville puis de l’Emploi sous Jacques Chirac, et de l’Écologie sous Nicolas Sarkozy, a suscité quelques approbations. Dont celle du patron des Républicains Bruno Retailleau, qui l’a qualifié de « disruptif », en se disant ni pour ni contre, mais en soulignant qu’il n’était « ni de gauche, ni macroniste ». Un Bruno Retailleau qui a fait des adieux vibrants d’émotion aux… préfets lors d’un séminaire sur le narcotrafic, ce jeudi matin, comme le rapporte Le Parisien : « Si je devais m’éloigner de ce ministère, je ne voudrais pas que ce soit sans vous avoir dit ma gratitude, ma reconnaissance, mon admiration et mon affection. »

    Manifestement, Bruno Retailleau ne se voit pas dans le futur gouvernement. Parce que de gauche ?

  • Nouveau plaidoyer pour un Premier ministre de gauche

    « Monsieur le président, entendez le pays », ont exhorté, jeudi soir, la patronne des Écologistes Marine Tondelier, le premier secrétaire du PS Olivier Faure et le secrétaire national des communistes Fabien Roussel, dans une déclaration commune publiée en fin de journée, demandant au chef de l’État de choisir une cohabitation avec un Premier ministre de gauche.

    Alors qu’Emmanuel Macron doit nommer vendredi son quatrième Premier ministre depuis la dissolution, les trois chefs de parti insistent une nouvelle fois pour obtenir du président qu’il respecte le résultat des élections législatives de juillet 2024, qui ont placé en tête, mais sans majorité, le Nouveau front populaire. Pour eux, « persister dans l’obstruction serait fragiliser encore davantage notre démocratie ».

    Les trois responsables politiques préviennent : « Soit vous persistez dans l’isolement et le déni, et vous prendrez devant l’Histoire la responsabilité d’avoir considérablement aggravé la fracture entre le peuple et ses institutions. » « Soit vous écoutez le pays (…) et vous ouvrez une nouvelle étape : celle d’une cohabitation », avec « la nomination d’un Premier ministre et d’un gouvernement de gauche et écologiste qui permettra la construction de majorités à l’Assemblée » nationale, proposent-ils.

    Ils soulignent que « l’échec des gouvernements successifs n’est rien d’autre que le refus d’un changement de politique sur des aspirations majoritaires dans le pays », comme le rejet du recul de l’âge de départ à la retraite ou la demande d’une fiscalité plus forte des plus riches et du capital, « et la conséquence d’une méthode antidémocratique qui impose des choix sans débat au Parlement ».

    Les trois chefs de gauche rappellent que le gouvernement Barnier, qui devait être « le gage d’une stabilité institutionnelle retrouvée », n’aura été « qu’une courte parenthèse, tout comme celui de François Bayrou », et que le gouvernement Lecornu « n’aura même pas duré 24 heures ». « Il est temps de tirer les leçons de cette séquence », martèlent-ils, estimant que la France a besoin « d’un gouvernement de gauche et écologiste », qui propose « une autre politique » et « un projet de budget de justice sociale et fiscale ».

    Une option qui a obtenu de nouveaux soutiens jeudi. Celui de la ministre démissionnaire de la Transition écologique, qui a affirmé à Ici Nord : « On a essayé la droite, on a essayé le centre, alors pourquoi ne pas essayer la gauche ? »

    À la veille de la nomination, les hypothèses ont été nombreuses. Dont celle mentionnant… de manière insistante Jean-Louis Borloo, qui a opposé un démenti. Celui qu’Emmanuel Macron avait renvoyé dans les cordes après lui avoir demandé un rapport sur les banlieues en le traitant de « mâle blanc ne vivant pas dans ces quartiers » ne représente pas vraiment la « rupture ».

    Mais l’ex-ministre de la Ville puis de l’Emploi sous Jacques Chirac, et de l’Écologie sous Nicolas Sarkozy, a suscité quelques approbations. Dont celle du patron des Républicains Bruno Retailleau, qui l’a qualifié de « disruptif », en se disant ni pour ni contre, mais en soulignant qu’il n’était « ni de gauche, ni macroniste ». Un Bruno Retailleau qui a fait des adieux vibrants d’émotion aux… préfets lors d’un séminaire sur le narcotrafic, ce jeudi matin, comme le rapporte Le Parisien : « Si je devais m’éloigner de ce ministère, je ne voudrais pas que ce soit sans vous avoir dit ma gratitude, ma reconnaissance, mon admiration et mon affection. »

    Manifestement, Bruno Retailleau ne se voit pas dans le futur gouvernement. Parce que de gauche ?