Category: culture

  • À Marseille, une matinée de visite pour explorer l’Estaque sous un autre regard

    À Marseille, une matinée de visite pour explorer l’Estaque sous un autre regard

    Comme son nom l’indique si bien, l’association Marseille Autrement invite à explorer l’Estaque (16e) sous un regard différent. Mercredi 26 août, de 9h15 à 13h, sur inscription obligatoire, jusqu’à 18 visiteurs pourront découvrir l’histoire populaire du quartier marseillais. « Il n’y a pas que des belles villas, des bastides, il y a tout un habitat populaire, ouvrier que l’on souhaite valoriser au cours de cette balade et notamment les fameuses courées de l’Estaque, qui sont constituées de petites maisons autour d’un espace collectif, une sorte de bout de rue collectif », explique Marianne Ruelle, présidente de l’association.

    Les visiteurs se retrouvent à l’embarcadère du Vieux-Port pour débuter leur périple en bateau navette jusqu’à l’ancien village de pêcheurs.

    « Véritable faconde marseillaise »

    Yvon Tapias, retraité passionné par sa ville, accueille les curieux et étanche, dès le pont du bateau, leur soif de savoir sur la cité phocéenne. « Il a connu des choses qui n’existent plus maintenant, donc il ponctue ses balades d’anecdotes d’un Marseillais depuis 65 ans, s’émerveille-t-elle. Il a une véritable faconde marseillaise ».

    À l’Estaque, le petit groupe arpente les rues étroites, gravit les escaliers, observe les villas et s’étonne devant une tour au style médiéval édifiée dans un jardin, au XIXe siècle. Surtout, la découverte du ruisseau des Riaux représente une étape indispensable pour la présidente de l’association. « Il est important pour nous de montrer le ruisseau des Riaux, qui est un cours d’eau qu’on oublie. Quand il fait sec, il ne coule pas du tout et s’il y a un épisode méditerranéen, il peut couler très fort », justifie Marianne Ruelle.

    L’association entend parler de sa ville dans tous ses aspects : « Le populaire, le riche, les anciennes mines, la botanique, les risques d’effondrements ou d’inondations… Tout ce qu’il faut, c’est être pédagogue », affirme-t-elle.

    10€ par personne. Inscription obligatoire sur marseille-autrement.fr

  • Marseille : une dernière soirée festive et gratuite pour les Apéros du 4-5

    Marseille : une dernière soirée festive et gratuite pour les Apéros du 4-5

    Pour cette dernière date des Apéros du 4-5, le Makeda, salle de spectacle marseillaise, en partenariat avec la mairie des 4e et 5e arrondissements, propose un voyage sonore entre l’Afrique, les Caraïbes et l’Amérique latine.

    Cette soirée vient conclure une série de cinq rendez-vous musicaux organisés cet été. Chaque date a été un franc succès. « Notre dernière date du 22 juillet était énorme, il y avait beaucoup de spectateurs », se réjouit Francine Ouedraogo Bonnot, gérante du Makeda.

    Ce mardi soir, de nombreuses personnes sont également attendues (nombre de places limitées). Dès 18h30 et jusqu’à 23h, cette soirée, intitulée « Casa Tropical » sera orchestrée par le collectif de DJ marseillais Mobylette Sound System. « C’est un collectif local avec lequel on a l’habitude de collaborer, ils aiment leur travail et ça se ressent », confie Francine Ouédraogo Bonnot.

    « Gratuit et accessible à tous »

    Au programme, Dj sets et concerts live. Le groupe local franco-chilien Cumbia Chicharra sera également mis à l’honneur. Il est décrit comme « un vrai laboratoire musical au service de la danse » sur les réseaux sociaux de Mobylette Sound System. Un mélange de rythmes tropicaux, fusionnant cumbia, afrobeat, funk, mais également hip-hop, taillé pour faire vibrer le public marseillais.

    Les Apéros du 4-5 se veulent avant tout inclusifs et populaires. « Cet événement joue un rôle fédérateur, puisqu’il est gratuit et accessible à tous », affirme Francine Ouédraogo Bonnot. « Que tu sois médecin, étudiant, sans-abri, que tu aies 2 ans ou 80 ans, tu peux avoir accès à ces soirées », insiste-t-elle. Une activité ouverte à tous, qu’importent l’âge et le statut social. En plein air, les spectateurs seront invités à danser, se retrouver et à célébrer la musique venue des quatre coins du monde.

    Le choix du Parc Longchamp n’est pas anodin : « C’est un espace emblématique de Marseille où il n’y a pas forcément beaucoup d’événements. Cela permet d’offrir un moment culturel au cœur de la ville », ajoute la gérante du Makeda.

    Entre Dj sets de Mobylette Sound System et concerts live de Cumbia Chicharra, cette soirée vient clore en beauté les Apéros du 4-5. « Un final qui promet d’être chaud », selon le collectif de DJ marseillais.

    Infos pratiques : https://etemarseillais.fr/evenements/aperos-du-4-5

  • [Les Petits débrouillards] plongent dans l’astronomie au centre social Bernard-Dubois

    [Les Petits débrouillards] plongent dans l’astronomie au centre social Bernard-Dubois

    C’est au centre social Bernard-Dubois, dans le centre-ville de Marseille, que Les Petits débrouillards ont proposé une double animation sur le thème de l’astronomie, avec enfants et parents.La première visait à faire découvrir notre système solaire à travers des jeux et des expérimentations sur la gravité, l’expansion de l’univers ou encore la notion d’orbite. Pour la seconde, c’est un focus sur notre planète bleue, la Terre, qui a été décidé.Des thèmes vastes et complexes que les Petits débrouillards cherchent à explorer avec un angle ludique. Mission réussie !

  • À Marseille, le Delta Festival mêle grands noms de l’électro et engagement sociétal

    À Marseille, le Delta Festival mêle grands noms de l’électro et engagement sociétal

    Le plus grand festival de musique électronique de France revient à Marseille sur les plages du Prado à compter de mercredi et ce jusqu’à dimanche. Avec le Delta Festival, ce sont près de 150 000 participants qui vont se croiser pendant ces cinq jours. L’affiche est très riche avec plus de 250 artistes à rayonnement international attendus. Ils se produiront sur cinq scènes différentes : la retro house, la scène découverte ou encore la 360 degrés de laquelle on peut profiter d’une vue sur la mer et le festival.

    Bob Sinclar, véritable roi de la scène house, va se produire, dès le premier soir, en collaboration avec sa fille, Paloma Le Friant. Leur duo est détonnant comme celui des DJ d’Ofenbach, le groupe français actuel qui s’exporte le plus. Petite nouveauté pour les plus nostalgiques : « la scène secrète 2000’s ». Elle se cache sur le domaine du festival. Il faut donc la retrouver pour pouvoir se délecter à l’écoute d’un DJ qui revisite chaque soir les classiques des années 2000.

    Plus que la musique

    Le Delta Festival ne se cantonne pas uniquement à la musique. Ses organisateurs entendent y relayer les questionnements de notre société auprès des jeunes. En marge de la programmation musicale, se tiendra un forum avec des débats mettant en scène le monde associatif aux côtés de personnalités publiques tel le député européen Raphaël Glucksmann. Sont présents également 10 villages touchant à des thématiques variées : l’environnement (sensibilisation à la lutte contre les déchets sauvages…), la santé (échanges autour de la santé mentale, distribution de préservatifs et d’éthylotest), les arts (expositions d’artistes), les opportunités (présence de 25 entreprises qui recrutent) ou le vivre ensemble (acteurs de la solidarité avec les Restos du Cœur…). De quoi faire.

  • [Les Petits Débrouillards] entre astronomie et planète bleue au centre social Bernard-Dubois

    [Les Petits Débrouillards] entre astronomie et planète bleue au centre social Bernard-Dubois

    C’est au centre social Bernard- Dubois dans le centre-villede Marseille que les Petits Débrouillards ont animé une double animation sur le thème de l’astronomie, avec enfants et parents. La première visait à faire découvrir notre système solaireà travers des jeux et des expérimentations sur la gravité, l’expansion de l’univers ou encore la notion d’orbite. Pour la seconde, c’est un focus sur notre planète bleue, la Terre, qui a été décidé. Des thèmes vastes et complexes que les Petits Débrouillards cherchent à explorer avec un angle ludique, mission réussie !

  • [Chefs-d’oeuvre des musées de Marseille] Au Musée Cantini, La femme Cuillère d’Alberto Giacometti

    [Chefs-d’oeuvre des musées de Marseille] Au Musée Cantini, La femme Cuillère d’Alberto Giacometti

    Son apparition parmi les miroirs, les cheminées et les baies du salon de Cantini est à la fois simple, grave et mystérieuse ; elle relève de l’impensable et de choses qui nous sont familières. Cette sculpture est la somme de plusieurs mondes ; les vocabulaires qu’elle traverse ne l’empêchent pas d’arborer une profonde unité. Son nom de Femme-Cuillère lui convient parfaitement. Elle appartient au règne du sacré et de la magie. Cependant, cette silhouette amplifie la structure d’un objet parfaitement ordinaire. Elle reste accessible. L’humour, l’hospitalité et la sensualité ne lui sont pas étrangers.

    Ce qui retentit prioritairement, c’est de l’archaïque et du lointain, l’écho des objets et des rituels de l’Afrique. La blancheur et la sobriété du travail effectué sur le plâtre évoqueraient les marbres des Cyclades. Simultanément, plusieurs singularités de cet objet relèvent de l’art du premier vingtième siècle. La netteté de l’ovale du corps de cette sculpture fait songer à Brancusi. Le socle, les cylindres et les rectangles qui soutiennent et couronnent cette forme centrale procèdent du cubisme ou bien des intuitions de Jacques Lipchitz.

    Cette créature n’a ni bras ni jambes. Une tête et un œil de cyclope sans séduction. On rencontre chez elle verticalité, géométrie et frontalité. Un renversement s’opère dans les creux de son ventre, elle n’est pas une idole inatteignable. Entre la partie la plus haute de la cuillère et les renflements du bas, une vitalité s’affirme. Lentement perceptible, discrètement charnelle : on devine un sens de l’accueil, des orientations et des symboles qui évoquent l’amour et la fécondité.

    Fin 1926, lorsque la Femme-Cuillère est exposée pour la première fois au Salon des Tuileries, Giacometti a 25 ans. Il s’est établi à Paris en janvier 1922. Dans les galeries il découvre de quoi sont capables Pablo Picasso et les Surréalistes. Pendant l’hiver 1923, il visite et médite fortement l’Exposition d’Art africain et océanien du musée des Arts décoratifs.

    En face de son arbre généalogique, un créateur entame une ritournelle. Sans collages ni citations, cette soudaine synthèse du jeune Alberto dévoile une fabuleuse acuité. Femme-Cuillère est un monument de taille humaine, simultanément archétypal et novateur. Avec des réminiscences, des commotions et des avancées, c’est un aller-retour du côté des arts premiers, un bond en avant vers l’inconnu.

  • Les œuvres de Dufy mises à l’honneur

    Les œuvres de Dufy mises à l’honneur

    Raoul Dufy (1877-1953), artiste visionnaire au service de la mode, portait de multiples casquettes : peintre, dessinateur, graveur et décorateur. La Banque, musée des cultures et du paysage de la Ville d’Hyères, le met à l’honneur dans l’exposition « Raoul Dufy et la mode ».

    Franck Mei, commissaire de l’exposition et directeur du musée, rappelle que « Dufy est un peintre avant tout ». L’exposition dévoile alors un aspect souvent méconnu du travail du créateur : l’aventure du textile et de la mode. Franck Mei souligne qu’il a été le premier artiste à avoir été embauché par l’industrie textile, en l’occurrence par la maison Bianchini Férier au début du 20e siècle. Les pièces inspirées par Dufy sont prêtées au musée par la Maison Brochier Soieries.

    Les créations de Dufy reprises par les plus grands

    Les motifs qu’il a inventés sont présentés sur des tissus encadrés pour les besoins de l’exposition. Ayant été repris par de grands couturiers de l’époque comme Paul Poiret ou contemporains tels Chanel, Christian Lacroix ou Agnès b. vingt-cinq robes de leur création sont disposées sur des mannequins mises en scène sur un podium de défilé de mode. Est également présenté un somptueux châle en fils de soie et d’or mesurant 2,5 mètres sur 2 mètres. Enfin, le visiteur peut s’arrêter devant une vidéo d’un défilé de Karl Lagerfeld, également inspirée par l’artiste.

    La scénographie de l’exposition se structure autour des cinq grandes thématiques inspirant le travail de l’artiste : les animaux, les fleurs, des scènes de vie, la mythologie et des formes abstraites (rayures, chevrons…) Son art a été sublimé par différents costumiers pour le cinéma, le théâtre ou l’opéra. Il a été consacré lorsque Catherine Leterrier a reçu en 2000 le César « meilleurs costumes » pour le film Jeanne d’Arc de Luc Besson. Selon le musée, « sur chaque vêtement, le motif imaginé par Dufy prend vie, réinventé par la main du couturier, adapté au mouvement du tissu et à l’esprit du temps ». Cette exposition est ouverte au grand public : « très colorée, très vivante, elle peut plaire à tout le monde et notamment aux curieux de la mode » conclut Franck Mei.

    jusqu’au 16 novembre au musée La Banque à Hyères. 04. 83. 69. 19. 40

  • [Le coin du polar] Les perdants magnifiques

    [Le coin du polar] Les perdants magnifiques

    Si Sam Peckinpah n’a consacré qu’une part minime de son œuvre au policier, il n’est pas exagéré d’affirmer que ses films ont marqué des dizaines d’auteurs et nombre de réalisateurs, à commencer par Michael Cimino, Martin Scorsese et Quentin Tarantino. Trop hâtivement taxé de cinéaste de la violence, on perd souvent de vue qu’elle n’a jamais rien de gratuit ni de complaisant chez lui et qu’elle ne fait, de La Horde sauvage à Croix de fer, en passant par Les Chiens de paille et Guet-apens, que servir de miroir à celle d’un monde désespérant où tentent de survivre des hommes désespérés. Franc-tireur, dynamiteur de la légende dorée d’Hollywood et des mythes américains, il n’aura eu de cesse de déjouer les pièges de la réussite, refusant l’ornière des succès formatés pour tenter d’imposer à des producteurs butés sa vision d’un monde d’où la happy end est proscrite.

    S’il est fasciné et par l’homme et par son œuvre, Gérard Camy s’est refusé à l’hagiographie trop fréquente des biographes. Il les prend en bloc, comme Clémenceau la Révolution française, ne cachant rien du Mister Hyde dans l’ombre du Docteur Jekyll, louant le génie de Peckinpah, son incroyable maîtrise de tous les métiers du cinéma, mais exposant sans fard aussi ses zones noires, ses accès de violence, ses obsessions sexuelles, sa tyrannie, un alcoolisme destructeur et le recours à la drogue.

    Une somme impressionnante

    C’est un travail de titan auquel s’est attelé Camy, des années de recherches stimulées par une passion de toujours, qui ne laisse rien dans l’ombre, des années de jeunesse dans un Ouest qui a imprimé la légende quand elle surpassait la vérité, de ses débuts comme metteur en scène de théâtre, de ses premières armes dans les débuts de la télévision où il réussira, malgré de sévères contraintes, à renouveler le western, au grand écran, enfin. Camy le suit pas à pas, dans les méandres de la création, disséquant ses quatorze films, les embûches, les déceptions, les projets avortés, les combats contre le monde entier, mais surtout une inventivité permanente et une flamboyance qui se retrouve même dans les fims les moins réussis.

    Un livre de spécialistes certes, mais qui stimule, qu’on dévore et qu’on doit recommander à tous ceux qu’un cinéma différent et précurseur passionne.

    Sam Peckinpah, le rebelle mélancolique
    Gérard Camy Institut Lumière/Actes Sud 840 p. 34
    euros

  • [Lecture] Le malheur n’attend pas le nombre des années

    [Lecture] Le malheur n’attend pas le nombre des années

    « Gabriella, les jeunes de la Cité Radieuse, un homme qui part en fumée et une jeune fille qui s’évapore… » Telle est l’aventure dans laquelle La Marseillaise vous embarque chaque week-end pour découvrir un extrait d’un des romans de la Fille du Poulpe écrit par Lucile Debaille. Ils signent le retour du Poulpe
    – personnage phare de la littérature noire des années 90 et 2000 – aux éditions Moby Dick.

    Pour l’idéologie elle serait plutôt redevable à Pedro et Gabriel, ses « mentors » mais toujours avec tact, sans arrogance. Bref, Gabriella ignore que Saadi fut un immense poète persan, mais elle ne voit pas du tout comment la Pologne s’intégrerait dans cette identité. « Phonétiquement, ça ne le fait pas… » pense Gabriella, une intuitive. Une photo de la victime dévoile un beau jeune homme un peu sombre, aux cheveux blonds très courts, au visage encore poupin et aux lèvres pulpeuses, gourmandes. Une gourmandise à jamais inutile désormais. La vie est passée pour Saadi. Il y eut donc quelques années dans la Légion, le sens de « l’honneur et de la fidélité », puis cette interruption involontaire de son engagement… Et enfin son inscription à l’École, qui devait changer son existence et tragiquement y mettre un terme. De nombreuses empreintes ont pu être relevées, malgré la désolation, dans le repaire de ce jeune homme méticuleux, qui ne recevait jamais personne, sauf Sara, sa sœur de cœur, son amoureuse platonique (sentiment non réciproque de la part de la jeune fille pour son « frère »), ce qui ne le gênait en rien. D’une part, il était peu porté sur le sexe. D’autre part Sara a toujours clamé « se réserver » pour l’homme qu’elle aimera d’amour, un seul. Le père de ses enfants. Il est d’ailleurs impensable qu’il soit gadjo, étranger à la communauté des gens du voyage. Une vraie gitane

    Sara. Cette jeune flamboyante possède ce don de transfigurer la vie. Celle de Saadi, entre autres, en fut changée. Seulement voilà que tout se complique : le décès reste inexpliqué et Sara, logiquement localisable puisqu’elle vit à proximité avec ses deux frères, a disparu. Pas facile d’identifier un ancien légionnaire au prénom persan, aux origines polonaises, né sous X. Et que l’Administration, dans sa bêtise, son indifférence, sa terrible cruauté a d’ailleurs enregistré ainsi. Piotr X, pour identité initiale. On comprend qu’il ait eu envie de s’en débarrasser ! Assez malaisé également de suivre un feu follet comme Sara, toujours en mouvement, jamais à court d’idées, d’un réalisme variable. Un couple presque fusionnel pourtant, précise l’entourage, en dépit de leurs différences fondamentales. On sait déjà par les commentateurs, non sollicités d’ailleurs, qu’il lui apprit à se poser, à se canaliser. Elle lui enseigna le sourire, la joie

    innocente de l’instant. Oui, cela vaut bien un couple, tout compte fait. Le téléphone de Gabriella vibre, en mode « silence ». Toujours, dans les lieux publics. Peu éduquée Gabriella mais délicate. C’est Gabriel.

    — Salut, ma louloute ! Dans quel pays voyages-tu

    sur le réseau en ce moment, Équateur ? Gabriel sait que « sa fille » y envisage un ambitieux projet écologique, le rêve de sa vie.

    — Et non ! Je suis dans le sud de la France, figure-toi. Enfin virtuellement, sinon je déjeune à la SainteScolasse. Mais j’irais bien faire un tour à Marseille, un jour ! Pas toi ?

    — Je connais par cœur, ma belle !

    — En fait, je lisais un article sur un incendie qui vient de se produire dans les quartiers Nord.

    — Oui, un incendie criminel volontaire. Un mort.

    — Ah, bon ? Je trouve que tu boucles un peu vite

    l’affaire ? Je te connais plus prudent.

    — Je ne la boucle pas. Bien au contraire, je l’ouvre. — Bon, on en reparle mon Gaby… On est en train

    de m’apporter mon Falafel aux herbes et je vais recommander un verre.

    — Quand je pense qu’ils proposaient de si bons

    pieds de porc, soupire Gabriel.

    — La prochaine fois, on viendra déguster la spécialité mensuelle ensemble. OK ? Une tuerie ! Tu ne vas pas en revenir. Gabriel connaît. Il ne dit rien. Elle est si heureuse de lui proposer quelque chose. Mais juste avant de raccrocher :

    — Gaby, cette histoire à Marseille, tu crois que c’est vraiment intéressant, même (ou alors justement « parce que ») tout le monde s’en fout au fond ?

    — Tu sais, j’ai atteint un âge où tout m’intéresse et tout m’étonne. Alors oui, pour moi, c’est intéressant. Cette population de jeunes l’est déjà. L’expérience pédagogique aussi. Les journalistes ne s’y sont pas trompés.

    — Tu suis aussi leur « blog » ?

    — Ça m’arrive. Je garde un œil dessus. Le Parisien avait fait un article sur cet établissement, à sa création, je crois bien. Tu vois, on a parfois les mêmes lectures !

    Mais pas les mêmes films, je sais… ajoute-t-il, espiègle. .

    Chapitre 3

    — Madame, c’est quand qu’on nous construit la piscine ?

    Sitôt passé le portail, où veille d’ailleurs, dans sa loge, un agent de sécurité 24 heures sur 24 (la Direction étant bienveillante mais pas téméraire), on tombe sur un bel espace circulaire où trône un vieil olivier entouré de lavandins. Il y aurait la place pour la construction d’un bassin, en effet.

    — Oh, Amine, tu te crois où ? Au Club Med ? répond « Madame ».

    On ne dit plus « Mademoiselle » et leur maman est souvent si jeune…

    — Vous avez la chance d’être dans un magnifique lieu de formation pour vous occuper de vous, vous consacrer à votre avenir. Un véritable petit campus à l’américaine, bien plus beau que la plupart des endroits où nous avons fait nos études, je peux vous l’assurer ! 10 000 m2 de bâti, des pierres, des poutres magnifiques, une verrière, par laquelle la lumière entre à profusion (le bruit de la pluie aussi, en cas d’orage !). Quatre hectares de parc, une infrastructure à faire pâlir d’envie, et – disons-le – pour certains de jalousie…

    — Et ben ! Ça coûte cher l’éducation persiflent-ils !

    — Et l’ignorance, donc ! leur répond-on.

    Les équipements sportifs sont remarquables : un vrai terrain de foot, un gymnase, des appareils plutôt sophistiqués et même le seul mur d’escalade des quartiers Nord. On a récemment ajouté une salle d’armes, car un formateur (de maths), escrimeur, a proposé une initiation gracieuse à son art. Une Fondation d’entreprise a offert le matériel nécessaire. Alors, l’École accueille chaque semaine, non seulement ses propres activités mais celles de petits centres sociaux alentour, avec un public plus jeune. Ainsi se veut-on ouvert sur l’environnement le plus largement possible, toutes générations confondues. On y a récemment organisé un concours de pétanque, avec « le club des Vétérans Boulistes » voisin. Un succès, mais surtout de grandes parties de fou-rires pour les protagonistes, les jeunes plutôt maladroits face aux joueurs expérimentés. Amine n’écoute plus grand-chose mais sourit de toutes « ses dents du bonheur » qui, souhaitons-le, lui porteront chance. D’ailleurs, il ignore ce que sont les mètres carrés, les hectares… Le centre social, il connaît depuis sa petite enfance. La piscine ? Ils en parlent entre eux, mais, à l’instant, c’était pour taquiner Madame.

    Il est rare de ne pas s’appeler par son prénom (même entre apprenants et enseignants), mais « Madame » n’est pas inscrite parmi les stagiaires. Son jeune âge pourrait l’y inclure, si sa trajectoire n’était autre. « Madame », c’est Clémence, la fille du pharmacien local. Son père, franco-marocain a fait ses études à Marseille, sa mère, bretonne, a passé alors un diplôme de préparatrice en pharmacie. Ils étaient jeunes, amoureux. Elle a ainsi pu aider professionnellement son mari. Une petite fille est née : Samia-Clémence. Plus tard, celle-ci a choisi le second prénom, français. Bien sûr, même si elle était attirée par cette École atypique, presque en face de la pharmacie paternelle, il n’a jamais été question qu’elle l’intègre. Les parents exigeaient le bac. Elle l’a obtenu du premier coup. Ensuite, elle s’est inscrite à la Faculté de Psycho à Aix-en-Provence. Nous sommes en mars et elle y a mis les pieds trois fois. Elle n’aime pas Aix, est déçue par la discipline choisie et manque d’enthousiasme et d’autonomie pour suivre ce parcours. Alors, après quelques mois d’inactivité à peu près totale, son père a élevé la voix.

    — Tu vas trouver un truc, n’importe quoi à faire, ou je t’expédie au Maroc. Au moins du aideras Mamie, qui s’occupe de tes jeunes cousins et commence à être fatiguée.

    C’est la menace récurrente. Pourtant Casa est une bien belle ville, mais Clémence se sent française. À l’exception de Kader, le pharmacien, ses deux sœurs et son frère sont restés sur place, y ont fondé leur famille et les deux parents travaillent. Alors, la grand-mère est mise à contribution. Elle râle, mais cajole les petits et les nourrit avec un sourire qui en dit long sur sa satisfaction et sa fierté personnelles. Bon, pour Clémence : niet ! Pas question. Sa vie est en France, elle l’a toujours revendiqué. Alors, comme elle est titulaire du BAFA, jeune et sportive, elle a posé sa candidature à l’École pour accompagner les séquences « Sports et découvertes » : de la ville, du Mucem, de la voile… Tout le monde la connaissait déjà. Elle adore les enfants et dispense une grande douceur (Est-ce la sonorité du prénom ?). Elle a été acceptée d’emblée comme intervenante et assure aujourd’hui trois créneaux hebdomadaires. L’un avec des stagiaires de l’École, les deux autres avec des enfants plus jeunes, qui bénéficient ainsi de ces équipements et de l’encadrement. Bien des aspects – financiers en particulier – sont violemment critiqués par des opposants politiques. Mais les jeunes semblent si épanouis… Et La Marseillaise soutient ; un sérieux coup de pouce. Cette exception locale ne cesse d’ailleurs pas de surprendre : ni réels conflits, ni clans, une cohabitation relativement souple des communautés, en dépit d’un certain durcissement récent : les jeunes femmes en particulier sont de plus en plus agressives et peuvent en venir aux mains pour des histoires amoureuses le plus souvent. D’une façon générale, il n’y a pas d’affrontement religieux non plus, même si les musulmans du Maghreb se méfient de ceux de Mayotte, les maghrébins et les gitans n’ont pas de connivence spontanée, chacun fréquente ses bars, ses lieux, donne rendez-vous sur « sa » place… Et tous manifestent une certaine défiance vis-à-vis de ceux d’en ville, comme ils nomment les jeunes résidant au centre, soupçonnés d’arrogance. La communauté des pays de l’Est inspirerait plutôt un respect prudent, nourri de crainte. Depuis maintenant plus d’une décennie, aucune bagarre sérieuse n’a éclaté : pas d’opposition idéologique, de nature religieuse ou politique. Quand les mots manquent, la pensée aussi… Pas de guerre des gangs, pas de gang d’ailleurs. Tous les jeunes sont volontaires pour suivre ce parcours. Certains, il est vrai, s’inscrivent par opportunité, en attente de leur procès, et disparaissent sitôt leur liberté retrouvée. Les entrées sont permanentes et les sorties individuelles, au gré des circonstances, la meilleure étant la signature d’un CDI. Il faut préciser qu’ils ne lisent aucun journal, sauf quand on y voit leur photo, ne regardent que le sport à la télévision, surtout le foot, et sont donc indifférents, éloignés de toute sorte d’influence directe, hormis celle des réseaux. Récemment, un événement atypique a, contre toute attente, capté leur attention. Un nouvel inscrit parlait araméen. Personne ne savait de quoi il s’agissait (y compris plusieurs formateurs…).Un prétexte à une plongée dans l’Histoire liturgique, qui a semblé intéresser tout le monde. Même Sara, peu portée sur les études. Elle danse le flamenco à merveille, est éblouissante de grâce et d’expressivité, mais n’apprécie vraiment que le Français et surtout l’atelier théâtre. Elle se présente parfois aux castings de petites productions, de séries régionales et décroche quelques jours de figuration. Elle aime cette ambiance de tournage, cette pagaille très contrôlée et bien sûr les maigres revenus que cela lui assure. Mais elle rêve d’avoir une phrase à dire ; pas grand-chose : une phrase ! Elle est d’ailleurs aussi expansive et bavarde que son ami Saadi se montre discret. Ils doivent avoir rendez-vous car il est posté à la sortie de l’atelier théâtre, à droite de la porte, immobile et droit comme un I, vêtu de beige et chaussé de Rangers fort chaudes pour la saison.

    — Le cours finit dans dix minutes lui précise Clémence, qui tente d’échanger avec lui, pour se rapprocher de Sara ; celle-ci la fascine mais semble superbement l’ignorer.

    — Tu sais bien que je suis toujours à l’heure. C’est-à-dire en avance. On ne peut qu’être en avance ou en retard. Moi, je suis en avance.

    Il porte, roulé sur l’épaule gauche et enserré dans une patte de sa chemise, le béret de la Légion, accessoire dont il ne se sépare jamais. Cela intrigue mais le jeune homme décourage spontanément toute question. On ne sait trop pourquoi, il inspire une idée de droiture et de sagesse, sans doute en raison de sa maturité supérieure à celle du public qui l’entoure. Il ne se montre jamais pédant, mais s’est autorisé, un jour, une citation du poète homonyme : « L’excès de sévérité produit la haine. L’excès d’indulgence affaiblit l’autorité.

    … à suivre

  • Hortense, épouse de Paul Cezanne : épreuves et solitudes

    Hortense, épouse de Paul Cezanne : épreuves et solitudes

    Leurs amours furent clandestines, elle garde son nom de jeune fille avant de devenir officiellement, en 1886, Madame Cezanne. De neuf ans plus âgé qu’elle, le peintre la rencontre à Paris en 1869. Pendant l’été de 1871, quand elle quitte l’Estaque pour la capitale, Hortense Fiquet est enceinte : son fils naît le 4 janvier 1872. Longtemps expéditive et malveillante, l’histoire de l’art entame à son propos une indispensable réévaluation. Entre 1872 et 1892, elle fut un modèle fréquemment sollicité : Cézanne l’immobilisa pour 28 ou 29 toiles, des dizaines de dessins et des aquarelles.

    On s’intéressait à ses apparitions parce que Matisse, Picasso, Braque et Juan Gris, un écrivain comme Rilke, les ont passionnément regardées. Dans les coulisses des catalogues et des biographies, en tant que personne, Hortense Fiquet était largement dépréciée. John Rewald et les historiens de l’art estimaient qu’elle ne comprenait rien à l’œuvre de son mari. D’abord sincèrement amoureux, le peintre préféra la solitude de l’atelier et les séparations. Sans songer au divorce, sur fond de pressions familiales et de soucis d’argent, ce fut souvent « Guerre et Paix » Cezanne résumait ironiquement ses relations avec son épouse et son fils : « une boule », « un boulet ». Pour ce couple, rien de glorieux : une tristesse qui se retient et des accalmies.

    Hérisson et « Cœur simple »

    Le mérite du récent volume (69 euros, 396 pages, Venus Star Éditions) composé par deux érudits, François Chédeville et Raymond Hurtu, est d’avoir retracé les sentiments éprouvés par ces deux personnes lieu après lieu, en région parisienne, lors de séjours en Suisse ou bien à Vichy, en Provence où Hortense s’ennuyait copieusement ; instable et désargenté, Cezanne changea de domicile au moins 30 fois. Sources et témoignages sont rares, cette recherche est complexe : le couple n’a pas conservé les lettres qu’il échangea, des photographies d’Hortense existent uniquement après le décès de Cezanne. L’entourage du peintre, si l’on excepte les compagnes du docteur Gachet et de Renoir, n’avait pas d’affection pour Madame Cezanne.

    Chédeville et Hurtu aboutissent à de très simples conclusions. Cette union entre un peintre sans aisance vis-à-vis des femmes et la brocheuse d’un atelier de reliure, était grevée par de lourdes différences de culture et de tempérament. Hortense était « un cœur simple », un être enjoué et déterminé. Le très subtil Cézanne pouvait se comporter comme un rustre ou bien comme un hérisson.

    Elle avait son charme et son maintien. Elle savait s’habiller. Ses vestes à col haut, le velours noir et les rubans de satin gris qu’elle arbore quand ses cheveux sont dénoués, ses corsages rouge carmin et sa robe avec des rayures verticales, le nœud bleu de sa chemise ne s’oublient pas. Elle se plia aux exigences d’un peintre, qui raconte Vollard, suspendait ses gestes et méditait pendant de longues minutes avant de poursuivre son travail. Ne pas bouger, les paroles étaient interdites. Quand il souffrait d’insomnie, il la réveillait, elle lui faisait la lecture. Cette femme élégante et dévouée ne fut pas constamment docile. Son regard s’absente, devient maussade, trahit des soucis, de l’impatience et de l’ennui.

    Après le décès du peintre, grâce au dynamisme des ventes d’Ambroise Vollard, sa silhouette d’héritière s’alourdit et s’endurcit, trouve de quoi effacer les frustrations d’antan. Elle reste énigmatique. Ses cheveux sont courts, son visage fait penser à Gertrude Stein. Hortense s’émancipe, échappe à la cage picturale : elle fréquente les grands hôtels, s’habille richement, flambe une partie de sa fortune au casino de Monte-Carlo, achève sa vie en 1922 à Paris, dans un appartement de la rue Miromesnil.

    Absentes dans l’exposition du musée Granet, trois pièces singulièrement émouvantes de Cezanne surmontent cette donne ingrate. À cause des rebuffades de sa belle-famille, Hortense habitait rarement le Jas de Bouffan. New York et le Metropolitan Museum n’ont pas consenti aux prêts de Madame Cezanne dans la serre et de Madame Cezanne au fauteuil jaune. En extérieur, près d’un muret du Jas, voici des fleurs et les branches d’un arbre ; les avant-bras et les mains de la modèle sont à peine esquissés. Dans la seconde toile, composition vacillante et déséquilibrée, le regard d’Hortense est ferme ; sa main gauche serre la tige d’une rose. Manque aussi chez Granet, issue d’une collection privée, l’aquarelle qui accompagne cet article. « Une tendresse inhabituelle », écrivait John R Rishel : pas loin d’Hortense qui se remémore, surgissent les pétales et les feuilles d’une fleur qui favorise les jeux de mots.