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  • Les tractations pour la Métropole s’accélèrent en coulisses

    Les tractations pour la Métropole s’accélèrent en coulisses

    Au moment de la publication des premiers résultats ce dimanche soir, le président (Ren.) de Région Renaud Muselier estimait qu’il « n’y a pas de bouleversement majeur » à Marseille. « Benoît Payan reste maire, et la Métropole restera vraisemblablement dans notre sensibilité politique », expliquait-il. Avec le second tour des municipales ont en effet été aussi désignés les conseillers siégeant à la Métropole Aix-Marseille-Provence. Mais si l’intercommunalité reste inclinée à droite, les équilibres y sont bouleversés par l’effondrement de sa présidente (DVD) Martine Vassal. Balayée aux municipales avec à peine plus de 5% des suffrages à Marseille, elle n’a plus que quatre sièges dans son propre hémicycle, et a finalement reconnu dimanche soir qu’elle ne pourrait conserver son siège. « J’ai fait un choix de responsabilité. En politique, il faut rester fidèle à ses convictions », expliquait-elle à la presse. De quoi rebattre toutes les cartes. Et faire chauffer les téléphones.

    Une Métropole des maires

    Avec la très large victoire de Benoît Payan, Marseille amène en effet quatorze élus de gauche supplémentaires (67 au total), ce qui porte les rangs de la gauche métropolitaine à 93 élus, selon l’étiquetage préfectoral. De leur côté, les centristes comptent dans leurs rangs 18 conseillers, la droite 71. Il faut encore ajouter treize maires de petites communes, sans étiquette. Et surtout les 36 élus classés à l’extrême droite, dont 30 Marseillais portés par les scores du député RN Franck Allisio. Un hémicycle éclaté d’où il est difficile de sortir la moindre majorité.

    « La question des équilibres politiques n’est pas le sujet n°1, tempère le vice-président salonais sortant David Ytier (LR). C’est est-ce qu’il y a une vision commune partagée par l’ensemble des maires. » Chacun répète ainsi qu’il faut faire sortir la Métropole des chicayas politiques marseillo-marseillais dans lesquels elle s’était embourbée, pour qu’elle remplisse pleinement son rôle d’établissement public de coopération intercommunale (EPCI). « Dans la mesure où le législateur n’a pas pris de mesures, il faut qu’elle soit réformée de l’intérieur, avec une gouvernance plus partagée, qui soit plus respectueuse des maires », plaide ainsi la maire (UDI) d’Aix-en-Provence, Sophie Joissains. « Il faut qu’on trouve les moyens pour que chaque sujet soit travaillé avec les communes concernées », explique ainsi le maire (PS) de Vitrolles, Loïc Gachon. Beaucoup plaident ainsi pour reprendre la main sur les compétences qui touchent à leur territoire, même indirectement, à l’image du « New Deal » proposé par le maire (DVG) de Marseille Benoît Payan. « Il suffit qu’on ait la main sur les outils métropolitains qui concernent la ville de Marseille », expliquait-il au moment de présenter son programme, ne demandant qu’à « vivre notre vie de commune dans un cadre intercommunal, comme toutes les communes ».

    Cette « Métropole des maires » préservée des débats politiques, l’édile salonais Nicolas Isnard (LR) s’en est fait le promoteur, faisant campagne en coulisses pour prendre la tête de l’intercommunalité lors d’une première séance prévue le 7 avril prochain. « Il échange avec tous les maires, pour voir si tout le monde et prêt à passer à une nouvelle étape », explique David Ytier qui le présente comme « l’homme du consensus, qui fait le lien avec tout le monde ». « Le retrait très digne et immédiat de Martine Vassal permet de dépolitiser tout ça », pointe-t-il.

    Sophie Joissains

    ne s’interdit rien

    Mais le maire de Salon-de-Provence ne fait pas l’unanimité à droite, où le vide laissé à Marseille nourrit les appétits. D’autres noms circulent, à l’image du président de maire des Bouches-du-Rhône Georges Cristiani (SE), auquel on prête surtout des ambitions sénatoriales. Sollicité, celui-ci n’a pas donné suite. Le nom de la maire UDI d’Aix-en-Provence revient aussi. « Je suis plutôt attentive à tous les programmes qui pourraient se dessiner de la part des candidats potentiels », explique-t-elle. Peut-elle ambitionner de présider la Métropole ? « Je fais partie de ceux qui ne s’interdisent jamais rien, mais je n’ai absolument pas décidé quoi que ce soit », répond-elle. Rappelant malgré tout que le conseil de territoire du Pays d’Aix avait su rassembler des municipalités très différentes.

    Reste aussi le risque de voir une majorité obtenue grâce aux voix de l’extrême droite, Franck Allisio proposant fin février « un contrat de gouvernance avec des maires qui partagent nos valeurs ». Après avoir joué du chantage auprès des maires sortants, agitant la menace de listes RN face à eux s’ils ne signaient pas son label « La Provence qu’on aime ».

    S’ajoute aussi des dossiers très politiques au menu de l’intercommunalité pour les années à venir, à l’image de l’arrivée à terme des grandes délégations de service public, depuis celle de l’eau jusqu’à celle de l’incinérateur de Fos, en passant par le tunnel Prado Carénage. Un exemple parmi les nombreux dossiers qui peuvent rester clivants.

    Candidature à gauche ?

    Tandis que le maire de Marseille doit rencontrer ceux de Salon et Aix, l’hypothèse d’une candidature unique à gauche n’est pas écartée, à l’image de celle de Gaby Charroux (PCF) en 2020. Avec l’espoir de « chercher la première place même avec une majorité relative », glisse un connaisseur. « Le futur président doit être un maire, et si possible d’une ville », pointe Loïc Gachon, qui écarte les nouveaux venus comme Robin Pretot et Jean-Pierre Squillari, le temps qu’ils s’installent. « J’ai un rôle à jouer dans cette institution, je suis disponible pour le jouer », assure l’édile vitrollais. Mais il faudrait pour cela avoir le soutien de la gauche marseillaise.

    Quoi qu’il en soit, le futur président aura fort à faire entre les enjeux de la réindustrialisation et les murs budgétaires qui menacent les finances des transports et déchets. Avec des compétences au cœur du quotidien des habitants des 92 communes de la Métropole.

    Des satellites à remettre en orbite

    Derrière la Métropole se pose l’enjeu de la présidence des nombreux organismes qui gravitent autour d’elle. C’est ainsi le cas pour la Soleam, l’aménageur métropolitain, aujourd’hui présidé par Gérard Gazay (LR), battu dans les urnes dimanche à Aubagne. Avec des finances à redresser, qui ont pu pousser à accélérer certains projets comme les 1 000 logements de Vallon Régny dans le 9e. Le bailleur social Provence Métropole Logement est quant à lui aujourd’hui présidé par Solange Biaggi (LR), qui n’a pas réussi à se qualifier au second tour dans les 2e et 3e arrondissements de Marseille. Avec un parc de logements dégradé, sous le feu des critiques durant la campagne des municipales. À la RTM, l’ancienne présidente du groupe d’opposition de droite Catherine Pila (LR) ne siège plus en conseil municipal. Son successeur devra mener à bien la refonte du réseau et la « révolution des transports » amenée à se poursuivre.

    Y.S.

  • Hors-sol, Oziol et Altrad relégués dans l’opposition montpelliéraine

    Hors-sol, Oziol et Altrad relégués dans l’opposition montpelliéraine

    Avec l’assise des 40,73% de J-L. Mélenchon à la dernière Présidentielle, Nathalie Oziol apercevait une porte entrouverte vers la mairie de Montpellier. Fort de sa notoriété et de sa réussite insolente dans les affaires, Mohed Altrad s’imaginait déjà régner sur le Clapas, tel un Georges Frêche de droite. Mais les municipales et les scrutins nationaux répondent à des logiques différentes et on ne gère pas la 7e ville de France comme une multinationale.

    Telle est la leçon que les électeurs ont donnée à Nathalie Oziol (25,06%) et Mohed Altrad (24,81%), sèchement battus dimanche 22 mars dans la triangulaire qui les opposait au maire socialiste sortant, Michaël Delafosse (50,13%).

    Peut-être que les réseaux socialistes tissés par Georges Frêche et que Mohed Altrad rêvait de court-circuiter sont toujours solides à Montpellier. Peut-être qu’en dépit de certains couacs, le bilan de M. Delafosse était suffisamment convaincant pour rendre impossible un scénario dégagiste dont avait été victime Philippe Saurel en 2020. Il n’en demeure pas moins que Nathalie Oziol et Mohed Altrad ont, chacun à leur façon, loupé leur campagne.

    La députée Insoumise a mis du temps a asseoir sa légitimité dans son propre camp, au départ coupé en trois, avant de faire front. Ensuite, l’angle très agressif, parfois caricatural choisi par N. Oziol contre le maire n’a pas permis d’élargir son potentiel électoral ni de réveiller les quartiers populaires. D’aucuns ont eu le sentiment qu’elle menait une campagne nationale anti-PS pour préparer le terrain à Mélenchon. Côté Altrad, la crédibilité a clairement fait défaut après 6 ans à déserter les bancs de l’opposition puis à esquiver les débats publics. Sa liste agglomérat des déçus de P. Saurel ou du macronisme avait tout d’un règlement de comptes personnel dans le conflit qui oppose le milliardaire à M. Delafosse pour son refus de vente du stade de rugby. Le signe qu’en politique l’argent ne suffit pas.

    Avec 7 de leurs colistiers, N. Oziol et M. Altrad siégeront donc sur les bancs de l’opposition. Enfin, pour M. Altrad, rien n’est moins sûr. R.C

  • Agde : la « perle noire » emportée par une vague brune

    Agde : la « perle noire » emportée par une vague brune

    Perceptible dès le soir du 1er tour où Aurélien Lopez-Liguori était arrivé largement en tête (38,44%), la catastrophe a bien eu lieu, dimanche 22 mars en Agde. Le sage retrait du maire sortant Sébastien Frey (3e avec 20,74%) n’y a rien fait. La « perle noire de la Méditerranée » s’est fait emporter par une vague brune. Dans son duel qui l’opposait au médecin agathois divers droite Thierry Nadal (45,13%), Aurélien Lopez-Liguori (54,87%) l’a emporté avec 1 652 voix d’avance et une participation correcte (64,75%) qui ne laisse aucune place au doute.

    Quatrième ville la plus peuplée du département, Agde est donc la première ville héraultaise à basculer aux mains du RN. Terrible pour les habitants de ce territoire sinistré qui compte l’un des taux de chômage les plus élevés de France (17,6%). Mais est-ce bien étonnant ? Dès 2007, Agde avait massivement plébiscité N. Sarkozy (62,47% au 2e tour). Aux deux dernières Présidentielles de 2017 et 2022, M. Le Pen est chaque fois arrivée en tête contre E. Macron (54,37% puis 60,14%).

    Si bien qu’aux législatives 2022, l’élection du député RN Aurélien Lopez-Liguori (59,19%) au 2e tour contre le communiste Gabriel Blasco n’avait surpris personne. Pas plus que sa large réélection aux législatives anticipées de 2024. Ce qu’on n’aurait pas imaginé en revanche, c’est que le député RN soit reconduit dès le 1er tour (51,66%).

    A. Rivière (PS) contre le RN ?

    Nul besoin de se remémorer le score famélique de la gauche au 1er tour de ces municipales (Arthur Labatut 6,52%) pour savoir que depuis longtemps Agde penche très à droite. Mais jusqu’ici, Les Républicains gardaient la main localement. La folie des grandeurs de l’ancien maire démissionnaire (31 mai 2024) Gilles d’Ettore, mis en examen dans l’affaire de la voyante Sophia Martinez, a provoqué la bascule. Comptable aux yeux des électeurs de cette politique favorable aux promoteurs, son successeur depuis près de 2 ans, Sébastien Frey, n’a pas réussi à incarner le renouveau à droite. Du pain béni pour Lopez-Liguori qui laisse son siège de député à son suppléant, Bernard Chaumeil.

    Reste à savoir si l’ombre de l’extrême droite peut s’étendre jusqu’à l’Agglo Hérault Méditerranée. Brillamment réélu au 1er tour à Pézenas et en réflexion, Armand Rivière pourrait avoir des ambitions. Mais le socialiste n’a que 5 sièges à l’Agglo plus les 3 de son homologue PS Vincent Gaudy reconduit à Florensac contre 13 acquis au RN avec Agde. D’autant que le maire DVD de Bessan (4 sièges), Stéphane Pépin-Bonet, a de bonnes relations avec Lopez-Liguori. Sachant qu’il faut 30 sièges pour prendre l’Agglo, le choix des maires de Portiragnes, Lézignan ou Saint-Thibéry (…) sera prochainement décisif.

  • M. Delafosse : « L’envie de poursuivre la transformation de Montpellier »

    M. Delafosse : « L’envie de poursuivre la transformation de Montpellier »

    La Marseillaise : Quel est votre état d’esprit après votre réélection ?

    Michaël Delafosse : Je veux d’abord exprimer ma satisfaction et ma reconnaissance en direction des Montpelliérains qui nous ont accordé leur confiance et les remercier. Durant cette campagne, ils nous ont fait part de leur grande fierté d’avoir tenu nos promesses, rendu les transports gratuits, s’attaquer à la rénovation des quartiers populaires. Une campagne qui s’adresse à l’intelligence des gens, où nous avons porté un projet global pour la ville, dans chaque quartier, avec une envie de poursuivre la transformation de Montpellier. Ils nous ont également beaucoup salué dans une campagne qu’ils ont pour beaucoup trouvé très violente, comme si notre vie démocratique était en train de se trumpiser. Si ça ne s’était vu qu’à Montpellier, ce ne serait pas grave. Mais dans plein d’endroits dans notre pays, la violence s’est déchaînée dans le débat démocratique.

    Plus de la moitié des inscrits ne sont pas allés voter au second tour, comment les mobiliser ?

    M. D. : La crise démocratique ou l’abstention se passe partout en France, d’élections en élections. Je ne vais pas m’en réjouir, c’est un phénomène qui est préoccupant. À Montpellier, sans doute beaucoup de gens ont dit « l’élection est jouée » et s’en sont peut-être un peu détournés. Mais je ne veux pas tirer d’analyse hâtive sur la cause de cette abstention. Cela montre que la défiance à l’endroit de la politique est forte, comme la capacité de la politique à changer les choses. Nous nous efforçons d’y répondre. Quand on promet la gratuité des transports, on donne la date, le jour et l’heure de sa mise en œuvre. Oui, la politique peut changer les choses. Et donc, ça ce sont des éléments. Beaucoup de nos concitoyens sentent qu’aujourd’hui il y a des leaders politiques qui déclament, mais qu’à la fin les réalités sont inexistantes. Et de ce point de vue, l’action du Président Macron est assez révélatrice. Moi j’ai souvent cette phrase, la France des procédures obère la France des projets.

    Et donc la question de la perception du choix apparaît très souvent difficile et je pense que ça joue aussi dans cette abstention. Après, ça dit aussi qu’il y a des gens qui ont des problèmes et tout ça leur apparaît parfois très loin, notamment dans les quartiers populaires. Alors je le dis, je suis élu par une majorité mais je serai évidemment respectueux de tous et de toutes.

    LFI a été votre principal adversaire à Montpellier mais on a vu à l’œuvre des alliances entre insoumis et socialistes. Comment va se passer la cohabitation ?

    M. D. : C’est à eux de le dire. Ce que je constate, c’est que LFI, depuis le premier jour en conseil municipal [en 2020], combat l’action d’une des villes qui a mené l’une des politiques les plus à gauche et les plus écologistes de France. J’ai toujours dit qui était mon adversaire et mon ennemi : l’extrême droite. Et d’ailleurs je n’ai pas fait des tracts contre les autres, j’ai fait des tracts pour Montpellier et pour les gens. Moi j’ai été caricaturé, attaqué par une composante qui se réclame de la gauche. Le respect de la parole, ça compte. Quand on prend une position nationale de clarté, il faut s’y tenir. On peut prendre une position autre, mais dans ce cas-là, on s’y tient. Je constate, dans des villes où l’alliance a eu lieu, alors qu’elles apparaissaient imperdables pour la gauche, une partie des électeurs se sont détournés. À Brest, à Clermont-Ferrand, etc.

    Nous sommes très différents du style : l’outrance contre la pondération, la constance des convictions face à parfois des cheminements douteux quand on vote contre la gratuité des transports. D’ailleurs, les élus LFI au conseil municipal auront un premier test puisque c’est dans le budget que figurera la gratuité des transports. Et donc s’ils ne le votent pas, ils seront cohérents avec leur position passée, mais qu’ils ne viennent pas ensuite nous faire la leçon.

    Quels sont les premiers projets que vous allez lancer ?

    M. D. : N’espérez pas de pause dans l’action. Il y a plusieurs choses. Mais évidemment, l’installation de l’antenne du CHU à la Mosson est un sujet prioritaire pour moi. Nous allons commencer à travailler sur le plan infrastructures sportives 2035 et nous présenterons le premier gymnase qui va être rénové pour répondre à la pratique amateure. Nous allons travailler sur le musée Fabre en lançant les travaux pour son bicentenaire d’extension, ça va être le symbole de l’engagement de la ville en faveur de la culture. Nous allons travailler sur les enjeux des projets qu’on va mettre en concertation : la mise en œuvre du plan trottoir, sur le sujet des bus tram. Et d’ailleurs il y aura beaucoup de temps de participation.

  • La gauche alésienne face au défi de la reconstruction

    La gauche alésienne face au défi de la reconstruction

    25,85%. C’est ce que pèse aujourd’hui la gauche à Alès lorsqu’on additionne les scores de la liste PS-Écologistes (10,79%) et celle du PCF-LFI (15,06%) au premier tour des municipales avant qu’elles ne décident de se retirer pour faire barrage au RN. À peine un électeur sur quatre donc, chiffre d’autant plus inquiétant que la participation n’a pas dépassé les 50 %.

    Pour savoir comment réagir, les forces de gauche tentent déjà d’établir une analyse de l’échec. Si la désunion à gauche a forcément pesé dans leur faible score, le communiste Giovanni Di Francesco regrette aussi l’incapacité des deux listes à mobiliser l’électorat populaire : « Quand on fait de certains quartiers d’Alès des secondes zones, les gens finissent par penser qu’ils vivent ailleurs et ne s’intéressent plus à cette société donc ils ne votent pas. Le vote dans les quartiers est intéressant mais faire 40 % avec une participation inférieure à 30 %, ça ne pèse pas dans la balance ». Béatrice Ladrange, citoyenne non encartée élue dans le précédent mandat dans l’opposition avance un autre argument : « Il y a un changement de sociologie à Alès. Des tours ont été détruites dans le mandat précédent et cette population est partie dans des villages autour d’Alès qui construisent des logements sociaux. Dans le même temps, beaucoup de retraités sont arrivés à Alès ces dernières années ».

    Une fois ces premiers éléments relevés qui vont demander une analyse plus affinée dans les prochaines semaines, la gauche veut rapidement se remettre au travail pour construire une alternative crédible à la fois à la droite municipale de Christophe Rivenq mais aussi à la montée de l’extrême droite. « Il faut continuer le travail réalisé durant la campagne c’est-à-dire de continuer d’aller à la rencontre de la population, ne pas la laisser tomber. Nous avons six ans pour tout construire. Il faut donc faire de la pédagogie, de l’information. Nous n’avons pas de médias pour nous, il faut donc se déployer, écouter les problèmes des gens et voir les solutions que l’on peut leur apporter à notre niveau », explique Martine Sagit, secrétaire de l’union locale CGT qui était présente sur la liste de Paul Planque.

    Multiplier les réunions publiques, assister au conseil municipal, informer la population, échanger avec les habitants sur les moyens d’actions, c’est aussi l’avis de l’Insoumis Armand Crépin : « Cela passe par les mobilisations sociales mais aussi en soutenant le travail des associations contre la rupture du lien social. Il n’y a que la présence sur le terrain qui marche parce que les discours ne fonctionnent plus ». Pour Béatrice Ladrange aussi la gauche doit se « mobiliser dans des collectifs citoyens qui se battent sur certaines thématiques comme l’eau, la pollution ou le mal-logement ».

    « Il faut reprendre le travail à la base. Il faut qu’on mène les combats du quotidien. Mais il faut surtout travailler à l’unité de la gauche », conclut Bernard Motto-Ros de L’Après.

  • Bagnols-sur-Cèze, 3e ville du Gard, bascule au RN

    Bagnols-sur-Cèze, 3e ville du Gard, bascule au RN

    Après Beaucaire, 4e ville du Gard il y a douze ans, c’est au tour de Bagnols-sur-Cèze de tomber. Si la vague brune a été contenue de justesse à Nîmes et Alès, elle a emporté une terre labourée depuis des décennies par le Parti socialiste, qui s’est totalement retiré du scrutin municipal cette année.

    Cette « défaite annoncée » comme le dit le communiste local Elian Cellier, n’était pas inéluctable. Bien sûr, la députée de la circonscription Pascale Bordes, réélue en 2024, partait favorite. Mais un scrutin local n’est pas un scrutin national. Si la députée est parvenue à lisser l’image du parti d’extrême droite sur son territoire, elle comptait aussi de nombreuses faiblesses : une liste familiale inexpérimentée composée de nombreux couples, un programme uniquement axé sur la sécurité et une absence assumée dans l’opposition au conseil municipal depuis cinq ans signe que ses priorités n’étaient pas vraiment les sujets locaux. Mais en face, l’irresponsabilité de la désunion l’a emporté et avec elle, la menace d’une implantation durable de l’extrême droite sur le territoire bagnolais.

    « Ils sont complices »

    Élu sur une liste de gauche en 2008, le maire sortant Jean-Yves Chapelet n’a cessé de glisser vers la droite. Puis, les dossiers de l’imam Mahjoubi et la prolifération du trafic de drogue ont fini de le décrédibiliser. Incapable de s’en rendre compte avant le scrutin, Jean-Yves Chapelet est arrivé deuxième du premier tour mais avec un score historiquement bas (18,25%) qui montrait son incapacité à rassembler (25,02% au second tour). Il n’a d’ailleurs même pas tenté une alliance avec Philippe Broche arrivé 4e avec 14,43%. Incapable non plus de s’entendre avec les autres forces de gauche, Jérôme Jackel (Debout!) n’a jamais envisagé de se retirer et termine dernier de la triangulaire (22,10%).

    Après la victoire du RN, Elian Cellier s’en est pris aux auteurs de la désunion : « On ne peut rien contre la bêtise des hommes. Chapelet élu en 2008 sur une liste de gauche aura mandat après mandat exclu les communistes, les socialistes pour rejoindre le centre droit. Les idiots-utiles que sont les Jackel, Michel Cegielski (éliminé au 1er tour), Sylvain Hille (PS), Alain David (SE) et Christophe Prévost (ancien gilet jaune, plusieurs fois candidats) portent une lourde responsabilité dans la prise de la ville par le RN. Cette situation était pourtant prévisible. À croire qu’ils sont complices ».

  • Vincent Bouget, l’épopée d’une victoire populaire

    Vincent Bouget, l’épopée d’une victoire populaire

    Au Prolé, dans la soirée du dimanche 22 mars, la pluie n’a pas éteint la braise. Elle l’a attisée. Dans la cour et sous les néons, on lisait sur les visages la même fatigue joyeuse : celle des campagnes qu’on mène au corps à corps, à force de tracts, de portes frappées, de réunions qui finissent tard, de doutes avalés sans jamais baisser les yeux. Et puis, d’un coup, l’annonce : Vincent Bouget est élu maire de Nîmes avec 40,97% des voix, devant Julien Sanchez (RN) à 37,52% et Franck Proust (LR-Horizons) à 21,51%. La ville venait de basculer. La droite clanique, au pouvoir depuis vingt-cinq ans, venait de tomber. L’extrême droite du RN, qui rêvait de s’offrir la « Rome française » comme un trophée, venait d’être repoussée.

    Dans ce bar-phare de la gauche nîmoise, institution plus que QG, on ne célébrait pas seulement un score. On célébrait une revanche sociale, une dignité retrouvée, une mémoire transmise. Les bras se lèvent, les mains tremblent, les larmes montent sans prévenir. On s’étreint comme après une délivrance. Vincent Bouget apparaît, happé par les accolades, le regard humide. Il serre sa famille, embrasse sa mère, cherche sa fille en visio, et déjà la foule scande son prénom comme on scande une promesse : celle que la ville cesse d’être un décor pour les puissants, et redevienne un foyer pour celles et ceux qui la font vivre.

    Une victoire, une méthode : écouter puis construire

    Ce soir-là, l’émotion avait la densité d’une histoire longue. Car ce n’est pas une victoire « tombée du ciel ». C’est une victoire labourée. Deux ans de construction, de discussions, de désaccords surmontés. Deux ans à aller dans les quartiers populaires comme dans les rues du centre, à écouter la colère, les peurs, la lassitude. Deux ans à construire un programme avec les habitants au travers d’un questionnaire rempli à 3 000 reprises, à multiplier les réunions, à sonder, à recueillir, à recommencer. Cette liste qui porte le nom de sa méthode, « Nîmes en commun », n’a rien d’un slogan : c’est un fil tendu entre la politique et le quotidien, entre la mairie et la ville réelle.

    À peine le résultat digéré, une idée s’impose : aller à la mairie. Comme une évidence. Comme un rite. Le cortège s’organise, grossit à vue d’œil, envahit les ruelles. Et la marche devient un récit en mouvement : on reconnaît des visages croisés pendant deux ans, des militants de l’ombre, des habitants des quartiers populaires, des jeunes qui votent pour la première fois, des anciens qui n’y croyaient plus. Bouget avance lentement, arrêté tous les deux mètres par une main posée sur son épaule, une embrassade, un « merci », un « on l’a fait », des milliers de « on a gagné. »

    La droite fracturée,

    la gauche rassemblée

    Dans cette procession, il y a une chose qu’aucun bulletin ne mesure : le lien. Celui de l’implantation. Celui d’un travail patient, à rebours des campagnes hors-sol. Face à un candidat RN, Julien Sanchez, parachuté en janvier par le parti, quasi absent du terrain, préférant vanter les méthodes brutales et unilatérales de Donald Trump en conférence, porté par une stratégie nationale et un programme lacunaire, la gauche nîmoise opposait une force simple : connaître la ville, ses fractures, ses noms, ses douleurs, ses solidarités.

    En face, la droite nîmoise aura offert le spectacle d’une succession ratée, d’une guerre de chefs entre Franck Proust et Julien Plantier, héritiers proclamés de Jean-Paul Fournier, frères ennemis pendant des mois, avant une fusion forcée au soir de leur débâcle du premier tour. Une addition de logos, tardive, sans souffle, sans vérité. Nîmes a sanctionné ce manège. Et la leçon est brutale : on ne gouverne pas une ville comme un patrimoine à transmettre, ni comme une vitrine à vendre.

    Car l’autre leçon, plus grande encore, vient de la gauche. À Nîmes, l’union n’a pas été un mot d’ordre plaqué : elle a été un travail. Une preuve. Une discipline. Ici, communistes, socialistes, écologistes, militants de Génération.s, de Place publique, de L’Après, et une large part de la société civile ont choisi de se compter ensemble plutôt que séparément. Non pas au dernier moment, dans l’urgence d’un second tour, mais dans la durée, à force de rencontres, de débats, de concessions, de respect des désaccords. Et quand certains, au niveau national, s’épuisent à la division, Nîmes rappelle que l’unité n’est pas une posture : c’est une stratégie pour gagner, mais surtout une condition pour gouverner.

    Quartiers populaires :

    le sursaut qui change tout

    Entre les deux tours, quelque chose s’est levé. Dans les quartiers populaires, là où l’abstention est souvent le premier parti, on a vu un sursaut : une mobilisation décisive, avec une hausse moyenne de participation de 11% pouvant monter jusqu’à 17%. Pas un miracle : des discussions partout, des voisins qui se convainquent, des familles qui se parlent, des jeunes motivés à voter parce que l’enjeu dépassait les querelles politiciennes. Et dans les urnes, la vague est nette : Bouget fait carton plein à Valdegour (jusqu’à 76%, école Gustave-Courbet), au Chemin-Bas d’Avignon (79%, Jean-Zay), au Mas de Mingue (74%, Jean-d’Ormesson) et à Pissevin (84%, Henri-Wallon/Paul-Langevin). À l’inverse, Julien Sanchez s’effondre dans ces secteurs (de 6 à 15%), quand il est surtout en tête dans des quartiers plus « ville active » et pavillonnaires (René-Char, Mas de Ville, Vacquerolles). La droite, elle, ne conserve qu’un îlot : Castanet, où Franck Proust arrive en tête avec 36% (Combe des Oiseaux).

    Bouget le dit avec gravité : « Il y a eu un sursaut citoyen. Dans les quartiers populaires comme partout dans la ville. » Et il ajoute : « Je veux saluer celles et ceux qui l’ont fait pour faire barrage. Cela nous oblige. » Oui : cette victoire oblige. Elle oblige à réparer, à rassembler, à tenir la promesse d’une mairie qui regarde enfin vers Pissevin, Valdegour, le Chemin-Bas, Richelieu, La Gazelle, et pas seulement vers les cartes postales.

    Du balcon, une nouvelle ère

    Arrivé à l’Hôtel de Ville, Bouget prend la parole au balcon devant près de 2 500 Nîmois. Derrière lui, des figures de la gauche locale, mais aussi des visages qui disent la portée de l’instant. On voit Alain Clary, dernier maire communiste de Nîmes de 1995 à 2001, ému aux larmes comme un témoin qui voit l’histoire reprendre son cours. À ses côtés, Françoise Laurent-Perrigot, présidente (PS) du Département et Carole Delga, présidente (PS) de Région, venues saluer une victoire qui dépasse les frontières de la cité romaine. Clary parle d’« une nouvelle génération, une nouvelle façon de faire de la politique, un nouvel espoir ». Et la ville comprend que ce soir ne referme pas une parenthèse : il ouvre un chapitre.

    Bouget, lui, refuse l’ivresse personnelle. « Je ne suis pas dans une logique personnelle. Nous sommes au début de l’histoire. Dès demain, nous allons nous mettre au travail », promet-il. Puis il dédie : à sa famille, à sa grand-mère résistante récemment disparue, à celles et ceux qui ont porté la flamme quand la ville semblait promise à la résignation.

    Ce dimanche de mars, Nîmes a vécu plus qu’une alternance. Elle a vécu un moment de vérité : celui d’une ville qui choisit l’ancrage contre le parachutage, la solidarité contre la peur, l’union contre les egos. Dans vingt ans, on lira peut-être ce soir comme une date. Les Nîmois l’ont vu comme une scène : du Prolé au balcon, la ville marchait. Et elle se retrouvait.

    « Voir qu’il y a une nouvelle génération, une nouvelle façon de faire de la politique, un nouvel espoir, c’est formidable »

  • Les secteurs de Marseille en un coup d’œil

    Les secteurs de Marseille en un coup d’œil

    Celle de l’ère Gaudin ouverte en 1995 et que l’on pensait achevée il y a six ans. Car si le Printemps marseillais a bien remporté les élections municipales de 2020, cette victoire lui fut contestée durant tout un mandat par ses héritiers aux manettes à la Métropole. Les Marseillais, eux se sont retrouvés comme pris en étau entre cette municipalité de gauche symbole de leur aspiration au changement et l’exécutif politisé d’un établissement public de coopération intercommunale, détourné de sa fonction première. Ils ne l’ont pas digéré. Le résultat de dimanche est sans appel.

    Mairie 1er secteur

    Avec 14 129 voix et 47,44% des suffrages, Sophie Camard, la maire sortante (GRS) des 1er et 7e arrondissements est réélue haut la main. C’est 11 points de moins qu’en 2020 lorsqu’elle s’était imposée dans une triangulaire mais le contexte était différent : la liste insoumise de Sébastien Barles (Vaï) qui était en lice avec elle dans ce second tour a récolté 18,02% des suffrages. Plus significative en revanche sa progression de 2 800 voix d’un dimanche à l’autre. Si l’écologiste dissident stagne, la représentante du Printemps marseillais en gagne deux fois plus que Clémence Parodi, la candidate de l’extrême droite (RN) qui progresse de 1 400 voix. Romain Simmarano (Ren.), le candidat de la droite, pourtant servi par une omniprésence médiatique, est le seul à régresser. Il perd en route plus d’un tiers de ses électeurs du 1er tour.

    Mairie du 2e secteur

    Dans ce fief de la gauche, terre d’élection de Benoît Payan en 2020 et de parachutage réussi pour les députés LFI Jean-Luc Mélenchon (2017) et Manuel Bompard (2022 et 2024) alors élus sous l’étiquette du NFP, Anthony Krehmeier (PS) n’a pas vraiment tremblé. Arrivé en tête au 1er tour (5 852 voix), il est élu au second (49,76%) avec 2 000 voix supplémentaires. C’est trois points de plus que le score réalisé par le Printemps marseillais en quadrangulaire il y a six ans avec, là aussi, un candidat insoumis face à lui : Alladine Abdallah Salim (LFI) arrive en seconde position de la triangulaire (29,30%) de dimanche. En une semaine, l’insoumis progresse de 700 voix, comme Marie Bermejo (RN), la candidate de l’extrême droite créditée de 20,30%. Dans ce secteur populaire de l’hypercentre marseillais, l’abstention (66,5%) est restée au-dessus de la moyenne de la ville.

    Mairie du 3e secteur

    Le maire écologiste (EELV), Didier Jau, domine largement (44,48%) la quadrangulaire qui se jouait au second tour, dimanche, dans les 4e et 5e arrondissements. Un score en baisse de 12 points par rapport au résultat obtenu par Michèle Rubirola, alors tête de liste du Printemps marseillais sur la ville. Mais là encore, le contexte est différent. L’élue écologiste s’était imposée en triangulaire et Didier Jau avait sur sa route l’insoumise, Léa Bijaoui, (20,05%) qui progresse de 1 500 voix entre les deux tours. Avec 16 245 voix, Didier Jau augmente lui de plus de 2 600 suffrages et devance le candidat du RN Thomas Battesti (23,96%) en progression de 1 700 voix. Signe de la bascule à gauche de ce secteur, Bruno Gilles (Hor.), l’ancien député – maire du secteur, poursuit son reflux (11,49%). Il est le seul des quatre finalistes à perdre des voix entre deux tours : près de 1 700…

    Mairie du 4e secteur

    Olivia Fortin (Mad Mars) avait été élue il y a six ans dans le fief de la gaudinie grâce au maintien du candidat macroniste, Yvon Berland, dans une quadrangulaire mortelle pour la droite. Cette fois, la victoire de la représentante du Printemps marseillais ne doit rien à personne. Le score (51,51%) de la maire sortante, dans le secteur qui a le plus voté de la ville, progresse de dix points par rapport à 2020 (41,78%). C’est le meilleur résultat du printemps sur ce second tour. En une semaine, elle progresse de 9 000 voix, deux fois plus que le candidat d’extrême droite, Jean-Baptiste Rivoallan (UDR), qui en gagne 4 000 entre les deux tours et se voit crédité de 38,46% des suffrages. L’équivalent de ce qu’a perdu Catherine Pila (LR) entre les deux tours. Elle dévisse de sept points et franchit péniblement les 10%…

    Mairie du 5e secteur

    Encore député (maire) du secteur il y a 18 mois, Lionel Royer-Perreaut (Ren.) a laissé un grand vide dans lequel n’a pas manqué de s’engouffrer l’extrême droite. Après avoir choisi en 2024, Olivier Fayssat (UDR), comme député, les habitants du secteur ont cette fois élu une maire issue des rangs du Rassemblement national. Conseillère régionale, entrée en politique en 2019 avec Stéphane Ravier, Eléonore Bez (50,41%) progresse de 4 000 voix entre les deux tours. Largement moins que Pierre Huguet, le candidat (G.S) du Printemps marseillais qui engrange 7 800 suffrages supplémentaires (40,95%) mais suffisant pour l’emporter dans une triangulaire où Laure-Agnès Caradec, la présidente de la fédération LR des Bouches-du-Rhône, perd neuf points en une semaine pour échouer sous la barre des dix.

    Mairie du 6ème secteur

    Dans ce secteur marqué par l’affaire des fausses procurations lors des municipales de 2020, la droite républicaine – qui il y a six ans comptait un député, une sénatrice, un maire de secteur et représentait 44% des suffrages cumulés au second tour – s’effondre au profit de l’extrême droite. L’ultime démonstration du grand remplacement. Sylvain Souvestre, le maire (LR) sortant, résiste pourtant bien avec 14,31% des suffrages. Il perd 3 000 voix entre les deux tours alors qu’Olivier Rioult, le candidat RN, encore collaborateur de Martine Vassal à la Métropole il y a deux ans, en gagne plus de 4 000 et décroche la mairie avec 49,59% des suffrages. Yannick Ohanessian (PS) bénéficie d’un report des électeurs de la France insoumise sortie au 1er tour et d’une participation en hausse de 4 points pour progresser de 5 400 voix (36,9%). Pas suffisant pour le Printemps marseillais.

    Mairie du 7eme secteur

    Dans l’opposition à la mairie centrale depuis 1995, les 13e et 14e arrondissements de Marseille passés entre les mains du FN entre 2014 et 2020, rebasculent à gauche et se positionnent surtout enfin dans le camp des vainqueurs à l’hôtel de ville. La victoire de Tina Biard, la candidate (DVG) du Printemps marseillais, est assez nette au final (50,89%) poussée par le désistement de l’insoumis Mohamed Bensaada, arrivé en 4e position au 1er tour (13,10%). Avec 22 485, elle fait plus que doubler son score en une semaine, et plus que le score cumulé de toutes les listes de gauche au 1er tour. Sans doute le fruit aussi de la hausse de 6 points de la participation entre les deux tours… Sandrine d’Angio (RN) progresse de 3 000 voix (42,56%) et la maire sortante, Marion Bareille (DVD) en perd 2 000 (6,54%).

    Mairie du 8eme secteur

    Avec une participation de 42,27% en hausse de cinq points entre le 1er et le second tour, les deux arrondissements situés à l’extrême nord de Marseille sont ceux qui se sont le moins mobilisés de la ville. Arrivée en tête du second tour avec 46,07% des suffrages, Samia Ghali (DVG) progresse de huit points par rapport à 2020. Entre les deux tours, la maire-adjointe de Benoît Payan à la mairie centrale, a gagné 2 600 voix, quand Thibaut Charpentier (RN) en récupérait 1 200 (32,33%) et Rabyata Boinaheri, l’insoumise, en perdait une pour finir à 21,62%. De quoi interroger sur le poids réel du député insoumis Sébastien Delogu, élus en 2022 et 2024 sous la bannière de la Nupes puis du Nouveau front Populaire. Celui qui voulait dégager Benoît Payan de son fauteuil aura fort à faire pour conserver le sien en 2027.

    Voir ICI en grand l’infographie d’Yves Souben.

  • Toulon, îlot debout et combatif dans une Métropole recomposée

    Toulon, îlot debout et combatif dans une Métropole recomposée

    Toulon est une résistante », a déclaré, dimanche soir, la maire réélue de Toulon sans étiquette, Josée Massi. Et il est vrai que la population a su, une fois encore – le peuple de gauche en tête – se rassembler pour barrer la route à l’extrême droite, comme elle l’avait déjà fait en 2024 lors des législatives, en envoyant à l’Assemblée nationale le seul député non RN du département.

    Une place forte aujourd’hui prise en étau par La Seyne-sur-Mer, deuxième ville du Var à l’est et au sud de la rade, et La Valette-du-Var, à l’ouest, qui s’est vendue à la girouette Julien Argento (UDR-RN), ancien responsable des Jeunes Républicains, mais aussi ex-colistier du maire sortant Thierry Albertini (DVD), qui n’est arrivé que troisième pour ce second tour.

    Aussi désespérantes que soient ces victoires en faveur du parti à la flamme, surtout concernant l’ex-cité des Chantiers très longtemps gérée par la gauche et le Parti communiste, et où la vacuité du programme du lepeniste Dorian Munoz a de quoi sérieusement inquiéter tous les habitants de La Seyne-sur-Mer, les équilibres de la Métropole, malgré aussi le dévissage à 21 voix près du maire (LR) de Six-Fours Jean-Sébastien Vialatte, ne devraient pas s’en retrouver bouleversés. La présidence, sans coups bas du patron LR du Département Jean-Louis Masson, devrait légitimement revenir à la maire du Port du Levant, Josée Massi. L’ex-maire de Hyères, Jean-Pierre Giran, qui avait pris les rênes de la collectivité après la condamnation d’Hubert Falco, est quant à lui tombé au champ du déshonneur après avoir fusionné sa liste avec l’extrême droite pour tenter de conserver sa place. Ce troisième tour va donc devoir être scruté avec une extrême attention.

    Dépasser les tensions

    « Sur les douze communes, il n’y en a que trois qui sont parties au RN », modère cependant la maire de Toulon. C’est vrai : même si c’est trois de trop, le résultat aurait pu être bien pire au regard de ce que certains avaient annoncé.

    Le camp progressiste, qui peut se féliciter d’avoir fait le job à Toulon en appelant à voter Josée Massi contre le RN, en cohérence avec ses valeurs, va devoir continuer à jouer autrement son rôle d’opposition. Puisque la gauche ne siégera plus au conseil municipal comme elle le faisait avec assiduité depuis 1981. éliminée au 1er tour, beaucoup ayant estimé moins risqué de voter d’emblée contre la menace, « Toulon en commun » va devoir poursuivre l’élaboration de propositions et remarques sur la politique communale en assemblées citoyennes, la presse se faisant alors le relais de ce travail. Libre ensuite à la majorité de s’en inspirer, le cas échéant.

    À La Seyne, les choses semblent d’emblée plus simples, avec ses quatre élus de gauche issus de ce dernier scrutin. Encore faut-il, pour cela, que cessent les règlements de compte stériles et que chacun dépasse les tensions nées de la campagne, en effectuant une analyse politique pertinente. Ainsi, lorsque le candidat socialiste Olivier Andrau, à qui certains reprochent d’avoir dynamité l’union et le rassemblement en voulant imposer sa liste, affirme sur les réseaux sociaux qu’« une frange de la gauche seynoise a préféré la politique de la terre brûlée à l’intérêt général », il pointe une responsabilité qu’une large partie des acteurs locaux ne partage pas. Des propos qui vont très peu servir à préparer une alternative humaniste à La Seyne.

    Rappelons donc que, face à la droite divisée, il n’y avait que le vote en faveur de la liste de rassemblement de la gauche conduite par Stéphane Sacco qui représentait un espoir, aussi mince fût-il, de victoire et d’espoir pour « les plus vulnérables » qu’Olivier Andrau prétend défendre. D’autant qu’il ne s’arrête pas là, en repprochant au candidat des progressistes, ingénieur de profession, « d’avoir fait le choix du pire, celui des places et des indemnités ». Des propos qui peuvent être jugés contestables, de la part d’un candidat perçu comme responsable de la débâcle par des acteurs de la vie politique locale.

    Pour reconstruire une alternative crédible face au RN, il sera nécessaire que les différents protagonistes apaisent les échanges et privilégient une analyse collective des résultats. Il s’agit d’éviter les divisions. À moins de vouloir conduire encore plus de monde à l’abstention.

  • [Entretien] « C’est un immense chef-d’œuvre qu’il faut absolument voir sur scène à l’Opéra »

    [Entretien] « C’est un immense chef-d’œuvre qu’il faut absolument voir sur scène à l’Opéra »

    L’opéra de Marseille donne cette semaine (mercredi 25 et vendredi 27 à 20h et dimanche 29 à 14h30) Dialogues des Carmélites, du français Francis Poulenc. L’ouvrage créé à la Scala de Milan en 1957, d’après la pièce de Bernanos, est sans doute l’un des plus dramatiques et puissants du répertoire lyrique. Opéra de femmes vivant dans un décor de clôture monastique, hanté par l’idéal du martyre, Dialogues des Carmélites ne laisse pas l’auditeur indemne. Il faut une distribution qui convoque la fine fleur du beau chant français. Maurice Xiberras sait y faire en réunissant Hélène Carpentier (Blanche de la Force), Lucile Roche (Madame de Croissy), Angélique Boudeville (Madame Lidoine), Marc Barrard pour les plus familiers du public marseillais.

    La mise en scène est signée Louis Désiré. Quant à la direction musicale, elle sera assurée par la cheffe Debora Waldman. Une pionnière nommée à la direction musicale de l’Opéra d’Avignon et qui devient ainsi la première femme à la tête d’un orchestre national permanent français. Entretien.

    La Marseillaise : Que représente pour vous, en tant que cheffe,
    «
     Dialogues des Carmélites » ?

    Debora Waldman : C’est un monument d’une force profonde, un immense chef-d’œuvre mal connu qu’il faut absolument voir sur scène. J’ai des affinités avec cette œuvre. Je veux y exprimer toute la dimension religieuse et mystique qui, en tant que musicienne, me parle beaucoup. La musique de Poulenc est régie par le texte de Bernanos. C’est la prosodie qui prime et il y a peu d’air au sens habituel. Dialogues, c’est avant tout du théâtre. L’émotion y est très puissante. La mise en scène est essentielle. Louis Désiré est toujours à l’écoute au plus près de la musique. On ne peut pas séparer le récit proprement musical du drame vécu par les personnages.

    Une grande partie de l’opéra a pour décor le couvent des Carmélites, les rôles féminins y sont les plus importants. Peut-on parler d’opéra féministe ?

    D. W. : On me pose souvent la question. Nous sommes, bien sûr, dans un monde très féminin. En y réfléchissant je pense à Goethe qui dit que l’éternel féminin nous élève et c’est là, peut-être, qu’on peut trouver dans cet opéra quelque chose de vraiment féminin. Une espèce d’idéalisation d’une communauté de valeurs portée par ces femmes et que la Révolution va vouloir étouffer.

    C’est votre première invitation à Marseille. Que ressentez-vous ?

    D. W. : C’est d’abord une surprise, je ne m’y attendais pas. Puis ça a été une rencontre. J’ai été très heureuse car je connaissais l’excellente réputation de l’orchestre. Et venir, en plus, pour cette œuvre-là était important. On peut parler d’une parfaite conjonction. Je compare le geste du chef à celui de l’archer. Tout est dans la précision. L’orchestre est très réactif. Plein de fortes personnalités. Si je devais les définir en quelques mots, je dirais l’intelligence d’une aspiration collective.

    Vous êtes la première femme
    à la tête d’un orchestre national permanent français, l’Opéra d’Avignon, vous avez fondé «
     Idomeneo », votre propre orchestre. Être cheffe d’orchestre est-ce toujours aujourd’hui une question qui se pose ?

    D. W. : Pour Idomeneo, c’était il y a 15 ans. Une fille comme moi ne pouvait pas rêver d’une vraie carrière de cheffe. Alors comme Nathalie Stutzmann, Emmanuelle Haïm ou Laurence Equilbey, avoir son propre orchestre était le moyen essentiel de se faire une place. Puis en 2020, j’ai été nommée à Avignon. Quand j’ai réalisé que j’étais la première à ce genre de poste, ça a décomplexé tout mon passé. C’est un point de bascule où les cheffes ont commencé à occuper l’espace, et pas seulement la jeune génération. On a toujours été là mais pas visible, un peu comme toutes ces compositrices que l’on redécouvre aujourd’hui et qui, comme Charlotte Sohy, doivent avoir en toute justice leur place dans les histoires de la musique.