Category: accueil-third

  • Le sénateur Fabien Gay mène ses combats à Nîmes

    Le sénateur Fabien Gay mène ses combats à Nîmes

    Il était venu avec 211 milliards d’euros sous le bras. Mais, lundi 5 octobre, à Nîmes, Fabien Gay a vite laissé les colonnes de chiffres côtoyer les colères du moment. Le sénateur communiste de Seine-Saint-Denis et directeur de L’Humanité, est venu présenter son livre 211 milliards. Révélations sur les aides publiques aux entreprises, a trouvé dans le Gard un terrain où se croisent ses principaux combats : partage des richesses, jeunesse, union de la gauche et lutte contre l’extrême droite.

    Dans la cour du Prolé nîmois, l’actualité s’est invitée dans la conférence de presse : à moins d’une centaine de mètres, devant le lycée Daudet, des lycéens manifestaient en effet leur colère. L’élu refuse de réduire ce mouvement, qui touche de nombreux établissements en France, aux blocages ou aux dégradations. « La question est de savoir pourquoi, partout en France, des dizaines de milliers de lycéens se mettent en grève et revendiquent. C’est ça, la question qu’il faut se poser », insiste-t-il.

    Classes surchargées, enseignants absents, manque de moyens, Parcoursup qualifié d’« algorithme froid » : le sénateur dénonce « une dégradation générale des conditions d’étude ». Et s’il condamne les dégradations, il fustige aussi la réponse policière : « Ce sont nos gamins, ils ont 15 ou 16 ans. Quand la seule réponse, ce sont des coups de matraque et du gaz lacrymogène, c’est insupportable. »

    Des milliards

    sans contreparties

    Reste le chiffre qui donne son titre à son livre : 211 milliards d’euros d’aides publiques versées aux entreprises en 2023, mis en lumière par la commission d’enquête sénatoriale dont Fabien Gay fut le rapporteur. Six mois d’auditions, près de la moitié des patrons du CAC 40 entendus, et une question centrale : que demande réellement la puissance publique en échange ? Le communiste dénonce des aides trop peu conditionnées à l’emploi, aux salaires, aux délocalisations ou aux engagements environnementaux.

    À Nîmes, Fabien Gay a également retrouvé Vincent Bouget, nouveau maire communiste de la ville. Une victoire qu’il regarde comme un possible laboratoire. « Il a réussi à unir les citoyens, cela montre que rien n’est figé. En partant du local, cela peut essaimer partout », estime-t-il. À huit mois de la présidentielle, le sénateur assure que « tout doit être mis en place pour barrer la route à l’extrême droite » et plaide, pour les législatives, pour « une large coalition » des forces de gauche.

    Car c’est bien là que le ton se durcit le plus. « La préférence nationale n’a pas d’autre nom que l’apartheid social », tranche-t-il, dénonçant « une politique de division et de haine généralisée » visant migrants, syndicalistes, femmes ou encore opposants politiques. À ses yeux, le danger dépasse les frontières françaises : Trump aux États-Unis, Milei en Argentine, Meloni en Italie ou la poussée de l’extrême droite allemande témoignent d’« un mouvement mondial ».

    Son déplacement gardois devait d’ailleurs se prolonger mardi 6 à Alès devant le tribunal, en soutien aux victimes de l’attaque du Prolé lors de la Feria 2025. Fabien Gay avait annoncé sa présence aux côtés des militants agressés. « L’extrême droite fait mal. Elle porte des coups. Pas seulement démocratiques : des coups », martelait-il à Nîmes. Des milliards versés sans contrepartie à la violence politique, le sénateur aura finalement déroulé le même fil : rendre visibles les rapports de force que certains préféreraient laisser hors champ.

  • [Entretien] Rémi Nicolas : « Nous voulons ouvrir une nouvelle histoire pour l’Agglo »

    [Entretien] Rémi Nicolas : « Nous voulons ouvrir une nouvelle histoire pour l’Agglo »

    La Marseillaise : Vous avez beaucoup œuvré à la constitution de la majorité autour de Vincent Bouget. Quel est aujourd’hui votre rôle ?

    Rémi Nicolas : J’ai œuvré pour constituer ce que j’appelle une « majorité de territoire », autour d’un projet le plus large possible et rassemblant le plus de maires. L’objectif était d’éviter une agglomération en opposition avec sa ville-centre, qui représente plus de la moitié de la population et des richesses de Nîmes Métropole. Aujourd’hui, comme premier vice-président, je suis effectivement « au cœur du réacteur » : je suis quasiment quotidiennement en relation avec Vincent Bouget et son cabinet et je ne suis pas limité à ma délégation. Je ressens aussi chez le président une volonté de travailler de manière plus collective qu’auparavant.

    Qu’est-ce qui a changé
    dans la manière de gouverner par rapport au précédent mandat
     ?

    R.N. : On est encore au début de la mandature et Vincent Bouget est toujours dans un temps d’inventaire, nécessaire pour s’approprier tous les dossiers. Mais le ressenti que j’ai, c’est une volonté d’associer le plus grand nombre et de travailler de manière plus collective qu’on ne pouvait le faire auparavant. Il y a aussi cette volonté de construire un projet politique en concertation avec les élus, la population et nos partenaires. Le constat que l’on fait, c’est aussi que beaucoup d’habitants connaissent mal l’Agglo et ses missions. Fin 2026 ou début 2027, nous allons donc lancer un grand travail autour du projet de territoire à l’horizon 2040, avec l’objectif d’aller à la rencontre des habitants, de mieux leur faire connaître les compétences de Nîmes Métropole et de recueillir leurs attentes. Cela doit permettre de poser la question de l’évolution de nos compétences. Je pense, par exemple, à la petite enfance ou à la restauration.

    Magna Porta est l’un des grands dossiers hérités. Que voulez-vous en faire ?

    R.N. : Aujourd’hui, le projet porte sur 60 hectares. Mais pour aménager cette surface, on nous demande plus de 400 hectares de compensation : ce n’est pas possible. Notre objectif est donc de sortir environ 20 hectares à l’échelle du mandat. Il faudra probablement faire évoluer le projet. Jusqu’ici, on imaginait uniquement de l’activité économique ; pour trouver un équilibre, il faudra peut-être aller vers une zone mixte, avec du logement et de l’activité. Je suis élu communautaire depuis 2014 et depuis 2014 j’entends parler de Magna Porta. L’objectif, c’est qu’enfin une partie du projet sorte et que le serpent de mer ne serpente plus.

    L’aéroport de Nîmes-Garons est lui aussi en pleine remise à plat. Quel avenir lui voyez-vous ?

    R.N. : Les ambitions du délégataire autour de 400 000 voyageurs par an sont aujourd’hui inatteignables. Le rêve économique vendu autrefois autour de ce chiffre s’écroule. La DSP arrive à échéance en 2028 : il faudra alors regarder si, avec environ 258 000 voyageurs par an, le trafic commercial peut trouver un équilibre économique. Mais l’avenir de l’aéroport ne repose pas sur les lignes commerciales. Il peut vivre sans elles. La clé, c’est la Sécurité civile et notre ambition de faire de Nîmes-Garons la base française, voire un hub européen, autour duquel on peut développer une industrie aéronautique. Aujourd’hui, avec Ryanair comme mono-opérateur, l’Agglo n’a quasiment aucune maîtrise sur les destinations. Nîmes ne peut pas prétendre concurrencer Montpellier ou Marseille.

    Cette majorité très large peut-elle tenir lorsqu’arriveront les grands arbitrages ?

    R.N. : Je le crois, parce que la manière dont fonctionne Vincent Bouget consiste justement à éviter qu’un désaccord majeur apparaisse. Rien ne se construit contre les 39 maires, et c’est aussi ce qui fait la particularité de ce mandat. Il peut y avoir des oppositions ponctuelles, éventuellement un maire qui quitte la majorité, mais je ne crois pas à une majorité qui vacille. Nous sommes réunis autour d’une vision de territoire et d’un projet commun. Et nous avons aussi une opposition RN qui, par son attitude et ses postures au conseil communautaire, nous rassemble et nous renforce. Une Agglo, c’est une collectivité de construction à plusieurs, même quand certains essaient de court-circuiter le processus ou de faire de l’hémicycle une simple tribune politique. Et c’est bien ce que nous comptons faire, afin d’ouvrir une nouvelle histoire pour l’Agglo, qui ne soit plus uniquement construite autour de la ville de Nîmes, mais à l’échelle des 39 communes.

  • Le maire RN de Rognac joue la provocation en bénissant un équipement public

    Le maire RN de Rognac joue la provocation en bénissant un équipement public

    L’extrême droite provoque. Ce samedi 3 octobre, la mairie RN de Rognac inaugurait sa nouvelle voie verte, rue Lamartine. Le lendemain, La Provence rapporte que l’édile, Christophe Gonzalez, a « procédé à la bénédiction de l’ensemble du parc avec le prêtre de la commune, le père Martin Savy ».

    « C’est inadmissible, réagit le conseiller municipal d’opposition, Stéphane Duchesne (DVD). Il y a deux choses que je trouve lamentables : qu’un élu de la République se permette ça sous couvert de la tradition, sous les yeux attentifs du préfet, et d’être le seul que ça choque. »

    Stéphane Duchesne annonce avoir envoyé un signalement au procureur de la République d’Aix-en-Provence, au titre de l’article L2122-34-2 du Code général des Collectivités territoriales, qui dispose : « Pour les attributions qu’ils exercent au nom de l’État, le maire ainsi que les adjoints et les membres du conseil municipal agissant par délégation du maire dans les conditions fixées à l’article L. 2122-18 sont tenus à l’obligation de neutralité et au respect du principe de laïcité. »

    Flou juridique

    Cette neutralité est imposée aux élus « dans l’exercice de leurs fonctions d’agents publics, mais pas forcément à l’occasion d’actes politiques ou d’inaugurations de mon point de vue », commente William Benessiano, maître de conférences en droit public, spécialiste de la laïcité et des institutions publiques, qui précise que son analyse « ne préjuge pas d’une prise de position de la justice ».

    « Qu’un élu puisse participer en tant qu’élu à une cérémonie religieuse, ça ne pose pas de problème au niveau du droit », poursuit-il. D’autant que l’inauguration n’a pas eu lieu « dans un bâtiment qui abrite un service public, mais dans l’espace public ». William Benessiano soulève tout de même une limite : « La loi du 22 décembre 2025 impose aux élus d’exercer leurs fonctions dans le respect d’un certain nombre de principes et notamment celui de laïcité. » Avec une question : la laïcité implique-t-elle nécessairement la neutralité ? Jusqu’ici, la jurisprudence était constante : cette obligation des agents publics ne s’étendait pas aux élus. Mais le 18 mars dernier, le tribunal administratif de Dijon a refusé de suspendre une délibération d’un conseil municipal qui interdisait le port de signes religieux par les élus.

    « Juridiquement, on est entre deux eaux, mais au regard de la complexité de ces questions aujourd’hui et du financement public de cet équipement, qui est censé être accessible à tous et qui n’a pas de dimension religieuse ou cultuelle, c’est critiquable. »

  • François Bernardini condamné à deux ans ferme

    François Bernardini condamné à deux ans ferme

    La justice a tranché. Quatre mois après le procès, la 32e chambre correctionnelle du tribunal de Paris condamne l’ancien maire d’Istres François Bernardini (DVG) à deux ans de prison ferme, assortis d’une amende de 200 000 euros, cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire et dix ans d’interdiction d’exercice dans la fonction publique. Une peine aménagée sous bracelet électronique.

    Il est reconnu coupable des faits de détournement de fonds publics, de favoritisme et de prise illégale d’intérêts. Au cœur de la décision : deux collaborateurs intégrés dans les effectifs de la mairie alors que l’un travaillait dans une association et l’autre en tant qu’entrepreneur – deux emplois considérés fictifs -, et l’omniprésence d’une poignée d’entreprises dans l’attribution des marchés publics. Les maîtrises d’œuvre du complexe nautique d’Entressen et de la salle polyvalente La Grange sont considérées comme irrégulières par les juges. L’ancien maire a, en revanche, été relaxé des faits de favoritisme s’agissant du marché de location de voitures. Les faits relatifs à l’hôtel de ville sont prescrits. « On a bien été entendus » sur cette partie, se réjouit Michel Pezet, avocat de François Bernardini, « peut-être pas sur les autres ». La défense a dix jours pour faire appel. L’ancien édile n’était pas seul sur le banc des accusés. Son ex-directeur général des services, Nicolas Davini, est condamné à trois ans de prison avec sursis, 100 000 euros d’amende et trois ans d’interdiction d’exercice dans la fonction publique. L’ancienne première adjointe, Nicole Joulia, a été relaxée.

  • [En direct] Nouvelle mobilisation lycéenne dans toute la région

    [En direct] Nouvelle mobilisation lycéenne dans toute la région

    Manosque

    Des lycéens des trois lycées doivent rencontrer Véronique Blua, la directrice académique des services de l’Éducation nationale des Alpes-de-Haute-Provence, à 11h au lycée Eslangon.

    10h40. Les lycéens de Manosque s’arrêtent quelques minutes manifester devant la mairie sur leur route entre deux établissements, déplorant les décisions du maire Camille Galtier (DVD) d’annuler la soirée rap pour les jeunes et de proposer d’interdire les aides de la commune et de l’agglomération pour les jeunes condamnés dans le cadre de la mobilisation et leurs parents.

    Gap

    Une quarantaine de lycéens du lycée Dominique Villars sont rassemblés dans le calme devant leur établissement. Quelques lycéens du lycée Aristide-Briand les ont rejoint.

    Les lycéens passent devant le commissariat en criant le prénom d’un manifestant interpellé plus tôt. Il avait effectué un tir de mortier devant un lycée.

    11h45. Les lycéens commencent à se disperser. Les quelques pancartes ont été rangées, aucun slogan n’est scandé, mais certains continuent de circuler dans les rues du centre-ville.

    Aix-en-Provence

    Important blocage devant le lycée privé du Sacré Cœur. Ils sont plusieurs élèves de différents établissements à s’être retrouvés devant. Les étudiants ont également rejoint la foule en soutien.

    11h20. Au départ de la Rotonde, ils sont des centaines à s’être rassemblés. «Toujours plus motivés», lâche une lycéenne de Duby. CGT, parents et enseignants encadrent le cortège.

    12h10. Devant le rectorat, les professeurs ont été applaudis par les manifestants. Pour leur soutien, et leur présence dans les cortèges.

    Avignon

    L’université d’Avignon est bloquée par une centaine d’étudiants. Une centaine de lycéens qui étaient devant Mistral dès 8 heures sont en train de rejoindre le mouvement. La fac vient d’être fermée par la direction.

    Toulon

    Une cinquantaine de lycéens sont devant le lycée Bonaparte et bloquent l’établissement. La foule croît doucement depuis 9h.

    À Toulon, alors que les lycéens de Bonaparte tentent de remettre des palettes et des barrières devant leur établissement pour en bloquer l’entrée, les policiers les empêchent de le faire pour permettre à ceux qui le souhaitent d’entrer en cours.

    Au lycée Bonaparte de Toulon, les policiers viennent au contact d’une vingtaine de lycéens qui tentent de bloquer physiquement, mais sans violence, l’entrée de l’établissement.

    Des élèves d’autres établissements ont rejoint la mobilisation devant le lycée Bonaparte de Toulon, à l’image de Léonine, élève à Dumont d’Urville, qui faisait partie de la délégation reçue par le préfet et le Dasen du Var mardi. «Ils étaient sur leur téléphone et nous ont ri au nez. C’est aussi ce qui nous pousse être là aujourd’hui. On a des rats et des cafards dans la cantine, on ne peut plus accepter cela.»

    11h. Si la foule s’est quelque peu dispersée, une centaine d’élèves restent mobilisés devant le lycée Bonaparte. Une nouvelle journée de manifestation est d’ores et déjà annoncée pour demain.

    12h. La mobilisation se termine dans le calme devant le lycée Bonaparte.

    Martigues

    Mobilisation dans le calme ce matin devant le lycée Langevin de Martigues. Les lycéens mobilisés ont écrit une lettre de revendications qu’ils apporteront cet après-midi à l’hôtel de Ville au maire (PCF) Gaby Charroux accompagné du sénateur Jérémy Bacchi.

    Marseille

    À 10h30, à Marseille, les lycéens sont arrivés sur le square Leon Blum aux Réformés d’où la manifestation doit s’élancer. Ils seront encadrés cette fois encore par des militants syndicaux et politiques avec un dispositif plus léger que lors de la manifestation de mardi. Dans la foule quelques parents et retraités, également. Le cortège doit prendre cette fois la direction de la préfecture.

    11h. À main levée, les lycéens acceptent qu’une délégation soit reçue en préfecture sans rien attendre de l’issue. « C’est important de faire entendre que l’on a des revendications », glisse un lycéens au micro. Mardi, l’interlycéenne avait refusé la proposition de la DSDEN. L’imposant cortège se met en branle.

    11h30. Le cortège avance sur le cours Lieutaud, revendicatif et déterminé. La prise de parole du premier ministre, la veille, n’a convaincu personne. « Nos revendications comme l’abrogation de Parcoursup n’ont même pas été évoqué », répondent les lycéens.

    12h10. La Manifestation est arrivée devant la préfecture de police a Marseille. Sans incident sur le parcours. Une délégation doit être reçue.

  • Redécouvrir Béziers hors cadre

    Redécouvrir Béziers hors cadre

    Les esthétiques de trente photographes seront exposées dans une vingtaine de sites. « Les lieux hôtes ont sélectionné une exposition avec laquelle il y avait une résonance », explique Thomas Langlois Meurinne, le président du festival.

    Le musée des Beaux-Arts Fayet compte parmi les nouvelles étapes du parcours. L’exposition introductive, proposée dans le cloître de la cathédrale Saint-Nazaire, est une autre innovation de cette édition 2026. Les visiteurs pourront découvrir une image clé de chaque artiste.

    « Exigeant sans être élitiste » : telle est l’ambition de ce jeune festival. Pour preuve, des photographes amateurs ont été sélectionnés pour exposer leurs travaux dans un ancien pub, le Korrigan. En conclusion, Thomas Langlois-Meurinne glisse ce conseil pratique : avant de venir, il faut bien vérifier les horaires car ils sont différents dans chaque lieu.

    Julien Bramy

  • [Quoi de neuf] Manuela Parra : « En Espagne, l’histoire est un combat politique »

    [Quoi de neuf] Manuela Parra : « En Espagne, l’histoire est un combat politique »

    Françoise Verna : La 7e édition des Rencontres franco-espagnoles, du 8 au 13 octobre prend cette année une dimension particulière, 90 ans après le début de la Guerre d’Espagne. En quoi la présence du ministre espagnol délégué à la mémoire démocratique, Fernando Lopez Martinez, est-elle importante le 8 octobre à Montpellier ?

    Manuela Parra : Cette présence c’est reconnaître l’engagement de ces hommes et de ces femmes qui se sont battus pour à la fois la seconde République et aussi pour maintenir la liberté et l’égalité. Cela les réhabilite et leur rend leur dignité qui a été bafouée même quand ils sont arrivés en France. C’est aussi le sens du secrétariat d’État à la Mémoire démocratique espagnol qui a été relancé depuis 2022 par Pedro Sánchez. Cela concerne notamment la recherche dans les fosses communes, la réhabilitation des victimes qui ont eu des procès inacceptables sous la dictature de Franco, etc.

    Olivier Nottale : C’est un message pour aujourd’hui ?

    Manuela Parra : Ces gens ont fait un sacrifice pour qu’aujourd’hui on puisse parler librement et être libre dans notre pays. Est-ce qu’un jour, on sera nous aussi à la hauteur ? Je trouve qu’il y a encore du chemin à faire et nous devons prendre celui de la transmission pour que les jeunes comprennent que la liberté, l’égalité, la fraternité, la République en France, c’est quelque chose de fragile, on le voit bien.

    Françoise Verna : La mémoire et l’histoire ont plutôt été écrites par les vainqueurs en Espagne…

    Manuela Parra : Les vainqueurs, c’est les franquistes qui ont mis une chape de plomb jusqu’au milieu des années 70. Donc c’est aussi un combat. Ce n’est pas la même façon d’appréhender la mémoire, par exemple ici en France avec la Résistance, qu’en Espagne. Le franquisme a, nous ne l’oublions pas, abattu la République. En fait, la mémoire démocratique en Espagne, c’est quand même beaucoup plus politique que ce que l’on voit en France où c’est beaucoup plus mémoriel, culturel. En Espagne, c’est la troisième génération qui combat et qui se bat pour l’histoire qui a été complètement réécrite par le dictateur -on va appeler les choses comme elles sont- par le dictateur Franco, comme font d’ailleurs tous les dictateurs. Quand on voit Trump aujourd’hui qui interdit un certain nombre de mots, c’est ce qu’a fait Franco à l’époque.

    Olivier Nottale : Cette histoire est aussi réécrite aujourd’hui par des partis comme Vox à l’extrême droite et le Parti populaire aussi, qui est quand même issu du franquisme.

    Manuela Parra : Quand ces gens-là reviennent au gouvernement, ils effacent tout le travail qui a été fait depuis 2007 sur ces questions de mémoire démocratique. Donc, on voit bien que l’enjeu est important pour l’Espagne. L’historien Enrique Tudela Vasquez va venir nous présenter les recherches dans les fosses communes, notamment au Barranco de Viznard où on pense que la dépouille du poète Federico Garcia Lorca pourrait être.

    Françoise Verna : C’est donc un travail très concret ?

    Manuela Parra : Je suis allée avec lui l’année dernière à Huelva, où des jeunes archéologues de l’Université Grenade ouvraient une fosse commune. Historiens et archéologues travaillent ensemble.

    On a la chance, le 10 octobre, d’accueillir Antonio Orihuela, écrivain, poète et historien. Il a fait sa thèse sur la répression et le silence dans sa petite ville de Moguer. C’est un travail sur les droites qui réécrivent l’histoire. Et il dit bien les droites Donc, en Espagne, c’est un combat qui est un combat politique.

    Françoise Verna : Federico Garcia Lorca est aussi très présent dans ces Rencontres ?

    Manuela Parra : C’est un poète, un musicien qui était ancré dans l’Andalousie et qui a fait émerger et connaître la culture populaire andalouse. Nous allons l’aborder comme symbole de l’effacement de la mémoire, puisqu’on recherche toujours son corps. Quand on parle de lui, on parle aussi des autres. Le film de Magali Negroni, Federico Garcia Lorca 1898/1936 va être le support pour en parler. La réalisatrice le traite, dans ce documentaire qui dure 50 minutes, justement sur son engagement et puis aussi sous l’angle de l’homophobie et de son homosexualité qui a été posée aussi comme hypothèse de son assassinat.

    Olivier Nottale : Des lycéens et collégiens sont aussi
    associés à ces rencontres
     ?

    Manuela Parra : J’ai tenu absolument que le film qui a été fait par les jeunes du lycée Mermoz, Entre deux frontières, une mémoire, sous la responsabilité de leurs professeurs, en partenariat avec les lycéens d’Alcalá de Henares en Espagne, puisse être projeté à l’ouverture, devant le maire de Montpellier et le secrétaire d’État à la Mémoire démocratique espagnol. Parce que c’est la concrétisation de notre démarche. Ce film est fondamental et il a certainement vocation à vivre dans les établissements. Je l’espère.

    *Du 8 au 13 octobre, « 1936-2026, Réveiller les consciences ». Programme complet sur voixdelextremepoesieetculture.blogspot.com

    Entrée gratuite.

    Écoutez l’émission en cliquant sur le lien.

  • [Occitanie] Le bloc communal régional plutôt bien doté en effectifs

    [Occitanie] Le bloc communal régional plutôt bien doté en effectifs

    Suivant ce qu’en feront les décideurs, c’est une étude qui peut soit solidifier les services publics soit prétexter des politiques d’austérité.

    En Occitanie, la Chambre régionale des comptes (CRC) publie une étude qui dresse le panorama de l’état des effectifs de la fonction publique territoriale du bloc communal (communes et intercommunalités). Après examen de 251 entités représentatives sur la période 2019-2024, l’Occitanie pointe au 4e rang des régions les mieux dotées avec une moyenne de 31,9 agents pour 1 000 habitants contre un ratio de 28,4/1 000 en France. Ces 160 000 agents représentent 6,5 milliards d’euros de dépenses publiques (+18,9% de masse salariale portée par les intercommunalités), soit 3% du PIB occitan et 37% des dépenses de fonctionnement.

    Est-ce un effet post-Covid ? Toujours est-il qu’entre 2020 et 2021, le nombre d’agents publics locaux a augmenté de 10,4%, quasi le double de la moyenne de l’Hexagone (5,3%). La présidente de la CRC, Valérie Renet, y voit 5 causes majeures. D’abord « l’accroissement démographique (+3%) qui accroît le besoin en services publics mais n’explique qu’une partie de la hausse des effectifs (+6%) ». Ensuite, la nature de l’économie touristique (présentielle) de l’Occitanie. « Toutes les régions du littoral ont des tendances similaires. » Mais aussi le niveau de pauvreté élevé, la densité urbaine et enfin le degré de mutualisation intercommunale. « Le tissu local est très fragmenté avec beaucoup de petites communes, ce qui multiplie les agents. »

    Pistes d’économies

    Ce constat signifie-t-il qu’il y a trop de fonctionnaires municipaux ? Pas forcément. Car l’étude montre que l’essentiel de la poussée concerne les contractuels sur des emplois permanents (+66,4%), alors que le nombre de titulaires a reculé de 2%. Au point que les agents non titulaires représentent un quart des effectifs communaux.

    L’option de dégraisser le mammouth est un choix politique qu’il n’appartient pas à la CRC de trancher. « On n’est pas des ayatollahs des réductions d’effectifs. On veut de l’efficience, que le service soit rendu. » Or, l’étude n’apporte aucun élément sur la qualité du service. La CRC donne des marges de manœuvre possibles. D’abord mutualiser les services des 4 453 communes
    et 161 intercommunalités
    (-14 000 emplois (!) ; 485 ME d’économies). « Il ne s’agit pas de rayer des villages de la carte mais de les regrouper », argumente le magistrat Nicolas Parneix. Ensuite veiller au respect des 1 607 heures annuelles légales de travail (110 ME d’économies). Enfin, lutter contre l’absentéisme qui coûte 280 ME par an. Autant de pistes qui vont dans le sens d’une vision comptable. À condition que le service rendu soit au rendez-vous, on est aussi en droit d’assumer que le service public ait un coût.

  • [Entretien] Sylvie Brunol : « Les Bourses du travail ont construit l’unité ouvrière »

    [Entretien] Sylvie Brunol : « Les Bourses du travail ont construit l’unité ouvrière »

    La Marseillaise : Pourquoi les ouvriers ont-ils eu besoin de Bourses du travail ?

    Sylvie Brunol : Au départ, ce sont des lieux faits pour accueillir les travailleurs, les informer, les aider et organiser la solidarité. On y trouve du placement, des bibliothèques, de l’entraide, et même autrefois des cours du soir, essentiels pour l’éducation ouvrière. Et au fond, cette fonction existe toujours : aujourd’hui encore, on y vient pour un conseil juridique, pour être accompagné lors d’un licenciement, pour rencontrer un syndicat. Ce ne sont donc jamais de simples bureaux.

    Ont-elles joué un rôle dans
    la construction du syndicalisme français
     ?

    S.B. : Un rôle majeur. À la fin du XIXe siècle, il y a d’un côté les fédérations de métiers, de l’autre les Bourses du travail, notamment animées par Fernand Pelloutier. La CGT naît en 1895, mais l’unification reste incomplète. Et Montpellier joue un rôle important : en 1902, Louis Niel, secrétaire de la Bourse du travail, travaille à rapprocher les deux structures. Le congrès de Montpellier marque cette unité entre fédérations de métiers et Bourses du travail. C’est une étape essentielle dans la construction de la CGT telle qu’on la connaît.

    Dès l’origine, ces lieux dépendent pourtant beaucoup des municipalités…

    S.B. : Oui, et c’est toute l’ambiguïté. Beaucoup ont été créées dans des villes radicales ou socialistes, avec des locaux fournis ou financés par les communes. Certains syndicalistes s’en méfiaient déjà : si le pouvoir municipal change, le syndicat peut se retrouver dépendant d’un élu hostile. C’est une fragilité qui traverse toute leur histoire. À Sète, par exemple, la mairie UDF a tenté dans les années 1980 de transférer la Bourse, puis a cessé de financer certaines dépenses. Il a fallu un comité de défense et des années de mobilisation pour la maintenir. Et cette tension est presque aussi vieille que les Bourses elles-mêmes. Toujours à Sète, dès 1901, le maire Honoré Euzet refuse de remettre les clés aux syndicats avec l’autonomie prévue par leurs statuts. Il faudra son départ et l’élection d’une municipalité ouvrière pour que la Bourse leur soit officiellement remise en 1902.

    L’histoire fournit aussi des exemples plus brutaux…

    S.B. : Le patronat et l’extrême droite ont toujours menacé les syndicats. Mais sous Vichy, on change clairement d’échelle. La CGT est dissoute en novembre 1940. À Béziers, en 1942, les locaux de la Bourse sont attribués à des organisations liées à la « Révolution nationale » pétainiste, tandis que des militants CGT entrent dans la clandestinité et la Résistance. Je ne dis pas qu’on peut plaquer mécaniquement cette histoire sur l’actualité, ce serait faux. Mais elle montre que quand un pouvoir veut contrôler ou affaiblir le syndicalisme, les lieux où les travailleurs s’organisent deviennent très vite une cible. Cela doit nous pousser à être vigilants.

    Êtes-vous inquiète des attaques actuelles contre les locaux syndicaux ?

    S.B. : Oui. Il y a toujours eu des conflits avec des municipalités de droite comme de gauche. Mais aujourd’hui, avec les mairies RN de Carcassonne ou Bagnols-sur-Cèze, on voit se multiplier les décisions concernant directement ces lieux : la mairie de Carcassonne a engagé une procédure pour faire quitter la Bourse du travail aux syndicats ; à Bagnols, elle a annoncé la fin de la mise à disposition des locaux du centre Mendès-France. Derrière la question immobilière, il y a la capacité de se réunir, d’accueillir les salariés, de construire une action collective. Je pense aussi à l’Italie : le siège de la CGIL a été saccagé en 2021 par des militants d’extrême droite. C’était avant l’arrivée de Giorgia Meloni au pouvoir, mais pour moi cet épisode reste un avertissement sur la fragilité des libertés syndicales.

    Pourquoi faut-il encore défendre ces lieux en 2026 ?

    S.B. : Parce qu’ils servent toujours. On y accompagne des salariés, des chômeurs, des précaires, parfois des travailleurs sans papiers. On y trouve des conseillers du salarié, de l’aide juridique, mais aussi un espace pour s’organiser collectivement. La liberté syndicale ne vit pas seulement dans les textes : elle a besoin de lieux. Le Préambule de 1946 reconnaît d’ailleurs le droit de chacun à défendre ses intérêts par l’action syndicale. Si je devais résumer, je dirais simplement : « les droits pour tout le monde ».

    Entretien réalisé par Axel Jolidon

    « Sans vouloir
    faire de parallèle mécanique avec les années 30, certains mécanismes historiques doivent nous pousser
    à rester vigilants. »

  • [Entretien] Nicole Giraudi, France Cuba Marseille Bouches-du-Rhône : « On a dépassé le stade de l’urgence sur l’île »

    [Entretien] Nicole Giraudi, France Cuba Marseille Bouches-du-Rhône : « On a dépassé le stade de l’urgence sur l’île »

    La Marseillaise : En quoi consiste le mouvement Semillas de solidaridad et quelle place prend Aleida Guevara dans ce projet ?

    Nicole Giraudi : Elle joue un rôle d’ambassadrice non-officielle de la pensée et du socialisme cubain. Son objectif est de faire connaître les difficultés de son pays et solliciter l’aide, la coopération et le soutien, en se déplaçant dans différentes villes pour y faire des rencontres et des conférences. D’où le mot Semillas, qui signifie graine : elle sème la solidarité. Semillas de solidaridad est né grâce notamment à la branche du Gard de l’association France Cuba. Aleima s’est donc rendue dans le Gard, mais viendra aussi à Marseille et dans le sud-ouest.

    Il sera question, lors de la conférence, de la situation médicale actuelle à Cuba. Qu’en est-il aujourd’hui ?

    N.G. : Aujourd’hui, on a dépassé le stade de l’urgence à Cuba. Comment pouvez-vous espérer que les hôpitaux fonctionnent quand il y a parfois vingt heures de coupure de courant par jour ? L’OMS a comptabilisé, rien que sur le mois de mars, 1 800 nouveau-nés qui sont morts à l’hôpital à défaut d’assistance respiratoire, et c’est la même chose pour les personnes âgées. La crise s’étend au-delà du milieu médical, les transferts d’argents sont bloqués par les Américains, le troc a fait son retour dans l’économie. Même le gouvernement cubain a dû diminuer les rations pour la population depuis janvier.

    Toujours au sujet de la santé, Cuba opère depuis 1959 une politique d’aide médicale internationale. En quoi consiste-t-elle ?

    N.G. : Dans le cadre de coopérations, Cuba envoie des médecins dans les endroits qui ont besoin d’une aide médicale. Au départ, cette aide s’est concentrée sur les pays en voie de développement, mais depuis le Covid, des médecins cubains interviennent aussi en Europe. En France par exemple, dans le Gard, mais aussi en Bretagne. En Italie également, certaines régions en ont bénéficié et en redemandent. C’est une manière pour Cuba d’affirmer la paix et la coopération internationale. Mais les États-Unis mettent la pression à tous les États qui seraient enclins à accepter cette collaboration médicale.

    La formation médicale est donc particulièrement bonne à Cuba ?

    N.G. : Oui, Cuba a beaucoup investi dans l’alphabétisation depuis 1961. La lutte contre l’analphabétisme était d’ailleurs un des objectifs de la révolution. Ce qui témoigne encore aujourd’hui de la qualité de la formation, c’est que sont formés à Cuba, des futurs personnels soignants étrangers.