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  • L’école, révélatrice des inégalités

    L’école, révélatrice des inégalités

    École privée, école publique. Le niveau de vie des familles des élèves est mesuré par l’« indice de positionnement social ». Il révèle une réalité déjà connue : les établissements scolaires privés accueillent en majorité les enfants issus de familles aisées, contrairement à l’école publique, ouverte à tous, gratuite et laïque. Son histoire fut celle d’une émancipation vis-à-vis d’un système éducatif très inégalitaire dominé par l’Église catholique. Cet acte de naissance de l’école publique infuse encore dans le débat, notamment lorsque des collectivités locales financent le privé avec zèle et les impôts des contribuables.

    L’enjeu de la mixité ne peut se limiter à l’école

    Si les différences entre les origines sociales des élèves du public et du privé sont connues, les dernières données de l’Éducation nationale indiquent une accélération des inégalités. En ce sens, l’école demeure révélatrice de l’état de notre société et du creusement des inégalités. L’enjeu de la mixité sociale ne peut donc se limiter à l’école. Pour agir contre la ségrégation scolaire, il faut que les politiques publiques agissent contre les ségrégations spatiales entre quartiers. Un phénomène illustré par le nombre grandissant de copropriétés fermées mais aussi, véritable scandale, par les discriminations des agences immobilières selon la consonance des noms de famille des futurs locataires ou propriétaires. Le sujet doit aussi être mis au cœur de la campagne des municipales. Le repli sur soi ou le vivre ensemble ; le clivage ou la concorde. Un choix majeur pour une ville, un pays.

  • L’OM finit chocolat à Bruges

    L’OM finit chocolat à Bruges

    Dans l’imagerie populaire, l’Enfer est un immense brasier où se consument les âmes des damnés. Mais, après ce qu’ils ont vécu au stade Jan-Breydel, les Olympiens pourront aussi se dire que l’Enfer peut se vivre dans un pré glissant, baigné par une humidité qui vous ronge jusqu’aux os. Jusqu’à provoquer une certaine paralysie générale.

    C’est un peu ce qu’ont vécu les hommes de Roberto De Zerbi dans le premier quart d’heure contre Bruges. Fixés par le froid, ils ont été spectateurs de l’entame endiablée des Flamands. Entame qui, en à peine plus de dix minutes, se concrétisait de deux buts d’avantage au tableau d’affichage. Pour l’OM, l’opération barrages était bien mal embouchée.

    Les Olympiens savaient à quoi s’attendre. Mais ils n’ont pas su entrer comme il le fallait dans une soirée qui s’est rapidement compliquée pour eux. Et si, à la demi-heure du match, ils étaient toujours du bon côté pour la qualification, la situation devenait très inconfortable.

    Menés de deux buts, ils voyaient Bruges leur passer devant et dégringolaient à la 26e place, dernière qualificative. Tout en restant sous la menace d’Olympiakos et Paphos, jusque-là tenus en échec par l’Ajax et le Slavia et avec une différence de buts favorable à l’OM.

    Un OM qui ne pouvait pas se contenter d’un score qui rendait ténue leur chance de continuer l’aventure européenne. Avec les entrées d’Igor Paixão puis Pierre-Emerick Aubameyang, les Olympiens parvenaient enfin à être constructifs. Mais, sur sa ligne, Simon Mignolet se montrait intraitable, alors que son équipe avait du mal à trouver son second souffle. Tout en parvenant malgré tout à creuser l’écart, au plus fort de la poussée marseillaise.

    Les dernières minutes allaient être stressantes. Avec des Olympiens qui pensaient arracher leur qualification grâce à leur différence de but. Mais un succès de Benfica 4 à 2 face au Real éjectait les hommes de Roberto De Zerbi du groupe des barragistes. L’OM termine donc 25e et rentre chocolat de son voyage à Bruges.

    Club Bruges 3 (2)

    OM 0 (0)

    8e journée

    Stade Jan-Breydel. (22 000 spectateurs)

    Arbitre : M. Guida (ITA).

    Buts : Diakhon (4), Vermant (11), Stankovic (79) pour Bruges.

    Avertissements : Murillo (22), Gouiri (79) à l’OM, Vanaken (48) à Bruges.

    CLUB BRUGES : Mignolet – Sabbe (Siquet,84) , Ordoñez (Spileers, 69), Mechele, Seys – Vanaken ( c ), Onyédika, Stankovic (Vetlesen,84) – Forbs, Vermant, Diakhon (Tzolis, 69).

    Entraîneur : I. Leko.

    OM : Rulli – Balerdi ( c ), Aguerd, Medina – Murillo (Aubameyang, 54), Kondogbia (O’Riley, 87), Höjbjerg, Weah – Greenwood, Gouiri (Nadir, 87), Traoré (Paixão, 46).

    Entraîneur : R. De Zerbi.

  • La mixité scolaire, carrefour des politiques à Marseille

    La mixité scolaire, carrefour des politiques à Marseille

    Il ne faut que quatre minutes, à pied, pour aller de l’école Jean-Mermoz à celle de Notre-Dame de l’Huveaune. Les deux établissements situés dans le très cossu quartier de Saint-Giniez, dans le 8e arrondissement de Marseille, l’un public et l’autre privé, partagent un public favorisé. Et pourtant, leurs compositions sociales évoluent dans des sens opposés. La première a vu son indice de positionnement social – indice utilisé par l’éducation nationale pour mesurer les milieux d’origine socio-culturelle des élèves dans chaque école – décrocher au fil des trois dernières années scolaires. La seconde s’est hissée, à la rentrée 2024, sur le podium des écoles les plus favorisées de la ville.

    Fracture nationale

    Leur évolution illustre bien un fossé qui se creuse à Marseille. Si l’indice de positionnement social des écoles y reste globalement stable, il s’infléchit dans le secteur public
    (-1,3 point en trois ans) et surtout augmente fortement dans le secteur privé (+2,6 points). Créant un écart abyssal de 31,4 points à la rentrée 2024.

    Mais la cité phocéenne n’est pas une exception. à l’échelon national, 16,4 points séparaient, en moyenne, les écoles publiques et privées à la rentrée 2022. Trois ans plus tard, il faut en compter 18,4. Signe d’un séparatisme scolaire de plus en plus marqué chez les plus riches, alors que le premier degré ne se prête pas à des découpages arrangeant de la carte scolaire, à l’inverse des collèges, comme le dénoncent les organisations syndicales dans les Bouches-du-Rhône.

    « Les écoles sont à l’image de la géographie, de la sociologie de la ville », explique l’adjoint (G.s) à l’éducation, Pierre Huguet. Mais, alors que le secteur privé reste marqué par une grande diversité à Marseille, il veille à ne pas rallumer une guerre scolaire. « Le principal levier de la mixité sociale à l’école, c’est investir dans l’école publique, argumente-t-il. Revaloriser l’école publique, c’est faire revenir des enfants. » Alors il défend le bilan du Printemps marseillais en la matière, à commencer par le Plan écoles. « Quand on refait une école à 15 ou 20 millions, qu’on met des moyens, les parents ont de nouveau confiance », avance l’élu, qui met aussi en avant la chute des grèves inopinées dans les cantines. Au prix d’une attaque contre le droit de grève.

    Plus de moyens

    Surtout, la municipalité a réformé en 2022 le système de dérogations à la carte scolaire pour en faire l’exception, notamment en faveur des élèves en situation de handicap ou pour les familles séparées. La Ville a multiplié les rencontres entre écoles, par des événements communs à l’image des visites du stade Vélodrome, des jumelages de classes. Les moyens alloués ont aussi été revalorisés, en prenant en compte cet indice de positionnement social, mais aussi en favorisant les établissements avec le plus de mixité sociale, tandis que les caisses des écoles bénéficiaient de crédits augmentés. La municipalité a aussi hérité du dossier du forfait communal, les subventions obligatoires aux écoles privées sous contrat, après l’annulation en 2019, par le tribunal administratif, de la convention triennale proposée par la précédente majorité. « Nous avons clarifié la situation pour pouvoir repartir sur des bases saines », se félicite Pierre Huguet. Avec notamment un calcul plus fin des dépenses de fonctionnement à prendre en compte, loin des subventions exceptionnelles accordées par les collectivités dirigées par la droite. S’y ajoutent la mise en place des kits scolaires, saluée par une enquête parlementaire, l’extension de la gratuité à la cantine, que la majorité sortante promet d’ores et déjà de poursuivre. « Mais les plus grandes ruptures d’égalité se font en dehors du temps scolaire », pointe l’adjoint. Avec en ligne de mire les rénovations urbaines, les conditions de vies dans les quartiers, l’offre éducative en périscolaire. « La mixité sociale est au carrefour des différentes politiques publiques », insiste-t-il. Et des programmes présentés aux électeurs.

  • Les relations entre l’OM et les médias se tendent

    Les relations entre l’OM et les médias se tendent

    Depuis quelques temps, entre l’OM et une partie de la presse, se joue un drôle de duel. Roberto De Zerbi a tiré le premier, dénonçant la manière dont certains le traitent lors de talk-show télévisés et de radio.

    Son club a enchaîné, en publiant un communiqué dans lequel il précise : «L’Olympique de Marseille ne pratique ni boycott ni censure à l’égard des médias. Les décisions prises relèvent exclusivement de choix stratégiques du club, fondés sur l’analyse des contextes, des traitements observés et du respect de l’institution. L’Olympique de Marseille est en droit d’attendre de l’ensemble des journalistes le respect des règles déontologiques qui encadrent la profession. Le club se réserve le droit d’agir par toutes les voies appropriées face à toute mise en cause infondée portant atteinte à son image ou à celle de ses collaborateurs».

    A cela, l’Union des journalistes de sport en France n’a pas pu accepter certains propos et publie, à son tour ce mercredi, un communiqué : «L’UJSF s’étonne et s’émeut du communiqué récemment publié par l’Olympique de Marseille, dans lequel le club marseillais, en conflit avec de nombreux médias, souligne que l’accès aux informations et aux joueurs, pour résumer, est fondée sur “l’analyse des contextes, des traitements observés et du respect de l’institution”. En clair, l’OM a l’intention de permettre aux journalistes de travailler avec le club selon leur degré de complaisance. L’UJSF dénonce cette conception peu supportable de l’information, qui n’est pas à la hauteur de l’histoire de ce grand club, et sera vigilante sur l’évolution de cette situation».

    La décision de l’OM de ne pas revenir à La Commanderie après le match de Ligue des Champions contre Bruges, ce 28 janvier, ne va pas arrondir les angles. Pour se préparer au duel face au Paris FC, samedi 31 janvier, Roberto De Zerbi a souhaité organiser une retraite près de Rambouillet (Yvelines). Les médias suivant le club n’ont été informés qu’à la dernière minute de cette décision et de l’organisation de la conférence de presse de veille de match à Clairefontaine, vendredi. Ce qui pose des problèmes d’organisation du travail.

  • À Orange, le maire Yann Bompard démis par le préfet

    À Orange, le maire Yann Bompard démis par le préfet

    C’était une formalité juridique attendue mais d’importance. Au surlendemain de la condamnation pour détournements de fonds publics du maire (Ligue du sud) Yann Bompard, le préfet vient, ce mercredi, de le démettre de ses fonctions. La peine visant l’édile d’extrême droite étant assortie d’une inéligibilité de cinq ans, avec application immédiate, Thierry Suquet a donc pris un « arrêté le déclarant démissionnaire d’office de son mandat de maire ».

    Un document qui fait perdre à Yann Bompard l’intégralité de ses mandats d’élu, malgré sa décision de faire appel. Il n’est donc à ce jour plus conseiller municipal, président de l’intercommunalité du Pays d’Orange ni conseiller départemental. Pour cette dernière fonction, son binôme suppléant Jonathan Argenson, par ailleurs adjoint à la culture, le suppléera. Pour le reste, c’est encore flou. Selon le code électoral, « en cas d’absence du maire, suspension, révocation ou toute autre cause, le maire est provisoirement remplacé dans la plénitude de ses fonctions par le 1er adjoint », précise la préfecture.

    Or le titulaire du poste, Denis Sabon, a rejoint l’opposition RN et n’a pas été officiellement remplacé dans cette fonction, qui devrait échoir à Joëlle Eickmayer, adjointe aux affaires sociales. Un nouveau conseiller municipal, issu de la liste Bompard, doit aussi faire son entrée comme élu. Si l’on suit l’ordre de la liste, il s’agirait d’Odette Marie. Ironie, le suivant de liste est Jean-Baptiste Rolland, collaborateur parlementaire de la députée RN Marie-France Lorho, condamnée elle aussi lundi avec inéligibilité.

    Un rôle de premier magistrat de toute manière très bref puisque, « pour élire un nouveau maire, il relève à présent du premier adjoint de convoquer le conseil municipal sous un délai de 15 jours suivant la démission d’office », stipule le code électoral. Soit avant le 11 février. En 2021, lorsque Jacques Bompard avait été déclaré inéligible, son fils avait pris la suite dix jours après. Le père, redevenu éligible mardi par la grâce de la justice, rêve de revenir à l’hôtel de ville par les urnes pour la 6e fois. En attendant, Orange devrait donc avoir un maire très éphémère issu de ce qu’il reste des rangs de la majorité pour achever le mois et demi de mandat.

  • À Eurenco, à Sorgues, la colère monte malgré des résultats record

    À Eurenco, à Sorgues, la colère monte malgré des résultats record

    « Plus ils font du chiffre, moins on est augmentés alors qu’on bosse de plus en plus », glisse, amer, un employé du site Eurenco Sorgues, mardi 27 janvier. Un rassemblement était organisé conjointement par la CGT et Force ouvrière, accompagné d’une grève de 20h, la veille, jusqu’à 4 heures du matin, ce mercredi, afin de revendiquer de meilleures conditions de travail.

    Ils étaient ainsi plus d’une centaine à se rassembler devant le site de production d’explosifs à l’appel des deux syndicats, après avoir refusé de signer les négociations annuelles obligatoires avec la direction. Une centaine de personnes se sont également réunies sur le site Eurenco de Bergerac (Dordogne). De 11h à 13h, les entrées de camions sur le site ont été bloquées par les salariés. Contactée, la direction d’Eurenco n’a pas répondu aux sollicitations de La Marseillaise. Le contact entre syndicats et direction n’a pas encore été rétabli.

    Parmi les revendications communes figure une revalorisation générale des salaires de 130 euros bruts pour chaque employé. « C’est en lien avec les excellents résultats de l’entreprise. Les augmentations ne suivent pas », regrette Jérémy Caillé, secrétaire général central CGT Eurenco. « Ce n’est pas cohérent avec la santé de l’entreprise », abonde Jérémy Durou, son homologue chez Force ouvrière. Ils avancent comme preuves un carnet de commandes « complet jusqu’en 2040 » et un objectif de « 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires à horizon 2030 », citant les propos du PDG, Thierry Francou, dans le média spécialisé La Lettre. Une ouverture du capital de l’entreprise était même envisagée.

    « On sait très bien ce que l’on fabrique. Mais il ne faut pas que l’argent remonte uniquement dans les poches de nos actionnaires. Ils vont se faire de l’argent sur notre travail. Et ça, c’est inacceptable où que ce soit », souligne le responsable syndical CGT. Il est également reproché au PDG de s’être augmenté de 12% dernièrement, soit bien plus que les 1,4% proposés aux ouvriers, en décembre. Devant les grilles ornées de drapeaux syndicaux, Jean-Louis, chef d’équipe salarié depuis huit ans, réclame « un effort », alors « qu’on n’arrête pas le travail en 3/8 ». « On aimerait être reconnus à notre juste valeur », appuie l’un de ses collègues.

    Prime d’ancienneté

    Au total, quatre revendications ont été construites conjointement. La seconde concerne la revalorisation de la prime d’ancienneté, qui passerait de 15% à 20%. « Ils sont sur le minimum. Le but est de valoriser l’expérience car ce que l’on fait ici ne s’apprend que sur place. Ce n’est pas un privilège, ce n’est que justice », affirme Jérémy Caillé.

    Les syndicats demandent aussi une prise en charge plus importante de la mutuelle et de la prévoyance par l’entreprise. « Passer la prise en charge de 60 à 70% ne ferait que compenser les augmentations du coût de la vie. Il faut rappeler que des produits dangereux sont manipulés quotidiennement », assure le délégué FO.

    Enfin, ils réclament la transformation des contrats d’intérim en CDI. « Certaines équipes sont constituées à 30% d’intérimaires. Ce sont des gens que l’on maintient volontairement dans la précarité », déplorent les responsables syndicaux.

  • [Entretien] « Agir en commun », la règle d’or de Sylvain André, maire de Cendras

    [Entretien] « Agir en commun », la règle d’or de Sylvain André, maire de Cendras

    La Marseillaise : Vous êtes maire de Cendras depuis 2017. Quel regard portez-vous sur ces neuf ans ?

    Sylvain André : Pour moi, le maire a un rôle d’animateur du vivre ensemble. C’est fondamental pour faire société ; surtout dans une période où le repli identitaire s’accentue. Si je devais donner quatre marqueurs de l’ADN de l’équipe municipale, je dirais la solidarité, la culture, la transition écologique et l’éducation. Nous avons rénové le cœur du village, et c’était le plus gros projet du mandat. Nous avons aussi désimperméabilisé certaines zones, finalisé un projet d’habitat inclusif pour permettre à nos anciens de rester au cœur du village, et proposé un programme culturel dense…

    Vous vous êtes aussi engagé pour le pour des causes qui dépassent les compétences d’un maire…

    S.A. : Plus la situation internationale s’est complexifiée, plus nous avons voulu affirmer nos ambitions de paix. On soutient SOS Méditerranée, parce que je trouve que c’est l’honneur de l’humanité. On ne paie pas un bateau, on apporte 500 euros… Mais c’est un marqueur. On participe aussi à une opération de subvention qui vise à financer 1 000 fontaines pour Mayotte où l’eau est un enjeu majeur… Ce sont des petites pierres, mais elles participent à la construction de la solidarité internationale.

    En septembre, vous avez été attaqué par le député UDR Allegret-Pilot, qui est venu décrocher votre drapeau palestinien. Comment avez-vous vécu cet épisode ?

    S.A. : C’est la première fois que j’ai un peu souffert de ce genre de polémique, parce que ça a été virulent. Je venais de prononcer un discours de paix devant 70 personnes en expliquant que si Israël vivait la même chose, j’aurais mis son drapeau à la place, et j’ai à nouveau condamné les attaques du 7 octobre… Mais avec sa mise en scène, il a lancé toute la fachosphère sur mon dos. J’ai passé 15 jours à effacer des messages de haine sur mes messageries personnelles. Des messages anti-communiste, des menaces, des insultes liées à mon handicap… Ce député vit par le buzz et la « trumpisation » de la société. Ça plaît parfois aux gens, mais ce n’est pas la politique que j’aime.

    Vous allez présenter votre liste le 10 février. À quoi ressemblera-t-elle ?

    S.A. : Elle est renouvelée à 50%. Tout le monde n’est pas encarté, mais ils ont tous une sensibilité de gauche. Je suis allé voir chaque membre de la liste, j’ai expliqué qu’on allait parfois dépasser le cadre municipal, et surtout je me suis assuré qu’il n’y aurait jamais aucun propos raciste. Si nous sommes élus, nous allons nous voir quasiment tous les lundis de l’année pendant six ans. Il vaut mieux partager un socle de valeurs communes, j’y tiens.

    Quels seront les axes de ce mandat ?

    S.A. : J’aimerais faire passer tous les toits de la commune en solaire, et mettre en place une boucle d’autoconsommation solidaire qui permettra aux Cendrasiens d’acheter l’énergie produite… On souhaite aussi créer une boulangerie dans le hameau de La Blaquière, créer un accueil parent-enfant au centre socioculturel, donner une dimension plus importante au CCAS, et peut-être créer un conseil municipal pour la jeunesse… Nous sommes en train d’y travailler.

    Vous êtes aussi le président des maires ruraux du Gard. Pourquoi ?

    S.A. : On me l’avait proposé, et j’ai fini par dire oui. Je ne me retrouvais pas complètement dans l’Association des Maires de France ; j’avais besoin d’une association un peu plus piquante, pugnace, un réseau plus convivial… Ensemble, nous arrivons à nous fédérer de manière trans-partisane sur des questions locales et de proximité. On est vraiment dans l’entraide.

    Quels seront les grands combats pour les maires ruraux du Gard ?

    S.A. : Nous allons devoir défendre la commune, qui est régulièrement attaquée. L’intercommunalité peut être un atout, mais il faut que cela se fasse dans la coopération.

    Nous travaillons aussi sur le PAC (porter-à-connaissance) feux de forêts, qui ralentit le développement des territoires ruraux. On comprend qu’il faille prendre des précautions avec les feux de forêts, mais il faut trouver un équilibre… Avec l’université de Nîmes, nous participons enfin à la création d’un Diplôme Universitaire destiné aux élus. Il pourrait démarrer dès septembre. Je n’attends pas le grand soir pour agir ! On arrache tout ce qu’on peut. Et ça implique de parler avec tout le monde.

  • [Entretien] Cole Strangler : « Trump ne s’attendait pas à ce niveau d’opposition »

    [Entretien] Cole Strangler : « Trump ne s’attendait pas à ce niveau d’opposition »

    Les images provenant des États-Unis sont révoltantes. Renee Good et Alex Pretti sont les deux dernières victimes de l’ICE, police américaine de l’immigration, bras armé de la politique raciste de Donald Trump. Leur crime ? S’être opposés à cette milice qui arrête et emprisonne chaque migrant sur son passage… Face à cela, la mobilisation de la population est historique. Des centaines de milliers de manifestants ont bravé le froid glacial, occupant les rues, appelant à la grève générale. Un revers sans précédent pour le président américain. Des agents des services fédéraux déployés à Minneapolis ont commencéà quitter la ville mardi, alors que Donald Trump joue l’apaisement.

    La Marseillaise : Pourquoi vous joignez-vous à cette mobilisation marseillaise de soutien au peuple américain ? Dans quel contexte s’inscrit-elle ?

    Cole Stangler : En tant que journaliste et auteur, je n’ai vraiment pas l’habitude de participer ouvertement à des manifestations de ce type, ce n’est pas naturel pour moi. Mais je pense que, très clairement, on a franchi une ligne rouge aux États-Unis. Quand la société civile dans son ensemble est ciblée par l’administration actuelle, il ne faut pas hésiter à les critiquer ouvertement ni avoir peur de participer activement dans des mouvements d’opposition. Comme beaucoup d’Américains, je n’ai pas envie de me dire, dans cinq ou dix ans, que je ne faisais rien à l’époque où l’administration Trump a attaqué la démocratie américaine. Si on organise ce rassemblement, c’est aussi pour signaler aux Français que l’extrême droite au pouvoir peut faire des dégâts très importants. Je ne veux pas qu’on se réveille un jour, en mai 2027, avec l’extrême droite au pouvoir et que tout le monde se dise qu’on aurait pu être mieux organisés, qu’il aurait fallu prendre ce risque plus au sérieux.

    À Minneapolis, la population
    a massivement manifesté contre cette politique d’immigration. Est-ce rare de voir les Américains battre le pavé
     ?

    C.S. : On peut avoir ce cliché sur les Américains qui ne manifestent jamais. Mais on a déjà eu deux grandes manifestations l’an passé. Je pense au No King’s Day qui a été organisé l’été dernier et même avant, il y avait une vague de manifestations contre Elon Musk et son Doge (Département de l’efficacité gouvernementale). Ce qu’on est en train de voir, à Minneapolis, nous rappelle à quel point l’administration est impopulaire dans l’opinion publique américaine et que les Américains se mobilisent. Quand Donald Trump a envoyé ses milliers d’agents fédéraux pour semer la terreur à Minneapolis et en faire un symbole politique, il ne s’attendait pas à ce niveau d’opposition. Ces manifestants sont en train de gagner la bataille de l’opinion publique aux États-Unis.

    Ce mouvement a-t-il réussi
    à faire reculer le président ?

    C.S. : Deux choses concrètes sont en train de se passer. Il y a quelques jours, Gregory Bovino, le visage de cette police de l’immigration très brutale, avait défendu le meurtre d’Alex Pretti [l’un des manifestants tué à Minneapolis, Ndlr] directement à la télévision. D’un point de vue esthétique, ça a été remarqué, y compris par la presse allemande, Gregory Bovino reprend très clairement, sans aucune ambiguïté, les codes vestimentaires de l’extrême droite (voir photo). Ce dernier vient d’être retiré de ses fonctions à Minneapolis. C’est très clairement une victoire pour les manifestants. Deuxièmement, dans la conférence de presse de lundi, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a essayé de distancier le président Trump des déclarations de certaines personnes de son administration comme Gregory Bovino, Kristi Noem (secrétaire à la Sécurité intérieure) ou Stephen Millier (conseiller à la Sécurité intérieure), qui défendaient les actions de ICE et des agents fédéraux. Ces deux éléments signalent que l’administration Trump comprend qu’elle est en train de perdre la bataille de l’opinion publique.

    Vous dites que la popularité
    de Trump est surestimée. Certains de ses anciens soutiens se distancient de lui. Comment expliquer ces revirements ?

    C.S. : On n’a jamais vu un président utiliser le pouvoir exécutif comme Donald Trump et il a énormément d’influence à l’international. Le paradoxe, c’est qu’il a une base de soutien très minoritaire aux États-Unis. Dans les sondages, c’est un président objectivement impopulaire, avec environ 40% d’opinion favorable. Il est en train d’échouer sur deux de ses grandes promesses de campagne en 2024. Donald Trump a été élu en grande partie sur le combat contre l’immigration et sur les questions économiques. Il a dit vouloir mettre fin à l’inflation vue sous l’administration Biden. Or ses droits de douane ne permettent pas à l’administration de combattre l’inflation qui reste importante. Les sondages montrent des Américains insatisfaits du bilan économique du président. C’est la même chose sur l’immigration, les Américains trouvent que ces politiques vont trop loin. Certains de ses soutiens ou anciens soutiens montrent leur désaccord publiquement, comme le podcaster Joe Rogan, qui a récemment comparé l’ICE à la Gestapo en Allemagne nazie.

    Un éditorial paru sur le site du mensuel « The Atlantic » décrit le régime trumpiste comme fasciste. Qu’en pensez-vous ?

    C.S. : C’est un débat en cours depuis des années. L’État américain n’est pas devenu un régime fasciste. Par contre, le président Trump et certaines personnes dans son entourage peuvent, à mon sens, être qualifiés de fascistes. Sur ces questions, je fais confiance aux experts, historiens, universitaires qui ont étudié le fascisme. Robert Paxton, grand historien américain qui a notamment fait des recherches sur le régime de Vichy en France, avait dit après la tentative de coup d’État du 6 janvier 2021 au Congrès qu’on pouvait qualifier Donald Trump de fasciste. Pourquoi ? Parce qu’on a cette utilisation de force paramilitaire pour essayer de renverser les résultats de l’élection. On a un discours anti-immigration très fort, raciste, qui désigne des boucs émissaires très clairs
    et l’opposition comme étant l’ennemi de l’intérieur. Tous ceux qui ne soutiennent pas l’administration sont qualifiés d’adversaires ; qu’on soit journaliste, juge, avocat, électeur démocrate ou militant politique. Certaines personnes disaient que l’élément manquant aux États-Unis, c’étaient les guerres, et notamment les guerres d’expansion. On a vu, ces dernières semaines, à quel point l’administration veut prendre des territoires considérant qu’ils appartiennent aux zones d’influence américaines, comme le Groenland par exemple. On ne peut que penser au discours allemand des années 1930, consistant à dire qu’il fallait du territoire pour que le peuple puisse vivre et être en sécurité. Mais, encore une fois, il ne faut pas oublier que ce projet politique, qui est réel et terrifiant, n’a pas une base de soutien majoritaire, très loin de là.

    Rassemblement à Marseille ce mercredi

    Deux mobilisations de soutien au peuple américain sont organisées simultanément mercredi à 18h30, à Paris et à Marseille, sous l’ombrière du Vieux-Port, à l’appel du collectif la Digue et d’Indivisible Paris.

  • Au Camp des Milles, la mémoire comme rempart à la haine

    Au Camp des Milles, la mémoire comme rempart à la haine

    C’est devant le Wagon du Souvenir, dans le seul grand camp d’internement et de déportation français encore intact, que les représentants des autorités civiles et militaires régionales étaient invités à rendre hommage aux plus de six millions de victimes de la Shoah. Un devoir de mémoire singulièrement vibrant, et une alerte réactivée à l’heure où les derniers témoins de la barbarie humaine disparaissent, et alors que « le ciel s’assombrit », a souligné le président-fondateur de la Fondation du Camp des Milles-Mémoire et Éducation, Alain Chouraqui.

    Dans de longues listes qui glacent le sang, les élèves de l’École militaire ou de l’école Auguste-Boyer des Milles ont égrené les noms de centaines de victimes internées au camp, puis déportées. Les noms des 97 enfants retrouvés, dont le plus jeune était un bébé d’un an, les noms d’artistes et d’intellectuels, mais aussi ceux de Justes. Ils ne sont que 4 250 à avoir été honorés de ce titre en France.

    Vigilance et courage

    Puis est venue une autre lecture, celle d’un testament adressé à l’humanité tout entière : celui écrit par l’ancienne déportée et infatigable militante contre le négationnisme et l’antisémitisme, Denise Toros-Marter, soucieuse d’éviter un « nouvel Auschwitz ». Avec cette dimension pédagogique pour faire « barrage à la haine ».

    Au-delà de l’hommage, le devoir de mémoire est un devoir de conscience. Se souvenir oblige à regarder le présent avec acuité. « Aujourd’hui, notre France est sur une ligne de crête. Le risque pour la démocratie a été multiplié par six en 35 ans », a rappelé Alain Chouraqui en référence à la montée du racisme et à l’explosion des actes antisémites. Réaffirmant le rôle de vigie de la Fondation : « Ces dynamiques, qui viennent de loin, peuvent faire basculer notre société si elle succombe à un “vertige identitaire” mortifère ou se laisse bousculer par des provocations des porteurs de haine. »

    Maire d’Aix-en-Provence, Sophie Joissains (UDI), a appuyé sur « la cicatrice indélébile » laissée par le concours apporté par le régime de Vichy à la déportation, interrogeant la conscience de chacun. « Le jour où les derniers survivants vont s’éteindre, il faudra avoir le courage de se souvenir », a encore préconisé le préfet des Bouches-du-Rhône, Jacques Witkowski, citant Paul Éluard, « sans quoi nous disparaîtrons en tant qu’humanité ».

  • Femmes de steel, un réseau pour féminiser l’industrie à Arcelor

    Femmes de steel, un réseau pour féminiser l’industrie à Arcelor

    Dans une petite salle en rez-de-chaussée du bâtiment DB27, sept collégiennes en cercle se font passer un cri. D’abord crispées, secouées de rires nerveux, elles finissent par se prendre au jeu, guidées par Christine Hinque. L’exercice peut avoir l’air loufoque, mais l’intervenante, spécialisée en théâtre d’improvisation, explique : « Ça donne l’autorisation aux filles de prendre le pouvoir en faisant tomber les barrières ».

    Et des barrières, dans l’orientation ou le monde du travail, il y en a pléthore. Qu’elles soient réelles ou intériorisées. C’est pour les faire tomber que la direction de la communication du site fosséen d’ArcelorMittal a créé, en 2015, le réseau Femmes de steel qui organise chaque année une journée de découverte des métiers industriels. Depuis son lancement, le collectif a touché 780 jeunes filles. Ce mardi 27 janvier, c’était au tour de 131 collégiennes et lycéennes de six établissements de Fos-sur-Mer, Istres, Martigues, Châteauneuf-les-Martigues et Arles de visiter les installations et d’expérimenter les postes de l’aciérie.

    Des représentations genrées

    Emy et Chloé, en 3e au collège des Amandeirets, n’avaient jamais vu de près les hauts-fourneaux. Fascinées par les EPI (équipements de protection individuelle), elles se font tirer le portrait devant une immense photo de la coulée continue. Les deux élèves apprécient l’événement, bien qu’elles sachent ce qu’elles veulent faire plus tard : « Criminologue et organisatrice d’événements, plus particulièrement de mariages ». « On n’a pas le cerveau pour faire des sciences techniques », justifient-elles.

    Un préjugé qui a la peau dure. La référente égalité du collège Alphonse Daudet, à Istres, témoigne : « J’ai réalisé l’an dernier à quel point les représentations sont genrées. Je suis hyper attentive en conseils de classe et je me rends compte que beaucoup de filles partent dans le social et l’esthétique, tandis que les garçons pensent plutôt à des filières techniques de niche ». Géraldine Dautheribes, professeure de technologie dans le même établissement, glisse : « Ce n’est pas vraiment un choix qu’elles font, puisque l’aide à la personne et l’esthétique ça n’a rien à voir. On ne leur propose que ça, alors que plein de choses existent, à nous de leur montrer ».

    Sa collègue reprend : « On a l’impression que les filles choisissent par dépit dans le petit univers qu’on leur donne. Il faut faire venir des représentations de femmes dans plein de métiers différents, pour qu’elles aient des modèles ».

    29% des embauches

    en 2025

    Pour Chloé Gros, responsable du service maintenance électro-mécanique du département logistique d’Arcelor, cette journée Femmes de steel permet aux élèves de se faire une image réelle de l’industrie, parfois fantasmée, et d’avoir « des points de contact dans l’usine avec un ancrage féminin ». « Les rencontres, ça change tout, ça peut susciter un intérêt et être une porte d’entrée dans le secteur », poursuit-elle. Fanny en sait quelque chose. Elle est venue découvrir l’aciérie il y a quelques années dans le cadre du réseau et travaille désormais dans la préparation de travaux en maintenance.

    Isabelle Cristini, directrice des ressources humaines du site, perçoit une dynamique positive dans la course à la parité. « Le comité de direction compte 50% de femmes, tout comme le conseil d’administration », affirme-t-elle. L’entreprise s’impose l’égalité pour ce qui relève des jobs d’été et des contrats GEIQ de réinsertion.

    Certaines disparités persistent néanmoins, notamment sur les postes techniques. À Fos, les femmes représentent 10% des effectifs dans l’usine, 30% des contrats de stage et 29% des embauches en 2025. Une part qui atteint les 40% concernant les recrutements de cadres. « On a ces chiffres car on a très peu de candidates », explique Isabelle Cristini.

    D’où l’intérêt du réseau Femmes de steel. Et cette journée porte ses fruits ! Selon une enquête menée par ArcelorMittal à la fin de chaque édition, 56% des participantes affirment que l’événement les a aidées à faire un choix dans leur orientation. 22% disent avoir envisagé un métier technique avant de mettre les pieds dans l’aciérie, un chiffre qui augmente de 8 points à la fin de la découverte, les secteurs de la digitalisation, de la chimie ou de l’ingienérie étant les plus cités.