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  • [Entretien] « Il faut modifier le regard des valides sur le handicap »

    [Entretien] « Il faut modifier le regard des valides sur le handicap »

    La Marseillaise : Quel est l’objectif des journées handicitoyennes qui se tiennent du lundi 30 mars au vendredi 3 avril à Marseille ?

    Michel Collomp : L’objectif est de sensibiliser les collégiens et lycéens au handicap et de leur apporter des connaissances sur le sujet. La sensibilisation se fait par une mise en situation à travers des activités et des ateliers, pour se mettre à la place des personnes handicapées pendant une demi-journée. Il y aura une multitude d’activités organisées par des associations de personnes handicapées : parcours en fauteuil roulant, parcours d’obstacles avec les yeux bandés ou des jeux de société les yeux bandés. L’association Sport et Loisirs pour Aveugles (ASSLA) viendra animer un atelier de tir à la carabine laser pour les aveugles. Le concept est simple : le tireur a des écouteurs dans les oreilles et se repère à l’aide du son, plus le « bip » est frénétique, plus la cible est proche.

    Pourquoi est-ce aussi important de se mettre à la place des personnes handicapées pour
    les enfants
     ?

    M.C. : C’est un âge où ils découvrent, par des cas particuliers ou dans leur famille, des personnes en situation de handicap. On veut apprendre aux 900 élèves qu’on va recevoir cette semaine : le vivre-ensemble. On cherche, par ces ateliers, à leur faire comprendre que, quand ils voient une personne handicapée dans la rue, il ne faut pas avoir peur ou s’en méfier, mais au contraire aller vers elle pour lui proposer de l’aide. Parce qu’on fait tous société et qu’il faut vivre ensemble plutôt que dans une séparation : handicapés et non handicapés.

    Est-ce que c’est par la sensibilisation des enfants qu’une société peut prendre davantage en compte les personnes en situation de handicap ?

    M.C. : Oui, on le constate déjà par les retours de certains professeurs qui sont là depuis la première édition. Ils observent des changements de comportement dans leurs classes. On fait le maximum pour que cette action porte ses fruits et améliore les comportements des valides avec les personnes handicapées. Les élèves repartent, à la fin de la demi-journée, avec un diplôme « d’handicitoyen » qui atteste qu’ils ont été sensibilisés au handicap. C’est moi qui m’en occupe et je leur fais promettre de ne jamais se garer sur une place handicapée quand ils seront adultes.

    Aujourd’hui, notre société
    est-elle encore trop peu adaptée aux handicapés
     ?

    M.C. : On a fêté les 20 ans, l’année dernière, de la loi sur l’égalité des chances et des possibilités pour les personnes en situation de handicap (déplacement, emploi, civilité). Il y a encore beaucoup à faire en matière d’égalité devant l’emploi et d’accessibilité. Le préfet Parisot de Bayard, a créé ces journées handicitoyennes à Montpellier puis a développé le concept dans d’autres villes, notamment à Marseille. Il partait de son constat de personne handicapée. Il disait que le handicap était une souffrance physique en soi, mais que ce dont il avait le plus souffert, c’était le regard des autres et l’indifférence. Notamment par l’impossibilité d’entrer dans certains lieux, comme au cinéma où on lui disait que son fauteuil ne pouvait pas entrer. Moi, je suis à la retraite, mais j’étais kiné, donc le handicap, je l’ai connu dans ma profession. Dans les pas de Parisot, ce qu’on veut, c’est modifier le regard des valides sur le handicap.

  • Le Département de Vaucluse encore attendu sur sa gestion du RSA

    Le Département de Vaucluse encore attendu sur sa gestion du RSA

    Retour aux dossiers pour le conseil départemental de Vaucluse ce lundi 30 mars avec la première séance plénière de l’année 2026. Mais celle-ci ne débutera pas dans le calme le plus total. Car se tiendra un rassemblement organisé par la CGT des personnels de la collectivité devant l’Hôtel du Département à 8h30 pour alerter sur des « dysfonctionnements graves dans la gestion du RSA » par la collectivité ainsi que pour dénoncer une Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) « engorgée avec des usagers en détresse ».

    Le syndicat explique dans un long communiqué avoir « demandé aux agents de faire remonter des informations concrètes concernant les difficultés rencontrées dans l’accompagnement aux allocataires du RSA ». Il ressort de l’analyse de ces entretiens un « problème structurel » selon la CGT. À savoir une « multiplication des radiations et suspensions de droits, souvent sans motifs clairs », mais aussi « des ruptures de ressources répétées de plusieurs semaines à plusieurs mois » ; des « recours quasi systématiques pour rétablir des situations qui n’auraient pas dû être interrompues » ou encore « des usagers contraints de déposer de nombreuses demandes successives pour un même droit ». Les données sont claires. D’après une enquête de nos confrères de Ouest-France qui ont compilé des données de l’État, le Vaucluse est le département dont le nombre de bénéficiaires du RSA a le plus chuté en France depuis 2021, avec 32,3% d’allocataires en moins. Et ce, alors qu’à l’échelle nationale, cette baisse n’est que de 4,4%.

    « Outil de sélection sociale »

    La CGT développe de son côté chaque point, évoquant des dysfonctionnements dans la gestion administrative et sur le portail du site internet pour renouveler sa demande, listant « des codes de validation jamais reçus, des onglets obligatoires impossibles à compléter » ou encore « l’obligation de renseigner un compte bancaire même lorsque la personne n’en possède pas ». Ces obstacles techniques produisent mécaniquement des radiations. « La dématérialisation devient ainsi un outil de sélection sociale par l’échec administratif », insiste le syndicat CGT. Du côté du conseil départemental, pas de réponse pour l’heure malgré nos sollicitations. Une mise au clair en séance de la part de la présidente Dominique Santoni (LR) est probable si elle est sollicitée. Elle évoquait précédemment que de nombreux ex-bénéficiaires avaient retrouvé du travail pour expliquer cette chute spectaculaire.

  • Grandes villes d’Occitanie : de nouveaux maires et députés

    Grandes villes d’Occitanie : de nouveaux maires et députés

    Si les deux locomotives régionales Toulouse et Montpellier ont réélu leur maire (Jean-Luc Moudenc et Michaël Delafosse), plus de la moitié des grandes villes d’Occitanie ont changé d’édile.

    Parce qu’ils ne se représentaient pas ou qu’ils ont été battus, 14 maires des 27 villes de plus de 20 000 habitants ont laissé la place. Le grand vainqueur est l’extrême droite, qui, après Béziers (2014), Beaucaire (2014) et Perpignan (2020), fait main basse sur
    5 nouvelles villes : Montauban (Didier Lallemand), Carcassonne (Christophe Bathès), Castres (Florian Azéma), Agde (Aurélien Lopez-Liguori) et Bagnols-sur-Cèze (Pascale Bordes).

    La droite récupère Millau (Christophe Saint-Pierre) au PS. Les Républicains dirigeront toujours Castelnau-le-Lez mais avec Julien Miro. Des maires centristes dirigeront Tarbes (Pascal Claverie), Rodez (Stéphane Mazars) et Cugnaux (Aurélien Andreu-Seigné). Enfin, outre Nîmes (Vincent Bouget), la gauche sera aux affaires à Auch (Camille Bonne), Plaisance-du-Touch (Florence Queval) et Cahors (Vivien Coste).

    Touchés par le cumul des mandats, 4 députés RN et 1 Renaissance vont laisser la place à leur suppléant. Dans le Gard Nicolas Meizonnet (Vauvert) passe la main à Caroline Devaux et Pascale Bordes (Bagnols/Cèze) à Catherine Dellong Meng. Dans l’Hérault, Bernard Chaumeil remplace Aurélien Lopez-Liguori (Agde). Dans l’Aude, Édouard Jordan supplée Christophe Barthès (Carcassonne). Et dans l’Aveyron, Pauline Cestrières (Renaissance) remplace Stéphane Mazars (Rodez).

  • [Info La Marseillaise] Benoît Payan cède son poste de conseiller départemental à Ahmed Heddadi

    [Info La Marseillaise] Benoît Payan cède son poste de conseiller départemental à Ahmed Heddadi

    Le maire (DVG) de Marseille a remis sa démission de son poste de conseiller départemental à la présidente du Département et au Préfet ce lundi matin. Elu en 2021 en binôme avec Sophie Camard (GRS), il sera remplacé dans l’hémicycle départemental par Ahmed Heddadi (Les radicaux de gauche) qui était son suppléant. « Ahmed Heddadi a toute sa confiance pour mener cette mission et défendre les intérêts de Marseille au sein du Conseil départemental », indique son entourage.

    Cette démission sera effective lors du prochain conseil départemental qui aura lieu le 14 avril. Si le maire n’y a guère siégé depuis quatre ans, ce choix est motivé par la nécessité de se « concentrer sur Marseille et son rôle de maire à plein temps », poursuit-on du côté de l’Hôtel de Ville, soulignant que la nouvelle gouvernance qui se dessine à la Métropole suite aux élections municipales et les questions qui vont se poser, nécessiteront un travail et une attention accrue.

  • Pour une mode écolo et responsable sans culpabiliser

    Pour une mode écolo et responsable sans culpabiliser

    La Fabulerie (1er) a ouvert ses portes vendredi 27 mars pour une après-midi dédiée à de la sensibilisation sur l’impact environnemental de la surconsommation dans l’industrie textile. Portée par Sarah Saadi, de la fédération L’Air et Moi, le projet « Slow Fashion Climat » a organisé l’événement pour restituer et prolonger des ateliers organisés les 7 et 8 mars, autour de la mode « responsable et de ses enjeux écologiques et sociaux ».

    Des ateliers intimistes pour mieux échanger

    Quelques semaines plus tôt, une vingtaine de participants, s’étaient réunies dans un format volontairement restreint. « J’ai voulu des événements assez intimistes pour se concentrer sur la qualité plutôt que la quantité », précise Sarah Saadi. Au programme : jeux pédagogiques, discussions et atelier d’upcycling encadré par des couturières. Les participants ont, à cette occasion, transformé des vêtements usagés en nouvelles pièces.

    Ces ateliers ont aussi donné lieu à des échanges approfondis. Un temps de discussion initialement prévu pour 30 minutes s’est prolongé plus d’une heure. « Tout le monde voulait débattre sur leur mode de consommation, c’était sans jugement », souligne la coordinatrice du projet.

    Montrer plutôt que culpabiliser

    Vendredi, l’objectif était d’élargir le public et de rendre visible ces initiatives. Les créations issues des ateliers ont été exposées, accompagnées de photo « avant-après ». Des versions plus courtes des activités ont également été proposées pour permettre à chacun de participer. « Aujourd’hui, on espère toucher un plus grand nombre, c’est ouvert à tout le monde », affirme Sarah Saadi. L’approche se veut accessible et non culpabilisante : « Il ne s’agit pas de dénoncer, mais d’insuffler des bonnes pratiques ». Une philosophie qui se retrouve dans les retours des participants. Pour Aïcha, l’événement « permet de rassembler autour d’une thématique importante ». Elle rappelle que la facilité d’accès à des vêtements bon marché fait souvent oublier les conséquences environnementales et sociales des achats…

    Du côté de l’organisation, le bilan est encourageant. Hassnaa, bénévole en service civique, observe une évolution des mentalités : « Les gens sont conscients de l’impact de la fast fashion et essaient de faire des efforts, même si ce n’est pas toujours facile ». Pour Sarah Saadi, le message est clair : changer ses habitudes de consommation est un processus progressif. « Il ne faut pas culpabiliser. C’est un chemin, étape par étape », assure-t-elle. Chaque petite action compte. Même si elle paraît insignifiante, mises bout à bout avec d’autres, elle peut avoir un réel impact ».

  • Un Festival de Pâques pour tous, entre musique et devoir citoyen

    Un Festival de Pâques pour tous, entre musique et devoir citoyen

    Un festival ou se mêlent excellence musicale, réflexion et devoir de mémoire. Créé en 2013 par le violoniste Renaud Capuçon et le directeur général du Grand Théâtre de Provence, Dominique Bluzet, la 13e édition du Festival de Pâques, après un concert d’ouverture samedi soir, a été officiellement lancé dimanche au Camp des Milles.

    Dans le cadre de Musique en Partage, une partie de la programmation vise aussi à amener la musique classique aux publics éloignés. Ce dimanche, le coup d’envoi du Festival de Pâques s’est voulu aussi réflexif avec des discussions sur musique et démocratie. Des personnalités issues de la culture, comme du monde politique, se sont retrouvées autour d’une série des tables rondes pour interroger « le rôle de l’art dans la démocratie, le lien entre mémoire, engagement spirituel responsabilité sociale et devoir de mémoire ».

    Musique, société, débats

    Salle comble, pour écouter des intervenants tels que Jacques Attali, économiste, écrivain, et conseiller politique sous François Mitterand, Bernard Foccroulle, directeur du Festival d’arts lyriques de 2007 à 2018, Delphine Horvilleur, rabbin et écrivaine, mais aussi Laurent Berger, directeur de l’Institut mutualiste pour l’environnement et la solidarité au sein du Crédit Mutuel alliance fédérale. Lorsqu’il retrace la naissance du Festival de Pâques, Dominique Bluzet rappelle qu’« on a voulu réfléchir à cette idée de comment, pendant la Renaissance italienne, puis ensuite un certain nombre de compositeurs, se sont adressés à Dieu et ont permis aux citoyens, à travers un artiste de pouvoir dialoguer avec le divin. Ce rapport entre le sacré, l’artiste et l’individu est essentiel surtout dans un lieu où les gens sont arrivés ici, vivants, en se disant qu’ils allaient mourir et se demandant ce qui allait se passer après la mort. » Sous le toit de cette ancienne tuilerie, nombreux sont les opposants politiques, intellectuels et artistes à avoir résisté par la culture, puis les citoyens Juifs, avant d’être déportés vers les camps d’extermination. « Ici, nous sommes dans un lieu qui nous rappelle notre devoir de vigilance. On sait aussi qu’ici, dans l’adversité, l’art a su incarner la résistance et l’espoir », ajoute Daniel Baal, président du CIC, partenaire fondateur. « Cette éducation de prise de conscience à la responsabilité citoyenne (…) ne serait pas complète sans ce supplément d’âme qu’apporte la culture », ajoute Alain Chouraqui, président de la Fondation du camp des Milles. « Nous touchons à l’intemporel, et c’est quelque chose qui doit, quoi qu’il arrive, nous inciter à la vigilance, à l’action, mais aussi à la confiance. » Suit un long moment de discussion entre Bernard Foccroulle et Jacques Attali. « La fonction de la musique est de donner du sens au bruit, le bruit étant une réalité ou une métaphore de la violence, et la musique en donnant du sens au bruit transforme le bruit de violence en ordre, dans le sens de pacification. C’est en cela, que la musique rend beau et sacré », décrit Jacques Attali.

    « Regarder derrière

    mais aussi le présent »

    Le sacré dans la musique, la relation à la musique et sa signification… autant d’axes pour comprendre le rôle de la musique dans nos sociétés. « À une époque ou il semblerait qu’on soit en voie d’abandonner les droits humains, y compris au sein des démocraties, que peut la musique ? », pose Alain Cabras, modérateur des débats. « Il me semble que ce lieu, aux résonances très fortes, nous oblige à regarder derrière, nous mais aussi à regarder aussi le présent et à dire avec la plus grande force, notre effroi quand à ce qu’il se passe aujourd’hui dans un très grand nombre de lieux à travers le monde, et en particulier à Gaza (…) il est important que la question des droits humains, nous la traitions de partout », prévient Bernard Foccroulle.

    « J’aurais aimé que vous dénonciez de la même façon les crimes commis par le Hamas, cela aurait été plus équilibré, on aurait pu dénoncer ce qu’il se passe au Soudan, au Myanmar… et de ne pas pointer toujours une responsabilité qui est beaucoup plus complexe que la caricature que nous lui donnons », réplique Jacques Attali.

    Pour en revenir à la musique : « Les humains, quand ils sont confrontés à la musique, ont une consommation des valeurs mais en même temps une espérance, parce que oui, l’humain est capable de faire ça », poursuit l’intellectuel.

  • Double culture d’un enfant de la République à Marseille

    Double culture d’un enfant de la République à Marseille

    On me demande souvent : “Issam, d’où tu viens ?” Ben moi je dis que je suis Charentais. On me répond : “Non, mais avant d’être Charentais ?” Bah, je dis que j’étais pas né », raconte Issam Rachyq-Ahrad dans Ma République et moi. Un seul en scène dans lequel cet auteur et comédien se dévoile du 1er au 8 avril à la Criée. Remontant le fil de sa vie, il invite surtout le public à entrer dans les pas de sa mère, cuisinière dans un hôpital et arrivée du Maroc à 16 ans qui, lorsqu’elle « décide de porter le foulard, suscite une gêne, voire de la honte » chez lui.

    « Trait d’union »

    « Je dois beaucoup au théâtre public dont la découverte a contribué à ouvrir ma vie. Un trait d’union, un ciment propre à souder l’enfant que j’étais à la personne que je suis. Ma double culture, mon éducation ont trouvé le moyen de s’exprimer », rappelle Issam Rachyq-Ahrad, qui dresse un portrait tendre et drôle de sa mère. Son spectacle a été déclenché en 2019, « lors d’une séance du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté », lorsqu’un élu du RN « a violemment pris à partie une femme voilée qui accompagnait des élèves lors d’une sortie destinée à les sensibiliser aux valeurs de la République ». Échangeant constamment avec les spectateurs pendant Ma République et moi, il se joue des stigmatisations pour surmonter ses propres fêlures. « Est-ce qu’il y a des gens qui parlent arabe pour traduire ? », les interpelle-t-il entre autres. « Parce qu’il y aura beaucoup d’arabe dans le spectacle. Enfin, de la langue arabe, rassurez-vous. »

    P.A.
  • Festival de Pâques : cinquante bougies pour les Lillois

    Festival de Pâques : cinquante bougies pour les Lillois

    Le concert d’ouverture
    du Festival de Pâques,
    au Grand Théâtre de Provence, lançait samedi soir la quinzaine musicale qui place désormais, depuis 13 éditions, Aix-en-Provence à la proue du monde culturel européen. Invité d’honneur de cette nouvelle édition, l’Orchestre national de Lille, qui fête cette année son cinquantième anniversaire, était dirigé par le jeune chef américain Joshua Weilerstein.

    Le programme, se centrait en première partie autour du très lyrique Concerto pour violon de l’Américain Samuel Barber, enflammé par Renaud Capuçon et de la découverte de la compositrice française Elsa Barraine et de sa Symphonie n° 2 Voïna (la Guerre en russe) composée en 1938.

    Architecture transparente

    La deuxième partie offrait une première symphonie Johannes Brahms tout en clarté. On ne cesse, fort heureusement, de remettre nombre de compositrices à leur juste place dans les histoires de la musique, décidément bien masculines. Elsa Barraine (1910-1999), engagée au Parti communiste, fut une résistante au nazisme. Sa deuxième symphonie, composée en réaction aux accords de Munich, est une œuvre dense et ramassée, colorée et vigoureuse.

    Le concerto de Barber, jugé « injouable » par son commanditaire -le fils violoniste d’un marchand de savon- semble un jeu d’enfant, sous l’archet brûlant de Renaud Capuçon. Le presto final est harassant de difficultés techniques et rythmiques, avec son « perpetuum mobile » à couper le souffle. Renaud Capuçon, lui aussi sémillant quinqua, prouve, si cela était encore nécessaire, qu’il est définitivement un immense interprète, sensible et fougueux. Joshua Weilerstein, aujourd’hui directeur artistique de l’Orchestre de chambre de Lausanne, relit la première symphonie de Brahms à la lumière viennoise, tout en architecture transparente et en tempi allègres. L’orchestre de Lille que Jean-Claude Casadesus a conduit à l’excellence, méritait bien qu’on lui souhaitât un des plus chaleureux anniversaires qui fût.

  • [Cinéma] « Votre humanité,c’est votre résistance »

    [Cinéma] « Votre humanité,c’est votre résistance »

    C’est en 1988 que Nour (Muhammad Abed Elrahman) a été grièvement blessé par une balle de l’armée israélienne. Un adolescent plein d’énergie qui court dans le dédale des rues en Cisjordanie occupée. La première intifada ou révolte surnommée la « guerre » des pierres. Hanan, sa mère, face à la caméra, s’adresse à l’adulte transplanté du cœur et retrace la série d’événements qui ont conduit à ce moment tragique : « Vous ne savez pas grand-chose de nous. Je veux vous dire qui est mon fils. »

    1948, Jaffa. Sharif (Adam Bakri) est un agrumiculteur. C’est un père heureux qui partage des moments de complicité avec Salim, son fils de 10 ans. Dans ce verger multiséculaire baigné par le soleil, la poésie arabe est omniprésente. Une langue qui exalte l’attachement pour cette terre mêlée aux embruns de la mer. Mais les milices sionistes les chassent violemment de leurs terres. C’est le début de la Nakba. Sharif et sa famille sont contraints de vivre en Cisjordanie occupée. Des réfugiés dans leur propre pays.

    1978, dans les camps, les Palestiniens se comptent par milliers. Salim (Saleh Bakri) est instituteur à Naplouse. La famille est soudée malgré les dures épreuves qu’elle traverse. Sharif, qui vit avec eux, est hanté par la rapidité à laquelle son peuple a été effacé de la mémoire. Lors d’un couvre-feu imprévu, Salim se fait affreusement humilier devant son fils Nour par un groupe de soldats israéliens. Une scène qui changera radicalement le rapport père-fils. Nour, dix ans plus tard, deviendra cet adolescent rebelle qui met sa vie en jeu face aux tirs à balles réelles des soldats israéliens.

    Le film explore le traumatisme, l’escalade de la violence vécue par chaque génération, qu’elle soit physique, psychologique, administrative et bureaucratique. Une violence qui impacte les relations familiales. Un récit déchirant qui aurait pu se passer d’une musique faite de violons, cello et autres instruments pour accompagner cette fresque tragique suffisamment explicite. La réalité d’un peuple trop rarement montré sur plusieurs générations, se décline sans cliché dans son quotidien. La réalisatrice qui incarne Hanan est américano-palestinienne. Elle-même issue d’une famille d’exilés, elle s’est inspirée de l’histoire de son père : « Je connais la façon dont les médias occidentaux nous déshumanisent. Je voulais que ce film puisse parler au public occidental et montrer notre humanité. » Tandis que les médecins tentent de sauver Nour, Salim et Hanan sont face à un dilemme terrible. Une brèche s’ouvre vers une humanité possible qui les aidera à donner du sens à leur douleur. Ce qu’il reste d’eux.

    « Ce qu’il reste de nous »,
    de Cherien Dabis.

    Sortie le 11 mars (2h25).

  • La tension sur le logement social au plus haut niveau

    La tension sur le logement social au plus haut niveau

    Jamais les demandes de logements sociaux n’auront été aussi élevées en région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Selon le bilan des attributions publié le 12 mars dernier par la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), quelque 256 893 familles y sont désormais en attente d’une attribution à la date du 31 décembre 2025, dont près des trois quarts qui résident encore dans le parc privé. Soit l’équivalant, au total, de près du double du nombre de ménages recensés dans la seule ville d’Aix-en-Provence.

    De quoi donner l’ampleur du phénomène. Leur nombre a explosé au fil de la décennie, avec aujourd’hui quelque 116 000 demandes de plus qu’en 2016 (+ 81%), seule l’année de la pandémie de Covid ayant enregistré une baisse au milieu de cette hausse continue. En première ligne, les Bouches-du-Rhône
    – et pour l’essentiel la métropole Aix-Marseille – représentent à elles seules près de la moitié de ces demandes, 117 000 au total, loin devant les Alpes-Maritimes (60 000), le Var (48 000) ou le Vaucluse (22 000). C’est que dans la région, environ 70% de la population est éligible au logement social, et même plus des trois quarts des habitants de Marseille. Pour la plupart, ils pointent comme premier motif pour accéder au parc social un logement inadapté (44%), des raisons familiales (17%) ou professionnelles (9%). Mais surtout, ils sont plus de 18 000 à faire leur demande parce qu’ils ont perdu leur logement, et plus de 13 000 qui pointent les mauvaises conditions de leur logis actuel.

    Deux ans d’attente

    À chaque fois, il y a l’attente. En moyenne dans la région, ceux qui ont signé le bail de leur logement social en 2025 patientaient déjà depuis plus de deux ans. Un délai qui en une seule année a augmenté d’un mois et deux semaines environ. Dans les Bouches-du-Rhône, cette attente dure presque trois mois de plus.

    L’objectif de production de logements sociaux a pourtant été atteint l’an passé dans la région, avec quelque 8 500 agréments accordés en 2025 dont près d’un tiers pour la seule métropole Aix-Marseille. En comptabilisant la reconstitution de l’offre, pour compenser les destructions des grandes opérations de renouvellement urbain, pour la première fois depuis 2019 la barre des 10 000 nouveaux logements sociaux sur une année est franchie.

    Mais cela ne suffit pas, et face à l’afflux des demandes dans un contexte de crise du logement qui continue de s’aggraver, le système est complètement embolisé. Les mutations, soit un quart de l’ensemble des demandes restent coincées dans les tuyaux, bloquant des familles dans des logements inadaptés, parfois trop grands – la moitié des demandes concernent des personnes seules – souvent trop petits aussi pour les familles. Il faut ainsi attendre plus de 28 mois avant d’obtenir un T5 ou un T6. Et sans cette mobilité interne, les attributions restent trop souvent bloquées : depuis 2021, le nombre de signatures de baux diminue.

    En attendant la carence

    La tension sur le parc social atteint ainsi des niveaux records : on compte désormais au 31 décembre 2025 quelque 11,67 demandes pour une seule attribution dans la région, soit une demande de plus qu’en 2024. Derrière les Alpes-Maritimes (16,45 demandes par attribution), ce sont les Bouches-du-Rhône qui sont les plus touchées (13,29), suivies du Var (9,88). Et derrière ces chiffres, la réalité de l’habitat indigne de toutes ces personnes qui, faute de solution, se tournent vers le logement social « de fait », alors que la production de logements sociaux se heurte aux réticences de maires.

    La prochaine réunion du comité régional de l’habitat et de l’hébergement (CRHH) est donc attendue par les acteurs du logement, avec en ligne de mire de nouveaux avis de carence pour les communes n’atteignant pas les 25% de logements sociaux imposés par la loi SRU (solidarité et renouvellement urbain). Et de nouvelles amendes à la clé.