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  • Sophie Binet enflamme la centrale thermique de Gardanne

    Sophie Binet enflamme la centrale thermique de Gardanne

    « Nous le montrons au quotidien dans les Bouches-du-Rhône : nous n’avons pas besoin de patrons pour faire tourner nos usines ! » Ce vendredi, sous les cheminées de la centrale thermique de Gardanne et devant plus de 500 militants venus des Alpes au Vaucluse en passant par Arles ou Istres, la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, n’a cessé de louer « la pertinence de la gestion ouvrière ».

    Une gestion qui prend tout sens à l’occasion du « meeting de victoire » qui venait fêter « la réussite emblématique » des travailleurs du site. « Cette victoire est magnifique, elle a été arrachée grâce à votre détermination : 7 ans de lutte, de grève, de manifestations, d’ascenseurs émotionnels, de travail sur les dossiers, de gouvernements qui disparaissent avant des signatures promises », lance Sophie Binet, aux côtés du secrétaire général de la fédération Mines-Énergie, Fabrice Coudour, et l’adjoint de celle des Ports et docks, Serge Coutouris. Une victoire symbolisée par la réembauche progressive de travailleurs licenciés lors du dernier plan de licenciement sur le site, via une société créée par les salariés (voir ci-dessous). Et en vue « de la mise en œuvre concrète du projet BioMéthane Provence, porté et développé par les travailleurs et la CGT », comme le rappelle Jean-Michel Roccasalva, secrétaire général de la CGT de la centrale de Gardanne. Un projet « novateur de production de biogaz et de biocharbon à base de bois en fin de vie ».

    Autant dire que depuis la fin du charbon, les salariés reviennent de loin. « C’est une victoire emblématique sur tous les aspects. Elle montre ce qu’il faut faire pour réindustrialiser le pays. Nous voulons reprendre le pouvoir dans les entreprises et votre lutte en montre le chemin », martèle Sophie Binet. De quoi mettre en avant une proposition phare de la CGT : « Le maintien des emplois pour décarboner l’industrie passe par un moratoire sur les plans de licenciement. » Et d’appeler à refuser « l’opposition mortifère entre le social et l’environnemental ».

    L’histoire industrielle du bassin minier se poursuit

    Elle vante surtout « une grande victoire de plus dans les Bouches-du-Rhône, un département précurseur, le département des 1336, des CPMM [Coopérative de presse et de messagerie Méditerranéenne, Ndlr.] ». Cette dernière, coopérative née sur les cendres de l’ex-Sad, filiale de la messagerie de presse Presstalis à Marseille liquidée judiciairement, fête d’ailleurs son 5e anniversaire, jour pour jour. « Nous n’avons rien inventé », reconnaît Jean-Michel Roccasalva. Pas d’invention peut-être, mais beaucoup de détermination. « Il était hors de question de perdre nos emplois, notre statut des Industries électriques et gazières, un statut pionnier mis en l’œuvre à l’après-guerre, par Marcel Paul et Ambroise Croizat [ministres communistes, Ndlr.] », insiste le secrétaire général. Car les embauches se font bien à ce statut si cher aux énergéticiens. « C’est avant tout la victoire des travailleurs. On a un bijou entre les mains, il faut en tirer le meilleur », abonde le sénateur communiste des Bouches-du-Rhône, Jérémy Bacchi. Marina Mesure, députée européenne insoumise était également présente.

    Ce rapport à l’histoire a sans doute nourri la réflexion collective pour l’avenir industriel de tout un territoire. « J’ai connu le départ des mineurs, le plan de départs de 2013, le plan de licenciement de 2020. Aujourd’hui, les copains licenciés ont retrouvé un emploi. Aujourd’hui, on montre que nos idées se concrétisent », explique, entre fierté et soulagement, Joël Capra, salarié de la centrale depuis bientôt 26 ans. « L’industrie dans le département n’appartient pas au passé. Nous avons besoin d’activités tournées vers l’avenir », abonde Marc Pietrosino, secrétaire général de l’Union départementale CGT 13. Un avenir qui s’écrit à partir de ce « vendredi 13 qui restera dans les annales », conclut Sophie Binet.

    Historique et avenir

    7 décembre 2018 : fin du charbon et début de la lutte

    La date du 7 décembre 2018 marque le début de la lutte des salariés de la centrale de Gardanne. Ils commencent une grève reconductible en réponse au refus d’un moratoire sur l’arrêt du charbon par le gouvernement. Le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, repreneur de la centrale, lancera plus tard un plan de licenciement.

    Octobre 2020 : création de l’Association des Travailleurs

    Les salariés et la CGT lancent l’Association des Travailleurs de la Centrale de Gardanne. « En quelques semaines, il y a une énorme solidarité financière qui permet le

    financement de deux études de faisabilité pour notre projet », développe Jean-Michel Roccasalva.

    12 octobre 2021 : mise sous protection du site

    Face au blocage du dossier, les travailleurs enclenchent la « reprise en main de l’outil de travail » et mettent « le site sous protection ». Concrètement, l’usine est sous leur contrôle et un bras de fer inédit s’enclenche avec GazelEnergie.

    20 avril 2023 : déplacement de Sophie Binet

    Les dispositifs d’accompagnement des salariés dans le cadre des licenciements, en lien avec la fin du charbon, prennent bientôt fin. Sophie Binet fait son premier déplacement sur site. « Nous gagnons ensuite le prolongement des dispositifs », se félicite Jean-Michel Roccasalva.

    31 juillet 2025 : accord inédit

    Un accord est arraché avec GazelEnergie et l’État pour le lancement concret du projet des salariés, BioMéthane Provence. La création d’une société est actée en ce sens et va permettre l’embauche des salariés licenciés. L’Association des Travailleurs y est présente.

    26 novembre 2025 : premières embauches

    Les 3 premiers contrats de la société, créée par les salariés et leur association, sont signés. Au total, 14 travailleurs licenciés le sont à cette date. 9 autres vont l’être en 2026.

    2026-2028 : permis et construction

    Les salariés prévoient le dépôt du permis de construire et permis d’exploiter à l’été, pour un démarrage des travaux en 2027. S’ensuit un an et demi de construction prévue, puis 6 mois de tests. Le démarrage de la phase commerciale est dans le viseur pour 2028.

  • Nicolas Koukas présente un plan de propreté pour Arles

    Nicolas Koukas présente un plan de propreté pour Arles

    Arles ne fait pas exception : la propreté urbaine figure parmi les thèmes centraux des élections municipales. Dans la commune la plus étendue de France, depuis l’arrivée au pouvoir de Patrick de Carolis (Horizons), également président de la communauté d’agglomération Arles Crau Camargue Montagnette (ACCM), le taux d’enlèvement des ordures ménagères est passé de 16,15% en 2020 à 18,67% en 2025. Pourtant « on n’en voit pas le résultat, il n’y a pas d’amélioration alors qu’on fait partie des villes les plus chères », affirme le candidat de l’Union pour Arles, Nicolas Koukas (PCF), qui pointe des dysfonctionnements, notamment dans « les hameaux et les villages ».

    Face à « l’urgence » et aux « préoccupations des habitants », il présente un plan intitulé « Arles propre et responsable ». C’est en échangeant avec les agents de la Ville et d’ACCM qu’il a nourri ses pistes de réflexion, et c’est aussi en lien avec eux qu’il souhaite améliorer le service. « On fera quatre points par an, en réunissant aussi, autour de la table, les représentants économiques, les commerçants et les artisans. Le premier travail à mener est de repenser les circuits avec les équipes et les usagers et de faire le point sur le matériel à remplacer, l’organisation à moduler. C’est indispensable si on veut donner de la confiance à nos agents et si on veut défendre le service public. L’objectif est de travailler avec eux, main dans la main. »

    « La propreté, c’est aussi de l’entretien », poursuit Nicolas Koukas. Pour identifier les problèmes, le candidat entend mettre les habitants à contribution grâce à une application mobile simplifiant et centralisant les signalements qui arriveront « automatiquement dans le service concerné, permettant d’avoir une bonne réactivité ».

    Une déchetterie mobile

    Il compte également mettre en place une brigade anti-graffiti, en partenariat avec la police municipale, pour nettoyer les espaces publics en 48 heures.

    Le candidat souhaite aussi développer les poubelles de rues et les éteignoirs à mégots, en mettant en place une filière de recyclage pour valoriser ces déchets. Concernant les dépôts sauvages, Nicolas Koukas souhaite améliorer l’efficacité des caméras. « On ne connaît actuellement pas le taux de verbalisation », explique-t-il.

    Enfin, la tête de liste envisage la création d’une déchetterie mobile, avec un dispositif qui reste à définir. « La déchetterie de Trinquetaille a été rénovée, mais il en manque, notamment dans le nord », appuie-t-il.

  • Après une semaine de grève, les salariés de CAT à Miramas vont reprendre le travail

    Après une semaine de grève, les salariés de CAT à Miramas vont reprendre le travail

    Les salariés du site de Miramas de l’entreprise de transporteurs CAT ont lancé la grève, lundi. Ils revendiquent une augmentation de leurs salaires et la réouverture des négociations sur une prime d’intéressement. La CGT a reconduit le mouvement toute cette semaine, car « sur les NAO [Négociations annuelles obligatoires, Ndlr.], la CGT et les salariés ne sont pas satisfaits », explique Jérémy Zucchelli, secrétaire général de l’union locale CGT Miramas.

    Alors que vendredi, Miramas était « le seul endroit où la grève continuait », Jérémy Zucchelli a annoncé que « l’assemblée générale a voté la reprise du travail, lundi ».

    La CGT dénonce un refus de dialoguer de la direction, après une tentative des grévistes « de se mettre d’accord sur un protocole de fin de conflit, en proposant d’étaler les jours de grève, de mettre des RTT sur les jours de grève : la direction a tout refusé ».

    D’après Jérémy Zucchelli, « la direction a refusé de prendre attache avec nous pour échanger ». La revendication d’une augmentation du salaire de 4% n’a donc pas été obtenue. Malgré cela, la reprise du travail a été votée, car c’est le cas, depuis jeudi, « dans tous les autres dépôts en France ». Mais Jérémy Zucchelli n’exclut pas la reprise « de la grève, plus tard, sur les mêmes revendications ». Contactée, l’entreprise CAT a déclaré n’avoir « aucun commentaire à faire ».

  • [Dossier spécial] Les assos malmenées par les villes d’extrême droite

    [Dossier spécial] Les assos malmenées par les villes d’extrême droite

    Cette enquête collective a été réalisée par La Marseillaise, Le Poing, l’Arlésienne, le Collectif de journalistes indépendants Presse-Papiers, Jean-François Poupelin et Raphael da Silva grâce au soutien financier du Fonds pour une presse libre.

    Deux tiers des Français sont engagés dans une association. Un salarié sur dix y travaille. « C’est une des forces vives les plus puissantes de notre pays », souligne le Mouvement associatif, l’organisation représentative du secteur. Intrinsèquement relié aux autorités politiques, le milieu associatif fait partie de ceux qui tremblent quand le pouvoir change de mains. Dans le Sud de la France, des centaines d’associations ont fait l’expérience d’une bascule à l’extrême droite de leurs municipalités, unique échelon conquis par le Rassemblement national (RN). Quel a été l’impact ?

    Pour répondre à cette question, nous avons collecté les comptes administratifs de dix communes gérées par l’extrême droite dans le sud-est. Selon la loi, ces documents financiers sont consultables par tous les citoyens. Dans les faits, ils sont difficilement accessibles. Pourtant, ils contiennent des informations cruciales, dont la liste des subventions versées aux associations chaque année.

    Des associations ont-elles perdu avec l’arrivée de l’extrême droite ? D’autres ont-elles, au contraire, tiré leur épingle du jeu ? Notre enquête permet de publier en accès libre ces documents afin que des acteurs académiques, associatifs ou citoyens puissent s’en emparer. Elle permet surtout de mieux cerner ce qu’il se passe derrière les « vitrines »
    de la normalisation du Rassemblement national. Si, dans le discours, le RN vante une gestion pragmatique, les courbes des subventions racontent une autre histoire.

    Dans 90% des villes analysées, ces mairies subventionnent de moins en moins d’associations. « Ce n’est pas une tendance que nous notons au niveau national », précise Jean-Baptiste Jobard, coordinateur du Collectif des associations citoyennes. Cette cure d’austérité y est menée à deux vitesses. Dans l’ensemble, les subventions aux associations culturelles et sociales dégringolent. À l’inverse, les associations sportives sont relativement épargnées. Notre enquête révèle plus largement un rapport autoritaire et électoraliste au monde associatif. Contacté, le Rassemblement national n’a pas souhaité s’exprimer.

    Contrôler

    2020, Fréjus (83). Le président de l’Association multi-sports et loisirs (AMSL) se retrouve au pied du mur. David Rachline (RN), fraîchement réélu à la tête de l’une des plus grandes villes du Var, vient de lui couper les vivres. En coulisse, c’est une prise de pouvoir qui se joue. L’édile veut placer un de ses proches à la tête de ce réseau stratégique de 5 000 adhérents. Pour parvenir à ses fins, il fait chanter le dirigeant associatif avec de l’argent. La stratégie est gagnante. Le président finit par démissionner et un élu de la majorité RN, Fabien Sgarra, prend sa place. À partir de là, les subventions reviennent et coulent même à flot.

    Dans un rapport publié l’été 2025, la chambre régionale des comptes documente, avec preuve à l’appui, le chantage précédant cette « nomination irrégulière », selon ses termes. Elle alerte aussi sur la hausse exponentielle des dépenses de l’AMSL — compensées par les aides municipales : +26% en personnel, +73% en achats.

    Les magistrats financiers évoquent notamment les voitures de fonction attribuées au président Fabien Sgarra et son trésorier, avec frais de péage, d’assurance et d’essence inclus dans le privilège. Ces voitures « ont été utilisées à des fins personnelles », relève la chambre régionale des comptes. Fabien Sgarra a contesté ces éléments dans une longue réponse adressée aux magistrats financiers dénonçant des « postulats non corroborés par des éléments factuels », des « opinions personnelles » et « jugement de valeur ».

    Les comptes administratifs des communes d’extrême droite recèlent de mouvements en faveur de structures proches de la majorité en place. À Bédarrides (84), petite commune de 5 500 habitants dans le Vaucluse, le club de rugby Avenir Sportif de Bédarrides-Châteauneuf-du-Pape aspire à lui seul plus de 60% des subventions versées par la commune aux associations. Cette répartition a été décidée lors de « réunions d’arbitrage » confidentielles où siègent le maire et un autre élu permanent. Ce dernier n’est autre qu’un des dirigeants du club de rugby en question. Une situation de « conflit d’intérêts » pointée dans un autre rapport de la chambre régionale des comptes publié en juillet 2025.

    À Beaucaire (30), dans le Gard, l’enveloppe globale des subventions a baissé de plus de 15% depuis la conquête de l’extrême droite. Mais quelques associations s’en sortent bien. Le chèque pour l’association Les chats libres, dirigée par la conseillère municipale Eliane Hauquier, a été multiplié par 15. Le Harley Davidson Club Gladiator Ugernum, présidé par un autre élu de la majorité RN, bénéficie d’un local spacieux en face de l’hôtel de ville. Les 1er Mai, il organise, avec le budget de la Ville, l’American Day et redécore Beaucaire aux couleurs du pays de Donald Trump. Ces trois mairies n’ont pas répondu à nos questions.

    Ces arrangements entre amis sont l’un des symptômes de la gouvernance locale dévoyée. Sur ce seul mois de janvier 2026, trois maires sur les dix auxquels nous nous sommes intéressés étaient devant la justice dans des affaires de corruption. Le 26 janvier, le maire d’Orange (84) Yann Bompard (Ligue du Sud) est condamné pour recel de détournement de fonds publics par le tribunal correctionnel de Marseille. Il a fait appel et reste présumé innocent. Le lendemain, c’est au tour du maire de Fréjus de se présenter à la barre. David Rachline est relaxé dans une affaire mineure de prise illégale d’intérêt, mais il sera jugé en septembre dans un autre dossier, plus lourd, de favoritisme. La semaine précédente, Louis Aliot (RN), le maire de Perpignan (66), s’expliquait devant la cour d’appel de Paris pour détournement de fonds publics dans l’affaire des assistants parlementaires du Front national. En 2025, le maire de Cogolin (83) a rendu son tablier, devenu inéligible après une condamnation pour abus de faiblesse. En dix ans de mandat, Marc-Étienne Lansade a fait l’objet de dix mises en examen

    Faire taire

    Du côté des associations qui ne partagent pas la ligne du Rassemblement national, la situation est beaucoup plus tendue. À Fréjus, la cible est posée sur une association historique, le Comité de Défense des intérêts de Fréjus plage, opposée aux ambitions immobilières de la mairie. Cette dernière tente depuis 2017 de lui retirer son local pour y installer un parking de sept niveaux. L’affaire est en cours devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence.

    À Morières-lès-Avignon, dans le Vaucluse, la bête noire s’appelle Okkio, une compagnie de théâtre pour enfants. Après avoir relayé un communiqué de son syndicat professionnel sur les dangers de l’extrême droite lors des élections législatives de 2024, elle a perdu local et subventions. Sa co-directrice artistique Isabelle Lega décrit : « On nous a reproché de nuire à nos bonnes relations avec la mairie et d’assimiler le RN à l’extrême droite. » Le maire RN de cette commune de 8 500 habitants, Grégoire Souque, s’est défendu dans la presse locale d’une quelconque sanction « politique ».

    Mais les positions du RN au niveau national sont éloquentes. Le parti a notamment déposé divers amendements législatifs, rejetés, réclamant la suppression des financements publics aux associations qui font de « la propagande politique », selon ses termes. Dans son viseur : le Planning familial ou SOS Racisme. Dans les villes déjà conquises, les acteurs associatifs décrivent largement un climat d’omerta, comme en témoigne une militante de Béziers : « Il ne faut surtout pas que nos associations soient assimilées à quoi que ce soit de politique. » En 2015, la mairie avait fermé un centre social pour une simple phrase de son président dans la presse locale. Il y déplorait l’abstention lors des élections départementales de l’époque, marquée par une poussée de l’extrême droite. Robert Ménard, le maire élu en 2014 avec le soutien du FN, n’a pas souhaité réagir.

    « La subvention a toujours un caractère discrétionnaire. La collectivité n’est jamais obligée de l’accorder et peut arbitrairement décider de la supprimer », rappelle l’économiste Lionel Prouteau, spécialiste du monde associatif. Les mairies de tout bord utilisent ce levier pour casser des oppositions, récompenser des soutiens ou en tirer des bénéfices électoraux. « Les travaux de recherche montrent un tarissement général de ce clientélisme, souligne le politiste Julien Talpin. Mais le RN investit ces stratégies pour s’ancrer localement. »

    Couper

    Pour poser un regard plus fin sur les évolutions de la vie associative sous l’extrême droite, nous avons classé chaque association selon son champ d’action. Les résultats sont particulièrement révélateurs.

    Sur la culture, il y a deux faces. Face visible, les villes
    – surtout les plus grandes scrutées de près par les médias – mettent en scène la poursuite de partenariats, comme Perpignan avec le festival de la photo, Visa pour l’image. L’agenda culturel s’est dédiabolisé : le trompettiste franco-libanais Ibrahim Maalouf s’est produit à Orange sans que personne n’y trouve rien à redire. Le rappeur Jul a chanté à Fréjus comme si de rien n’était. Mais les données analysées montrent aussi la face moins visible : dans 80 % des villes étudiées, la majorité municipale a sabré dans ses subventions aux associations culturelles. Moins 62% à Béziers, moins 27% à Fréjus, moins 99% à Orange. À Bédarrides, les subventions aux associations culturelles ont quasiment disparu à l’arrivée de l’extrême droite.

    Les associations sociales sont encore moins bien logées. À Orange, tous les centres sociaux ont fermé, en peine de financement. Pareil à Fréjus ou Beaucaire. Dans ces villes les coupes sont vertigineuses : moins 98% à Orange, moins 82% à Beaucaire. Ce sont les quartiers prioritaires qui payent le prix le plus élevé. À Fréjus, notamment, les quartiers de l’Agachon et la Gabelle, délaissés par la mairie, s’enlisent dans la pauvreté et la délinquance sans bouée de secours associative, rapporte un bilan alarmiste de la communauté de communes, pourtant elle-même très à droite.

    Ces mairies ont en revanche tendance à faire la part belle au sport. Les montants globaux des subventions accordées à ces associations ont stagné ou augmenté dans 80% des cas. Marignane investit 90% de son enveloppe dans le sport. Beaucaire y injecte le même pourcentage.

    Pourtant, au niveau national, le Rassemblement national ne s’y intéresse pas du tout. Dans son dernier programme présidentiel, Marine Le Pen n’y avait pas consacré une seule ligne. « Au niveau local, c’est différent, les maires aiment bien avoir des relais dans la société civile et le RN choisit ce domaine qu’il juge plus apolitique et inoffensif », explique le chercheur Valentin Guery.

    Enfin, il y a les petites sommes qui passent inaperçues mais en disent beaucoup sur les « perdants » et les « gagnants ». À Fréjus, le Planning familial a perdu sa petite subvention. À Marignane (13), c’est le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples. À l’inverse, l’extrême droite locale injecte de l’argent dans ses obsessions identitaires. Le cercle algérianiste, réunissant des nostalgiques de l’Algérie française, a reçu 50 000 euros sous le mandat de Louis Aliot à Perpignan. La majorité de Robert Ménard a injecté 25 000 euros d’argent public dans SOS Maaloula, une association reliée à SOS Chrétiens d’Orient selon une enquête de Mediapart parue en 2020. Cette organisation, présumée innocente, fait l’objet d’une enquête du Parquet national anti-terroriste pour des soupçons de complicité de crime pour l’humanité.

    À l’approche des élections municipales, le monde associatif tremble plus fort. « C’est la première fois qu’on anticipe, on pressent un risque, ou on le conscientise », explique Sylvain Rigaud, délégué général du réseau national des maisons d’associations. À l’initiative d’Oxfam, une feuille de route des mesures de sauvegarde du monde associatif s’est mise à circuler parmi les acteurs du milieu. Des idées émergent : des « villes refuges », par exemple, où les associations malmenées pourraient trouver l’asile. Au printemps, le collectif des associations citoyennes a déjà prévu un atelier pour ses membres : « Mon maire est passé RN, que faire ? »

    Retrouvez l’intégralité de cette enquête collective réalisée par La Marseillaise, Le Poing, l’Arlésienne, le Collectif de journalistes indépendants Presse-Papiers, Jean-François Poupelin et Raphael da Silva grâce au soutien financier du Fonds pour une presse libre :

    À Orange, Jacques Bompard prêt à repartir à l’assaut

    En Vaucluse, le soutien aux associations au service du clientélisme électoral

    À Beaucaire, les purges associatives et ceux qui en profitent

    À Béziers, les affiches parlent, les assos se taisent

    À Perpignan, pas d’argent pour les assos catalanistes

    À Béziers, les syndicats attaqués par Robert Ménard

    À Marignane, les derniers échos de l’OAS

    À Fréjus, le social s’efface le sport encaisse

    Dans les petites villes de Vaucluse, la culture meurt à petit feu

  • [Dossier extrême droite] À Fréjus, le social s’efface le sport encaisse

    [Dossier extrême droite] À Fréjus, le social s’efface le sport encaisse

    Maire de Fréjus depuis 2014, David Rachline briguera un nouveau mandat, mais pas sous l’étiquette du Rassemblement national. Début décembre, il a démissionné de son poste de vice-président du parti lepéniste après s’être vu refuser son investiture. Proche de Marine Le Pen, le sénateur du Var a un temps incarné la réussite locale du parti d’extrême droite et sa ville une vitrine de sa « normalisation ». Une image fissurée par les affaires judiciaires : le parquet de Draguignan a fait appel de sa relaxe fin janvier pour prise illégale d’intérêts, et il reste poursuivi pour favoritisme. Le procès est attendu à l’automne.

    Au-delà de ces affaires, l’analyse des subventions à Fréjus souligne une profonde réorientation des politiques publiques lors de ses deux mandats. Alors que la dette de la commune (153 millions en 2024, deux fois plus que la moyenne des villes de même taille) a explosé, l’enveloppe des aides aux associations a reculé de 4,2 %, passant entre 2012 et 2024 de 4,33 millions à 4,15 millions d’euros.

    Une baisse en apparence modérée qui cache un bouleversement plus net : laminé, le secteur social a vu ses financements s’effondrer de 92% (de 1,79 million à 138 000 euros) tandis que ceux destinés au sport ont bondi de 60 % (2,83 millions en 2024). Trois associations sportives figurent dans le top 3 des associations les plus subventionnées par la ville.

    Intervention

    de David Rachline

    La première d’entre elles, l’Association multisports et loisirs de Fréjus (AMSLF), a vu sa dotation progresser de 29 % sur la période. Un rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC) y a pointé des dysfonctionnements significatifs dans la gouvernance sur fond de « liens étroits » avec la mairie ainsi qu’une situation financière préoccupante. « De tels postulats résultent plus d’opinions personnelles voir, là encore, de jugement de valeur et ne semblent pas corroborées par des éléments factuels », explique l’AMSLF dans sa réponse officielle aux magistrats financiers.

    Un compte rendu de réunion en mairie, obtenu par ces derniers, fait pourtant état d’une intervention de David Rachline dans la gouvernance de l’association.

    Créé en 2019, le club de pétanque de Fréjus est lui entré dans le top 5 des 63 associations sportives les plus aidées. Selon les données compilées des comptes administratifs, la subvention du Fréjus International Pétanque est passée de 50 000 euros (2019) à 75 000 euros en 2024. Le club accueille parmi les meilleurs joueurs mondiaux et organise un Mondial baptisé « Laurent Barbero – Ville de Fréjus ».

    Ici, ce nom renvoie à une autre réalité locale. Laurent Barbero est le grand-père d’Alexandre Barbero, entrepreneur du BTP, dirigeant notamment de RBTP / Holding Delta Investissements, implantée à Fréjus et dans le Var. Un nom qui apparaît dans des procédures judiciaires en cours visant la mairie dans le cadre de l’enquête du Parquet national financier ouverte pour favoritisme, recel de favoritisme et corruption active et passive d’élus. Sollicitée, la mairie de Fréjus n’a pas répondu à nos questions.

    Retrouvez l’intégralité de cette enquête collective réalisée par La Marseillaise, Le Poing, l’Arlésienne, le Collectif de journalistes indépendants Presse-Papiers, Jean-François Poupelin et Raphael da Silva grâce au soutien financier du Fonds pour une presse libre :

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  • Alès : le pari de réunir une ville fracturée

    Alès : le pari de réunir une ville fracturée

    Il y a un peu moins d’un an, lorsque Max Roustan laissait son fauteuil de maire à l’omniprésent premier adjoint et président d’Alès agglomération Christophe Rivenq, la survie du « roustanisme » semblait assurée. Mais onze mois plus tard, rien n’est moins sûr tant les problèmes à Alès s’accumulent, bien loin de l’image du « sud ingénieux » vantée par Christophe Rivenq.

    Les fusillades liées au narcotrafic se succèdent ces derniers mois et viennent souligner l’abandon des quartiers populaires où les services publics disparaissent les uns après les autres à l’image de la fermeture du bureau de poste de Tamaris. Ces quartiers manquent aussi d’une réelle connexion avec le centre-ville qui aurait lui aussi à y gagner tant les fermetures de commerces y sont récurrentes. Touchée par un important taux de chômage (23,8% en 2022) notamment chez les jeunes (39,3% pour les 15-24 ans), la ville doit retrouver une économie florissante qui embauche, clé pour retrouver l’attractivité d’Alès. Un développement économique qui ne pourra se faire qu’en lien avec l’écologie car Alès sera la troisième ville de France la plus impactée par l’augmentation des températures due au dérèglement climatique.

    Face à tous ces enjeux, avec la liste « Alès, c’est vous ! » Paul Planque a lancé une initiative citoyenne de consultation de la population pour construire un projet au plus près des attentes des 46 000 habitants de la ville. Ingénieur architecte et ancien premier adjoint de la ville de Saint-Ouen en banlieue parisienne où il a lancé le plus vaste projet d’écoquartier d’Île-de-France, il souhaite désormais mettre son expérience au profit de sa ville natale. Pour cela, il mènera une liste soutenue par La France insoumise, L’Après, le Parti animaliste et des militants syndicaux et associatifs.

    Mais Planque n’aura pas réussi à réunir toute la gauche au premier tour puisque Basile Imbert (PS) soutenu par les Écologistes, est bien décidé à aller au bout. « Je vous remercie pour ce énième appel solennel à se ranger derrière le candidat du PCF et pour votre généreuse proposition sur votre liste, une méthode qui me confirme que vous n’avez toujours pas saisi pourquoi il y a aujourd’hui deux listes de gauche à Alès », a répondu le jeune socialiste à l’appel d’union lancé par « Alès c’est vous » fin janvier. S’il a dévoilé une partie de son programme, Basile Imbert n’a toujours pas communiqué sur sa liste et certains s’interrogent sur sa capacité à cocher la quarantaine de noms nécessaires pour se présenter.

    Le RN en embuscade

    À l’instar d’un Jean-Paul Fournier à Nîmes, Max Roustan parvenait à chaque élection à capter un électorat populaire habituellement acquis à la gauche. Pas sûr qu’il en soit de même pour Christophe Rivenq. S’il annonce dans tout Alès que des sondages le donnent large vainqueur au premier tour, sa popularité dans la deuxième ville du Gard reste largement à prouver tant les voix critiques sont nombreuses. « Tout le monde nous dit la même chose : Rivenq n’est pas Roustan. Rivenq n’est pas apprécié du tout car il a gardé ce côté directeur. Les gens attendent une alternance et une autre proposition », soutient Armand Crépin (LFI).

    D’autant que Rivenq devra faire face à deux listes sur sa droite. Le président de l’association Agir pour Alès et son Agglomération (AAA) Marc Infantès a en effet décidé de se lancer dans la bataille avec sa liste « Alès Moderne et Authentique ». Ce retraité de la gendarmerie a axé sa campagne sur la sécurité, ciblant là aussi une faiblesse de la municipalité sortante dans une ville gangrenée par le narcotrafic. Le Rassemblement National suit la même stratégie. Si le parti d’extrême droite n’a pas envoyé de poids lourd en Cévennes, il s’appuie lui aussi sur un fonctionnaire de police pour mener sa liste et compte marteler un discours sécuritaire. Anthony Bordarier, 40 ans, a en effet officialisé sa candidature le 6 février, entouré des députés Pierre Meurin et Yoann Gillet. Il confirme vouloir « créer la surprise ». Et dans une triangulaire, voire une quadrangulaire, au second tour, les chances de Christophe Rivenq de l’emporter sont tout sauf acquises. À Alès, tout reste donc ouvert.

  • L’Occitanie maintient le cap malgré les coups fourrés de l’État

    L’Occitanie maintient le cap malgré les coups fourrés de l’État

    Trois milliards et cinq cent quatre millions d’euros. Tel est le montant du budget 2026 pour l’Occitanie, voté jeudi 12 février par le conseil régional malgré l’opposition de la droite et du RN. Un montant stable comparé à l’an passé en dépit d’un nouveau mauvais coup de l’État.

    Par le jeu pervers de la baisse des dotations qui lui sont allouées, la Région a dû composer un budget à l’équilibre avec 144 millions d’euros de recettes en moins (-108ME au titre des dotations et -36,7ME au titre de la compensation de la taxe professionnelle supprimée par Nicolas Sarkozy). « Nous sommes la Région la plus impactée après les Hauts-de-France et la Normandie alors même que l’Occitanie est la région la plus enclavée et la plus touchée par le réchauffement climatique », peste Carole Delga. Depuis 2023, le manque à gagner s’élève à 500 millions d’euros.

    La présidente socialiste n’y va pas par quatre chemins et dénonce une loi de finances « injuste » votée par le gouvernement, qui pénalise deux fois plus l’Occitanie que d’autres quand on rapporte ces sommes au nombre d’habitants (6,12 millions ici). Un effort de 20% demandé aux collectivités jugé « inégalitaire », celles-ci ne représentant que 6,5% de la dette publique et contribuant pour 70% à l’investissement public. « Cette décision est grave », estime Carole Delga, qui s’est fendue d’un courrier au Premier ministre cosigné par les 14 autres présidents de Région.

    177€ investis par habitant

    Au prix de choix de mutualisation, d’économies par-ci par-là (-0,8% sur le fonctionnement) et grâce à la mobilisation de crédits européens, l’Occitanie parvient à maintenir le cap budgétaire. Avec sobriété et efficacité. La maîtrise de la dette régionale (7 ans pour rembourser, en deçà du seuil d’alerte de 9 ans) couplée à une capacité d’autofinancement satisfaisante (509 millions d’euros) permet à la collectivité de continuer à investir (1,15 milliard d’euros). Soit l’équivalent de 177 euros investis par habitant contre 152 euros en moyenne.

    Les principaux dispositifs liés au pouvoir d’achat des familles seront maintenus. Par exemple l’ensemble des mesures (Ordis, livres et cars Lio gratuits…) qui font que l’Occitanie propose « la rentrée la moins chère de France » pour les lycéens. La Chambre régionale des comptes ayant salué la hausse de fréquentation des TER de 68% depuis 2019, pas de raison de changer de stratégie ferroviaire. Les 14 millions de billets à 1 euro continueront à être proposés cette année.

    Malgré une tentative de désengagement de l’État sur le projet de TGV Toulouse-Bordeaux-Dax, pour lequel les travaux ont débuté, Carole Delga maintient son soutien total à l’autre ligne à grande vitesse (LGV) Montpellier-Perpignan mais ne cache pas son inquiétude. « Le recours à un Partenariat public privé (PPP) sur Bordeaux-Toulouse entraînerait un surcoût de 7,3 milliards d’euros. Sur le TGV, l’État est défaillant. »

    En 2026, la présidente socialiste compte recruter dans les maisons de santé d’Occitanie le 150e médecin. Là encore pour pallier les déserts médicaux et les errances de l’État, compétent en matière de santé publique. D’ici quelques jours sera présenté au salon de l’agriculture un « pacte de souveraineté agricole », qui sera soumis au vote en juin prochain. Afin de créer les 25 000 emplois annuels nécessaires pour contenir le chômage qui reste élevé (9,2% au 3e trimestre 2025), la Région promet aussi de maintenir ses aides à la formation et aux entreprises ainsi qu’un budget culture « volontariste ». Enfin, les « projets les plus urgents » pourront être subventionnés auprès des communes, exsangues. En juin, Carole Delga promet de s’entretenir avec les nouveaux maires élus.

  • [Entretien] Benoît Hamon à Nîmes : « L’économie sociale et solidaire est un modèle solide »

    [Entretien] Benoît Hamon à Nîmes : « L’économie sociale et solidaire est un modèle solide »

    La Marseillaise : Nîmes en commun souhaite faire de l’économie sociale et solidaire (ESS) un pilier de son programme. En quoi est-ce pertinent ?

    Benoît Hamon : Construire aujourd’hui ou donner une priorité au développement de l’économie sociale et solidaire c’est répondre à des besoins des populations qui ne sont pas satisfaits par l’économie conventionnelle ou les services publics. L’ESS se situe dans cet intervalle.

    L’ESS peut-elle répondre aux besoins de création d’emplois dans une ville comme Nîmes frappée par le chômage, la pauvreté ?

    B.H. : Souvent les villes et dans les élections municipales des candidats aux mairies font des grandes déclarations sur le développement économique, sur les grandes entreprises qui pourraient s’installer, etc. La réalité c’est qu’on met souvent beaucoup d’argent public pour des emplois qui peuvent partir aussi vite qu’ils sont arrivés. La force de l’économie sociale et solidaire, ce sont les emplois non délocalisables. Ils n’iront jamais à Singapour, en Chine ou aux États-Unis. Ce sont des emplois qui répondent à des besoins sur un territoire et qui sont portés par des entreprises privées de l’ESS mais qui ont un modèle non lucratif. Cela ne veut pas dire qu’elles perdent de l’argent mais tout simplement qu’elles ne distribuent pas d’argent aux actionnaires. Cet argent reste dans l’entreprise. C’est cela qu’il faut comprendre, la force de l’ESS.

    Un exemple ?

    On observera qu’il y a dans l’ESS des entreprises qui sont en concurrence avec d’autres, pas de l’ESS, par exemple les crèches. Vous avez des crèches lucratives avec des actionnaires et des crèches non lucratives. La différence c’est que la non lucrative ne distribue pas de dividendes donc l’argent reste dans la crèche, ce qui permet un meilleur taux d’encadrement des tout-petits.

    L’ESS est donc un modèle économique solide ?

    B.H. : En étudiant l’espérance de vie des entreprises en coopérative et celles en économie conventionnelle, sur un même marché, le ministère de l’économie et des finances a observé que les entreprises, comme les SCOP, avaient une espérance de vie plus longue que les entreprises conventionnelles. À partir du moment où les bénéfices sont réinvestis dans l’entreprise, la consolident, l’espérance de vie est plus longue. Et à partir du moment aussi où les décisions importantes de l’entreprise sont partagées et discutées, elles sont plus tempérantes, plus fiables, plus solides pour préparer l’avenir.

    L’ESS est victime d’idées reçues. Que répondez-vous ?

    B.H. : L’ESS, c’est 14% de l’emploi privé en France et contrairement à une idée reçue, ce n’est pas une économie subventionnée. La Cour des comptes a mis cela au clair : seulement 7% des aides publiques aux entreprises, dont les subventions aux associations, concernent l’ESS. Notre modèle, qui pourtant concourt à l’intérêt général, reçoit moins que les entreprises conventionnelles. Pour résumer : on fait 10% du PIB, 14% de l’emploi privé et 7% des aides publiques. L’économie la plus soutenue, c’est l’économie capitaliste.

    Nîmes est politiquement à la croisée des chemins avec la possibilité d’un changement avec Nîmes en commun, une droite divisée mais une extrême droite qui menace. Quel message avez-vous pour convaincre d’aller voter le 15 mars ?

    B.H. : L’extrême droite et le RN déposent des amendements pour supprimer l’économie sociale et solidaire. Ils ne comprennent certainement rien à ce que l’on fait mais en voulant supprimer ESS France, c’est leur obsession de mettre au pas l’économie sociale qui produit de l’intérêt général. C’est intéressant de regarder Trump, c’est l’extrême droite. Il avait un grand programme sur le pouvoir d’achat, d’emploi, de salaire. On observe qu’il est en échec sur tous ces sujets. La seule chose où il garde un lien fort avec sa base c’est qu’il leur propose de partager sa joie de faire mal à d’autres. C’est là-dessus que l’extrême droite « honore » son programme. Elle ne rate jamais une occasion de faire mal à une catégorie de la population. Là où vous élirez l’extrême droite, vous aurez le lendemain plus de désordre. On doit mettre en face des projets politiques qui revendiquent la joie au sens de la fête, de la culture !

    *Vendredi 13 février à .18h30, local des cheminots, 15 rue Benoît Malon, Nîmes.

    Les mesures

    Nîmes en commun propose la création d’une École de la coopération « Charles Gide ». Objectifs : créer un centre de recherche et d’innovation sociale. Autre mesure : créer un Fonds indépendant pour sécuriser les financements associatifs et faire des SCIC, qui est l’entreprise de la coopération, un outil de développement local pour les Places Communes (tiers-lieux de quartier), la gestion des Halles, la transition énergétique, la mobilité solidaire , l’ alimentation durable, la culture et l’éducation populaire.

  • [Dossier extrême droite] À Orange, Jacques Bompard prêt à repartir à l’assaut

    [Dossier extrême droite] À Orange, Jacques Bompard prêt à repartir à l’assaut

    En 1995, avec Toulon et Marignane, Orange devient l’une des quatre villes conquises par le Front national. Depuis, elle est la seule à être restée à l’extrême droite, malgré les changements d’étiquettes du maire Jacques Bompard, passé au MPF puis à La Ligue du sud. Il a été reconduit dès le premier tour en 2001, 2008 et 2014, devant passer de peu par un second tour en 2020. Avant que la justice ne le rattrape et le condamne définitivement, en novembre 2021, pour prise illégale d’intérêt avec cinq ans d’inéligibilité. Son fils, Yann, a pris la suite avant, lui aussi, d’être privé par la justice de ses mandats, le 26 janvier dernier. Bien que démis d’office par le préfet, il s’accroche à son poste pour terminer le mandat.

    Un Bompard peut toujours

    en cacher un autre

    La politique associative des Bompard ? Elle a conduit l’ex-maire PS Alain Labbé, devenu élu d’opposition, à démissionner après le vote du premier budget de la mandature en 1996. « Il prévoit la suppression ou la diminution de subventions à des associations sociales ou culturelles », déplorait alors Alain Labbé, cité par La Provence. En 1995, le Secours populaire touche une subvention de 8 000 francs, soit l’équivalent de 2 000 euros à monnaie constante selon l’Insee. Ces dernières années, l’association s’est contentée de la moitié de la part de la Ville.

    Fin 2013, une polémique éclate après la suppression d’une subvention de 1 000 euros, accordée aux Restos du cœur quelques mois plus tôt. La mairie motive sa décision par le fait que l’association ne participe plus à des réunions avec d’autres acteurs caritatifs. Les Restos du cœur refusent en fait de livrer le nom de ses bénéficiaires, l’inconditionnalité de l’anonymat étant un principe de l’association. En 2015, le député Jacques Bompard dépose même une proposition de loi visant à contrôler les subventions versées aux associations. « Il faut privilégier, dans l’attribution de ces subventions, les citoyens et l’identité française pour préserver l’unité nationale et l’amour de la Patrie », assène le texte législatif.

    Dans son rapport de juin dernier, la chambre régionale des comptes (CRC) note que, entre 2018 et 2023, la part totale des subventions est « passée de 13% à 7% pour l’action culturelle et de 14% à 6% pour la politique familiale ». Plus globalement, la CRC parle d’une gestion « atypique » des finances de la commune. « La situation est, à mon sens, remarquable », se félicite au contraire Jacques Bompard, au début de l’été 2025, dans un hors série d’Orange vérités, le magazine municipal. Censé être hors circuit politique, l’ancien maire livre son analyse, en premier avant son fils, au prétexte que le rapport de la CRC porte sur des années où il était au pouvoir. Un pouvoir dont il est resté proche, passant quotidiennement en mairie, le conseil municipal lui octroyant même, en mars 2024, le statut de collaborateur bénévole, avant que le préfet n’y coupe court.

    Alors que l’inéligibilité de Jacques Bompard courait jusqu’en novembre 2026, la cour d’appel de Nîmes l’a remis en selle, le 27 février, en écourtant cette peine. Le jour même, il annonçait sa candidature aux municipales, aux côtés de son fils, désigné... directeur de campagne. Cela vaudrait bien une belle subvention à une association œuvrant pour le recyclage.

    Retrouvez l’intégralité de cette enquête collective été réalisée par La Marseillaise, Le Poing, l’Arlésienne, le Collectif de journalistes indépendants Presse-Papiers, Jean-François Poupelin et Raphael da Silva grâce au soutien financier du Fonds pour une presse libre :

    En Vaucluse, le soutien aux associations au service du clientélisme électoral

    À Beaucaire, les purges associatives et ceux qui en profitent

    À Béziers, les affiches parlent, les assos se taisent

    À Perpignan, pas d’argent pour les assos catalanistes

    Les assos malmenées par les villes d’extrême droite

    À Béziers, les syndicats attaqués par Robert Ménard

    À Marignane, les derniers échos de l’OAS

    À Fréjus, le social s’efface le sport encaisse

  • [Dossier extrême droite] À Béziers, les syndicats attaqués par Robert Ménard

    [Dossier extrême droite] À Béziers, les syndicats attaqués par Robert Ménard

    L’extrême droite n’aime pas les syndicats. À Béziers, Robert Ménard l’illustre parfaitement bien. Arrivé aux commandes de la cité de Riquet en 2014, l’édile d’extrême droite tente une première attaque dès 2017. Logés à la Bourse du travail, Robert Ménard tente par tous les moyens de les faire partir. « Il a essayé de nous faire payer les charges concernant le chauffage, l’électricité, le gaz – et l’entretien au motif que cela coûtait cher et que ce n’était pas à la collectivité de payer », décrit Patricia Barbazangue, secrétaire de l’Union locale de la CGT au moment des faits. Ce qui représente la bagatelle de 82 000 euros. « On n’a pas les moyens, nous n’aurions pas pu assumer. » Unie, l’intersyndicale -CGT, FO, CFDT, CFTC, CGC, Unsa, Solidaires- se lance alors dans une longue bataille et Robert Ménard finit par faire machine arrière en 2020.

    Mais c’était sans compter sur la hargne de l’adepte des plateaux télés qui décide de supprimer l’intégralité des subventions de fonctionnement aux syndicats. Soit près de 17 000 euros, selon les données que nous avons récoltées. « C’est une décision politique pas juste une question économique », soutient Patricia Barbazangue. Pour ne rien arranger, Ménard a également mis un terme à différents services. « Il a supprimé le gardiennage à la Bourse du travail. Or, c’était important pour nous car l’employé municipal filtrait les entrées, nous n’avons pas de vision sur les venues. Aussi, il effectuait une surveillance des locaux, détecter les fuites d’eau par exemple. Le ménage a aussi été supprimé. Il a fallu se débrouiller. C’est un coût pour la CGT, notre activité militante n’est pas de nettoyer les locaux, nous avons dû engager des frais pour le ménage », relate l’ancienne responsable syndicale. Contactée, la mairie de Béziers n’a pas donné suite à nos questions.