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  • Fraude aux prestations sociales : quand l’objectif est davantage de lutter contre les précaires plutôt que contre la précarité

    Fraude aux prestations sociales : quand l’objectif est davantage de lutter contre les précaires plutôt que contre la précarité

    La Défenseure des droits a rendu un rapport le 23 avril 2026 déplorant « l’industrialisation de la lutte contre la fraude aux prestations sociales ». Elle insiste sur la nécessité d’assurer la préservation de moyens convenables d’existence, en toutes circonstances, c’est-à-dire de ne pas compromettre la capacité des personnes à subvenir à leurs besoins essentiels.

    Automatisation de la procédure de sanction pour fraude, l’intensification des contrôles et l’usage d’algorithmes discriminatoires à l’égard des plus précaires renforcent les atteintes aux droits des allocataires. Les organismes sociaux multiplient les notifications d’indus, les décisions de sanction pour fraude et l’application de pénalités financières. Certains allocataires, notamment les plus précaires, ne connaissent pas l’étendue de leurs droits et se retrouvent du jour au lendemain privés du minimum vital, avec des indus de plusieurs milliers d’euros, sans même parfois connaître le motif de ces décisions (ressources non déclarées, séjour à l’étranger).

    La fraude est une action irrégulière qui doit être commise de manière intentionnelle. Une simple erreur dans une déclaration n’est pas constitutive d’une fraude. Cette qualification est pourtant lourde de conséquence : radiation des droits, pénalités financières, prescription de 5 ans pour recouvrir les prestations au lieu de 2 ans.

    La Défenseure des droits déplore que l’information aux usagers demeure très carencée, tant sur leurs droits à bénéficier de certaines allocations que sur leurs modalités d’actions avant, pendant et après les contrôles, ainsi que sur les suites, notamment en cas d’accusation de fraude et de pénalités financières. Procédure de contestation complexe pour un accès au droit résiduel : Le contentieux de la « fraude » aux prestations sociales est organisé de manière complexe, avec une dualité de juridiction entre le Tribunal administratif et le Pôle social du Tribunal judiciaire en fonction des prestations sociales. Il arrive ainsi que les deux ordres de juridictions doivent être saisis simultanément pour juger de la même situation. Il est également obligatoire de former un recours préalable avant toute saisine d’un juge. Ce recours administratif n’est pas pris en charge au titre de l’aide juridictionnelle, ce qui constitue un frein évident des plus précaires pour se faire accompagner d’un avocat.

    Les délais de procédure sont extrêmement contraints: 2 mois à partir de la notification d’une décision. Une simplification de la procédure et un accompagnement social des plus précaires sont requis, plutôt qu’un déploiement de l’IA au détriment des droits des usagers.

    Une question ? Besoin d’un conseil ? Contactez nos chroniqueurs par mail

    avocats@lamarseillaise.fr

  • Les cérémonies du 8 mai dans le Gard et l’Hérault

    Les cérémonies du 8 mai dans le Gard et l’Hérault

    Aussi étrange et inquiétant que cela puisse paraître, ce jour qui a changé la face du monde n’est pas connu de tous les Français. Au travers de plusieurs études, on estime entre 20 et 30% des Français qui ignorent la signification exacte du 8 mai 1945. C’est particulièrement vrai chez les jeunes générations parfois confuses sur le sujet. Preuve que le devoir de mémoire ne doit jamais s’éteindre et qu’il est important d’assister le plus souvent possible, avec ses enfants, à ces cérémonies du souvenir. À l’heure où l’Éducation nationale est décriée et où l’instabilité politique du monde inquiète et où le fascisme fait son retour, rendre hommage à ceux qui ont donné leur vie pour leur pays est un devoir de citoyen.

    Hérault

    Montpellier. 9h30, monument aux morts.

    Sète. 11h : Cérémonie au monument aux morts du jardin du Château d’eau, au parc Simone Veil.

    Béziers. Rassemblement à 11h devant la mairie. Cortège jusqu’au monument aux Morts situé devant l’église pour un dépôt de gerbe. Second cortège jusqu’au cimetière pour un dépôt de gerbe au monument aux Morts.

    Lattes. 11h, parvis de la mairie. Lavérune. 11h, place de la mairie.

    Lunel. 10h30, parvis du musée Médard : départ d’un défilé ouvert par des véhicules militaires de collection suivi par les portes drapeaux et les associations d’anciens combattants. Cérémonie à 11h au parc Jean Hugo.

    Aniane. 11h, place de l’hôtel de ville Lodève. 11h, monument aux morts Balaruc-le-Vieux. 11h, monument aux morts.

    Bouzigues. Rassemblement devant l’ancienne mairie à 9h50, avant que le cortège ne se mette en marche à 10h en direction du monument aux morts, place de la Victoire, Bouzigues

    Agde. 9h30 – 12h30 / 14h00 – 18h00 : reconstitution de la seconde guerre mondiale et visite des bunkers. parking Antoine Groignard, La Tamarissière. 11h00 : commémoration officielle, monument aux Morts. Cimetière Vieux.

    Mudaison. 11h, monument aux morts, situé au cimetière.

    Paulhan. 11h : départ du cortège depuis la mairie ; 11h15 : dépôt de gerbe au monument du Général Stefanik ; 11h30 : dépôt de gerbe au monument aux morts.

    Gard

    Nîmes. 11h30, place du 11-Novembre, monument aux morts.

    Alès. 11h, square Verdun, jardins du Bosquet.

    Bagnols-sur-Cèze. 10h, Monument Privat, route des Cévennes ; puis 11h, départ place Mallet vers les monuments aux morts.

    Beaucaire. 11h, cimetière de la route de Saint-Gilles, monument aux morts, Saint-Gilles. 11h, Place Jean Jaurès, monument aux morts.

    Vauvert. 12h, place de la Liberté, monument aux morts.

    Aigues-Mortes. 11h, monument aux morts.

    Uzès. 11h15, avenue de la Libération, monument aux morts. Pont-Saint-Esprit. 11h30, devant le monument aux morts. Marguerittes. 11h, monument aux morts.

    Les Angles. 11h, monument aux morts du vieux cimetière, rue Alphonse-Daudet.

    Manduel. 11h, départ de la place Bellecroix vers le monument aux morts.

    Caissargues. 9h, monument aux morts.

    Cendras. 11h, place SalvadorAllende, monument aux morts.

  • Le coût exorbitant du protoxyde d’azote

    Le coût exorbitant du protoxyde d’azote

    François Séguy n’en revient pas. Cela fait une semaine que l’ancien insoumis a été nommé adjoint en charge de la propreté et de la qualité des espaces publics à Nîmes et l’élu a décidé de rencontrer ses équipes pour parler de leurs éventuelles difficultés. C’est après ces échanges que François Séguy s’est retrouvé nez à nez avec six bennes remplies à ras bord de bonbonnes usagées de protoxyde d’azote. « Je suis affolé, je ne m’attendais pas à ça », lance-t-il à la sortie de sa visite. « En plus, les équipes me disent qu’il y en a de plus en plus. C’est une catastrophe. Ils en ramassent tous les jours, par exemple entre 2024 et 2025, on est passé de 7 000 bonbonnes à 13 150. A priori, ce sera pareil en 2026. »

    Ces dernières années, le protoxyde d’azote s’est répandu comme une traînée de poudre auprès de la jeunesse notamment. Ce gaz, stocké dans des bonbonnes, est d’abord déversé dans des ballons de baudruche avant d’être inhalé. Il provoque alors des crises de fou rire de plusieurs dizaines de secondes et des crises d’euphorie. Ces derniers mois, ce sont surtout les drames qui ont fait parler de cette nouvelle drogue. Sauf que l’impact environnemental et économique est devenu très lourd pour les collectivités. Le recyclage de ces bonbonnes ne peut en effet être traité dans les usines conventionnelles car il y a toujours un risque d’explosion. Ce sont donc des entreprises privées qui s’occupent de retirer les résidus de gaz et de recycler la bonbonne, mais cela coûte très cher.

    Un coût de 10 000 euros par mois à Montpellier

    « Notre prestataire nous facture aujourd’hui 10 euros l’unité », explique François Séguy, qui étudie aujourd’hui les possibilités pour réduire ce coût exorbitant. « On en a déjà envoyé 2 500, ça nous a coûté 25 000 euros mais ce n’est rien par rapport à tout ce qu’on a. Si on n’augmente pas les budgets qui sont aujourd’hui entre 250 000 et 300 000 euros par an sur la propreté, on ne va pas s’en sortir. »

    La facture est également salée à Montpellier. Entre décembre 2025 et avril 2026, 5 542 bonbonnes ont été collectées. Pour les traiter, la mairie fait appel à l’entreprise Denat Environnement, basée en Moselle, qui recycle ces bonbonnes dans son usine à Amblainville dans l’Oise. Pour les 5 542 unités collectées sur ces cinq mois, le coût est estimé à près de 50 000 euros…

    « La ruralité n’est pas épargnée »

    Si le problème touche principalement les grands centres urbains, il n’épargne pas les communes périphériques ou rurales. Le Département du Gard, par exemple, en collecte aussi chaque semaine sur ses routes. « Nous observons une augmentation de bonbonnes de protoxyde d’azote abandonnées en bord de chaussée. Leur accumulation crée une pollution métallique importante et mobilise régulièrement les équipes de nos unités territoriales pour opérer des collectes ciblées. Ces dépôts nuisent à l’environnement, à la sécurité et à l’image du territoire », confirme la présidente du conseil départemental, Françoise Laurent-Perrigot. Vingt bonbonnes ont par exemple été collectées sur la départementale entre Poulx et Nîmes, lors de la dernière campagne de ramassage des déchets avant d’être orientées vers « les bennes à ferraille ou directement vers les déchetteries ».

    Les mairies de petites communes sont elles aussi impactées. À Cendras par exemple, village de 1 600 âmes, le maire Sylvain André les stocke dans les ateliers de ses équipes mais ne « sait pas quoi en faire ». « On en retrouve régulièrement en bordure de forêt par exemple, comme plein d’autres communes. La ruralité n’est pas épargnée. On essaie de travailler sur la prévention. Aujourd’hui, les bonbonnes sont stockées mais personne ne voulait nous les reprendre », explique le président de l’association des maires ruraux du Gard.

    Les collectivités appellent donc à l’aide l’État. « Il faut impérativement que l’État aide les collectivités sinon on ne va jamais s’en sortir », conclut François Séguy.

  • [Entretien] Jean-Paul Delfino : « Suzanne Valadon était une femme qui a mis la liberté en action »

    [Entretien] Jean-Paul Delfino : « Suzanne Valadon était une femme qui a mis la liberté en action »

    Jean-Paul Delfino est un écrivain-voyageur passionné. D’abord par le Brésil et sa musique, ses premières amours après une interview de sept heures réalisée avec le guitariste Baden Powell. Mais surtout par la liberté. À travers ses romans, il raconte des vies passées. Sa conférence, donnée ce jeudi, portera sur la peintre Suzanne Valadon, figure malgré elle de la libération des femmes dans le Paris des Années folles. Rencontre avec un écrivain avide de voyages et de partage, citoyen du monde revendiqué.

    La Marseillaise : On vous surnomme « l’écrivain le plus Brésilien de France ». Quelle relation entretenez-vous avec ce pays ?

    Jean-Paul Delfino : Après ma rencontre avec Baden Powell, je suis allé une première fois à Rio de Janeiro. J’ai ressenti ce que j’appelle un « AVC amoureux » pour le pays. Difficile à croire, je sais, mais en une semaine, j’ai appris à parler la langue ! Le Brésil est un pays anthropophage : vous venez, il vous happe et vous en ressortez amoureux. C’était aussi une rencontre artistique avec la musique brésilienne. J’ai la chance d’avoir été ami, pendant trente ans, avec Pierre Barouh, grand musicien de bossa-nova. J’y ai aussi rencontré des artistes devenus des proches, comme João Gilberto ou Roberto Gil. Pierre avait une belle façon d’expliquer l’attachement que l’on peut ressentir instinctivement pour un endroit, une personne : les « rivières souterraines ». Elles nous lient ou nous éloignent de manière invisible, inexplicable.

    Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à la vie de l’artiste et muse Suzanne Valadon (1865-1938) ?

    J.-P. D. : J’ai reçu il y a quelques années un appel de Chiara Parisi, historienne de l’art et directrice du Centre Pompidou de Metz. Elle m’a demandé un travail biographique sur Suzanne Valadon, qui fut une peintre et une personnalité majeure du milieu de l’art, à Paris, dans les années vingt.

    Qu’est-ce qui, dans son parcours, vous a touché au point d’en faire le personnage principal de votre roman « L’Affranchie de Montmartre » ?

    J.-P. D. : Suzanne Valadon était une femme qui a mis la liberté en action. Elle était analphabète, alcoolique, issue d’un milieu prolétaire. Dans les années 1910, elle est devenue la modèle de peintre la plus connue de Paris. Puis elle a décidé de devenir peintre à son tour, alors que ça ne se faisait pas à l’époque. Elle n’a demandé de conseil à personne, bien que proche d’artistes comme Toulouse-Lautrec, Renoir, Degas… Elle a cassé les codes de la féminité traditionnelle, en aimant des hommes beaucoup plus vieux ou beaucoup plus jeunes, en vivant sa sexualité librement. Je suis tombé amoureux de son parcours.

    Vos romans relatent les histoires de personnalités libres, artistes, voyageuses. Quelle est la quête de votre travail littéraire ?

    J.-P. D. : Ce qui m’intéresse, ce sont les moments de rupture. La vie ne vaut d’être vécue sans risque. C’est ce que l’on retrouve dans le parcours de Suzanne Valadon, mais aussi de Paul Gauguin, qui a quitté sa femme et ses enfants pour vivre en Nouvelle-Calédonie. À 11 ans, j’ai fait un rêve étrange : je me suis vu à 50 ans, malheureux, enfermé, avec une vie sans saveur. Je fuis cela, grâce à l’écriture, au voyage. Je pense que les voyages devraient être remboursés par la Sécu ! (rires). Je réalise aussi mon intérêt pour raconter des événements passés. Je suis assez inadapté au monde actuel je crois !

    Vous exposerez vos récents ouvrages lors du Salon du livre de Gémenos, aux côtés de jeunes auteurs. Quel regard portez-vous sur l’avenir du monde du littéraire ?

    J.-P. D. : La littérature, c’est la liberté absolue. Aujourd’hui, le rachat de maisons d’édition par Bolloré, Kretinsky, c’est la fin de cette liberté. Pour les jeunes auteurs, il faut retrouver du sens pour écrire, du courage aussi. Car, comme disait Raymond Devos : « La liberté s’use quand on ne l’utilise pas. »

    La 5e édition du Salon du livre de Gémenos se déroule samedi 9 et dimanche 10 mai, de 10 à 19h, à la salle municipale Jean-Jaurès, place de la mairie. Entrée gratuite.

    Jean-Paul Delfino sera présent pour échanger avec le public et dédicacer ses ouvrages. Sa conférence est prévue dès ce jeudi 7 mai, à 18h30, à la médiathèque.

    « Ce qui m’intéresse, ce sont les moments de rupture. La vie ne vaut d’être vécue sans risque »

  • Résister face à la guerre culturelle du RN

    Résister face à la guerre culturelle du RN

    « Nous lancerons un festival apolitique du film et du livre, développerons la feria et ferons revivre nos traditions comme la fête du cochon de dame Carcas. Nous n’avons pas de temps à perdre. » Mardi 5 mai, le nouveau maire RN de Carcassonne (Aude), Christophe Barthès, a présenté « ses projets en matière de culture et d’événementiel » et sa vision très particulière, à l’extrême droite toute.

    Les choix du maire de Carcassonne cochent en effet toutes les cases de la vision ethnocentriste et identitaire, pour ne pas dire fantasmée, de la culture par l’extrême droite. En creux mais le message est limpide, son projet de « festival apolitique du film » est une réponse directe au Festival du film politique organisé chaque année par l’association CinéBastide. Ses membres ont annoncé le 15 avril qu’ils ne demanderaient pas de subventions à la mairie (10 000 euros par an, environ 5 % du budget) et se passeraient du prêt des locaux. Un geste de résistance au cœur de la cité fortifiée (lire page 6). D’ailleurs, les priorités de Christophe Barthès sont ailleurs : « Plus de sécurité, plus de propreté, plus de proximité. »

    Au-delà des coupes budgétaires pour les associations qui ne sont pas à son goût, l’extrême droite impose sa vision de la culture. C’est le cas depuis 2014 à Béziers, dirigé par Robert Ménard, explique Richard Vassakos, historien et auteur de l’ouvrage La Croisade de Robert Ménard : Une bataille culturelle d’extrême droite (éditions Libertalia, 2021). « Sur le fond, [Robert Ménard] a une vision réactionnaire, une sorte de national-catholicisme qui s’inscrit dans la longue tradition de l’extrême droite depuis Charles Maurras. Ménard a des usages de l’Histoire qui sont problématiques et idéologiques » (lire page 7).

    Une orientation que l’on constate aussi à Beaucaire dans le Gard, dirigée aussi par l’extrême droite depuis 2014. Par exemple, « à Beaucaire, on met en place ces fêtes américaines pour effacer le 1er mai des calendriers », confirme Jean Vanhaute, président de l’institut d’histoire sociale de la CGT du Gard. (lire Page 7). Drapeaux US en place de la fête internationale des travailleurs !

    Le maire de Montpellier Michaël Delafosse (PS), fustige ces attaques de l’extrême droite. Pour lui, le « premier acte de l’extrême droite gagnant une mairie » c’est « massacrer la culture » a-t-il déclaré au moment de l’annulation du Festival Jazz à Vauvert par la nouvelle mairie RN. A contrario, il rappelle que « dans un contexte financier pourtant très contraint, – baisse des dotations de l’État, explosion des coûts de l’énergie, hausse des taux d’intérêt  nous avons décidé de sanctuariser les moyens dédiés à la culture. C’est un choix politique clair. Un acte de résistance face à la montée des forces réactionnaires à l’œuvre partout dans le monde » (lire aussi page 8) Outre le festival de jazz la municipalité RN de Nicolas Meizonnet aurait deux autres associations dans le collimateur : les avocats du Diable et Atout philo. Benjamin Rouvière, fondateur de cette dernière, a été convoqué par le maire mais n’a pas souhaité se rendre au rendez-vous (lire page 6). Des subventions sont drastiquement baissées.

    Mais le RN ne se contente pas de supprimer. Il investit aussi le terrain des récits. Identité, patrimoine, roman national, histoire locale : tout devient matière à conquête idéologique. « Ils pratiquent le retournement », analyse l’adjoint à la culture de Nîmes, Denis Lanoy, étonné d’entendre des élus d’extrême droite citer Gramsci ou Walter Benjamin. « Ils ont très bien lu les auteurs marxistes et ils essayent d’en tirer profit, mais pas du tout pour l’émancipation. Pour imposer un autre récit » (lire page 9). Le milliardaire Vincent Bolloré l’a bien compris. Pour l’éditrice gardoise Marion Mazauric, cette prédation dans le milieu de l’édition, « est avant tout la conséquence du manque de régulation de la concentration industrielle sur ce marché, mais c’est aussi la conséquence de l’arrivée d’industriels qui investissent désormais dans la production des idées, pour prendre le contrôle de la fabrique des opinions et de l’idéologie du pays ». (lire ci-contre).

    Le politologue Emmanuel Négrier insiste non pas tant sur les budgets que sur le contenu de la politique culturelle de l’extrême droite. « L’offre continue d’exister, elle n’est plus tout à fait la même, et effectivement les nostalgies coloniales, discours contre-révolutionnaires et récits révisionnistes y ont une place de choix, tandis que les projets d’action culturelle dans les quartiers populaires y sont châtiés » (lire page 9).

  • « Renouveler l’engagement auprès des jeunes »

    « Renouveler l’engagement auprès des jeunes »

    La Marseillaise : Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste le dispositif Place engagée ?

    Estelle Bodo : Place engagée est un dispositif solidaire qui permet de donner du sens à l’accès à des événements populaires. L’idée est de transformer une invitation en une opportunité sociale, humaine et inclusive. Concrètement, la Solimut propose aux jeunes de participer à une action de solidarité. Ça peut être un atelier cuisine, une maraude, des concerts solidaires, de la prévention santé, des manifestations. On était notamment présents à la manifestation du 8 mars. En échange de leur participation à une de ces actions solidaires, les volontaires obtiennent la possibilité de participer à des événements organisés par des partenaires. Il y a, par exemple, des places pour le Delta Festival, La Marseillaise à pétanque, le festival Jazz des cinq continents ou encore Marsatac, cette année. L’idée est donc d’ouvrir les portes de la culture à des jeunes qui n’en ont pas forcément les moyens ou qui sont souvent exclus des événements dont nous sommes partenaires. Il y a aussi, bien sûr, une volonté de créer du lien social et solidaire.

    À quels types de profils s’adresse le dispositif ?

    Estelle Bodo : C’est ouvert à tout le monde. On avait commencé avec l’idée de travailler surtout avec des jeunes, mais en fait, il n’y a pas vraiment de limite d’âge sur ce dispositif. Actuellement, on est en partenariat avec la Ligue de l’enseignement. C’est avec eux qu’on a commencé le dispositif. C’est là qu’on a découvert Jeunesse Place, une association qui existe à l’intérieur de la ligue, dont Sherazade est la fondatrice. Puis, après, ça s’est étendu. Aujourd’hui, on travaille avec le Grep (Gémenos rugby Est Provence), mais aussi avec des adhérents de l’association ES 13, qui ont plus de 55 ans donc. Il n’y a pas besoin d’être partenaire de Solimut pour participer au dispositif. N’importe qui peut nous solliciter. Il n’est même pas nécessaire d’appartenir à une association. Il n’y a pas de critères de sélection, sauf si les événements refusent les moins de 16 ans, par exemple.

    Yanis Guille. : L’objectif, c’est de faire un vrai maillage des cultures, de rassembler tout le monde à des endroits où l’accès est plus compliqué pour certains. C’est l’occasion de créer des échanges, des opportunités. On travaille avec tous les publics, avec des jeunes comme avec des personnes âgées, issus des quartiers populaires, mais aussi de secteurs plus aisés.

    Les participants ont-ils tendance à revenir ?

    Estelle Bodo : Oh oui ! On a créé un groupe WhatsApp avec les anciens participants pour les tenir au courant des actions qu’on mène et on a toujours des volontaires pour venir aider. Je pense par exemple au concert solidaire que Solimut a porté au Dôme, en fin d’année dernière, [Solimut était en octobre partenaire du « Concert pour sauver des vies en mer » , dont l’intégralité des bénéfices a été reversée à des associations qui œuvrent pour le sauvetage en mer ou l’accueil des exilés, Ndlr]. Beaucoup de jeunes ont souhaité être présents. C’était aussi l’occasion d’accéder aux coulisses…

    Pourquoi vous associer à des événements festifs ?

    Estelle Bodo : Le festif, on le sait tous, donne envie. C’est donc une bonne façon d’inciter les jeunes à participer. Mais on se rend compte, au bout d’un certain temps, que les jeunes ne viennent pas que pour la récompense. Bien sûr, le Delta festival attire, car les places sont en temps normal au tarif de 80 euros, mais parfois, certains ne demandent même pas leur contrepartie après leur action. Mais le principe reste : une action, une invitation.

    Y a-t-il aussi la volonté, de la part de Solimut, de présenter à un public plus large le concept d’une mutuelle ?

    Estelle Bodo. : Oui, bien sûr. Quand on a rencontré les jeunes de la Ligue de l’enseignement par exemple, la première chose qu’on a faite a été de présenter la mutuelle. On fait toujours des micros formations. On commence par demander ce qu’est qu’une mutuelle pour eux. On a des réponses du type : « c’est comme telle ou telle prétendue mutuelle ». C’est là qu’on leur explique qu’on n’a pas d’actionnaire, qu’on ne fait pas de profit, que tous nos bénéfices sont reversés à nos adhérents. On met en avant notre ligne politique, qui s’oppose à tout type de discrimination.

    Pourquoi est-il important de faire connaître la mutuelle auprès des jeunes ?

    Estelle Bodo : La mutuelle, c’est quelque chose de très large pour eux. On le voit lorsqu’on intervient sur des événements comme le Delta Festival, où on rencontre les 18-30 ans. Souvent, ce sont les parents qui gèrent. Ils ne savent pas bien de quoi il s’agit. Ils ont besoin de connaître ces valeurs-là, de savoir qu’une mutuelle, c’est indispensable. On les informe aussi sur l’avenir des remboursements santé, l’avenir des mutuelles. Aussi, une mutuelle vit parce qu’il y a des élus et des gens qui s’investissent quotidiennement. Il faut renouveler cet engagement. Je pense que les jeunes peuvent à leur tour diffuser ce genre de valeurs et les incarner.

    Sherazade Mlili : Moi, par exemple, je ne savais pas à quoi correspondait vraiment une mutuelle. Aujourd’hui, je sais que c’est indispensable pour se protéger. C’est ce qui te permet de te soigner, de rembourser tes soins quand tu vas à l’hôpital, chez le docteur, à la pharmacie… Je sais aussi que Solimut ne propose pas de t’accompagner exclusivement sur le plan santé. J’ai appris qu’il proposait aussi des formations, des maraudes…

    Riad Zedal : C’est ça, et ça permet aussi d’avoir un regard différent, parce que nous, quand on pense à mutuelle, on pense surtout à quelque chose de mécanique, c’est-à-dire simplement à quelque chose qui permet de rembourser ta consultation chez le médecin. On n’a jamais accès aux personnes qui travaillent derrière, comme Estelle et plein d’autres personnes qui ont aussi l’air tout aussi géniales.

    Estelle Bodo : On essaie de leur montrer que la mutuelle, ce n’est pas qu’un parcours de soins. Nous, avec notre service de gestion des partenariats qui a été créé il y a un an, un rôle de prévention santé, d’actions solidaires et d’engagement territorial. Mais aussi dans d’autres cadres, avec la possibilité de s’engager en sécurité, sans discrimination et pour faire de très belles choses.

    Faites-vous désormais la différence avec une assurance classique ?

    Sherazade Mlili : Oui, je vois la différence. Mais ça m’a aussi appris des choses sur l’engagement. Je peux solliciter Estelle pour savoir s’il y a une action qui se prépare. Ça me permet d’être plus là, pour ma ville.

    Cela vous donne-t-il envie d’adhérer plus tard ?

    Sherazade Mlili : Oui, bien sûr, maintenant qu’on sait ce qu’est la mutualité et, plus précisément, leur mutualité [Solimut], ça donne envie. D’autant que, maintenant que je connais les gens qui y travaillent, je suis beaucoup plus en confiance. Je sais que ce n’est pas de l’arnaque, qu’ils ne vont pas m’escroquer. Je sais que les personnes qui sont derrières ont envie de bien faire leur métier, qu’ils ont vraiment beaucoup de volonté.

    Le fait que Solimut ne fasse pas de profit et s’oppose à tout type de discrimination vous touche-t-il ?

    Riad Zedal : Bien sûr. Une mutuelle n’a pas pour objectif de faire du profit, ça donne plus confiance.

    Sherazade Mlili : On a la sensation que la démarche est plus sincère. D’autant qu’en choisissant de ne faire aucune discrimination, ils prennent des risques que les certaines assurances ne prennent pas. Et pour nous, les jeunes, ça nous permet de nous sentir plus écoutés. Ça montre que tout ce qui est raconté n’est pas faux : ce qui arrive aux jeunes, mineurs comme majeurs, n’est pas un mensonge. Il y a bien de la discrimination, il y a bien du racisme et il y a des gens qui le voient et qui ont envie de nous aider.

    Estelle Bodo : Je pense qu’ils se sont rendu compte qu’on avait les mêmes valeurs qu’eux. Eux ont créé une association pour lutter contre les discriminations. Et ils se sont rendu compte qu’en fait, la mutuelle a fait ce même choix de dire : tu es malade, on te couvre, tu es de nationalité x ou y, on te couvre, t’as tel âge, on te couvre… Ils se sont rendu compte, avec Place engagée, qu’on avait envie de leur ouvrir des barrières en leur permettant d’être présents là où ils ont envie d’être. Cela rejoint la volonté de l’association Jeunesse place qu’ils ont fondée.

    Jeunesse place est une association que vous évoquez souvent. Sherazade, vous êtes l’une des fondatrices. De quoi s’agit-il ?

    Sherazade Mlili : C’est une association que nous avons créée entre jeunes. Je suis l’une des fondatrices, mais au total, nous étions quatre, tous adhérents de la Ligue de l’enseignement. On a voulu créer notre propre organe associatif parce qu’on s’est rendu compte que lorsqu’on participait à des événements, notamment lors des séjours comme le Summer camp [voyage au cours duquel des personnalités sont invitées pour parler aux jeunes de leur métier et de leurs engagements, Ndlr], beaucoup de portes nous étaient fermées. Pour la réservation des lieux par exemple, nous étions souvent refusés par les enseignes, parce qu’on était des jeunes, en majorité issus des quartiers nord. Nous avons aussi reçu des insultes, moi en tant que jeune fille voilée, et un ami parce qu’il est noir. On a donc eu la volonté de montrer qu’on était capables, en tant que jeunes des quartiers nord, de faire tout ce qu’on souhaitait sans les gens qui voulaient nous mettre à l’écart. C’est donc nous qui avons repris l’organisation du Summer Camp. On participe à plein d’actions, avec la Ligue, avec Solimut, mais aussi avec d’autres organismes.

    En quoi l’association vous permet de dépasser les barrières auxquelles vous étiez auparavant confrontées ?

    Sherazade Mlili : La Ligue est une grande association, qui opère dans toute la France. On n’était donc pas vraiment décideurs dans les actions qui étaient menées. Grâce à Jeunesse place, on est maintenant en contact direct avec les gens avec qui on travaille, ça nous permet de confronter directement les personnes. Disons qu’on porte notre propre voix, en montant nos propres projets.

    Au-delà de votre engagement dans l’association, avez-vous parlé autour de vous du dispositif Place engagée et, plus largement, de la mutuelle ?

    Sherazade Mlili : De mon côté, oui, surtout dans mon cercle familial. Quand je dis à ma sœur que je vais au Delta Festival, elle me demande tout de suite comment j’ai réussi à me payer une place. Donc, je lui explique que je peux y aller grâce à Solimut, parce que j’ai participé à une maraude ou autre chose. Donc, elle me demande si elle peut venir participer à la prochaine. Et c’est le même schéma avec mes amis. Ils demandent ce que j’ai fait pour aller à tel endroit. Je leur explique et ça les motive.

    Estelle Bodo : On a commencé, vous étiez cinq je crois, et sur le groupe WhatsApp, on est presque 40 maintenant.

  • Vincent Roberti, directeur général surprise des JO 2030

    Vincent Roberti, directeur général surprise des JO 2030

    Non, Jean-François Vilotte, directeur général de la Fédération Française de Football, ne participera pas à l’aventure Alpes Françaises 2030. À la surprise générale, le préfet du Tarn-et-Garonne Vincent Roberti s’apprête à être nommé directeur général (DG) du comité d’organisation des JO d’hiver. L’homme, âgé de 59 ans, devrait être intronisé ce lundi 11 mai, durant le bureau exécutif.

    Son nom n’avait alors jamais filtré, mais il figurait bien dans une liste élargie de 51 candidats. Jean-François Vilotte, pas officiellement candidat mais pressenti, a lui préféré se concentrer sur ses missions auprès de la « 3F », avec en ligne de mire la Coupe du monde de football dans à peine plus d’un mois (du 11 juin au 19 juillet).

    Ingénieur de formation, énarque, Vincent Roberti n’est pas non plus totalement étranger au monde de la montagne. Il connaît la région Auvergne-Rhône-Alpes (Aura) pour y avoir vécu. Il a également dirigé le conseil départemental de l’Isère durant quatre années. « C’est Roberti, très bien, bienvenue. Il faut que ça marche », glisse le président de la Région Sud Renaud Muselier au journal L’équipe.

    Le 11 février, suite à de nombreux désaccords, Cyril Linette avait dû quitter son poste de directeur général et laissait donc Edgar Grospiron, président du Cojop, seul aux manettes. Aussi annoncé sur la sellette, le champion olympique 1992 de ski de bosses a redressé la barre et continue de mener le comité d’organisation. Un intérim avait été réalisé par Michel Cadot, ex-délégué interministériel aux JO 2024.

    Déjà des missions

    sur la table

    Le successeur de Cyril Linette a donc bien le profil d’un dirigeant et affiche une certaine complémentarité avec le patron du Cojop 2030, Edgar Grospiron. Fabrice Pannekoucke, président de la Région Aura, disait lui que Vincent Roberti lui « a fait très bonne impression. C’est un grand serviteur de l’État et il a toutes les qualités qu’il faut ». L’heure est maintenant au travail pour celui qui devrait donc être nommé dès lundi. Plusieurs missions s’offrent directement à lui. Comme évoqué lors de la conférence de presse de la Solideo, la semaine dernière, Alpes Françaises 2030 a jusqu’à début juin pour dévoiler la ville hôte du hockey sur glace. Outre Nice, Lyon et Paris sont désormais candidates et le CIO n’accordera pas davantage de délais pour étudier les différentes options.

    L’anneau de patinage de vitesse doit également se trouver un lieu d’accueil. Nous savons déjà qu’il sera situé hors de France : les Pays-Bas et l’Italie sont les deux pistes envisagées. Autrement dit, la finalisation de la carte des sites constitue le chantier prioritaire. Dans la même dynamique, le Cojop va devoir désigner les sports additionnels que le Comité international olympique devra ensuite valider. Ce dernier a fermé la porte aux sports sans neige, c’est-à-dire le trail ou le gravel. Reste donc le ski et snowboard freeride, l’escalade sur glace, alors que le ski-alpinisme doit encore être confirmé.

    Les premiers mois de Vincent Roberti seront donc décisifs pour éviter que le Cojop n’entre dans une zone critique et pour maintenir le cap fixé.

  • Tensions avec le RN à l’interco : le préfet en appelle à la raison

    Tensions avec le RN à l’interco : le préfet en appelle à la raison

    C’est un psychodrame, pour l’heure en deux actes, qui est en train de se dérouler depuis plus d’un mois à la Communauté d’agglomération Ventoux-Comtat Venaissin (CoVe). Avec, à la baguette, l’extrême droite qui s’estime lésée. « Ils veulent nos sous, mais pas nos gueules », résume vulgairement le toujours député-maire de Carpentras, Hervé de Lépinau. Fin avril, avec sa collègue maire RN d’Aubignan, nouvellement élue également, Marie Thomas de Maleville, ils ont préféré boycotter la séance du conseil communautaire. Rappelons que le 31 mars, les 60 élus avaient choisi (37 voix sur 59 votants) Alain Constant, maire de Bédoin, comme président, face à Bertrand de la Chesnais (extrême droite). Dans la foulée, Hervé de Lépinau avait été battu comme 1er vice-président, quittant ensuite avec fracas la séance.

    Une politique de la chaise vide, ajoutée à la menace persistante de vouloir sortir de la CoVe pour rejoindre les Sorgues du Comtat, et ses cinq communes, présidée par Stéphane Garcia, adjoint à Sorgues qui, comme Olivier Galzi au Grand Avignon, a accordé des vice-présidences aux deux maires RN de l’interco, Patrice de Camaret (Monteux) et Guillaume Taddio (Bédarrides). « Il faut que tous ces gens qui se connaissent bien se parlent », réagit le préfet, questionné la semaine dernière sur le sujet. Thierry Suquet appelle donc à la raison sur ces « crispations à Carpentras » et assure ne pas avoir été saisi, à ce stade, d’une quelconque demande de sortie de l’intercommunalité. Une procédure très complexe qui doit recevoir l’assentiment d’au moins 2/3 des populations concernées, chaque commune des deux intercos devant également délibérer, soit 30 au total. « Comme dans un divorce, il faut se mettre d’accord à la fois sur les conditions de départ et d’accueil », prévient le préfet.

    « Un refus du compromis et de la concertation »

    Le RN continue de se poser en victime et de jouer les Cassandre. « On ne construit pas un territoire en excluant », se lamente Marie Thomas de Maleville. Beaucoup, à l’inverse, relèvent que l’extrême droite s’est mise toute seule dans une démarche d’auto-exclusion. Ainsi, quelques jours après le boycott du conseil communautaire, les 23 autres maires de la CoVe ont adressé une lettre ouverte aux habitants « face à l’attitude contestataire des maires de Carpentras et d’Aubignan ». La majorité de l’intercommunalité rappelle avoir « multiplié les propositions pour intégrer les élus de Carpentras et d’Aubignan dans le bureau exécutif, toutes nos propositions ont été rejetées ». Et de pointer du doigt la « posture » du RN : « Cette politique de la chaise vide ne peut que traduire un refus du compromis et de la concertation, pourtant indispensables au bon fonctionnement de notre collectivité territoriale. »

    Les 23 maires ne croient pas non plus au départ de la CoVe, « une pure illusion », laissant entendre que le préfet ne validera rien sans unanimité.

  • Une Quinzaine des Fiertés très engagée

    Une Quinzaine des Fiertés très engagée

    Si le Collectif Fiertés Toulon se dit « apartisan », ses « luttes restent politiques », martèle Elsa Nardini, sa porte-parole. Un constat particulièrement d’actualité au sortir d’élections municipales durant lesquelles il s’est ouvertement engagé et mobilisé. « On a eu peur pour l’avenir des marches. Mais on a encore beaucoup de droits à défendre », clame-t-elle.

    Car la montée en puissance de l’extrême droite, désormais à la tête de deux des cinq plus grandes villes varoises, et plus généralement des idées réactionnaires, est un état de fait. Ce qui fait craindre au Collectif un recul de ses libertés, comme en ont récemment témoigné l’annulation d’une exposition photo par la mairie de La Garde, ou encore les craintes de structures culturelles seynoises qui n’accueilleront pas certains événements par peur de se voir retirer leurs subventions. « On perd une visibilité importante », constate Elsa Nardini. Car si « la communauté est sous-représentée dans l’espace public, les jeunes LGBT viennent à manquer de modèles. »

    Un collectif de commerçants en soutien

    C’est pourquoi pour cette Quinzaine des Fiertés 2026, un mot d’ordre clair a été choisi : « Être soi-même est un droit, pas un privilège ». « Cette année, encore plus que les autres, nous voulons dire qu’on est là, pour que nos jeunes aient les possibilités culturelles de s’exprimer », appuie la porte-parole du collectif LGBT. Cette volonté de rappeler que « la marche des fiertés reste une révolte, une marche militante, même si on défile dans une ambiance festive » sera appuyée dès le 29 mai, pour le début de la quinzaine, par une exposition photo à l’Atelier l’Impression, retraçant les origines de la Pride. Ce même jour aura lieu la soirée d’ouverture, avec un grand concert place de l’Équerre. De nombreux événements rythmeront la quinzaine, entre soirées thématiques, drag shows, concerts, projections, spectacles, pièces de théâtre ou encore dépistages de MST gratuits.

    Cette année, pour la première fois, un collectif de 28 commerçants s’est formé pour soutenir l’événement. « Grâce à eux, on pouvait organiser la marche sans subvention, car on n’était pas sûr d’en avoir en début d’année selon les résultats des élections », salue Elsa Nardini. Ainsi, la librairie Charlemagne organisera, jusqu’au 11 juin, une vente de livres LGBT « que les gens pourront acheter et laisser en dons pour créer la bibliothèque du centre LGBT de Toulon », explique la militante.

    Enfin, le 13 juin marquera le point d’orgue de ces deux semaines, avec la traditionnelle Marche des Fiertés. Une quarantaine de partenaires, dont 22 stands associatifs, animeront le village des fiertés, installé place d’Armes. C’est d’ici que partira, à 17h, la marche, avec plus de 4 000 participants attendus. « C’est la plus grosse manifestation du département », se félicite Elsa Nardini. « Des personnes viennent de loin, dont des familles hétérosexuelles avec enfants. » Car, dans ce cortège, il est important « d’accueillir aussi nos alliés », souligne la porte-parole du collectif, qui espère que la maire Josée Massi sera présente pour répondre à l’engagement du collectif, en sa faveur, durant les élections.

    Programme : fiertés-toulon.fr

  • Gardanne : Concertation à venir pour le projet des salariés de la centrale thermique

    Gardanne : Concertation à venir pour le projet des salariés de la centrale thermique

    Top départ, ce lundi, pour la concertation préalable volontaire autour du projet Bio-Méthane Provence, à Gardanne.

    Ce dernier, porté par la Société de production d’énergie gardannaise (Speg), détenue par l’Association des travailleurs de la centrale de Gardanne (ATCG) et résultant d’une lutte sociale de plusieurs années, a pour but de produire du gaz renouvelable sur le site de la centrale thermique de la commune.

    « On a saisi volontairement la Commission nationale du débat public (CNDP), on a pris les devants pour une totale transparence dans l’élaboration du dossier d’un point de vue administratif », campe Jean-Michel Roccasalva, secrétaire général de la CGT du site, cheville ouvrière de l’ATCG. Ce dernier rappelle : « On n’est pas des porteurs de projet lambda, la genèse du projet BMP vient en réponse à l’arrêt du charbon sur le site, pour une transition avec le maintien d’emplois et des compétences… ». Les travailleurs espèrent produire du gaz dit « vert » via un procédé industriel de pointe pour transformer du bois de récupération en fin de vie en combinant pyrolyse et méthanation, mais sans incinération.

    « Informer les riverains »

    Concrètement, trois réunions publiques sont au programme : les 12 mai, 26 mai et 16 juin, à 18h, à la Maison du peuple à Gardanne. Un dossier de concertation est à disposition dans les mairies du périmètre large du projet : Gardanne, Meyreuil, Fuveau, Bouc-Bel-Air et Aix-en-Provence. De même qu’un site internet est dédié à la concertation. « On veut éteindre toute incertitude sur ce qu’est le projet BMP, ce qu’on va faire, ce qui va être exploité, quelle ressource… », résume Jean-Michel Roccasalva. Avant de développer : « On ne convaincra pas certaines associations qui sont opposées à tout projet qui peut émerger dans le bassin. On s’en accommode, mais on souhaite surtout informer les riverains, directement concernés ou pas, le plus précisément possible. »

    D’où un déroulement précis des réunions : « On prévoit une réunion de deux heures, les garants de la CNDP présenteront la concertation. Il y aura un premier volet sur l’élaboration et le pourquoi de l’émergence du projet, puis un échange avec le public et un volet technique : comment on fabrique, quels enjeux, quels risques, quel niveau d’étude… ».