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  • Une étude pour comprendre l’érosion de la Gracieuse à Fos-sur-Mer

    Une étude pour comprendre l’érosion de la Gracieuse à Fos-sur-Mer

    La flèche de la Gracieuse porte son surnom « la dune vivante » à merveille. Les 6 km de cordon dunaire, liés à l’embouchure du Rhône, sont en mouvement permanent, des transformations visibles à l’échelle des décennies. Depuis son existence, cette bande sableuse est confrontée à trois problématiques majeures : une forte érosion, la formation de brèches et une accumulation de sédiments à sa pointe, à l’entrée du golfe. Des phénomènes susceptibles de déstabiliser le littoral. « Le risque est que la flèche se scinde en deux et qu’elle perde toutes ses fonctionnalités de protection et ses fonctions écologiques », alerte la cheffe de projet, Audrey Grech.

    Immiscée entre la houle méditerranéenne et les eaux plus calmes du golfe de Fos, cette barrière naturelle « protège les activités portuaires et celles du territoire », décrit Anastasia Touati, directrice de la valorisation du patrimoine et de l’innovation au port de Marseille-Fos.

    Préservation de la flèche

    Gestionnaire des espaces naturels depuis 20 ans, le Port est en charge de « la préservation de ses espaces naturels, qui sont au croisement de plein d’écosystèmes différents », précise-t-elle. Ces espaces naturels couvrent 4 400 hectares du bassin ouest du Port de Marseille. La flèche de la Gracieuse en fait partie. « C’est un lieu qui présente une forte richesse écologique : au niveau végétal avec les herbiers de zostères et les prairies sous-marines, et au niveau de la faune, particulièrement de l’avifaune. C’est un lieu de repos et de nidification pour les différentes espèces d’oiseaux », résume Audrey Grech.

    « Ces dernières années, on a continué à la maintenir grâce à des opérations de rechargement. Mais évidemment, ce n’est pas durable sur le long terme », reconnaît la directrice. En 2012, des « travaux pansements » avaient été engagés : des apports de sable pour remettre à niveau la dune et lui redonner ses quatre mètres de hauteur. Mais l’ensemble a été emporté par les tempêtes de 2017-2018. « à cause du changement climatique, les tempêtes sont soit plus fortes, soit plus rapprochées. Mais ça, on ne le sait pas encore, on va l’étudier », interroge Audrey Grech. Elle ajoute : « Quelles solutions de travaux mettre en place pour que la flèche se dégrade moins ? » L’étude scientifique menée par le Port Marseille-Fos et ses partenaires techniques -Cerege, Cerema et Suez Consulting- vise justement à répondre à cette question. L’enveloppe de 535 000 euros délivrée par l’état, la Région Sud, l’Agence de l’eau de la Région et le Port de Marseille-Fos offre trois ans de recherches aux équipes de scientifiques.

    Pour anticiper une potentielle division du bras de sable, la Gracieuse fait l’objet d’analyses approfondies afin de comprendre ses mouvements, son érosion et les mesures à envisager pour la préserver. Depuis 2025, les chercheurs mesurent l’ensemble des phénomènes à l’œuvre sur ce site : « Les courants, la topographie de la flèche, la bathymétrie dans l’eau ou du sol, l’épaisseur des sédiments… », énumère la doctorante en science. « Le but étant d’avoir un état zéro de la flèche à l’instant T », autrement dit un état témoin qui servira de comparatif à toute autre mesure.

    Les partenaires analysent aussi l’évolution du site depuis les années 1700 jusqu’à aujourd’hui. Ces travaux permettront de retracer l’histoire de la flèche et de mieux comprendre ses mécanismes, de façon à « comprendre le passé pour pouvoir au mieux prévoir le futur. Il y a deux sortes de modélisations prévues : une à grande échelle et une à haute résolution. » Elles offriront plusieurs scénarios d’évolution pour identifier le plus adapté.

    Parallèlement, une expérimentation scientifique est en cours pour concevoir le modèle optimal de dune pour la flèche de la Gracieuse. Les chercheurs cherchent à déterminer l’ensemble des paramètres nécessaires pour stabiliser durablement la flèche et réduire son érosion sur le long terme.

  • Camions bennes et peintres à l’assaut des points de deal

    Camions bennes et peintres à l’assaut des points de deal

    « Voilà un exemple concret de ce qui pourrit la vie des habitants. » Céline Lefléfian, directrice de la police municipale, pointe du doigt les meubles, portes et autres morceaux de tôles qui obligent les voitures à faire du gymkhana pour entrer ou sortir de la cité de la Bricarde (15e). Avec une vingtaine d’agents pour encadrer des peintres, des camions de chantier et la fourrière, elle a organisé une nouvelle opération « grappin ».

    L’idée : améliorer le cadre de vie, apaiser l’espace public là où les réseaux ont installé leurs points de deal tout en jouant un rôle de police de proximité, en complément du volet judiciaire assuré par la police nationale. Un travail de fond entamé en octobre dernier qui s’est accéléré depuis fin 2025, avec des interventions devenues hebdomadaires.

    Un peu plus tôt, à la brigade Nord de la police municipale, instructions ont été données de se positionner sur les trois points de deal recensés. Tandis que les agents à moto tournent pour assurer la sécurisation des lieux, les checks points artisanaux sont démantelés à la main ou avec le fameux « grappin ». Armés de leurs rouleaux, les agents de la Ville et les prestataires fournis par le bailleur, Erilia, enlèvent et repeignent à toute vitesse les tarifs et autres flèches qui emmènent les clients jusqu’à leurs doses. Côté choufs, on ne cache pas son agacement, refusant de répondre à nos questions. Empêchés de poursuivre leur business, les ados, bravaches mais à bonne distance, dégainent les portables et filment.

    Près de 10 tonnes d’encombrants ramassés

    Parpaings, chariots de supermarché, barils, barrières, canapés ou encore frigos : près de 10 tonnes d’encombrants ont été retirées depuis le début de ces opérations et près d’un kilo de produits stupéfiants retrouvés, précise Céline Lefléfian. Et si la fourrière se charge des « véhicules ventouses », c’est aussi parce qu’ils peuvent constituer des caches. « Certains, volés, ont aussi servi à des braquages, mais surtout, ils gênent les gens qui rentrent chez eux », ajoute-t-elle.

    Comme cette habitante, qui vit là depuis 25 ans et a vu la situation se dégrader. « Avant ici, il y avait un champ de lavande, des arbres, des oiseaux, des aires de jeux pour les enfants », se souvient-elle. Et puis il y a eu « plusieurs agressions », et si la police « est souvent là, il faut le reconnaître, ce ne sera jamais assez », estime-t-elle. « On paie notre loyer, mais pour rentrer chez soi, il faut faire des zigzags » et « le soir ici, c’est barbecue, tout brûle », décrit-elle. Désabusée, elle prévient : « Dès que la police sera partie, ils vont revenir. » Un peu plus loin, tout en réparant leur voiture, deux mécanos amateurs commentent l’action de la municipale. « C’est bien, mais ici depuis le biberon, ils crient araaaaah, et après à 14 ans, ils quittent l’école, que voulez-vous, quand vous n’avez connu que ça… », déplore l’un d’entre eux, à la retraite, qui a habité à la Bricarde durant 45 ans.

    Ce jour-là, 350 m2 de tags ont été effacés, 3,5 tonnes d’encombrants retirées, trois voitures mises en fourrière, dont une épave brûlée. Des quantités qui s’amenuisent d’intervention en intervention, assure Céline Lefléfian, signe pour elle que le travail porte ses fruits. « On reviendra autant de fois qu’il le faudra. C’est une guerre psychologique », promet-elle, nullement découragée.

  • Narcotrafic : Erilia veut expulser « pour l’exemple » à Marseille

    Narcotrafic : Erilia veut expulser « pour l’exemple » à Marseille

    Sur injonction du préfet, le bailleur social Erilia a plaidé, vendredi, devant le tribunal de proximité de Marseille, pour la résiliation du bail de deux familles de la cité de la Castellane (16e) en invoquant la condamnation d’un des enfants pour trafic de stupéfiants. Erilia est le premier bailleur social, à Marseille, à activer ce nouveau modèle d’expulsion, instauré par la loi contre le narcotrafic du 13 juin 2025 et laissé à la discrétion des préfets.

    Plusieurs conditions doivent être réunies : des « agissements » en lien avec le trafic de stupéfiants qui troublent l’ordre public de « manière grave ou répétée » et perturbent la jouissance paisible « aux abords du logement ou dans le même ensemble immobilier », ou des « comportements » qui portent « atteinte aux équipements collectifs utilisés par les résidents, à la sécurité des personnes ou à leur liberté d’aller et venir ».

    Partenaires d’expulsions en « circuit court »

    En dialogue avec la préfète de police déléguée, le tribunal judiciaire de Marseille a instauré un « circuit court » pour prioriser et accélérer ces expulsions déjà dérogatoires au droit commun. Erilia demande ainsi l’expulsion d’une mère et de ses enfants de 17 ans, 23 ans et 25 ans pour les agissements de Chamsedine, 21 ans. Le bailleur invoque une décision qu’il ne produit pas, selon laquelle il a été condamné, il y a six mois, à 18 mois de prison dont 9 avec sursis pour trafic de stupéfiants.

    Présent à l’audience, le bailleur social est au garde-à-vous. « Erilia a répondu positivement au préfet car elle est soucieuse de participer activement à la politique publique de la lutte contre les trafics. Cette loi a un côté moralisateur, c’est vrai, mais le législateur l’a voulu ainsi », plaide son avocat, Me Janis Leclanche. Elle rappelle « la violence extrême du narcotrafic avec 85 morts en 2023 dont 49 à Marseille », « le climat insoutenable qu’il fait peser sur les habitants ». Erilia affirme sur la foi d’un compte rendu d’enquête que le jeune a été arrêté avec deux individus déjà condamnés dans un véhicule quittant la cité avec 1,2 kg de résine de cannabis et 630 gr de cocaïne à bord. Que Chamsedine s’était proposé d’aller « travailler en bas » comme « ravitailleur » du réseau pour « rembourser une dette ». Pour Erilia, « le titulaire du bail est responsable des troubles des occupants habituels de son logement ». « Peut-être est-ce sévère, mais il faut des exemples. Peut-être s’agit-il d’une petite main, mais s’il n’y avait pas de petites mains, il n’y aurait plus de trafic. »

    « Vous, magistrats, gardez votre pouvoir d’appréciation ! » insiste Me Marilou Poisot pour la famille menacée qui n’a tiré aucun profit du trafic. Leur logement n’est pas en cause. Ce n’est pas un appartement nourrice. Le fils majeur vit désormais chez un oncle. Il serait disproportionné d’expulser une mère et ses trois enfants scolarisés, dont une mineure, et qui a toujours payé ses loyers. « Cette loi a un caractère moralisateur qui revient à dire qu’elle a mal éduqué son enfant. Cela heurte les principes du droit au logement, du droit au respect de la vie privée, de l’intérêt supérieur des enfants. C’est la porte ouverte à l’expulsion de familles entières. » Assise dans la salle, la maman pleure. Sa santé s’est dégradée. Toute la famille vit dans le stress de se retrouver sans toit.

    Le second dossier, toujours de la cité de la Castellane, vise un couple avec quatre enfants, dont deux mineurs. Erilia invoque, sans en rapporter la preuve, l’existence de trois
    condamnations en 2025 pour trafic de stupéfiants de Mouhamadi, le fils de 22 ans, à une peine de travail d’intérêt général, et pour sa dernière en septembre à deux ans de prison, dont un avec sursis et à l’interdiction de paraître à la Castellane. « Il y a de grandes chances qu’il récidive s’il reste chez ses parents et il semble bien être un acteur à part entière de ce trafic », suppute le bailleur.

    « Erilia est sous la coupe d’un préfet sous pression, dénonce Me Sofien Dridi. Leur fils ne vit plus chez eux depuis octobre 2024 et on vous demande avec une célérité exceptionnelle l’expulsion de gens qui n’ont rien commis, aucun trouble de voisinage, qui ont toujours payé leur loyer. C’est mettre à la rue une famille qui ne vit qu’avec les 1 600 euros du travail du père. » Dénonçant une procédure abusive, il réclame d’Erilia 1 000 euros pour chacun des membres de la famille et autant en préjudice moral.

    Délibéré le 19 mai.

  • Aloïs Eymard, figure montante de la gauche à Embrun

    Aloïs Eymard, figure montante de la gauche à Embrun

    Agé de 32 ans, Aloïs Eymard est secrétaire de la section embrunaise du Parti communiste français et travailleur saisonnier « dans la restauration principalement ». Ce trentenaire occupe la deuxième place sur la Liste d’union de la gauche « Uni.e.s pour demain », menée par Martina Sandri à Embrun.

    Une position qui reflète autant son engagement politique que la confiance que lui accordent les composantes de cette liste rassemblant communistes, écologistes, socialistes et un collectif citoyen. « On a décidé, par un vote démocratique, que Martine porterait notre rassemblement. Ensuite, les places dans la liste se sont faites naturellement, au vu de l’implication de chacun. Je suis très honoré d’être deuxième. »

    Même s’il n’a pas encore occupé de mandat, Aloïs Eymard se dit conscient de l’importance de ce scrutin : « En 2020, il n’y avait pas de liste unie à gauche. Ces derniers mois, de nombreux habitants nous interpellaient pour demander une liste de gauche. Les politiques nationales restent hors du débat local. Nous proposons une alternative à la majorité de droite en place depuis 25 ans. »

    Né à Embrun, Aloïs Eymard est revenu s’installer dans cette commune d’environ 6 500 habitants. Son parcours a forgé son engagement : « Les conditions de travail, en tant que saisonnier, sont difficiles. Se loger est une horreur en station. Le droit des travailleurs n’est pas bien respecté. Je me suis intéressé à la politique lors de mes études à Aix, pour un Diplôme d’accès aux études universitaires, où j’ai rencontré les JC [Jeunes communistes]. »

    Pour cette campagne municipale à Embrun, Aloïs Eymard, met en avant « la démocratie participative, l’accès au logement, notamment social, et la mobilité ».

  • Naziha Boulassel, la voix des quartiers populaires à Toulon

    Naziha Boulassel, la voix des quartiers populaires à Toulon

    C’est au départ comme cofondatrice du collectif Beaucaire, du nom de ce quartier populaire de l’ouest de Toulon, que nous l’avions rencontrée. La profondeur et la structuration de son discours de classe laissaient déjà entrevoir un engagement plus affirmé.

    La jeune femme, mère de trois enfants, vit depuis quinze ans dans ces tours HLM où les assignations à résidence rendent difficile l’accès à l’ascenseur social, de toute façon bien souvent en panne par ici.

    Naziha Boulassel est très vite convaincue de la nécessité de faire valoir ses droits et ceux de toutes les personnes partageant son quotidien. Elle s’oriente donc vers des études de juriste et, après avoir obtenu un master 1 en droit privé, s’engage dans le monde associatif. Puis, face à la difficulté de trouver un emploi pérenne, elle passe un CAP Petite Enfance. « C’est un corps de métier passionnant, puisqu’on participe à l’évolution des enfants, ce qui n’est quand même pas rien », confie-t-elle.

    Ce qui ne l’empêche pas d’exercer sa « vocation première » au sein du collectif pour faire prévaloir les droits des locataires et se battre, avec eux, pour une vie digne. « C’est ce qui m’anime réellement », insiste Naziha Boulassel. Une prise de conscience qui va lui faire franchir le pas pour prendre part à cette campagne des municipales. Elle précise : « Plus jeune, j’avais l’impression que tout ça me dépassait un peu, mais à travers le collectif, j’ai pris conscience qu’on était tous politisés d’une certaine façon, sans le savoir. De manière active, puisqu’on avait décidé de mener des actions et d’arrêter de laisser les autres parler et décider à notre place. »

    C’est pourquoi elle s’efforce aujourd’hui de faire comprendre aux habitants qu’ils sont mieux placés que quiconque pour porter leurs propres combats. Elle détaille : « Parce que même avec la meilleure des volontés, lorsqu’elle existe, les politiques ne peuvent pas comprendre notre quotidien. Ils ne savent pas ce que nous subissons. »

    Elle rappelle les multiples impacts du mal-logement, aussi bien sur la scolarité que sur la santé ou l’accès à l’emploi. Naziha Boulassel explique subir elle-même une triple discrimination : comme femme, comme personne d’origine maghrébine et comme habitante d’un quartier populaire. Des freins qui, selon elle, contribuent à ce que « les habitants des quartiers populaires perdent totalement confiance en la politique ». Et de poursuivre : « On espère que cela va changer et c’est ce dont nous sommes porteurss, avec Toulon en commun, mais c’est un travail qui va devoir être mené sur le très long terme. »

    La priorité, insiste-t-elle, « c’est de tout faire pour que les jeunes comprennent qu’ils sont des citoyens à part entière, qu’ils sont l’avenir du pays, et pas seulement des “jeunes des quartiers”. Pour cela, on doit commencer par leur donner la parole ». Elle insiste : « Il faut leur faire comprendre qu’ils ont la possibilité de pouvoir aspirer à autre chose que seulement le trafic, le rap ou le foot. »

    Naziha Boulassel évoque aussi le scepticisme de ses enfants face à son engagement militant. Il l’interroge : « Maman, tu t’intéresses à la politique, mais est-ce que ça va vraiment servir à quelque chose ? » Patiemment, elle essaie donc de leur inculquer que c’est effectivement en se levant de plus en plus nombreux qu’on peut faire advenir le changement. Pas question, en tout cas, pour elle, d’accepter son sort sans se battre.

    Optimiste, Naziha est convaincue que la prise de conscience est à portée de main. Et de conclure : « Je suis consciente que ce changement ne se fera pas d’un claquement de doigts, mais par petits pas. Et si tout le monde s’y met, on peut au final faire de grandes choses avec de petits pas. »

  • [Entretien] Jean-Philippe Musso : « Je ne veux pas être un maire planqué dans son bureau »

    [Entretien] Jean-Philippe Musso : « Je ne veux pas être un maire planqué dans son bureau »

    La Marseillaise : Comment envisagez-vous cette dernière semaine de campagne, à l’aube du premier tour ?

    J.-P.M. : Pour nous, la dynamique est toujours la même. Il n’y a pas plus d’enjeu que d’habitude parce qu’on y est allé de manière crescendo. On a travaillé 18 thématiques sur huit réunions publiques, ce qui a abouti à notre programme. Il est sorti en deux temps, d’abord avec un flyer, pour rester synthétique. Puis, sous sa forme complète d’une vingtaine de pages que l’on distribuera lors de notre meeting du 9 mars. Certains colistiers vont intervenir pour ce dernier meeting et je conclurai avec mon discours. À titre personnel, je me suis engagé à ne pas attaquer directement mes opposants. Je vois que certains le font sur les réseaux sociaux, ces dernières semaines. Nous, on ne veut pas attaquer les personnes, mais confronter les programmes.

    Comment avez-vous mené votre campagne et quel bilan en tirez-vous ?

    J.-P.M. : On voulait expliquer à la population notre démarche et pourquoi on s’était détachés de la majorité. Parce qu’on a des points de divergence de fond avec la majorité représentée par Grégory Bouchet (DVC), aussi bien sur la méthode que sur les propositions. De septembre à décembre 2025, l’objectif a été de retrouver la proximité avec la population et proposer quelque chose de réaliste, faisable et finançable. C’est important pour moi. Quand on propose un programme sur six ans, c’est comme si on leur proposait un contrat, et la signature, c’est le bulletin de vote. Il est impératif de faire ce qu’on a dit. Dans le programme sur lequel on avait été élus, en 2020, apparaissaient la création de la crèche à la Gavotte ou la réhabilitation du théâtre Henri-Martinet, mais ça n’a pas été réalisé. On va le faire. On va finir le programme sur lequel on a été élus. Je ne veux pas être un maire qui reste planqué dans son bureau. C’est sur le terrain qu’on se rend compte de ce qui va et ne va pas.

    Ressentez-vous une menace face aux deux candidats d’extrême droite ?

    J.-P.M. : Lors des législatives, le RN a fait un score de 68% dans notre commune. Monsieur Aubrespy (RN) sent une opportunité, mais je pense qu’il ne faut pas confondre une élection nationale et une élection locale. Pour les municipales, on est sur un enjeu local : on vote avant tout pour des personnes et pas pour des partis. Monsieur Aubrespy n’a pas sorti la moindre ligne de programme et Monsieur Fusone (RN) se limite à deux pages ! Ce qui nous différencie, c’est de porter les éléments dont la population a besoin, même si ce n’est pas de la compétence du maire. Parce qu’aujourd’hui, le maire perd un certain nombre de compétences, notamment sur l’urbanisation en matière de plan local d’urbanisme (PLU), qui est devenu intercommunal avec le PLUi.

    Quelle est votre vision de la fonction de maire ?

    J.-P.M. : On n’a pas la main sur la mobilité, ni sur la plupart de la voirie, mais ce n’est pas pour ça qu’on ne doit pas travailler sur ces sujets, car ce sont les premiers besoins de la population. Donc, nous, dans notre programme, on porte les attentes de la population sur des sujets sur lesquels on n’a pas directement la main. Notamment de créer un lycée sur notre territoire et un commissariat de plein exercice pour la zone de Plan de Campagne. Cette zone, c’est 50 millions de visiteurs par an. C’est à l’État d’assurer la sécurité de ses citoyens. Notre police municipale doit assurer la sécurité sur le reste du territoire. On va se battre, avec les communes de Cabriès et Septèmes, pour ce commissariat, pareil pour le lycée.

  • [Entretien] Karim Bouzana : « La charge des postiers est de plus en plus lourde »

    [Entretien] Karim Bouzana : « La charge des postiers est de plus en plus lourde »

    Les 15 et 22 mars, les habitants éliront leur futur maire en se rendant aux urnes avec les documents électoraux reçus à domicile. Karim Bouzana, secrétaire départemental CGT Fapt-Poste 13, détaille un dispositif d’acheminement lourd : un travail intense, sur des délais serrés, « sans compensation » pour les travailleurs.

    La Marseillaise : À quelle charge de travail les postiers vont-ils faire face pendant cette période électorale ?

    Karim Bouzana : Dans le contexte des municipales, il y a la distribution des plis électoraux. On doit les mettre dans toutes les boîtes aux lettres de l’ensemble des habitants du département. Par exemple, vous avez 40 000 boîtes aux lettres dans le 15e arrondissement de Marseille et, dans chacune, vous avez potentiellement deux, voire trois, électeurs. Donc, on risque d’avoir 80 000 ou 90 000 plis à distribuer rien que sur le 15e. Avec le changement de scrutin, cette année, ça double la charge à Marseille. Et il faut prendre en compte le poids de cette charge. Toujours dans le 15e, il y a 26 facteurs titulaires. Donc imaginez ce que ça représente en termes de charge pour 26 personnes. Même s’il va y avoir des renforts, ça va être peu : quatre personnes. Ce sont des estimations, mais ça donne une idée. C’est un casse-tête parce qu’on va faire trois tâches au lieu de deux. Pour résumer, on se retrouve avec une trentaine de personnes pour des dizaines de milliers de plis, avec très peu de temps.

    Justement, quels sont les délais ?

    K.B. : C’est ça le souci. Pour le premier tour, on pourra plus ou moins gérer, il y a plus de souplesse. Mais le second, ça va être compliqué. On va récupérer les plis le jeudi soir, donc on aura que deux jours pour les distribuer avant la date limite. Les agents vont être amenés à venir pendant leurs jours de repos. Les samedis, on aura des journées très longues. S’il y a des maires qui sont élus au premier tour, tant mieux, ça va faire des contents au niveau des facteurs. Mais il y a la probabilité qu’on ait des triangulaires ou quadrangulaires, et ça va compliquer la tâche.

    Que demandez-vous à la direction ?

    K.B. : Cette tâche n’est pas dans les missions qu’on a d’habitude, on porte une charge largement supplémentaire. Donc on demande une compensation, juste pour récompenser l’effort. La Poste répond clairement non. On a fait différentes demandes : la mise en place d’une prime exceptionnelle couvrant les deux jours, ou un panier-repas par jour de distribution. La Poste refuse. Un dépôt de préavis de grève a été déposé, de ce mardi jusqu’au samedi, 24 heures reconductibles. La semaine d’après, pour le second tour, il va être posé du mercredi au samedi. La Poste doit réfléchir à comment partager.

    Quelles sont les réactions des travailleurs ?

    K.B. : Le mécontentement grandit dans les services et il y a des craintes. La charge des postiers est globalement de plus en plus lourde et, en plus de ça, on a la distribution des plis électoraux. Il y a une lassitude, une fatigue. Ce n’est pas une résignation, mais c’est du dégoût d’être traité de cette manière-là. Les charges de travail s’accumulent, on diversifie les fonctions, mais il n’y a pas la reconnaissance du métier. Ils ne sont pas valorisés à la hauteur des tâches qu’ils accomplissent. Donc, ils attendent une prise en charge et une reconnaissance, au moins pour la période électorale.

  • Jean-Luc Mélenchon exhorte Marseille à résister face au RN

    Jean-Luc Mélenchon exhorte Marseille à résister face au RN

    C’est un Jean-Luc Mélenchon comme à la maison qui a investi, ce samedi, la scène de la Cartonnerie, à la Friche Belle de Mai (3e) pour le meeting de Sébastien Delogu, candidat insoumis à la Ville de Marseille. Un soutien de poids pour un « enfant du peuple de Marseille » qui a su rassembler, sur une liste, « des insoumis et des écolos », insiste le leader de LFI.

    « Benoît Payan, inventeur de la pochette-surprise »

    Fort des « immenses meetings de 2012 et 2017 » sur les plages du Prado et au Vieux-Port, de la présence de 2 500 personnes ce samedi, selon les organisateurs, Jean-Luc Mélenchon est venu « participer à la démonstration de force » face à la menace de l’extrême droite. « Marseille ne sera pas emportée par la vague brune », assène-t-il, et « cela sera empêché par et grâce à nous ». Il revient sur la place de la ville dans son parcours politique et celui des insoumis : « Marseille qui m’élit, fait de moi le premier président de la gauche radicale depuis des décennies, Marseille qui a élu au premier tour Manuel Bompard et Sébastien Delogu ! »

    Et de s’en prendre au maire sortant, Benoît Payan (DVG), candidat à sa succession, qui selon lui fait partie de ces « personnages dérisoires, comparables d’une ville à l’autre », sans « un projet sans une idée, armés de mépris ». « Quand je viens ici pour préparer mon discours, je demande “qu’est-ce qu’il a fait ?” On me répond “rien” », ironise Jean-Luc Mélenchon. Il en remet une louche « sur les milliards du Grand Marseille qui devait se déverser ici », puis fait dans la blague : « Cet homme est l’inventeur de la pochette municipale surprise. Vous prenez la pochette, y a marqué dessus pochette Rubirola, vous ouvrez, coucou Payan ! »

    Après une longue digression sur la géopolitique internationale, il revient sur la menace d’une extrême droite violente face à la « division de la gauche, (….) un désastre », s’indigne-t-il, fustigeant le PS qui « met tout le monde en grand danger », en ostracisant les insoumis. Pour barrer la route au RN, il ne faut pas se désister, estime-t-il, rappelant la promesse de Benoît Payan de le faire si Sébastien Delogu arrive en tête. Il prône « un accord de fusion technique » comme un « front anti-fasciste ». Et si LFI venait à arriver derrière le Printemps marseillais ? C’est ce qui est demandé plus tard au député Manuel Bompard, Sébastien Delogu le laissant répondre aux questions de la presse. « Nous ferons la même chose, nous l’avons toujours dit », affirme-t-il.

  • Des nuances politiques parfois trompeuses

    Des nuances politiques parfois trompeuses

    Au moment de sortir de la préfecture, ce jeudi 26 février après-midi, l’adjointe en dissidence Christine Juste soupirait face au temps nécessaire pour déposer sa liste. « On m’a reposé des questions sur chacun de mes colistiers », expliquait-elle à la presse.

    à cette occasion, les services de la préfecture doivent en effet attribuer une nuance politique à chaque candidat pour les communes de plus de 3 500 habitants. « Le nuançage permet une présentation intelligible des résultats électoraux », nous explique le ministère de l’Intérieur.

    De quoi prendre à rebrousse-poil le discours de nombreux candidats. Dans ce scrutin de proximité par excellence où compte souvent davantage l’ancrage local, la tentation est forte d’effacer son appartenance politique et de nombreux candidats insistent pour se présenter « sans étiquette ».

    Le sujet avait même fait l’objet d’un bras de fer à Mimet, le maire sortant Georges Cristiani insistant pour que sa concurrente Sabrina Bourgeois soit présentée comme candidate de LFI après avoir été déléguée par le parti pour le dépouillement des européennes. « Si j’étais membre de LFI ou d’un autre parti, je vous l’aurais déjà indiqué sans équivoque », répondait-elle. La préfecture l’a classée divers gauche, et le maire sortant, divers centre.

    « Faisceau d’indices »

    « L’attribution des nuances politiques est effectuée à partir d’un faisceau d’indices objectifs tels que l’investiture ou le soutien apporté au candidat ou à la liste de candidats par une formation politique disposant d’une nuance propre, la trajectoire politique du candidat ou des membres de la liste, les prises de position publiques, le programme de campagne, ou encore les étiquettes politiques déclarées, l’appartenance à un parti, les manifestations publiques et les idées affichées », énumère le ministère de l’Intérieur. Et de préciser que ce nuançage « s’adapte à l’évolution et à recomposition permanente de l’offre politique ».

    Mais, alors que l’extrême droite s’échine à poursuivre sa normalisation, certaines décisions ne manquent pas d’interpeller. à Fos-sur-Mer, le candidat Philippe Maurizot avait signé pour le label du RN portant sur des éléments programmatiques et reçu le soutien de son délégué départemental, Franck Allisio. Il a été classé divers droite. à Marignane, le maire sortant éric Le Dissès était, lui, suppléant du député RN de la circonscription auquel il s’est allié en recréant un « RPR ». Le nom de sa liste « Marignane aux Marignanais » reprend le slogan nationaliste « la France aux Français », ses positions politiques ont été largement documentées par la presse. La préfecture l’a classé divers droite. Au risque de brouiller les repères républicains.

  • Benoît Payan face aux lecteurs à Marseille

    Benoît Payan face aux lecteurs à Marseille

    Solidarité

    Mireille Faure : Dans votre programme, la solidarité est traitée de façon transversale dans ses aspects généraux. Que pensez-vous des Maisons de la solidarité qui, là où elles sont créées, permettent d’épauler les associations ?

    Benoît Payan : Vous l’avez noté, la solidarité n’est pas qu’un point du programme. C’est l’ADN du Printemps marseillais. En 2020, on récupère une ville qui ne comprend pas ce qu’est une politique sociale et solidaire. Nous, nous pensons que toutes nos politiques publiques doivent être vues sous l’angle de la solidarité. Ce n’est pas notre compétence, mais dans un territoire frappé par d’aussi fortes inégalités, peut-on se contenter de laisser faire ? Il a même fallu que l’État déroge à sa règle pour signer avec la Ville un pacte local des solidarités parce que l’interlocuteur naturel, le Département, est défaillant. Regardez le CCAS : on y faisait des lotos. C’est bien, mais ça ne sert pas qu’à ça. On peut aussi parler du non-recours aux droits. Il faut être proactif, aller vers les Marseillaises et les Marseillais. C’est ce qu’on propose avec l’assurance et la mutuelle municipale. On sait ce que coûte une mutuelle pour une famille avec deux enfants et aussi combien refusent de se soigner. Là, plus on sera nombreux, moins ça coûtera. Donc les Maisons de la solidarité sont essentielles, mais la solidarité c’est toutes les politiques… Les écoles que l’on construit sont des équipements ouverts sur le quartier, pour les habitants, les associations, les clubs, avec des lieux dédiés hors temps scolaire, et ça, ça multiplie les actes de solidarité.

    Education et écoles

    Séverine Vernet : Mes collèguesdu 1er et du 2nd degrés et les parents d’élèves se demandent si vous irez au bout du Plan écoles sur un 2e mandat ?

    Benoît Payan : Il faut toujours regarder d’où on part. Ça n’exonère de rien, mais quand on entre dans une ruine, on n’en sort pas à Versailles, six ans après. On a trouvé une ville où la capacité de penser les services était en déshérence. à l’éducation, en arrivant, on trouve 3 200 agents pour deux cadres A et le service RH n’est pas informatisé : on gère avec un tableau et des fiches T ! Les agents sont laissés à l’abandon et les écoles ne sont plus entretenues. L’idée, avec Marseille en grand, était de créer une société de droit privé pour aller plus vite. Ma seule condition était qu’elle soit 100% publique, avec des normes environnementales et sociales. On a fait 27 écoles. Et en deux ans et demi, en réalité parce que le plan est annoncé en 2021 et la Spem est créée en août 2022. Aujourd’hui, ça continue, il en sort à peu près 15 par an, et oui, on aura fini les 188 écoles en 2036.Après, il y a les autres qui sont aussi en demande très forte de rénovation. Sur l’entretien courant, on a multiplié par 280% l’investissement. On est passé de 15 à 40 millions par an. Il faut encore monter en puissance mais tout sera traité.

    Séverine Vernet : Il y a le sujet des ambiances thermiques…

    Benoît Payan : Toutes les écoles neuves sont autosuffisantes. Elles sont pensées pour les 70 ans qui viennent, bien orientées, auto-ventilées, fabriquées avec des matériaux de la région, réfléchies pour les changements climatiques majeurs. Et quand je dis autosuffisantes, c’est pour qu’il ne fasse pas 12° en hiver s’il y a une panne et 40° en été. C’est dans le cahier des charges des architectes. Et c’est fait en concertation avec les élèves, les parents, les enseignants, le personnel.

    Séverine Vernet : Vous vous êtes engagé à mettre un personnel Atsem par classe. Où en est-on concrètement ?

    Benoît Payan : On part de très loin. Les « tatas », c’était le bas de l’échelle, des gens qu’on embauchait essentiellement sur la base d’un système clientélaire. C’est à peu près tout ce qui comptait. Aujourd’hui, France Travail recrute. Le cousin de la cousine qui veut rentrer… ça ne marche plus. On a embauché 1 150 personnes en plus des départs en retraite et on va continuer. Mais je mentirais si je disais que je vais embaucher 3 000 agents demain. On veut que ceux qui travaillent avec des enfants soient diplômés, s’ils ne le sont pas, on leur fait passer des concours. Il faut les considérer, mieux les payer et elles ont le droit de sortir de leur condition d’Atsem.

    Séverine Vernet : Le savoir nager est une compétence obligatoireet nos collègues d’EPS sont en difficulté pour faire ces séances. Un plan piscines serait-il nécessaire ?

    Benoît Payan : On nous expliquait, avant qu’on arrive, qu’on n’avait pas besoin de piscines parce qu’on a la mer… Vous avez tous entendu ça. On a un vrai sujet et pour le coup, c’est pour moi un irritant du mandat. J’aurais aimé aller plus vite, mais on n’a pas vu à quel point ils ont laissé le parc se dégrader. Car la réalité est peut-être encore pire que celle des écoles. Il faut tout revoir. On a lancé deux grands chantiers pour Luminy et Nord. Elles vont sortir. Après, êtes-vous déjà allés à la piscine de Venelles ? Non ? C’est Versailles. Ailleurs, les piscines, les stades, les gymnases sont payés par la Métropole. Ici, rien, on est seul. Mais on va vivre une révolution. Si on gagne, avec la réforme PLM, la gouvernance actuelle sera finie. Et le but n’est pas de faire les poches des autres communes, c’est de ramener de l’équité.

    Port de Marseille

    Hugo Honde : Comment considérez-vous l’activité portuaire, tant en termes d’emplois directs et indirects que de retombées économiques ?

    Benoît Payan : La révolution industrielle a amené à cette ville le visage qui est le sien aujourd’hui et la construction de ce port autonome a permis une création de richesses et d’emplois comme jamais auparavant. C’est un outil essentiel qui est dans l’identité de la ville et sa question est centrale. Une ville de mer, son passé, son présent et son futur, se fait par la mer, donc son port et ses travailleurs. Il y a eu des incompréhensions avec la direction du port parce que je pense que la santé des gens ne se monnaie pas. Et il y a eu d’ailleurs des avancées phénoménales. Mais notre activité portuaire doit perdurer, on ne peut pas la remplacer par du tertiaire. Le port ne devra jamais devenir une marina…

    Hugo Honde : Ou une plage…

    Benoît Payan : On peut s’accrocher au port pour faire des choses, notamment la digue qui, historiquement, a toujours été ouverte aux Marseillaises et aux Marseillais. Mais une plage à la place du port, ça ne veut rien dire. Considérer que le port est un endroit qui appartient à ses travailleurs et ses entreprises, à partir duquel on réconcilie la ville et les gens, c’est autre chose. Le développement économique du Port est une nécessité, c’est créateur d’emplois directs et indirects, et ça touche des milliers de personnes. Aujourd’hui, ce qui me gêne le plus dans le port autonome, c’est le « autonome ». Il ne s’agit pas que le maire de Marseille dirige le Port, mais que l’État comprenne que le Port n’est pas qu’une machine à faire de la valorisation financière. Il a une histoire avec des travailleurs qui ont un savoir-faire, sur laquelle on a besoin de réfléchir. Il ne faut pas rêver d’un port qui ne soit qu’un port de tourisme. Évidemment, quand je vois un parking de 5 000 voitures, ça m’énerve. Il faut qu’on pousse sur le fer, les camions qui entrent dans la ville pour venir chercher les boîtes, ça n’existe plus. Et puis pourquoi vos métiers sont si peu valorisés ?

    Hugo Honde : Sur la digue du large, quel est le projet ? Une partie est quand même exploitée…

    Annick Karsenty : On pourra revenir s’y promener ?

    Benoît Payan : Le port est un outil de travail, il ne peut pas être une entité de Disneyland. Il se trouve qu’il a été fermé pour des questions de sécurité. Ce qui m’intéresse, c’est que les gens puissent aller pêcher de l’autre côté de la digue, qu’on puisse mettre des barges avec de l’ensablage. Il ne faut pas la détruire, au contraire, il faut lui donner une symbolique forte. Dans ce qu’on a prévu, rien ne gêne et ne doit gêner les activités portuaires. Le vrai sujet, c’est concilier une activité portuaire et d’autres usages. Les Marseillais ne vont pas se promener au milieu des boîtes, ils ne vont pas toucher les grues, ils iront de l’autre côté de la digue pour se baigner, avec la barge qui bouge. Ça existe dans d’autres ports.

    Economie sociale et solidaire

    Nicolas Guglielmacci : Qu’est-ce que la mairie pourrait apporter aux entreprises de l’économie socialeet solidaire ?

    Benoît Payan : Sur la métropole, l’économie sociale et solidaire (ESS), c’est un emploi sur sept. En France, c’est un sur cinq. La marge de progression est de quasiment 45%, en particulier à Marseille. On sait que ces modèles économiques tiennent parce qu’ils sont basés sur des choses qui existent et que ESS France sait les faire fonctionner. Des modèles économiques classiques ne fonctionnent pas sur certains secteurs ou ne fonctionnent plus pour des questions de rentabilité capitalistique. Mais quand ils sont remplacés par des modèles d’ESS où le but n’est pas que de faire du dividende, ça fonctionne et ça permet même de créer plus d’emplois. Tout n’est pas adaptable, mais le patronat devrait comprendre que c’est son intérêt de considérer que l’existence d’une ESS forte à ses côtés est bénéfique à tout le monde. Marseille investit à peu près 290 millions d’euros par an dans l’économie. On met de plus en plus de clauses sociales et on est en capacité de rajouter, aujourd’hui, des clauses spécifiques pour que ceux qui répondent à des appels d’offres incluent avec eux, pour que l’offre soit valable, une entreprise de l’ESS. Ça permet à des entreprises qui existent de se consolider. On a commencé à le faire, mais il faut encore pousser. Aujourd’hui, on est la seule collectivité qui le fait. Demain, à la Métropole, ça va changer.

    Droits des femmes

    Annick Karsenty : Sur les violences faites aux femmes, vous envisageriez une cité des femmes, un lieu d’information, où on pourrait contacter des avocats ? Comment faire pour que les femmes se réapproprient l’espace public, réduire les inégalités, déconstruire les stéréotypes ?

    Benoît Payan : Même si on a avancé sur beaucoup de sujets, y compris en interne, j’aurai aimé qu’on aille plus loin. Après, je peux raconter tout ce que je veux, dire que je suis féministe, je ne serai jamais à la place d’une femme, ni ne comprendrai ce que peut comprendre une femme. Donc ce que doivent faire, à mon sens, celles et ceux qui font de la politique, notamment les hommes, c’est écouter les femmes et se mettre au service de ces causes, sans vouloir les diriger. On a travaillé sur plein de sujets, sur les plages, avec des dispositifs spécifiques, on le fait dans les écoles… Mais cette affaire prendra évidemment beaucoup de temps, non pas parce que la société marseillaise est patriarcale, mais parce que c’est un stéréotype construit, répété, sur des milliers d’années et ancré très fortement, même si, ces dernières années, on connaît l’accélération d’une forme de prise de conscience. D’ailleurs, tout de suite, les mouvements masculinistes sont nés. Évidemment, pour nous, c’est une question de budget et de volonté politique. ça passe par l’éducation dès le plus jeune âge, l’école et les programmes scolaires. C’est aussi la pédagogie des associations, ce que vous faites, les conférences… C’est un combat qui ne doit jamais s’arrêter.

    Narcotrafic

    Annick Karsenty : J’ai signé l’Appel de Marseille contre la spirale de violence liéeau narcotrafic. Drogue et prostitution sont liées et ça touche beaucoup de femmes, des filles de 12 ans parfois… Comment leur montrer qu’il y a autre chose ?

    Benoît Payan : Les filles de 12 ans ne se prostituent pas par choix. Ce sont des petites filles, censées être à l’aide sociale à l’enfance, donc sous la protection du conseil départemental, qui sont seules dans des hôtels et sont prostituées par des réseaux mafieux. Après, j’entends dans le débat municipal, des candidats oser dire qu’ils vont lutter avec la police municipale. Mais j’ai un peu honte pour eux, les Marseillais sont des gens intelligents. Ils comprennent bien que pour des narcotrafiquants qui sont dans un pays où les extraditions sont compliquées, où la collaboration avec Interpol n’est pas faite, ça n’est pas la solution. Il nous faut de la police scientifique, judiciaire, financière, de la police aux frontières, des spécialistes et des moyens d’investigation et de justice énormes pour couper la tête de la pieuvre et pas seulement les tentacules.

    Jeunesse

    Moussa Camara : Avant tout, je veux vous remercier pour ce que vous faites, parce que je suis un rescapé de SOS Méditerranée… Des jeunes du monde entier viennent à Marseille, pour vous, c’est une chance ou un problème ? La municipalité doit-elle agir pour l’accueil des jeunes ?

    Benoît Payan : D’abord, on est la ville qui aide le plus SOS Méditerranée parce que c’est notre devoir. Je suis évidemment fier que son siège soit à Marseille et on continuera à les aider. On est des gens de mer et en mer, les marins s’entraident. Après, dans ma ville, des gens de SOS Méditerranée ont été stigmatisés par la droite et l’extrême droite… Mais en réalité, je n’ai eu qu’une opposition d’extrême droite puisque la droite a repris toutes les lubies et les phobies de l’extrême droite, croyant, en faisant cela, qu’elle gagnerait des suffrages. Elle n’a pas compris qu’elle leur déroule le tapis rouge. Quand la droite, que je combats mais qui a des valeurs républicaines, est la droite républicaine, elle ne perd pas son âme. Quand elle court derrière un parti créé par les héritiers de Pétain, ça donne ça. Ils sont allés jusqu’à dire pour faire peur que nous avions dit que nous voulions être le premier port de migrants de France. Non. On affirme qu’on veut être le premier port solidaire de France. Ces mots péjoratifs utilisés pour faire peur sont une folie. Sur l’accueil, que soit les MNA (mineurs non accompagnés), les réfugiés politiques ou dans conditions plus spécifiques des sans-papiers, je considère qu’il faut un accueil inconditionnel pour les jeunes. Si après il devient un criminel, la question pour moi ne se pose plus. Mais si c’est quelqu’un qui veut juste vivre et s’en sortir, comme nos grands-parents arrivés à Marseille parce qu’ils crevaient de faim ou ne pouvaient plus rester chez eux, eh bien c’est comme ça. Cette ville s’est créée comme ça, c’est notre histoire. La jeunesse ne peut jamais être un problème, elle est toujours une solution, mais il faut lui donner les conditions de sa réussite. On ne peut pas se substituer à l’État, aux règles de l’Union européenne et de droit, par contre, il faut accueillir dignement ceux qui sont là. C’est ce qu’on fait quand on peut et de la meilleure manière possible. Je reste persuadé que la jeunesse est une chance.

    Transports

    Jacques Takeylian : Les transports, ce n’est pas la mairie, mais c’est important quand on voit le déséquilibre. Il va falloir y penser pour demain, relier tous les quartiers, aller d’est en ouest…

    Benoît Payan : En matière de transports, la ville, qui a une géographie et une topographie assez unique, a été pensée après la fin de la Seconde Guerre mondiale pour ce qui représentait au début du XXe siècle une des plus grandes révolutions : la voiture. Puis à la fin des années 1960, on construit un métro et on inaugure deux lignes en 1977. Mais depuis cinquante ans, dans la deuxième ville de la sixième puissance mondiale, on n’a plus rien fait. Le transport public est un impensé total et des dirigeants politiques considèrent encore que le schéma absolu est celui du déplacement individuel. Il y a eu les navettes maritimes, les navettes « Pellicani », mais c’est à peu près tout. Entre-temps, on a supprimé le réseau de tram et de trolley, puis, comble de la folie, dans les années 2000, on refait un tramway qui suit le tracé du métro… C’est une gabegie. Alors on va s’attaquer à quelque chose d’extrêmement complexe. La première chose sera de revoir la carte des bus, c’est le plus simple, mais ça ne se fera pas en six mois. Il faut associer les usagers, les ingénieurs, les professionnels, imaginer où on va implanter des équipements publics, penser à l’urbanisme. La refonte du réseau est impérative. Après, le président de la République a dit à Mme Vassal, en 2021, qu’il donnerait de l’argent pour les transports, à condition de désenclaver les quartiers Nord et de faire en sorte que les gens qui sont « assignés à résidence », ne le soient plus…

    Jacques Takeylian : … Et on parle d’un tram sur la Corniche alors que le métro jusqu’à l’hôpital Nord est une urgence et qu’il existe des études.

    Benoît Payan : Je l’ai découvert dans le journal, je croyais que c’était un 1er avril. Un maire ne peut pas apprendre dans La Provence que la Métropole a travaillé un projet de tram sur la Corniche. Surtout que personne ne veut du tram des Catalans. On a besoin de pousser le tramway vers la Belle de Mai, tirer à Burel et monter à Château-Gombert. Le métro, à la Rose, on plonge, et à Dromel, on poursuit… c’est beaucoup d’argent, mais on n’est pas la deuxième ville de France ? Quand on réfléchit, on se dit où est passé l’argent ? Je ne suis pas complotiste, alors je lis le compte administratif et je vois qu’il est parti dans des ronds-points, des gymnases et des piscines à gogo… Marseille a juste été laissée-pour-compte.

    Culture

    Farid Tabet : Comment penser l’offre culturelle pour que les populations qui n’en ont pas l’habitude, et qui en sont éloignées, aillent dans les musées ?

    Benoît Payan : C’est une affaire compliquée parce que le capital culturel, c’est quelque chose que l’on a ou que l’on construit. Quand tu n’as pas cette chance, les pouvoirs publics doivent te permettre de le construire. Aujourd’hui, la plupart des grands musées sont au centre et au sud. Je serais favorable à réfléchir à faire avec l’état un musée type Mucem au nord de la ville. Un pays qui continue d’investir sur sa culture est un pays qui n’a pas lâché la rampe de ce à quoi il croit. La culture est le principal vecteur d’émancipation. Il faut avoir la possibilité de créer un objet totem reconnaissable qui valorise ces quartiers, rend ces habitants fiers et qui soit aussi un moyen que des gens d’ailleurs y viennent. Après, la culture, ce n’est pas que les musées. Les pouvoirs publics ont mis énormément d’argent sur les questions de diffusion et de distribution, et très peu sur la création. Or, c’est la genèse de la culture, un acte par essence émancipateur. Les pouvoirs publics ne savent pas, à mon sens, valoriser la création. On met de l’argent pour un spectacle, je le fais, c’est très bien et je suis fier des concerts, des spectacles, des musées gratuits, mais je le suis encore plus de faire des résidences d’artistes. En ce moment, on a des jeunes de la Méditerranée, Palestine, Liban, Sicile, Espagne, Algérie, qui rencontrent des Finlandais et des Suédois. On s’est battu pour la Villa Valmer, vous vous rappelez. Dans l’hôtel, il va y avoir des résidences et des expos de jeunes artistes. Il faut aider la création, or, on perd les financements État, Région, Département, Métropole, parce que la culture est vue comme de l’accessoire.

    Stade Vélodrome

    Nicolas Guglielmacci : Le stade Vélodrome, propriété de la ville, va-t-il être vendu ?

    Benoît Payan : On aurait pu imaginer que le stade devienne un équipement métropolitain, mais au regard de ce qui s’est passé avec la Métropole, j’ai préféré qu’on en reste, nous, Marseillais, propriétaires. Je ne vendrai pas le stade. Et si un jour je le vends, ce ne serait qu’à son club dans la mesure où il sera en capacité de le racheter. Personne ne viendra faire une affaire financière avec. Il ne peut avoir que deux propriétaires : l’OM ou la Ville.

    Nicolas Guglielmacci : Mais il n’y a pas que l’OM qui l’utilise. Il y a d’autres événements sportifs, des concerts…

    Benoît Payan : Celui qui est propriétaire du stade ne le fermera pas. Et l’OM continuerait à faire la même chose.

    Nos lecteurs à Marseille

    Hugo Honde, électricien sur le Grand port maritime de Marseille

    Jacques Takeylian, retraité, vice-président de CIQ, habitant du 13e arrondissement

    Farid Tabet, habitant du 5e arrondissement, ouvrier du bâtiment en reconversion professionnelle

    Mireille Faure, bénévole du Secours populaire, habitante du 4e arrondissement

    Moussa Camara, président fondateur de l’association Guinée à Marseille

    Séverine Vernet, professeure de collège dans le 13e arrondissement

    Annick Karsenty, responsable d’une association féministe

    Nicolas Guglielmacci, responsable transport à la Coopérative de presse et de messagerie méditerranéenne