Author: tecnavia

  • Lecornu consulte, la riposte se prépare

    Lecornu consulte, la riposte se prépare

    Le Premier ministre fraîchement nommé, Sébastien Lecornu, poursuit son opération séduction aux allures de mission impossible. Après la CFDT et le Medef vendredi dernier, le macroniste de la première heure poursuit sa série de rencontres avec les différents syndicats et organisations patronales du pays, ce lundi. Des réunions sur les charbons ardents, qui débutent avec la réception de la CGT et de sa secrétaire générale, Sophie Binet.

    Et autant dire que la rencontre n’a pas été de nature à changer les plans de la confédération, dont les militants se mobilisent ce jeudi avec une journée d’actions et de grève, à l’appel d’une large intersyndicale. « On n’a pas besoin d’un Premier ministre pour prendre des notes », tempête Sophie Binet, à la sortie de la réunion. Avant de dérouler : « On a besoin d’un Premier ministre pour apporter des réponses aux besoins et aux exigences des travailleurs et des travailleuses. On est au pied du mur. » De quoi donner le ton des échanges à Matignon. D’autant que dans la matinée, la syndicaliste avait annoncé la couleur, au micro de la matinale de TF1 : « Je vais lui dire que s’il ne veut pas rejoindre le cimetière des Premiers ministres qui est déjà bien rempli, il faut qu’il pose des actes de ruptures immédiats, et ça commence par l’abrogation de la réforme des retraites. » Un point sur lequel Sébastien Lecornu est visiblement resté intransigeant puisque Sophie Binet explique avoir « senti que le Premier ministre n’était absolument pas déterminé à agir [sur le sujet] ». Et pour cause, l’ancien ministre des Armées avait affirmé, sur la potentialité de l’abrogation de la réforme, « qu’il n’en a jamais été question », ce week-end dans les colonnes de plusieurs titres de presse quotidienne régionale. « S’il n’y a pas d’abrogation de cette réforme, son gouvernement comme les précédents, tombera », répond Sophie Binet, toujours à la sortie de la réunion. Outre ce dossier épineux, Sébastien Lecornu n’a visiblement pas envoyé de signaux positifs sur le reste de sa politique économique et sociale à venir. « À part les deux jours fériés, il n’a renoncé à rien dans le musée des horreurs qu’Emmanuel Macron avait prévu dans son projet de budget », critique la secrétaire générale. Arrêt des licenciements dans l’industrie, hausse des salaires et pensions, moyens des services publics… « Il n’a absolument pas répondu à nos demandes, il ne s’est engagé à rien du tout. »

    En clair, la « rupture » évoquée par Sébastien Lecornu reste au stade de la déclaration d’intention. « Le Premier ministre, à ce stade, parle de rupture dans ses discours mais ne pose aucun acte de rupture vis-à-vis de l’Élysée », tacle-t-elle. Pire, elle affirme même « qu’il n’a donné aucune garantie qu’il n’y ait pas de nouvelle réforme de l’assurance chômage ».

    Rendez-vous pris avec le PCF, le PS et EELV

    Résultat des courses : la syndicaliste ressort de la rencontre encore plus remontée qu’à son entrée. « Ce rendez-vous confirme plus que jamais la nécessité de se mobiliser le 18 […] C’est la seule chose qui permettra de gagner des avancées, de faire en sorte que les exigences sociales soient entendues », tonne Sophie Binet. Elle retient tout de même « un point positif » de la rencontre avec le Premier ministre : « Il est conscient de sa fragilité, cela confirme à quel point les travailleurs sont en position de force. » Sébastien Lecornu a ensuite reçu la CFTC et la CFE-CGC, deux organisations parties prenantes de l’appel intersyndical à la grève pour le 18 septembre. Mais aussi l’organisation patronale, la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME). Le tout, alors qu’il a reçu un coup de pression du patron des patrons, Patrick Martin, président du Medef, menaçant d’une « grande mobilisation » en cas de hausse d’impôts sur les entreprises.

    De quoi planter le décor avant la réception des représentants de plusieurs partis dans les jours à venir. Après la consultation des formations du camp présidentiel, le groupe centriste Liot est reçu mardi et les partis de gauche (EELV, PS et PCF) ont rendez-vous mercredi à Matignon. Sébastien Lecornu consultera également le parti d’extrême droite, le Rassemblement national, le même jour. « Le seul message que nous avons à faire passer : faire appel à l’intervention des salariés et de la jeunesse pour être très très nombreux le jeudi 18 septembre », répondait le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, à la fête de l’Humanité.

    « Le Premier ministre
    est conscient de sa fragilité, […]
    les travailleurs sont en position de force »

  • À Brignoles, à l’épreuve de la difficile mobilisation des salariés du privé

    À Brignoles, à l’épreuve de la difficile mobilisation des salariés du privé

    Jeudi, après les manifestations de Saint-Raphaël et Draguignan (10h), puis celle de Toulon (14h), c’est celle de Brignoles qui fermera la marche, à partir de 15h, au départ des berges du Caramy. L’intersyndicale CGT et Unsa espère y voir 700 personnes, tenant à conserver une dimension locale, notamment en raison de la présence de la Confédération paysanne, qui s’est jointe au mouvement. « Un mouvement social s’ancre localement. On a l’ambition, par la grève, de le construire par le haut. Mais on veut surtout le construire par le bas, que les salariés se réunissent en assemblée générale, discutent », détaille Quentin Dauphiné, délégué FSU et enseignant au lycée Janetti de Saint-Maximin.

    D’autant plus que le territoire brignolais, et les 102 000 habitants de la communauté de communes de la Provence verte, n’échappent pas à la paupérisation latente : « 40% des familles du territoire ne partent pas en vacances, 59% de la population de l’arrondissement se posent des questions sur les frais de soin et de loisir. Et on a 12% de chômeurs. Le revenu médian est de 1 634 euros », alerte Michel Debruyne, retraité de la Poste et militant CGT.

    « Un rapport de personne à personne »

    Mais mobiliser n’est pas chose aisée. Les autres forces syndicales (CFDT, FO, Solidaires…), pour certaines peu ou pas présentes sur le territoire, n’ont pas donné de réponse. Néanmoins, le problème réside surtout dans la dépossession des salariés de leur pouvoir de décision, du fait, notamment, de la pression supplémentaire exercée sur eux avec la réforme de l’assurance chômage, et la crainte de perte d’emploi. « Il y a une pression permanente sur les conditions de travail des salariés. Elle ne redescend pas quand ils sont demandeurs d’emploi, avec toutes les épées de Damoclès comme celle de la rupture conventionnelle pour laquelle le Medef veut supprimer l’assurance chômage. C’était ce qui permettait de se réorienter avec un revenu garanti. Mais depuis 2017, le salarié ne cotise plus à l’assurance chômage, seul le patronat le fait. Le rapport de force est biaisé », fustige Céline Germain, déléguée CGT France Travail Paca. « Si on prend l’exemple de la Poste, elle discute avec l’État et l’Association des maires de France. Les organisations syndicales ne sont pas invitées, bien que porteuses de propositions », déplore Michel Debruyne.

    Si certaines cellules syndicales, comme celle de Primark à Avenue 83, se mobilisent, ce n’est pas le cas partout. « On manque de syndicats organisés », regrette Corinne Perrier, déléguée CGT éduc’action et enseignante au collège d’Arbaud de Barjols. Ce qui mène à des situations critiques, comme à Nicopolis : « On a des échos de salariés qui parlent de dictature. Un jour, l’un d’eux est venu nous voir avec un coquard. On est confronté à un salariat éclaté dans des petites et moyennes entreprises. La mobilisation collective a perdu ses repères, la solidarité s’est étiolée et les gens sont confrontés à un rapport de personne à personne, ce qui fait que c’est compliqué pour les salariés de venir à la grève. Il faut voir comment créer une organisation syndicale dans ces entreprises en partant des besoins des salariés », milite Michel Debruyne.

  • Projection-débat sur le piquet de l’Énergie

    Projection-débat sur le piquet de l’Énergie

    « Pourquoi ta facture d’électricité et de gaz a explosé ? Ton salaire ne suffit plus à payer ? » interrogent les grévistes de la CGT du secteur de l’énergie Marseille. Une invitation à un ciné-débat sur leur piquet de grève, au 6 boulevard Gueidon dans le 13e arrondissement, mercredi 17 septembre, à partir de 19h pour le débat sur l’évolution de la production et de la diffusion de l’électricité et du gaz, et à 21h pour la projection du film documentaire du réalisateur Gilles Balbastre Main basse sur l’énergie.

    En lutte depuis le 2 septembre, les gaziers et électriciens de la CGT Énergie de Marseille tiennent un piquet non-stop sur le site qui réunit les directions de GRDF et Enedis. Ils revendiquent une revalorisation salariale et refusent l’augmentation de la TVA sur les factures des usagers. Autant de bonnes raisons de les y retrouver, la veille du deuxième round d’une grande manifestation contre l’austérité.

    Un vrai service public

    Depuis le 2 septembre, la CGT appelle tous les agents à la grève reconductible, partout, dans tous les services, dans toutes les entreprises des IEG et à participer aux assemblées générales prévues tous les jours de la semaine à 9h30 sur le piquet du boulevard Gueidon.

    Hausse exponentielle des factures et accroissement de la précarité énergétique ne sont que la partie visible de l’iceberg. C’est le décryptage de la partie immergée que propose le documentaire. Depuis 2007, le secteur de l’énergie est entièrement ouvert à la concurrence. Mais il faut remonter encore dans le temps, à la fin des années 90, pour connaître une série de lois libérales qui va démembrer pierre après pierre le service public incarné par EDF et GDF. Faute d’information, le citoyen lambda mesure mal les conséquences de cette dérégulation. Le film revient sur le « vaste hold-up », qui se déroule sous nos yeux. Comment agir ? Les énergéticiens ont des propositions. Face aux risques de la marchandisation de l’énergie, ils luttent pour réaffirmer la nécessité de revenir à un vrai service public de l’énergie, qui œuvre à l’intérêt général. C’est ce que le débat permettra de mettre en perspective.

  • En Vaucluse, une intersyndicale pour la justice sociale

    En Vaucluse, une intersyndicale pour la justice sociale

    Ils étaient huit autour de la table de l’intersyndicale ce lundi 15 septembre, représentant la CGT, la CFDT, l’Unsa, la FSU et FO, pour évoquer l’appel national à la grève et la mobilisation de ce jeudi 18 septembre à Avignon. Ils appellent à la grève et à une manifestation qui se tiendra à 10h30 au départ de la cité administrative, avec un cortège jusqu’à la place du Palais des Papes où une prise de parole unitaire aura ensuite lieu.

    « Cette journée, qui est à l’appel de l’intersyndicale, est essentielle pour la mobilisation. D’autant plus que le gouvernement Bayrou a sauté et que Lecornu est aujourd’hui Premier ministre, et on sait bien que changer de visage ne change pas la politique économique et libérale de Macron, qui sera toujours au service des plus riches ainsi que du patronat », pose d’emblée Laurence de Villèle, secrétaire générale de l’UD CGT de Vaucluse, en amorce de la conférence. En insistant, pendant que les participants acquiescent, qu’il « faut mettre le gouvernement sous pression syndicale » afin de reprendre « l’agenda politique et social et imposer nos exigences sociales ».

    « Bien sûr, nous voulons des moyens budgétaires qui soient à la hauteur des missions de service public et des politiques publiques. Surtout des investissements pour une transition écologique juste avec, derrière, une réindustrialisation, car il y a des enjeux liés entre eux », enchaîne Frédéric Pelleing, secrétaire général de l’UD CFDT de Vaucluse. « Si on doit revenir sur les dernières déclarations du gouvernement, on leur répond que l’on n’est pas dupe. L’abandon de la suppression des deux jours fériés n’enlève en rien les offensives antisociales qui demeurent », confie de son côté Étienne Raoul, secrétaire départemental de Force ouvrière. Avant d’évoquer plusieurs chiffres pour illustrer son propos, comme l’augmentation de 6,5 milliards d’euros du budget des armées, le fait que les 500 plus grandes fortunes de France ont dépassé les 1 128 milliards d’euros cumulés, soit trois fois plus qu’il y a dix ans, ou les milliards d’euros reversés à leurs actionnaires par les entreprises du CAC40, tandis que « le gouvernement demande toujours aux plus précaires de faire des sacrifices », poursuit-il. « Le projet de budget n’a en rien disparu. On ne va pas se laisser aveugler par l’arbre qui cache la forêt », ajoute Nicolas Odinot, secrétaire départemental du SNUipp-FSU.

    Appel à se syndiquer

    Si c’est bien la première mobilisation intersyndicale, le mouvement fait suite à celui du 10 septembre, constitué en partie de personnes sans étiquette syndicale revendiquée. Mais pour continuer le combat, Laurence de Villèle appelle « tous les citoyens et les citoyennes qui partagent nos idées d’augmentation de salaire, d’abrogation de la réforme des retraites, de plus de justice fiscale, de plus de justice sociale, de lutte contre les licenciements, pour une transition écologique, à se syndiquer ». Et ce, car « le rapport de force, c’est au sein de l’entreprise qu’il doit se produire. Tant que l’on n’arrêtera pas la production, la vente ou les administrations, on n’y arrivera pas. C’est seulement dans ce cadre-là que l’on gagnera ».

    D’autant que les orientations du gouvernement de « remettre en cause les politiques d’élévation sociale, comme l’école ou l’hôpital, font le lit d’une certaine frange politique qui est l’extrême droite », dénonce de son côté Nicolas Odinot. « On le constate de plus en plus dans nos entreprises, la digue a cédé. Il ne faut pas se cacher de cette réalité », ajoute Frédéric Pelleing. Ils souhaitent ainsi faire de cette date du 18 septembre une occasion de « vraiment peser sur les orientations budgétaires afin qu’elles soient à la hauteur de l’attente des citoyens et d’une société civile en cohérence avec le monde actuel et non pas avec les espèces de maraudes de certains autoritaristes », conclut le secrétaire FSU.

    « Changer
    de visage ne change pas la politique de Macron »

  • « Cette politique de l’offre ne marche pas »

    « Cette politique de l’offre ne marche pas »

    La Marseillaise : Quel est votre regard sur la mobilisation « Bloquons tout » du 10 septembre de laquelle Force ouvrière s’est tenue à distance ?

    Frédéric Souillot : On n’oppose pas les mobilisations. « Bloquons tout » était une mobilisation citoyenne, j’y ai d’ailleurs vu peu de revendications syndicales mais nous avions décidé que notre mobilisation serait le 18, et j’y ai appelé, sans m’opposer à ceux qui souhaitaient manifester le 10. Ce serait schizophrène pour un responsable syndical.

    Le succès du 10 septembre donne une dynamique à l’intersyndicale dans le cadre de cet appel au 18 septembre ?

    F. S. : Oui mais des mobilisations, il y en a tous les jours. Je pourrais parler de celle des salariés de Biscuits International en grève le 11 et qui ont obtenu ce qu’ils revendiquaient. Ce mardi, il y a une marche en Loire-Atlantique, en direction des ARS contre les courriers d’économie sur l’hôpital public. FO a déposé un préavis de grève du 1er septembre au 30 novembre parce que les mobilisations construisent celles du 18 à laquelle ne manque aucune organisation.

    Cette intersyndicale vous rappelle celle de 2023 contre les retraites ? Vous sentez la même dynamique ?

    F. S. : Il est écrit sur la feuille de route que m’ont donnée les syndicats au congrès qui m’a mis en place en 2022 : l’unité la plus large possible. Et bien là, en termes d’organisation syndicale elle ne peut pas l’être plus. Et pour Force ouvrière, j’ai appelé à la grève reconductible à partir du 18. Donc il va y avoir des AG le soir, il y en a déjà qui se déroulent avant la mobilisation, pour savoir ce que l’on fait après.

    Vous appelez à la grève reconductible, qu’est-ce qui justifie une telle intensité dans la mobilisation ?

    F. S. : Pour éviter le concours Lépine des mauvaises idées, et qu’à chaque fois on présente juste la facture aux travailleurs. Que dit le communiqué intersyndical ? On veut plus de justice fiscale, plus de justice sociale et la fin des budgets d’austérité.

    Et ça nécessite quelque chose de fort ?

    F. S. : Oui, il faut montrer à ceux qui réfléchissent au budget qu’on n’est pas d’accord avec ces budgets d’austérité.

    Pourquoi n’avoir pas rencontré Sébastien Lecornu avant le 18 ?

    F. S. : Parce que je ne souhaitais pas que ça brouille les ondes vis-à-vis de ceux que nous appelons à se mobiliser, notamment par la grève et par la grève reconductible. Et puis on ne me demande pas mon avis, quand on choisit un Premier ministre. Je rencontrerai Sébastien Lecornu après, je vous l’annonce, ce sera le 22 septembre.

    Avec quelles revendications, sans déflorer ce que vous allez lui dire ?

    F. S. : Plus de justice fiscale, plus de justice sociale et l’abandon du projet de budget d’austérité de François Bayrou.

    La réforme des retraites et le retour aux 62 ans, est aussi une condition obligatoire pour discuter ?

    F. S. : La revendication de FO, reste l’abrogation de cette réforme, aujourd’hui encore plus qu’hier. Nous avions 49,7% de ceux qui liquidaient leurs retraites qui n’étaient plus en emploi, on est passé à 50,3%. Comme quoi, cette réforme ne répond à rien. Nous ne sommes pas assez nombreux à travailler : on a le plus bas taux d’emploi des 15-25 ans et des 55-64, selon la norme OCDE. Il faut trouver des solutions pour contribuer à la cohésion sociale de la République.

    Vous parlez d’un « budget de la violence sociale ». Qu’est-ce qui incarne cette brutalité ?

    F. S. : Elle vient du fait que la facture est juste présentée aux travailleurs. Les deux jours fériés n’étaient qu’un chiffon rouge, car dans le même temps sur l’assurance chômage, on nous demande de réduire encore les droits des demandeurs d’emploi, de responsabiliser les travailleurs en affection longue durée, de multiplier par deux les jours de carence… ça s’appelle de la violence sociale. Les aides publiques aux entreprises, on n’est pas contre mais on veut juste que la première condition ce soit l’emploi. Quand le patron de Total dit « j’ai touché par an 4 milliards de CICE, je n’en avais pas besoin, je peux les rendre », allons-y. Quand on verse des dividendes aux actionnaires, je ne parle pas de bénéfices, on n’a pas besoin d’aides publiques. L’allègement général de cotisation jusqu’à 1,6 Smic va continuer de paupériser les salariés. Cette violence sociale est toujours là.

    Sur les salaires et le pouvoir d’achat, quelles mesures vous défendriez ?

    F. S. : La consommation des ménages, c’est 56% de notre produit intérieur brut et quand ils ont de l’argent, ils consomment. Donc augmenter les salaires avec le dégel du point d’indice pour les fonctionnaires qui représentent 20% de l’effectif salarié en France, et un coup de pouce au Smic.

    Réduire les avantages des Premiers ministres, ce n’est pas un peu une mesure cosmétique ?

    F. S. : Économiquement, c’est cosmétique. Mais c’est juste montrer l’exemple par le haut. C’est la même chose sur la justice fiscale et la remise en place de l’impôt progressif pour que les plus grosses fortunes et patrimoines soient amenés à contribuer. C’est 1 800 familles en France et tous les ans, on atteint un nouveau plafond record. C’est la multiplication des dividendes aux actionnaires… La politique de l’offre ne marche pas.

    Vous êtes en meeting à Marseille, ce 16 septembre pour leur dire quoi ?

    F. S. : Depuis 2022, je fais ma rentrée dans la plus grande Union départementale de Force ouvrière. Je vais dire tout cela, appeler à la mobilisation, expliquer les choses, rappeler qu’en 2017 notre Sécurité sociale était à l’équilibre et que c’est cette politique de l’offre qui a démonté nos systèmes de protection sociale collective.

    Un mot sur le contexte marseillais avec cette scission chez les territoriaux de FO. Quelle est votre position ?

    F. S. : Certains pensent représenter le syndicat mais le culte de la personnalité n’a jamais rien apporté à personne et surtout pas aux travailleurs qu’il représente.

  • « Il va falloir continuer à se battre »

    « Il va falloir continuer à se battre »

    La Marseillaise : Un collège porte désormais votre nom. Qu’est-ce que ça vous fait ?

    Ariane Ascaride : C’est la fin, ma pauvre, c’est la fin ! Je plaisante. C’est impossible, je n’arrive pas à vous dire ce que ça représente, parce que c’était tellement improbable, impressionnant, émouvant, bouleversant et finalement, au bout du compte, réconfortant par rapport à tout ce que je peux toujours dire. J’ai l’impression que je dis toujours la même chose et que je peux apparaître répétitive, et qu’en plus, en tant que femme, je peux me prendre assez souvent dans la tête que je suis une grande gueule, parce que je l’ouvre, vous voyez, tout le temps. Je dirai donc que c’est réconfortant, voilà.

    Que pensez-vous de la féminisation des noms des établissements ?

    A.A. : C’est un fondamental. Je pense que de toute façon, c’est la féminisation de tout qu’il faut. Il faut que les femmes prennent la place qui est la leur. Mais ce n’est pas encore complètement ça. Il va falloir continuer à se battre, il va falloir continuer à parler. J’ai un petit-fils et quand je lui demande comment ça se passe dans la cour de l’école, de son école maternelle, il me raconte que les garçons jouent ensemble, et que les filles, elles, sont collées contre le mur. Voilà, c’est l’image que j’ai toujours envie de donner : il faut vraiment que les filles se décollent du mur, et que les garçons leur laissent le centre de la cour.

    Que pensez-vous des mouvements sociaux en cours, celui du 10 septembre et celui attendu le 18 ?

    A.A. : Écoutez, j’espère que les mobilisations sociales vont être immenses, juste immenses. Je pense que beaucoup de gens sont fatigués. Le danger c’est qu’il y a beaucoup de gens qui vous disent : « Je ne regarde plus les infos parce que c’est ça me file le bourdon, je ne veux plus savoir. » Il est là le danger. Je pense que tous les politiques devraient se reposer cette question-là.

  • Le collège Fraissinet rebaptisé Ariane-Ascaride

    Le collège Fraissinet rebaptisé Ariane-Ascaride

    Ariane Ascaride, comédienne militante marseillaise, passe une nouvelle étape dans sa carrière inspirante : l’ancien collège Fraissinet (5e) porte, depuis lundi, son nom et son prénom. Détentrice du César de la meilleure actrice grâce à son rôle dans Marius et Jeannette réalisé par Robert Guédiguian, Ariane Ascaride est la troisième femme à donner son nom à un établissement des Bouches-du-Rhône depuis le conseil départemental de juin, où avait été votée la nouvelle dénomination de huit établissements du territoire. « Soyez assurés de mon émotion et surtout de mon incrédulité à l’idée de penser que certains vont pouvoir dire : je m’en vais au collège Ascaride. C’est un immense honneur que l’on me fait. Donner à ce collège mon nom, d’une fille quasi du quartier, quelle incroyable coïncidence », s’est ému l’actrice lundi, devant la présidente du Département, le principal de l’établissement et quelques parents d’élèves. Et d’ajouter un mot pour les collégiens : « Apprendre c’est la possibilité d’obtenir un savoir qui vous permet d’être libres. Si vous voulez passer votre temps à ne rien faire, vous saurez l’expliciter. »

    Féminisation des noms de collèges

    « En tant première femme élue au Département des Bouches-du-Rhône, j’ai souhaité que [les nouveaux établissements portent] des noms de femmes », a lancé la présidente. Sur les huit établissements dont le changement de dénomination a été acté en juin, sept porteront le nom d’une femme. « Lorsque nous avons soumis la liste des noms possibles au conseil d’administration du collège, Ariane Ascaride est ressortie presque unanimement, s’enthousiasme Thierry Le Cavorzin, principal du collège. Nous sommes heureux que l’établissement puisse porter son nom, pour ce qu’elle est, mais aussi pour les valeurs qu’elle porte. » Du côté des élèves, qui ne sont pas beaucoup à connaître la comédienne, l’enthousiasme de recevoir une star compense les lacunes cinématographiques. « On peut avoir un autographe ? », « quel film vous a rendu célèbre ? », « quel est le film que vous avez préféré jouer ? », s’enquièrent, çà et là, les jeunes, curieux de découvrir celle qui donne son nom à leur établissement. « C’est là aussi l’intérêt de cette nouvelle dénomination, faire découvrir aux élèves son œuvre », note le principal. Pour l’heure, seuls 14% des établissements du département portent le nom d’une femme. Il y a encore de la marge.

  • Mobilisation pour défendre le service de famille d’accueil en psychiatrie

    Mobilisation pour défendre le service de famille d’accueil en psychiatrie

    « Le service d’accueil familial thérapeutique ce n’est pas du luxe, il limite l’hospitalisation. » Pour Djemilla Tizi, représentante syndicale de FO à l’hôpital psychiatrique Édouard-Toulouse, fermer ce service serait une catastrophe. Face à une direction qui compte arrêter le financement de l’accueil familial thérapeutique (AFT), les syndicats FO et CGT appellent à la mobilisation, ce mardi à 13h30, juste avant le comité social et économique (CSE).

    Créé dans les années 90, ce dispositif emploie huit personnes agréées en CDI, qui accueillent chez elles un à deux patients atteints de troubles psychiatriques stables, mais qui ne peuvent pas vivre seuls. Ils sont 15 actuellement à bénéficier de ce type d’accompagnement. Certains vivent dans ces familles depuis de nombreuses années. Ce mode d’accompagnement permet une alternative à l’hospitalisation et un semblant de vie autonome pour les patients. C’est ce dont témoigne José Tréol, qui s’occupe d’Assia et Corinne depuis un an : « Les filles vont souvent chercher le pain seules ou prendre un café. Et puis elles participent à la vie de famille. »

    Fin du financement

    En juin, lorsque le directeur d’Édouard-Toulouse, Thierry Acquier, annonce vouloir financer l’unité de remédiation cognitive et d’évaluation (URCE) avec le budget de l’AFT, c’est le coup de massue pour les familles. Une décision qui pourrait mettrait fin aux contrats des huit personnes agréées pour accueillir des patients et laisserait les 15 patients sur le carreau. Les syndicalistes craignent notamment qu’ils soient envoyés vers des Ehpad. « Il n’y a pas de service de gérontopsychiatrie, se désole Pierre-Édouard Thiebaud, représentant de la CGT d’Édouard-Toulouse. Ce qui fait que la plupart des patients risquent de se retrouver dans des Ehpad, où le personnel n’est pas formé. » Contre cette décision de fermeture, les syndicats de FO et de la CGT appellent donc à une mobilisation à 13h30 ce mardi, dans le hall de l’administration de l’hôpital. « Nous avons deux revendications : pas un seul licenciement et le maintien du service », affirme la syndicaliste de FO.

    Contactée par La Marseillaise, la direction de l’hôpital ne souhaite pas s’exprimer à ce sujet.

    Eva Janus
  • « Il est plus difficile pour le vrai de se défendre »

    « Il est plus difficile pour le vrai de se défendre »

    La Marseillaise : Comment les réseaux sociaux participent-ils d’une plus grande désinformation ?

    Gérald Bronner : Ils y participent vraiment et c’est très documenté par la science. L’essor des nouvelles technologies nous fait évoluer dans un univers numérique de plus en plus découplé du réel à l’heure de la réalité virtuelle et de l’intelligence artificielle… La corruption du réel n’en est qu’à ses prémices. Le monde numérique a dérégulé le marché de l’information. Lorsqu’elle était diffusée dans l’espace public, les journalistes la vérifiaient. Aujourd’hui, tout le monde peut partager très vite toutes sortes d’informations. Nous en sommes écrasés. Elle est partout et non hiérarchisée. Comment savoir quelles sont les vraies et les fausses dans ce flux ? Car tout le monde ne parle pas avec la même force. Les supers diffuseurs représentent 1% des comptes or ils produisent 33% des informations. Et ce sont les plus radicaux, les complotistes, les antivax, qui sont le plus actifs sur les réseaux. Quand on va chercher une info sur le climat, on a 50% de chance de tomber sur une vidéo climatosceptique. Sans compter que les algorithmes favorisent la diffusion des fausses informations. On a plus de mal à trouver une vérité quand l’urne dans laquelle on pioche est truquée.

    Vous alertez sur le fait que le réel est en danger. Pourquoi le virtuel est-il si attrayant ?

    G.B. : C’est une alerte très importante. Le réel est en danger, car c’est un invariant de la pensée humaine : on souhaite plier le réel à notre désir. On peut concevoir l’information comme un marché qui se diffuse très vite, avec ses VRP. Et comme on a du mal à comprendre le phénomène de hasard, le complotiste, le populiste va donner un corps narratif à ses intuitions. Il est plus difficile pour le vrai de se défendre que pour le faux de se diffuser. Aujourd’hui, la technologie accélère ces possibilités. On s’est tous déjà demandé si une image est vraie ou fausse. Dans ce doute, le risque est que chacun tranche en fonction de ses préférences, qu’elles soient politiques, idéologiques ou personnelles… Or il n’y a pas de réalité alternative. Quand Donald Trump fait interdire des mots sur le changement climatique ou quand il limoge la cheffe des études statistiques, c’est parce que ses résultats ne lui conviennent pas. Il refuse la sanction du réel, il préfère casser les thermomètres qui pourraient contredire la justification de son action. Il a son propre rapport au réel, avec ses récits. Donald Trump veut aveugler le monde en tordant la réalité pour la plier à ses désirs. Si on casse tous les thermomètres, on empêche toute forme d’action publique, qui suppose de vivre dans un même monde, le réel. Chacun s’enferme alors dans un espace polarisé, un petit monde subjectif et communautaire, sans dialogue possible. C’est la fracture d’un espace commun, et donc de l’action collective. Les démocraties présupposent au contraire l’existence d’un espace de discussion. Le plus dangereux pour nos démocraties, c’est de continuer à vivre dans la même société mais pas dans le même monde.

    Quel regard portez-vous sur
    les mouvements sociaux et populaires aujourd’hui, la défiance envers le politique ?

    G.B. : En tant que sociologue je n’ai pas à légitimer les mouvements sociaux. Mais c’est un fait social qu’il y a une crise de confiance accélérée par une crise de conscience, que les opinions publiques ne donnent plus leur blanc-seing ni aux politiques ni aux médias. On peut les comprendre. Mais la rupture des espaces communs de discussion risque de nous laisser impuissants face aux enjeux de notre époque.

    Les jeunes sont-ils plus sensibles aux fake news ?

    G.B. : Les jeunes s’informent plus sur les réseaux sociaux et par les vidéos. Les sites les plus utilisés par les jeunes internautes sont très pourvoyeurs de fausses informations. Mais les personnes du 3e âge sont aussi celles qui en diffusent le plus.

    Comment l’art, qui est le domaine de l’illusion, peut-il être un allié
    de la science ?

    G.B. : L’art peut tromper en ce qu’il joue avec les sens. Mais ce qu’il pose surtout, ce sont des questions. L’artiste interroge le réel. Il propose aussi des réponses à des questions qui ne se posent pas encore. La science-fiction produit des hypothèses et anticipe le réel.

  • Une cuisine centrale pour des plats d’écoliers vertueux

    Une cuisine centrale pour des plats d’écoliers vertueux

    À son arrivée, son emplacement a été baptisé « Impasse de la Cantine ». Dès cette rentrée 2025, première cuisine centrale de la commune a mis en route ses premiers fourneaux et distribué, dans chaque école de la commune, les premières assiettes préparées au sein de ce bâtiment de près de 600m². Promis pendant la campagne de 2020 par l’actuelle majorité, co-construit en partenariat avec le Département et le Fond Vert, les premiers travaux ont débuté en septembre 2024, pour une livraison de la cuisine en juillet 2025. Depuis, dans cet espace capable de produire jusqu’à 1 200 repas par jour, les produits dits de « circuit court » sont livrés quotidiennement, stockés dans les chambres froides dédiées, surveillées. Interviennent ensuite les cuisiniers, en charge de confectionner les menus du jour. « Pour l’instant, seulement 50% de cette capacité est utilisée », rappelle Sébastien Bacquet, directeur du service de l’éducation et de la petite enfance. La cuisine pourrait à l’avenir être utilisée pour des événements locaux ou structures sociales. « Les menus sont travaillés par une diététicienne et par rapport aux appétences des enfants. À partir de là, on produit les repas à partir de ces menus établis. On est tenus de proposer, au titre de la loi EGAlim, 50% a minima de produits durables [relative à l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole] », explique Julien Goussot, responsable de secteur pour Elior.

    Produits frais et locaux

    La société a été retenue par la municipalité, après appel d’offres, pour assurer prestation alimentaire de la cuisine. Ce lundi, pour les écoliers et personnels pédagogiques, le menu indique une salade en entrée, un sauté de bœuf label rouge, avec un duo de haricots, un camembert bio ou un fromage blanc frais aux fruits. Pas d’aménagements en revanche, sur les plats contenants de la viande, qui sera remplacée par un rajout d’accompagnement pour compenser, si l’élève, pour des raisons diverses, ne peut la consommer. Ici, selon les chiffres de la Ville, 100% des produits réceptionnés sont d’origine française, 20% des produits sont bio, 35% des produits sont bios et 57% des produits sont frais. « Les courgettes de la semaine dernière venaient des Milles, les pêches de Saint-Martin-de-Crau, on ne sait pas qui va nous livrer mais on sait que le rayon de livraison entre 50 et 100 kilomètres maximum », explique Sébastien Rubio, responsable d’exploitation de la cuisine centrale. En cuisine, le plat est conçu à partir de règles strictes, collées sur les vitres, incluant le grammage idéal de viande par enfant. « Il y a quatre personnes au quotidien : le livreur, notre employé de restauration qui s’occupe du ménage et de la cuisine froide, le cuisinier, et moi-même », pointe Dominique Dezagrodzkisyrokolmla, responsable du site de Meyreuil. Les postes ont été créées spécifiquement pour la mise en route de la cuisine. Finalement, il faut compter 3,55 euros pour un repas au tarif plein. Eva Bonnet-Gonnet