Author: tecnavia

  • L’année sera celle de Thérèse Neveu, célèbre santonnière

    L’année sera celle de Thérèse Neveu, célèbre santonnière

    « La belle santonnière », admirée par Frédéric Mistral, est née à Aubagne le 4 février 1866. Thérèse Neveu a révolutionné l’art santonnier. Surtout, rappelle Sylvie Neveu-Prigent, son arrière-petite-fille, parce qu’elle « représenta des personnes vivantes ». Par exemple Margarido, vêtue du costume provençal, ou Virginie, des Solans, qui venait vendre ses lapins sur le marché d’Aubagne.

    Le 4 février prochain, l’association Les Santons de Thérèse Neveu Patrimoine artistique provençal, que préside Sylvie Neveu-Prigent, invite le public à venir inaugurer, à 11h, au son des galoubets et tambourins, la gravure réalisée sur une roche par des femmes de l’asso avec les conseils de Louis Douard « graveur de Garlaban », au Garlaban.

    La gravure au Garlaban

    Le départ est prévu, à pied, à 9h30 du parking du Puits de Raimu. À 16h, l’après-midi, dans le hall de l’hôtel de ville, visite commentée de l’exposition « Trésors de la crèche Neveu », prolongée. Parce que la santonnière s’inspirait de la pastorale, des extraits de la pastorale Maurel seront joués. Alors que Thérèse Neveu s’est éteinte le 10 juillet 1946, l’association commémorera cette date le lendemain, avec les Dansaïres du Garlaban, groupe provençal. Entre temps, des visites guidées auront lieu aux Ateliers Thérèse Neveu, durant les vacances de février. Le 8 mars, circuit en hommage aux femmes d’Aubagne (ces événements sont programmés par l’Office de tourisme). Le 11 novembre, une lecture théâtralisée du journal intime de Magdeleine Neveu, fille de Thérèse, sera donnée à la médiathèque Pagnol. Pour se faire une idée de l’art santonnier de Thérèse Neveu, on peut aller voir la crèche à l’église St-Sauveur, au moins jusqu’au 2 février.

  • L’hôpital de Martigues va s’agrandir d’un nouveau bâtiment d’ici 2032

    L’hôpital de Martigues va s’agrandir d’un nouveau bâtiment d’ici 2032

    L’hôpital de Martigues va grandement se transformer d’ici à 2032. Mercredi matin à l’hôpital, l’Agence régionale de santé (ARS), Région, Métropole et Ville de Martigues ont exposé le projet immobilier décidé pour le Centre hospitalier de Martigues, s’étalant jusqu’en 2032.

    Le projet consiste principalement en la reconstruction et l’extension des urgences et d’un nouveau pôle médicotechnique, soit presque 6 800m² neufs sur trois niveaux et 3 000m² remodelés. « Nous allons restructurer l’hôpital autour du bloc opératoire », explique le directeur Loïc Mondoloni, qui comprendra six salles de chirurgie et deux d’endoscopies. L’unité de chirurgie ambulatoire y sera accolée pour faciliter l’accès aux patients, de même que la maternité.

    L’autre gros versant du projet est celui « des urgences sous-dimensionnées » d’après le directeur, qui illustre le problème par « l’attente sur des brancards » et « le manque d’intimité » avec près de 52 000 passages aux urgences par an, dans un service conçu pour 35 000. Le projet prévoit le quasi doublement de cette capacité pour la porter à 60 000 passages par an.

    L’enjeu est aussi à « la mise aux normes en termes de soins critiques », selon le directeur, passant de 12 à 16 lits pour « être au rendez-vous d’une zone d’activité industrielle avec des risques ». Cette facette est la résultante de la sollicitation des élus durant l’étude du projet pour « intégrer les 10 000 salariés et familles envisagés au projet, qui aurait rendu l’aménagement initial sous-dimensionné dès 2035 », détaille Loïc Mondoloni.

    60 millions d’euros

    Ce projet est financé à 55% par l’État dans le cadre du Ségur de la santé de 2021, soit 32,3 millions d’euros pour un total de 60 millions. « Normalement, nous finançons entre 30 et 40% », retrace Yann Bubien, directeur de l’ARS Paca. « Nous avons fait un effort supplémentaire car le projet est nécessaire pour la population de Martigues et de l’ouest de l’étang de Berre », abonde l’administrateur, insistant sur « le financement important des collectivités territoriales pour la santé, ce qui est rare ». À raison de 4 millions d’euros par la Métropole, 2 millions de la Région et 500 000 euros de la Ville de Martigues.

    « Ce projet nous tient à cœur », souligne Gaby Charroux, maire (PCF) de Martigues. « Nous avons besoin de notre hôpital public, structurant pour le territoire de tout l’ouest du département. Avec plus d’une dizaine d’usines Seveso, notre équipement doit posséder tout ce qu’il faut sur le plan immobilier financier matériel et surtout les femmes et les hommes qui le font vivre. »

    Le directeur de l’hôpital indique à ce propos que « le redimensionnement à la hausse des urgences et de la chirurgie », implique de « mettre en perspective les personnels », particulièrement en soins critiques, un « secteur normé » où augmenter les lits oblige à faire de même pour les agents. « Le projet a été validé à l’unanimité par les partenaires sociaux », rappelle Loïc Mondoloni.

    Ces questions sociales seront à l’ordre du jour de la table ronde organisée par l’Union locale CGT et le syndicat de l’hôpital, en présence de Gaby Charroux, jeudi 22 janvier à 18h en la salle Raoul Duffy (espace Simone Veil).

  • La « politisation » du portail des Chutes Lavie ne passe pas

    La « politisation » du portail des Chutes Lavie ne passe pas

    « Il déplace le débat et le politise, il se victimise. » Le collectif d’habitants des Chutes Lavie en lutte contre la fermeture de la cité-jardin du quartier qui prive les habitants d’un accès direct au noyau villageois et aux équipements publics, n’a pas apprécié la sortie de Bruno Gilles (La Marseillaise du 15/01).

    Empêtré dans « l’affaire du portail », l’ex-maire (HOR) des 4e et 5e arrondissements, engagé dans la campagne municipale avec Martine Vassal (DVD), avait dénoncé une tentative de déstabilisation.

    « Notre mouvement est apolitique et citoyen », précise le collectif qui assure avoir, au départ, demandé de l’aide à Bruno Gilles. « Il n’a jamais voulu nous aider, du coup c’est Didier Jau [le maire EELV du secteur, Ndlr.] qui l’a fait mais ça ne veut pas dire qu’on est politisé. On a juste pris l’aide d’où elle venait », explique le collectif dénonçant une attitude irresponsable.

    « Il a reçu des menaces de mort, son local de campagne a été cambriolé, et il laisse entendre dans tous les articles de presse que ça vient du portail et du collectif. C’est inconcevable », explique un responsable. « Depuis on a nous-même reçu des menaces avec un message disant qu’on allait nous tirer dessus. Il a développé une haine contre nous, ce n’est pas responsable pour un homme public. Dès qu’il a été menacé, notre responsable a condamné formellement ces menaces. Notre collectif n’est pas du tout violent, les gens qui témoignent de leur difficulté ont entre 60 et 90 ans. »

    Pour arguer de sa bonne foi, le collectif qui se bat contre cette fermeture ayant « des conséquences concrètes sur la sécurité, l’accessibilité et le quotidien des habitants », souligne aussi que le combat n’a pas été lancé en 2025 à des fins politiques, ce qu’affirme Bruno Gilles. « C’est complètement faux de dire cela. Le portail a été fermé fin 2019 et avec le Covid on n’a pas fait grand-chose. Mais dès 2022, on fait des lettres et des pétitions. Par contre, ce qui est sûr, c’est qu’en 2025, un membre du collectif nous dit d’arrêter de faire des pétitions papier et d’en faire une en ligne. Et là, on a plus de 500 signatures et ça a commencé à être médiatisé », conclut le collectif.

  • À Marseille, leur carte de séjour a expiré, des salariés sont suspendus

    À Marseille, leur carte de séjour a expiré, des salariés sont suspendus

    Émoi chez les salariés de Kalhyge, la blanchisserie industrielle située chemin de Saint-Jean-du-désert (5e) à l’annonce par la direction de la suspension des contrats de travail de salariés dont le titre de séjour n’a pu être renouvelé. Trois salariés plongent dans l’inconnu. Parmi eux une mère de quatre enfants.

    « Vendredi après-midi, deux salariés en CDI et un autre en CDD ont reçu un coup de téléphone de la direction leur annonçant que leur contrat de travail était suspendu suite au non-renouvellement de leur titre de séjour », alerte Kamel Bouanani, délégué syndical CGT de l’établissement qui emploie 134 salariés dont environ 80% sont de nationalité étrangère. « C’est très inquiétant. Ces salariés résident légalement en France depuis de nombreuses années. D’autres entreprises sont confrontées à des situations similaires, liées aux délais et décisions des préfectures. Nous constatons également que certaines entreprises profitent de ce contexte pour ne pas remplacer les salariés concernés, ce qui engendre une forte précarisation des salariés, des difficultés organisationnelles sur les sites, et surtout un véritable vide juridique, les salariés comme les employeurs se retrouvant sans recours immédiat, la décision relevant exclusivement de la préfecture. Cette situation crée une impasse sociale et humaine inacceptable », alerte le syndicaliste.

    « Ça sera trop dur sans salaire »

    Mariama, 43 ans, mère de quatre enfants, est agent de production en CDI depuis 2023. « Le travail m’a appelé pour me dire de ne pas venir lundi car mon récépissé avait expiré. » Ressortissante comorienne, elle vit en France depuis 1998. « C’était ma 2e carte de séjour après celle de 2015. J’ai fait les démarches de renouvellement en juin avant son expiration le 23 septembre. On m’a dit que tout était ok. Puis j’ai eu une prolongation de 3 mois qui a fini le 23 décembre. » Depuis juillet 2024, les démarches sont dématérialisées sur le site Anef (Administration numérique pour les étrangers en France). « Sur mon dossier en ligne, ils me marquent que ma carte est “en construction” », ne comprend pas Mariama qui s’est rapprochée de la Cimade pour interpeller la Préfecture. « Ça sera trop dur sans salaire. J’ai quatre enfants de 9, 12, 15 et 16 ans, un loyer de 935 euros et des factures à payer. » Elle a perçu son dernier salaire de 1 700 euros et se raccroche à la promesse faite par son employeur de la reprendre dès qu’elle obtiendra la carte.

    L’UL CGT des quartiers nord avait alerté la semaine dernière du refus de délivrance par la préfecture d’une carte de séjour à un salarié de Primark.

  • Mohammed, médiateur à Marseille, en grève de la faim pour interpeller l’État

    Mohammed, médiateur à Marseille, en grève de la faim pour interpeller l’État

    « Je suis prêt à dormir là », Mohammed Benmeddour, éducateur au sein de l’association Apis, a entamé, comme annoncé, sa grève de la faim ce mercredi 21 janvier. Il campe devant la préfecture avec Kaïs, 19 ans, tout juste sorti de prison et qui n’a nulle part où aller. Mohammed l’a récupéré à proximité d’un point de deal. « Je m’étais fait mon squat dans un bâtiment abandonné, un lit avec des couvertures, mais l’eau elle sort orange des tuyaux et il n’y a pas d’électricité », raconte Kaïs. Il est allé à France Travail affirme-t-il mais on ne l’a pas rappelé.

    Après avoir interpellé Emmanuel Macron lors de sa venue à Marseille le 16 décembre puis le ministre du logement la semaine dernière sur le manque de moyens mis dans la prévention pour éviter que les jeunes ne tombent dans le narcotrafic, sans succès, Mohammed réclame un dispositif d’urgence pour « ces jeunes qui veulent s’en sortir ».

    La préfète à l’écoute

    Interrogée, la préfète à l’égalité des chances, Isabelle Épaillard, assure avoir fait le nécessaire. « M. Benmeddour a contacté la préfecture de police la semaine dernière, on a regardé ce que l’on pouvait faire. Ce jeune homme est suivi par le service pénitentiaire d’insertion et de probation. Aucun retard n’a été pris dans la prise en charge », précise-t-elle ajoutant qu’une place a été trouvée en centre d’hébergement. Et d’ajouter que la préfecture a « fait le lien » entre France Travail et la mission locale. Mais pour Mohammed, la place trouvée ne correspond pas au profil du jeune homme…

  • [Entretien] Pierre Villard : « C’est le reflet d’un monde anxiogène »

    [Entretien] Pierre Villard : « C’est le reflet d’un monde anxiogène »

    La Marseillaise : Quels sont pour vous les principaux enseignements de cette enquête d’opinion ?

    Pierre Villard : Elle révèle des aspirations assez contradictoires des Français. Ce qui ressort fortement, c’est l’inquiétude vis-à-vis de l’armée nucléaire dans le monde tel qu’il est aujourd’hui. La France dit toujours qu’il ne faut pas s’en inquiéter qu’on ne va pas s’en servir mais près de 80% des Français se disent inquiets de cette utilisation et ils la jugent probable à deux tiers.

    Pour autant une majorité de sondés soutiennent la modernisation des armes atomiques françaises.

    P.V. : Oui c’est l’aspect contradictoire dont je parlais. Cela nous inquiète et nous interroge. C’est un résultat à corréler avec un monde anxiogène et instable. En même temps, il n’y a pas plus de personnes opposées à la réduction des dépenses militaires aujourd’hui qu’il y a huit ans.

    L’enquête montre aussi un attachement fort au cadre multilatéral offert par les Nations unies. Comment l’analysez-vous ?

    P.V. : C’est positif, c’est même en progression. Dans ce contexte mondial fait d’inquiétudes, le soutien au multilatéralisme et l’attente d’une France qui prenne sa place dans le concert mondial pour la paix sont forts. Par ailleurs, deux tiers des Français – même si c’est en baisse par rapport aux études précédentes – sont favorables à une participation de la France au traité sur l’interdiction des armes nucléaires. Pour les pacifistes c’est un point d’appui parce qu’on a un immense travail d’éducation populaire à faire sur ce traité.

    Avez-vous été surpris par les chiffres déclinés selon les tendances politiques ?

    P.V. : Oui, par exemple, l’électorat macroniste est très en faveur du cadre multilatéral des Nations unies alors même que le président de la République n’est pas franchement, dans sa pratique, sur cette orientation. On peut même s’inquiéter que sur certains items, l’électorat de gauche soit le plus frileux. C’est une invitation au mouvement pacifiste à s’adresser à l’intégralité de la population française. La France n’est pas signataire du traité sur l’interdiction des armes nucléaires mais nous souhaitons faire grandir l’idée qu’elle puisse être observatrice.

    N’est-ce pas naïf dans un contexte où de nombreux acteurs estiment que les menaces grandissantes doivent conduire à un « réarmement » de notre pays ?

    P.V. : C’est une hérésie de penser que des armes amènent à la paix. « Si tu veux la paix prépare la guerre », ça n’a jamais fonctionné. À force de préparer les guerres, on finit par les faire. C’est le développement de la culture de paix qui éloignera les guerres. Les Hommes sont voués à construire demain avec leurs ennemis d’aujourd’hui. Ils font se mettre autour de la table et faire taire les armes.

    Pierre Villard est l’auteur de
    «
     Pour en finir avec l’arme nucléaire ». Éditions La Dispute.

  • La préfète à l’égalité des chances veut maintenir l’effort

    La préfète à l’égalité des chances veut maintenir l’effort

    Avec la campagne des municipales, des financements pas encore votés et un invraisemblable maquis de dispositifs, difficile pour Isabelle Épaillard de rentrer dans les détails de ses actions. Alors que dans les quartiers, les acteurs de terrain ne cesse de dénoncer le manque de moyen, elle affiche sa volonté de poursuivre l’action de l’État.

    Champions

    de la rénovation urbaine

    Avec 19 projets de rénovation urbaine dans les Bouches-du-Rhône, le département est particulièrement avancé en la matière se félicite Isabelle Épaillard. « Ce sont 850 millions d’euros investis par l’État », détaille-t-elle. Avec 80% des budgets engagés, « on a pratiquement réalisé ce qu’on doit faire d’ici le 30 juin 2026 », ajoute-t-elle, « on va enclencher les marchés, on va voir les grues ».

    Les co-propriétés dégradées dans le viseur

    Les quatre opérations de requalification des copropriétés dégradées d’intérêt national (ORCOD-IN) au Mail, à la Maurelette, à Consolat et aux Rosiers, sont aussi une de ses fiertés. Même si le stade de la signature des conventions n’a pas encore été franchi. La tâche est immense en la matière avec 60 000 logements concernés dans le département dont la moitié à Marseille. « 71% des logements communaux sont en copropriétés, 80 dans une situation difficile, 30 particulièrement dégradées sur la métropole dont 28 sur Marseille », enchaîne la préfète qui disposera d’un diagnostic affiné à la fin du premier trimestre 2026 avec le concours de la Ville et de la Métropole dans le cadre de la SPLAIN. Quand à Frais-Vallon ou Bel Ombre, les collectifs se montent pour dénoncer la mauvaise gestion de leurs résidences, Isabelle Épaillard promet de mieux accompagner les propriétaires concernés par les ORCOD-IN avec un plan de formation spécifique confié à l’Adil (Agence départementale d’information sur le logement).

    Des avancées

    sur le logement social

    Avec 116 000 demandes de logement social dans le département par an, le besoin reste important insiste Isabelle Épaillard. Au 19 janvier sur l’ensemble du département, 3 974 logements sociaux ont été agréés, sans compter 857 autres dossiers devant se concrétiser. À comparer au 3 346 en 2024, 2 523 pour 2020, « on se rapproche des objectifs » estime la préfète alors que dans le cadre Programme local de l’habitat (PLH) la métropole devait atteindre les 4 500 logements sociaux par an.

    Aller plus loin

    sur la prévention

    La préfète veut « aller plus loin » sur la prévention après avoir investi 6 millions d’euros l’an dernier sur les 20 millions alloués à la politique de la ville. Concrètement 300 contrats adultes relais ont été mis en place avec le financement de 5 associations et la contribution des bailleurs sociaux. Un contrat de travail aidé de deux fois 3 ans maximum. Elle mise aussi sur les 11 cités éducatives installées dans le département, 8 sur Marseille, pour 3 millions d’euros d’investissement. L’idée : faire se rencontrer habitants et acteurs d’un quartier. « Par exemple, dans le 3e arrondissement on a mis en place l’école ouverte où une fois par trimestre, les parents peuvent venir voir comment ça fonctionne », illustre Isabelle Épaillard. Pour le reste, elle assure travailler avec la préfète de police à des actions. Il faudra aussi « travailler mieux sur la protection de l’enfance », estime-t-elle. Une compétence du conseil départemental…

  • [Entretien] Audrey Garino : « La lutte contre l’exclusion est le fil rouge de notre politique »

    [Entretien] Audrey Garino : « La lutte contre l’exclusion est le fil rouge de notre politique »

    La Marseillaise : Un homme est mort dans la rue. Comment éviter ces drames ?

    Audrey Garino : Chaque année entre 35 et 50 personnes isolées meurent dans la rue. C’est une réalité dans le pays qui est insupportable. D’où la démarche d’aller vers, dans l’espace public, pour porter des solutions. Les équipes du Samu social maraudent 365 jours par an de 7h à 1h du matin sur les 16 arrondissements. L’idée c’est de rencontrer toutes les personnes dans la rue. C’est pour continuer ce travail que la Ville a financé des travailleurs sociaux et trouvé des solutions d’hébergement variées. Nous avons créé 525 places ces 5 dernières années au sein de 13 lieux municipaux mis à disposition. Une cinquantaine va être créée, sur un site dans le 6e pour les femmes et les nouveaux-nés et un entre le 2e et le 15e pour les publics réfractaires et où les chiens seront acceptés.

    À quoi a servi la Nuit de la Solidarité depuis cinq ans ?

    A.G. : C’est un triple objet. Faire un point à l’instant T sur le nombre de défaut de prise en charge. L’année dernière c’était 411 personnes, une augmentation de 24% depuis 2 ans. Ce sont des chiffres a minima. C’est aussi un socle aux discussions avec l’État, on pose un diagnostic pour que nous agissions sur les mêmes problématiques. Mais c’est encore un recensement des besoins qui sont multiples. L’accès à l’alimentation, à l’eau, aux soins, à des travailleurs sociaux, à un lieu de répit… Mieux on qualifie la problématique, mieux on est en mesure de mettre en place une politique publique qui y répond. Et le troisième point, c’est de changer de regard sur la grande exclusion. Le fait que des bénévoles aillent à la rencontre des plus exclus, ça casse la barrière. On se rend compte qu’après un accident de la vie, celui qui est dehors, ça peut être nous demain.

    Hors le logement, quels sont les besoins identifiés ?

    A.G. : Le plus percutant, c’est l’accès aux droits. Une personne interrogée sur deux n’a plus de revenu. Donc le premier travail engagé par nos équipes c’est de prolonger l’aller vers par de l’accompagnement social. On travaille sur de la domiciliation, le premier acte pour l’accès aux droits. On en a 8 000 dans nos CCAS. Il y avait un gros problème d’accès à l’eau depuis longtemps dénoncé par la Fondation Abbé Pierre. On a fait un gros travail avec un lieu phare que sont les douches municipales et d’autres dans des associations pour mailler le territoire. L’implantation de fontaines. On est passé de 15 à 45 toilettes publiques. L’offre en bagagerie était extrêmement limitée en 2020. On en a 6 aujourd’hui, soit 200 casiers.

    Le bâtiment à l’abandon entre la rue Guibal et la rue Cavaignac héberge depuis juin 38 familles. Le choix d’un travail partenarial est-il une nouvelle approche ?

    A.G. : C’est le symbole de la façon dont on travaille depuis 6 ans. On a fait le choix de s’appuyer sur l’expertise du très riche tissu associatif. Tout en ayant la volonté de remettre le service public à sa place, pas à la place, mais là où il doit être. C’est-à-dire trouver les moyens nécessaires pour qu’il réponde aux besoins des habitants de toute la ville. L’exclusion, la grande pauvreté, abîment la cohésion sociale. Pour nous la politique sociale, c’est la politique du vivre ensemble. C’est le grand fil rouge de notre action. Quand on améliore les conditions de vie des plus vulnérables, automatiquement, ça va mieux pour tous. La Grande Maison en est un symbole. Plutôt que d’avoir un seul opérateur associatif financé pour gérer le lieu, il y a le CCAS et les associations HAS, Just et la Régie de quartier Noailles Belsunce qui le font ensemble, avec leurs compétences propres. Chacun apprend de l’autre.

    Le village d’insertion pour les familles roms était un engagement au début du mandat de la Ville avec l’État. C’est aussi un renoncement ?

    A.G. : C’est effectivement un immense regret d’avoir reculé. L’État nous a lâchés. Et on a lâché. On a 800 à 900 personnes roms sur Marseille et pour résoudre la question de l’intégration des populations, il faut un très haut niveau d’engagement politique. Il faudrait étudier la question des terrains familiaux, par exemple, mais pas seulement.

    La solidarité est le premier sujet sur lequel s’est engagé Benoît Payan dans la campagne pour les municipales. Pourquoi ?

    A.G. : Parce que c’est une priorité de la politique municipale de Benoît Payan depuis 6 ans et que c’est le fil rouge de son engagement pour toutes et tous dans une ville qui compte 26% d’habitants sous le seuil de pauvreté.

  • À Davos, Trump rage contre l’Europe

    À Davos, Trump rage contre l’Europe

    « J’aime l’Europe, et je veux que l’Europe aille bien, mais elle ne va pas dans la bonne direction », a-t-il asséné dans son discours à la tribune du Forum économique mondial, qui tient sa réunion annuelle dans la station huppée des Alpes suisses. Le président américain vient éprouver la résistance des Européens face à son projet d’acquisition du Groenland, un territoire autonome appartenant au Danemark, a exigé des « négociations immédiates » sur le sujet. « Les gens pensaient que j’utiliserai la force. Je n’ai pas besoin d’utiliser la force. Je ne veux pas utiliser la force. Je n’utiliserai pas la force », a-t-il poursuivi.

    « Le fait est qu’aucune nation ni groupe de nation n’est en position de pouvoir assurer la sécurité du Groenland en dehors des États-Unis. Nous sommes une grande puissance, beaucoup plus grande que ce que les gens comprennent. Je pense qu’ils l’ont découvert il y a deux semaines au Venezuela », a-t-il affirmé, reprochant aussi au Danemark de faire preuve d’« ingratitude ». « Les États-Unis sont le moteur économique de la planète », a-t-il aussi vanté, alors que les sondages révèlent un profond mécontentement des Américains sur le coût de la vie, ce qui menace le Parti républicain à l’approche des élections de mi-mandat de novembre. « Quand l’Amérique prospère, le monde prospère. Quand elle va mal, ça va mal pour tout le monde », a-t-il lancé.

    « Un morceau de glace pour protéger le monde »

    L’ancien promoteur immobilier, qui depuis son retour au pouvoir il y a un an a complètement bouleversé l’ordre mondial, participe au Forum pour la première fois depuis 2020. Jeudi, il fera la promotion de son « Conseil de la paix », considéré par beaucoup comme un rival de l’ONU. Donald Trump a déjà dit ne pas s’attendre à beaucoup de résistance des Européens et d’autres alliés, malgré leurs déclarations plus ou moins vigoureuses. « Nous voulons un morceau de glace pour protéger le monde, et ils refusent de nous le donner », a encore commenté Donald Trump. « Ils ont donc le choix », a-t-il poursuivi. « Ils peuvent dire “oui”, et nous leur en serons très reconnaissants. Ou ils peuvent dire “non”, et nous nous en souviendrons », a-t-il poursuivi sur un ton peu amène.

    « Le Royaume-Uni ne cédera pas sur ses principes et valeurs et sur l’avenir du Groenland », a déclaré mercredi son Premier ministre Keir Starmer. Le président américain insiste sur le fait que le Groenland est vital pour la sécurité des États-Unis et de l’Otan face à la Russie et à la Chine. Il a menacé d’imposer de nouveaux droits de douane allant jusqu’à 25% à huit pays européens pour leur soutien au Danemark, ce qui a incité l’Europe à menacer les États-Unis de représailles. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a appelé l’Europe à rompre avec sa « prudence traditionnelle » face aux défis d’un monde « de plus en plus anarchique » et défini par la « puissance brute ».

    Au Forum mardi, Emmanuel Macron a mis en garde contre les tentatives américaines « inacceptables » de « subordonner l’Europe ». « Nous préférons le respect aux brutes », a-t-il déclaré. Des propos qui n’ont visiblement pas plu au milliardaire américain, qui, comme à son habitude, joue la carte de l’humiliation. « Je l’ai regardé hier avec ces belles lunettes de soleil (…) jouer le dur à cuire », s’est moqué le président américain.

  • Nuit de la solidarité : un couteau suisse pour répondre à tous les besoins

    Nuit de la solidarité : un couteau suisse pour répondre à tous les besoins

    « Petite structure, mixité, c’est très symbolique de ce que l’on veut développer ! », s’enthousiasme Audrey Garino devant l’entrée d’un immeuble en copropriété à la Capelette. Dans le cadre d’un partenariat de la Ville avec l’État, en rez-de-chaussée et au 1er étage, le centre de vacances du boulevard Saint-Jean a cédé la place à une unité d’hébergement. La Digue, gérée par Saralogisol, accueille 46 personnes, en famille, depuis 2021.

    « On nous avait annoncé qu’en copropriété ce serait complexe », se souvient l’élue. Pari gagné. Le bail de 7 ans vient d’être renouvelé. « Il y a eu quelques ajustements à faire, sur le bruit, car il y a une cour intérieure et on a 20 enfants de moins de 6 ans. Mais on est dans une relation de voisinage apaisé », témoigne Julie Jaffro, directrice du pôle social. Si l’accueil est inconditionnel, « il y a une vigilance sur la question de la parentalité ou sur le cadre à respecter dans le contrat de séjour », précise Aurélien Sibba, chef de service. Dans la grande cuisine, la vie des 14 familles, dont dix monoparentales, orientées sur La Digue par le 115, tourne autour d’un rythme collectif. Les repas du midi et du soir sont portés par l’Armée du Salut. « On y fait aussi des ateliers cuisine, les anniversaires, Noël… », ajoute Marie, éducatrice spécialisée.

    De quoi créer du lien entre des personnes venues d’horizons différents. On y partage les fêtes et les corvées. Dans le couloir, un planning affiche les tours de ménage pour les communs. Avec dix nationalités différentes, le français est la langue partagée. « Pour l’apprentissage, on oriente sur les associations. Il y a aussi une formation FLE via France Travail, mais avec de moins en moins de financement », regrette Marie. Sonia bénéficie de l’accompagnement social de Sarlogisol depuis 5 ans. « J’étais à l’hôtel, mais on ne peut rien faire. Ici c’est comme une petite maison, avec une grande famille », explique la jeune mère Albanaise en ouvrant la porte de la chambre familiale dont un pan de mur a été tapissé de photos de Jul par sa fille de 13 ans et son fils de 4 ans, tous les deux scolarisés dans le quartier. Réorganiser sa vie pour Sonia, passe par la commission Dalo. Elle avoue : « J’ai hâte d’avoir mon propre logement, de trouver un travail. » Chacune des familles restera à La Digue le temps nécessaire. « On a déjà quatre sorties positives, une sur du privé, les autres dans des logements sociaux », peut s’enorgueillir l’association, qui ne connaît aucune vacance sur cette structure tant la demande est forte.

    Décloisonner

    La Nuit de la Solidarité a fait apparaître d’autres besoins que le logement. Rue Saint-Basile, La Bonne adresse s’évertue à y répondre. Dans ce deuxième lieu appuyé par la Ville, sur 200m2, une équipe de 6 salariés propose aux sans-abri et aux personnes hébergées en hôtel, en plus de l’accès aux droits, un service courrier pour 585 domiciliations, une bagagerie de 23 grands casiers, une laverie, deux douches, une cuisine partagée, des colis alimentaires et des produits d’hygiène, un vestiaire et du soutien scolaire. « C’est l’originalité de ce tiers lieu, lance dans un large sourire Mourad Fennas, directeur de l’Arme du Salut. C’est la ligne qu’on s’est donné, de décloisonner les activités. »

    Derrière l’ordinateur, à l’accueil, Shaïma, 24 ans, hébergée en hôtel avec sa fille de deux ans, est « usagère et bénévole ». Elle indique la prise électrique à Salem, 47 ans, les cheveux encore humides après sa douche et lui propose un café en attendant que son téléphone portable soit rechargé. « Je suis dehors depuis trois mois. Quand il a fait très froid je suis resté une semaine au stade Vallier. On m’a fait une proposition d’hébergement, à Arles. J’ai refusé. Je suis inscrit à France Travail et j’ai mes rendez-vous à l’hôpital ici », justifie-t-il.

    Des rires parviennent du centre névralgique de la structure. Quatre femmes sont aux fourneaux. Taguée sur le mur au-dessus d’elles, la formule « des choses magiques se produisent dans cette cuisine », annonce la couleur. « Je viens chaque mardi, explique Ibitissam, et je repars en chantant. Mon linge est propre, mon mari et ma fille sont contents de me voir rentrer à l’hôtel avec des plats cuisinés pour la semaine. Et ils sont tellement gentils ici ! » Faïza, tout aussi radieuse, remonte de la buanderie par l’escalier décoré d’une guirlande de photos, scènes joyeuses de la vie du site. « On a aussi accès à des produits d’hygiène. Il y a un gros congélateur pour tuer les punaises de lit dans les textiles. C’est une vraie bonne adresse ! » Elle participe à l’animation du lieu, « avec les enfants », indique-t-elle en passant devant la salle de jeu.

    Là encore, le planning cuisine affiche complet. « On est à 40 places, avec une liste d’attente de 2 mois », regrette Anaïs Beringer, coordinatrice. Pour ceux qui ont la possibilité de cuisiner, « le vendredi matin est consacré à la distribution de denrées alimentaires pour une trentaine de familles ». Le soir de la Nuit de la Solidarité, « on sera ouvert, avec une grande soupe à partager », annonce Mourad Fennas.

    La préfecture récupère mille logements

    Pour Léopold Carbonnel, directeur adjoint de la DDETS (direction départementale de l’Emploi, du Travail et des Solidarités), « un tiers des personnes en centre d’hébergement sont en attente d’un logement. Les bailleurs sociaux ont des obligations réglementaires pour attribuer 25% des logements aux ménages qui ont les plus bas revenus. Et 30% au contingent préfectoral. En 2024-2025, on a demandé à 20 d’entre eux de rendre des logements parce qu’ils n’avaient pas respecté ces critères. On a récupéré presque mille logements ».