Author: tecnavia

  • Mal embarqué, le transport fluvial cherche son pilote

    Mal embarqué, le transport fluvial cherche son pilote

    C’est un cri d’alerte que lance l’ex-président des Aéroports de Paris. « L’inaction aurait un coût considérable : celui d’un corridor qui se délite, d’opportunités industrielles perdues, et d’un risque réel de déclassement face aux ports concurrents », écrit Augustin de Romanet dans ses conclusions. Celui-ci a rendu ce jeudi 4 juin son rapport consacré au développement de l’axe Méditerranée – Rhône – Saône, un corridor logistique crucial qui concentre plus d’un tiers du produit intérieur brut français, débouché du Grand Port maritime de Marseille-Fos. Un rapport de plus, cinq ans après les promesses élyséennes.

    Dans les jardins du Pharo le 2 septembre 2021, le président de la République Emmanuel Macron promettait en effet de transformer le Grand Port maritime « en un grand port fluvio-maritime allant de Marseille à Lyon ». « Le lien entre le port et l’hinterland européen fera l’objet d’aménagements nouveaux et d’investissements exceptionnels », assurait-il. Mais en dix ans, quatre rapports ont été rendus pendant que le gouvernement prenait des décisions contradictoires : créé en 2017, le poste de délégué interministériel chargé de développer l’axe a été supprimé trois ans plus tard. « La plupart des acteurs ont exprimé une grande lassitude et une perte de confiance dans la capacité des pouvoirs publics à porter un projet d’intérêt général », alerte ce cinquième rapport.

    -40% de trafic sur le Rhône

    Car pendant ce temps, le trafic fluvial prend l’eau sur le Rhône. Alors même que seules 5% des marchandises sont transportées sur le fleuve, leur volume a dégringolé de 40% depuis 2015. « Cette situation est d’autant plus regrettable que le fret fluvial présente des performances énergétiques et environnementales nettement supérieures au fret routier », avec trois à cinq fois moins de CO2 émis, déplore le rapport. Et d’alerter sur une situation qui risque de se dégrader face aux « stratégies offensives » des ports de Barcelone et Gênes, et l’ouverture à l’horizon 2035 de la ligne Lyon-Turin qui favorisera le port italien. Cela d’autant plus que la métropole lyonnaise reste un goulet d’étranglement logistique, et que l’État recule sans cesse sur la réalisation d’un contournement ferroviaire chiffré à 1,3 milliard d’euros. « C’est typiquement à cause d’une gouvernance insuffisamment forte de l’axe MeRS que ce projet si essentiel n’a pas encore été, selon nous, décidé par le gouvernement », estime l’ex-président des Aéroports de Paris.

    Alors le rapport préconise la mise en place d’un directoire rassemblant les préfets des trois régions, les présidents des conseils régionaux Provence-Alpes-Côte d’Azur et Auvergne-Rhône-Alpes, le directeur de la Compagnie nationale du Rhône et le président du conseil de surveillance du Grand Port maritime, en recréant le poste supprimé sans raison de délégué interministériel.

    Investissement crucial

    Il appelle aussi à harmoniser la facturation des opérations portuaires et maintenir les aides actuelles, pour que le transport fluvial marqué par de faibles marges et une flotte vieillissante ne soit plus grevé par un surcoût de 50 euros par conteneur par rapport au transport routier. Sur la table également, la création d’un groupement d’intérêt public pour identifier les sites stratégiques en bord de fleuve, susceptibles d’accueillir des projets industriels. Et surtout, il réclame le lancement dès cette année du grand chantier du contournement ferroviaire de Lyon. « Ce rapport n‘aura servi que s’il ouvre la voie à l’action. Il est désormais temps d’agir », conclut Augustin de Romanet.

  • Ils réclament justice pour toutes les Lyhanna

    Ils réclament justice pour toutes les Lyhanna

    Marseille

    Lundi soir, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées devant le palais de Justice pour rendre hommage à Lyhanna et dénoncer ce que beaucoup perçoivent comme une « impunité » face aux violences « à répétition ». Banderoles et panneaux : plusieurs structures telles que le Collectif enfantiste, Femmes solidaires ou Sud Éducation manifestent à l’unisson. Sur la place, les cris de « Justice pour Lyhanna ! » ont rythmé le rassemblement.

    « J’ai peur pour mes enfants », confie Rosanna pour qui ces actes ne sont « ni une erreur, ni un manque de moyens, c’est juste un manque de considération de la part des politiques actuels ». Élodie Boussarie, enseignante à Marseille et militante au syndicat Sud Éducation, partage, elle aussi, ce sentiment d’écœurement : « Je suis présente pour témoigner de ma colère envers le gouvernement qui détruit les services publics et qui aujourd’hui a l’air de s’offusquer qu’il y ait des dysfonctionnements au sein de l’Éducation nationale et de la Justice. » Cette enseignante souhaite que les financements de ces services soient optimisés afin de former tous les professionnels à ces sujets. Pascaline Lécorché, adjointe au maire de Marseille et déléguée à l’Éducation, rappelle que « nous sommes là pour Lyhanna, mais aussi pour toutes les Lyhanna. Car le sujet des violences sexistes et sexuelles est fondamental ». C’est pourquoi, « la Justice devrait se saisir rapidement des faits et instaurer une relation avec les autres corps de métiers, afin qu’une liste noire existe et que les personnes suspectées ne soient pas réembauchées dans d’autres établissements, au contact des enfants », avance l’adjointe au maire. « Ce n’est pas l’histoire d’un homme mais bien celle d’une société qui peine à écouter ses enfants », rappelle la représentante de Sud éducation lors de sa prise de parole.

    Aix-en-Provence

    Colère dans la foule. « Il aura fallu quoi, qu’une petite meure, dans des conditions que j’imagine atroces, pour qu’on réalise que ce gars-là était dangereux. Il faut que nos enfants meurent ? » s’indigne Laura. Cette mère de deux enfants, belle-mère de deux autres, vient faire entendre sa colère, comme les centaines d’autres personnes rassemblées sur le parvis du palais de Justice. L’appel a été lancé par l’association Mouv’Enfants. Ils sont pères, mères, sœurs, grands-parents. « Je suis contente de voir qu’il y a des hommes ce soir. J’avais peur que le combat ne soit que féminin. Ça manquait cruellement. » Pendant près d’une heure, la foule compacte s’est rassemblée pour rendre hommage à Lyhanna, 11 ans, dont le corps a été retrouvé à Fleurance, dans le Gers. Son assassin présumé, est désormais visé par neuf affaires. De quoi cristalliser l’indignation de la foule. « C’est à se demander pourquoi il faut autant de cas de plaintes. Pourquoi la justice ne met rien en action ? Ce n’est pas possible de ne pas protéger les enfants, qui sont l’avenir. On veut briser l’avenir ? » demande Julien. Pour Amandine, c’est une première manifestation, motivée par le « on n’en peut plus. Ma fille a 11 ans. Je n’ai pas besoin d’en dire plus ». À côté d’elle, Nelly regrette que la mobilisation ne soit pas plus forte. « Notre société n’a pas conscience de l’enjeu de protéger nos enfants. » La mobilisation, silencieuse, jusqu’à une minute de silence, a rapidement laissé place à l’indignation générale. « Darmanin, dehors ! », se lance la foule. Et entonne, en huant : « Victime, on te croit. Violeur, on te voit ! »

    Martigues

    « Pour celles qui prennent la plus lourde des peines, pour les victimes de ton système, je t’accuse et j’assume. » Les paroles de Suzanne entonnées par la chorale du collectif féministe l’Émeute rieuse prend tout son sens à Martigues ce lundi soir, où un féminicide a eu lieu quelques jours plus tôt.

    Plus d’une centaine de personnes se sont rassemblées devant le tribunal. Plusieurs pancartes ont été réalisées pour l’occasion. Des politiques, comme « Lyhanna ne serait pas morte si la protection de l’enfance avait de vrais moyens », « protégez les enfants et les femmes, écoutez, subventionnez, formez, abritez… » ou plus confus, comme « l’inaction judiciaire tue », ou encore « justice complice ».

    « Ces horribles féminicides de Lyhanna nous ramènent toujours à la réalité de cette société patriarcale qui excuse les violences sexistes et sexuelles et ne protège pas ses enfants » recentre le conseiller départemental (PCF) Gérard Frau, arrivé en avance. « Je ne supporte pas que Macron et Darmanin disent que ce n’est pas une question de moyens. Mais forcément qu’il y a des erreurs quand les services publics sont pressurisés ! » tance l’élu, assurant que « la solution est de faire voter la loi-cadre portée par les associations féministes, réclamant 2,6 milliards d’euros pour des tribunaux dédiés et la formation des agents au contact ».

    Le maire (PCF) Gaby Charroux, venu avec son équipe municipale, demande cette « loi qui protège ». Mais aussi de « démarrer l’éducation des petits garçons dès la maternelle, le plus tôt possible, pour arrêter cette domination de l’homme sur la femme ».

    Avignon

    Un peu plus de 200 personnes étaient mobilisées ce lundi 8 juin devant le tribunal d’Avignon pour rendre hommage à Lyhanna.

    À l’ombre des remparts de la cité des Papes, les pancartes avec des messages de « ras-le-bol » ou « un enfant n’est jamais consentant » se mêlaient à d’autres plus provocatrices telles que « la justice est du côté des violeurs » ou « moins de Darmanin, plus de moyens ». C’est avec émotion que Sara et Darla, responsables du Collectif Enfantiste de Vaucluse, ont pris la parole conjointement pour dénoncer les « défaillances de la société » tout en pointant du doigt l’enceinte du tribunal. « L’enfant devrait représenter l’avenir. Nous refusons que l’émotion et l’action s’arrêtent là. Chaque enfant mérite protection et que son intégrité soit reconnue », poursuivent-elles. Ce, juste après que Muriel Trichet, du collectif féministe Nous Toutes 84, a tenu à préciser que les organisations présentes « sont contre la peine de mort » et que « les appels à tuer les gens ne seront pas acceptés ».

    Dans la foulée de ces prises de parole, les participants se sont empressés de traverser la route afin de se rassembler devant les portes du tribunal dans la fumée de quelques fumigènes. « Comment accepter un tel bide, un tel abandon. Il n’y a aucun mot pour décrire un tel deuil » pointe les responsables associatives. « Il faut vraiment que le gouvernement prenne compte l’ampleur de ce qu’il faut faire. Plus de 100 000 cas de violences sexuelles par an. Il faut qu’il s’en empare comme cela a été fait avec le terrorisme » pointe Julien Gélas, venu manifester avec ses enfants.

    Toulon

    « Lyhanna, où que tu sois on t’aime ! Tu n’es pas morte pour rien ! » Le cri du cœur de cette maman, saisie d’un admirable courage pour témoigner des violences subies par sa fille et qui attendent encore une réponse pénale trop longue à venir, embue les yeux des quelque 500 Toulonnais et Toulonnaises venus dire leur colère devant le tribunal judiciaire lundi soir. Ce sont aussi eux qui ont donné la force, dans un élan de solidarité trop rare en cette période de désunion, à celles et ceux qui ont, comme elle, dans un mégaphone, osé se libérer d’un fardeau si lourd à porter. « Car comme l’a dit le maire de Fleurance, ce n’est pas la goutte d’eau qui fait déborder le vase, mais celle qui le renverse ! », clame Marie Giudicelli, du collectif féministe toulonnais la Raje.

    Chacun avait une bonne raison d’être là. Sur le t-shirt de Maéva, il est écrit « 1 enfant sur 5 ». Comme l’effroyable proportion de victimes d’inceste, un crime qu’elle a elle-même subi. « Je me mobilise pour mes enfants comme pour les autres. » Flore, elle, n’est pas une habituée des rassemblements populaires. « Mais la vie se charge de savoir nous abandonner. Ma conscience m’a portée jusqu’ici », affirme-t-elle.

    Les couleurs politiques, elles, n’existaient plus. Pendant 1h30, le consensus les a effacées. Celui qui appelle à « exiger une justice qui a les moyens de faire son travail et une loi qui nous protège », s’époumone Marie Guidicelli. Car « ce que les responsables politiques appellent dysfonctionnement, c’est un système de domination patriarcale ! » Un système qui a laissé périr une victime de trop.

    Digne-les-Bains

    Près de 200 personnes se sont rassemblées lundi soir devant le tribunal de Digne pour exprimer leur soutien à la famille de Lyhanna et demander que le gouvernement prenne ses responsabilités et promulgue une loi intégrale sur les violences.

    La présidente de l’association des élues des Alpes-de-Haute-Provence s’est interrogée sur « comment détecter et venir au secours de ce système qui s’essouffle par manque de moyens financiers ». « Les dossiers sont mis dans des armoires, classés sans suite pendant que des enfants meurent et sont violés », a déploré Audrey, professeure.

    « Nous n’acceptons plus que les noms de ces enfants deviennent de simples faits divers et que l’on oublie jusqu’au prénom suivant. Nous refusons le cycle de larmes, de déclarations et d’inaction », a lancé Philippe Bekalarek, militant venu de Château-Arnoux-Saint-Auban. « Combien d’enfants ont souffert pendant que les adultes détournaient le regard ? », s’est-il interrogé, exigeant « des peines réellement exécutées » et « un suivi strict des délinquants sexuels ». « L’État doit agir avant le drame et pas après les obsèques », a-t-il conclu.

    Plusieurs élus de Digne et de Sisteron étaient présents. Interrogé par une manifestante à ce sujet, le maire de Digne a répondu que la ville avait conventionné avec l’association les Papillons pour prévenir les violences sur les enfants.

  • Des enfants, pas des numéros

    Des enfants, pas des numéros

    L’émotion légitime soulevée par la mort tragique de la jeune Lyhanna s’est exprimée hier soir dans toutes les villes de la région.

    Au-delà de la colère face à la faillite de l’institution judiciaire dans cette affaire reconnue par le garde des Sceaux lui-même, ces rassemblements ont exigé des mesures d’urgence pour la protection de l’enfance.

    Alors que de nombreuses associations, députés et citoyens réclament une « loi intégrale » de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, Gérald Darmanin a estimé que « ce n’est pas une nouvelle loi (…) qui aurait changé quelque chose » dans ce drame, pas davantage que « des moyens supplémentaires ».

    Une société qui ne sait pas protéger ses enfants

    Un discours fataliste, inaudible pour les manifestants qui dénoncent une forme de paralysie des pouvoirs publics à propos de la protection de l’enfance, que ce soit dans les familles ou dans les foyers de l’aide sociale à l’enfance. Depuis la mise en place de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), et ses rapports de 2023 et 2025, peu de choses ont changé sur le terrain.

    Pourtant ce sont des plus fragiles, des vies humaines dont il est question. Des vies d’enfants qui ne pourront jamais être réduites à des numéros de dossier dans une République qui proclame l’égalité en droits et la dignité de tous.

    Une société qui ne sait pas protéger ses enfants est une société qu’il faut impérativement révolutionner.

  • Guet-apens mortel visant un gay : 22 ans de prison

    Guet-apens mortel visant un gay : 22 ans de prison

    À l’image de la semaine de procès, c’est dans une atmosphère sereine et digne que la cour d’assises de Vaucluse a rendu sa décision, ce lundi, à l’issue d’un délibéré de 8 heures. Principaux accusés d’une double affaire mêlant six prévenus, Intissar A. et Aymène L., ont été reconnus coupables de meurtre, vol avec arme et extorsion à l’encontre de Mickaël R. Ce dernier avait été tué dans son appartement de Sorgues le 5 mars 2023, piégé par les deux hommes qu’il pensait accueillir pour un plan sexuel. Tous deux ont écopé d’une peine similaire de 22 ans de prison, avec interdiction définitive de territoire pour Intissar A., Tunisien de 25 ans.

    Fait majeur, la cour a retenu la circonstance aggravante du meurtre en raison de l’orientation sexuelle de la victime. Le caractère homophobe avait été initialement écarté par le parquet. « C’est énorme », s’est réjouie Pascale, la maman de la victime, à l’issue du procès, elle qui avait témoigné jeudi à la barre en soulignant que son fils serait toujours en vie s’il n’était pas homosexuel. « C’est une satisfaction et un soulagement pour la famille qui n’était pas dans un esprit de vengeance », complète son avocat Hugues de Chivré. Trois associations de défense des droits homosexuels (Stop homophobie, Famille LGBT et Mousse) s’étaient également portées partie civile.

    Après avoir exposé les peines, la présidente de la cour a versé dans la pédagogie. « Il n’est pas question de juger si vous avez des idées homophobes mais de dire que les victimes l’ont été en raison de leur orientation sexuelle », souligne Laurène Dorlhac. Les victimes, contactées par le site de rencontre Coco étaient des proies faciles pour les prévenus qui débarquaient dans l’intention de dépouiller leurs victimes. « Ils n’avaient pas de haine contre les homosexuels », commente Charlène Neveu-Sanchez, avocate d’Intissar A., parlant d’une « décision équilibrée » et ne songe pas à faire appel. Son client était le seul mêlé dans la seconde affaire similaire, où cette fois Cyril C., un autre gay piégé, a été violenté et volé, quelques jours plus tard à Avignon. Complice ce jour-là, Malek E., écope de 10 ans de réclusion criminelle.

    Coupables, deux accusées n’iront pas en prison

    Jugé pour complicité, car ayant servi de chauffeur, Jordan V., a été, lui, acquitté, comme l’avait réclamé l’avocat général vendredi. Et ce au motif qu’il ignorait ce qu’il se tramait réellement dans l’appartement de Cyril C. Suivant les réquisitions, la cour a aussi été plutôt clémente envers les deux prévenues féminines. Ex-compagnes respectivement de Intissar A. et Aymène L. au moment des faits, Laurine C. et Marie-Sarah M. échappent à la prison. Elles sont bien reconnues coupables de complicité de vol avec arme et condamnées à 5 ans de prison dont 4 et 3 ans de sursis probatoire sans mandat de dépôt. Laurine C., seule à n’avoir jamais été incarcérée, est la plus insérée socialement et n’avait aucun antécédent judiciaire. Pour Marie-Sarah, en revanche, « saisissez la chance qui vous est donnée car au premier faux pas vous perdez tout », prévient la présidente. Et notamment la garde de son 4e enfant, le seul non placé à ce stade.

    Juste avant que les jurés ne délibèrent, les six accusés avaient pris la parole une dernière fois. Tous fidèles à leur ligne de conduite, entre contritions plus ou moins sincères, et « condoléances à la maman de Micka », dira Jordan V., seul acquitté mais incarcéré pour d’autres affaires. Intissar A. avait marmonné, en tremblant, un texte : « J’ai plus de haine contre moi que vous en avez contre moi », lançait-il. « Je suis surtout rempli d’amour pour mon fils », répondait en aparté Pascale, digne et sans haine.

  • Léon XIV chez lui en terre hispanique

    Léon XIV chez lui en terre hispanique

    Il est arrivé samedi matin à Madrid pour une visite qui s’achèvera aux îles Canaries le 12 juin. Le Pape Léon XIV, s’est rendu tout d’abord au Palais Royal, où il a rencontré le Roi et la Reine pour une visite de courtoisie en présence de nombreuses personnalités politiques, dont l’actuel chef du gouvernement, Pedro Sanchez. Présents notamment, Isabel Diaz Ayuso (Parti Populaire) la présidente de la communauté de Madrid, Alberto Feijoo le président du Parti Populaire et Santiago Abascal président de Vox (extrême droite). En fin de journée, il s’est rendu dans un centre d’accueil de migrants et de sans-abri, avant de participer à une veillée-prière avec des milliers de jeunes, place de Lima.

    Dimanche, il a célébré une messe devant des centaines de milliers de Madrilènes, selon les organisateurs, place de Cibeles, au cours de laquelle il a dit clairement que la religiosité n’est pas « un musée du passé qu’il faudrait visiter » et aussi que « les chrétiens sont appelés à être présents dans les défis de la société et dans la construction du bien commun. Personne ne doit s’agenouiller devant le Seigneur en ignorant son frère ».

    Lors de sa rencontre, samedi, avec le roi Felipe VI, le Pape a lancé un appel à fuir les discours identitaires « qui semblent limpides, mais qui peuplent le monde de fantômes et ennemis. Ce n’est pas la culture de l’affrontement, mais celle de la rencontre qui génère stabilité et prospérité ». Cet appel, selon le Journal La Vanguardia, a certainement sifflé aux oreilles du leader d’extrême droite Santiago Abasca qui, selon le quotidien, regardait le plafond au moment de cette déclaration… Puis le pape a salué « l’engagement du pays pour la paix et la solidarité entre les peuples », ajoutant : « J’exprime ma gratitude pour votre fidélité au droit international et au multilatéralisme, qui se traduit par un engagement actif pour la paix et la solidarité entre les peuples. »

    Ce qui est frappant, c’est l’impression que donne le souverain pontife qui semble être ici comme chez lui, à l’aise, et ne se privant pas de donner son opinion sur tous les sujets. Il n’ignore pas les tensions politiques intérieures entre le gouvernement de coalition de gauche, et une droite et extrême droite dont les propos, notamment sur la priorité nationale et contre les mesures de régularisation de l’immigration, sont souvent d’une grande violence, ni que ces mêmes politiques du PP et de Vox sont des admirateurs de Trump. Léon XIV, aux origines hispano-américaines, n’en a cure et il a choisi l’Espagne pour dire ce que, selon lui, doit être un nouvel ordre mondial multilatéraliste.

    Les abus sexuels et la pédophilie dans l’Église sont un autre sujet que devrait aborder le Pape lors de son séjour. D’ailleurs, il devait répondre à ce propos à des journalistes lors du vol vers Madrid, « la pédophilie dans l’Église catholique reste une plaie encore ouverte », soulignant qu’il continuera à lutter contre ce phénomène.

    Ce lundi, le pape rencontrera Pedro Sanchez, président du gouvernement. Il s’exprimera également aux Cortes. Mardi 9 juin, Léon XIV s’envolera pour Barcelone. Mercredi, il visitera le centre pénitentiaire Brians 1, situé au nord-ouest de Barcelone. De là, il se rendra à Montserrat, plus au nord. De retour à Barcelone, il présidera la messe dans la basilique de la Sagrada Familia et inaugura, à cette occasion, la Tour de Jésus-Christ, tout juste achevée, qui culmine à plus de 172 mètres d’altitude.

    Jeudi 11 juin, le pape s’envolera pour l’île de Las Palmas de Gran Canaria, l’un des principaux points d’entrée vers l’Europe. La parole du pape sur les migrants sera très attendue. Vendredi 12 juin, le pape se déplacera sur l’île de Santa Cruz de Tenerife. Il échangera avec des migrants puis avec les organisations œuvrant pour l’intégration de ceux-ci, avant de regagner Rome en début de soirée.

  • Les Architectures vives fêtent leurs 20 ans

    Les Architectures vives fêtent leurs 20 ans

    Voilà 20 ans que le Festival des architectures vives (FAV), fondé par deux architectes montpelliérains, Élodie Nourrigat et Jacques Brion, propose un dialogue poétique et contrasté entre patrimoine historique et architecture contemporaine. Chaque année, durant quelques jours, les hôtels particuliers du cœur de Montpellier, véritables joyaux de pierre habituellement fermés au public, accueillent, dans leurs cours intérieures, des installations contemporaines créées par de jeunes équipes d’architectes du monde entier. « L’idée n’est pas de donner une leçon d’architecture, mais de faire éprouver l’expérience d’un lieu, d’un espace. Car l’architecture est ce qui constitue notre quotidien, notre environnement », explique Elodie Nourrigat, cofondatrice du FAV. « Pour cela, on a voulu croiser deux éléments : la dimension patrimoniale et la dimension d’architecture contemporaine, pour montrer que le patrimoine s’incarne aussi dans une contemporanéité, que c’est là qu’il peut vivre et survivre. La production contemporaine est une pierre pour constituer le patrimoine de demain. »

    Cette rencontre, cet alliage entre la mémoire et l’avenir, entre les inspirations d’hier et celles d’aujourd’hui fait tout le charme de cette déambulation dans le cœur de Montpellier, à la découverte d’œuvres éphémères, surprenantes et poétiques. Cette année, 13 hôtels particuliers ouvrent leurs portes, dont un nouveau : l’hôtel de Beaulac. Édition anniversaire oblige, le FAV 2026 sera placé sous le thème de la transmission, « ce fil invisible mais essentiel qui traverse les générations d’architectes, d’artisans, de bâtisseurs ».

    640 architectes du monde entier accueillis en 20 ans

    « D’habitude, on fait un appel à candidatures auprès de jeunes architectes du monde entier. On a à peu près une centaine de réponses et on en retient entre 10 et 13. Cette année, on a voulu changer de format pour célébrer cette notion de transmission : on a invité des équipes qui ont participé à des éditions précédentes à jouer le rôle de mentors, de passeuses d’héritage, en nous proposant de jeunes architectes dont elles souhaitent mettre le travail en lumière », détaille Elodie Nourrigat. Depuis sa création, le festival – dont la dernière édition a rassemblé pas moins de 16 000 visiteurs – a accueilli plus de 640 architectes du monde entier. C’est parmi eux que se trouvent les mentors de cette nouvelle édition, venus du Japon, du Canada, du Portugal, d’Espagne, d’Italie et bien sûr de France.

    Pour célébrer la transmission, toujours, le parrainage de ce FAV 2026 a été confié à Julien Tuffery, qui incarne la quatrième génération d’une lignée de maîtres tailleurs-confectionneurs. Fondé en 1892 à Florac, au cœur des Cévennes, l’atelier Tuffery est aujourd’hui le plus ancien fabricant français de jeans encore en activité. « En accueillant Julien Tuffery comme parrain, le FAV met à l’honneur une vision de la création profondément ancrée dans le temps long, celle qui relie les générations, valorise le geste et affirme que l’innovation peut naître de l’héritage. » Au sein de l’hôtel Saint-Côme, l’installation « Téisser » transformera la cour en un vaste métier à tisser mettant en scène la transformation du denim et son cycle de vie. « Évolutive, l’installation invite chaque visiteur à nouer à son tour une lanière de denim et à participer au tissage collectif. »

  • À Sisteron, un site spécialisé dans le réemploi des bouteilles en verre

    À Sisteron, un site spécialisé dans le réemploi des bouteilles en verre

    La coopérative de réemploi du verre Revera a inauguré, mardi, son site de tri de Sisteron, où toutes les bouteilles en verre récupérées dans les points de collecte des Alpes-de-Haute-Provence et des Hautes-Alpes transitent avant d’être envoyées au lavage, puis aux producteurs, pour être réutilisées. Une session de tri y est organisée toutes les trois semaines avec des bénévoles volontaires.

    « Il faut avoir l’œil : la bouteille doit être porteuse du pictogramme qui garantit qu’elle respecte le cahier des charges. Rien ne doit être imprimé sur la bouteille et l’étiquette doit pouvoir partir au lavage », explique Nicole, l’une des bénévoles. Les bouteilles sont triées par catégorie, par format et par boisson, avant de partir au lavage dans l’un des deux sites près de Valence ou de Montpellier. Elles sont ensuite distribuées aux producteurs du réseau les plus proches.

    Les utilisateurs récupèrent une consigne de 20 centimes pour les petits formats et de 50 centimes pour les grands, lorsqu’ils ramèrent leurs bouteilles usagées dans l’un des points de collecte. Les bouteilles en verre triées et lavées sont ensuite revendues aux producteurs du réseau. La mise en place de cette consigne a été « un accélérateur flagrant du taux de retour », des bouteilles en verre : il est passé de 15% à 60% avec cette incitation monétaire.

    Jusqu’à 50 lavages

    « Ces bouteilles ne sont pas des déchets, mais des ressources, a avancé Lisa Tichané, directrice régionale Paca de la coopérative Revera. Pourtant, la quasi-totalité sont jetées après une seule utilisation ou laissées dans la nature ou l’espace public. Mais, si on lave ces bouteilles, on utilise deux fois moins d’eau, quatre fois moins d’énergie et on émet cinq fois moins de CO2. »

    Revera est le fruit d’une fusion entre plusieurs structures de réemploi du verre. « On ne pouvait pas piloter bénévolement une filière industrielle », explique Lisa Tichané. Les volumes de bouteilles collectées dans les Alpes du Sud avaient augmenté de plus de 100% suite à cette fusion, se réjouit-elle.

    Une trentaine de points de collecte sont disponibles dans les Alpes-de-Haute-Provence et les Hautes-Alpes, et 140 dans la Région Sud. Les magasins Biocoop, La Vie Claire et Bio c’ Bon y participent. La coopérative espère les développer et aide les producteurs à obtenir des financements pour compenser les coûts de changement des étiquettes de leurs bouteilles. Une bouteille peut être réemployée jusqu’à 50 fois grâce à ce système vertueux.

    La coopérative couvre 13 départements et emploie 17 salariés, dont cinq dans la Région Sud. Elle espère se développer dans la moyenne et grande distribution.

  • La Région Occitanie réajuste sa stratégie énergétique

    La Région Occitanie réajuste sa stratégie énergétique

    D’ici 2050, faire de l’Occitanie la première région d’Europe à énergie positive, c’est-à-dire qu’elle produise plus d’énergie qu’elle n’en consomme. Fixé il y a plusieurs années par Carole Delga, le cap ambitieux qui nécessite de réduire la consommation des ménages par deux et de tripler la production d’énergies renouvelables, n’a pas changé. Mais pour tenir l’objectif, la présidente de Région passe à la vitesse supérieure. « Nous ne sommes plus dans les mêmes perspectives de partenariat avec les États-Unis et le réchauffement climatique s’accélère », argumente-t-elle.

    Un contexte international complexe et incertain qui a convaincu le conseil régional, jeudi 4 juin, à ajuster sa feuille de route en votant une adaptation du modèle de développement qui vise l’indépendance énergétique régionale. L’Occitanie ne part pas d’une feuille blanche. Depuis 2016, 1 milliard d’euros a été investi dans les énergies renouvelables. Côté mobilités, au moment où le train à hydrogène Montréjeau-Luchon s’apprête à circuler, Carole Delga rappelle que « partout où c’était possible, on a fait le choix du train. On a aussi développé le covoiturage qui marche de plus en plus vu le prix du carburant à la pompe ». Côté éolien, un demi-milliard d’euros a été investi dans les éoliennes offshore de Port-la-Nouvelle (Aude). L’hydrogène vert a aussi été développé avec Genvia à Béziers, Narbonne et à Sète où le port s’est doté de la première drague à hydrogène. Un « techno-campus à hydrogène (coût 65 millions d’euros) verra le jour au premier semestre 2027 », renseigne le vice-président Jalil Benabdillah.

    15 000 formations à venir

    Si bien qu’aujourd’hui, la progression d’énergies renouvelables en Occitanie a bondi de 27% contre 16% dans l’Hexagone. La consommation finale d’énergie a baissé de 7% (-4% en France) et les émissions de gaz à effet de serre de 10%
    (-8% au niveau national). Actuellement, l’Occitanie est la seconde région française pour le solaire (4,4 GW installés) ou l’hydro-électricité (5,4 GW) et même la première pour la consommation électrique issue du renouvelable (58%). Mais à deux ans de la fin du second mandat de Carole Delga, il est temps d’accélérer. Un plan régional de 25 nouvelles mesures à lancer entre juin et décembre vient d’être validé.

    Il s’agit par exemple de rénover de nouveaux logements pour 50 000 habitants d’ici 2034 (coût : 70 millions d’euros, ME), ainsi que 500 copropriétés d’ici 2030 (30 ME) ou poursuivre la rénovation énergétique des lycées et autres bâtiments régionaux (230 ME). « Nos prêts permettent de baisser le reste à charge pour une transition juste », résume la vice-présidente Agnès Langevine.

    Côté mobilités, un éco-chèque de 1 600 euros va inciter les ménages à acheter une voiture électrique d’occasion (enveloppe de 8 ME). Les 30 premiers véhicules à hydrogène seront proposés aux professionnels en location (13 ME). Un pass TPE-PME permettra aux salariés de certaines entreprises de recharger leur véhicule aux bornes électriques. À noter aussi que 18 trains à deux niveaux avec une moindre empreinte carbone circuleront bientôt sur le réseau Lio.

    Pour s’affirmer comme un leader européen de l’éolien flottant, deux nouveaux parcs commerciaux doivent naître au large de Port-La-Nouvelle en 2032 et 2034 (5,8 GW escomptés). La Région compte aussi déployer le photovoltaïque sur les toits de ses bâtiments et des exploitations agricoles (8 GW en 2030), tout en travaillant le recyclage des panneaux.

    Outre le développement de l’hydrogène, un fonds d’électrification industrielle (100 ME) accompagnera les PME. La Région entend booster la géothermie qui ne pèse que 1% du renouvelable (bois-énergie 43%, hydroélectricité 39%, éolien 10%, solaire 6%) pour alimenter 440 000 habitants d’ici 4 ans contre 66 000 aujourd’hui. Enfin, la Région veut mettre le paquet sur la formation en visant 15 000 personnes aux métiers de la transition énergétique d’ici 2030.

  • Dans l’Aveyron, deux entreprises annoncées sur l’ancien site de la SAM

    Dans l’Aveyron, deux entreprises annoncées sur l’ancien site de la SAM

    C’était une promesse de la présidente de la Région Occitanie. Il y a cinq ans, en avril 2021, alors que la Société aveyronnaise de métallurgie (SAM) fermait ses portes, un crève-cœur pour le bassin d’emploi de Decazeville, fortement impacté par la désindustrialisation, la socialiste Carole Delga se lançait dans une bataille afin de rouvrir l’usine.

    « Ici, nous avons subi beaucoup de fermetures. Il y a eu les mines, la sidérurgie puis les 3 330 emplois de la SAM », raconte Pascal Mazet, conseiller régional PCF de la majorité et également élu à Vivez, où est implanté le site. Alors l’annonce, le 27 mai, de l’arrivée, fin 2026 de Matière, spécialisé dans la fabrication de pylônes électriques et fin 2027 de Paragon-ID, société britannique de production de puces de traçabilité, est perçue comme une bouffée d’oxygène.

    375 emplois annoncés

    375 emplois sont annoncés pour 2032. « C’est intéressant pour le territoire : nous perdons des habitants, là nous allons en attirer. Sans parler des emplois indirects : quand il y a des salaires, les gens consomment dans les commerces. Tout le monde est gagnant », fait valoir Pascal Mazet.

    Aux côtés de ces deux industries tournées vers des technologies d’avenir, la Région Occitanie entend construire un hôtel PME afin d’attirer d’autres entreprises sur le site, plus de la moitié du foncier étant encore disponible. Ces implantations d’entreprises montrent que la réindustrialisation reste possible dans l’Hexagone. Car, comme souvent, la puissance publique a été le moteur de l’opération. 11 millions d’euros ont été mobilisés par la collectivité socialiste pour le rachat, la dépollution et la réhabilitation du site et une trentaine de millions sont prévus pour la construction des futurs bâtiments, pour un montant total compris entre 45 et 50 millions d’euros. « Cela montre qu’avec de la volonté, on peut le faire. Le problème est le manque de conviction de l’État. Par exemple nous avons fait le choix de faire le train à 1 euro, si bien que de plus en plus de monde le prend. La SNCF aurait pu faire le même choix. Pour l’industrie, c’est pareil. Si la SAM a fermé, c’est l’État qui n’était pas intéressé et préférait que les fonderies partent à l’étranger. La réindustrialisation du pays se fait avec des actes, pas des mots », fait valoir Pascal Mazet.

  • Villes taurines : Céret élue, Ménard désavoué

    Villes taurines : Céret élue, Ménard désavoué

    Dans le petit monde très codifié de la tauromachie, le coup de théâtre aura finalement accouché d’un vote sans tremblement. Lundi 2 juin, le conseil d’administration renouvelé de l’Union des villes taurines françaises (UVTF) a élu à l’unanimité la ville de Céret, représentée par son premier adjoint José Angulo, à la présidence de l’association pour un mandat de trois ans. La cité catalane succède ainsi à Dax et à son maire Julien Dubois, dont la présidence a été saluée par ses pairs, jusqu’à lui valoir le titre de président d’honneur par acclamations.

    Un passage de relais feutré, qui tranche avec les semaines précédentes. Car avant Céret, un autre nom occupait l’arène : Robert Ménard. Le maire de Béziers, un temps annoncé comme unique candidat, rêvait de prendre la tête de l’UVTF et d’y imprimer sa marque, entre posture de franc-tireur, dénonciation de « l’entre-soi » et volonté de « dépoussiérer » la communication taurine. Particularité assumée : l’élu disait défendre la corrida sans vraiment l’aimer, au nom de la « liberté culturelle » et de la « diversité », reconnaissant même que le taureau pouvait souffrir. Une position paradoxale, qu’il présentait comme un atout pour parler au-delà du cercle des aficionados. Mais le scénario s’est retourné. Le 22 mai, après une rencontre tendue avec André Viard, chargé de mission à l’UVTF et président de l’Observatoire national des cultures taurines, l’édile biterrois a retiré sa candidature dans un communiqué rageur, annonçant dans la foulée le départ de Béziers de l’Union.

    Une présidence

    sans coup de force

    Robert Ménard a voulu faire de son retrait un acte d’indépendance. « Je n’ai pas l’intention d’être une marionnette », a-t-il lancé, accusant certains responsables taurins de défendre leur « chasse gardée ». Mais derrière la sortie bravache, le dossier était moins glorieux. Selon l’UVTF, les statuts imposent que la ville candidate et les arènes soient à jour de leurs cotisations. Or, la société Betarra, gestionnaire des arènes de Béziers, traînait un contentieux financier. L’épisode révèle surtout les limites de la méthode Ménard : cliver, dramatiser, puis claquer la porte quand l’organisation ne suit pas. Face à une corrida déjà contestée, l’UVTF a préféré préserver son unité plutôt que s’offrir une présidence inflammable, qui transforme sa cause en tribune personnelle.

    Le nouveau conseil d’administration rassemble ainsi Arles, Bayonne, Béziers, Dax, Mont-de-Marsan, Nîmes et Vic-Fezensac parmi les membres permanents, ainsi que Céret, Eauze, Istres, La Brède, Lunel, Parentis, Saint-Martin-de-Crau et Saint-Sever. La présence de Béziers dans cette liste, malgré l’annonce de son retrait, dit aussi le flou d’une séquence où les communiqués ont parfois précédé les actes administratifs. Dans tous les cas, le paseo n’aura finalement pas eu lieu pour Robert Ménard.