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  • [On passe à table] Le flan pâtissier traditionnel à la vanille de Madagascar

    [On passe à table] Le flan pâtissier traditionnel à la vanille de Madagascar

    Douceur emblématique de l’établissement, le flan traditionnel à la vanille dans son plus simple appareil est l’une des spécialités de Pascal Guglielmi, ancien cheminot devenu pâtissier par passion et dont il vous partage la recette.

    Réaliser la pâte sablée

    Dans un batteur ou saladier mettez la farine, le sucre, le sel et votre beurre bien froid coupé en petits cubes. Puis au robot ou avec les mains – une activité ludique à faire avec les plus jeunes – réalisez ce que l’on appelle le sablage. Filmez la pâte au contact et faites reposer au frigo quelques heures ou au congélateur si vous voulez aller vite mais pas plus d’une demi-heure. Après le temps de repos, étalez la pâte sur quelques millimètres, et faites un cercle d’environ 26 cm pour qu’il puisse remplir un cercle ou un moule de 18 cm de diamètre. Foncez la pâte sablée pour enlever le surplus et ainsi avoir la quantité suffisante pour tapisser l’entièreté du moule ou cercle, bords compris. Placez au congélateur pendant au moins une heure. L’objectif étant que l’appareil à flan ne dégouline pas de partout quand vous allez le verser sur la pâte.

    Une onctueuse crème pâtissière

    Pendant ce temps, vient le moment de réaliser la crème pâtissière du flan. Dans une casserole versez un litre de lait entier ou demi-écrémé puis ajoutez deux gousses de vanille maximum. Faites chauffer à feu doux et dans un saladier à part, blanchissez les œufs et le sucre. Versez-y ensuite la maïzena qui permet à la crème de bien se tenir. Quand le lait est à ébullition sortez du feu, versez une partie du lait dans le mélange qui se trouve dans le saladier. Puis une fois que tout est homogène, versez ledit mélange dans la casserole sur le feu avec le lait restant, mettez de nouveau à feu doux et mélangez jusqu’à épaississement de la crème. Au sortir du feu, déposez un petit morceau de beurre.

    Sortez la pâte du congélateur et remplissez avec la crème pâtissière à l’aide d’une louche, vous pouvez lisser le tout avec une spatule. Enfournez le tout à 170° pendant une heure.

    Afin que le flan se tienne bien il vous faudra attendre le lendemain pour le déguster sinon avec la chaleur il risquerait de s’écrouler… Alors, on patiente et la dégustation n’en sera que meilleure ! Bon appétit.

    Les ingrédients

    Pour un flan il vous faudra :

    – 250g de farine

    – 125g de beurre froid

    – 260g de sucre en poudre

    – 5 œufs entiers

    – 1 pincée de sel et 2 gousses de vanille

    – 100g de maïzena

    – 1L de lait demi-écrémé ou entier

    Agathe L’hôte

  • [Grand entretien] Hugues Aufray : « Mon rôle, c’est celui de fraterniser »

    [Grand entretien] Hugues Aufray : « Mon rôle, c’est celui de fraterniser »

    La Marseillaise : Pourquoi le thème de la fraternité est-il au cœur d’un certain nombre de vos titres depuis 65 ans et le début de votre carrière ?

    Hugues Aufray : Si j’ai chanté ça, c’est que cela a toujours occupé la totalité de mon esprit. Pas en tant que chanteur mais en tant qu’être humain. Lorsque j’étais plus jeune, je voulais faire de la sculpture et je ne me destinais pas du tout à la chanson. Malgré tout, quand j’étais jeune, j’aimais beaucoup chanter à l’église, en chorale car j’ai fait ma scolarité chez les curés, les Dominicains. Nous chantions alors énormément. On avait un professeur de musique qui nous transmettait cela d’une façon incroyable. Il s’appelait Monsieur Bach. C’était un descendant de Jean-Sébastien Bach qui tenait les orgues de l’école de Sorèze [commune du Tarn où il est élevé par sa mère pendant la guerre, jusqu’en 1945, Ndlr].

    L’amour de la musique vous est donc venu en même temps que la religion ?

    H.A. : Chez moi, la musique était liée au christianisme. Moi, je suis chrétien non pratiquant. Je suis agnostique. Je sais que les valeurs fondamentales de l’humanisme, on les retrouve dans le christianisme : la fraternité, la lutte contre le racisme… Après l’aspect négatif de la religion, c’est sa politisation. Ils ont mis de la politique dans les religions, aussi bien dans l’islam que le judaïsme et le christianisme. Mais, à l’origine, si ces religions sont différentes, elles ont quand même le point commun de ne croire qu’en un seul dieu, ce qui ne fait donc pour moi aucune différence entre elles.

    Votre répertoire est aussi marqué par le voyage. D’où provient-il ?

    H.A. : J’ai toujours eu envie de voyager mais je n’en avais pas les moyens quand j’étais jeune. C’était alors la guerre, l’avenir était sombre. Un peu plus tard, j’ai eu le rêve américain en tête. Je lisais des bouquins de Mark Twain et j’étais aussi attiré par leur amour pour la musique.

    Dans les années 1960, vous rencontrez d’ailleurs Bob Dylan et faites partie des premiers Français
    à adapter ses chansons, voire
    l’un des premiers à populariser
    dans l’Hexagone ce type de répertoire anglo-saxon…

    H.A. : À la base, j’ai traduit les chansons de Bob Dylan car je ne comprenais pas ce qu’il disait. Les gens ont souvent perçu cela comme de la facilité mais moi, quand j’étais jeune, je n’avais pas du tout l’intention d’écrire des chansons. Après, pour revenir à mon goût pour l’Amérique, il est aussi né car c’était à l’origine une terre d’immigrés qui y ont emmené avec eux leurs musiques respectives. La musique américaine est née de la plus grande migration de l’humanité : celle qui vient d’Afrique car il y a eu la déportation de tous ces malheureux, noirs, esclaves. Au contact des chrétiens et protestants qui y ont créé des temples, les noirs ont mis tout leur génie pour transformer ces musiques et en faire le blues, le gospel, puis le swing, le jazz… Une histoire d’héritage et de métissage.

    En 1966, à Paris, vous faites partie d’artistes qui chantent lors du premier concert français contre le racisme, devant Martin Luther King…

    H.A. : Oui j’ai chanté Les crayons de couleur [adaptation du titre What color (is a man), Ndlr]. J’ai eu l’occasion de lui parler un peu mais je ne pratiquais pas bien l’anglais. J’étais un enfant de nature dyslexique. J’ai eu beaucoup de difficultés lors de ma scolarité. Je n’ai commencé à lire couramment le français qu’à l’âge de 11 ans. Les premiers livres en anglais que j’ai lus, c’était Mark Twain, Le livre de la jungle de Rudyard Kipling… Lors du concert contre le racisme, les gens ont expliqué à Martin Luther King qui j’étais. J’avais déjà la trentaine. Moi, mon rôle, c’est de fraterniser. Et ce que je crois être juste, je le dis dans mes chansons.

    La fraternité et le voyage irriguent aussi et surtout, votre premier tube « Santiano », sorti en 1961. Une reprise d’un chant de marins irlandais, lui-même repris par la suite par
    les supporters de l’OM au
    stade Vélodrome («
     Hissez haut,
    les drapeaux
     »)…

    H.A. : Enfant, j’avais le rêve d’aller aux États-Unis, où la musique populaire était considérée et merveilleuse. Je m’en suis inspiré sans savoir que j’allais par la suite avoir tout ce succès. Mais, aujourd’hui, quand vous me dîtes qu’ils chantent Santiano pendant les matchs de l’OM, je pense que c’est cela ma réussite. Tout comme quand j’entends plein d’enfants chanter encore Hasta luego, Céline, Stewball et bien d’autres. Ça me touche. L’enfance, c’est quelque chose de capital. Et Santiano, c’est aussi un titre qui est chanté à chaque match par les supporters de l’équipe de rugby de La Rochelle.

  • Des passerelles festives entre les mondes avec Opéra Mundi

    Des passerelles festives entre les mondes avec Opéra Mundi

    Le premier temps fort de l’année, débuté vendredi soir et qui continue samedi, est l’occasion de participer à deux conférences et rencontrer trois grands chercheurs, ainsi que la projection de deux films d’animation sur la question centrale de l’alimentation.

    « Penser l’alimentation aujourd’hui » est l’intitulé du premier temps fort de cette 11e saison. Depuis 2015, l’association Opéra Mundi propose de nombreuses conférences sur un thème central, suivies des « apéros mundi ». « En déconstruisant l’espace, les gens se permettent de s’exprimer plus librement. On remarque que quand ils prennent la parole, ils parlent au nom de tous et non pas pour leur propre individualité », explique Cécile Arnold, cofondatrice de l’association, revenant sur la richesse des temps d’échanges entre le public et les intervenants. Durant ces deux jours, deux conférences et deux projections ont lieu, dont Patate et le jardin potager pour les enfants, en présence de maraîchers locaux. L’événement est d’ores et déjà complet. En février, s’ensuivra le festival Mundi, le cœur de chaque saison. Du 3 au 7 février, une conférence aura lieu chaque jour, avec la présence de chercheurs à portée nationale voire internationale de haut vol.

    Échanges et réciprocité

    Une « conférence, performance surprise », clôturera le festival lors d’une rencontre entre un chef cuisinier et un philosophe qui synthétiseront cette dense semaine, suivie par une « fiesta » pour danser sur un DJ set de Radio grenouille. Au printemps, le programme n’est pas encore dévoilé, mais le cofondateur d’Opéra Mundi, Éric Giraud, souhaite ouvrir de nouvelles perspectives à l’événement et étendre son rayonnement dans le Var. La ville de Toulon « se développe fortement au niveau de la culture » et sera probablement la prochaine destination de l’association explique-t-il, ajoutant son désir de revenir sur ces terres natales.

    L’approche d’Opéra Mundi se fonde sur la réciprocité. « On fait le choix d’inviter des orateurs capables de véhiculer une pensée forte avec des termes simples, sans pour autant vulgariser. » Cette pensée mouvante permet aussi aux experts de se confronter à la société, dans un milieu restreint où les discussions se font habituellement entre pairs. Tout cela permet aux chercheurs comme au public de « revenir à une simplicité dont chacun a besoin » conclut Cécile Arnold, pour encrer concrètement ces discussions dans les pratiques.

    Toutes les conférences et événements sont gratuits sur réservation sauf la fiesta Mundi.

    La Fabulerie, 10 bd Garibaldi, 13001 Marseille.

  • En Corse, la fragilité du requin-ange dans l’un de ses derniers refuges

    En Corse, la fragilité du requin-ange dans l’un de ses derniers refuges

    Il fut un temps où il était partout en Méditerranée et en Atlantique Nord. Il a même donné son nom à la « baie des anges », entre Nice et Antibes. Avec ses allures de raie et ses ailerons de requin, l’« ange de mer commun », ou requin-ange, a disparu de 90% de son aire de répartition historique en un siècle. Il ne subsiste que dans de rares endroits aux îles Canaries, en Croatie, en Grèce et en Libye, par exemple. Et en Corse : « Nous savions que cette population corse existait car les pêcheurs en remontent dans leurs filets, mais nous n’en savions pas plus, résume Nadia Faure, doctorante au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive de Montpellier qui publie une étude dans Ecology & Evolution sur cette population située entre Bastia et Solenzara. Il fallait mieux connaître cette espèce qui semble encore vivre en Corse pour aider à la préserver, car elle joue un rôle important dans l’écosystème marin ».

    Totalement inoffensif pour l’humain, le requin-ange se nourrit de petits poissons. Il vit au fond de l’eau, tapi sous le sol sableux et surgit au passage d’une proie. Et il est très discret : « Il est très difficile à observer, même en plongée », indique Nadia Faure. Hormis aux îles Canaries, où il est encore présent en assez grand nombre. Mais en Corse, personne ne sait combien ils sont. « Cela le rend mystérieux », glisse-t-elle.

    Consanguinité

    Avec l’aide de pêcheurs volontaires, elle et ses collègues ont collecté des échantillons de peau d’une centaine d’individus remontés dans les filets avant d’être relâchés. « L’analyse génomique indique qu’il s’agit d’une population peu nombreuse et très consanguine, probablement peu viable sur le long terme », résume Nadia Faure. Il s’agit en effet d’une même population génétique sur toute la côte Est de l’île. « C’est-à-dire qu’ils sont très proches génétiquement », précise la chercheuse. Et probablement plus proches qu’ils ne le seraient d’autres populations méditerranéennes avec qui il n’y a pas d’échange de gènes. « Car ils se déplacent peu, restent près des côtes et ne s’aventurent pas là où il y a du fond », ajoute-t-elle. De plus, sur la centaine de requins-anges séquencés, 35 paires d’individus présentaient un lien de parenté.

    Enfin, l’analyse génomique et des calculs théoriques ont permis d’estimer la « population effective », c’est-à-dire le nombre d’individus participant à la reproduction : ils seraient entre 209 et 453. « C’est très peu », commente Nadia Faure. Même au regard des individus que remontent les pêcheurs : certains parlent de centaines de requins-anges parfois pris dans les filets. « C’est difficile d’avoir un comptage exhaustif », ajoute la chercheuse. Peut-être sont-ils beaucoup plus. « Mais cette estimation basse d’individus reproducteurs témoigne d’une population mal en point », regrette-t-elle. D’où l’urgence d’imaginer des mesures pour en prendre soin.

  • Chou-fleur, purée de pois chiches et vinaigrette à la clémentine

    Chou-fleur, purée de pois chiches et vinaigrette à la clémentine

    C’est une recette végétale et gourmande que vous propose de préparer la cheffe Camille, au sein de son bistrot, Mauvaise Herbe. Une belle recette pour entrer dans l’hiver tout en gardant la chaleur des rayons de soleil que l’on retrouve dans la clémentine.

    Des saveurs ensoleillées

    Pour débuter la recette, enlever les feuilles et le tronc du chou-fleur. Gardez-les pour une recette future car oui, tout se mange dans le chou-fleur ! Enlevez les sommités à la main et déposez-les dans un plat. Arrosez d’huile d’olive, une belle pincée de sel, du poivre et au four pendant 20 minutes, à 170°.

    Pendant ce temps, vous pouvez préparer votre purée de pois chiches. Si les pois chiches sont en boîte, versez dans un mixeur, ajoutez le jus de citron et la gousse d’ail, commencez à mixer. Pendant que vous mixez, versez l’huile d’olive généreusement pour lier le tout et obtenir une belle pommade. Quand vous arrivez à la fin de cette étape, ajoutez les graines de coriandre en poudre, le sel et le poivre, à votre convenance. Repassez un petit coup au mixeur.

    Si les pois chiches sont frais (secs), mettez à tremper dans de l’eau froide, idéalement toute une nuit ou au moins deux heures, pour les faire gonfler, puis faites cuire deux heures à l’eau bouillante. Si vous les prenez secs, ce sera la première étape de votre recette. Pour la vinaigrette, épluchez les clémentines, mixez-les toutes ensemble et ne gardez que le jus, en passant la mixture au tamis. Vous pouvez garder les pulpes et, là aussi, ne rien gaspiller afin de les mettre dans une compote ou un cake, par exemple. Une fois que vous avez récupéré tout le jus, ajoutez de l’huile d’olive et fouettez le tout. Une pincée de sel et de poivre, puis réservez.

    Une assiette gourmande

    Pour le dressage, mettez une belle cuillerée de purée de pois chiches sur le fond de l’assiette en faisant un petit puits. Déposez sur le dessus vos fleurettes de chou-fleur qui auront doré. Enfin, une belle cuillère à soupe de vinaigrette sur le tout et autour de la purée de pois chiches. Un tour de moulin à poivre, une pincée de sel et vous pouvez ajouter quelques pousses fraîches comme Camille, sur le tout, pour apporter une saveur supplémentaire au plat. Bon appétit !

    Pour 2 personnes,
    il vous faudra :

    – Un chou-fleur

    – Une boîte
    de pois chiches

    – Un citron jaune

    – Une gousse d’ail

    – Quelques clémentines corses

    – Huile d’olive, sel, poivre et graines de coriandre en poudre

  • La foire des santons de retour sur le Vieux-Port

    La foire des santons de retour sur le Vieux-Port

    Depuis 1803, la foire des santons provençaux investit le Vieux-Port. Samedi, la mythique foire aux santons ouvre ses portes pour l’édition 2025, avec 21 santonniers provençaux. « Les visiteurs peuvent avoir l’absolue certitude qu’ils sont fabriqués en Provence », assure Philippe Risch, secrétaire de l’association IGSP. Une association qui organise la création et la gestion pour une indication géographique de cet artisanat traditionnel. « Le but est de protéger les santons provençaux », explique Daniel Coulomb, président de l’association. Les deux hommes espèrent que l’indication géographique sera effective en décembre 2026.

    Un patrimoine culturel que la foire tient, cette année encore, à mettre en avant. Comme l’année passée, les enfants pourront découvrir ce savoir faire tous les mercredis, en faisant leur propre santon d’argile. Les week-end seront animés par des chants et danses provençales.

    Une année difficile tout de même pour la foire, qui a perdu la subvention de la Métropole. « La filière d’argile de la Métropole a été transférée à la ville d’Aubagne, explique Michel Bouvier, président de l’Union des fabricants de santons de Provence. Comme ils organisent une foire concurrente, on a perdu nos subventions », se désole-t-il. Un manque à gagner de 20 000 euros.

  • [Portrait] Nine Antico, virtuose de la bande dessinée avec « Une obsession »

    [Portrait] Nine Antico, virtuose de la bande dessinée avec « Une obsession »

    « Amour de la Méditerranée »

    Née il y a 44 ans à Aubervilliers d’un père italien venu des Pouilles et d’une mère française d’origine espagnole, Nine Antico vit à Marseille depuis dix ans et y travaille dans un vaste appartement du centre-ville transformé en atelier qu’elle partage avec onze autres femmes chacune créatrice dans son domaine, autrices, réalisatrices, traductrices ou graphistes, ce qui permet des confrontations d’idées et une ouverture d’esprit alors que le travail de la BD est « tellement solitaire ». Une zone non mixte « non voulue mais qui s’est faite toute seule ».

    C’est « par amour et amour de la Méditerranée » que cette « raconteuse d’histoire » a posé ses pinceaux et ses feutres dans la cité phocéenne en quittant Paris où elle avait débuté tout en ayant des boulots alimentaires en publiant des fanzines, une volonté de dessiner qui vient de l’enfance à laquelle s’est ajoutée celle de raconter des histoires, d’abord chez des éditeurs indépendants puis chez Glénat, Dupuis ou Dargaud. Ce qu’elle fait également à travers l’image puisqu’elle est réalisatrice de trois courts-métrages et d’un long Playlist et qu’elle en prépare un autour de sa ville d’adoption où elle anime également des ateliers à la maison d’arrêt des Baumettes. Une cité où elle retrouve des ambiances de vacances familiales dans le sud de l’Italie, évoquées dans Une obsession et le mélange qu’elle a connu et apprécié à Aubervilliers et qui est « le vrai visage de la France ». À Marseille, elle retrouve également avec le côté latin « un rapport au temps différent dans une ville qui pousse à se rendre disponible, à s’accorder plus de temps libre ». Tout en ayant une autodiscipline féroce pour s’atteler à la table à dessin, « être sa propre secrétaire » et mener plusieurs projets éditoriaux de front sur plusieurs années. Pour un lectorat intéressé par la BD d’auteur d’abord essentiellement féminin et qui aujourd’hui, comme elle le voit en dédicace, compte de plus en plus d’hommes et qui de façon générale « soutient à fond mon travail ».

    C’est en 2008 qu’elle bascule comme autrice professionnelle de bande dessinée, son style évoluant depuis « sans que je ne le décide ». « Mes inspirations sont autobiographiques, la chronique d’instants de vie autour de moi, le réel, des conversations, des phrases qui peuvent sortir de manière commune mais qui avec le travail prennent un autre sens », raconte-t-elle. « C’est ce décalage, cet humour qui m’intéresse. »

    La cause des femmes

    La cause des femmes et le point de vue féminin sont aussi au centre de son œuvre où les questions comme le désir, la sexualité, la représentation de soi et la difficulté plus grande de la liberté chez les filles que chez les garçons sont abordées de manière crue et frontale sans jamais sombrer dans la vulgarité ou le voyeurisme mais de façon politique sans avoir l’air d’y toucher. Elle va par ailleurs participer au boycott du prochain Festival d’Angoulême, la Mecque de la BD européenne mais dont la direction est aujourd’hui fortement contestée par les auteurs.

    « Ces questions étaient là à la base, cette interrogation sur la liberté que les filles devaient payer de quelque chose que les garçons ne payaient pas. C’était une rage, une envie irrépressible sur laquelle je revenais toujours », se souvient-elle. « Aujourd’hui, je suis un peu un tank et je sais que je suis chanceuse d’être publiée et d’avoir une résonance. J’aime bien dire les choses telles qu’elles sont, ce qui n’est pas déguisé, avec les gens qui m’entourent on a ce franc-parler. Mes BD sont à la fois très directes mais ont aussi une manière détournée, ce que l’on retrouve par l’utilisation du masque et de l’ellipse : je ne montre pas tout ce que je dis et les mots utilisés sont à la fois directs et très choisis. Le dessin vient ensuite finaliser l’envie de texte et d’histoire. »

    Évoquant des passages extrêmement durs de sa biographie qu’elle « n’aurait pas pu écrire sans masque », l’autrice reconnaît que mettre des mots lui a fait du bien. Même si la dimension artistique a pris le dessus sur l’aspect psychologique et que les difficultés ont été surmontées « avec de la distance dans le temps et une volonté de dénouer quelque chose ». « Ma mère m’a trouvée courageuse et ça m’a fait beaucoup de bien », résume-t-elle.

  • « Les adhésifs sont parmi les premiers matériaux de synthèse »

    « Les adhésifs sont parmi les premiers matériaux de synthèse »

    La Marseillaise : Quand sont apparus les matériaux adhésifs durant la Préhistoire ?

    Martine Regert : Ils sont parmi les premiers matériaux de synthèse fabriqués par les êtres humains – avec les pigments qui ont aussi pu être transformés. On en retrouve avec certitude en Europe entre -70 000 et -50 000 ans, témoignant de la fabrication de brai de bouleau par Neandertal. Dans d’autres endroits, ils pouvaient être réalisés avec d’autres matériaux : du bitume au Proche-Orient ou des résines en Afrique du Sud. C’est une innovation qui a permis d’emmancher des outils en silex et de gagner en performances techniques.

    Les retrouve-t-on facilement ?

    M.R. : Non car il s’agit de matériaux organiques qui se dégradent avec le temps. Nous en retrouvons au bord des lacs ou dans des environnements subaquatiques, là où il y a peu d’oxygène et donc peu ou pas d’attaque bactérienne. Cela dit, pour les adhésifs résultant d’un traitement thermique -comme le brai de bouleau-, une partie est minéralisée et aide à conserver la matière organique.

    Le bouleau est-il toujours très présent là où on retrouve du brai de bouleau ?

    M.R. : Pas forcément. Il faudrait que nous fassions une carte de répartition du bouleau et de l’usage du brai de bouleau. Nous nous demandons s’il y avait des circuits d’approvisionnement pour ce matériau avec peut-être certaines régions spécialisées dans sa fabrication. Nous voyons avec les ressources minérales qu’il existait des circuits d’échange entre certaines régions. Peut-être était-ce aussi le cas avec les matières biologiques.

    Propos recueillis par X.B.

  • [Science] Outils et chewing-gum : ce qu’une colle raconte de nos ancêtres

    [Science] Outils et chewing-gum : ce qu’une colle raconte de nos ancêtres

    L’originalité de l’étude vient de la combinaison de deux analyses : celle de la composition chimique des résidus organiques et celle de l’ADN. « Les deux étaient d’ordinaire menées séparément », souligne Martine Regert. « Elles sont complémentaires », ajoute Tabea Koch, ancienne doctorante au Cepam et co-autrice principale de l’étude. Car l’ADN est parfois détruit et nombre de plantes identifiées ici n’auraient pas pu l’être avec des marqueurs chimiques uniquement. « Combiner les deux aide à comprendre l’histoire de ces objets, de leur fabrication à leur utilisation », ajoute la chercheuse, aujourd’hui au British Museum de Londres.

    Hygiène dentaire ?

    Les analyses montrent que le brai de bouleau a servi à réparer des céramiques et à fixer des pierres taillées sur des supports en bois pour fabriquer des outils ou des projectiles. De manière intéressante, les échantillons les moins chauffés livrent de l’ADN humain buccal : ils auraient donc été mâchés. Pourquoi ? « Nous l’ignorons, admet Martine Regert. Peut-être pour soulager des douleurs ou améliorer l’hygiène dentaire. » Mais probablement pas pour le rendre plus adhésif, si l’on en croit Tabea Koch : « Nous avons testé : le mâcher le rend moins collant. »

    Mais cet ADN a permis de distinguer le sexe biologique des individus qui ont mâché ces « chewing-gums ». « Cela pourrait nous permettre d’avoir une vision genrée de certaines activités, souligne Martine Regert. Nous avons trop peu d’échantillons pour conclure aujourd’hui. Mais cela ouvre des perspectives. »

    Enfin, de l’ADN animal et végétal donne une idée de ce que mangeaient ces populations : noisettes, pavot, poisson, sanglier… « Cela complète ce que racontent des éléments plus abondants comme les contenus des céramiques, les ossements, les graines des plantes ou les grains de pollen, précise la chercheuse pour qui la suite consiste à poursuivre ce type d’étude sur plus d’échantillons. Nos partenaires danois ont obtenu un financement européen pour le faire. »

  • [Grand entretien] Anna Mouglalis : « Soutenir la presse libre et rester en alerte »

    [Grand entretien] Anna Mouglalis : « Soutenir la presse libre et rester en alerte »

    La Marseillaise : À quel point vous reconnaissez-vous dans les valeurs portées par le festival ?

    Anna Mouglalis : Déjà, je tiens à souligner que c’est moi qui suis honorée de faire partie du festival. Après, d’un point de vue général, les choses avancent peu. Suite à l’action du collectif 50/50, les festivals s’étaient engagés à ce qu’il y ait 50% de films de femmes. Mais on voit bien que ces promesses n’ont pas été tenues. Cela reste donc toujours aussi important de visibiliser les films réalisés par des femmes car leur travail devient plus compliqué. Leurs films sont moins bien dotés et produits. On leur donne tout simplement moins d’argent, ce qui a aussi un impact sur leur distribution. On ne peut donc que saluer la démarche de Films femmes Méditerranée dont la programmation contient beaucoup de films que je me languis de découvrir.

    L’une de ses sections est dédiée à la réalisatrice et pionnière grecque Frieda Liappa (1948-94), qui s’est élevée en son temps contre la dictature des colonels. Aujourd’hui, le fascisme est aux portes du pouvoir en France, avec le rapprochement des idées des partis de droite et d’extrême droite. D’où peut venir le sursaut ?

    A.M. : C’est terrible car cette levée réactionnaire touche tous les milieux. À mon petit niveau, je participe à des événements, je me rapproche d’associations en danger [Elle soutient entre autres SOS Méditerranée, Ndlr], je manifeste, je prends la parole dès que possible. Après, il y a des sursauts, comme on a pu le voir récemment avec l’élection de Zohran Mamdani comme maire de New York. Malgré tout, on est encerclés. Entre l’Italie, les petites démocraties du Nord, la Hongrie, l’Argentine… Les réactionnaires sont de partout. Je recommande à tout le monde la lecture de l’ouvrage de l’historien Johann Chapoutot, Les irresponsables. Il s’est passé la même chose dans les années 1930 avant le nazisme. Des milliardaires se sont permis de racheter toute la presse et ont mis fin à la séparation des pouvoirs. C’est ce qu’on vit en ce moment avec toutes les chaînes de propagande. Sans oublier que leurs idées se répandent même dans le monde de l’enseignement, comme on a pu le voir avec la poussée de Stérin. D’où l’importance de soutenir la presse libre et indépendante et de rester alerte.

    Le festival a aussi tenu à souligner votre engagement contre les violences faites aux femmes, vous qui avez été auditionné au printemps dernier par les députés pour témoigner de celles que vous avez subies dans le monde du cinéma…

    A.M. : Il y a eu d’autres commissions comme la Ciivise, qui a fait un travail sur trois ans avec 82 préconisations pour pouvoir lutter contre les violences sexuelles faites aux enfants. Moi, ce que je revendique, c’est que ces violences se déroulent dans tous les milieux. Dans le cinéma, notre parole a un peu plus d’écho, mais c’est vrai pour toutes les personnes en situation de pouvoir. Je suis assez impressionnée de voir à quel point les hommes ne disent rien, alors que les femmes disent : « nous le savions toutes ». Le but n’est pas de vivre sans les hommes. Mais on aurait besoin qu’ils aient un peu plus de courage. Pour les femmes, il faut un courage énorme pour prendre la parole. Les hommes n’ont, eux, peut-être pas subi directement des violences, mais le fait qu’ils les voient et ne parlent pas consiste à dire que ce n’est pas très grave. Alors, bien sûr, ça peut être compliqué quand il est parfois question de réalisateurs ou producteurs, qui sont par ailleurs des amis. Mais le courage, c’est de dire quand on voit quelqu’un qui fait quelque chose d’intolérable. Et de ne pas se dire : « oui c’est un ami » ou « il m’a fait débuter » donc, je ne peux pas parler. En parler, ce n’est pas lui tirer dans le dos. C’est se battre pour un monde meilleur et pour la justice.

    Des divisions ont cours au sein même de certains milieux militants, en ce qui concerne la lutte pour revendiquer des identités. Estimez-vous que ces combats ne doivent en aucun cas être déconnectés de la question sociale ?

    A.M. : De toute façon, la lutte est intersectionnelle. Ce sont des questions qui se posent continuellement, dans les milieux féministes aussi. La parole donnée par une femme non blanche ne va par exemple pas forcément avoir le même écho que celle portée par une femme blanche. Il faut vraiment que les féministes blanches s’interrogent. Car ce sont toutes les femmes, ensemble, qui vont réussir. C’est pour cela que j’ai trouvé, à l’endroit de la CGT, quelque chose qui me semble beaucoup plus cohérent depuis que Sophie Binet en est à la tête : des revendications de justice sociale dans tous les milieux professionnels, avec la lutte pour les droits des femmes, tout cela encadré par le droit du travail. Il faut se syndiquer et manifester.

    Le festival rend aussi hommage à Marguerite Duras avec la projection de quatre films. Est-ce une figure qui vous inspire, au même titre que l’écrivaine et militante féministe Monique Wittig que vous avez célébrée en musique cette année ?

    A.M. : J’ai lu Marguerite Duras mais j’ai vu ses films assez tard. C’est à travers Delphine Seyrig que j’ai rencontré son œuvre et qui était une grande militante féministe, chose que certains veulent effacer de sa carrière. Si Marguerite Duras est une immense artiste, je n’ai pas vu dans ses mots le même embrasement que celui que j’ai trouvé dans ceux de Monique Wittig. La révolution qu’elle a accomplie en littérature, elle l’accomplissait aussi dans la rue. Elle a inventé une langue qui lui est propre, mais était aussi très impliquée en participant à la création du mouvement de libération des femmes, a fait partie des Petites marguerites ou des Gouines rouges. Ce n’est pas de la révolution fiction. C’est du vécu.

    Propos recueillis par Philippe Amsellem